La troisième campagne de la vallée de la Shenandoah

2.3.1.16. La troisième campagne de la vallée de la Shenandoah

Le succès de la campagne de Early pour menacer Washington et gêner les opérations de l’Armée du Potomac près de Richmond poussa les dirigeants unionistes à prendre au sérieux la menace que posait la vallée de la Shenandoah.
Le 31 juillet, Grant et Lincoln se rencontrèrent à Fort Monroe afin de discuter de cette problématique et surtout de mettre au point une stratégie pour la solutionner. La première décision fut de mettre un terme à la dispersion des moyens militaires présents dans la région. Durant la campagne précédente, Early avait traversé quatre départements militaires nordistes. Or, le manque de coordination entre ceux-ci avait tant été une gêne pour les fédéraux qu’une aide pour les confédérés qui cherchaient à s’approcher de la capitale.[1] Ainsi, les départements de Virginie Occidentale, du Milieu, de la Susquehanna et de Washington furent dissout et regroupés en la division militaire du Milieu. La seconde décision, tout aussi importante, fut de placer à la tête de celle-ci un commandant déterminé qui serait à même de faire ce qui était attendu de lui, sécuriser une fois pour toute la vallée. Malgré quelques critiques de Lincoln et Stanton, jugeant qu’il était trop jeune et pas assez expérimenté pour assumer de telles responsabilités, Grant choisit Sheridan pour le poste. Mais cela posa également un autre problème. Hunter, de part son ancienneté dans le grade, était supérieur à Sheridan et refusa de servir sous ses ordres. Grant accepta alors sa requête d’être relevé de son commandement, ce qui l’arrangeait plutôt bien puisqu’il n’avait plus confiance en lui suite à son échec dans la vallée quelques mois plus tôt.[2]

Pour mener à bien sa mission, Sheridan disposait sous ses ordres des 6ème et 19ème corps de Wright et Emory, des forces de l’Armée de Virginie Occidentale de Crook qui venait d’être renforcées et réorganisées et de son corps de cavalerie. Sheridan avait en effet fait venir avec lui dans le nord, les divisions de cavalerie de Wilson et Torbert, confiant le commandement de toute la cavalerie à ce dernier, Merrit le remplaçant à la tête de sa division. La troisième division de cavalerie étant sous les ordres de Averell. Dans le même temps, Crook réorganisa son infanterie en deux divisions, la première sous Thoburn et la seconde sous Duval. Enfin, une brigade d’artillerie sous les ordres du capitaine Henry Algernon du Pont complétait l’Armée de Virginie Occidentale.[3] Au total, Sheridan comptait environ 48 000 hommes sous ses ordres.

Côté confédéré, en plus des forces qu’il lui restait après sa campagne, soit les divisions d’infanterie de Gordon, Rodes, Ramseur et du général Gabriel Wharton – qui remplaçait Breckinridge rappelé en Virginie – et de cavalerie de Vaughn, Early, s’apprêtait à recevoir le renfort de deux divisions, celle d’infanterie de Kershaw et celle de cavalerie de Fitzhugh Lee, placées sous les ordres de Anderson, qui quittèrent Petersburg le 6 août.[4] Lee avait autorisé ce transfert une fois qu’il avait été informé du départ des cavaliers fédéraux car il avait correctement deviné qu’ils étaient envoyés accroitre le nombre de forces faisant face à Early. Ainsi, ce dernier pouvait compter sur approximativement 20 000 hommes.

Les objectifs des deux camps étaient simples. A Sheridan, Grant avait donné des instructions claires, d’une part attaquer sans relâche les forces de Early, comme il l’avait déjà lui-même fait contre Lee durant la campagne de l’Overland, pour les pousser hors de la vallée une bonne fois pour toute, voire même de les anéantir et d’autre part détruire toutes les infrastructures qui ne pouvaient être sécurisées afin que les sudistes ou les maquisards ne puissent s’en servir.
De l’autre côté, les ordres de Early étaient toujours les mêmes, poser la plus grande menace possible contre Washington et ses environs afin d’alléger au maximum la pression sur l’Armée de Virginie du Nord à Petersburg.

Le 5 août, Grant arriva à Monocacy Junction, où Hunter avait rassemblé les forces fédérales à la suite de la retraite hors de la vallée qui avait succédé la défaite de la seconde bataille de Kernstown. A ce moment, il ignorait la position des forces sudistes qui se trouvaient en fait à proximité de Bunker Hill et Darkersville, en Virginie Occidentale, où Early avait avancé suite à sa victoire.[5]

Le 6 août, Sheridan arriva à son tour à Monocacy Junction et prit effectivement le commandement. Grant ne tarda pas à insuffler un esprit offensif en son subordonné en lui ordonnant de se mettre en route sans attendre pour Halltown qui serait le point de départ de sa campagne contre Early.[6]

Le 10 août, alors que le 19ème corps et la division de cavalerie de Wilson n’étaient pas encore arrivés sur place, Sheridan décida de saisir l’initiative en frappant les sudistes que ses éclaireurs avaient depuis lors localisées. Il fit avancer le 6ème corps vers Charles Town et l’Armée de Virginie Occidentale vers Berryville afin de prendre en tenaille par le nord et par le sud les troupes de Early. Celui-ci repéra très vite le piège et se replia sur Fisher’s Hill avant que le piège fédéral ne se referme sur lui. Le 12, une fois sur place et bien installé, il fut rejoint par les deux divisions envoyées par Lee en renfort, Kershaw et Fitzhugh Lee, qu’il positionna près de Fort Royal. Une fois informé du repli des confédérés, Sheridan ne se dégonfla pas et fit avancer Wright et Crook près de Cedar Creek le 15 août.[7]

Cependant, deux éléments distincts le contraignirent finalement à la prudence. Premièrement, un rapport l’informa de mouvements de troupes en provenance de Petersburg près de Fort Royal, ce qui menaçait son flanc gauche en plus d’équilibrer le rapport de force entre les deux camps. Deuxièmement, un raid des partisans de Mosby qui attaquèrent un convoi d’approvisionnement fédéral près de Berryville, força Sheridan à se rendre compte que ses lignes de communications étaient trop allongées et trop peu défendues. Face à ce constat, le commandant nordiste décida de se replier sur Halltown. Toutefois, il le fit avec une grande prudence, ce qui lui prit presqu’une semaine, et ce alors que Early le suivait de près, les arrières fédéraux s’accrochant de façon régulière aux éléments avancés confédérés. Le 16 août, le lendemain du début du retrait fédéral, Fitzhugh Lee, avec sa division de cavalerie et une brigade d’infanterie fut engagea un combat avec les cavaliers de Merritt près de Cedarville avant que ceux-ci ne se retirent.[8] Les confédérés n’en restèrent pas là, Early essaya, en vain, de manœuvrer pour forcer les fédéraux au combat avant qu’ils n’atteignent les défenses de Halltown.
Le 21, les sudistes tentèrent une attaque maladroite contre la ville que les fédéraux repoussèrent sans trop de difficultés.[9] Au cours des trois jours qui suivirent, ils observèrent et testèrent à nouveau les positions nordistes sans y trouver de point faible.[10]

Comprenant que Sheridan n’allait pas quitter ses défenses volontairement et qu’il ne pouvait pas lui-même se porter à l’attaque, Early décida de chercher à l’y contraindre en l’attirant ailleurs. Le 25, il laissa Anderson devant Halltown avec la division de Kershaw et mit le reste de ses forces en route vers Sheperdstown et Williamsport afin d’une part de menacer les voies d’approvisionnement de Washington et d’autre part de faire croire qu’il allait franchir le Potomac une fois de plus. Il estimait que dans les deux cas, Sheridan serait obligé de bouger pour soit l’attaquer avant qu’il n’atteignent la Baltimore and Ohio Railroad et le Chesapeake and Ohio Canal, soit de se déplacer au nord du Potomac pour prendre une position défensive protégeant à la fois Washington et Baltimore.[11] Mais Sheridan n’en fit rien. Il envoya la division de cavalerie de Torbert à la recherche des positions sudistes. Celui-ci les trouva et les attaqua près de Sheperdstown. Au début, Torbert pensait avoir face à lui une petite force de cavalerie mais très vite les fantassins de Wharton se mêlèrent aux combats et les cavaliers nordistes n’eurent d’autre choix que de se replier au delà du Potomac.[12]

Le 26, les confédérés atteignirent Sheperdstown. Là, constatant que son plan avait échoué puisque Sheridan n’avait pas quitté ses positions, Early fut contraint de faire un choix. S’il continuait vers Williamsport, il prenait le risque de voir les fédéraux venir se placer entre lui et la vallée de façon à couper sa ligne de retraite et d’approvisionnement. De plus, Early savait que ses troupes n’étaient plus assez fortes pour pouvoir tenter de franchir le Potomac. L’autre solution qui s’offrait à lui était de se replier, d’accepter que son plan avait échoué, et aller prendre une position défensive plus au sud afin de protéger la vallée. Et c’est ce qu’il fit, en ordonnant à ses troupes de marcher vers Winchester pour y prendre des positions défensives sur la rive occidentale de l’Opequon Creek, le long de la Valley Pike au nord de Winchester. Sheridan fit avancer brièvement ses troupes sur Charles Town et Martinsburg avant de les ramener à Halltown.[13]

Le 29 août, les cavaliers de Merritt en patrouille près de l’Opequon Creek furent attaqués par les fantassins sudistes qui les repoussèrent vers Charles Town avant que les troupes de la division de Rickett n’arrivèrent à leur tour pour empêcher les confédérés d’aller plus loin.[14]

Le 3 septembre, Crook mit ses forces en route vers Berryville. Alors que les nordistes approchaient de la ville, les éléments de tête tombèrent sur les troupes de la division de Kershaw qui venaient de se mettre en route pour Petersburg où Lee les avaient rappelées suite à une avancée fédérale contre la voie ferrée reliant Petersburg à Wilmington, l’un des derniers ports de la Confédération n’ayant pas encore été neutralisé par le blocus de l’Union.[15] Lors de l’engagement qui s’en suivi, les fédéraux forcèrent les sudistes à se replier vers Winchester. Early fit alors intervenir l’ensemble de ses forces durant la nuit mais au matin, il trouva les positions nordistes trop bien défendues pour oser les attaquer.[16]
Au cours de deux semaines qui s’en suivirent, les actions des deux camps se limitèrent à des escarmouches, principalement du fait des cavaliers en patrouille, et à des manœuvres de l’infanterie.[17]

Le 14 septembre, Anderson se remit en marche vers Petersburg avec la division de Kershaw en passant par Fort Royal.[18] Le 16, Grant vint une nouvelle fois à la rencontre de Sheridan à Charles Town dans le but de l’inciter à prendre l’offensive mais celui-ci avait déjà commencer à mettre au point un plan d’action après avoir été informé du départ d’une division sudiste ce qui lui conférait une supériorité numérique nette.[19] Son plan consistait à concentrer sa poussée principale vers le flanc droit sudiste à Winchester depuis Berryville afin de prendre la Valley Pike et ainsi de couper la ligne de retraite confédérée. Cette poussée devait être le fait du 6ème corps qui ouvrirait la marche au 19ème et aux forces de Crook qui suivraient. Dans le même temps, une seconde poussée devrait être effectuée par la cavalerie depuis Martinsburg vers Stephenson’s Depot, au nord de Winchester.[20]

Le 19, les fédéraux passèrent à l’action. Au terme d’intenses combats très meurtriers, ils s’emparèrent de la ville en poussant les sudistes à se replier en bon ordre vers le sud. Cependant, ils échouèrent à couper la ligne de retraire confédérée, ceux-ci étant parvenu à maintenir la Valley Pike ouverte suffisamment longtemps pour permettre ce repli en bon ordre.[21] Sheridan arrêta ses fantassins au sud de la ville alors que ses cavaliers poursuivirent les sudistes jusqu’à Kernstown, ceux-ci prenant une nouvelle position défensive à Fisher’s Hill.[22] Le résultat de cette bataille de Opequon Creek marqua la première victoire importante de Sheridan aux commandes d’une force majeure et lui ouvrit la voie du reste de la vallée. Au total, les nordistes perdirent environ 5000 hommes contre 3900 pour les sudistes, dont de nombreux prisonniers. Bien que les pertes étaient lourdes pour le Nord, cela ne représentait qu’un huitième de forces de Sheridan alors que Early venait de perdre un quart des siennes.[23]
Parmi la liste des victimes se trouvait également Rodes dont la division tomba alors sous le commandement de Ramseur qui fut lui-même remplacé par le général John Pregram.[24]

Sheridan, fidèle à son tempérament réputé agressif, décida de maintenir la pression sur Early et dès le 20 fit avancer ses troupes vers les nouvelles positions confédérées. Comme pour la bataille précédente, il mit au point un plan qui devait permettre de couper leur retraite. Pendant que les 6ème et 19ème corps effectueraient des attaques de diversions contre le centre du dispositif de Early, Crook devrait se déplacer sans être détecté sur une position qui lui permettrait d’attaquer le flanc gauche par surprise. Enfin, Les cavaliers de Torbert devraient eux passer les Massanutten Mountains pour entrer dans la vallée de la Luray, progresser vers le sud et réentrer dans la vallée de la Shenandoah au sud des positions sudistes afin de couper leur route de retraite quelque part près de New Market.[25]

Dans l’après midi du 22, après avoir prit quelques positions en surplomb le 21, Crook lança comme prévu son attaque qui enfonça très vite les positions des confédérés qui se replièrent. Cependant, des pluies diluviennes et la tombée de la nuit empêchèrent une poursuite de l’infanterie fédérale. De plus, Torbert, inquiet de se retrouver isolé au milieu des lignes ennemies si jamais l’attaque principale échouait, avait préféré faire demi-tour alors qu’il faisait face à une position défensive sudiste dans le sud de la vallée de la Luray tenue par deux brigades de cavalerie de Fitzhugh Lee. Enfin, les cavaliers de Averell, plutôt que de poursuivre les fuyards, restèrent dans leur camp, ce qui énerva Sheridan qui le releva de son commandement et le remplaça par le colonel William Henry Powell.[26]
Par conséquent, une fois encore Sheridan mit Early en déroute mais sans être capable d’en finir avec ses troupes qui purent se replier et se réorganiser près de Harrisonburg où les fédéraux avancèrent finalement et entrèrent le 25, les sudistes préférant éviter le combat en se repliant plus au sud, près de Waynesboro, pour défendre Rockfish Gap, ouvrant ainsi la totalité de la vallée de la Shenandoah aux nordistes. Au total, au cours de la bataille de Fisher’s Hill, le Nord perdit environ 500 hommes et le Sud 1400.[27]

Maintenant convaincu que Early était battu et ne pourrait plus menacer Washington, Sheridan, conscient que ses lignes d’approvisionnement étaient dangereusement étendues dans une région où les sentiments pro-sudistes étaient forts et par conséquent les maquisards très actifs, décida qu’il lui était préférable de se rapprocher de ses bases. Avec l’accord de Grant, il envoya ses cavaliers ravager la vallée en détruisant toutes les infrastructures et les récoltes jusqu’à Waynesboro avant de se replier sur Winchester à partir du 6 octobre. Au cours de ses destructions, plusieurs accrochages eurent lieu entre les soldats nordistes et les partisans sudistes, provoquant de nombreuses exactions dans les deux camps.[28]

Faisant face à la situation difficile dans la vallée et en comprenant les risques pour ses propres forces, Lee décida de renvoyer la division de Kershaw auprès de Early. Une fois renforcé, celui-ci se mit en route sur les arrières des fédéraux qui reculaient vers le nord. Les cavaliers sudistes cherchèrent à harceler les nordistes mais le 9 octobre, Torbert fit faire demi-tour à ses hommes et mit les sudistes en déroute à Tom’s Brook.[29]

Le lendemain, Sheridan établit ses forces derrière la Cedar Creek avec la ferme intention de tenir cette ligne défensive. Le 12, le 6ème corps de Wright, maintenant jugé plus nécessaire dans la vallée, prit la route pour rejoindre l’Armée du Potomac. Cette nouvelle redonna de la vigueur à Early qui décida de repartir à l’offensive. Le 13, ses forces se trouvaient à quelques kilomètres au sud de la Cedar Creek. Les cavaliers de Torbert découvrirent la présence des sudistes lors d’un engagement avec Kershaw à Hupp’s Hill. Cette nouvelle alerta Sheridan qui décida de faire revenir Wright en le positionnant sur une position en réserve et de lui confier le commandement temporaire alors qu’il devait lui-même se rendre à Washington pour une conférence avec Stanton. Sheridan partit le 16 et prévint Wright de se tenir prêt pour une probable attaque confédérée. Evacuant assez vite sa réunion, il était de retour à Winchester le 18 pour y passer la nuit alors que Wright l’informa qu’il n’y avait rien à signaler face à sa ligne.[30]

Wright ignorait en fait tout de ce qui se tramait sur l’autre rive de la rivière. Ne pouvant plus compter sur la vallée, trop ravagée, pour lui fournir des approvisionnements vitaux, Early devait soit la quitter soit vaincre les nordistes. Il opta donc pour la deuxième solution et mit son plan d’action au point. Celui-ci prévoyait que la division de Kershaw attaque celle de Thoburn qui gardait la rivière pendant que celles de Gordon, Ramseur et Pegram la franchiraient sans être détecté par les fédéraux pour attaquer le camp du 19ème corps. Enfin, Wharton attaquerait lui aussi ce même corps mais de l’autre côté.[31] Dès l’aube du 19, l’assaut fut lancé et se déroula comme prévu, les nordistes refluant en tout point. Cependant, ils résistèrent tout de même suffisamment pour permettre aux troupes du 6ème corps de Wright, situées réserve pour se préparer à recevoir le choc. Lorsque Sheridan, venu en urgence de Winchester dans une chevauchée éreintée, arriva sur les lieux, il découvrit ses troupes en pleine débandade, la victoire semblant appartenir aux sudistes. Mais c’est alors que le commandant nordiste connu l’un de ses plus grands moments. Usant de tout son charisme et de son courage, et rallia à lui les fuyards et mit en place une ligne défensive avec les troupes de Wright qui retinrent les sudistes le temps que Emory regroupe les siennes. Alors que les fédéraux se remettaient du choc, les confédérés perdaient, eux, leur momentum et finalement Sheridan lança une contre-attaque foudroyante en fin d’après-midi. Celle-ci enfonça les lignes confédérées avant de les envoyer dans une déroute totale, les forces sudistes ayant perdu toute forme d’organisation. Sheridan arrêta ses fantassins, épuisés, sur la rive nord de la Cedar Creek mais ses cavaliers poursuivirent les confédérés jusqu’à Fisher’s Hill. Ceux-ci, ou du moins ce qui en restait, continuèrent leur fuite jusqu’à New Market.[32]
La bataille de Cedar Creek marqua l’un des succès les plus nets de la guerre, les fédéraux annihilant presque intégralement les forces de Early et ce bien que leurs pertes, avec environ 5500 hommes, furent bien plus importantes que celles des sudistes, près de 3000 hommes. C’est la dislocation intégrale de l’organisation structurelle et militaire des forces de Early qui expliquait cette quasi annihilation.[33]

Après avoir réorganisé et réapprovisionné ses troupes à Cedar Creek, Sheridan les repositionna début novembre sur une nouvelle position défensive près de Kernstown et envoya le 19ème corps de Emory à Petersburg pour y renforcer Grant.
Le 10 novembre, informé de cette nouvelle, Early fit ré-entrer ses hommes dans la vallée et avança vers la ligne fédérale. Mais d’une part parce que ses troupes n’avaient pas récupéré de la défaite de Cedar Creek et d’autre part parce que les défenses de Sheridan étaient trop puissantes, le commandant sudiste n’eut d’autre choix que de se replier. Les cavaliers des deux camps engagèrent tout de même un rapide combat à Cedarville avant que Torbert n’envoie ses hommes harceler la retraite confédérée qui ne menaceraient plus jamais le contrôle fédéral sur la vallée de la Shenandoah.[34]
Au cours des mois qui suivirent, l’hiver s’installant et comprenant qu’il était désormais vain de chercher quelque progrès que ce soit dans la vallée alors qu’il était lui-même en grande difficulté, Lee rappela à lui la quasi intégralité des forces de Early, ne laissant à celui-ci qu’environ un peu moins de deux milles d’hommes avec lesquels il mènera tout au plus quelques actions de guérilla en attendant l’hiver.[35] Au cours de celui-ci, Early installa ses quartiers  entre Staunton et Rockfish Gap jusqu’à ce que le 27 février, Sheridan mette en marche deux divisions de cavalerie, celle du général Thomas Devin, qui remplaçait Torbert, et celle de Custer, pour dévaster le sud de la vallée. Le 1er mars, ils arrivèrent à Staunton où ils entrèrent en contact avec les sudistes qui se replièrent sur Waynesboro afin de protéger Rockfish Gap et ainsi défendre ce point de passage stratégique à travers les Blue Ridge Mountain vers le reste de la Virginie. Le lendemain, les cavaliers fédéraux passèrent à l’attaque et enfoncèrent les positions défensives confédérées, les mettant en déroute complète et achevant la destruction des forces de Early qui se trouvait alors sans commandement. La voie vers Charlottesville était ouverte et Sheridan comptait bien l’emprunter pour rejoindre Grant à Petersburg et lancer l’assaut final contre l’Armée de Virginie du Nord comme le commandant chef nordiste le lui avait demandé le 21 février.[36]

La victoire nordiste, et surtout la débâcle des forces de Early, marqua la fin de la troisième, et dernière, campagne de la vallée de la Shenandoah. Les fédéraux en assurèrent le contrôle et détruisirent toutes les ressources et infrastructures qu’ils ne pouvaient pas emporter, Sheridan remplissant donc complètement les objectifs qui lui avaient été imposé. La conséquence de cela fut que la Confédération, et plus particulièrement l’Armée de Virginie du Nord de Lee, fut privée de ressources, essentiellement alimentaires, dont l’importance s’accroissait alors que les effets du blocus fédéral se faisait sentir de plus en plus. En outre, en perdant la possibilité d’utiliser la vallée, Lee vit également sa manœuvrabilité stratégique être grandement réduite, alors qu’il était déjà soumis à une intense pression de la part de l’Armée du Potomac à Petersburg.[37] Pour les fédéraux, la sécurisation de la vallée était une bonne nouvelle. Premièrement, cela ferma la porte à la voie d’invasion du Nord préférée de Lee et sécurisait Washington et ses voies d’approvisionnement. Deuxièmement, conséquence directe de la première, elle apporta de précieux points à Lincoln qui était alors engagé dans la course à l’élection présidentielle. Enfin, Grant pouvait maintenant concentrer ses efforts sur l’Armée de Virginie du Nord que la perte de la vallée avait affaiblie encore un peu plus. Le commandant nordiste était plus déterminé que jamais à en finir sur le théâtre de Virginie.[38]

Figure 97: La troisième campagne de la vallée de la Shenandoah

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Source: JESPEREN Hal, Shenandoah Campaigns of 1864, August-October 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

[1] Raymond BLUHM, op.cit., page 53.

[2] Idem, pages 40-41. ; James McPHERSON, op.cit., page 834. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 541-542.

[3] Raymond BLUHM, op.cit., page 41.

[4] Idem, page 42. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 540.

[5] Idem, page 542.

[6] Raymond BLUHM, op.cit., page 41. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 542-543.

[7] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 490. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 42.

[8] FLOYD Dale E., LOWE David W., Guard Hill, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[9] FLOYD Dale E., LOWE David W., Summit Point, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[10] Raymond BLUHM, op.cit., page 42. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 544-545. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 491-492.

[11] Raymond BLUHM, op.cit., page 42.

[12] Ibid. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 492.

[13] Raymond BLUHM, op.cit., page 43.

[14] Ibid. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Smithfield Crossing, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 493.

[15] James McPHERSON, op.cit., page 853.

[16] FLOYD Dale E., LOWE David W., Berryville, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 493-494.

[17] Idem, page 495-496. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 43.

[18] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 496.

[19] Shelby FOOTE, op.cit., page 553.

[20] Raymond BLUHM, op.cit., pages 44-45.

[21] FLOYD Dale E., LOWE David W., Opequon, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[22] Raymond BLUHM, op.cit., pages 45-46.

[23] Côté sudiste, cette bataille est appelée troisième bataille de Winchester. ; James McPHERSON, op.cit., page 854. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 554-555.

[24] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 497.

[25] Shelby FOOTE, op.cit., page 556. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 46.

[26] Idem, page 47. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 556-557.

[27] Idem, pages 557-558. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Fisher’s Hill, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; James McPHERSON, op.cit., page 854.

[28] Idem, page 855. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 47. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 563-564.

[29] FLOYD Dale E., LOWE David W., Tom’s Brook, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 564.

[30] Idem, page 565. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 48. ; James McPHERSON, op.cit., page 856.

[31] Shelby FOOTE, op.cit., pages 565-567.

[32] James McPHERSON, op.cit., pages 856-857. ; Raymond BLUHM, op.cit., pages 48-51.

[33] FLOYD Dale E., LOWE David W., Cedar Creek, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 567-572.

[34] Raymond BLUHM, op.cit., pages 51-52.

[35] Shelby FOOTE, op.cit., page 572.

[36] Idem, pages 804-809. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Waynesboro, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[37] Raymond BLUHM, op.cit., page 53.

[38] John KEEGAN, op.cit., page 268.

La seconde campagne du Maryland

Le retraite de Hunter et ses hommes dans la vallée de la Kanawha en Virginie Occidentale après sa défaite à Lynchburg eut pour conséquence de laisser la porte de celle de la Shenandoah ouverte pour les confédérés. Early, que Lee avait envoyé dans ce secteur pour y accomplir deux objectifs, sauver les carrefours ferroviaires l’approvisionnant, ce qu’il venait de faire en repoussant Hunter, et attirer le plus de forces fédérales loin de Petersburg où l’Armée du Potomac assiégeait celle de Virginie du Nord, vit là l’opportunité de conquérir toute la vallée et ses ressources, pénétrer dans le Maryland pour menacer Washington et ainsi accomplir son second objectif.[1]

Pour mener sa campagne, Early disposait d’approximativement 14 000 hommes qu’il organisa en deux détachements. Le premier se composait des divisions de Gordon et de celle du général John Echols qui commandait désormais les forces jusqu’alors sous les ordres de Breckinridge qui lui, prit la tête de tout le détachement. Early garda le commandement direct du second qui se composait des divisions de Rodes et Ramseur ainsi que de celle de cavalerie de Ramson avec ses 2000 cavaliers.[2]
De l’autre côté, les forces fédérales étaient beaucoup plus dispersées. Hunter, avec la principale force, se trouvait au début de la campagne dans la vallée de la Kanawha et n’arriverait pas à Harpers Ferry pour jouer un rôle avant le 15 juillet. Le reste du département de Virginie Occidentale, les garnisons défensives des Baltimore and Ohio Railroad et Chesapeake and Ohio Canal sous les ordres de Sigel, se trouvaient toujours dispersées dans le nord de la vallée et le long du Potomac. L’Union pouvait également compter sur le 8ème corps du général Lewis Wallace dont le quartier général se trouvait à Baltimore. Ce corps était composé de troupes peu entrainées, ayant signé des contrats de courte durée et comptait environ 2300 hommes.[3] Enfin, il restait encore quelques petites unités dans la garnison de Washington mais très peu puisque Grant en avait incorporé une grande partie dans l’infanterie de l’Armée du Potomac.[4]

Le plan de Early était donc évident. Maintenant qu’il n’y avait plus de force fédérale conséquente entre lui et le Potomac, il lui fallait descendre la Shenandoah jusqu’à ce dernier et le franchir près de Harpers Ferry en usant des ressources de la vallée pour rééquiper ses troupes. Ensuite, une fois entré dans le Maryland, il mettrait le cap vers le sud-est, droit sur Washington pour, nous l’avons déjà dit, forcer les nordistes à réduire la pression sur Petersburg pour venir sauver leur capitale. Lee avait également une autre possibilité en tête. Connaissant maintenant le caractère très agressif de Grant, il considérait aussi la potentialité que le commandant nordiste exploite le fait que Lee était privé du corps de Early pour déclencher une attaque générale contre les défenses fortifiées de l’Armée de Virginie du Nord et s’exposerait ainsi à un désastre tel que celui de Cold Harbor que Lee exploiterait en contrattaquant et ainsi repousser l’Armée du Potomac.[5]

Côté fédéral, le plan était relativement simple. La priorité de Grant dans sa stratégie globale en Virginie étant l’armée de Lee, les fédéraux devraient se contenter des forces disponibles pour arrêter Early et protéger Washington. Cette tâche devant être accomplie de façon efficiente, c’est-à-dire obtenir les meilleurs résultats avec le moins de forces possibles, Grant n’accepterait de redéployer des forces qu’en cas de réelle nécessité.

Après avoir vainement pourchassé Hunter alors qu’il battait en retraite, Early mit le cap sur Staunton où il passa la journée du 27 juin afin de réorganiser ses troupes et les reposer en vue de la nouvelle campagne. Le 28, les confédérés se remirent en route sur la Valley Pike pour descendre la vallée.[6] Le 2 juillet, ils arrivèrent à Winchester et le 4 se trouvaient à Martinsburg que les fédéraux de Sigel venaient d’évacuer pour se replier à Maryland Heights, sur l’autre rive du Potomac, en laissant derrière eux de précieuses ressources que les sudistes ne se firent pas prier pour exploiter. Par après, Sigel se contenta de gêner la progression sudiste en faisant livrer quelques escarmouches à ses cavaliers.[7]

Les 5 et 6 juillet, Early franchit le Potomac à Sheperdstown et Boteler’s Ford, en amont de Harpers Ferry. Seules quelques feintes furent réalisées devant la ville afin d’y fixer la garnison, commandée par le général Max Weber, et en tester les défenses pendant que le gros des forces franchissait le fleuve et que de petites troupes lançaient des raids contre la Baltimore and Ohio Railroad et le Chesapeake and Ohio Canal. Il fit également envoyer les cavaliers de McCausland dans un raid contre la ville de Hagerstown. Le 8, continuant leur progression sans entrave réelle, les sudistes passèrent les South Mountain à Fox’s et Turner’s gap et poursuivirent vers Frederick, passant la nuit à Middletown.[8]

Alors que les confédérés avançaient sans rencontrer de résistance notable, Wallace décida de déplacer son 8ème corps à l’endroit qu’il estimait être le plus approprié pour défendre à la fois Washington et Baltimore puisqu’il ne savait pas encore quel était l’objectif de Early. Après s’être penché sur les cartes, il opta pour une position défensive derrière la Monocacy River. Il était bien conscient qu’il ne pourrait pas stopper l’avancée confédérée avec ses forces, et ce bien qu’il avait joint à ses troupes tous les hommes sur lesquels il avait pu mettre la main, essentiellement des miliciens. Son objectif était surtout de gagner du temps en attendant que des renforts envoyé depuis l’Armée du Potomac n’arrivent pour défendre la ville.[9]

Ces renforts étaient effectivement en route. Une fois informé de la situation dans le Maryland le 6 juillet, Grant fit dépêcher à Baltimore la division du général John Brewerton Ricketts, issue du 6ème corps et deux divisions de la cavalerie de Sheridan, afin de renforcer les forces de Wallace. Une fois arrivé à Baltimore dans la soirée du 7, Ricketts fit monter ses hommes dans des trains qui les amenèrent à Monocacy Junction où il rejoignirent la ligne défensive de Wallace. Les cavaliers furent eux, laissés à Baltimore et Washington pour rassurer la population, mais sans chevaux et trop épuisés par leurs récentes expéditions ceux-ci n’étaient d’aucune utilité.[10]

Au matin du 9 juillet, Early avança vers les positions fédérales qu’il attaqua. S’en suivi la bataille de Monocacy qui vit, au terme de la journée, les confédérés repousser les nordistes vers Baltimore et franchir la Monocacy river. Les pertes s’élevèrent à environ 700 hommes pour le Sud contre plus ou moins 300 pour le Nord auxquels il faut ajouter environ 1000 prisonniers. Mais plus important, Early avait perdu un jour dans sa course pour Washington, il lui restait encore environ 50 kilomètres à parcourir alors qu’il se doutait que des renforts fédéraux faisaient également route vers la capitale fédérale. Autre conséquence, Wallace fut remplacé par Ord bien que sa décision de se porter au devant des confédérés avait permit de gagner un temps précieux et qu’il avait fait au mieux avec les moyens qu’il avait à sa disposition.[11]

Le 10 juillet, les confédérés reprirent leur progression jusqu’à Rockville et dans la matinée du 11, les cavaliers sudistes qui ouvraient la marche arrivèrent aux abords des fortifications de la capitale dont ils examinèrent les défenses. Early arriva avec une partie de l’infanterie vers midi et ordonna à Rodes de lancer au plus vite sa division à l’attaque tant que les fortifications de la ville n’étaient pas encore puissamment défendues. En effet, à ce moment, bien que le système de fortifications était un ensemble solide et difficilement attaquable, peu d’unités y étaient présentes et celles-ci étaient de piètre qualité car composées de miliciens, de régiments à courte durée d’engagement ou de convalescents.[12] Mais Rodes ne put se lancer à l’assaut, épuisés par les nombreux jours de marche qu’ils venaient d’effectuer, ses hommes mirent trop de temps pour se préparer et l’attaque fut repoussée au lendemain.[13] En effet, sur les quelques 10 000 hommes qu’il restait à Early, environ un tiers pouvait être considéré comme étant apte au combat, les autres avaient besoin de repos.[14] Mais comme les sudistes perdaient du temps, les fédéraux eux le mettaient à profit. Durant la journée, le reste du 6ème corps de Wright, à qui Grant avait fait quitter le siège de Petersburg le 9 juillet, et deux divisions du 19ème corps ayant servit lors de la campagne de la Red River qui avaient été ramenée sous les ordres du général William Hemsley Emory arrivèrent à Washington et vinrent progressivement grossir la garnison de la ville.[15]

Le 12, des combats d’artillerie et quelques escarmouches de tirailleurs se déroulèrent entre les deux forces près des forts Stevens et De Russy, deux des forts composant les fortifications de la capitale fédérale, sans qu’aucune attaque ne soit réellement lancée.[16] Comprenant que l’occasion de prendre Washington était passée, Early décida de se replier dès la tombée de la nuit et d’aller se mettre à l’abri dans la vallée de la Shenandoah.

Chargeant les cavaliers de Ransom d’assurer l’arrière garde, Early fit mettre en route ses forces vers le Potomac qu’elles franchirent à White’s Ford, en aval de Harpers ferry, le 14 et poursuivirent leur route vers la vallée qu’il atteignirent le 16 en passant les Blue Ridge Mountains et campèrent à Berryville le 17.[17] Pendant ce temps, la poursuite fédérale fut dans un premier temps pour le moins peu appuyée, seules quelques petites escarmouches de cavalerie eurent lieu sans poser de réelles menaces pour les confédérés.

Afin d’organiser la poursuite, Grant mit Wright aux commandes de toutes les forces qu’il pouvait regrouper pour combattre Early, c’est-à-dire, son propre 6ème corps, que la division de Rickett rejoignit à Leesburg où Wright avait rassemblé ses forces, et les deux divisions du 19ème corps de Emory. Le reste, la garnison de la ville et le 8ème corps de Wallace restèrent en retrait. Jusqu’alors, le fait que les différentes unités fédérales défendant Washington se soient trouvées sous différents commandements avait empêché une poursuite efficace car ceux-ci ne parvinrent pas à s’organiser.[18]
Dans le même temps, le 15 juillet, Hunter arriva à Harpers Ferry avec ses troupes et fut informé par Halleck qu’il devait rassembler toutes les forces possibles de son département, celui de Virginie Occidentale, c’est-à-dire ses propres troupes avec lesquelles il venait de revenir de sa campagne dans la vallée et celles qu’il avait laissé sous les ordres de Sigel, et coordonner ses actions avec Wright dans le but de coincer et détruire les forces sudistes en retraite. Hunter décida donc d’incorporer les troupes de Sigel au sein du reste de ses forces et renvoya ce dernier à Washington après l’avoir remplacé par le général Albion Paris Howe le 8 juillet.[19] Il décida ensuite de diviser celles-ci en deux forces distinctes, l’une positionnée à Martinsburg, composée des cavaliers de Averell et des fantassins du colonel Isaac Duval, qu’il garda sous son commandement direct et l’autre installée à Halltown, comprenant les cavaliers de Duffié et les fantassins de Sullivan, très vite remplacé par le colonel Joseph Thoburn, avec Crook aux commandes et pour instructions de se placer sous les ordres de Wright, qu’ils rejoignirent à Leesburg le 17.[20]

Le même jour, Wright donna ses instructions en envoyant Crook prendre position à Snicker’s Gap pour tenir le passage des Blue Ridge Mountains en prévision de la progression vers Snicker’s Ford où il comptait franchir la Shenandoah avec le reste de ses troupes. Duffié devait lui effectuer une reconnaissance du gué.[21]

Le 18 vers midi, Crook prit Snicker’s Gap, sans avoir du combattre et Duffié avança vers Snicker’s Ford mais en fut repoussé à deux reprises par les troupes de Gordon qui en gardaient le passage. Comprenant que les fédéraux étaient sur ses arrières et sachant qu’il ne pouvait prendre le risque de les laisser le menacer de la sorte, Early décida de faire faire demi tour à ses forces et d’aller aux devant des nordistes. Au même moment, les fantassins de Thoburn se présentèrent devant un autre gué, un peu plus en amont, Judge Parker’s Ford, où il franchirent la Shenandoah sans trop de difficultés avant de voir les hommes de Breckinridge et Rodes leur tomber dessus près de Cool Spring et les repousser jusqu’à la rivière. Les combats se poursuivirent jusqu’à la tombée de la nuit et les fédéraux se retirèrent sur la rive orientale durant la nuit.[22] Les sudistes établirent de la sorte une ligne défensive derrière la Shenandoah qui leur permettait de tenir en respect les forces de Wright, incapables de forcer le passage.

Le 19, afin de menacer le flanc gauche et les arrières de Early qui faisait face à Wright, Hunter mit en marche ses troupes depuis Martinsburg vers Winchester. Une fois informé de cette nouvelle menace, Early décida fort judicieusement d’abandonner sa ligne défensive derrière la Shenandoah et de se replier vers Winchester de façon à ne pas être prit en tenaille entre les deux forces fédérales.[23]

Vers midi le 20 juillet, les cavaliers de Averell entrèrent en contact avec les fantassins de Ramseur installés sur une position défensive à Rutherford’s Farm près de Winchester. Très vite soutenu par l’infanterie de Duval, les nordistes profitèrent d’une erreur de Ramseur pour le frapper sur son flanc droit et le forcer à se replier sur Winchester, la nuit tombante empêchant toute poursuite. Early installa alors ses forces sur une nouvelle position à Fisher’s Hill.[24]
Dans le même temps, Wright arriva avec ses forces à Berryille et constatant qu’aucune force sudiste ne se trouvait dans le secteur, il estima que les hommes de Averell et Duval, qui étaient en train de livrer bataille à Ramseur, avaient trouvé l’arrière garde de Early qui était donc en pleine retraite dans la vallée pour rejoindre l’Armée de Virginie du Nord à Petersburg. Wright, jugeant que sa mission de défendre Washington était maintenant remplie et qu’il était préférable qu’il retourne auprès de l’Armée du Potomac pour la renforcer, décida le soir même de faire faire demi-tour aux 6ème et 19ème corps en leur faisant prendre la route de Washington.[25] Ce faisant, il laissa Crook aux commandes de la poursuite dans la vallée.

Dès l’aube du 21, les cavaliers de Averell entrèrent dans Winchester où ils furent rejoint dans la journée par les hommes de Duval et Crook. Celui-ci, décida de réorganiser ses forces en trois divisions d’infanterie commandée par Duval, Thoburn et Mulligan et deux de cavalerie toujours sous Averell et Duffié.
Sans attendre, des cavaliers nordistes furent envoyés vers Kernstown afin de chercher à découvrir les positions confédérée.[26] Le lendemain, Crook y déplaça toutes ses unités.

Le 23 juillet, les éclaireurs confédérés informèrent Early du départ de Wright. Réagissant très vite, car comprenant que cela voulait dire qu’il allait retourner auprès de Grant alors que l’objectif sudiste de cette campagne était d’attirer le plus de forces possibles au nord, Early décida de faire demi tour à ses forces en route pour Strasburg et d’attaquer les troupes de Crook à Kernstown.

Le 24, vers midi, les confédérés attaquèrent et prirent par surprise les fédéraux qui furent repoussés dans le plus grand désordre, la retraite tournant même à la débandade complète. Crook ne fut en mesure de réorganiser ses forces qu’une fois à Winchester et décida immédiatement de se replier sur Martinsburg. La seconde bataille de Kernstown lui coûta environ 1200 hommes, dont Mulligan mortellement blessé, et tous ses approvisionnements. De l’autre côté, les sudistes perdirent quelques 600 hommes.[27]

Hunter ordonna alors à Crook de retirer ses troupes de la vallée et de les repositionner dans le Maryland. S’exécutant sans attendre, les fédéraux franchirent le Potomac à Williamsport le 26 juillet. Crook envoya ses deux divisions d’infanterie restantes – celle de Mulligan ayant été dissoute et ses restes incorporés à la division de Thoburn – à Halltown et les cavaliers de Averell à Hagerstown. Il fit également placer des postes d’observation tout le long des points de passage du Potomac afin d’observer toute approche sudiste vers le fleuve.[28]

Inquiété par ce retournement de situation et le risque de voir les sudistes franchirent une fois encore le Potomac, Halleck annula les ordres de Wright le renvoyant avec ses deux corps en Virginie et lui indiqua de se rendre avec toutes ses troupes à Monocacy Junction, où Hunter avait établit son quartier général afin de se placer sous le commandement de celui-ci et l’aider à prévenir toute nouvelle offensive de Early. Le 29 juillet, les nordistes étaient en position.

Toujours soucieux d’accomplir son objectif principal de retenir le plus de forces fédérales possibles loin de Petersburg, Early décida qu’il lui fallait reprendre l’initiative afin d’empêcher le départ de Wright et Emory. Il ordonna donc à McCausland de prendre deux brigades de cavalerie, pour un total d’environ 3000 hommes, et de lancer un raid contre la ville de Chambersburg dans le sud de la Pennsylvanie. Early espérait que cela serait suffisant pour créer la panique au nord car au vu de l’état de ses troupes, trop épuisées pour lancer un nouveau raid après deux mois de manœuvres, il ne pouvait se permettre de leur faire refranchir le Potomac.
Le 29 juillet, les cavaliers sudistes franchirent le fleuve. Très vite alerté, Hunter prit immédiatement des mesures défensives pour défendre Washington et Baltimore. Averell tenait les cluses des South Mountains, Crook fut positionné à Monocacy Junction.[29]

Le 30 juillet, McCausland atteignit son objectif et ne recevant pas la rançon qu’il exigeait pour ne pas bruler la ville, il la fit incendier avant de se remettre en route pour le Potomac et la Virginie Occidentale. Les cavaliers nordistes de Averell arrivèrent sur place environ trois heures après le départ des sudistes et se mirent immédiatement en route à leur poursuite. Ils rattrapèrent l’arrière garde confédérée près de Hancock avec laquelle ils livrèrent une première petite escarmouche avant d’en livrer une deuxième le lendemain à Folck’s Mill sans toutefois pouvoir les empêcher de passer sur la rive sud du fleuve à Cumberland le 2 août.[30]
Averell n’arrêta cependant pas sa poursuite pour autant. Il envoya ses éclaireurs à la recherche des cavaliers confédérés qui les trouvèrent finalement près de Moorefield où il les attaqua à l’aube du 7 août malgré son infériorité numérique et parvint grâce à l’effet de surprise à les mettre en déroute en prenant 600 prisonniers affaiblissant fortement la cavalerie de Early.[31]

Figure 96: Actions et mouvements des belligérants dans la vallée entre le 17 juin et le 7 août

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Source: BLUHM Raymond K. Jr., The Shenandoah Valley Campaign, March-November 1864, Washington: Center of Military History United States Army, 2014, p. 32.

Avec cette campagne, les confédérés reprirent et sécurisèrent le contrôle de l’ensemble de la vallée de la Shenandoah et par conséquent de toutes ses ressources. A aucun moment, la prise de la capitale fédérale n’avait vraiment été un objectif, tout au plus cela représentait la cerise sur le gâteau. Pour conquérir la vallée, Early avait forcé à la retraite plusieurs forces fédérales, celles de Hunter premièrement mais également celles de Wright et Emory, des unités qui avaient été appelées en renfort pour défendre Washington. Et c’était là l’objectif premier de Early, forcer Grant à dépêcher des troupes jusqu’alors employées à assiéger l’Armée de Virginie du Nord, afin de réduire la pression sur celle-ci.[32] En cela il avait donc plutôt bien réussi et le retournement de situation qu’il causa avec sa victoire à la seconde bataille de Kernstown améliora encore un peu plus son succès en la matière car cela décida Grant à maintenir des forces dans le nord et à les organiser en une seule force ayant pour seul et unique objectif de détruire les forces confédérées présentes dans la vallée. Enfin, il n’hésita plus cette fois à placer un commandant déterminé à la tête des cette force, Sheridan et ainsi déclencher la troisième campagne de la vallée de la Shenandoah dans le but d’éliminer une bonne fois pour toute la menace que représentait celle-ci.[33]


[1] Cette campagne se déroulant durant la même période que celle du siège de Petersburg et en parallèle de celle-ci dans une région bien particulière du théâtre de Virginie, nous ne présenterons pas ici la situation des autres théâtres de la guerre afin d’éviter de se répéter inutilement. Cela sera donc traité intégralement dans le chapitre relatif au siège de Petersburg.

[2] Shelby FOOTE, op.cit., pages 446-447. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 31.

[3] Idem, pages 31-33. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 451.

[4] James McPHERSON, op.cit., page 833.

[5] Shelby FOOTE, op.cit., page 446.

[6] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 479.

[7] Shelby FOOTE, op.cit., page 447. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 31.

[8] Ibid. ; George POND, op.cit., pages 47- 48 / 52-53.

[9] Raymond BLUHM, op.cit., page 33. ; George POND, op.cit., page 56. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 451.

[10] Idem, pages 451-452.

[11] George POND, op.cit., pages 57-58. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Monocacy, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; James McPHERSON, op.cit., page 833. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 34.

[12] James McPHERSON, op.cit., page 833.

[13] Raymond BLUHM, op.cit., page 34.

[14] Shelby FOOTE, op.cit., page 454.

[15] Raymond BLUHM, op.cit., page 35.

[16] FLOYD Dale E., LOWE David W., Fort Stevens, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; James McPHERSON, op.cit., page 833. ; Au cours des combats, Abraham Lincoln vint en personne sur les fortifications fédérales pour observer les combats. Ce fut l’unique fois où le Président assista la guerre civile de ses propres yeux. Cet épisode donna lieu à un évènement cocasse. N’ayant pas reconnu Lincoln, Oliver Wendell Holmes Jr., lui hurla de se mettre à couvert des tirs.

[17] Shelby FOOTE, op.cit., page 461.

[18] James McPHERSON, op.cit., page 833.

[19] John C. FREDRIKSEN, op.cit., p. 466.

[20] Raymond BLUHM, op.cit., pages 35-37.

[21] Idem, page 37.

[22] Ibid. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Cool Spring, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[23] Raymond BLUHM, op.cit., pages 37-38.

[24] Idem, page 38. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Rutherford’s Farm, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[25] Raymond BLUHM, op.cit., page 38.

[26] Ibid.

[27] FLOYD Dale E., LOWE David W., Second Kernstown, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[28] Shelby FOOTE, op.cit., page 539. ; Raymond BLUHM, op.cit., pages 38-39.

[29] Idem, pages 39-40. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Folck’s Mill, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[30] Raymond BLUHM, op.cit., page 40.

[31] Idem, page 40. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Moorefield, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[32] Shelby FOOTE, op.cit., page 461.

[33] James McPHERSON, op.cit., page 834.

La seconde campagne de la vallée de la Shenandoah

Après sa prise de commandement, Grant avait donc établi un plan d’ensemble pour tous les théâtres, y compris dans la vallée de la Shenandoah. Cette vallée était d’une grande importance pour la Confédération. Premièrement, elle fournissait une grande quantité de vivres aux forces sudistes, particulièrement à l’Armée de Virginie du Nord dont Grant avait fait son objectif prioritaire. Deuxièmement, la vallée représentait un pistolet pointé en permanence sur Washington, une voie d’invasion naturelle que Lee avait déjà utilisé à deux reprises pour porter la guerre au nord de la ligne Mason-Dixon et Grant entendait bien neutraliser cet avantage stratégique. Troisièmement, tout au nord de la vallée passaient la Baltimore and Ohio Railroad et le Chesapeake and Ohio Canal, les deux principales voies d’approvisionnement des ressources du Midwest vers la capitale fédérale que les sudistes avaient très souvent perturbées par le passé et leur protection était une autre nécessité.

Après la retraite de Gettysburg, Lee avait refranchi le Potomac et avait rejoint la Virginie en passant par la vallée avec une partie des forces fédérales sur ses arrières qui l’occupèrent dans sa partie nord. Depuis lors, rien d’important ne s’était déroulé dans ce secteur à l’exception d’une série d’escarmouches sans conséquence qui avait vu les troupes des deux camps y prendre position.[1]

La stratégie fédérale globale pour le printemps 1864 prévoyait que les troupes présentes en Virginie Occidentale et dans la vallée se lancent à la conquête de celle-ci afin de priver le sud des avantages que leur prodiguait la région en plus d’y attirer le plus de troupes confédérées possibles qui ne pourraient dès lors pas aider Lee à affronter l’Armée du Potomac.
De l’autre côté, les objectifs sudistes étaient tout simplement opposés, maintenir le contrôle de la vallée et ce avec le moins d’hommes possibles afin de renforcer l’Armée de Virginie du Nord.

La campagne à venir se déroulant durant la même période que celle de l’Overland, nous ne reviendrons pas sur la situation des autres théâtres, celle-ci étant la toujours la même.

Coté fédéral, la vallée dépendait des forces du district de Virginie Occidentale qui se trouvait sous les ordres du général Franz Sigel et qui, avant le début de la campagne, avait sous ses ordres environ 24 000 hommes répartis en trois détachements et un quartier général à Cumberland dans le Maryland. Le premier, qui était en réalité une somme de petits détachements dispersés sur plusieurs positions défensives, protégeait la Baltimore and Ohio Railroad et le Chesapeake and Ohio Canal. Les deux autres étaient eux positionnés en Virginie Occidentale, près de Charleston. Le premier se trouvait sous les ordres du général George Crook et comptait approximativement 3500 fantassins et le second était commandé par le général William Woods Averell avec environ 3000 cavaliers. Se doutant que Grant appellerait au lancement d’une nouvelle campagne, Sigel décida de réduire la taille des garnisons afin de disposer d’un véritable troisième détachement pouvant la conduire.[2]

Côté sudiste, jusqu’en février 1864, les forces confédérées se limitaient aux quelques 3000 hommes de la brigade du district de la vallée commandée par le général John Daniel Imboden avec pour mission de surveiller les activités fédérales et si possible gêner les approvisionnements de Washington. A cela il convient d’ajouter la présence dans les zones occupées des partisans pro-sudistes qui menaient des raids de guérilla sur les arrières des forces nordistes. Citons particulièrement les hommes du lieutenant-colonel John Singleton Mosby et du capitaine John McNeil. En février, Jefferson Davis décida d’envoyer le général Breckinridge prendre le commandement du département de Virginie Occidentale dont dépendait le district de la vallée afin d’en assurer la défense contre l’offensive fédérale qu’anticipaient les sudistes. Au total, les forces confédérées dans la région s’élevaient à plus ou moins 8000 hommes auxquels il faut ajouter les 4500 cavaliers du général John Hunt Morgan qui furent rappelés du Tennessee.[3]

Le plan de Grant donnait des instructions claires à Sigel. Il devait lever une force de 9500 hommes et la positionner à Beverly sous les ordres du général Edward Otho Cresap Ord. Dans le même temps, les troupes de Crook et Averell devaient lancer un raid en Virginie Occidentale afin de couper la Virginia and Tennessee Railroad et détruire quelques objectifs économiques mineurs avant de faire leur jonction avec les troupes de Ord remontant la vallée quelque part aux abords de Staunton avant de continuer vers Lynchburg afin d’y couper les voies d’approvisionnement de l’Armée de Virginie du Nord et de Richmond.[4]
A la mi avril, Ord, mécontent de Sigel, demanda à être réassigné, ce que Grant lui accorda. Sigel décida alors d’assurer lui même le commandement direct de ses troupes. A ce moment, il avait déjà réorganisé la structure de son département désormais composé de cinq divisions. Les deux directement sous ses ordres, une d’infanterie et une de cavalerie, environ 7000 hommes sous les commandements respectifs des généraux Jeremiah Cutler Sullivan et Julius Stahel. Les deux divisions présentes en Virginie Occidentale étaient celles de Crook et Averell positionnées à Gauley Bridge et Logan Court House, un total de 10 000 hommes. Enfin, la dernière, principalement positionnée à Harpers Ferry et en d’autres points défensifs clés, assurait la protection des Baltimore and Ohio Railroad et Chesapeake and Ohio Canal.

Le 17 avril, Grant modifia quelque peu les instructions de Sigel. Plutôt que de partir vers le sud jusqu’à Lynchburg, Il ne devait pas s’aventurer plus loin que Winchester afin de réaliser une diversion attirant le plus de sudistes possibles dans le nord de la vallée et ainsi ouvrir des possibilités aux forces de Crook dans le sud pour atteindre leurs objectifs.[5]

Le 29 avril, Sigel se mit en marche en quittant Martinsburg, où se trouvaient ses deux divisions, et atteignit Winchester le 2 mai. Très vite informé, Imboden fit prévenir Breckinridge et rassembla ses troupes alors éparpillées en plusieurs points à Mount Crawford avant de les mettre en marche vers Woodstock.
Alors que Sigel arrivait à Winchester, Crook se mit lui aussi en branle, imité trois jours plus tard par Averell.
Faisant face à cette double menace, Breckinridge décida de concentrer ses forces à Staunton pour faire face à Sigel, laissant les cavaliers de Morgan et du général Albert Gallatin Jenkins pour affronter Crook et Averell. Ces derniers progressaient dans le sud de la Virginie Occidentale vers la vallée.

Le 9 mai, Crook atteignit Cloyd’s Mountain où l’attendaient les quelques 2400 hommes du général William Edmonson Jones et de Jenkins avec lesquels il engagea le combat qui lui permit de prendre la ville, blesser mortellement Jenkins et repousser les sudistes au delà de New River Bridge.[6] Crook continua sa progression jusqu’à Dublin, le quartier général de Breckinridge, où il détruisit dépôts et voies de chemin de fer. Mais apprenant qu’une large force confédérée se trouvait dans la région, Crook préféra se replier sur Union en Virginie Occidentale.
Le 10 mai, les cavaliers de Averell entrèrent en contact avec les 4500 hommes de Morgan près de Cove Mountain. Ne pouvant forcer le passage de la cluse qui leur aurait permis d’entrer dans la vallée, les fédéraux se replièrent, Averell préférant éviter l’engagement sans le soutien de Crook avec lequel il chercha à faire sa jonction.[7] Après ne pas l’avoir trouvé à Dublin, il le rejoignit finalement le 15 mai à Union avant de continuer ensemble leur retraite jusqu’à Meadow’s Bluff, harcelés par les cavaliers sudistes.[8]
Bien que la diversion de Sigel avait permis d’attirer beaucoup de forces confédérées loin de Crook et Averell, ceux-ci n’avaient pas été en mesure d’entrer dans la vallée et n’avaient infligé que des dégâts mineurs aux sudistes.[9]

Dans la vallée, Sigel quitta Winchester le 9 mai et atteignit Woodstock le 11 où la découverte de télégrammes destinés à Imboden l’informèrent que Breckinridge se trouvait à Staunton et bien qu’il n’était pas sensé aller plus loin au sud pour le moment, il vit là l’opportunité de détruire les forces confédérées de la vallée et ainsi gagner la gloire qui lui manquait.[10]
Le 14, il quitta Woodstock, avança vers Staunton et entra en contact avec les troupes de Breckinridge à New Market qui lui infligèrent une défaite cinglante, le forçant à se replier jusqu’à Cedar Creek qu’il atteignit le 17 mai. Au cours de la bataille, les nordistes perdirent environ 800 hommes contre 500 pour les sudistes.[11]

La première conséquence des retraites de Crook et Sigel fut d’assurer, au moins pour un temps, le contrôle sudiste de la vallée et dès lors de leur permettre de redéployer certaines troupes en des points où elles pouvaient être plus utiles. Breckinridge parti pour la Virginie afin de rejoindre Lee alors engagé face à Grant à Spotsylvania. Morgan se mit en route pour le Tennessee dans le but de gêner les forces d’occupation fédérales dans cet état et au Kentucky. Seul restait dans la vallée les troupes de Imboden et de Jones pour protéger la Virginia and Tennessee Railroad.

Figure 94: Actions et mouvements des belligérants dans la vallée entre le 29 avril et le 17 mai

1

Source: BLUHM Raymond K. Jr., The Shenandoah Valley Campaign, March-November 1864, Washington: Center of Military History United States Army, 2014, pp. 16-17.

De l’autre côté, les fédéraux effectuèrent aussi quelques modifications. La principale fut le remplacement de Sigel par le général David Hunter le 19 mai. Celui-ci disposait d’instructions différentes de celles de Sigel. Là où ce dernier ne devait faire qu’une diversion en faveur de Crook, Hunter devait lui mener l’action principale en conquérant la vallée avec le soutien de Crook qui devait le rejoindre pour prendre Staunton et détruire les carrefours ferroviaires de Charlottesville, Gordonsville et Lynchburg pour couper les approvisionnements de l’Armée de Virginie du Nord et toujours empêcher que celle-ci ne reçoivent des renforts depuis la vallée.[12]
Hunter, pour des raisons politiques, ne put se débarrasser de Sigel qu’il affecta au commandement de sa division de réserve. Il reçut également des renforts qui amenèrent ses forces à environ 8500 hommes. Crook fut lui aussi renforcé et rééquipé en plus de recevoir de nouvelles instructions lui indiquant qu’il devait maintenant rejoindre le gros des troupes pour aider à la conquête de la vallée quelque part près de Staunton.

Dès le 23 mai, Hunter fit mettre en branle ses troupes jusqu’à Woodstock puis avança à nouveau jusqu’à Cedar Creek le 26 et New Market le 29. A chaque arrêt, les nordistes envoyèrent des expéditions collecter de quoi approvisionner leurs forces, les lignes de communications étant fébriles peu de ressources les atteignaient depuis leur base d’approvisionnement à Martinsburg.[13] Alerté par cette apparente nouvelle offensive fédérale, les sudistes de Jones furent redéployés depuis les abords de Wytheville où ils gardaient la Virginia and Tennessee Railroad jusqu’aux alentours de Staunton pour y aider Imboden à repousser les nordistes.
Le 2 juin, Hunter se trouvait à Harrisonburg où il espérait retrouver Crook. Mais celui-ci, qui avait quitté Lewisburg le 30 mai, ne progressait que lentement, gêné par la guérilla pro-sudiste du général John McCausland et du colonel William Lowther Jackson qui le harcelait sans cesse.
Le 4 juin, Jones arriva à Mount Crawford où il rejoignit Imboden pour se préparer à attaquer Hunter, estimant qu’avec seulement 4500 hommes ils ne pouvaient se permettre d’attendre que Crook arrive pour renforcer Hunter et permettre aux fédéraux de totaliser près de 20 000 hommes.

Mais Hunter ne comptait pas leur abandonner l’initiative et accepta le plan de l’un de ses conseillers, bifurquer vers Port Republic en quittant la Valley Pike pour y franchir la Shenandoah avant de marcher vers Waynesboro où il pourrait couper la voie ferrée avant de marcher sur Staunton. Cela permettrait aux fédéraux d’éviter d’attaquer les positions défensives sudistes derrière la North River au sud de Harrisonburg sur la Valley Pike.[14]

Tôt au matin du 4 juin, Hunter remit ses forces en marche vers Port Republic. Seul une petite force de cavalerie avança vers Mount Crawford pour y mener une diversion. Imboden s’installa sur une position défensive directement en travers de la route de Hunter à Mount Meridian alors que Jones barrait toujours la Valley Pike.

Le 5 juin, les fédéraux reprirent la route et engagèrent un combat d’avant garde avec les hommes de Imboden qu’ils repoussèrent jusqu’à Piedmont où Jones était hâtivement venu se positionner pour établir une nouvelle position défensive et se prépara à affronter Hunter et ses hommes.[15] Très vite les deux forces engagèrent le combat à Piedmont et les fédéraux mirent les sudistes en retraite. Ceux-ci évitèrent une déroute grâce à une action d’arrière garde qui arrêta net la poursuite des cavaliers fédéraux. Jones fut tué au cours des combats et remplacé par le général John Crawford Vaughn, les sudistes perdant 650 hommes et près d’un millier de prisonniers contre environ 800 nordistes. Avec cette victoire, Hunter venait de remporter la plus grande victoire fédérale dans la vallée depuis le début de la guerre et surtout il venait d’ouvrir la route vers Staunton et la prise de contrôle complète de la vallée.[16]
Le 6 juin, les nordistes entrèrent sans combat dans la ville où ils s’arrêtèrent et furent rejoint par les troupes de Crook le 8 juin.[17]

La nouvelle de la défaite de Piedmont poussa Lee à renvoyer Breckinridge et ses 2100 hommes vers la vallée dès le 7 juin afin dans un premier temps de protéger Charlottesville en prenant position à Rockfish Gap. Vaughn et Imboden se positionnèrent eux en avant garde à Waynesboro.[18]

Grant attendait de Hunter qu’il marche sur Charlottesville et Gordonsville en passant par Waynesboro pour y faire sa jonction avec les cavaliers de Sheridan. Mais en apprenant que les sudistes y avaient reçu des renforts que ses renseignements lui indiquaient être importants, Hunter préféra opter pour une autre route et ainsi éviter une confrontation à Rockfish Gap où les confédérés pourraient user de l’étroitesse du passage pour annihiler en partie la supériorité numérique fédérale. Mais ces renforts conséquents n’étaient autres que les 2100 hommes de Breckinridge qui, combinés aux forces restantes de Vaughn et Imboden, n’avoisinaient qu’un total de 5000 hommes, moins du tiers de ce dont disposait Hunter.[19]

Le 10 juin, les fédéraux reprirent donc leur marche mais vers le sud, sur la Valley Pike afin de progresser vers Lynchburg en passant par Lexington, Buchanan et Liberty. Dans le but de maintenir en place les forces tenant Rockfish Gap, Hunter envoya les cavaliers nouvellement placés sous les ordres du général Alfred Napoléon Alexander Duffié y faire faire une démonstration de force. Confiant cette tâche à un petit détachement, Duffié prit le reste et franchit les Blue Ridge Mountains à Tye River Gap afin de menacer Lynchburg par le Nord et coupa par la même occasion la Charlottesville and Lynchburg Railroad à hauteur de Arrington Station.[20] Pendant ce temps, sur la Valley Pike, les cavaliers de Averell, soutenus par les troupes de Crook, ouvraient la route en repoussant les cavaliers sudistes des forces de guérilla harcelant la tête de la colonne fédérale.

Le 11 juin, alors que Sheridan livrait bataille à Hampton à Trevilian Station, les nordistes prirent Lexington où ils incendièrent l’Institut Militaire de Virginie et la maison du gouverneur en représailles aux incessantes actions de guérilla dont les forces fédérales étaient victimes de la part de la population locale.[21] La principale conséquence des ces harcèlements fut de perturber les approvisionnement qui ne parvenaient pas à rejoindre les troupes de Hunter. Celui-ci décida donc de s’arrêter à Lexington dans l’espoir de reconditionner ses forces et exploiter les ressources disponibles dans la région.

Le 12, Hunter rappela les cavaliers de Duffié auprès de la force principale à Lexington afin de concentrer ses forces pour la poussée sur Lynchburg.
Le même jour, inquiet de la progression des nordistes et de leur large supériorité numérique, Lee prit la décision d’envoyer le corps de Early dans la vallée pour préserver ses voies d’approvisionnements dangereusement menacées et potentiellement porter une fois encore la guerre au Nord afin d’y attirer le plus de forces fédérales possibles et ainsi soulager la pression exercée par Grant.[22]

Le 13 juin, alors que Hunter campait toujours à Lexington, Early se mit en marche pour Charlottesville et campa pour la nuit à Auburn Mills. Le même jour, les cavaliers de Averell avancèrent jusqu’à Buchanan pour y sécuriser le pont enjambant la James vers lequel Hunter remit sa colonne en marche dès le lendemain, une fois Duffié et ses hommes arrivés. Au soir du 14, Early se trouvait à Gardiner’s Cross Roads et près de Trevilian Station le 15, alors que Hunter franchissait le pont à Buchanan après l’avoir réparé.[23]

Inquiet pour la sécurité de Lynchburg, Breckinridge y déplaça ses troupes, celles de Vaughn et d’Imboden où ils arrivèrent le 16 juin pour y trouver des blessés remobilisés en urgence, des miliciens locaux et même le général D.H. Hill. Une fois sur place, conscient de la difficulté de la tâche, Breckinridge fit prévenir Early de venir au plus vite pour l’aider à défendre la ville. Pendant ce temps, les cavaliers sudistes s’employèrent de leur mieux pour ralentir la progression des fédéraux en leur livrant de petites escarmouches à Buchanan, Bedford, New London et Old Quaker Meeting House. Le même jour, Early arrivait aux abords de Charlottesville et, agissant sans tarder, Early mobilisa tous les trains disponibles pour atteindre la ville avant que les fédéraux ne l’attaquent.[24]

Le 17, les forces fédérales se présentèrent aux abords de la ville sans l’attaquer. De l’autre côté, les premiers éléments de Early, les divisions de Ramseur et Gordon, arrivèrent elles aussi en début d’après midi et installèrent immédiatement des positions défensives.[25]

Le 18, alors que les derniers troupes de Early n’étaient pas encore sur place, Hunter fit avancer ses hommes vers Lynchburg une première fois sans succès. Crook tenta une autre attaque sur le flanc droit sudiste avec la même absence de résultat. Disposant maintenant de toutes ses forces grâce à l’arrivée de Rodes et constatant que les fédéraux ne se montraient que très peu enclin au combat, Early passa à son tour à l’attaque avant d’être repoussé au prix d’intenses combats. Quelque peu échaudé par l’assaut confédéré, Hunter choisit alors d’interrompre ses attaques jusqu’au lendemain. Mais arrivant à court de munitions et étant persuadé d’être inférieur en nombre alors que les forces en présence étaient à peu près égales, le commandant nordiste décida de se replier, ce qu’il fit dans la nuit du 17 au 18 en retournant à Liberty.[26]

Pour sa retraite, Hunter refranchit les Blue Ridge Mountains à Buford Gap. Une fois que Early se rendit compte de son départ, il entama une poursuite, essentiellement avec ses cavaliers sous les ordres du général Robert Ramson. les sudistes livrèrent plusieurs escarmouches avec les forces fédérales protégeant l’arrière de la colonne nordiste près de Liberty, Big Lick et Hanging Rock.[27] Pendant ce temps, les hommes de McCausland, dépassèrent les fédéraux en passant par Peaks of Otter afin de se positionner sur la Valley Pike et ainsi leur barrer la route vers le nord. Hunter, pesant la situation, prit la décision de continuer sa retraite en partant vers la Virginie Occidentale et mit le cap vers Salem où il arriva le 21.[28] Sa décision ne se basait pas sur la présence de McCausland qu’il aurait pu repousser assez facilement mais sur le fait qu’il craignait celle de Early. En effet, depuis sa position à Lynchburg celui-ci pouvait soit poursuivre les fédéraux en descendant la vallée pendant que les partisans pro-sudistes coupaient leurs approvisionnements et les ralentissaient ou utiliser la Charlottesville and Lynchburg Railroad pour doubler la colonne fédérale et ainsi se positionner à Staunton et leur couper la retraite et les lignes d’approvisionnement ou à Rockfish Gap pour les attaquer de flanc. Craignant particulièrement ces deux dernières options, Hunter décida d’éviter tout risque et de descendre la vallée de la Kanawha en Virginie Occidentale pour atteindre Charleston où se trouvait un dépôt d’approvisionnement, Early n’allant fort probablement pas se lancer à la poursuite dans cette région car cela laisserait la vallée sans protection. De plus, le sentiment pro-unioniste dans la vallée de la Kanawha étant beaucoup plus fort, la population locale représentait donc un risque bien moins important pour les nordistes que pour les sudistes. Une fois à Charleston le 30 juin après avoir franchi les Allegheny Mountains à Lewisburg, Hunter rejoignit la rivière Ohio en bateau pour arriver à Parkersburg qu’il atteignit le 4 juillet et y prit le train jusqu’à Cumberland où il arriva le 9 juillet, 21 jours après avoir quitté Lynchburg.[29]

De l’autre côté, Early ne chercha pas longtemps à poursuivre les fédéraux, comprenant d’une part que pénétrer en Virginie Occidentale ne lui présenterait pas un terrain favorable et d’autre part que la vallée de la Shenandoah était ouverte pour la conquête sudiste et la possibilité de menacer Washington que Grant avait justement privé d’une grande partie de sa garnison au début de l’année, ce qui était l’un des objectifs que lui avait confié Lee, il opta pour cette seconde option et laissa Hunter s’enfoncer en Virginie Occidentale.[30]

Figure 95: Actions et mouvements des belligérants dans la vallée entre le 21 mai et le 9 juillet

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Source: BLUHM Raymond K. Jr., The Shenandoah Valley Campaign, March-November 1864, Washington: Center of Military History United States Army, 2014, pp. 24-25.

La campagne qui venait de s’achever dans la vallée donna des résultats mitigés pour les deux camps et bien que les sudistes avaient d’avantage de raison de la considérer comme un succès que les nordistes, ces derniers avaient tout de même obtenu quelques résultats utiles. En effet, Hunter, en menaçant sérieusement Lynchburg avait contraint Lee à réduire considérablement ses forces en envoyant Early et son corps dans la vallée. De plus, les soldats fédéraux avaient tout de même détruit de nombreux kilomètres de voies ferrées et d’autres infrastructures importantes, et bien que les dégâts furent réparés cela gêna tout de même les confédérés. Mais au delà de cela, les objectifs n’étaient pas atteints. Les sudistes avaient sauvés les carrefours de Charlottesville, Gordonsville et Lynchburg, préservant de la sorte les voies d’approvisionnement de Richmond et de l’Armée de Virginie du Nord qui pouvait continuer de tenir le siège que Grant essayait de mettre en place pour la détruire. Mais surtout, le résultat le plus important issu de la campagne fut de contraindre les fédéraux à évacuer la vallée de la Shenandoah – à l’exception des garnisons installées dans le nord pour défendre la Baltimore and Ohio Railroad et le Chesapeake and Ohio Canal – avec pour conséquence de laisser les sudistes maîtres du terrain et donc de ses ressources et de son importance stratégique. La voie vers Washington était ouverte et Early entendait bien saisir cette opportunité de réduire la pression sur Lee en poussant des troupes de l’Armée du Potomac à venir sauver la capitale fédérale. Il décida donc de descendre la vallée comme l’avait fait Jackson deux ans plus tôt et ce faisant entama la deuxième campagne du Maryland.


[1] BLUHM Raymond K. Jr., The Shenandoah Valley Campaign, March-November 1864, Washington: Center of Military History United States Army, 2014, p.11.

[2] Idem, pages 11-13.

[3] Idem, page 11.

[4] Idem, page 13.

[5] Ibid.

[6] FLOYD Dale E., LOWE David W., Cloyd’s Mountain, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[7] FLOYD Dale E., LOWE David W., Cove Mountain, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[8] Raymond BLUHM, op.cit., pages 14-15. ; POND George E., The Shenandoah Valley in 1864, New York: Charles Scribners’s Sons, 1883, p. 13.

[9] Shelby FOOTE, op.cit., pages 243-246.

[10] Raymond BLUHM, op.cit., page 15.

[11] Idem, pages 18-21. ; James McPHERSON, op.cit., page 795. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 247-250. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., New Market, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Lors de cette bataille, les confédérés, inférieurs en nombres, furent contraints de faire appel aux jeunes cadets de l’Institut Militaire de Virginie qui se signalèrent vaillamment aux prix de lourdes pertes.

[12] Raymond BLUHM, op.cit., page 21.

[13] George POND, op.cit., page 25.

[14] Raymond BLUHM, op.cit., page 23.

[15] Ibid.

[16] FLOYD Dale E., LOWE David W., Piedmont, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 26. ; James McPHERSON, op.cit., page 811.

[17] Shelby FOOTE, op.cit., page 302.

[18] idem, page 304. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 26. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 471.

[19] Raymond BLUHM, op.cit., page 27.

[20] George POND, op.cit., pages 30-31.

[21] James McPHERSON, op.cit., page 812.

[22] Raymond BLUHM, op.cit., pages 27-28.

[23] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 477.

[24] Raymond BLUHM, op.cit., page 29.

[25] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 477.

[26] Raymond BLUHM, op.cit., page 29. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Lynchburg, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; James McPHERSON, op.cit., page 813. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 445. ; John KEEGAN, op.cit., page 263.

[27] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 478.

[28] James McPHERSON, op.cit., page 812.

[29] Raymond BLUHM, op.cit., page 30. ; ANDERSON J. H., Grant’s Campaign in Virginia, May 1-June 30 1864, London: Hugh June Rees Ltd, 1908, p. 92.

[30] Shelby FOOTE, op.cit., pages 45-46. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 472.

La campagne de l’Overland

Le 9 mars, Ulysses Simpson Grant reçu le grade, plus usité au sein de l’armée américaine depuis George Washington, de Lieutenant Général, et la fonction de commandant en chef de toutes les forces militaires de l’Union, ce qui, espérait Lincoln, allait permettre au Nord d’ainsi disposer d’un leader offensif capable de porter le dernier coup à la Confédération. Cela devait marquer le passage symbolique de la deuxième à la troisième phase du conflit, celle de la guerre totale qui deviendrait effective dès le début du mois de mai avec le lancement de la campagne dite de l’Overland.

La nomination de Grant, un général venu du front de l’Ouest et réputé alcoolique ne manqua pas de susciter des réactions, aussi bien à Washington qu’au sein de l’Armée du Potomac. Lincoln voyait en lui un leader offensif et déterminé. Il avait pris les forts Henry et Donelson de manière remarquée au début de la guerre, fait face à des circonstances plus que difficile à Shiloh et pourtant récupéré la situation, trouvé le moyen, non sans mal, de finalement faire tomber Vicksburg et sauvé Chattanooga. Il était le héros du front de l’Ouest. Pour le Président, il n’avait plus à faire ses preuves. Mais pour d’autres, il lui restait à faire face à ce qui était alors perçu comme étant l’épreuve la plus difficile à surmonter, Robert Edward Lee et ses vétérans de l’Armée de Virginie du Nord.[1] En effet, beaucoup notaient que le vieux renard gris n’aurait jamais commit les mêmes erreurs que les précédents adversaires de Grant et que le déroulement le long du Mississippi aurait été tout autre si un Lee y avait évolué.[2]

Grant n’en avait globalement cure. Pour lui l’initiative stratégique appartenait au Nord sur tous les fronts et il entendait bien la saisir à pleine main en mettant en place un plan d’action à large échelle, courant simultanément sur tous les théâtres de la guerre avec pour objectif clair de détruire la force militaire du Sud et sa capacité de soutenir l’effort de guerre. Pour lui, même le meilleur leader militaire du monde ne pourrait sauver la Confédération si celle-ci ne disposait plus des moyens de se battre. Pour ce faire, Grant entendait appliquer deux principes. Premièrement, avoir recours au plus grand nombre de troupes possibles sur le plus de théâtres possibles et deuxièmement harceler l’ennemi sans cesse afin de le forcer à user ses ressources sans avoir le temps de les reconstituer et ainsi conduire le Sud à se trouver dans une situation d’impossibilité physique et matérielle de poursuivre la guerre.[3] Grant cherchait avant tout à mettre un terme aux actions déconnectées qui ne produisaient qu’au mieux des résultats locaux et limités dans le temps.[4] Plus concrètement, le plan de Grant prévoyait le passage à l’action de toutes les forces fédérales afin de prévenir l’utilisation des lignes intérieures de la Confédération par les forces sudistes pour renforcer les théâtres où elles seraient en difficulté. En Virginie, l’Armée du Potomac devait franchir la Rapidan et livrer bataille à celle de Virginie du Nord.[5] Dans la vallée de la Shenandoah, Sigel devait en garder l’entrée afin de défendre la voie d’invasion du Nord favorite de Lee et ainsi protéger Washington en plus de se tenir prêt à renforcer Meade si besoin après avoir marché sur Lynchburg et ainsi occupé toute la vallée.[6] Dans la Péninsule, Butler serait lui en charge de menacer les arrières de Lee en progressant vers Petersburg et Richmond avec l’Armée de la James.[7] A l’Ouest, Sherman, désormais à la tête de la Division militaire du Mississippi – soit le département regroupant les Armées du Cumberland, du Tennessee et de l’Ohio – devait livrer bataille à Johnston comme Meade le ferait à Lee, sans réserve, en plus de prendre Atlanta.[8] Enfin, les forces de Banks présentes dans le sud du Mississippi, l’Armée du Golfe, devaient, elles, agir contre la ville de Mobile pour neutraliser ce carrefour ferroviaire et empêcher le transfert des forces présentes dans l’Alabama vers les forces de Johnston. Au final, une fois leurs objectifs respectifs atteints, les deux principales forces nordistes, les Armées du Potomac et du Mississippi devaient effectuer leur jonction là où les tournures de la guerre en décideraient et de la sorte marquer l’anéantissement militaire du Sud pendant que trois autres forces périphériques devaient accentuer la pression sur les forces sudistes.[9] Grant ne révolutionna pas fondamentalement la stratégie militaire de l’Union, la seule nouveauté qu’il y apporta fut la coordination entre les théâtres mais cela allait avoir une grande importance. Même sans son leadership, les forces fédérales auraient plus que fort probablement attaqué les mêmes objectifs que ceux que le nouveau commandant en chef de l’Union leur attribua. L’Armée de Virginie du Nord était un objectif inévitable en raison de son importance stratégique et de celle de Richmond, la capitale confédérée. Atlanta, Mobile, Lynchburg et Petersburg étaient des carrefours ferroviaires importants dont la prise par les forces fédérales serait un coup dur pour les approvisionnements des forces sudistes.[10]

Figure 69: Le réseau ferroviaire des Etats Confédérés d’Amérique

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Southeastern United States: The American Civil War, Railroad of the Confederacy and Border States, West Point: Department of History.

Mais au cours de la campagne à venir tout ne se déroula pas exactement comme l’avait prévu le commandant nordiste. Premièrement, dans la Péninsule, Butler se lança à l’action trois jours après que Grant en eut fait de même et avança vers Richmond et Petersburg mais fut bloqué par les forces de Beauregard dans la petite péninsule de Bermuda Hundred d’où il ne bougera plus avant l’arrivé de l’Armée du Potomac à l’exception de quelques accrochages sans conséquences stratégiques. Toujours en Virginie mais le long de la Shenandoah, les forces de Sigel entrèrent dans la vallée et la descendirent pour marcher sur Lynchburg. Vaincu par le général John Cabell Breckinridge à New Market, Sigel fut remplacé par Hunter qui reprit l’offensive et s’imposa à Piedmont face à Jones avant d’être lui aussi vaincu par Early et repoussé en Virginie Occidentale, ouvrant la voie aux confédérés pour menacer Washington. Début mai, les forces de Crook et Averell se lancèrent dans un raid contre la Virginia and Tennessee Railroad dans le sud-ouest de la Virginie pour faire diversion en faveur de Sigel. Après avoir réussi à causer des dégâts, ils se retirèrent en Virginie Occidentale et rejoignirent ensuite Hunter à la fin du mois. Dans le même temps, les cavaliers de Imboden avaient eux cherchés à ralentir Sigel en attaquant un dépôt à Port Royal.
A l’Ouest, le même jour que Grant, Sherman se lança lui en Géorgie contre Atlanta et les troupes de Johnston. Ce faisant, il engagea une campagne de manœuvre entrecoupée de batailles mineures qui, en repoussant progressivement les confédérés, l’amena aux abords de Marietta, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest d’Atlanta. Pour leur part, entre la mi-mars et la mi-avril, les forces de Banks, aidées par la flotte de l’amiral David Dixon Porter, lancèrent une expédition pour remonter la Red River en Louisiane mais après une progression relativement facile, furent stoppées par les confédérés de Richard Scott Taylor à Shreveport qui les forcèrent à se replier sur leurs positions initiales. Parallèlement, le 16ème corps du général Andrew Jackson Smith mena un raid contre le Fort de Russy près du confluant du Mississippi et de la Red River avant de se joindre à  la campagne. Les navires de la flotte fluviale fédérale livrèrent plusieurs combats dans la région du Mississippi et de ses affluents dans le cadre de cette campagne. Ce faisant, Banks, qui avait lancé cette expédition avant que la stratégie globale de Grant ne soit mise en place, ne fut pas disponible pour avancer vers Mobile. Au mois d’avril, les forces fédérales du département d’Arkansas du général Steele tentèrent d’effectuer leur jonction avec les forces de Banks mais furent bloquées à Camden dans le sud de l’Arkansas par manque d’approvisionnement et furent contraintes de se replier sous la pression confédérée. A la suite de cela, au mois de mai les cavaliers sudistes du général Joseph O’Shelby lancèrent un raid dans le nord de l’Arkansas. Début juin, les troupes fédérales de Smith déclenchèrent une expédition depuis Vicksburg vers le sud de l’Arkansas pour gêner les forces sudistes du général John Sappington Marmaduke présentes dans la région.
Au Missouri, le général Egbert Benson Brown, lança une force à la poursuite des troupes de William Quantrill dans le contexte de la guerre civile interne de l’état.
Dans le cadre du blocus, une expédition fédérale, initiée depuis Key West s’empara de Tampa en Floride. En Caroline du Nord, fin avril début mai, les confédérés du général Robert Frederick Hoke menèrent une opération terrestre et navale contre les forces fédérales présentes à Plymouth qu’ils capturèrent, les fédéraux abandonnant également Washington pour se replier sur New Berne et la défendre. Les sudistes furent un peu plus tard défaits devant la ville et ensuite rappelés au nord pour se joindre aux forces de Beauregard défendant Petersburg.
Enfin, sur différents théâtres, des actions de cavalerie furent menées par les deux camps. Au mois de mars et avril, Forrest mena deux actions contre des garnisons fédérales, l’une au Tennessee, l’autre au Kentucky, au cours desquelles les cavaliers sudistes usèrent de leur mobilité pour gêner les fédéraux sans leur causer une contrainte à long terme. Dans la même période, les hommes de Mosby menèrent une série de huit raids en Virginie et Virginie Occidentale. Début juin, Forrest défit dans le nord du Mississippi une force fédérale envoyée pour le neutraliser après qu’il ait mené un nouveau raid au Tennessee. Mi-avril, les cavaliers du général John McAllister Schofield menèrent eux aussi un raid mais contre les sudistes dans le Tennessee Oriental. Enfin, à la mi-juin, Morgan et ses cavaliers déclenchèrent un raid au Kentucky que les troupes d’occupation fédérale du général Stephen Gano Burdridge parvinrent à repousser.[11]

L’une des décisions majeures de Grant dans le but de mettre en œuvre son plan d’action était de réduire le nombre de troupes postées en garnison à des endroits où elles ne combattaient pas en plus de refocaliser les autres contre des objectifs communs plutôt que contre des buts éparpillés. Ainsi, Grant ramena le ratio d’hommes en garnison et d’hommes au  front de un pour un à un pour deux.[12] L’exemple le plus marquant de cela fut de retirer les unités de garnison de Washington, des hommes normalement attribués à la défense de la capitale avec de l’artillerie lourde et n’ayant jamais vu le feu pour en faire des unités d’infanterie au sein de l’Armée du Potomac. Ces hommes n’étaient pas les seuls à ne pas demeurer dans la capitale, Grant, bien que maintenant à la tête de l’ensemble des forces fédérales n’allait pas non  plus y rester, estimant que sa place était sur le terrain, avec l’Armée du Potomac. Cette décision de Grant, bien que cela n’allait pas lui faciliter la tâche de coordonner les différentes campagnes, était due à sa volonté de se détacher des problématiques politiciennes de la capitale, telles que les réceptions mondaines et surtout les intrigues politiques. Il laissa donc le soin à Halleck de demeurer sur place comme chef de l’état major, le sachant bien plus à même que lui pour livrer ce genre de combat.[13] L’Armée du Potomac restait cependant sous le commandement direct de Meade mais dans les faits, la présence de Grant allait avoir pour impact inévitable de la placer sous les ordres de celui-ci. Meade jouira assurément d’une certaine latitude dans la gestion tactique de la campagne à venir mais plus celle qu’il avait pu posséder par le passé et certainement pas celle qu’un commandant d’armée devait avoir.[14]

De par sa présence sur ce théâtre, il était évident que la Virginie serait pour Grant le principal point d’attention et comme pour le reste, il échafauda un plan d’action. L’armée de Lee était installée depuis la fin de la seconde campagne de Virginie du Nord derrière la Rapidan, entre Rapidan Station et la Mine Run, soit sur une ligne défensive d’environ 30 kilomètres. Durant tout l’hiver, les confédérés avaient travaillé à renforcer leurs positions, rendant un assaut frontal par-delà la rivière presque suicidaire pour les nordistes. Dès lors, Grant arriva à la conclusion qu’il lui fallait pousser Lee à livrer bataille sur un terrain plus ouvert, en traversant la rivière en amont ou en aval de façon à se retrouver sur les flancs ou les arrières des sudistes, les forçant de la sorte à quitter leurs fortifications pour faire face à la menace qui pèserait ainsi soit sur eux, soit sur Richmond.[15]
Mais il restait encore à savoir par où faire transiter l’immense Armée du Potomac et son train d’approvisionnement non moins grand sur la rive sud de la Rapidan. Premièrement, il y avait la solution occidentale, à gauche des lignes sudistes. Cette région offrait l’avantage d’être plus ouverte, donnant la possibilité aux fédéraux d’user pleinement de leur supériorité numérique. De plus, la présence dans ce secteur de la Orange and Alexandria Railroad offrait l’avantage de disposer d’une ligne de communication vers les zones déjà contrôlées par le Nord, à condition toutefois de pouvoir la maintenir ouverte malgré les inévitables attaques dont elle serait victime. De plus, autre problème de ce plan, une telle manœuvre laisserait la voie vers Washington ouverte, l’Armée de Virginie du Nord se trouvant de la sorte entre celle du Potomac et la capitale fédérale. Grant n’osa donc pas envisager ce plan plus en avant, sachant très bien que Lincoln serait opposé à l’idée de laisser Washington exposée, et ce de surcroit après que les unités chargées de sa défense eurent été redéployées.[16]
Il restait donc à Grant la solution orientale, plus précisément dans la région se trouvant entre le confluent de la Mine Run et de la Rapidan et celui de celle-ci avec la Rappahannock. Cette solution offrait l’avantage de protéger la capitale, de permettre aux forces fédérales, installées aux alentours de Culpeper Court House et Brandy Station de réduire la distance à parcourir avant d’entrer au contact des sudistes et de fournir des lignes de communications navigables.[17] Mais un problème de taille demeurait, la Wilderness, cette dense forêt qui avait déjà couté si cher aux nordistes lors de la campagne de la Rappahannock et de la bataille de Chancellorsville qui en avait résulté un an plus tôt. Comme alors, cette région favorisait les sudistes en empêchant l’attaquant de déployer toutes ses forces en lignes de bataille et en rendant presque inutile la puissance de feu de l’artillerie. Mais pour Grant, il existait une solution à ce problème. L’Armée du Potomac devait se déplacer à grande vitesse, franchir la rivière, traverser la forêt et se retrouver de la sorte en terrain ouvert au sud de la Wilderness, prêt à menacer le flanc droit sudiste avant que ceux-ci n’aient eu le temps de réagir.[18]

Mais une fois encore, Lee fut en mesure de prédire les actions de son adversaire, comprenant qu’il allait choisir de manœuvrer sur sa droite. Le 2 mai, il réunit une grande partie de ses officiers commandants au sommet de Clark’s Mountain et leur expliqua ce qui allait se passer. Les fédéraux allaient traverser la Rappahannock à Kelly’s Ford et la Rapidan à Germana Ford, entrant de la sorte dans la Wilderness et marchant vers le sud. Lee entendait laisser les nordistes franchir la rivière avant de lâcher ses forces sur leur flanc droit alors qu’ils seraient en marche. En les frappant fort, Lee espérait les repousser par-delà la rivière, stoppant net cette nouvelle offensive fédérale et ce faisant gagnant un temps précieux.[19] Car c’était là l’objectif à plus large échelle de la Confédération, gagner du temps. En effet, Davis, conscient de l’état d’affaiblissement des forces militaires sudistes estima, à raison, que le Sud, devait se résoudre à une posture défensive et chercher à stopper les attaques fédérales dans le but de tenir le coup jusqu’aux élections présidentielles devant se tenir au Nord à la fin de l’année. Le Président confédéré et nombre de ses compatriotes espéraient que les nordistes verraient le coût de la guerre devenir trop élevé et éliraient un nouveau président, et dès lors un nouveau gouvernement favorable à la paix.[20] Mais Davis, contrairement à Lincoln, avait gardé le contrôle géostratégique de la guerre entre ses mains plutôt que de le confier à un autre, plus à même de gérer ce genre de questions. En conséquence, il n’avait pas établi de stratégie défensive pour l’ensemble des théâtres. La seule décision concrète qu’il prit fut de faire confiance à Lee lorsque celui-ci lui annonça que les renseignements qu’il avait pu assembler indiquaient qu’en Virginie, les opérations fédérales se dérouleraient en trois actions, l’une dans la vallée de la Shenandoah, l’autre contre la capitale depuis la Péninsule et la dernière contre l’Armée de Virginie du Nord par-delà la Rapidan. Encore une fois, Lee vu juste et transmit ses conseils au Président afin que celui-ci pare les menaces ainsi posées. Bien entendu, il écouta son subordonné et ordonna que les forces de Beauregard, présentes près de Charleston soient redéployées de façon à défendre Richmond et que celles de Breckinridge, positionnées dans les sud-ouest de la Virginie soient chargées de faire face à la menace nordiste dans la vallée.[21] Pour ce faire, Breckinridge reçut l’instruction de rassembler les différentes petites forces éparpillées dans la région.[22]

Les campagnes précédentes avaient laissés des traces sur les deux armées, particulièrement la bataille de Gettysburg. L’Armée du Potomac y avait vu ses 1er et 4ème corps être tellement touchés que ceux-ci avaient du être démantelé et ses unités redistribuées au sein des cinq autres corps. En plus de cela, alors que Grant s’apprêtait à déclencher son attaque contre Bragg aux abords de Chattanooga à la fin de l’année précédente, les 11ème et 12ème corps y avaient été déployés ne laissant Meade qu’avec trois corps d’infanterie, les 2ème, 5ème et 6ème et son corps de cavalerie. Le 2ème était toujours sous les ordres de Hancock avec quatre divisions, le 5ème sous celui de Warren avec quatre divisions et le 6ème sous Sedgwick avec trois divisions. A cela, il convient d’ajouter le 9ème de Burnside, fort de trois divisions, qui pour des raisons purement administratives ne se trouvait pas sous les ordres de Meade mais dépendait directement de Grant.[23] Dans les faits cependant, ce corps restera en permanence avec l’Armée du Potomac. Enfin, seul changement apporté depuis la campagne précédente, la cavalerie fédérale ne se trouvait plus sous les ordres de Pleasonton mais sous ceux du général Philip Henry Sheridan, un proche de Grant que celui-ci fit venir de l’ouest. En effet, Grant se montra très critique envers la gestion de la cavalerie jusqu’alors sur le théâtre de Virginie et voulait amener un commandant plus offensif à ce poste. La cavalerie se composait toujours de trois divisions. Au total, l’Armée du Potomac comptait approximativement 120 000 hommes.[24]

De l’autre côté, l’Armée de Virginie du Nord avait elle aussi subit les coûts des campagnes précédentes et comme l’armée de Meade, avait été amputée d’une grande partie de ses forces lorsque Longstreet partit avec le 1er corps pour l’Ouest et la campagne de Bragg à Chickamauga et Chattanooga. Mais alors qu’une nouvelle menace planait en Virginie depuis le début de l’année 1864, Lee obtint de Davis que ce corps soit ramené sous son commandement. Dès lors, l’Armée de Virginie du Nord comptait trois corps, respectivement sous Longstreet, avec deux divisions, Ewell et A.P. Hill, ces deux derniers comptant trois divisions. Ajouter à cela les trois divisions de cavalerie du corps de Stuart et Lee comptait dans ses rangs environ 61 000 hommes, soit la moitié de l’armée se trouvant juste en face, sur la rive nord de la Rapidan.[25]

Un problème de taille attendait seulement les deux camps. A l’entame de la guerre, le Nord comme le Sud avaient établi des contrats d’engagement de trois ans pour les volontaires prenant les armes or, comme une nouvelle campagne devait s’engager, ces contrats devaient eux arriver à expiration. Mais ces hommes étaient ceux qui avaient fait toutes les campagnes, c’étaient les vétérans, des hommes expérimentés dont personne ne voulait se passer pour les actions à venir. Au Nord, la décision fut prise de chercher à favoriser leur réenrôlement en mettant en place une politique incitative comprenant plusieurs avantages, aussi bien financiers que faisant appel à la fierté de ces hommes: primes, droit de porter un chevron spécial, permission de trente jours et la possibilité pour les régiments dans lesquels plus des trois quart des membres resignaient de ne pas être dissout.[26] Au total, près de 130 000 hommes se réengagèrent mais au sein de l’Armée du Potomac, ils ne furent qu’un peu plus de 26 000. Environ autant firent le choix de retourner à la vie civile, laissant le problème de leur remplacement par des unités inexpérimentées.[27] Au sein de toutes les forces de l’Union, ce furent au final 100 000 hommes qui rentrèrent chez eux.[28]
Au sud, le même problème rencontra une issue très différente. Le congrès confédéré avait prévu de passer une loi prolongeant l’engagement des vétérans arrivant au terme de leur contrat mais dans la grande majorité des cas, ceux-ci précédèrent leurs dirigeants en resignant avant même la fin de leur période.[29] Cette différence de comportement entre les soldats nordistes et sudistes pouvant être expliquée par la perception que ces derniers avaient de leur lutte, ils se battaient pour leur indépendance et ce sur leur propre terre, soit un incitatif majeur pour convaincre ces hommes de continuer le combat.

C’est finalement un peu après minuit, le 4 mai, que les cavaliers de Sheridan, respectivement les divisions de généraux David McMurtrie Gregg et James Harrison Wilson, franchirent Ely’s et Germana Ford afin d’ouvrir la voie aux forces fédérales, Grant venait de lancer sa campagne en faisant traverser la Rapidan à l’Armée du Potomac. Dans le même temps, les ingénieurs fédéraux établirent des pontons près de ces deux gués et à Culpeper Mine Run.[30] Derrière la cavalerie, suivait l’infanterie. Le 2ème corps de Hancock traversa à Ely’s Ford avant d’effectuer une première halte près de Chancellorsville, le 5ème de Warren passa lui par Germana Ford en prenant la Germana Plank Road et s’arrêta à Wilderness Tavern, au croisement avec la Orange Turnpike. Enfin, le 6ème corps de Sedgwick fermait la marche en suivant la même route que Warren. Bien qu’allant à l’encontre d’une progression rapide hors de la forêt, la décision de faire une halte fut rendue nécessaire par la nécessité d’attendre les pièces d’artillerie et le train d’approvisionnement dont la traversée de la Rapidan s’avéra plus lente que prévu dans le plan du général Andrew Atkinson Humphreys, le chef d’état major de Meade qui fut en charge de la planification du passage de la rivière.[31]
Jusque là, à cette exception près, tout se passa bien pour les fédéraux dont les troupes avaient passé la rivière sans rencontrer d’opposition de la part des confédérés.[32] Confiant, Grant fit prévenir Burnside de quitter Rappahannock Station pour passer la Rapidan à Germana Ford au plus vite. Mais la progression fédérale n’était pas finie, les autres corps devaient encore se frayer un chemin hors de la forêt. Hancock devait poursuivre vers le sud-ouest, vers Todd’s Tavern, puis passer sur la Catharpin Road vers Shady Grove Church et mettre son corps en ligne de façon à ce que son flanc droit fasse sa jonction avec le corps de Warren à Parker’s Store. Enfin, Sedgwick devait pour sa part atteindre Wilderness Tavern, se plaçant lui-même à la droite de Warren. Ce faisant, l’Armée du Potomac établirait une ligne défensive faisant face à l’ouest, direction depuis laquelle Lee risquait d’arriver. Pour le début d’après-midi du 5 mai, les unités fédérales devaient être en position et être prêtes à poursuivre leur route dès le lendemain matin pour enfin être en terrain découvert, hors de la Wilderness.[33] En choisissant un tel dispositif, Grant entendait servir un double intérêt. D’une part s’assurer que les trois corps seraient en permanence suffisamment proche les uns des autres pour se soutenir en cas de problème et d’autre part couvrir toutes les routes par lesquelles Lee ou lui même pouvaient éventuellement se porter à l’attaque, la Orange Turnpike, la Orange Plank Road et la Shady Grove Church Road. Grant se prépara donc à cette éventualité quand bien même il s’attendait à ce que Lee se replie vers le sud pour établir une nouvelle ligne défensive.[34] Signe qu’il ne pensait pas à voir Lee venir à lui, il autorisa Sheridan à préparer un raid. Celui-ci avait espéré trouver les cavaliers sudistes de Stuart sur la rive sud de la Rapidan et fut déçu d’apprendre qu’ils se trouvaient près de Fredericksburg. Il demanda donc à Grant l’autorisation de prendre une partie de ses troupes pour aller leur livrer bataille. Grant et Meade acceptèrent et Sheridan s’apprêta à partir avec deux de ses trois divisions vers l’est pour y rencontrer les cavaliers de Stuart dès le lendemain même si cela voulait dire que l’Armée du Potomac n’avait plus à sa disposition qu’une seule division de cavalerie pour reconnaitre les positions et mouvements d’éventuelles forces confédérées qui s’approcheraient.[35] Sheridan prit avec lui dans un premier temps la division de Gregg et fut rejoint par celle du général Alfred Thomas Archimedes Torbert plus tard, laissant avec l’infanterie celle de Wilson et ce alors que Stuart n’était déjà plus là où Sheridan le pensait.

Depuis la hauteur de Clark’s Mountain, la manœuvre des forces fédérales n’échappa pas aux sudistes et conformément à son plan, Lee les laissa s’enfoncer dans la Wilderness avant de lancer ses troupes à l’attaque. Ewell reçu pour instructions de mettre son corps en mouvement sur la Orange Turnpike, vers l’est, alors que celles de Hill lui ordonnait d’en faire de même sur la Orange Plank Road, parallèlement à Ewell. Seule ombre au tableau de la contre-attaque sudiste, le corps de Longstreet avait une plus grande distance à parcourir avant de pouvoir se joindre aux combats.[36] Lorsque celui-ci avait été réassigné à l’Armée de Virginie du Nord, Lee avait décidé de le positionner aux abords de Gordonsville dans l’éventualité où Grant aurait choisit de franchir la Rapidan en amont des positions confédérées.[37] Dans le même ordre d’idée, Hill ne disposait que de deux de ses trois divisions, celle d’Anderson ayant été laissée à Orange pour garder le passage de Rapidan Station.
Ewell, dont la distance à parcourir était la plus courte, devait adapter sa vitesse de progression à celle de Hill afin que les deux corps frappent les fédéraux de façon coordonnée. Pendant ce temps, Longstreet devait lui arriver au plus vite et venir attaquer les fédéraux sur leur gauche. Dès le matin du 4 mai, aux alentours de 9 heure, les différents corps sudistes commencèrent leur progression et s’arrêtèrent à la tombée de la nuit. Ewell stoppa à Locust Grove, Hill aux alentours de Verdiersville et Longstreet à Brock’s Bridge sur la North Anna.[38] Pour sa part, Stuart, une fois informé de l’offensive fédérale, décida de faire faire demi-tour à ses cavaliers afin de venir se placer sur la droite de la ligne confédérée pour en protéger le flanc et se trouver en bonne position pour pouvoir reconnaitre les positions fédérales dès le lendemain. Il ne laissa que quelques troupes à Fitzhugh Lee au sud de Fredericksburg.[39]

Jusqu’ici, tout se passait donc bien pour les sudistes également. Le plan de Lee prévoyait de laisser les fédéraux entrer dans la Wilderness pour les y frapper de plein fouet et ceux-ci s’y trouvaient. Ewell et Hill devaient engager le combat dès le lendemain pour les y fixer et Longstreet, qui n’était plus qu’à une journée de marche viendrait comme prévu sur leur gauche et leur asséner un coup potentiellement aussi puissant que celui de Jackson un an plus tôt dans cette même forêt, poussant Grant à refranchir la Rapidan.[40]

Figure 70: Mouvement des deux armées vers la Wilderness le 4 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Overland Campaign, Movement to the Wilderness, May 4, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Tôt au matin du 5 mai, les cavaliers sudistes de Stuart et nordistes de Wilson échangèrent quelques coups de feu un peu à l’est de Verdiersville, près de Parker’s Store, le long de la Orange Plank Road. Cette petite escarmouche déclencha la bataille de la Wilderness, mais surtout servit de sonnerie d’avertissement pour les forces fédérales de l’arrivée des sudistes.[41] A peu près au même moment, les forces de la division du général Charles Griffin du corps de Warren entamèrent une progression vers l’ouest sur la Orange Turnpike, soit dans la direction d’Ewell pour protéger le flanc du 5ème corps alors qu’il devait manœuvrer vers le sud.[42] Pendant ce temps, Hill progressait toujours comme prévu mais en ayant perdu le contact avec les troupes de Ewell en raison d’un écartement entre les deux routes au moment où celles-ci entraient dans la forêt. La conséquence de cela était donc que Ewell ne pourrait disposer du soutien de Hill face à Warren alors que Lee voulait éviter que la bataille devienne trop intense tant que Longstreet n’était pas arrivé.[43] Ewell donna des instructions allant en ce sens à ses commandants de divisions, mais la bataille allait éclater malgré tout.

Vers 7 heure, Griffin signala la présence de Ewell face à lui et fit remonter l’information vers Meade qui ordonna à Warren de se lancer à l’attaque avec l’ensemble de son corps. Comprenant que les sudistes devaient également venir par la deuxième route, il fit prévenir Hancock, qui après avoir remis son corps en marche tôt le matin arrivait comme prévu aux abords de Todd’s Tavern, de remonter vers le Nord sur la Brock Road.[44] Ewell, une fois les forces fédérales en vue, fit placer deux divisions de part et d’autre de la route, Johnson à gauche et Rodes à droite et celle de Early en soutien. Tous avaient pour instructions de se replier lentement si la pression fédérale augmentait. Warren, de son côté, cherchait à attaquer avec tout ce qu’il avait, mais la densité de la forêt ralentit considérablement ses efforts et à l’approche de midi, il dut se résoudre à attaquer avec les unités ayant pris leur position, soit la division de Griffin et une partie de celle de Wadsworth sur la gauche du premier alors que Crawford cherchait toujours à se frayer un chemin pour se joindre au flanc gauche de Wadsworth et que la division du général John Cleveland Robinson était en soutien des deux premiers.[45]
Vers midi, Griffin entra en contact avec une brigade avancée de Johnson aux abords de Saunders Field et la repoussa, causant une désorganisation dans la division sudiste, juste avant que Early ne contre-attaque et repousse les fédéraux. Au même moment, Wadsworth fit de même contre Rodes et là ce fut le général John Brown Gordon, de la division d’Early, qui se chargea de repousser les nordistes qui se replièrent dans la confusion.[46]
Vers 3 heure, Ewell, ayant repoussé les attaques fédérales, maintint ses divisions en place alors que Warren, assez durement touché, en fit de même. Une fois les fédéraux repoussés, les combats dans ce secteur perdirent en intensité mais ne cessèrent pas avant la fin de la journée.[47] Ce furent les troupes du 6ème corps de Sedgwick qui avancèrent alors sur celles d’Ewell en tentant d’en contourner le flanc gauche mais se heurtèrent à la division de Early avec laquelle ils échangèrent de sporadiques combats jusqu’au soir.

Alors que les combats entre Ewell et Warren cessaient progressivement, Hill entama lui aussi un engagement contre les fédéraux sur la Orange Plank Road. Sachant une partie des forces nordistes plus au sud, Hill voulu prendre l’intersection de la Brock Road et de la Plank Road afin d’isoler le corps de Hancock du reste de l’Armée du Potomac. Comprenant le danger, Meade chercha à y déployer des forces, mais avec Hancock trop loin, Warren occupé contre Ewell, seules restaient les forces de Sedgwick qui avaient tout même encore besoin de temps pour arriver sur les lieux. Dans un premier temps, avant que la division de tête de Sedgwick, celle du général George William Getty, arrive sur place vers 3 heure, ce fut le 5ème régiment de cavalerie de New York qui ralentit les sudistes de façon in extremis.[48] Lorsqu’il arriva sur place, Getty fit déployer sa propre garde rapprochée afin de duper les sudistes en leur faisant croire qu’une force plus importante occupait le carrefour, le temps de gagner suffisamment de temps pour ses fantassins d’arriver.[49] Une fois Hancock arrivé, aux alentours de 4 heure, il opta pour l’offensive mais ici encore la Wilderness ralentit les efforts fédéraux en les empêchant d’aligner correctement les différentes divisions pour l’attaque. Celle-ci devait être menée par la division de Getty, sensée être soutenue à droite par celle du général David Bell Birney et à gauche par celle du général Gershom Mott. Le général John Gibbon devant se trouver en réserve. Enfin, afin de protéger ses arrières d’une éventuellement arrivée de Longstreet, Hancock laissa le général Francis Channing Barlow sur la Brock Road.
Une fois l’attaque lancée, à peu près au moment où les combats perdaient en intensité au nord, vers 15h30, elle fut décousue, la coordination des forces fédérales étant rendue difficile par la densité de la végétation. Hill, largement inférieur en nombre, fut forcé à se replier en certains points.[50] Au fur et à mesure des combats, Hancock fut en mesure d’aligner de plus en plus d’hommes face aux fédéraux mais sans pouvoir renverser Hill qui tint bon. De plus, la baisse d’intensité des combats au Nord permit à Meade de déployer la division de Wadsworth afin de l’envoyer frapper la gauche de Hill mais celui-ci ne fut pas en mesure de le faire avant l’arrivée de la nuit.[51] Les combats cessèrent finalement avec l’arrivée de celle-ci et Lee fut soulagé de voir que sa ligne avait tenu. Le reste du corps de Sedgwick arriva progressivement au cours de l’après midi et, après quelques combats avec le corps de Ewell, commença à se placer dans le but de pouvoir participer à l’attaque du lendemain que Grant prévoyait également de son côté, alors que celui de Burnside se mit également en chemin.
La nuit fut moralement difficile pour beaucoup des hommes ayant combattu en ce jour. D’une part parce qu’ils eurent à passer la nuit à l’endroit même où ils se trouvaient lorsque l’obscurité mit fin aux combats, sans aucune forme de confort, et d’autre part parce qu’ils eurent à endurer les cris des blessés abandonnés entre les lignes durant les affrontements et qui furent pris dans les feux déclenchés par la sécheresse et les combats.

Un premier enseignement majeur sorti de cette première journée de bataille. Le plan initial de Grant prévoyait de sortir au plus vite de la forêt mais une fois informé de l’arrivée du corps de Ewell et Hill, il n’hésita pas à changer ses plans pour se lancer sans ménagement dans le combat. Cela démontra qu’il était bien décidé à livrer une campagne dont le but était de frapper durement l’Armée de Virginie du Nord, quel qu’en soit le prix et pas une campagne de manœuvre.[52]
Au terme de cette première journée de la bataille, les deux camps avaient des raisons d’être satisfait de l’engagement. Côté nordiste, les fédéraux avaient été en mesure de défendre les deux carrefours clés dont ils avaient besoin pour poursuivre leur route vers la sortie de la forêt même si celle-ci avait déjà causé ses premiers effets en les gênant lors de leurs attaques. Mais surtout, ils s’étaient mis en position pour lancer une offensive majeure dès le lendemain.
Côté sudiste, les confédérés, bien que n’ayant pas pu prendre ces carrefours qui leur auraient permis de scinder l’Armée du Potomac, avaient tout de même pu maintenir les fédéraux dans la forêt où, avec l’arrivée du corps de Longstreet, ils pourraient les frapper au deuxième jour.[53]
Grant prévoyait de concentrer ses principaux efforts sur la droite confédérée, contre le corps de Hill avec les troupes de Hancock renforcées des divisions de Wadsworth et Getty et soutenue par le corps de Burnside une fois celui-ci arrivé dans la matinée – à l’exception d’une division laissée à Germana Ford – qui devait se jeter sur le flanc gauche de Hill. Pendant ce temps, Sedgwick et Warren devraient tenir Ewell occupé afin de l’empêcher de renforcer Hill. Grant n’oubliait pas la présence possible de Longstreet, aussi il informa Hancock de rester attentif.[54]
De l’autre côté, Lee comptait frapper dans le même secteur. Il informa Longstreet de venir se placer derrière Hill et celui-ci devait se déplacer vers le nord pour faire sa jonction avec Ewell et fermer la brèche entre les deux corps. Une fois en place, Longstreet mènerait l’attaque sur la gauche fédérale avec ses deux divisions et celle d’Anderson pendant que les deux autres corps attaqueraient également les troupes présentes face à eux.[55]

Figure 71: Actions du premier jour de la bataille de la Wilderness

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Source: JESPEREN Hal, Battle of the Wilderness, Actions May 5, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le 6 mai à 5 heure du matin, les forces fédérales entamèrent les hostilités. Grant déclencha son offensive tôt le matin afin d’être sûr de ne pas laisser à Lee la moindre chance de saisir l’initiative. Hancock fut le premier à frapper contre les divisions de Hill, celles de Heth et du général Cadmus Marcelus Wilcox, avec le soutien de la division de Wadsworth du corps de Warren qui frappa sur le flanc gauche sudiste depuis le nord. Le résultat de l’attaque fédérale se fit très vite sentir et les sudistes se replièrent mais sans céder, reculant progressivement.[56] C’est à ce moment là que la décision de Hill, la veille au soir, de laisser ses hommes se reposer là où ils s’étaient arrêtés sans se repositionner pour occuper un emplacement plus facilement défendable et sans fortifier quelque peu celui-ci, prit toute son importance. Une fois l’attaque fédérale lancée, les sudistes n’étaient absolument pas dans les meilleures conditions pour y faire face et cela accéléra leur retraite. Heureusement pour eux, la pression fédérale n’était pas encore trop importante et ce qui aurait pu être une déroute fut plutôt un repli maitrisé. La raison de cela est à trouver dans la volonté de Hancock de ne pas perdre de temps comme la veille pour déployer ses forces en une seule ligne et d’opter pour une formation en profondeur, sur trois lignes avec pour conséquence de ne pouvoir user de sa supériorité numérique. Seul avantage, ce dispositif lui permettait de remplacer rapidement les unités épuisées.[57] Aussi lente soit-elle, la progression fédérale menaçait l’ensemble de l’Armée de Virginie du Nord. Les forces de Hancock approchaient de Tapp Farm, au croisement de la Orange Plank Road et de la Parker’s Store Road.[58] La prise de ce carrefour clé serait un coup dur pour les sudistes car elle permettrait de réaliser une coupure entre les corps de Hill et Ewell, menaçant de les détruire séparément.[59]

Alors que les hommes du 2ème corps cherchaient à donner le coup de grâce à Hill, Hancock était de plus en plus énervé de ne pas voir apparaitre les troupes de Burnside. Le plan initial prévoyait en effet que celui-ci se joigne à l’attaque en passant dans l’espace entre les deux corps sudistes pour frapper Hill sur son flanc gauche, et ce avec plus de force que les troupes épuisées des combats de la veille de Wadsworth ne pouvaient le faire. Mais Burnside se perdit en chemin et passa finalement la majeure partie de la journée à faire errer son corps dans les bois de la Wilderness sans parvenir à trouver les sudistes et à les engager.[60]

La situation devenait critique pour Lee qui, vers 8 heure, fit évacuer ses wagons d’approvisionnement et devait gagner du temps pour défendre Tapp Farm et le carrefour avoisinant en attendant les renforts du corps de Longstreet sans quoi son armée faisait face au péril d’une possible destruction. Vers 9 heure, cette chance lui fut offerte par un bataillon d’artillerie qui profita de la clairière entourant la ferme pour infliger de lourdes pertes aux fédéraux et à les forcer à s’arrêter pour reformer leurs lignes.[61] C’est exactement le moment que choisit Longstreet pour faire son apparition. Celui-ci déploya la division du général Joseph Brevord Kershaw au sud de la Orange Plank Road et celle du général Charles William Field au nord. Les combats continuèrent pendant une heure, mais vers 10 heure, les hommes de Longstreet parvinrent à mettre une halte à l’offensive fédérale.[62] Une fois celle-ci stoppée et Longstreet installé face à Hancock, Lee fit redéployé le corps de Hill dans l’espace entre les deux corps et fit ainsi sa jonction avec les troupes de Ewell, comme il l’avait prévu depuis la veille.

Pendant que l’action principale se déroulait au sud, les troupes de Ewell étaient elles aussi attaquées par les corps de Sedgwick et Warren mais, mieux retranchés et soumis à une pression beaucoup moins forte, les sudistes ne cédèrent pas un pouce de terrain et repoussèrent leurs assaillants tout au long de la journée. Ce n’était de toute façon pas là l’objectif de Grant. Celui-ci n’avait en effet prévu les attaques des 5ème et 6ème corps que dans le but d’empêcher Ewell de déployer des renforts au sud pour aider Hill qui était la cible principale.[63]

Hancock arrêté, l’initiative pouvait maintenant être prise par les sudistes. Depuis la veille au soir, Lee n’avait attendu qu’une chose, l’arrivée de Longstreet pour déclencher une attaque contre l’Armée du Potomac et cette option s’offrait maintenant à lui. Les forces confédérées étaient maintenant toutes réunies en une seule ligne solidement retranchée – Hill ayant bien compris qu’il ne lui fallait pas recommettre la même erreur que la veille. De l’autre côté, la situation des nordistes était elle bien moins sécurisée. Premièrement l’incapacité de Burnside à faire sa jonction avec le corps de Hancock laissait un vaste espace entre ce dernier et les deux autres corps plus au nord, ceux de Warren et Sedgwick, en plus de laisser la division de Wadsworth exposée et être décimée par les hommes de Longstreet. Deuxièmement, aucun des deux flancs de l’Armée du Potomac n’étaient solidement retranchés, une situation qui avait déjà couté cher aux fédéraux dans cette même forêt un an plus tôt.[64]

Depuis la veille, Hancock avait maintenu la division de Barlow sur la Brock Road afin de prévenir une attaque de flanc de Longstreet. Mais maintenant que celui-ci était apparu ailleurs, il n’avait pas pris la décision de la déplacer, pensant la division de Pickett présente quelque part dans les environs alors que celle-ci se trouvait en réalité aux abords de Richmond. Cette conviction des fédéraux fut renforcée lorsque les cavaliers de Wilson et Stuart s’affrontèrent bruyamment au croisement de la Brock Road et de la Catharpin Road avec pour conséquence que Barlow, s’attendant à être attaquée par une importante force, demanda à Hancock de lui fournir des renforts, ce qu’il fit en lui faisant parvenir deux brigades. Finalement, Wilson ne livra qu’une escarmouche sans succès, ne parvenant pas à percer l’écran que les cavaliers sudistes exerçaient sur les préparatifs en cours du côté de Longstreet.[65] Cet épisode, bien que peu important, fut le plus notable des nombreux accrochages ayant opposé les cavaliers des deux camps, chacun essayant tour à tour de percer, sans succès, l’écran de l’adversaire. De plus, notons que la majorité de la cavalerie fédérale ne joua aucun rôle dans la bataille car emmenée vers l’est par Sheridan dans un raid inutile.
Une fois encore, la connaissance du terrain dont disposait les confédérés allait être mise à profit pour déclencher une attaque dévastatrice. Les combats de la journée avait amené Hancock vers l’avant, de sorte que Barlow protégeait le flanc gauche contre toute force venant de la Brock Road mais sans plus, le reste étant ouvert et Longstreet allait l’exploiter grâce à la découverte par le général Martin Luther Smith, l’ingénieur en chef de l’armée sudiste, du remblais d’une voie ferrée inachevée et n’apparaissant pas sur les cartes des belligérants derrière laquelle une partie des forces de Longstreet, quatre brigades commandées par le lieutenant colonel Gilbert Moxley Sorrel, manœuvrèrent à l’abri des regards pour venir se placer sur le flanc de Hancock, là où Barlow n’était d’aucune utilité.[66]

Figure 72: Actions du deuxième jour de la bataille de la Wilderness jusqu’au déclenchement de l’attaque de Sorrel

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Source: HOGAN David W. Jr., The Overland Campaign. Washington, DC: United States Army Center of Military History, 2014, pp. 24-25.

L’assaut fut déclenché à 11 heure et très vite, prise par surprise sur leur flanc, les forces fédérales se replièrent devant la vague sudiste et durent reculer – quoi qu’en bon ordre –  jusqu’à la Brock Road. Une fois arrivé à ce point, vers 14 heure, l’attaque confédérée commença à s’essouffler et les fédéraux à se réorganiser pour faire face à un nouvel assaut.[67] C’est à ce moment là que le sort frappa les confédérés de plein fouet.[68] Comme Jackson dans cette même forêt un an plus tôt, Longstreet venait de conduire une attaque de flanc surprise et désarçonnante contre les fédéraux et comme Jackson, Longstreet fut atteint par les balles de ses propres hommes dans la confusion de la bataille.[69] Lee décida de prendre lui-même le commandement des troupes de Longstreet et une fois celle-ci réorganisée de lancer une nouvelle attaque contre les forces de Hancock, avec pour objectif l’intersection des Brock et Plank Road afin de créer une brèche dans la ligne fédérale.[70]
Finalement déclenchée vers 16h30, presque trois heures après que l’attaque de Longstreet s’essouffla, et alors qu’un incendie touchait une partie des positions fédérales, cette nouvelle attaque se heurta aux défenses nordistes établies le long de la route depuis la veille et renforcée pendant le répit imposé par la réorganisation des troupes sudistes et ne put aller plus loin, la nuit mettant un terme aux intenses combats de la journée dans ce secteur.[71]
En fin d’après midi, Burnside parvint enfin à s’orienter et vint placer son corps dans l’espace au milieu de la ligne nordiste, face aux nouvelles positions de Hill qu’il attaqua fébrilement alors que l’attaque de Longstreet était en cours avant d’être aisément repoussé.[72]

Mais alors que l’activité s’estompait progressivement à une extrémité de la ligne, elle devait réapparaitre à l’autre. Au cours de la journée les corps de Sedgwick et Warren avaient attaqué Ewell dans le but de le maintenir en place, incapable de soutenir Hill mis sous pression par Hancock. Mais, trop sûr de ne pas être attaqué, que Ewell allait rester à l’abri de ses défenses, Sedgwick, qui tenait l’extrême droite de la ligne fédérale n’avait pas prit la peine de fortifier son flanc. Cela n’échappa pas aux éclaireurs de Gordon qui, dès le début de l’après midi chercha à obtenir l’autorisation de Early et Ewell de lancer une attaque en ce point. Initialement positionné à la droite de la ligne de Ewell, Gordon avait le matin même été ramené à l’extrême gauche afin d’être réunit avec le reste de la division de Early. Jusqu’ici ces derniers avaient refusé, craignant que Burnside, dont les sudistes ignoraient à ce moment la position – tout comme les nordistes -, n’apparaisse alors et saisisse l’opportunité de frapper une proie facile.[73] Mais à la fin de la journée, avec la position de Burnside connue, au centre de la ligne fédérale, plus rien ne s’opposait à l’attaque de Gordon, surtout lorsque Lee lui-même vint au quartier général de Ewell pour voir si une telle chose était possible.

Vers 18 heure, Gordon pu enfin lâcher ses forces et celles de la brigade du général Robert Daniel Johnston sur le flanc de Sedgwick et parvint à les faire reculer sur un peu plus d’un kilomètre, atteignant même les abords de la Germana Plank Road, infligeant des pertes substantielles aux fédéraux et semant un début de panique au quartier général de Grant, à Lacy Meadow, que celui-ci s’empressa de dissiper, survivant de la sorte à ce qui avait emporté Hooker lors de la bataille de Chancellorsville. Cependant, trop peu soutenue et trop tardive, l’attaque de Gordon ne put enfoncer la ligne fédérale de façon décisive et vers 19 heure Sedgwick fut en mesure de reformer une nouvelle ligne un peu plus loin, parallèlement à la Orange Turnpike et en travers de la Germana Plank Road et mit ainsi un terme à cette seconde manœuvre de flanc des confédérés.[74]

L’attaque de Gordon démontra tout de même un point important, l’Armée de Virginie du Nord venait de manquer une opportunité de détruire celle du Potomac ou à tout le moins de lui porter un coup majeur. En effet, si elle avait été lancée plus tôt, en concomitance avec celle de Longstreet à l’autre extrémité de la ligne, l’impact pour les forces nordistes, enfoncées sur leurs deux flancs aurait été potentiellement dévastateur. Bien sûr rien ne dit que cela aurait pu mener à l’anéantissement de l’Armée du Potomac, c’est là un scénario extrême, mais il est certain que celle-ci aurait été beaucoup plus lourdement frappée qu’elle ne le fut, laissant ouvert un grand champ des possibles sur ce qu’aurait pu être la suite de la campagne. Les causes de cette occasion manquée sont à chercher dans l’organisation même de l’Armée de Virginie du Nord, plus que jamais devenue dépendante de son commandant en chef, Lee. A l’époque où celui-ci pouvait compter sur deux lieutenants compétents pour le seconder, Jackson et Longstreet, l’armée de Lee ne manquait pas ce genre d’opportunité. Mais en ce jour, Lee dut, jusqu’à l’arrivée salvatrice de Longstreet, compter sur Hill et Ewell. Le premier en grande difficulté, Lee fut contraint de concentrer son attention sur celui-ci, laissant Ewell avec une forte autonomie et bien qu’il fit, au cours de la bataille, tout ce qui lui avait été demandé, il se montra incapable d’en faire plus, incapable de s’apercevoir qu’une opportunité existait et de la saisir. Indubitablement, ni Lee, ni Longstreet, ni Jackson n’aurait manqué pareille chance, mais aucun des trois n’était présent. Le temps et les affres de la guerre commençaient à faire sentir leur poids sur l’Armée de Virginie du Nord et cela allait empirer au cours du reste de la campagne, la perte de Longstreet étant un coup terrible de plus.

Figure 73: Actions du deuxième jour de la bataille de la Wilderness en fin de journée

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Source: JESPEREN Hal, Battle of the Wilderness, Actions 2-6PM, May 6, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

La première journée de la bataille, celle du 5 mai, avait été marquée par les manœuvres et les violents combats emplis de confusion qui posèrent le décor pour la seconde journée, lors de laquelle les deux camps prévoyait de frapper l’adversaire. Le 6 mai, les deux belligérants saisirent tour à tour l’initiative et lancèrent des attaques dévastatrices contre l’adversaire, les nordistes d’abord et les sudistes ensuite, sans qu’aucun ne put prendre un avantage décisif car une fois la journée arrivée à son terme, les positions des deux camps n’avait que très peu bougé par rapport à celle du matin. La seule différence était qu’elles étaient maintenant bien mieux retranchées.
Au total les pertes de la bataille de la Wilderness s’élevaient à environ 17 000 hommes pour le Nord contre environ 10 000 pour le Sud.[75]

La Wilderness était une victoire tactique pour Lee, il avait réussi à bloquer l’Armée du Potomac tout en lui infligeant plus de pertes, la forçant à livrer bataille sur le terrain qu’il avait choisi. Mais le commandant sudiste n’avait pourtant aucune raison de jubiler, il avait bien compris que Grant n’en resterait pas là et que les effets de cette victoire ne se ferait pas sentir au plan stratégique, c’est-à-dire à l’échelle de la campagne. Et justement, de son côté Grant était bien conscient qu’il n’avait pas gagné la bataille et qu’il ne pouvait pas espérer réattaquer la ligne sudiste, bien retranchée. Cependant, pour le commandant nordiste, cela ne représentait pas un problème, il n’avait jamais espérer détruire l’Armée de Virginie du Nord en une seule bataille mais bien de lui livrer une campagne harassante, émaillée de plusieurs batailles acharnées devant mener les sudistes à l’épuisement et la Wilderness ne devait être que la première d’une longue liste.[76] D’ailleurs, les nordistes avaient réussi à maintenir leur contrôle sur la Brock Road, la route menant droit vers le sud, vers la sortie de la forêt et Richmond, la voie restait donc ouverte pour Grant qui pouvait poursuivre son plan.

Durant la journée du 7 mai, alors que les deux armées se faisaient face sans qu’aucun n’ose monter à l’assaut des positions adverses, Grant décida de préparer un nouveau plan. Le général nordiste choisi de saisir l’initiative stratégique en faisant faire un vaste mouvement de flanc à son armée, la faisant manœuvrer sur la droite des sudistes afin d’aller prendre possession de la petite ville de Spotsylvania, située à environ vingt kilomètres, et surtout de son carrefour majeur qui permettrait de couper la route de Richmond à l’Armée de Virginie du Nord et forcerait Lee à l’attaquer afin de rouvrir la route de la capitale, conférant de la sorte aux nordistes l’avantage de la défense qui, couplé à leur supériorité numérique pourrait être fatal aux confédérés. Pour ce faire, Grant disposait d’un avantage majeur, le contrôle des routes de la Wilderness menant vers le sud que Hancock était parvenu à préserver lors des combats du 6 mai.[77]

Le plan de Grant prévoyait que les cavaliers de Gregg et Torbert ouvrent la route dès le soir du 7 mai en prenant le contrôle des intersections clés de la Brock Road et de la Catharpin Road près de Todd’s Tavern et du Corbin’s Bridge, le pont enjambant la Po River sur la Catharpin Road entre Todd’s Tavern et Shady Grove Church.[78] De la sorte, la cavalerie devait s’assurer de maintenir la route ouverte pour le 5ème corps de Warren qui devait se désengager de ses positions à la faveur de la nuit tombée, vers 20 heure, passer derrière le corps de Hancock et être la première force d’infanterie de la manœuvre fédérale. L’objectif étant donc de saisir Spotsylvania avant les sudistes et tenir la position jusqu’à l’arrivée des autres corps qui lui emboiteraient le pas. Le 2ème corps devait lui aussi venir par la Brock Road tandis que les 6ème et 9ème devait utiliser respectivement la Orange Turnpike et la Orange Plank Road jusqu’à Chancellorsville avant de prendre la Catharpin Road en passant par Alrich et Piney Branch Church avant d’atteindre la Brock Road à Todd’s Tavern et de suivre la route jusqu’à Spotsylvania.[79] Cette seconde colonne devait être précédée par la division de cavalerie de Wilson.[80]

Maintenant habitués à devoir se replier derrière une rivière après chaque défaite tactique infligée par Lee, les hommes de l’Armée du Potomac s’attendait à ce que le scénario se répète une fois l’ordre de lever le camp reçu. Comme ses prédécesseurs, Grant avait vu son offensive être stoppée et il ne semblait il n’y avoir aucune autre issue possible pour eux. Ainsi, lorsqu’ils se rendirent compte que Grant les emmenait vers le sud, plutôt que de franchir la Rapidan ou la Rappahannock, la joie s’empara des fédéraux et progressa tel une vague le long des colonnes, la rumeur se répandant. Pour la première fois, un commandant de l’Armée du Potomac ne s’avouait pas vaincu après une seule défaite. Pour la première fois un commandant de l’Armée du Potomac avait foi en la valeur combative de ses hommes et cela les emplis de joie. Afin de dissimuler au maximum la manœuvre en cours, Grant eut même à donner des instructions pour faire cesser les chants et les cris.[81]

Dans la soirée du 7 mai, les cavaliers fédéraux prirent comme prévu Corbin’s Bridge et Todd’s Tavern après avoir chassé rapidement les cavaliers sudistes mais plutôt que de poursuivre leur progression vers le sud, s’arrêtèrent là pour la nuit. La conséquence de cela fut que le 5ème corps, une fois arrivé à Todd’s Tavern fut considérablement ralenti dans sa progression, et ce alors qu’à ce même moment Lee, toujours aussi à même d’anticiper les actions de ses adversaires, avait commencé à contrer la manœuvre fédérale.[82] Une autre conséquence de cette décision de la cavalerie fédérale émergea. Lorsque Meade arriva à Todd’s Tavern vers minuit et s’aperçu de la situation, il en fut très énervé et n’hésita pas à le faire savoir à Sheridan après avoir ordonné à Gregg et au général Wesley Merrit – qui avait pris le commandement des troupes de Torbert, celui-ci étant malade – de se remettre en route respectivement vers Corbin’s Bridge et Block House d’où ils pourraient bloquer les sudistes venant de Shady Grove Church. Meade envoya également la division de Wilson prendre possession de Spotsylvania.

Dans la soirée du 8 mai, une dispute virulente éclata entre les deux hommes dont les vues sur le rôle de la cavalerie divergeaient complètement, Meade estimant qu’elle devait être les yeux de l’infanterie en protégeant la progression de celle-ci et en éclairant les positions adverses et la nature du terrain alors que l’autre pensait qu’elle devait être une force d’attaque à grande mobilité. Cette discussion, plus qu’animée, força Grant à trancher et il le fit en faveur de Sheridan en l’autorisant à lancer un raid avec l’ensemble de la cavalerie de l’Armée du Potomac dans le but de détruire la cavalerie confédérée mais causant de la sorte un problème majeur, l’infanterie ne disposerait plus dans les jours à venir des précieux renseignements que pouvait fournir la cavalerie alors que les sudistes, qui laissèrent des cavaliers à Lee, en seraient parfaitement capables. La décision de Grant s’explique par deux raisons. D’une part, il appréciait la mentalité agressive d’une telle proposition et d’autre part il comprit que cela permettrait de séparer les deux hommes qui ne s’entendait pas du tout.[83]

Lors de la journée du 7 mai, divers rapports informèrent Lee de mouvements de l’artillerie fédérale et des trains d’approvisionnement vers l’est et celui-ci, conscient que cela voulait dire que Grant allait bouger décida de se prémunir contre la possibilité de le voir partir vers le sud. En effet, à ce moment Lee ne pouvait pas encore savoir si les fédéraux allaient se replier ou poursuivre leur offensive vers Richmond. Conscient que si Grant optait pour cette deuxième solution, celui-ci disposerait d’un avantage de vitesse indéniable grâce à la Brock Road alors que les sudistes auraient à faire un long détour via les Parker’s Store et Shady Grove Church Roads pour atteindre Spotsylvania, Lee ordonna à Pendleton, le chef de son artillerie, de tracer une voie au travers de la Wilderness parallèlement à la Brock Road entre Tapp Farm et Shady Grove Church afin d’être prêt à faire la course avec l’Armée du Potomac vers Spotsylvania que Lee avait compris être l’objectif de Grant s’il ne se repliait pas.[84]
Alors que la journée avançait, de plus en plus de rapport faisaient état de mouvement dans le camp fédéral si bien que Lee donna l’ordre à Anderson, désormais à la tête du 1er corps de Longstreet en remplacement de celui-ci, d’emprunter la route de Pendleton pour faire mouvement vers le sud ouvrant ainsi la course entre les deux armées. Ce faisant, Lee prenait le risque de diviser ses forces car si Grant ne se repliait pas mais attaquait alors que Anderson était parti, les conséquences auraient pu être catastrophique. Mais Lee n’avait pas d’autres choix, il savait qu’il ne pouvait pas perdre la course et que même avec la route de Pendleton les fédéraux garderaient l’avantage d’une route plus courte et plus praticable.[85] Anderson se mit en route vers 21 heure, les deux autres corps de Ewell et Early, qui remplaçait Hill trop malade pour conserver le commandement de son corps, devaient lui emboiter le pas une fois qu’ils jugeraient la situation propice. La progression sudiste était précédée par la cavalerie de Stuart dont trois des six brigades couvraient l’infanterie alors que les trois autres, celles du général Thomas Lafayette Rosser de la division de Hampton et celles de la division de Fitzhugh Lee, furent, elles, envoyées gêner la progression fédérale. Rosser fut envoyé prendre Spotsylvania si possible pendant que Fitzhugh Lee déploya ses troupes près de Todd’s Tavern où ils rencontra l’armée fédéral qu’il ralentit tout au long de la nuit tout en se repliant progressivement le long de la Brock Road durant la matinée, une fois l’avancée fédérale ayant repris. Pour ce faire, les cavaliers sudistes abattirent des arbres en travers de la route et en harcelèrent la tête de la colonne nordiste.[86]

Figure 74: Mouvement vers Spotsylvania Court House, 7 et 8 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, May 7-8, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Dans un premier temps, Fitzhugh Lee n’eut à faire face qu’aux cavaliers de Merrit mais très vite la pression monta et les sudistes furent contraints de reculer et établirent une ligne défensive en travers de la Brock Road un peu au sud de Aslop, sur Laurel Hill.[87] Ne parvenant pas à s’imposer seul face aux cavaliers retranchés de Fitzhugh Lee, les fédéraux eurent à faire appel aux fantassins du 5ème corps qui les suivaient sur la route.[88]
Vers 9 heure, les premiers éléments du corps de Warren, la première brigade de la division de Robinson, montèrent à l’attaque de la position sudiste afin d’ouvrir la voie vers Spotsylvania. Cependant, une fois arrivé à quelques dizaines de mètres des défenses sudistes ce furent les fantassins du 1er corps d’Anderson qui les accueillirent par un feu nourri qui brisa l’élan des forces fédérales. Plus précisément, il s’agissait des deux premières brigades de la division de Kershaw. En effet, comprenant que la montée progressive de la pression fédérale signifiait que l’infanterie n’était plus très loin et qu’il ne pourrait plus tenir ses positions très longtemps, Fitzhugh Lee envoya un messager à Anderson, l’urgeant de presser le pas. Et celui-ci ne traina pas, faisant même mettre ses hommes au pas de course afin d’atteindre Laurel Hill avant les fédéraux, gagnant ainsi la course entre les deux armées pour le carrefour de Spotsylvania de seulement quelques minutes.[89] Une fois sa première brigade repoussée, Robinson envoya ses deux autres l’une après l’autre et toute deux furent repoussées comme la première. Warren, conscient que l’affaire était une course de vitesse avait refusé à Robinson de prendre le temps de mettre ses trois brigades en ligne pour les lancer dans une attaque commune forçant Robinson à les envoyer l’une après l’autre, les exposant de la sorte à la destruction. Et le résultat de ces attaques fut tellement dévastateur pour la division de Robinson que celle-ci fut dissoute et ses éléments redistribués dans le reste du 5ème corps.[90]

Dans le même temps, les cavaliers fédéraux de Wilson arrivèrent à Spotsylvania depuis la Fredericksburg Road vers 8 heure et empêchèrent les hommes de Rosser de s’y installer. Wilson tenta d’envoyer la brigade du colonel John Baillie McIntosh prendre les cavaliers de Fitzhugh Lee à revers mais alors que des informations faisaient état de l’arrivée de l’infanterie fédérale et qu’il venait de recevoir l’ordre de Sheridan de se replier, Wilson reprit la Fredericksburg Road dans l’autre sens et abandonna le carrefour de Spotsylvania aux confédérés. L’ordre de Sheridan fut émis très vite après que celui-ci eut été informé de l’intervention de Meade vis-à-vis de ses cavaliers durant la nuit, Sheridan craignant que la division de Wilson ne soit de la sorte isolée et exposée à une destruction certaine.[91]

Alors que Warren réorganisait ses troupes pour lancer un nouvel assaut contre les forces sudistes, Anderson vit arriver les premiers éléments de celles de Field et les déploya sur la gauche de ses deux brigades présentes sur Laurel Hill. Il fit également déployer les deux autres de Kershaw vers Spotsylvania pour s’assurer que les cavaliers de Wilson n’y resterait pas. Une fois l’information confirmée que les cavaliers fédéraux s’étaient retirés de la ville, Anderson fit revenir ses brigades et ce furent les cavaliers de Stuart qui les remplacèrent pour défendre le carrefour.[92] Pendant ce temps, l’arrivée des brigades de Field permit de repousser la seconde attaque de Warren que celui-ci dirigea sur la gauche sudiste en espérant flanquer ces derniers. La même scène se produisit un peu plus tard sur la droite cette fois, où ce furent les deux brigades de Kershaw revenant de Spotsylvania qui, à peine installées sur la droite de la ligne confédérée, repoussèrent la troisième et dernière tentative de Warren.[93] Une fois arrivé sur place vers 14h30, Lee comprit très vite l’importance de tenir cette position à tout prix et fit prévenir Ewell de presser le pas afin de venir renforcer la ligne car de l’autre côté le corps de Warren était certes durement touché par ses trois déroutes consécutives mais celui de Sedgwick venait lui d’arriver sur les lieux et se préparait à déclencher sa propre attaque. Celle-ci fut lancée vers 17h contre la droite sudiste, alors que la division de tête d’Ewell était déjà présente sur place et repoussa cette quatrième et dernière attaque fédérale.[94]

Tout au long de la journée et à mesure qu’elles arrivaient sur place, les différentes unités des deux camps s’empressèrent de fortifier leurs positions de sorte qu’au soir deux puissantes lignes de fortifications défendues chacune par deux corps se faisaient face. Côté sudiste, les 1er et 2ème corps de Anderson et Ewell tenaient la ligne alors que le 3ème de Early était toujours sur la route. En face, les 5ème et 6ème de Warren et Sedgwick en faisaient de même en attendant les 2ème et 9ème corps de Hancock et Burnside respectivement sur la Brock Road à hauteur de Todd’s Tavern et à Alrich.

Durant la journée, alors que les combats se déroulaient au sud sur Laurell Hill, le corps de Early réalisa une approche vers Todd’s Tavern que tenaient les troupes de Hancock depuis midi. Après un court combat Early décida de ne pas pousser plus, comprenant qu’il ne pourrait pas repousser Hancock et de la sorte s’interposer entre lui et Warren. Car c’était là ce que Early avait en tête, isoler le 5ème corps fédéral afin de l’exposer à une possible destruction par les troupes de Anderson.

Figure 75: Combats sur Laurel Hill le 8 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Actions May 8, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le 9 mai, les forces s’étant affrontées la veille se faisaient toujours face. Côté confédéré, Anderson tenait Laurel Hill, sa gauche ancrée à la Po River, et avait Ewell à sa droite. Celui-ci avait établi ses positions sur des hauteurs qui l’obligèrent à adapter une ligne défensive en forme de saillant qui reçu le nom de Mule Shoe. Bien que conscient que ce saillant offrait une possibilité d’attaque aisée aux fédéraux en plus de réduire la puissance de leur tirs en les dispersant dans trois directions, les ingénieurs sudistes étaient arrivés à la conclusion que laisser ces hauteurs aux nordistes leur aurait offert un plus grand avantage encore.[95] Early pour sa part arrivait par la Catharpin Road et la Shady Grove Church.[96]
Côté fédéral, Warren et Sedgwick n’avaient pas bougé, consolidant leurs défenses face aux sudistes alors que les deux autres corps, Hancock et Burnside, arrivaient respectivement par la Brock Road vers la droite de Warren et la Fredericksburg Road à l’extrême gauche fédérale.[97] Tout au long de la journée, les deux camps établirent leurs défenses, installant de solides réseaux de fortifications de part et d’autre.[98]

Durant la matinée, Burnside franchit le pont de la Fredericksburg Road enjambant la Ny River et envoya la division de Wilcox en pointe vers Spotsylvania mais celle-ci fut dans un premier temps ralentie par les cavaliers de Fitzhugh Lee avant d’être stoppée par les troupes du corps de Early arrivées un peu plus tôt pour étendre la droite confédérée de façon à couvrir les accès au nœud routier de Spotsylvania.[99]
De l’autre côté, Hancock, descendant la Brock Road vers la droite de Warren reçu pour instruction de Grant de se diriger vers la gauche sudiste pour tenter de les frapper sur le flanc. Dans l’après midi, il fit franchir la Po River à trois de ses divisions, laissant celle de Mott en soutien à Burnside et Sedgwick. Alerté par cette menace sur sa gauche, Lee fit dépêcher les divisions du général William Mahone et Heth depuis les fortifications de Early sur la droite pour faire face à cette nouvelle menace fédérale.[100] Cependant, Hancock n’attaqua pas immédiatement, le plan de Grant appelant à une attaque générale le long de toute la ligne tout en frappant les deux flancs sudistes, le 2ème corps ne bougea ce jour-là que pour se mettre en position pour le lendemain, réalisant là une erreur qui avertit Lee de la menace et lui permit de s’en prémunir. Au moment où Hancock avançait, Heth et Mahone étaient trop loin pour pouvoir l’arrêter avant qu’il ne se retrouve sur le flanc de Anderson. Mais l’arrêt des nordistes, alors que la journée touchait à sa fin, laissa le temps à Lee de renforcer ce secteur.[101] Les deux divisions sudistes arrivèrent en position à la nuit tombante et fortifièrent leurs lignes, de sorte qu’au matin du 10 mai Hancock ferait face à de solides défenses en plus de voir son propre flanc être menacé par la division de Heth. Mahone s’installa directement sur la gauche de Anderson, juste au sud du Block House Bridge, couvrant de la sorte l’accès au carrefour de la Block House depuis la Shady Grove Church Road alors que Heth effectua une plus longue marche afin d’aller prendre position près de Waite’s Shop au croisement de cette même route avec la Catharpin Road et c’est depuis cette position qu’il se trouvait sur la droite du 2ème corps de Hancock.[102] Les cavaliers de la division de Hampton aidèrent également à ralentir Hancock au cours de sa manœuvre.

Au cours de la journée, alors que les deux camps renforçaient leurs fortifications au centre, des tireurs sudistes harcelèrent les fédéraux en visant toutes les cibles potentielles. Parmi celles-ci, et comme victime la plus notable, fut Sedgwick qui mourut sur le coup et ce fut Horatio Gouverneur Wright qui le remplaça à la tête du 6ème corps.[103]

Figure 76: Mouvements et positionnements des troupes le 9 mai

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Situation 4 PM,  May 9, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

La veille, la discussion plus qu’animée entre Meade et Sheridan avait conduit Grant à autoriser le chef de la cavalerie fédérale à se lancer dans un raid avec l’ensemble de son corps. Ainsi, Sheridan ne perdit pas de temps et se mit en marche le 9, avant même le lever du soleil.[104] Son objectif était simple, progresser vers Richmond en mettant Stuart au défi de l’affronter et ce afin de détruire la cavalerie de ce dernier. Partant des positions fédérales, Sheridan chevaucha vers l’est, vers Fredericksburg via Aslop, pour prendre la Telegraph Road qui devait l’amener vers le Sud. Au soir du 9 mai, les éléments de tête, la division de Merrit, avaient établi une tête de pont sur la rive sud de la North Anna River alors que le reste se trouvait sur l’autre rive.[105]
En prévention, les gardes présents à Beaver Dam Station, un important dépôt de vivres et de matériel de l’Armée de Virginie du Nord, décidèrent de détruire les stocks, craignant de les voir tomber entre les mains des fédéraux.[106]

Le même jour, Stuart accepta le défi de Sheridan et se lança à sa poursuite mais pas avec l’ensemble de ses hommes, prenant trois brigades avec lui, les deux de la division de Fitzhugh Lee et la brigade du général James Byron Gordon et laissant le reste à Lee sous le commandement de Hampton. Les forces en présence étaient très déséquilibrées, Stuart ne comptant qu’environ 4500 cavaliers contre les quelques 12 000 de Sheridan.[107] Cependant, conscient qu’il ne pouvait pas laisser ce dernier parcourir la Virginie impunément, il dut se résoudre à la poursuite, mais pas n’importe comment. Un engagement direct avec les fédéraux lui étant logiquement inenvisageable, Stuart décida de laisser Sheridan s’approcher de la capitale confédérée afin de pouvoir compter sur la garnison de la ville pour égaler au maximum le rapport de force et de la sorte accroitre ses chances.[108] Dans un premier temps, Stuart ne pouvait même pas être sûr que Richmond était bien l’objectif des cavaliers fédéraux et, devant se prémunir d’une attaque contre les arrières de l’Armée de Virginie du Nord à Spotsylvania, il se contenta de suivre la colonne fédérale sans la dépasser, livrant seulement quelques petites escarmouches sur les arrières des fédéraux. La plus importante se déroulant juste après le passage de la Ta River. Au soir du 9 mai, Stuart s’arrêta lui aussi sur la rive nord de la North Anna, non loin du campement fédéral.[109]

Au matin du 10 mai, Hancock s’aperçu de l’ampleur des défenses sudistes face à lui et informa Grant qu’il lui semblait plus prudent d’abandonner toute action frontale contre la gauche confédérée et de soit retirer ses divisions sur la rive nord de la Po River ou manœuvrer une fois de plus de flanc, ce qu’il commença à faire en envoyant la division de Barlow vers l’est. Grant approuva les recommandations de Hancock mais opta pour la mise en place d’un nouveau plan d’action. Partant du constat que Lee avait du déployer des forces depuis un point de sa ligne pour contrer la manœuvre de Hancock, le commandant nordiste arriva à la conclusion que le centre des défenses confédérées offrait la plus grande possibilité de percée. Son plan prévoyait donc de lancer les 2ème, 5ème et 6ème corps dans une attaque combinée contre Anderson et Ewell pendant que Burnside manœuvrerait pour se placer sur la droite de Early et attaquer le flanc de celui-ci, en plus d’être positionner sur les arrières de Anderson et Ewell si ceux-ci étaient repoussés comme prévu.[110]
Hancock commença donc à faire refranchir la rivière aux divisions de Gibbon et Birney en fin d’avant midi. Pendant ce temps, la division de Barlow fut quant-à-elle laissée sur la rive sud afin de maintenir les forces confédérées en place pour les empêcher de renforcer le reste de la ligne. Vers 14 heure, Heth envoya sa division attaquer Barlow, forçant celui-ci à se replier. De l’autre côté, Burnside ne fit pas bouger son corps avant 18 heure, se satisfaisant de pouvoir tenir ses positions face à ce qu’il croyait être une force largement supérieure à la sienne.[111]

Initialement prévue comme une attaque simultanée devant être lancée à 17 heure, l’attaque fédérale fut déclenchée vers 16 heure à la demande de Warren qui obtint l’accord de Meade pour monter à l’assaut de Laurel Hill. A ce moment, les deux divisions de Hancock n’étaient pas encore en position, le franchissement de la Po River s’avérant être un désastre organisationnel et Wright n’était pas prêt. Warren envoya donc ses hommes et une partie de ceux de Hancock contre les mêmes positions qu’il avait déjà échoué à prendre deux jours plus tôt et fut repoussé d’une façon toute aussi fracassante que la première fois, échouant à menacer sensiblement les positions confédérées.[112] Vers 17 heure, Mott avança à son tour sa division vers la pointe nord du Mule Shoe mais l’artillerie sudiste postée sur les hauteurs réagit très vite en ouvrant le feu sur les nordistes avançant en terrain découvert et ceux-ci se replièrent en subissant de lourdes pertes, à tel point que la division fut démantelée et ses unités dispersées au sein du reste du 2ème corps trois jours plus tard.[113] Ce fut ensuite au tour du 6ème corps de tenter sa chance. Wright chargea l’un de ses commandants de division, le général David Allen Russel de préparer une attaque contre les positions de Ewell sur la partie ouest du Mule Shoe. Russel délégua lui-même cette tâche au colonel Emory Upton en lui confiant douze régiments. Celui-ci décida de mener une attaque non-conventionnelle. Plaçant ses troupes en quatre lignes de trois régiments et attribuant à chacune un objectif clair. Devant charger au travers d’un vaste terrain ouvert sans s’arrêter avant d’avoir atteint les fortifications confédérées, la première ligne ne devait pas tirer mais utiliser les baillonettes et son élan pour pousser les sudistes hors de leur retranchement et ainsi  créer une brèche dans leurs positions que les trois autres vagues devraient élargir.[114] Lancée vers 18h30, l’attaque de Upton fut un succès partiel. Comme prévu les attaquants parvinrent à créer une brèche dans la ligne sudiste en repoussant les troupes de la division du général George Pierce Doles. Cependant, n’ayant disposé d’aucun soutien de la part du reste du corps de Wright, les fédéraux furent finalement repoussés par les renforts dépêchés sur place par les sudistes mais non sans avoir permis de tirer de nombreux enseignements de cette attaque.[115]
Pendant que Upton attaquait le Mule Shoe, de l’autre côté de la ligne de front, Burnside mit enfin ses forces en mouvement en faisant avancer timidement la division du général Thomas Greely Stevenson qui fit demi-tour une fois que les sudistes affichèrent leur intention de résister mettant de la sorte un terme à la participation du 9ème corps aux actions du jour.[116]
Un peu plus tard, vers 19 heure, quelques éléments du corps de Hancock avancèrent brièvement vers Laurel Hill mais furent eux aussi repoussés avec la même aisance que Warren un peu plus tôt.[117]

Finalement, les actions du 10 mai se conclurent sur un échec quasi complet pour les nordistes qui ne furent absolument pas en mesure de menacer de façon critique les positions confédérées. L’attaque de Upton avait certes montré un succès relatif mais à aucun moment elle n’avait risqué de faire vaciller les sudistes. Initiée avec l’échec de Hancock de prendre Lee par surprise sur sa gauche la veille, les attaques fédérales avaient ensuite été lancée une à une, sans soutien, laissant tout le soin aux sudistes de les repousser. La seule raison d’optimisme de Grant était donc les enseignements tirés de l’attaque de Upton qu’il avait bien l’intention de reproduire mais cette fois avec un corps d’infanterie entier.

Figure 77: Actions du 10 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Actions May 10, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Plus loin au sud, Sheridan remit ses forces en route le matin du 10 mai en faisant traverser la North Anna aux deux divisions qui ne l’avaient pas fait la veille avant de continuer sa progression vers le sud. De l’autre côté, Stuart, maintenant certain que les fédéraux marchaient vers Richmond et pas sur les arrières de Lee, décida qu’il lui fallait les bloquer avant qu’ils n’atteignent la capitale confédérée. Pour se faire, il envoya la division de Fitzhugh Lee vers l’est pour rejoindre la Telegraph Road et ainsi utiliser cet axe pour doubler la colonne fédérale et prendre une position défensive quelque part au nord Richmond. Pendant ce temps, lui-même garda avec lui la brigade de Gordon avec laquelle il suivit la route empruntée par Sheridan et harcela les arrières de celui-ci tout au long de la journée. Un message fut également envoyé à Richmond afin de prévenir Bragg, en charge de la garnison de la ville, de se préparer à défendre Richmond ou à venir lui prêter main forte. A la nuit tombante, les fédéraux s’arrêtèrent pour la nuit un peu après avoir passé la South Anna à Ground Squirrel Bridge avec Gordon non loin derrière. De l’autre côté, les cavaliers de Fitzhugh Lee se trouvaient non loin de Hanover Junction où Stuart les rejoignit et leur donna pour instruction de se reposer avant de reprendre leur progression à la première heure.[118]

Le 11 mai, Grant commença a établir son plan d’attaque pour le lendemain. Conscient qu’il aurait besoin de déplacer les corps de Hancock et Burnside mais surtout qu’il lui faudrait disposer de plusieurs heures de jour afin d’obtenir des résultats probants, il abandonna l’idée de se lancer à l’attaquer en ce jour et opta pour le lendemain. Son plan prévoyait une attaque générale contre l’ensemble de la ligne confédérée par les quatre corps à disposition. Cependant, le fer de lance de l’offensive devait être porté par Hancock qui lancerait ses hommes contre la face nord du Mule Shoe en usant de la tactique utilisée par Upton et ce dans le but de créer une brèche dans les positions sudistes qui diviserait l’Armée de Virginie du Nord en deux ailes qui pourraient être écrasée séparément. Dans le but de cette attaque, en milieu d’après midi, Hancock commença à déplacer ses hommes de la droite de Warren jusqu’à la gauche de Wright, se plaçant ainsi là où se trouvait la division de Mott la veille. Burnside fit lui aussi mouvement pour se déplacer un peu au nord de ses positions actuelles afin de se retrouver sur la gauche de Hancock. Ce n’est qu’un peu après minuit que les différentes divisions fédérales furent toutes en position, l’attaque étant prévue pour 4 heure.[119]

Les fédéraux allaient disposer d’un coup de chance dans leur attaque. Lorsqu’ils avaient choisi de défendre les hauteurs du Mule Shoe, Lee et Ewell avaient également décidé d’y installer une forte concentration d’artillerie pour en renforcer la défense. La division de Mott put aisément se rendre compte de l’effectivité de la chose. Mais le 11 mai, Grant envoya son train d’approvisionnement vers la base de Belle Plain afin de les y faire remplir de vivres et munitions pour ses hommes. Côté confédéré, cela fut interprété comme le début de la retraite fédérale vers Fredericksburg et Lee, voulant tenter de frapper une dernière fois les fédéraux dans leur repli, désengagea ses canons du Mule Shoe afin de les tenir prêts à bouger. Ainsi, quand les fédéraux monteraient à l’attaque le 12 mai, ils ne seraient pas accueillis par un puissant barrage d’artillerie.[120]

Dès le matin du 11 mai, à la première heure, Fitzhugh Lee avait remis ses deux brigades en route et passa la South Anna au lever du soleil. A peu près au même moment, les nordistes se remirent eux aussi en marche toujours avec Gordon sur leurs arrières. Vers 8 heure, Stuart arriva à l’endroit qu’il avait choisi pour intercepter la colonne fédérale, le croisement de la Moutain Road et la Telegraph Road, près de Yellow Tavern. Vers 11 heure, les cavaliers fédéraux arrivèrent à leur tour sur les lieux mais ce ne fut qu’à 14 heure que Sheridan déclencha son attaque contre les défenses installées par Fitzhugh Lee. Durant l’après midi, alors que les combats faisaient rage, Sheridan fut informé que Bragg s’approchait depuis Richmond avec quelque 4000 hommes. Vers 16 heure, une nouvelle attaque fédérale mis les sudistes en difficulté et au plus fort des combats Stuart fut mortellement blessé. Fitzhugh Lee prit le commandement mais ne fut en mesure de maintenir sa ligne et la route de Richmond, la Brook Turnpike, était ouverte. A la tombée de la nuit, Sheridan désengagea ses forces et commença à les mettre en route vers l’est, non pas dans le but de prendre Richmond mais pour passer devant la ville en chemin vers Butler et l’Armée de la James. Sheridan décida de ne pas prendre la capitale confédérée, d’une part parce que les troupes de Bragg étaient maintenant en position derrière les défenses de la ville et d’autre part parce qu’il était conscient qu’il ne serait pas en mesure de la tenir pour longtemps.[121]

Durant la nuit du 11 au 12 mai, Hancock termina de déplacer ses forces, manœuvre qui arriva à son terme dans les premières heures du 12. Les fédéraux eurent à marcher durant la majeure partie de la nuit et ce sous une pluie fine, si bien que lorsqu’ils arrivèrent en position nombre d’entre eux étaient détrempés et avaient froid. Initialement prévue pour 4 heure, l’attaque connu un délai d’une demie heure en raison du manque de clarté, ce fut donc à 4h30 que la première division de Hancock, celle de Barlow avança vers le Mule Shoe suivie par les trois autres. Comme Upton deux jours plus tôt, les fédéraux chargèrent en masse et ne s’arrêtèrent pas pour tirer avant d’avoir atteint la portion de la ligne confédérée tenue par la division de Johnson. Barlow s’abattit sur le East Angle, celle de Birney se trouvant à la droite de Barlow. Mott pour sa part eut à combler la brèche entre ses deux divisions tandis que Gibbon attaqua lui à la gauche de Barlow.[122] Le résultat du premier impact fut un succès pour les nordistes. Au cours de la première demi heure de combat, près de 2500 confédérés furent tués ou capturés tout comme 20 des 22 canons ramenés en urgence pour défendre la position. Johnson lui même tomba aux mains des nordistes alors que les restes de sa division refluèrent en désordre vers le sud.[123]
Pendant que Hancock attaquait le Mule Shoe par le Nord, Burnside lui en fit autant par l’est mais sans rencontrer le même succès, les hommes de Wilcox du corps de Early les arrêtant net. Pour sa part, Rodes refusa la ligne sur son flanc droit afin de parer à l’effondrement de Johnson à sa droite qui menaçait toute sa ligne.[124] Pour Lee, cela fut une double bonne nouvelle car bien que ses défenses étaient enfoncées au centre, ses flancs étaient toujours solides et il lui restait maintenant à contenir Hancock pour mettre un terme à l’attaque fédérale et rétablir sa ligne.
Alors que Lee prépara sa contre-attaque avec la division de Gordon qui se trouvait à la base du Mule Shoe, l’offensive fédérale commença à perdre son tempo et son organisation, les unités se mélangeant dans une brèche qui ne pouvait être élargie. Ainsi, lorsque les hommes de Gordon leur tombèrent dessus aidés par les restes de la division de Johnson tout juste réorganisées et les unités de flanc de Rodes et Wilcox, les fédéraux étaient complètement incapables de résister et furent brutalement repoussés vers les tranchées du East Angle où ils se retranchèrent et établirent la ligne d’arrêt de la contre-offensive de Gordon.[125]

Vers 6 heure, alors que Gordon et Hancock s’accrochaient violement, Wright lança son corps contre Rodes sur la partie occidentale du Mule Shoe. Bien que les confédérés furent en mesure de résister et de tenir leur ligne, la pression du 6ème corps était telle que Rodes urgea Lee de lui envoyer des renforts. Le commandant sudiste, qui dans le but de renforcer la contre attaque de Gordon avait fait faire mouvement aux hommes de Mahone depuis leurs positions à l’extrême gauche, décida de leur faire changer quelque peu leur route pour aller prêter main forte à Rodes, les éléments de tête de Mahone arrivant juste à temps pour prévenir une percée fédérale et rétablir la ligne défensive sudiste.[126] Ce fut alors que commença l’engagement le plus violent, le plus horrible et le plus acharné de la guerre, à l’endroit qui depuis lors est connu sous le nom de Bloody Angle. Durant près de 20 longues heures, les soldats des deux camps s’affrontèrent, le plus souvent au corps à corps de part et d’autre des parapets, dans une furie et une frénésie guerrière des plus féroces, les hommes s’entretuant plus par réflexe que par principe, la mort des hommes d’en face étant devenue une fin en soit plus que la victoire contre l’ennemi. Pour ne rien arranger, la pluie se mêla à l’affaire embourbant le terrain au point d’engloutir les morts et les blessés, parfois même les vivants, piétinés par les combattants.[127] Si d’habitude ce genre de combat ne durait que quelques minutes, ici il dura de nombreuses heures, aucun des deux camps ne voulant rompre la lutte.[128]
De l’autre côté du Mule Shoe, les hommes de Hancock s’accrochèrent eux aussi avec les sudistes tout au long de la journée dans de terribles combats.

Vers 9 heure, alors que les combats faisaient rage sur le Mule Shoe, Warren se lança à son tour à l’attaque, mais très vite l’artillerie de Anderson ouvra le feu et stoppa net les hommes du 5ème corps qui retournèrent vers leurs positions initiales sans insister. Lee put ainsi prélever deux brigades afin de fournir du renfort à Ewell dont les hommes combattant sur le Mule Shoe arrivaient à leur point de rupture, physiquement mais surtout psychologiquement et nerveusement.[129] Cependant, bien que conscient que les hommes pouvaient lâcher à tout instant, Ewell et Lee ne pouvaient pas encore autoriser le repli, la nouvelle ligne défensive au sud du Mule Shoe, dont Lee avait lancé la construction au même moment que la contre attaque de Gordon, n’étant pas prête.
Toute la journée les combats continuèrent jusqu’à ce qu’à minuit l’ordre fut donné de retirer les unités une par une de l’ensemble du Mule Shoe pour leur faire prendre position un peu au nord de la Brock Road, les derniers éléments y arrivant un peu avant l’aube. De l’autre côté, complètement épuisés, les fédéraux ne poursuivirent pas, les hommes étant tout aussi touchés, physiquement et psychologiquement que les sudistes.[130]

Figure 78: Actions du 12 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Actions May 12, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Finalement, au terme de cette terrible journée les résultats étaient mitigés pour les deux camps. Côté nordiste, les fédéraux avaient fait de nombreux prisonniers et infligés de lourdes pertes aux sudistes en plus de les repousser et de prendre le contrôle des hauteurs du Mule Shoe – qu’ils abandonnèrent néanmoins dès le lendemain pour rejoindre leurs positions initiales. Tout cela fut au prix de pertes très lourdes et surtout l’objectif réel, détruire l’Armée de Virginie du Nord, ou à tout le moins d’ouvrir la route de Richmond en lui infligeant un terrible coup ne fut pas atteint. De l’autre côté, les confédérés parvinrent à maintenir l’unité de leur ligne défensive mais au prix de pertes tout aussi lourdes. Mais à un niveau plus large, le ratio des pertes par rapport à la taille de l’armée était en faveur du Nord, les sudistes ayant perdu en ce jour environ 15% des forces qu’ils comptaient au début de la campagne – en incluant les prisonniers de la division de Johnson – contre approximativement 7% du même ratio côté fédéral.[131] Il est estimé que les pertes fédérales dans le seul Bloody Angle furent de 9000 hommes contre 8000 pour les sudistes. Enfin, depuis le début de la campagne, une semaine plus tôt, l’Armée de Virginie du Nord avait perdu 20 de ses 57 commandants de corps, de division ou de brigade soit des pertes difficilement remplaçables en terme de leadership alors que de l’autre côté l’Armée du Potomac n’en avait perdu que 10 de ses 68.[132]

Plus loin, aux abords de Richmond le matin du 12, Sheridan et ses cavaliers étaient en route vers Meadow Bridge où ils entendaient passer la Chickahominy une première fois dans leur route vers Mechanicsville et Gaines’s Mill. Mais une fois arrivé là, Sheridan découvrit que les cavaliers sudistes avaient déjà détruit le pont ou du moins partiellement, les pluies de la veille ayant éteint le feu qui le consumait. Mettant les hommes de la brigade de Merrit au travail immédiatement, Sheridan apprit que les cavaliers de Fitzhugh Lee et la garnison de Richmond de Bragg convergeaient vers lui. Afin de faire face à cette double menace et de gagner du temps, Sheridan chargea Wilson et Gregg de contenir les sudistes. Il ne s’en suivit rien de plus qu’une succession de petites escarmouches et après avoir traversé le pont, les nordistes passèrent la nuit près de Gaines’s Mill. Le 13 au soir, ils atteignirent Bottom’s Bridge où ils refranchirent la Chickahominy vers le sud cette fois et enfin, le 14, ils traversèrent la James River à Haxall’s Landing pour rejoindre Butler et l’Armée de la James.[133]
Les résultats du raid de Sheridan sont quelques peu mitigés. D’une part les cavaliers nordistes infligèrent de lourds dégâts aux rations et aux infrastructures confédérées mais rien d’irréversible. Ils capturèrent également quelques 300 sudistes en plus de libérer environ 400 prisonniers nordistes et d’infliger des pertes à la cavalerie de Lee à Yellow Tavern dont celle de Stuart. Mais au delà de cela, le raid nordiste n’infligea aucun dégât stratégique à la Confédération mais eut par contre comme conséquence négative pour l’Union de laisser Grant sans cavalerie, ce qui le priva de renseignements qui auraient pu lui être utile lors des combats de Spotsylvania et que celui-ci eut à payer cher en hommes. Enfin, Sheridan se satisfit d’avoir privé le Sud de Stuart mais il n’avait pas atteint son objectif déclaré, détruire la cavalerie sudiste, celle-ci restant une force non négligeable et Hampton, qui succéda à Stuart, était lui aussi un très bon officier de cavalerie.

Figure 79: Le premier raid de cavalerie de Sheridan en Virginie

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Source: JESPEREN Hal, Sheridan’s Richmond Raid, May 9-14, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le 13 mai, aucune des deux armées présentes à Spotsylvania ne bougea, préférant panser ses plaies après les terribles combats de la veille. Cependant, Grant ne resta pas inactif et chercha à échafauder un plan pour de nouveau essayer de briser le statu quo entre les deux forces. Pour ce faire, il décida de concentrer ses efforts sur la droite sudiste et ordonna donc à Warren de déplacer son corps à l’extrême droite fédérale, à gauche de Burnside durant la nuit du 13 au 14 mai. Le corps de Wright devant lui aussi bouger pour se placer à la gauche du 5ème corps. De la sorte, Grant espérait attaquer un point faible du dispositif sudiste en les prenant par surprise. Mais le terrain détrempé et les troupes fatiguées des deux corps fédéraux n’arrivèrent pas en position avant 6 heure et durent passer la majeure partie de la journée à réorganiser leurs forces, si bien que Grant annula l’attaque. Pendant ce temps, Lee, pour contrer la menace fit déplacer le 1er corps de Anderson pour étendre sa droite jusqu’à la Po River près de Snell’s Bridge, couvrant de la sorte la nouvelle menace fédérale.[134]

Figure 80: Mouvements des 13 et 14 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Movements May 13-14, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Grant ne se laissa pas abattre et décida de faire faire demi tour au 6ème corps afin de l’envoyer le 18 à l’aube attaquer les nouvelles positions sudistes à la base du Mule Shoe avec le soutien du 2ème corps de Hancock. Comme prévu, le 18 avant l’aube les fédéraux réoccupèrent à la faveur de l’obscurité les hauteurs du Mule Shoe et montèrent ensuite à l’attaque du 2ème corps de Ewell. Mais premièrement, les cavaliers sudistes avaient suivi toute l’action, ôtant tout espoir de surprise pour les fédéraux et deuxièmement, la nouvelle ligne sudiste dans ce secteur était formidablement fortifiée et disposait de 29 pièces d’artillerie qui firent des ravages dans les rangs nordistes. Ainsi, cette nouvelle attaque fédérale contre des fortifications de campagne sudistes se soldat par un échec, les nordistes n’atteignant la ligne confédérée qu’en de rares points avant d’être repoussés avec de lourdes pertes, quelques 2000 hommes. Vers 10 heure, tout était fini. Burnside avança comme prévu vers les lignes sudistes présentes face à lui pour faire diversion mais n’insista pas et rejoignit ses positions sans tarder.[135]

Avec ce nouvel échec, Grant fut obligé d’accepter que les positions confédérées autour de Spotsylvania étaient trop solidement défendues. Il avait essayé de les attaquer de front et n’avait fait que frapper un mur, il avait essayé de contourner chacun des deux flancs, en vain à chaque fois. Le commandant nordiste était donc maintenant contraint de chercher à livrer bataille ailleurs et pour cela il lui fallait tenter une fois encore de prendre Lee de vitesse. Mais cette fois il envisagea la chose autrement, il comptait envoyer le corps de Hancock, isolé au devant de la progression fédérale pour l’utiliser comme appât et attirer Lee dans un piège, espérant que le commandant sudiste ne saurait résister à la tentation de détruire un corps fédéral entier, offrant la possibilité aux trois autres corps de frapper les sudistes hors de leurs fortifications. Pour ce faire, le 18, Grant fit replacer le 6ème corps à la gauche de Warren et le 9ème encore à gauche Le 2ème corps, lui, fut déplacé derrière Warren, sur la rive orientale de la Ny River afin d’être prêt à prendre la route dès le lendemain soir.[136]

Figure 81: Mouvements des 17 et 18 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Movements May 17-18, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le 19, informé des manœuvres en cours dans le camp fédéral, Lee ne savait pas encore si cela voulait dire que les nordistes se repliaient ou s’ils se préparaient à manœuvrer une nouvelle fois vers le sud, auquel cas il devait se préparer à contrer la menace. Afin d’en savoir plus et de potentiellement porter un coup à l’Armée du Potomac, le commandant sudiste ordonna à Ewell d’envoyer une reconnaissance vers la droite fédérale. Mais, soucieux de préserver ses troupes, Ewell demanda l’autorisation de ne pas attaquer de front mais de flanc, ce que Lee approuva. Dans l’après midi, Ewell se mit en marche, précédé par deux brigades de cavalerie. Les sudistes contournèrent ainsi le flanc fédéral jusqu’à Harris Farm où ils rencontrèrent la toute nouvelle division du corps de Hancock, celle du général Robert Ogden Tyler avec laquelle ils livrèrent un combat de presque deux heures avant de se replier pour rejoindre leurs fortifications à la tombée de la nuit, mettant un terme à la bataille de Spotsylvania.[137]

Le 14 mai, l’Armée du Potomac commença à recevoir les premiers éléments des quelques 30 000 renforts envoyés par Washington en une dizaine de jours, de quoi combler les pertes encourues depuis le début de la campagne. Ces troupes étaient composées en grande partie de nouvelles recrues mais également de forces jusqu’alors attribuées à la garnison de Washington. De l’autre côté, Lee comptait également sur des renforts. Six brigades profitèrent de l’inaction de Butler près de Richmond pour quitter les forces de Beauregard tout comme deux en firent de même dans la vallée de la Shenandoah face à Sigel. Au total cela représentait environ 8000 hommes. Cela démontra l’échec de ces deux campagnes périphériques dans le plan géostratégique de Grant. Pour les deux camps, ces renforts permirent de compenser environ la moitié des pertes subies depuis le début de la campagne. Pour le Nord, il convient d’ajouter que les premiers des 31 régiments dont les dates d’enrôlement arrivaient à terme commenceraient à quitter l’Armée du Potomac.[138]

Ainsi, alors que la bataille de Spotsylvania touchait à sa fin, Grant comptait dans ses rangs environ 56 000 hommes auxquels il convient d’ajouter les 12 000 cavaliers de Sheridan. Depuis début mai, Grant avait perdu environ 32 000 hommes dans les combats – dont 18 000 à Spotsylvania -, 4000 suite à des maladies et environ 14 000 par désertion et fin d’enrôlement. De l’autre côté, Lee avait perdu environ 18 000 hommes sur le même laps de temps – dont 12 000 à Spotsylvania -, ramenant ses forces à environ 50 000 en comptant les renforts prévus.[139]

Arrivé auprès de l’Armée de la James le 14 mai, les cavaliers de Sheridan se reposèrent là durant quatre jours avant de finalement reprendre la route le 18 pour rejoindre le reste de l’Armée du Potomac. La progression de Sheridan fut ralentie par les pluies et les routes détrempées mais à aucun moment les confédérés ne cherchèrent à le gêner. La seule difficulté qu’eurent à affronter les cavaliers fédéraux fut la reconstruction du pont enjambant la Pamunkey River près de White House qu’ils franchirent finalement les 22 et 23 mai avant de rejoindre le reste de l’Armée du Potomac sur la rive nord de la North Anna près de Hanover Junction le 24 mai en passant par King William Courthouse.[140]

La reconnaissance de Ewell, et le dispositif nordiste qu’elle avait révélé, terminèrent de convaincre Lee que Grant allait une fois encore tenter de contourner sa droite dans une course de vitesse vers le sud. Le commandant sudiste n’hésita donc plus et décida qu’il lui fallait précéder les nordistes en allant prendre une nouvelle position défensive autour de Hanover Junction, sur la rive sud de la North Anna, point où se rejoignaient deux lignes de chemin de fer en provenance de Richmond, la Virginia Central Railroad et la Fredericksburg and Potomac Railroad qui étaient des axes le reliant à ses deux bases d’approvisionnement, Richmond et Staunton ainsi qu’une connexion vers Lynchburg, carrefour ferroviaire connectant la Virginie au Tennessee et aux Carolines.[141]

Le 20 mai dans la soirée, Hancock mit son 2ème corps en marche vers Guinea Station pour entamer sa marche de 54 kilomètres vers Hanover Junction en usant de la Mattaponi River pour couvrir son flanc droit. Le lendemain matin, 6 heure après Hancock, Lee fit partir Ewell le long de la Telegraph Road pour atteindre le même objectif que les fédéraux à la seule différence que disposant des lignes intérieures, les sudistes n’avaient que 40 kilomètres à parcourir. Toujours dans la matinée, les quelques cavaliers fédéraux de Torbert n’ayant pas accompagné Sheridan dans son raid et ouvrant la voie devant Hancock chassèrent leurs équivalents sudistes hors de Guinea Station avant de les poursuivre en vain. Plus tard dans la journée, les fédéraux tombèrent sur des éléments de la division de Pickett, qui était en route pour rejoindre les forces confédérées à Spotsylvania mais n’avait pas encore été informée des manœuvres en cours. Cet incident jeta le trouble au sein de l’état-major nordiste. Grant, croyant le 2ème corps maintenant trop exposé par l’arrivée de renforts sudistes et privé d’une trop grande partie de sa cavalerie pour connaitre la position de Lee, ordonna à Hancock de s’arrêter pour permettre aux autres corps de le rejoindre. Le même jour au soir, les corps fédéraux de Warren et Burnside et confédéré de Anderson se mirent eux aussi en route. Anderson suivi le même chemin que Ewell alors que les nordistes eurent recours à deux routes différentes. Derrière, en guise d’arrière garde les deux belligérants laissèrent un corps chacun, le 6ème de Wright pour le Nord et le 3ème de Hill – tout juste revenu aux commandes – pour le Sud. Finalement, Wright se mit en mouvement le soir même imité par Hill durant la nuit.[142]

Au soir du 21, Hancock atteignit Milford Station où il passa la nuit après avoir rapidement fortifié ses positions dans le cas d’une attaque confédérée.[143] Warren pour sa part se trouvait à Madison’s Ordinary et Ewell à Mud Tavern. Le 22 au matin les premiers éléments de Ewell atteignirent la North Anna qu’ils franchirent à Chesterfield Bridge et commencèrent à y établir une ligne défensive. Au même moment, Anderson se trouvait aux abords de Golansville et Hill près de Chilesburg. Côté fédéral, Burnside se situait pour sa part à New Bethel Church, Wright à Madison’s Ordinary et Warren, qui avait divisé sa colonne en deux, avait des troupes à Harris’ Store et Saint Margaret’s Church. Hancock pour sa part passa une partie de la journée inactif, le plan de Grant d’utiliser le 2ème corps comme appât ayant échoué, celui-ci préféra faire repasser Warren en tête de la progression fédérale. Vers midi, Anderson arriva à son tour et vint occuper les positions de Ewell qui se décala alors vers l’aval. Le dernier corps confédéré, celui de Hill arriva à son tour le matin du 23 mai et Lee lui fit défendre la gauche de la ligne sudiste en l’installant près de Anderson Station.[144]

Figure 82: Mouvements vers la North Anna

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Source: JESPEREN Hal, Grant’s Overland Campaign, Wilderness to North Anna, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Bien qu’ils avaient disposé de lignes intérieures plus courtes et de meilleure qualité, les confédérés n’avaient gagné cette nouvelle course que de peu. La raison de cela est à trouver dans le chef de Lee qui voulu reposer ses hommes au maximum avant de les jeter dans une nouvelle bataille après un peu plus de deux semaines de combats presque incessants. Toujours dans cette optique, il ne leur fit pas immédiatement construire des fortifications pour défendre leurs nouvelles positions.[145] Mais les fédéraux n’étaient pas très loin derrière. Au cours de la journée du 23, Hancock arriva aux abords de la North Anna en passant par Poor House et Chesterfield Station avant d’avancer vers Chesterfield Bridge. Burnside rejoignit la même route en passant par Wright’s Tavern et vint se présenter devant Ox Ford. Warren et Wright descendirent tout deux la Telegraph Road, bifurquant à Mount Camel vers Jericho Mills.

Au cours de la journée, alors que les pièces d’artilleries sudistes ouvraient le feu sur les colonnes fédérales arrivant par la Telegraph Road, Lee fut informé qu’une autre force fédérale s’apprêtait à franchir la rivière en amont de Jericho Mills. Le commandant sudiste décida d’aller inspecter les lieux en personne et concluant que cela n’était qu’une feinte et que les nordistes allaient concentrer leurs efforts plus en aval décida de laisser les hommes de Hill se reposer près de Anderson Station. Mais une fois revenu à son quartier général vers 4h30, un autre rapport l’informa que le 5ème corps avait effectivement franchi la North Anna en aval, mais pas autant en aval que Lee ne le pensait, à Jericho Mills. Voyant son flanc gauche menacé, il fit mettre Hill en marche pour aller contrer cette menace, la division de Wilcox en tête suivie par Heth et Mahone.[146]

Après une série d’accrochages plus ou moins violents, les nordistes parvinrent à s’assurer une tête de pont sur la rive sud de la rivière en repoussant les assauts sudistes. Alors que les combats prenaient fin dans ce secteur, Hancock avança lui vers les positions confédérées près de Chesterfield Bridge. Là, les sudistes s’étaient établis de part et d’autre de la North Anna, disposant de la sorte d’une tête de pont sur la rive nord nommée Henegan Redoubt du nom du colonel John Henegan qui y commandait les troupes. Hancock attaqua soudainement et s’empara de la tête de pont sans grande résistance, les sudistes refluant par delà la rivière.[147]

Cette double attaque fédérale permit à Lee de se rendre compte de l’impossibilité de tenir une ligne défensive directement sur la rive sud de la rivière – et ce d’autant plus que la seule partie de la rive sud a être plus élevée que de l’autre côté se trouvait à Ox Ford – et de comprendre le plan de son adversaire, Grant allait l’attaquer sur ses deux flancs simultanément, tout en essayant de les contourner pour se retrouver sur les arrières de l’armée sudiste.[148] Pour faire face à cette nouvelle menace, et après avoir tenu une réunion d’état major, Lee échafauda son plan. Premièrement, il fit reculer la ligne qui tenait la rivière près de Chesterfield Bridge de quelques centaines de mètres afin d’occuper les hauteurs au sud de Fox House et y plaça le corps de Anderson. Deuxièmement, il fit tenir la gauche de sa ligne par le corps de Hill entre la North Anna à hauteur de Ox Ford, et la Little River. Enfin, il plaça le corps de Ewell en réserve à la droite de Anderson. Lee ayant placé les 1er et 2ème corps en échelon de façon à refuser la ligne. Les divisions de renfort, celles de Breckinridge et de Pickett, furent également placées en réserve, prêtes à intervenir là où ce serait nécessaire. La division de Breckinridge resta indépendante alors que celle de Pickett fut rendue au 1er corps de Anderson. De la sorte, Lee positionna ses forces en un « V » inversé dont les deux bras fortifièrent leurs postions. Le plan de Lee était d’attendre que les fédéraux franchissent la rivière sur ses deux flancs avant de lancer ses unités de réserve contre les forces fédérales divisées, dont chaque unité de flancs devait franchir par deux fois une rivière avant d’être en mesure de prêter main forte à l’autre extrémité de la ligne fédérale alors que les sudistes pouvaient eux compter sur des lignes intérieures très courtes pour en faire autant. Lee tendait donc un piège à son adversaire, piège qui s’il se déroulait bien, pourrait détruire l’Armée du Potomac ou à tout le moins lui porter un terrible coup.[149]

Du côté fédéral, Grant avait donc lui aussi son plan d’action. Les 5ème et 6ème corps avanceraient vers la gauche sudiste, Warren droit sur les lignes confédérées et Wright à sa droite de façon à tourner leur flanc. Dans le même temps, Burnside attaquerait lui à Ox Ford pour y franchir la rivière pendant que Hancock en ferait de même à Chesterfield Bridge contre la droite.[150]

Figure 83: Actions du 23 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of North Anna, Actions May 23, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

A 8 heure le 24 mai, l’avancée fédérale se mit en branle, Warren d’abord le long de la Virginia Central Railroad vers le sud-ouest et Hancock par delà la rivière. Sur chacun des flancs les nordistes avancèrent sans rencontrer de résistance de la part des confédérés, ce qui ne manqua pas de les étonner et de les contraindre à avancer avec précaution. A ce moment, Grant et Meade pensèrent alors Lee en retraite et envoyèrent Burnside contre Ox Ford pour faire la jonction entre les deux ailes et poursuivre les confédérés. Cependant Burnside ne se lança pas à corps perdu et envoya la division du général Thomas Leonidas Crittenden franchir la rivière en amont à Quarle’s Mill afin de flanquer les quelques forces sudistes présentes à Ox Ford que les fédéraux pensaient être une arrière garde. A 14 heure, les premiers éléments de Crittenden se trouvèrent sur la rive sud de la North Anna et firent mouvement vers le sud mais la traversée du reste de la division ne fut achevée que vers 18 heure. Mais alors que celles-ci poursuivaient le franchissement, la brigade de tête du général James Hewlett Ledlie attaqua la division de Mahone qui défendait Ox Ford et se fit tailler en pièce avant d’être repoussée.[151]

Alors que la journée avançait et que les fédéraux en faisaient autant sans avoir encore rencontré les sudistes, le piège de Lee se refermait sur l’Armée du Potomac. Mais c’est alors que le poids de la guerre et l’épuisement de cette campagne acharnée se fit sentir au plus haut de la hiérarchie de l’Armée de Virginie du Nord. Lee tomba d’épuisement et fut atteint de fièvre et de délire, si bien qu’il ne fut pas en mesure de donner l’ordre de l’attaque au moment crucial. Pire encore, aucun des trois commandants de corps sudistes n’étaient aptes à prendre la relève. Quelques que soient leurs qualités, Hill, Ewell et Anderson n’étaient pas des Jackson, Longstreet ou Stuart et encore moins Lee. Le piège sudiste ne se referma donc pas sur les fédéraux qui ne l’appréhendèrent qu’en fin de journée après que les hommes de Hancock entrèrent en contact avec ceux de Rodes près de Doswell House. Une fois conscient de la menace, Grant fit annuler les attaques de tous ses corps qui s’arrêtèrent et se retranchèrent.[152]

Figure 84: Actions du 24 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of North Anna, Actions May 24, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le même jour, Grant récupéra la cavalerie de Sheridan. Il est intéressant de noter que si les fédéraux avaient pu disposer de ces troupes, de rapides actions de reconnaissance de leur part au sud de la North Anna auraient très vite permis de déceler les positions des forces sudistes et donc de se prémunir contre le piège de Lee. Si celui-ci n’avait pas failli au moment crucial, l’absence de la quasi intégralité des cavaliers de Sheridan aurait pu coûter cher à l’Armée du Potomac.
Toujours le 24, Fitzhugh Lee attaqua le dépôt fédéral de Fort Pocahontas à Wilson’s Wharf sur la rive nord de la James que défendaient les troupes du général Edward Augustus Wild mais fut repoussé et se retira vers le nord pour rejoindre le reste de l’armée confédérée.[153]

Quoiqu’il en soit, le piège n’avait pas fonctionné et le 25 mai les deux armées campèrent sur leurs positions, derrière leurs fortifications. Grant ne fit pas immédiatement refranchir la rivière à ses troupes et les laissa là où elles se trouvaient, Hancock face au flanc droit sudiste au sud de la North Anna, Wright et Warren face au flanc gauche sur la même rive et Burnside face au centre de part et d’autre de la rivière. Bien que toujours dans une position délicate, les forces fédérales étaient dans une meilleure situation que la veille. Premièrement elles étaient maintenant retranchées derrière des fortifications qui réduisaient leur vulnérabilité et deuxièmement Grant avait fait établir des pontons en plusieurs points de la rivière afin d’en faciliter la traversée et ainsi accélérer tout mouvement de troupes d’un flanc à l’autre en cas de difficulté d’un côté ou de l’autre.[154] Grant espérait que Lee lancerait tout de même ses forces à l’attaque et bien que son positionnement n’était pas en sa faveur, il espérait que ces précautions lui offriraient une possibilité d’exploiter une ouverture qui lui permettrait de porter un coup aux sudistes. Grant n’était pas du genre à se replier mais plutôt à accepter le combat même si les chances étaient en sa défaveur et ce jour là il montra à nouveau ce trait de caractère en vain, les sudistes n’attaquèrent pas et la journée toucha à sa fin. Le commandant nordiste se résolu à l’idée de changer d’approche et fit replier ses hommes sur la rive nord de la North Anna le 26 mai afin de mettre en branle une nouvelle manœuvre de flanc pour encore une fois essayer d’amener Lee à lui livrer bataille.[155]

Figure 85: Positions des deux armées au soir du 25 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of North Anna, Positions May 25-26, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Afin de couvrir le repli de ses hommes, Grant fit conduire une série de manœuvres de diversion face aux lignes sudistes. La principale action fut l’envoi d’une division de cavalerie, celle de Wilson, traverser la North Anna en amont. Bien qu’en soit cela ne menaçait en rien les confédérés et n’apportait rien aux fédéraux mais eut de l’importance car cela convaincu Lee que Grant allait cette fois manœuvrer sur sa gauche de façon à progresser vers Richmond tout en coupant la Virginia Central Railroad qui reliait l’Armée de Virginie du Nord à la vallée de la Shenandoah et fournissait une grande partie de leurs approvisionnements aux forces confédérées. En la coupant, Grant gênait fortement le commandant sudiste. Mais celui-ci se trompait, Grant allait une fois de plus partir sur sa droite, comptant sur Hunter, qu’il venait d’envoyer prendre le commandement des forces fédérales dans la vallée en remplacement de Sigel, et sur le départ d’une partie des forces de Breckinridge, pour couper la Virginia Central Railroad et fermer l’accès de la vallée aux sudistes. Une deuxième raison poussait Grant à de nouveau manœuvrer sur la droite sudiste, la défense de sa ligne de communication qui le reliait à sa nouvelle base d’approvisionnement établie à Port Royal sur la Rappahannock le 22 mai.[156]

Au final, la bataille de la North Anna fut plutôt une série d’escarmouches entre des forces de plus ou moins grande ampleur avant que ce qui devait être une bataille majeure ne soit annulée aux derniers instants. Contrairement aux terribles combats qui avaient marqués les journées des deux camps depuis le début de la campagne, la North Anna représenta une pause ou à tout le moins un ralentissement de l’intensité comme le montra le tableau des pertes, environ 2000 hommes pour le Nord contre 1000 pour le Sud.[157] Mais le principal enseignement de la bataille fut de finalement montrer que Lee n’était pas infaillible, sa santé l’avait trahi à un moment qui aurait pu être crucial et l’Armée de Virginie du Nord ne disposait de personne à même d’enfiler les bottes du commandant en chef. Côté nordiste, ne sachant rien de la crise de commandement qui touchait les forces confédérés, Grant pensa que l’inaction sudiste était la preuve de l’épuisement de leurs forces et qu’il lui était possible de remporter la victoire décisive qu’il cherchait.[158]

Le 27 mai, Grant mit ses forces en marche avec pour objectif de franchir la Pamunkey River quelque part au nord de Richmond pour pouvoir menacer la ville tout en profitant de cette même rivière pour protéger le flanc gauche de ses forces au cours de leur progression. Les 5ème et 6ème corps ouvrirent la marche, respectivement suivi par les 9ème et 2ème corps. A la tombée de la nuit, Wright se trouvait aux alentours d’un carrefour un peu à l’est de Hanover Court House sur la rive occidentale de la rivière, Warren près de Mangohick Church, Hancock à Concord Church et Burnside à un carrefour un peu au nord de la position de Warren. Afin de raccourcir ses lignes de communications, Grant fit une nouvelle fois déplacer sa base d’approvisionnement, de Port Royal à White House.[159]

Côté confédéré, Lee réagit très vite au départ des fédéraux et disposait une fois encore de l’avantage des lignes intérieures pour manœuvrer. Anderson et Ewell, remplacé par Early car tombé malade, furent les premiers à se mettre en route, très vite suivi par Hill le même jour et le soir venu les deux premiers corps se situaient un peu au nord de Yellow Tavern et le troisième à Ashland. Depuis ces positions, Lee pouvait parer toute manœuvre fédérale tant qu’il ne savait pas exactement où ceux-ci se dirigeaient.[160] Dans la journée, deux petits engagements de cavalerie eurent lieu aux abords de la Panunkey, à Dabney’s Ferry et Crump’s Creek.

Le lendemain, 28 mai, la progression fédérale reprit sa marche. Wright, Hancock et Warren traversèrent la Pamunkey. Les deux premiers à Nelson’s Bridge et le troisième à Hanovertown et faisaient mouvement vers le sud-ouest alors que Burnside se trouvait toujours sur l’autre rive, aux abords de Mangohick Church.
La réaction de Lee fut immédiate. Premièrement, dans le but de chercher à en savoir plus sur les intentions fédérales dont un rapport l’informa de la présence sur la rive sud de la rivière, il envoya les cavaliers de Hampton vers Hanovertown afin de déceler si la traversée n’était le fait que de la cavalerie ou si l’infanterie suivait. Alors qu’ils se trouvaient aux alentours de Haw’s Shop, les sudistes entrèrent en contact avec les hommes de Gregg auxquels ils livrèrent un combat de cavalerie, le plus important depuis Brandy Station.[161] Après un combat disputé et avoir révélé la présence d’éléments des 2ème et 5ème corps fédéraux, les hommes de Hampton se replièrent. Lee était maintenant sûr que les nordistes progressaient vers Richmond. La seule inconnue restait de savoir si Grant allait tenter de franchir la Totopotomoy Creek ou s’il allait la contourner par l’ouest. Deuxièmement, en réaction à ce qu’il venait d’apprendre, il déplaça ses corps d’infanterie vers le sud-est, de façon à couvrir les accès à la capitale confédérée. La ligne défensive sudiste s’établit donc derrière la Totopotomoy Creek entre Atlee’s Station et Bethesda Church. Hill fut placé à la gauche des positions sudistes de façon à défendre la route vers Atlee’s Station, Anderson plaça ses forces à angle droit entre la rivière et la route orientée nord-sud près de Pole Green Church avec Early qui continuait sa ligne vers le sud et formant ainsi l’extrême droite confédérée qui couvrait les Shady Grove et Old Church Roads. Enfin, la division indépendante de Breckinridge faisait la jonction entre Hill et Anderson en défendant le passage de la Atlee’s Station Road sur la rive sud de la Totopotomoy Creek.[162]

Le 29 mai, les différents corps nordistes avancèrent prudemment vers la rivière à la recherche des lignes sudistes. Wright se trouvait sur la droite, face à Hill et Breckinridge, Hancock tenait  le centre face à Anderson et Warren formait  la gauche, par delà la rivière aux abords de Bethesda Church, face à Early. Enfin, le 9ème corps de Burnside se trouvait en réserve de Warren. A la fin de la journée, les fédéraux occupaient donc une fois encore une position de part et d’autre d’une rivière, les plaçant de nouveau dans une situation à risque car les sudistes se trouvaient alors dans la possibilité de séparer les deux ailes fédérales et de les détruire l’une après l’autre.[163]

Figure 86: Mouvements des deux armées du 27 au 29 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Overland Campaign, Movements May 27-29, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Ce ne fut que le 30 mai que les sudistes apprirent que les 5ème et 9ème corps avaient franchi la rivière mais la première pensée de Lee ne fut pas qu’une opportunité s’offrait à lui mais plutôt que la menace contre Richmond n’avait jamais été aussi grande. Car cela voulait dire que Grant se trouvait dans la possibilité de lancer aisément une nouvelle manœuvre vers le sud, vers la James River. Or, s’il atteignait cette rivière, mais surtout s’il la faisait franchir à son armée, il pourrait être en mesure de couper les lignes d’approvisionnements de la capitale et de l’Armée de Virginie du Nord en provenance du sud, des Carolines et de Géorgie, ce qui voudrait dire que Lee et ses hommes seraient isolés, assiégés. Les fédéraux avaient manqué cette opportunité deux ans plus tôt lorsque McClellan proposa cette solution qui fut rejetée par Washington alors que celui-ci venait d’être sans cesse repousser au cours de la deuxième phase de la campagne de la Péninsule. Mais cette fois, c’était Grant qui était au sommet de la hiérarchie militaire de l’Union et Lincoln, qui était lui au sommet de la hiérarchie politique, avait pleine confiance en lui. Deux autres nouvelles vinrent conforter Lee dans ses craintes. Premièrement, il apprit que Grant avait commencé à déplacer sa base d’approvisionnement à White House, indiquant qu’il comptait bien rester dans la région de la James. Deuxièmement, il fut informé qu’un corps d’armée fédéral, le 18ème du général William Farrar Smith, avait quitté les positions de l’Armée de la James près de Bermuda Hundred le 28 mai afin de rejoindre l’Armée du Potomac. Les premiers éléments de ce corps débarquèrent à White House le 30 mai et Lee vit très vite que depuis ce point, les renforts fédéraux seraient en mesure de marcher sur le carrefour de Cold Harbor d’où, en contrôlant les routes ils seraient en mesure de menacer le flanc droit et les arrières des forces sudistes ou de partir droit sur Richmond.[164]
Bien conscient de ce risque, Lee décida de profiter de l’avantage que lui offrait la disposition des forces fédérales pour les attaquer en espérant pouvoir sauver la situation qui lui semblait de plus en plus désespérée. Il ordonna donc à Early d’emmener son corps dans une attaque contre le flanc gauche nordiste avec celui de Anderson en soutien. Le contact entre les deux forces se produisit près de Bethesda Church et se solda par une victoire tactique des nordistes qui furent en mesure de maintenir leurs positions après qu’une contre attaque eut repoussé les forces sudistes qui les avaient initialement poussé à la retraite. Au final, Early, qui n’avait pas été assez déterminé dans son attaque car il n’avait envoyé ses divisions qu’une par une plutôt que d’un seul bloc, fut contraint de réoccuper ses positions initiales.[165]
Dans le même temps, à l’autre bout de la ligne, Wright et Hancock envoyèrent tous deux des éléments tester les défenses sudistes derrière la Totopotomoy Creek sans rencontrer de résultats probants et après des échanges plus ou moins violents se retirèrent sur leurs positions initiales, n’ayant trouvé aucune position offrant une chance d’être attaquée.[166]

Devant la nouvelle menace fédérale, Lee eut tôt fait de se rendre compte qu’il ne pouvait pas prélever des troupes dans les corps alors sous son commandement sans risquer de les affaiblir et d’offrir une opportunité aux fédéraux toujours présents face à sa ligne défensive. Il envoya donc un message à Davis l’urgeant de lui faire parvenir des renforts depuis les forces de Beauregard en arguant du fait que celui-ci pouvait à présent se passer d’une partie des ses hommes puisque Butler en avait lui-même laissé partir. Ainsi la division de Hoke se mit en route le jour même par rail.[167]

Figure 87: Mouvements et actions des 29 et 30 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Overland Campaign, Movements May 29, Actions May 30, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Durant la soirée du 30, Grant dessina son nouveau plan d’action. Une fois encore, il allait faire manœuvrer son armée sur la droite sudiste mais cette fois sur une courte distance. Son objectif était le carrefour de Cold Harbor où il pourrait faire sa jonction avec les forces de Smith et d’où, s’il bougeait ses forces assez vite pour que Lee ne s’en aperçoivent que trop tard, attaquer le flanc droit confédéré qui, prit par surprise et par le nombre, serait écrasé. Grant espérait que la courte distance à parcourir rendrait possible la surprise mais une fois encore Lee avait deviné les intentions de son adversaire. Comprenant l’importance de Cold Harbor comme carrefour stratégique et surtout pour contrer la menace du 18ème corps qui arrivait droit dessus, Lee envoya les cavaliers de Fitzhugh Lee se positionner à Old Church avec pour instruction de défendre Cold Harbor contre toute force fédérale qui approcherait. De l’autre côté, Grant donna un ordre similaire à Sheridan, prendre et défendre Cold Harbor jusqu’à l’arrivée de l’infanterie de Wright qui se mit en marche depuis la droite de la ligne fédérale en passant derrière les autres corps à la tombée de la nuit. Le 31 mai, les cavaliers des deux armées s’affrontèrent à Old Church durant toute la journée, chacun des deux camps espérant l’arrivée de l’infanterie qui se fit attendre. Ce furent finalement les éléments de tête de Hoke qui arrivèrent les premiers. Pensant alors la relève assurée, Fitzhugh Lee fit replier ses cavaliers mais mal interprétant ce repli, les fantassins sudistes se replièrent également, laissant le carrefour de Cold Harbor à Sheridan qui l’occupa.[168]
Dans un premier temps, informé de l’arrivée du reste de la division de Hoke, Sheridan se retira de Cold Harbor, jugeant ne pas pouvoir défendre la position, mais Grant lui ordonna de s’y repositionner, ce qu’il fit et à la nuit tombante le carrefour était aux mains des nordistes qui y établirent de rapides fortifications de campagne.[169]

Le 1er juin au matin, Sheridan reçut l’attaque des hommes de Hoke et d’Anderson que Lee envoya reprendre le carrefour la veille au soir, puisqu’il était alors évident que Grant était en mouvement, et attaquer les forces fédérales devant arriver une par une. Mais les assauts confédérés manquèrent de puissance et les cavaliers nordistes, aidé de leur carabine à répétition furent en mesure de repousser les attaques jusqu’à l’arrivée du 6ème corps vers 10 heure. Une fois en place, Wright commença à retrancher ses troupes et Anderson en fit autant.[170]
Dans l’après midi, la ligne fédérale s’étendait de Cold Harbor à Polly Hundley Corner, sur la rive nord de la Totopotomoy Creek en passant par Bethesda Church et Pole Green Church et était tenue du sud au nord par Wright, Smith, Warren, Burnside et Hancock. De l’autre côté, les sudistes étaient eux établis face aux nordistes entre New Cold Harbor et Atlee’s Station, ayant ainsi chaque flanc ancré sur une rivière, la Chickahominy à droite et la Totopotomoy à gauche. Anderson défendait le flanc droit, Early le centre et Hill, qui avait déplacé son corps sur les anciennes positions d’Anderson la veille, tenait la gauche.
En fin de journée, Wright et Smith lancèrent une attaque contre les positions de Anderson qui n’avait pas encore eu le temps de les fortifier correctement. L’attaque fédérale fut finalement repoussée mais au prix de lourdes pertes dans les deux camps, Anderson ayant du envoyer ses forces placées en réserve pour empêcher les fédéraux d’exploiter une brèche.[171]

Figure 88: Positions des deux armées le 1er juin 1864

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Source: JESPEREN Hal, Overland Campaign, Positions afternoon, June 1, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Prenant conscience grâce à cette attaque que la gauche sudiste était fébrile, Grant et Meade s’accordèrent pour décider de lancer une nouvelle offensive en ce point dès le lendemain. Mais pour renforcer l’attaque, Hancock reçu pour instruction de quitter la droite fédérale pour rejoindre l’extrême gauche à la tombée de la nuit afin d’être en place le 2 juin à l’aube.[172] De l’autre côté, comprenant que son flanc n’était pas assez solide, Lee fit déplacer la division de Breckinridge à la droite de Anderson et se prépara également à déployer deux des trois divisions de Hill à droite de Breckinridge dès le lendemain alors que la troisième se placerait elle à la gauche de Early.

Au matin du 2 juin, les fédéraux auraient donc normalement dû lancer une attaque massive avec les 2ème, 6ème et 18ème corps mais l’épuisement de la campagne se fit sentir dans les rangs nordistes. Premièrement, les hommes étaient fatigués physiquement si bien que cette marche de nuit ne put se faire avec la vitesse nécessaire. Deuxièmement, ils étaient épuisés mentalement, ce qui causa un manque de concentration qui leur fit prendre la mauvaise route et donc gaspiller du temps. Quoiqu’il en soit, aux premières lueurs du jour, seuls les éléments de tête du 2ème corps se trouvaient à Cold Harbor. Dans un premier temps, Grant décida donc de reculer l’heure de l’attaque à 17 heure avant de finalement la postposer au lendemain.[173]

Le délai ainsi offert aux sudistes allait s’avérer très couteux pour les fédéraux. Premièrement, cela permit à Lee d’achever le déplacement de ses dernières unités – Breckinridge et les deux divisions de Hill – le long de sa ligne défensive. Deuxièmement, il lança de petites attaques ciblées afin de s’emparer de positions défensives naturelles afin de renforcer ses défenses. Breckinridge s’empara de Turkey Hill sur la droite et la dernière division de Hill avança sur la Old Church Road au nord de Bethesda Church sur la gauche. Enfin, probablement le point le plus important, tout au long de la journée, les sudistes s’attelèrent à renforcer leurs fortifications sur l’ensemble de la ligne.[174]
Alors que côté sudiste Lee était satisfait à juste titre de sa préparation pour la probable bataille du lendemain, Grant n’avait lui aucune raison valable de l’être. Premièrement les délais rencontré dans la planification de son attaque depuis la veille aurait dû l’alerter sur l’opportunité de renforcement des fortifications par son adversaire qui lui avait déjà fait le coup plus d’une fois au cours de cette campagne. Deuxièmement, bien que ses hommes avaient pu se reposer un peu, ils n’étaient pour la plupart pas encore remis physiquement et moralement du mois qui venait de s’écouler. Un élément révélateur de cet état d’esprit se déroula dans de nombreuses unités. Les hommes écrivirent leur noms sur de petits papiers qu’ils cousirent sur leurs uniformes afin que leurs cadavres puissent être identifiés. Contrairement à ce que Grant pensait, le moral des hommes de l’Armée du Potomac n’était pas bon et certainement pas supérieur à celui des confédérés. Enfin, la préparation tactique de l’assaut fut, à l’exception de l’heure de déclenchement, inexistante, les différents commandants de corps ayant reçu une totale latitude à ce niveau et ce sans aucune coordination entre eux.[175]

Le 3 juin à l’aube, les trois corps fédéraux montèrent à l’assaut des fortifications sudistes. Derrière celles-ci, les confédérés étaient prêts et le firent très vite sentir à leurs ennemis. Dès les premiers instants de l’attaque, un feu nourri de canons et de mousquets s’abattit sur les fantassins nordistes, les taillant en pièces et mettant une halte rapide à leur avance sur la quasi intégralité de la ligne avant qu’ils ne se replient sur leurs positions initiales. Dans l’ensemble, l’attaque ne dura pas plus d’une heure. Seul succès mineur, Barlow effectua une petite percée dans les lignes de Breckinridge avant que Hill ne l’en évacue avec l’aide de la réserve.
Une fois informé que l’attaque avait été repoussée, Grant ordonna son renouvellement à plusieurs reprises mais sans succès, si bien qu’en début d’après-midi, il se résolu à annuler l’offensive. Plusieurs raisons expliquent l’impossibilité pour les fédéraux de remonter à l’attaque. Premièrement, les commandants de corps refusèrent d’avancer tant qu’ils n’avaient pas l’assurance de voir leur flancs être sécurisés et se renvoyèrent la balle. Deuxièmement, après le choc du premier assaut, les soldats fédéraux n’étaient pas enclin à avancer n’importe comment et préférèrent éviter les tirs le plus possible tout en eux-mêmes n’ouvrant le feu que de loin. Les artilleurs des deux camps passèrent également l’avant midi à s’échanger des politesses sans grand résultat. Au final les fédéraux perdirent environ 7000 hommes, la grande majorité dans l’attaque initiale, contre un maximum de 1500 pour les confédérés.[176] Grant déclara plus tard, qu’il ne regretta aucune attaque plus que celle de ce 3 juin 1864.

Figure 89: Positions des deux armées le 3 juin 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Cold Harbor, Actions June 3, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Après le choc de Cold Harbor, les deux camps campèrent sur leurs positions durant plusieurs jours. Côté sudiste, Lee était satisfait de sa ligne défensive et en ayant prouvé la solidité n’avait aucune raison de la quitter. De l’autre côté, Grant faisait face à un dilemme. D’une part, il ne pouvait tenter une autre attaque contre les fortifications sudistes, et ce pour trois raisons. La première était presque évidente, il venait d’y subir un cuisant échec et rien ne pouvait laisser penser qu’une même attaque se solderait par un résultat différent.
La seconde, malgré les lourdes pertes subies par l’Armée du Potomac depuis le début de la campagne, n’avait pas encore été un facteur et apparu au lendemain de l’échec de Cold Harbor. Depuis la Wilderness, les fédéraux avaient perdu approximativement deux fois plus d’hommes que les sudistes dans une série d’attaque contre des positions défensives. Mais à Cold Harbor, ce ratio devint très lourd pour les nordistes qui perdirent environ cinq fois plus d’hommes que leurs adversaires. Or, bien que l’Union disposait d’un réservoir d’hommes pouvant être appelé sous les drapeaux, cet avantage connaissant un ralentissement durant cette phase de la guerre, tous les renforts disponibles, c’est-à-dire ceux entrainés et prêts au combat, avaient été envoyés aux différentes armées nordistes, si bien qu’aucune autre troupe ne serait prête avant plusieurs mois et donc que chaque homme perdu par Grant ne serait tout simplement pas remplacé. La conséquence était claire, le commandant nordiste ne pouvait plus espérer lancer des attaques aussi couteuses tout en étant certain de maintenir sa supériorité numérique.[177]
Enfin, la troisième raison tenait à l’état psychologique des hommes de l’Armée du Potomac. Comme le montra l’attaque de Cold Harbor, et surtout la soudaineté avec laquelle elle arriva à son terme, les soldats fédéraux refusant de poursuivre le carnage. Les nordistes n’étaient plus enclin à accepter des attaques suicidaires basées sur soit des tactiques inappropriées à la nouvelle forme de guerre qui faisait son apparition en Virginie soit à l’incompétence des officiers supérieurs comme cela avait souvent été le cas depuis le début de la campagne.[178]
D’autre part, Grant, coincé entre la Chickahominy et la Totopotomoy ne pouvait pas non plus se permettre d’effectuer un déplacement rapide sur une courte distance car cela ne ferait que déplacer le problème. Là où il se trouvait, les rivières l’empêchaient de prendre de flanc les confédérés en ralentissant toute manœuvre nordiste  . Or même s’il franchissait la Chickahominy, Grant serait de nouveau bloqué de la même manière par la James.[179]

Enfin, Grant ne pouvait pas opter pour une troisième solution, ne  pas bouger et assiéger les sudistes car d’où ils se trouvaient, les fédéraux ne pouvaient pas couper les approvisionnements de Richmond et de l’Armée de Virginie du Nord puisque les deux artères ferroviaires alimentant les sudistes étaient toujours ouvertes et les échecs rencontrés par les forces de Butler dans la Péninsule et de Hunter dans la vallée de la Shenandoah ne laissaient entrevoir aucune ouverture de ce côté pour couper ces voies ferrées et isoler la ville.

Grant dût donc se résoudre à opter pour la deuxième solution mais sur une distance plus grande. Il ne s’agissait donc pas d’un replacement tactique mais bien d’une nouvelle manœuvre stratégique sur la droite confédérée. Le plan de Grant prévoyait de faire traverser la Chickahominy puis la James afin d’incorporer les forces de Butler et de prendre le nœud ferroviaire de Petersburg, coupant la voie d’approvisionnement sud de Richmond en plus de progresser vers le nord pour couper l’approvisionnement par la James et la Richmond and Danville Railroad. Trois chemin de fer se rejoignait à Petersburg avant de continuer vers la capitale confédérée, la Lynchburg and Petersburg Railroad, la Weldon and Petersburg Railroad et la Norfolk and Petersburg Railroad. Dans le même temps les cavaliers de Sheridan partiraient eux pour le nord-ouest afin d’aller couper la Virginia Central Railroad sur plusieurs kilomètres en direction de Gordonsville et de rejoindre Hunter, qui avait repris la marche dans la vallée de la Shenandoah, quelque part près de Charlottesville pour l’aider à la conquérir pour de bon.[180] Ce nouveau raid confié à Sheridan avait également pour objectif de réaliser une diversion qui attirerait sans doute une grande partie de la cavalerie confédérée et priverait Lee d’une source de renseignements majeure sur les mouvement de l’infanterie fédérale.[181]
Avec ce plan, en coupant toutes les voies de ravitaillements de la cité, Grant espérait amener Lee dans une situation où trois choix s’offriraient à lui. Abandonner la capitale sudiste aux fédéraux car devenue indéfendable, y être assiéger et lentement mais surement voir ses forces s’affamer au point de ne plus pouvoir combattre et être contraint à la reddition ou attaquer les forces nordistes qui disposeraient au minimum de la supériorité numérique si elles n’avaient pas déjà eu le temps d’établir des fortifications de campagne qui augmenteraient considérablement leurs chances de victoire. En d’autres termes, accorder à Grant la bataille en terrain ouvert qu’il cherchait depuis le franchissement de la Rapidan un mois pus tôt.[182] D’une certain manière, cette nouvelle manœuvre marqua un changement dans l’approche stratégique de Grant. Plutôt que de s’en prendre directement à l’armée ennemie, il comptait s’en prendre à ses approvisionnements afin de l’affaiblir puisqu’elle restait trop forte pour être détruite de façon directe.[183]

Le 5 juin, Grant donna ses ordres à Sheridan.[184] Le même jour, il informa Meade de la suite des opérations et lui fit établir une ligne défensive, derrière celle alors tenue par les forces fédérales afin de couvrir la manœuvre à venir et la protéger contre une attaque sudiste. Enfin, il envoya l’un de ses aides de camps, Horace Porter, porter un message à Butler afin de l’informer et de lui donner ses instructions alors qu’un deuxième, Cyrus Comstock, fut chargé de trouver l’endroit où établir un ponton sur la James.[185] Le 27 mai, Grant avait fait prévenir le commandant de sa brigade d’ingénieur, le général Henry Washington Benham, qui se trouvait à Washington, de déplacer ses troupes et ses ponton à Fort Monroe.[186]
Grant avait donc prit sa décision, il lui restait maintenant à en préparer les détails organisationnels. Le commandant nordiste était bien conscient qu’un risque majeur se dressait sur son chemin, la traversée d’une rivière en faisant face à un ennemi n’était jamais une chose aisée mais cette fois il devait le faire deux fois dont l’une, la James, était très large et donc plus risquée. Grant devait dès lors minutieusement préparer son plan pour ne pas perdre de temps. Il lui fallait être hors de portée de Lee avant que celui-ci n’attaque les fédéraux en pleine manœuvre et ne saisissent l’opportunité de les frapper corps après corps voire peut-être de détruire l’Armée du Potomac. En d’autres termes, Grant devait « voler une marche » à Lee, ce qu’il avait échoué à faire à quatre reprises depuis le début de la campagne.[187]

Mais des craintes apparurent à Washington vis-à-vis de ce plan, particulièrement en la personne de Halleck qui estima dangereux de manœuvrer de façon à ne laisser aucune force entre Lee et la capitale fédérale car cela risquerait d’ouvrir la porte à une action sudiste dans cette direction, surtout alors que Grant avait fortement réduit la garnison de la ville. Mais le commandant nordiste s’empressa de dissiper ces craintes en faisant savoir qu’il mettrait une pression suffisante sur l’Armée de Virginie du Nord pour que Lee ne puisse se passer d’aucune de ses troupes. Cependant, les évènements allaient très vite donner tort à Grant. Le 6 juin, Lee fut informé de la victoire de Hunter à la bataille de Piedmont dans la vallée de la Shenandoah. Comprenant très vite que la défaite des forces sudistes laissait planer une grande menace sur ses approvisionnements, Lee fut contraint de renvoyer les deux brigades de Breckinridge dans la région afin d’y contenir l’avancée fédérale avant qu’elle n’atteigne Lynchburg, l’autre nœud routier majeur de Virginie par lequel passait la Orange and Alexandria Railroad avant de croiser la Virginia Central Railroad à Gordonsville, la Lynchburg and Petersburg Railroad, la Virginia and Tennessee Railroad et la James. Ainsi, le 7 juin à l’aube, Breckinridge se mit en marche, bien déterminé à une fois encore infliger un cinglant revers aux nordistes.[188]

Le même jour, Sheridan, qui avait rassemblé les divisions de Torbert et Gregg, environ 8000 hommes, à New Castle Ferry pour y traverser la Panunkey, se mit en route pour la vallée avec pour premier objectif la Virginia Central Railroad. Sans tarder, Lee fut informé du départ de Sheridan et en comprit le but, aussi il se résolu à lancer Hampton et l’ensemble de ses cavaliers, environ 5000 hommes, à la poursuite dès le 9 juin afin d’empêcher les cavaliers nordistes d’atteindre la vallée.[189]
Les hommes des deux camps progressèrent parallèlement les uns des autres. Le 8 juin, Sheridan avait atteint Pole Cat Station. Au soir du 9, il se trouvait à environ 10 kilomètres au nord-ouest de Chilesburg alors que Hampton était Frederick’s Hall Station. Le même jour, toujours dans le but de préparer le mouvement de son armée, Grant fit aussi déplacer sa base d’approvisionnement depuis White House jusqu’à City Point, sur la rive sud de la James.

Le 10 juin au soir, ayant correctement deviné où Sheridan entendait frapper la Virginia Central Railroad, Hampton occupait une ligne défensive entre Louisa Court House où se trouvait la division de Fitzhugh Lee et Trevilian Station où se trouvait sa propre division alors que les fédéraux se trouvaient eux à Clayton’s Store. Le choix de la région de Trevilian Station était relativement logique pour Sheridan qui au cours de sa progression usa le plus longtemps possible de la North Anna pour protéger son flanc gauche avant de fondre sur la voie ferrée confédérée, quelque part entre Gordonsville et Louisa Court House, une fois que ses forces auraient dépassé l’amont de la rivière. De l’autre côté, Hampton usa de la même rivière pour couvrir son flanc droit en progressant le long de la ligne de chemin de fer tout en profitant des lignes intérieures pour devancer son adversaire dans la zone qu’il supposait être la cible des fédéraux. Les cavaliers sudistes profitèrent également du fait qu’ils étaient plus légers que leurs adversaires pour se déplacer d’autant plus vite.[190]

Le 11 juin, les cavaliers des deux camps engagèrent un combat qui tourna très vite en une mêlée confuse au terme de laquelle les deux divisions sudistes furent séparées et repoussées près de leurs points de départ avec Sheridan entre les deux. Au matin du 12, Fitzhugh Lee contourna les lignes fédérales pour faire sa jonction avec Hampton, comprenant que les fédéraux allaient chercher à pousser vers Gordonsville pour tenter d’ouvrir la voie vers la vallée de la Shenandoah. Plusieurs attaques contre les positions sudistes furent repoussées au cours de la journée et finalement, après avoir détruit le peu qu’il pouvait de voie ferrée, Sheridan avoua son échec et décida de rejoindre l’Armée de Potomac qu’il atteignit 9 jours plus tard après avoir suivi la même route qu’à l’aller. Ce faisant, Sheridan abandonna par la même occasion sa mission de rejoindre Hunter dans sa quête de Lynchburg. Lors de la bataille de Trevilian Station, l’engagement de cavalerie le plus meurtrier de la guerre, les nordistes perdirent environ 1500 hommes contre près de 1000 pour les sudistes qui avait réussi à prévenir une grosse menace contre les forces confédérées défendant la vallée.[191]

Figure 90: La deuxième campagne de cavalerie de Sheridan en Virginie

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Source: JESPEREN Hal, Sheridan’s Raid to Trevilian Station, Movements June 7-10, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

La nouvelle de la défaite de Sheridan et de l’abandon de son plan de rejoindre Hunter ne fut qu’un demi soulagement pour Lee qui venait de recevoir un autre rapport venant de la vallée, celle là beaucoup moins favorable aux sudistes. Hunter avait tout de même reçu du renfort, les troupes de Averell et Crook jusqu’alors présentes en Virginie Occidentale, de l’autre côté des Allegheny Mountains pour y combattre la guérilla pro-sudiste. Le résultat de cet ajout de force amena Hunter à commander environ 20 000 hommes, soit bien plus que la maigre force de Breckinridge de plus ou moins 3000 hommes qui lui barraient le chemin près de Charlottesville.[192] Lee fut donc contraint de préparer le départ d’une partie conséquente de ses propres forces afin de prévenir cette nouvelle menace contre sa ligne d’approvisionnement. Ainsi, ce fut vers l’ancien corps de Jackson, celui même qui avait déjà été le héros de la première campagne de la vallée de la Shenandoah que Lee tourna son regard et décida donc d’envoyer Early dans la région pour contrer Hunter. Lee entrevit même là une possibilité de mettre un coup d’arrêt à la campagne de Grant contre Richmond en le forçant à revenir vers le Nord pour défendre Washington ainsi menacée par une invasion depuis la vallée qui à deux reprises avait déjà servi de voie d’invasion du Nord par le commandant sudiste. Et même si toutes les forces de Grant n’étaient pas rappelées vers le Nord, Lee estimait qu’il serait en mesure de faire face à celles restantes pour les forcer à se retirer des abords de la capitale. Sa décision prise, le 12 juin, il donna ses instructions à Early qui devait partir dès le lendemain.[193] Lee était bien conscient que se séparer de l’un de ses trois corps réduisait considérablement ses forces et le plaçait dans une situation précaire, et ce alors que des rumeurs d’un nouveau déplacement de l’Armée du Potomac se faisaient entendre, mais c’était un risque nécessaire à prendre.

Ces rumeurs n’étaient pas infondées, loin de là. Le même jour, le 18ème corps de Smith fut le premier à quitter les lignes fédérales et embarqua à White House pour rejoindre Bermuda Hundred en bateau. Dans le même temps, les cavaliers de Wilson prirent position à Long Bridge sur la Chickahominy, où ils établirent un rapide ponton pour remplacer le pont détruit, et ouvrir la route au 5ème corps de Warren qui progressa jusqu’à Riddell’s Shop pour y établir une position défensive afin de protéger le flanc des autres forces fédérales et amener Lee à croire que l’Armée du Potomac se déplaçait entre la Chickahominy et la James, pas au delà. Le 9ème corps pour sa part se mit en direction de White House puis obliqua vers le sud pour se rapprocher de la Chickahominy. Enfin, les 2ème et 6ème corps se retirèrent eux vers la nouvelle ligne défensive que Meade avait fait préparer.
De l’autre côté, le soir, les confédérés ouvrirent leur habituel feu d’artillerie contre les positions fédérales afin de s’assurer que les nordistes n’avaient pas bougé. Cependant, cette fois la réponse fut moins appuyée que d’habitude ce qui mit la puce à l’oreille du commandant sudiste.[194]

Le 13 au matin, alors que Early prit la route de vallée, Lee envoya des tirailleurs de ses deux autres corps reconnaitre les positions fédérales et s’aperçu très vite qu’ils n’y étaient plus. Pensant, comme le voulait Grant, que l’Armée du Potomac se replaçait au sud de la Chickahominy, Lee fit traverser la rivière à ses hommes et les envoya vers Riddell’s Shop.
Pendant ce temps, les fédéraux continuèrent leur avance vers la James. Le 2ème corps traversa lui aussi à Long Bridge avant de passer dans le dos du 5ème corps et atteignit la James à Wilcox’s Landing alors que les 6ème et 9ème corps en firent de même à Jones Bridge, plus à l’est, avant de marcher vers Charles City Court House.

Le 14, Lee ordonna à ses forces de continuer vers Riddell’s Shop mais ils n’y trouvèrent personne. Warren était parti et Lee ne connaissait pas la position des forces fédérales. Privé de sa cavalerie – à l’exception des deux brigades de W.H.F. Lee – qui venait à peine de se remettre en route après Trevilian Station, Lee manquait cruellement de renseignements. A ce moment deux options se présentaient à lui, rester entre la Chickahominy et la James pour protéger Richmond où se diriger en vitesse vers Petersburg pour défendre le carrefour ferroviaire dans le cas ou Grant serait en train de franchir le fleuve. Mais ne sachant pas où se trouvaient les forces fédérales, Lee était contraint d’attendre qu’ils réapparaissent. Il positionna donc une ligne défensive entre Glendale et Malvern Hill d’où il pouvait défendre Richmond et Drewry’s Bluff dans le cas où il devrait traverser la James en urgence pour venir aider Beauregard alors que l’Armée du Potomac attaquerait.
De leur côté, les nordistes ne perdaient pas de temps. Le 2ème corps commença à franchir la James par transport à Wilcox’s Landing alors que d’autres attendaient la fin de la construction du ponton établit en aval de City Point.[195] Le même jour, Smith arriva à bermuda Hundred.[196]

Le 15, le 2ème corps était intégralement sur la rive sud et le train d’approvisionnement ainsi que le 9ème corps passèrent le ponton. Sans perdre de temps, Hancock se mit, avec le 18ème corps et les cavaliers du général August Valentine Kautz de l’Armée de la James, en marche vers Petersburg. Smith emmena ses hommes vers Point of Rocks avant de leur faire traverser la James sur un ponton pour avancer vers la ville par le Nord pendant que Hancock arrivait lui de l’est depuis son point d’accostage sur la rive sud du fleuve. Mais les deux corps connurent des délais qui eurent pour conséquence que les premières forces à avancer vers la ville, le corps de Smith avec Hancock quelques kilomètres derrière lui, ne le firent qu’à partir de 19 heure. Très vite, la ligne sudiste – appelée la Dimmock Line du nom de son constructeur – puissamment fortifiée mais peu défendue par les 2 200 hommes du général Henry Alexander Wise, fut rapidement prise par les fédéraux, les confédérés se repliant derrière la Harrison’s Creek. Mais plutôt que de pousser pour prendre la ville qui était à portée de main, les nordistes hésitèrent et la nuit tombant, la rumeur de renforts sudistes enflant et pensant la bataille déjà gagnée puisque les fortifications étaient prises, décidèrent d’en rester là. Sans encore le savoir, les fédéraux venaient là de perdre l’opportunité de prendre Petersburg sans plus de combat. Beauregard usa de ce répit pour commencer la construction d’une nouvelle ligne défensive et, dans la nuit, Lee se prépara à faire mettre en marche des renforts. Premièrement, il renvoya la division de Hoke rejoindre Beauregard. Enfin, il se prépara à dépêcher la division de Pickett, suivie de celle de Field, qui en chemin furent cependant redirigées vers la Howlett Line, la ligne défensive se trouvant face aux forces de Butler dans la petite péninsule de Bermuda Hundred que Beauregard avait fait évacuer afin de redéployer les troupes du général Bushrod Rust Johnson sur les défenses de Petersburg.[197]

Le 16 juin, Hill tint seul la ligne sudiste à l’est de Richmond avec la dernière division de Anderson pendant que les autres se dirigeaient vers le sud. Dans le même temps, les fédéraux de Burnside et Warren avançaient vers Petersburg, les forces de Wright étaient pour la plupart en route vers Bermuda Hundred et le reste derrière Warren vers Petersburg. En effet, le matin, l’une des divisions du 6ème corps traversa sur le ponton alors que les deux autres embarquèrent dans des transports à Wilcox’s Landing pour rejoindre directement Bermuda Hundred après que le 5ème corps eut franchit la rivière avec ces mêmes transports. Mais ne disposant pas de ces informations et Beauregard incapable de les lui fournir, Lee, ne sachant toujours pas sur quelle rive de la James se trouvait le gros de l’Armée du Potomac, ne pouvait pas encore prendre le risque de faire faire mouvement à Hill. Les fédéraux ne poussèrent pas plus vers Petersburg ce jour-là mais pour le lendemain, la menace sur Beauregard qui, en regroupant toutes ses forces plus quelques unes venues de la garnison de Richmond, comptait environ 14 000 hommes face aux quelques 80 000 de Grant, devenait presque insoutenable. Comme la veille, ce fut d’une part la désorganisation et d’autre part la crainte de voir les forces sudistes leur tomber dessus alors que toutes les forces n’étaient pas encore réunies qui retint les fédéraux, les empêchant de saisir la ville qui leur tendait pourtant les bras.[198]

Figure 91: Mouvements de Cold Harbor à Petersburg

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Eastern Virginia, 1864, Movements to the James River, 12-16 june 1864, West Point: Department of History.

Mais finalement, le 17, les nordistes ne montèrent toujours pas à l’assaut avec détermination. Warren avança mais alors qu’il aurait pu flanquer la droite de Beauregard, dont il ignorait la position, se contenta de repousser des tirailleurs qui harcelaient sa ligne. Burnside avança lui aussi timidement au centre mais fut repoussé alors que Hancock, dont le corps était sous le commandement de Birney en raison de la réouverture de sa blessure de Gettysburg, resta inactif. Dans le même temps, Butler avait profité du retrait des confédérés de la Howlett Line pour l’occuper et avancer jusqu’à Port Walthall Junction mais très vite, Pickett et Field  repoussèrent les nordistes et reprirent la ligne sans que les forces de Wright, qui débarquaient seulement, ne puissent rien y faire. A la tombée de la nuit, Burnside et Birney firent une nouvelle tentative contre le centre de la ligne sudiste de Petersburg et après un premier succès qui leur permit de s’emparer d’une partie des fortifications, furent stoppés bien que pas repoussés et la nuit tombante, Meade mit un terme à l’offensive.[199] Durant la nuit, Beauregard se replia sur sa nouvelle ligne défensive enfin terminée et informa Lee que l’ensemble de l’Armée du Potomac était sur la rive sud de la James. Enfin sûr de l’objectif de son adversaire, Lee ne perdit pas de temps et donna des instructions pour déplacer l’ensemble de ses forces vers Petersburg, à l’exception d’une division, celle de Pickett, qu’il maintint sur la Howlett Line face à Butler.[200]
Le même jour, après avoir parfaitement accompli leur mission qui était de fournir un écran impénétrable pour masquer aux sudistes les opérations fédérales, les cavaliers de Wilson traversèrent eux aussi via la ponton que les ingénieurs fédéraux démontèrent dès le lendemain.

Le 18, Meade fit, tôt au matin, avancer ses hommes vers la Dimmock Line qu’ils trouvèrent abandonnée. Poursuivant leur progression après s’être réorganisé, les fédéraux trouvèrent la nouvelle ligne défensive de Beauregard et l’attaquèrent en début d’après-midi seulement pour être accueillis et repoussés sèchement par les forces de Anderson tout juste arrivées sur place alors que Hill n’arriverait lui qu’à la tombée de la nuit. Devant ce qui commençait à ressembler à un nouveau Cold Harbor, les soldats fédéraux se montrèrent très vite retissant à remonter à l’attaque. Seul un régiment de recrues du Maine obéit aux ordres et attaqua pour seulement être taillé en pièce par les défenseurs. Conscient de l’état des troupes, physiquement et moralement, et de l’échec de leur tentative de prendre Lee de vitesse à Petersburg, Meade et Grant arrivèrent à la conclusion qu’il fallait se résoudre à établir le siège et laisser les troupes se reposer et se réorganiser. Mais Richmond n’était pas encore coupée de tout, les fédéraux allaient encore devoir travailler dur avant de mettre la ville et l’Armée de Virginie du Nord à genoux.[201]

Figure 92: Actions du 18 juin 1864 contre les défenses confédérée de Petersburg

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Eastern Virginia, 1864, Siege of Petersburg, federal attacks, 18 June 1864, West Point: Department of History.

Tôt dans la campagne, après avoir compris que Grant n’était pas du même acabit que ses précédents adversaires et ne repasserait pas la Rapidan à moins d’y être amené par la force, Lee s’était entretenu avec Early et lui avait annoncé que si l’Armée du Potomac atteignait la James, la confrontation entre les deux armées tournerait immanquablement en un siège, les nordistes se retrouvant aux abords de Richmond avec la possibilité d’en couper les approvisionnements alors que les sudistes seraient eux contraints de défendre la ville, la capitale de la Confédération ne pouvant être abandonnée pour des raisons politiques et symboliques. Et avec cette nouvelle manœuvre de l’armée fédérale, c’était bien là que la situation en était arrivée. Pour la première fois depuis le début mai, Grant avait été capable de prendre Lee de vitesse après avoir échoué à le faire à quatre reprises, le commandant sudiste ayant à chaque fois deviné et contré les plans nordistes. Mais cette fois, Lee ne put rien faire, privé d’une trop grande partie de sa cavalerie, il fut incapable de deviner les intentions de son adversaire et prit entre la défense de deux cibles potentielles de part et d’autres de la zone, Richmond et Petersburg, il ne put prendre le moindre risque sans être sûr de l’objectif de Grant, ce qui explique pourquoi il a mit tant de temps avant de franchir la James, arrivant juste à temps pour sauver la situation mais bien trop tard pour exploiter toute possibilité de frapper l’Armée du Potomac en pleine manœuvre alors qu’elle devait traverser deux rivières de taille importantes. Et justement c’est probablement là que se trouvait la pièce maitresse du plan de Grant. En envoyant Sheridan dans un raid contre la Virginia Central Railroad, il s’assura que Lee serait contraint de se passer d’une grande partie de sa cavalerie et bien que les cavaliers nordistes furent vaincus et repoussés sans pouvoir détruire sensiblement la voie ferrée ni rejoindre la vallée, l’objectif le plus important de ce raid fut donc atteint.[202] Pour le reste, les cavaliers de Wilson assurèrent parfaitement l’écran que ceux W.H.F. Lee, trop peu nombreux, ne purent percer. Cependant, alors que la première partie de son plan, amener ses forces sur la rive sud de la James, se déroula à la perfection comme il l’avait déjà fait dans sa campagne contre Vicksburg, entre autre grâce à la performance des troupes du génie fédéral, la seconde, foncer sur Petersburg et en prendre le contrôle, ne se passa aussi bien. Grant, peut-être trop sûr de lui et de la qualité de ses subalternes, se mit en rentrait et laissa le commandement des opérations à ces derniers qui ne furent pas capables de saisir Petersburg alors que la ville était à peine défendue, en tout cas par trop peu de forces pour pouvoir être tenue, parce qu’ils perdirent trop de temps et furent trop prudents au moment crucial, sans doute échaudés et épuisés par l’horreur des batailles livrées lors du mois et demi écoulé, particulièrement celles du Bloody Angle de Cold Harbor. La conséquence de cela fut de laisser du temps à Lee, en profitant des lignes intérieures, pour amener in extremis l’ensemble de ses forces à Petersburg pour défendre la ville et surtout les lignes d’approvisionnements de la ville et de l’Armée de Virginie du Nord. Avec la décision de Grant, le 18 juin, d’établir le siège de la ville, prit fin la campagne de l’Overland et commença celle que nous nommerons de l’Appomattox, la dernière du théâtre de Virginie.

La campagne de l’Overland apporta plusieurs enseignements, aussi bien sur le déroulement du conflit que sur l’évolution de l’art de la guerre en général. Les combats incessants que se livrèrent les deux armées marquèrent de façon claire la transition entre les tactiques des guerres napoléoniennes vers celles qui seront amenées à leur paroxysme avec la Première Guerre Mondiale, pour la première fois ces changements devenaient indéniables. Parmi ceux-ci, notons l’occurrence de combats quasi permanents, les belligérants ne se séparant que brièvement pour recommencer un peu plus loin avec la conséquence de toucher durement le moral et même la santé psychologique des hommes, cela marqua la fin de l’idée de la bataille décisive. Notons également le recours systématique aux fortifications de campagne afin de se protéger de la puissance de feu de l’adversaire et augmenter ses propres défenses avec pour conséquence d’ouvrir l’ère des guerres de tranchées avec ses bombardements, ses tireurs d’élite, ses conditions de vie difficiles, son no man’s land, ses assauts meurtriers, ses nouvelles tactiques et technologies et finalement son immobilisme.[203]
Pour ce qui relève de l’évolution du cours de la guerre elle même, cette campagne permit, certes avec un coût très élevé, à Grant de s’imposer stratégiquement en conquérant l’espace entre la Rapidan et Richmond – près de 130 kilomètres -, espace qui, entrecoupé de nombreuses rivières coulant d’ouest en est et de régions fortifiées, favorisait la défense. En un mois et demi, Grant s’assura donc de ne plus avoir à batailler pour franchir ces écueils et donc priver la Confédération d’une solide zone tampon, réalisant là l’une des plus importantes conquête territoriale stratégique de la guerre, et immobilisant pour de bon l’Armée de Virginie du Nord qui, à maintes reprises fit trembler l’Union même s’il le fit sans pour autant être capable de la défaire tactiquement, toutes les batailles ayant finit en une impasse favorable aux sudistes.[204] Lors de sa campagne de la Péninsule, l’usage de la prépondérance navale de l’Union avait permit à McClellan de réaliser la même progression que Grant mais sans avoir eu à livrer autant de combats acharnés. Cependant, l’apport de la lutte incessante que les deux armées se livrèrent en ce printemps 1864 se révèlera déterminant pour la suite des hostilités. Lorsqu’il arriva devant Richmond, McClellan faisait face à une force en pleine possession de ses moyens et qui le repoussa sans peine jusqu’à son point de départ. Grant devant les portes de la même ville fit lui face à une armée épuisée et plus à même de l’attaquer, devant se résoudre à une position défensive qui devait inéluctablement l’amener à sa destruction. La différence entre les deux réside donc dans la violence des combats livrés pour en arriver là, une violence nécessaire d’un point de vue stratégique.
Cette progression se fit donc au prix de très lourdes pertes. Alors qu’elle avait commencé la campagne avec quelques 120 000 hommes, l’Armée du Potomac la termina avec approximativement 85 000. Cependant, l’impact fut plus lourd encore qu’il n’y parait car de nombreuses recrues furent incorporées pour combler les pertes. Au total ce furent 65 000 hommes qui furent tués, blessés, capturés ou portés disparus, plus de la moitié des effectifs de départ, soit l’équivalent des trois cinquièmes des pertes encourues par l’Armée du Potomac entre le début de la guerre et le déclenchement de cette campagne, faisant de celle-ci la plus terrible de la guerre.[205] Bien entendu, cela eut des conséquences. Premièrement, l’Armée du Potomac en était fortement désorganisée car les pertes touchaient autant les hommes de troupes que les officiers, les vétérans que les recrues. De plus, nous l’avons déjà mentionné, l’état psychologique des survivants était fortement atteint, à tel point que les ingénieurs qui accueillirent les fantassins nordistes sur le ponton de la James furent frappés de voir leur état de désaffection, aussi bien physique que moral, aussi bien individuel que collectif. L’Armée du Potomac qui s’enterra à Petersburg n’était plus la force combattante qui était entrée dans la Wilderness un mois plus tôt. Désorganisée et démoralisée, elle n’était plus apte au combat. Rien d’étonnant à ce qu’à la fin elle n’ait plus été capable de continuer le combat, les hommes refusant même à deux reprises de monter à l’attaque contre les fortifications sans que leurs officiers ne puissent rien y faire. Au final, même Grant, pourtant déterminé à se battre sans relâche, du se rendre à l’évidence et accepter de stabiliser le front en attendant une ouverture.[206] Enfin, relayés par la presse, ces chiffres eurent un gros impact au Nord, de nombreuses voix s’élevant contre Grant, jugeant sa stratégie bien trop meurtrière et l’accusant de mener une guerre d’attrition au mépris de la vie de ses hommes.[207] Pourtant, rien n’est moins vrai. Tout au long de la campagne, Grant chercha à affronter Lee en terrain découvert afin de pouvoir user de sa supériorité numérique pour écraser l’armée confédérée, la détruire une bonne fois pour toute. Certes pour en arriver là il était prêt, plus que ses prédécesseurs, à accepter de lourdes pertes, mais à aucun moment il n’avait été dans ses intentions de mener une telle stratégie. C’est en fait Lee qui l’y contraignit en devançant chacune de ses manœuvres et en établissant de solides fortifications en travers du chemin des fédéraux, les bloquant et les obligeant systématiquement à l’attaquer.[208] Ce faisant, Lee parvint à tenir en respect une force deux fois supérieure à la sienne et mettre en place cette fameuse stratégie d’usure qu’il cherchait dans l’espoir d’influer sur l’élection présidentielle à venir. Car le Sud, désormais trop faible pour pouvoir espérer gagner la guerre par les armes, en était venu à espérer une paix négociée à la suite de l’élection d’un gouvernement nordiste favorable à la paix. Mais pour ce faire, il lui fallait compter sur les troupes qu’il lui restait. Car Lee ne pouvait plus compter sur l’arrivée de troupes fraiches. Une stratégie défensive était donc toute indiquée pour infliger de lourdes et, en apparence, inutiles pertes aux fédéraux tout en en subissant le moins possible. En cela, Lee réussit son coup mais pas comme il l’aurait espéré. Premièrement, ses pertes furent tout de même très lourdes, 35 000 hommes environ, un peu plus de la moitié de ce dont il disposait sur la Rapidan avec les mêmes conséquences que pour les fédéraux.[209] Deuxièmement, il dut, tout au long de la campagne accepter de perdre du terrain dont l’importance stratégique pour la Confédération a déjà été présentée, si bien qu’il ne pouvait désormais plus reculer et ne pouvait plus espérer repousser son adversaire. Pour le Sud, la situation devenait donc désespérée mais la guerre était encore loin d’être finie, les confédérés pouvant encore se battre pour repousser l’inévitable échéance.

Figure 93: Campagne de l’Overland

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Source: JESPEREN Hal, Grant’s Overland Campaign, May-June 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

[1] FOOTE Shelby, The Civil War: A Narative Volume III: Red River to Appomattox, New York: Random House, 1974, pp. 11-12.

[2] Idem, page 12.

[3] Idem, pages 13-14. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 141. ; Selon certain théoricien tel que James S. Schneider, Cela marqua l’exemple type de l’apparition de l’art opérationnel.

[4] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 792.

[5] Shelby FOOTE, op.cit., page 13.

[6] Idem, pages 18-19.

[7] Idem, page 19.

[8] Idem, pages 16-17.

[9] James McPHERSON, op.cit., page 792. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 15.

[10] Idem, page 17.

[11] FREDRIKSEN John C., Civil War Almanac, New York: Checkmark Books, 2008,  pp. 404-458.

[12] Shelby FOOTE, op.cit., pages 14-15.

[13] KING Curtis S., ROBERTSON William G., CLAY Steven E., Staff Ride Handbook for the Overland Campaign, Virginia, 4 May to 15 June 1864: A Study in Operational-Level Command, Second Edition, Combat Studies Institute Press: Fort Leavenworth, 2009, p. 42. ; HOGAN David W. Jr., The Overland Campaign. Washington, DC: United States Army Center of Military History, 2014, p 9.

[14]John KEEGAN, op.cit., page 252. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 42-43. ; Meade présenta à Grant sa démission de la tête de l’Armée du Potomac, estimant que celui-ci préfèrerait  nommer l’un de ses proches du théâtre de l’Ouest à ce poste, mais d’une part pour ne pas trop chambouler les hommes de cette armée et d’autres part parce qu’il fut impressionné par l’attitude de Meade, Grant choisit de le maintenir à son poste.

[15]Shelby FOOTE, op.cit., page 133.

[16]Shelby FOOTE, op.cit., pages 133-134. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 47. ; David HOGAN, op.cit., page 12.

[17] Grant déplacera d’ailleurs sa base d’approvisionnement à Belle Plain une fois la Rapidan franchie et la campagne lancée.

[18]Shelby FOOTE, op.cit., pages 134-135. ; James McPHERSON, op.cit., page 795. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 47-48.

[19]Shelby FOOTE, op.cit., pages 143-144. ; James McPHERSON, op.cit., page 795. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 48.

[20]Shelby FOOTE, op.cit., page 125. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 45. ; James McPHERSON, op.cit., page 791. ; David HOGAN, op.cit., page 13.

[21]Shelby FOOTE, op.cit., pages 121. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 45.

[22] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 457.

[23] En effet, Burnside, étant plus ancien dans le grade que Meade, ne pouvait pas être le subordonné de ce-dernier. Cette situation demeura jusqu’au 24 mai, date à laquelle Burnside accepta de se placer sous les ordres de Meade. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., p. 42. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 127/133.

[24] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 42-43. ; Wilderness-Spotsylvania, Washington: Center of Military History, United States Army, Staff Ride  Briefing Book, page 37.

[25] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 45-46. ; Wilderness-Spotsylvania, Staff Ride Briefing Book, op.cit., page 38.

[26] De toutes ces mesures, cette dernière fut la plus efficace car elle mettait une pression sociale sur les hommes qui ne voulaient de la sorte pas décevoir les hommes avec lesquels ils avaient servis.

[27] Shelby FOOTE, op.cit., pages 127-139. ; James McPHERSON, op.cit., page 790.

[28] James McPHERSON, op.cit., page 790.

[29] James McPHERSON, op.cit., page 789.

[30] Shelby FOOTE, op.cit., page 146.

[31] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 49.

[32] Shelby FOOTE, op.cit., page 147. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 48-49.

[33] Shelby FOOTE, op.cit., pages 148-149. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 49.

[34] Shelby FOOTE, op.cit., page 150.

[35] Idem, page 148.

[36] Idem, pages 150-151.

[37] Idem, page 122.

[38] Idem, page 151.

[39] Idem, page 152.

[40] James McPHERSON, op.cit., page 795.

[41] Shelby FOOTE, op.cit., pages 153-154.

[42] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 49.

[43] Shelby FOOTE, op.cit., page 154.

[44] Idem, pages 157-158. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 49.

[45] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 50-51.

[46] Idem, page51. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 155.

[47] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 50-51. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 155-156.

[48] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 52.

[49] David HOGAN, op.cit., page 19.

[50] Shelby FOOTE, op.cit., pages 161-162.

[51] Idem, page 162-163.

[52] Idem, pages 157-158.

[53] James McPHERSON, op.cit., page 795.

[54] Shelby FOOTE, op.cit., page 164.

[55] Idem, page 165.

[56] Idem, pages 167-168.

[57] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 54.

[58] Cette position est également connue sous le nom de Widow’s Tapp

[59] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 55. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 168.

[60] Shelby FOOTE, op.cit., pages 167-168.

[61] Idem, pages 168-169. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 54.

[62] Shelby FOOTE, op.cit., pages 169-171.

[63] Idem, page 167.

[64] Shelby FOOTE, op.cit., pages 171-172.

[65] Idem, page 173-174.

[66] Idem, pages 175-176. ; David HOGAN, op.cit., page 23.

[67] Shelby FOOTE, op.cit., pages 176-178.

[68] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 56-57.

[69] Shelby FOOTE, op.cit., pages 178-179.

[70] Idem, page 180.

[71] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 57. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 180-181.

[72] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 441.

[73] Shelby FOOTE, op.cit., page 173.

[74] Idem, page 181-182. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 57.

[75] James McPHERSON, op.cit., pages 796-797. ; John KEEGAN, op.cit., page 254. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Wilderness, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[76] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 58. ; David HOGAN, op.cit., page 26.

[77] Ibid.

[78] Shelby FOOTE, op.cit., pages 198-199.

[79] Idem, page 179. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 443-444. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 58.

[80] Shelby FOOTE, op.cit., pages 198-199.

[81] Idem, pages 190-191. ; James McPHERSON, op.cit., pages 797-800.

[82] Shelby FOOTE, op.cit., page 199. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 59.

[83] Ibid. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 224.

[84] Idem, pages 191-192. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 59-60. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 445.

[85] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 60. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 192-194.

[86] Idem, page 194-195.

[87] Idem, page 195-196.

[88] Idem, page 199. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 446. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 59-60.

[89] Ibid. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 195-196.

[90] Idem, page 200. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 60.

[91] Shelby FOOTE, op.cit., page 199.

[92] Idem, page 196-197.

[93] Idem, page 197.

[94] Ibid. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 60-61.

[95] David HOGAN, op.cit., pages 29-30.

[96] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 61.

[97] Ibid. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 202.

[98] Idem, pages 203-204.

[99] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 447.

[100] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 61.

[101] James McPHERSON, op.cit., page 800.

[102] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 448. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 204-205.

[103] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 61. ; L’ironie de l’histoire veut que juste avant d’être atteint par un tireur d’élite confédéré, Sedgwick haranguait ses hommes à ne pas avoir peur de ces tirs, la distance entre les deux lignes étant trop grande pour que les sudistes puissent toucher leur cibles.

[104] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 447.

[105] Shelby FOOTE, op.cit., pages 224-225.

[106] Idem, page 225.

[107] Idem, page 226.

[108] Idem, page 227.

[109] Idem, page 225-227. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 76-77.

[110] Idem, page 62. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 205-206.

[111] Ibid. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 62-63.

[112] Idem, page 63. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 207.

[113] Idem, page 209.

[114] John KEEGAN, op.cit., page 258.

[115] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 63-64. ; James McPHERSON, op.cit., page 801. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 208-210.

[116] Idem, page 207.

[117] Idem, page 210.

[118] Idem, page 227-229. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 77.

[119] Shelby FOOTE, op.cit., pages 211-212.

[120] Idem, pages 213-215. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 65.

[121] Idem, pages 77-78. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 229-232. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Yellow Tavern, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[122] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 66.

[123] Shelby FOOTE, op.cit., pages 217.

[124] Idem, page 219.

[125] Idem, pages 218-219.; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 66. ; James McPHERSON, op.cit., pages 801-802.

[126] Shelby FOOTE, op.cit., pages 219-220.

[127] Idem, pages 221-222. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 66-67.

[128] De nombreux témoignages et rapports raconte l’horreur et la violence des combats du Bloody Angle.

[129] Shelby FOOTE, op.cit., page 222. ; Les combats entre Wright, Hancock et Ewell furent si atroce que pour la première fois de l’histoire furent documentés des cas de ruptures psychologique comme les combats de tranchées de la Première Guerre Mondiale en produiront tant.

[130] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 66-67. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 222-223.

[131] Idem, page 223.

[132] Ibid. ; James McPHERSON, op.cit., page 805.

[133] Shelby FOOTE, op.cit., pages 232-234. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 79.

[134] Idem, page 67. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 236.

[135] Idem, page 236-237 ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 67.

[136] Shelby FOOTE, op.cit., pages 238-239.

[137] Idem, page 239-240. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 68. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Spotsylvania Court House, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[138] James McPHERSON, op.cit., pages 804-805. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 240. ; John KEEGAN, op.cit., page 258.

[139] James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 156. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 801. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 240-241.

[140] Idem, page 234. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 79.

[141] Idem, page 69. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 241-242. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 458-459.

[142] Shelby FOOTE, op.cit., page 265. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 68-69.

[143] Idem, page 70.

[144] Shelby FOOTE, op.cit., page 266.

[145] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 71.

[146] Shelby FOOTE, op.cit., page 267.

[147] Idem, pages 267-268. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 71.

[148] David HOGAN, op.cit., page 50.

[149] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 72-73. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 272-273.

[150] Idem, pages 269-270. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 73.

[151] Idem, page 74. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 271.

[152] Idem, pages 273-275. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 74-75.

[153] FLOYD Dale E., LOWE David W., Wilson’s Wharf, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[154] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 75. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 274-275.

[155] Idem, page 275. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 75.

[156] Idem, page 69. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 275. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 458.

[157] FLOYD Dale E., LOWE David W., North Anna, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[158] Shelby FOOTE, op.cit., page 276. ; John KEEGAN, op.cit., pages 258-259. ; James McPHERSON, op.cit., page 805.

[159] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 79-80.

[160] Idem, page 280. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 276-277.

[161] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 81. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Haw’s Shop, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[162] Shelby FOOTE, op.cit., pages 277-278. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 80-81.

[163] Idem, page 81.

[164] Idem, pages 82-83. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 279-280.

[165] Idem, page 279. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 81.

[166] Idem, page 82. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Totopotomoy Creek, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[167] Shelby FOOTE, op.cit., page 280.

[168] FLOYD Dale E., LOWE David W., Old Church, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[169] Shelby FOOTE, op.cit., pages 280-282. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 83.

[170] Idem, page 83. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 283-285.

[171] Idem, pages 285-286. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 83-84.

[172] Idem, page 84.

[173]Ibid. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 288.

[174]Idem, pages 287-288. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 84-85.

[175]Idem, page 85. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 289-290.

[176]Idem, pages 290-293. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 85. ; John KEEGAN, op.cit., pages 262-263. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Cold Harbor, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[177] Shelby FOOTE, op.cit., pages 299-300.

[178] Idem, page 294-295. ; James McPHERSON, op.cit., page 810.

[179] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 86.

[180] Idem, page 87. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 300.

[181] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 87.

[182] Shelby FOOTE, op.cit., page 301.

[183] David HOGAN, op.cit., page 67.

[184] John FREDRIKSEN , op.cit., page 450.

[185] Shelby FOOTE, op.cit., page 303. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 87.

[186] David HOGAN, op.cit., page 57.

[187] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 87.

[188] Shelby FOOTE, op.cit., page 304.

[189] Ibid.

[190] Idem, page 307.

[191] Idem, page 307-309. ; James McPHERSON, op.cit., page 813. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Trevilian Station, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[192] Shelby FOOTE, op.cit., pages 305/309.

[193] Idem, page 211.

[194] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 88.

[195] Ce ponton fut une prouesse d’ingénierie de la part des fédéraux qui le complétèrent en 7 heures en lui construisant depuis les deux rives de la James sur une distance de près de 700 mètres. Ce fut le ponton le plus long et le plus complexe de la guerre en raison de la variation du niveau de la rivière qui pouvait changé d’un peu plus d’un mètre.

[196] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 88-89. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 475. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., pages 159-161. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 313-316.

[197] Idem, pages 427-434. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 89-91.

[198] Shelby FOOTE, op.cit., pages 434-435. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 475.

[199] Idem, pages 435-437.

[200] Idem, page 438.

[201] Idem, pages 438-442. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., pages 815-816.

[202] David HOGAN, op.cit., pages 69-70.

[203] James Keegan remarque d’ailleurs que c’est d’abord des hommes de troupes qu’est venue l’habitude de creuser pour se fournir une meilleure protection et que la grande majorité des officiers de l’époque n’avaient jusqu’alors jamais envisager cette méthode. Mais à l’été 1864, dans l’Armée de Virginie du Nord, et dans une moindre mesure dans celle du Potomac, la pratique était devenue automatique. ; John KEEGAN, op.cit., page 257.

[204] Idem, page 267. ; James McPHERSON, op.cit., page 818.

[205] Idem, page 817. ; John KEEGAN, op.cit., page 266.

[206] James McPHERSON, op.cit., page 817

[207] Idem, pages 817-818.

[208] John KEEGAN, op.cit., pages 258-259.

[209] James McPHERSON, op.cit., page 818.

Les opérations de l’hiver 63-64

La seconde campagne de Virginie du Nord n’avait débouché sur rien et les deux armées prirent leurs quartiers d’hiver à sa suite. Mais alors que celui-ci était toujours très rude et loin d’arriver à son terme, certains officiers nordistes échafaudèrent des plans d’actions devant impliquer des effectifs relativement réduis mais dont les objectifs devaient, eux, être retentissants et apporter la gloire à leurs concepteurs. Lincoln, qui cherchait à obtenir de bonnes nouvelles en Virginie alors que l’année 1864 allait voir se dérouler les élections présidentielles, se montra très ouvert à ces propositions. De plus, il était toujours à la recherche d’officiers commandants entreprenants et n’ayant pas peur d’engager le combat pour occuper des postes importants sous les ordres de Grant à qui il comptait confier le commandement de toutes les forces armées de l’Union dans l’espoir de le voir mettre un terme à la guerre au plus vite.

Les actions de l’hiver 63-64 n’allaient impliquer qu’une partie très réduite des effectifs des deux camps présents de part et d’autre de la Rapidan. Les forces de Armées de Virginie du Nord et du Potomac comptaient sensiblement les mêmes effectifs que lorsque la seconde campagne de Virginie du Nord prit fin. Certes certains avaient été autorisés à retourner chez eux pour s’y reposer ou changer leurs chevaux épuisés – privilège qui fut particulièrement réservé aux officiers et aux cavaliers -, mais dans l’ensemble cela ne changeait que peu l’importance des effectifs dans les deux camps.[1]
Lee et ses hommes tenaient la rive sud de la Rapidan, dans la région de Orange, entre le confluent de la Mine Run et de la Rapidan à l’Est et Liberty Mills à l’Ouest, soit une ligne d’à peu près 32 kilomètres. La base d’approvisionnement confédérée se trouvant à Gordonsville que la ligne de chemin de fer de la Orange et Alexandria Railroad connectait aux troupes sudistes.
L’armée fédérale de Meade, elle, se trouvait sur la rive nord, dans les régions de Culpeper Court House et Brandy Station.[2]
Les opérations de l’hiver 63-64 impliquèrent également des troupes se trouvant dans la Péninsule de Virginie et dans la partie septentrionale de la Caroline du Nord. Il s’agissait de l’Armée de la James, composée du 18ème corps fédéral sous le commandement du général Butler, et stationnée aux alentours de Fort Monroe pour l’Union et des troupes du département confédéré de Virginie du Sud et Caroline du Nord sous les ordres de Pickett dont les forces faisaient face aux précédents pour la Confédération. Seul une partie de ces deux forces sera néanmoins impliquée dans les actions à venir.

Entre la seconde campagne de Virginie du Nord et le début mars 1864, les autres théâtres d’opérations furent relativement calmes. Premièrement, en Floride, les forces fédérales présentes dans la région tentèrent de renforcer leurs positions dans le secteur tout en agressant les sudistes. Cependant, les nordistes échouèrent devant la position fortifiée confédérée de Olustee le 20 février et se replièrent vers Jacksonville.
Deuxièmement, entre décembre et janvier dans le Tennessee Oriental, une série d’accrochages eut lieu entre les cavaliers de Sturgis et des éléments des forces de Longstreet mais ils s’agissaient là plus de combats de harcèlement de part et d’autre plus que d’opérations de grande envergure.
Enfin, le 2 février 1864, le général Innis Newton Palmer, commandant de la brigade nordiste de l’Armée de la James se trouvant aux abords de New Berne en Caroline du Nord, signala à son supérieur direct, Butler, que ses positions étaient attaquées par près de 15 000 confédérés. Butler estima que Palmer surestimait les forces ennemies et rabaissa ce nombre à 8000. de plus, il jugea que Pickett ne disposait pas de la capacité de mobiliser autant de forces contre New Berne et avait donc nécessairement reçu des renforts depuis Richmond. Butler vit donc là une opportunité de s’en prendre à la capitale confédérée.[3] Le 3 février, il envoya donc un télégramme à Halleck et Stanton dans lequel il développa son plan d’action. L’Armée du Potomac devait lancer une attaque par delà la Rapidan afin de fixer les forces de Lee dans la région et ainsi l’empêcher de déployer des renforts vers la capitale que Butler entendait prendre.[4] Ce dernier espérait également que cette action atténuerait la pression sur New Berne, mais le 4 février, Pickett mit un terme à son offensive qui resta vaine.

Après un temps de réflexion, Halleck accepta le plan de Butler et le 5 février ordonna à Sedgwick, qui remplaçait Meade à la tête de l’Armée du Potomac – ce dernier étant malade – de mettre en œuvre l’opération de diversion demandée par Butler. Sedgwick, qui accepta à contrecœur, précisa tout de même à Halleck que l’état des routes dans la région de la Rapidan et la météo empêchaient toute manœuvre de flanc. De plus, il estimait qu’une telle action ne ferait qu’accroitre l’état d’alerte des forces confédérées et par conséquent handicaperait toute action future dans ce secteur.[5]

Quoiqu’il en soit, Sedgwick obéit et prépara une action en quatre points. Les divisions de cavalerie des généraux Wesley Merrit, qui remplaçait Buford ce dernier étant mort de la typhoïde durant l’hiver, et Kilpatrick devaient mener des actions de diversion respectivement devant Barrett’s Ford et Culpeper Ford durant la journée du 7 février. Une autre diversion devait être menée par le 1er corps de Newton contre Raccoon Ford le 6 février. Enfin, l’action principale devait être conduite le même jour par le 2ème corps de Warren contre Morton’s Ford.
Dans la Péninsule, Butler confia au général Isaac Jones Wistar de mener l’offensive fédérale vers Richmond avec 4000 fantassins et 2200 cavaliers.

Le 6 février, le 2ème corps de Warren, qui se trouvait momentanément sous le commandement du général John Curtis Caldwell car Warren était tombé malade, se présenta devant Morton’s Ford. Les troupes fédérales parvinrent à prendre pied momentanément sur la rive sud de la Rapidan au profit d’une attaque surprise dans la matinée, mais au terme de la journée et de la nuit, les forces confédérées de la brigade de Johnson du corps de Ewell, réorganisées et renforcées, repoussèrent les fédéraux qui ne cherchèrent pas à se maintenir à tout prix.[6] Le même jour, le 1er corps de Newton se présenta devant Raccoon Ford pour y faire une autre diversion, mais ni les mouvements d’infanterie ni les tirs d’artillerie ne déclenchèrent de réponse de la part des sudistes, de sorte que, à la fin de la journée, les fédéraux se retirèrent.[7] Le lendemain, les cavaliers de Merrit et Kilpatrick vinrent à leur tour faire diversion devant Barrett’s et Culpeper Ford. Merritt échangea des tirs avec une brigade d’infanterie sudiste renforcée de quelques canons jusqu’aux alentours de 13h où il mit un terme aux combats.[8] De son côté, Kilpatrick mena son action devant Culpeper Ford et envoya également des équipes d’éclaireurs vers Germana Ford, Ely’s Ford, Chancellorsville et Jacob’s Ford. Nul part les cavaliers fédéraux ne rencontrèrent de véritable opposition de la part des sudistes. En effet, d’une part les cavaliers confédérés rencontraient des problèmes d’approvisionnement et d’autre part, Lee n’avait déployé que peu d’hommes à l’est de la Mine Run. Les enseignements que Kilpatrick retira de ce raid devaient prendre de l’importance plus tard dans le mois.

Dans la Péninsule, les troupes de l’Armée de la James, chargées par Butler de marcher sur Richmond se mirent en marche comme prévu dès le matin du 7 février. Mais alors que les cavaliers fédéraux arrivaient à Bottom’s Bridge, l’avancée fut stoppée par les confédérés et, prenant conscience que l’effet de surprise était perdu, Wistar, le commandant des troupes fédérales sur le terrain, décida d’interrompre l’offensive. Les sudistes avaient pu anticiper l’attaque nordiste grâce à un déserteur, le soldat William Boyle, qui avait été condamné pour meurtre mais pas encore exécuté. Boyle s’évada et rejoignit Richmond où il informa les sudistes de l’imminence de l’attaque. Butler n’eut donc d’autres choix que d’annuler son opération.[9]

Le résultat de ces deux opérations coordonnées fut donc un échec. D’une part, Butler ne parvint pas à franchir les premières défenses sudistes dans la péninsule et ne put donc pas prendre Richmond. D’autre part, le long de la Rapidan, l’Armée du Potomac mena bien ses actions de diversion mais au prix de pertes complètement inutiles.
Comme lors du transfert de Longstreet dans le Tennessee, l’idée initiale de lier deux théâtres différents dans le but de permettre une ouverture sur l’un deux était sur papier tentante mais sa mise en œuvre s’avéra trop simpliste. Sûr de ses renseignements et de son plan, Butler était persuadé qu’il n’aurait qu’à faire marcher ses troupes pour prendre la capitale confédérée si bien que dès qu’un premier écueil se présenta sur son chemin, toute son offensive s’effondra rendant les actions de l’Armée du Potomac complètement inutiles.

Lors de son raid de diversion, Kilpatrick avait donc pu se rendre compte que les gués à l’extrême droite de la ligne confédérée, à l’ouest de la Mine Run, n’étaient pas bien gardés et cela n’allait pas manquer de l’inspirer. Il commença donc à échafauder un plan qui devait lui permettre de reprendre à son compte l’objectif de Butler, prendre Richmond.
Kilpatrick savait deux choses. Premièrement, Lincoln serait intéressé par l’idée de prendre la capitale confédérée, et ce surtout quelques jours après la déception due à l’échec de Butler. La proposition de Kilpatrick pouvait représenter une seconde chance de libérer les soldats nordistes emprisonnés près de la ville et de répandre la nouvelle de la proclamation d’amnistie et de reconstruction de Lincoln, un document établit au mois de décembre 1863 par le Président dans le but d’offrir le pardon et un plan de reconstruction aux sudistes dans l’espoir qu’ils acceptent de cesser les hostilités.[10] Deuxièmement, ni Meade, qui était revenu aux commandes de l’Armée du Potomac, ni Pleasonton ne seraient aussi réceptifs que Lincoln, Kilpatrick allait donc devoir trouver une autre façon de faire parvenir son plan au Président que par la voie hiérarchique normale.
Pour ce faire, Kilpatrick communiqua avec certaines personnes bien placées à Washington afin qu’elles parlent de son projet à Lincoln, et cela fonctionna car le 11 février, un messager vint le prévenir qu’il devait se présenter auprès de Lincoln. Le lendemain, Kilpatrick, Lincoln et Stanton planifièrent le raid.[11]

Le plan d’action de Kilpatrick consistait à faire franchir la Rapidan à près de 4000 cavaliers par le flanc droit de l’Armée de Virginie du Nord et de les faire progresser le plus vite possible vers Richmond, y libérer les prisonniers fédéraux détenus dans les prisons de Belle Isle et Libby avant de prendre la ville avec l’aide de ces renforts improvisés. Sur la route, les hommes de Kilpatrick devaient également distribuer des copies de la proclamation d’amnistie de Lincoln en plus de causer le plus de ravages possibles à l’effort de guerre confédéré.[12]
Pour aider à la mise en œuvre, Kilpatrick demanda à ce que deux opérations de diversion soient menées. La première par la brigade de cavalerie de Custer, avec 1500 hommes, qui devait détruire un pont ferroviaire enjambant la Rivanna River, près de Charlottesville, soit sur le flanc gauche de la ligne confédérée, afin d’y attirer le plus de cavaliers sudistes possibles, de sorte que ceux-ci ne puissent se lancer tout de suite à la poursuite des 4000 cavaliers de Kilpatrick. Si jamais il se faisait couper de ses lignes de communications, Custer avait pour ordres de rejoindre les lignes fédérales dans la vallée de la Shenandoah.[13] La deuxième opération devait être celle de l’ensemble du 6ème corps de Sedgwick qui devait emmener ses troupes vers la Robertson’s River afin d’y attirer l’attention des sudistes.[14]
Le 23 février, le colonel Ulrich Dahlgren vint se joindre à l’opération. Kilpatrick accepta de lui confier 500 hommes, spécialement sélectionnés, et à lui attribuer la mission de quitter la troupe principale à Mt Pleasant, franchir la James River pour attaquer Richmond par le sud-ouest, libérer les prisonniers et rejoindre Kilpatrick qui attaquerait lui la capitale sudiste par le nord.[15]

Dans la nuit du 28 au 29 février, Custer et ses hommes passèrent la Robertson’s River à Banks’ Mill Ford. Cela n’échappa pas aux sudistes et Stuart prit lui-même le commandement d’une brigade de cavalerie pour poursuivre les fédéraux. Les deux troupes se livrèrent alors à un jeu du chat et de la souris dans la région de Charlottesville, Stuart tentant d’intercepter Custer et celui-ci essayant de repasser la Robertson’s River. Finalement, les nordistes parvinrent à se mettre en sûreté sur la rive nord de celle-ci mais sans avoir atteint tous leurs objectifs. Le pont près de Charlottesville demeura intact mais Custer parvint tout de même à attirer de nombreux cavaliers sudistes, dont Stuart lui-même, ce qui était finalement le plus important. De plus, Custer s’avéra très prudent et fut en mesure d’accomplir sa tâche en ne perdant que très peu de ses hommes malgré un petit engagement avec Stuart, près de Banks’ Mill Ford, lors duquel il prit par surprise son opposant avant de se retirer et de se replier vers Burton’s Ford où il retraversa la rivière tôt le 1er mars.[16]
Le 6ème corps de Sedgwick mena comme prévu son opération de diversion devant la gauche sudiste mais cela consista en un simple déplacement de troupes pour attirer l’attention des confédérés et aucun combat n’en résulta.

Dans la même nuit, à l’autre bout de la ligne confédérée, Kilpatrick lança son opération en passant la Rapidan à Ely’s Ford avant de continuer sa route droit vers Richmond par Chancellorsville et Spotsylvania Court House. Une fois à Mt. Pleasant, Dahlgren et ses hommes quittèrent comme convenu la colonne principale et se dirigèrent vers la James River afin de la franchir avant d’attaquer Richmond. Pendant ce temps, lorsqu’il atteignit la Virginia Central Railroad à hauteur de Beaver Dam Station tôt au matin du 29 février, Kilpatrick y détruisit la petite gare et la station télégraphique qui s’y trouvait mais ne purent empêcher quelques confédérés de prendre la fuite vers Richmond pour y donner l’alarme. Kilpatrick, lui, poursuivit sa route et s’installa pour la nuit près de la South Anna River.[17]
Pendant ce temps, vers 10 heure le même jour, Hampton rassembla ses troupes disponibles, entre 300 et 400 hommes, et se lança à la poursuite de Kilpatrick.[18]

Au matin du 1er mars, Kilpatrick arriva lui, vers 10 heure, aux abords de Richmond mais, alerté la veille au soir, le colonel Walter Husted Stevens, commandant des défenses de la capitale confédérée avait préparé ses positions.[19]
De son côté, Dahlgren se sépara d’une centaine de ses hommes qui devaient progresser vers Richmond en restant sur la rive nord de la James pour y détruire le plus d’infrastructures possibles pendant qu’il en faisait de même sur l’autre rive. Cependant, une fois arrivé à Jude’s Ferry, les fédéraux ne purent traverser la rivière en raison d’une crue de celle-ci et Dahlgren continua vers l’est dans l’espoir de trouver un autre point de passage.[20] Plus tard, cette centaine d’hommes rejoindra le gros des cavaliers fédéraux de Kilpatrick.

Devant les défenses de Richmond, Kilpatrick n’osait pas se lancer à l’attaque et attendait de voir arriver les troupes de Dahlgren. Il était persuadé de faire face à une importante force d’infanterie, comme si Richmond avait reçu des renforts. Dans les faits, les troupes confédérées gardant la ville, comptant entre 3000 et 5000 hommes, la plupart d’entre eux étant des jeunes, des vieillards et des notables de la ville qui avaient été en mesure de faire suffisamment impression pour contenir l’avancée des cavaliers fédéraux.[21]
Après plusieurs heures d’attente dans l’espoir de voir Dahlgren et ses hommes arriver pour lui prêter main de forte dans l’attaque contre les défenses de Richmond, Kilpatrick décida finalement de se replier dans l’après midi du 1er mars. Ce dernier craignait particulièrement que les cavaliers sudistes de Hampton ne le rattrapent et le prennent en tenaille avec l’aide de la garnison de la ville, or plus il attendait plus le risque augmentait. Kilpatrick préféra, afin de ne pas voir cela se produire, se diriger vers la Péninsule et les lignes de l’Armée de la James. Pour ce faire, il franchit la Chickahominy River à Meadow Bridge et se dirigea vers Mechanicsville pour y passer la nuit.[22] Tard dans la soirée, les fédéraux eurent à livrer un rapide combat contre ceux de Hampton qui arrivèrent depuis Yellow Tavern. Les sudistes furent repoussés mais cela suffit tout de même à achever de convaincre Kilpatrick de se replier pour de bon et celui-ci déplaça ses hommes à Bethesda Church.[23]
Pendant ce temps, Dahlgren, qui arriva à Richmond par l’ouest et entra en contact avec les premiers éléments de la défense de la ville, se rendit très vite compte que Kilpatrick et ses hommes n’étaient pas là, le contraignant à se replier pour également rejoindre les lignes fédérales. Lui aussi opta pour la direction de la Péninsule. Après avoir  traversé la Chickahominy un peu plus au nord de Meadow Bridge, près de 300 de ses hommes furent séparés du reste dans la confusion. Finalement, bien qu’une quarantaine d’entre eux furent soit tués, soit capturés, le gros de la troupe parvint à faire sa jonction avec les forces de Kilpatrick près de Tunstall’s Station la nuit suivante.[24]

Dans la journée du 2 mars, Kilpatrick demeura toute l’avant-midi près de Bethesda Church dans l’espoir de voir arriver Dahlgren mais les forces sudistes s’amoncelant de plus en plus vite dans le secteur, Kilpatrick ordonna de reprendre la route vers midi et s’arrêta à Tunstall’s Station pour la nuit où il fut rejoint par les éléments séparés de Dahlgren.[25]
De l’autre côté, Dahlgren et les 200 hommes lui restant continuèrent de progresser vers la Panunkey River et la Mattaponi ensuite. Tard à la fin de la journée, alors qu’ils arrivaient près de King and Queen Courthouse, ils tombèrent dans une embuscade tendue par les éléments de cavalerie confédérés. Cela résultat en la bataille de Walkerton qui se déroula dans la nuit du 2 au 3 mars et lors de laquelle l’ensemble de Dahlgren et ses hommes furent tués ou capturés.[26]
Le 3 mars, Kilpatrick atteignit New Kent Court House où il se trouva alors en sécurité dans les lignes fédérales de l’Armée de la James.[27]

Figure 68: Le raid Kilpatrick-Dahlgren en Virginie

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Source: SUHR Robert, The Dahlgren Affair: Kilpatrick-Dahlgren Raid on Richmond, MacLean: Warfare History Network, page 3.

Le raid de Kilpatrick et Dahlgren s’avéra donc être un échec. Non seulement les fédéraux n’approchèrent même pas des prisons de Libby et Belle Isle, mais ils furent également incapables de menacer la capitale sudiste. Enfin, pour parachever l’échec, la perte de Dahlgren et ses hommes, en plus de représenter des pertes plus importantes que celles subies par le Sud au cours de tout le raid, fit perdre à l’Union le seul domaine où elle avait obtenu des points, la diffusion de la proclamation d’amnistie. En effet, à l’échec militaire devait s’ajouter un échec politique.[28]
Dans les effets personnels récupérés par les sudistes sur le cadavre de Dahlgren furent trouvés de papiers contenant des instructions très précises sur ce que ses hommes devaient faire une fois Richmond tombée: brûler la ville et exécuter les membres du gouvernement confédéré, dont Jefferson Davis. Les historiens débattront encore longtemps pour savoir si ces instructions, qui ne furent jamais distribuées aux hommes, émanaient de la seule initiative de Dahlgren ou si des autorités supérieures dans la hiérarchie militaire ou politique de l’Union avaient un rôle à jouer dedans. Quoiqu’il en soit, le mal était fait et très vite la nouvelle de l’existence de ses instructions fut reprise dans la presse sudiste, annihilant assurément tout succès que la déclaration d’amnistie de Lincoln aurait pu rencontrer.[29]
James Seddon, Secrétaire d’Etat à la guerre confédéré décida d’envoyer une copie des documents à Lee, d’une part dans le but de les utiliser comme un moyen d’accroitre le moral de l’Armée de Virginie du Nord et d’autre part afin que le général sudiste puisse demander des comptes à Meade, ce qu’il fit. Lee fit parvenir une lettre au commandant de l’Armée du Potomac, dénonçant les instructions contenues dans les papiers de Dahlgren et demandant des explications. Quelques jours plus tard, Meade répondit, après avoir commandité une enquête, et déclara à Lee que les instructions de Dahlgren était de la propre initiative de ce dernier et n’avaient jamais été sanctionnées par un quelconque échelon hiérarchique.[30]

L’hiver 1863-1864 fut donc marqué, sur le théâtre de Virginie, par deux actions mineures et vaines de l’Union contre la capitale confédérée alors que les opérations principales étaient en pause en attendant des conditions climatiques plus clémentes pour reprendre les hostilités au printemps. Un nouvel acteur allait faire son apparition sur ce théâtre, Ulysses Simpson Grant, à qui Lincoln avait, le 3 mars, confié le commandement de l’ensemble des forces armées de l’Union avec pour mandat clair de mettre un terme à la guerre en soumettant le Sud.


[1] SUHR Robert, The Dahlgren Affair: Kilpatrick-Dahlgren Raid on Richmond, MacLean: Warfare History Network, page 1.

[2] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pp. 464-465.

[3] John SALMON, op.cit., page 250.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 425. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Morton’s Ford, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; John SALMON, op.cit., page 250.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Ibid.

[10] Shelby FOOTE, op.cit., page 1040.

[11] Ibid.

[12] Robert SUHR, op.cit., page 1.

[13] Shelby FOOTE, op.cit., page 1042.

[14] Ibid.

[15] Robert SUHR, op.cit., pages 1-2.

[16] Idem, pages 3-5.

[17] Shelby FOOTE, op.cit., page 1043.

[18] John SALMON, op.cit., page 250.

[19] Robert SUHR, op.cit., page 7.

[20] Shelby FOOTE, op.cit., page 1046.

[21] Idem, pages 1043-1044.

[22] Idem, page 1045.

[23] Ibid.

[24] Idem, page 1047.

[25] Idem, page 1045.

[26] FLOYD Dale E., LOWE David W., Walkerton, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 1046.

[27] Ibid.

[28] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 430.

[29] Idem, page 1049.

[30] Idem, page 1050.

La seconde campagne de Virginie du Nord

Après l’échec de sa tentative de porter la guerre au Nord lors de la campagne de Pennsylvanie, Lee avait été contraint de se retirer vers la Virginie dans la précipitation, abandonnant même une grande partie de la vallée de la Shenandoah aux forces fédérales qui la remontèrent jusqu’à Front Royal. Au final, c’était aux abords de Orange, sur la rive sud de la Rapidan, que les forces confédérées s’étaient retranchées.
De l’autre côté, Meade avait vu l’Armée du Potomac être tout aussi désorganisée par la victoire de Gettysburg que l’Armée de Virginie du Nord l’avait été par la défaite si bien qu’il n’osa pas pousser la poursuite plus en avant et se résolu à se placer sur une position défensive entre Washington et les forces sudistes, aux alentours de Warrenton, dans le but, comme pour les sudistes, de panser ses plaies et de préparer la prochaine campagne à venir.[1]

Les récentes déconvenues rencontrées par la Confédération sur les différents théâtres d’opérations allaient finalement conduire à une réflexion stratégique des autorités politiques et militaires sudistes. Faisant face à cette situation, Davis appela à une conférence stratégique lors de laquelle fut discutée la voie que la Confédération devait suivre pour la suite de la conduite de la guerre. Dans un premier temps, Davis pencha pour la proposition de Lee de reprendre l’offensive sur le front de Virginie contre l’Armée du Potomac. Mais finalement, conscient que cela n’avait pas fonctionné lors de la campagne précédente, il se rallia plutôt à la proposition de Longstreet qui revint avec sa volonté d’utiliser les lignes intérieures de la Confédération pour déplacer des troupes de l’Armée de Virginie du Nord vers l’Ouest afin de vaincre Rosecrans dans le Tennessee avant de chercher à en faire de même contre les troupes de Grant. Pendant ce temps, les troupes restées en Virginie se verraient octroyer la tâche de tenir une ligne défensive solide pour empêcher tout progrès des forces fédérales dans ce secteur. La décision de déplacer deux des divisions de Longstreet, sous le commandement de celui-ci, fut finalement entérinée le 6 septembre.[2]

Au cours de la campagne à venir, d’autres évènements se produiront. Sur le théâtre trans-mississippien, début octobre, William Quantrill et ses guérilleros pro-sudistes menèrent un raid sanglant à Baxter Springs au Kansas, acte faisant partie de la guerre civile interne du Missouri qui débordait sur les états voisins. Plus au sud, en Arkansas, l’Union mena, durant les mois de septembre et octobre, deux actions permettant d’en assurer la main mise sur la région avec la prise de Little Rock et la défense réussie de Pine Bluff.
A la mi-octobre, les forces fédérales menèrent un raid victorieux en Floride dans le cadre du blocus. Leur objectif fut Fort Brooke et les navires fluviaux confédérés présents sur le cours de la Hillsborough River.
Les actions se déroulant sur le théâtre du Mississippi durant cette période montraient deux tendances en cours dans ce vaste secteur. D’une part plusieurs actions fédérales furent menées dans les Appalaches, en Virginie Occidentale et dans le Tennessee, afin d’y réduire la présence sudiste et de prendre le contrôle des points de passages permettant de relier les théâtres de l’Est et de l’Ouest. D’autres part, une séries d’actions de retardement et de renforcement furent conduite par les deux belligérants dans la région de Chattanooga où les forces confédérées de Bragg, après avoir remporté la campagne de Chickamauga, assiégeaient celles de l’Union dans le but pour le Sud d’ouvrir la porte du Tennessee et pour l’Union celle de la Géorgie.
Premièrement, dans les Appalaches, deux campagnes furent menées à l’initiative des fédéraux, l’une fin septembre-début octobre dans l’est du Tennessee où Burnside chercha à y réduire l’influence sudiste et l’autre début novembre en Virginie Occidentale où les forces fédérales s’en prirent à la ligne de chemin de fer de la Virginia and Tennessee Railroad.
Deuxièmement, aux abords de Chattanooga, une première action eut lieu fin octobre lorsque Grant força la réouverture de la Tennessee River pour faire entrer des troupes dans la ville assiégée. Début novembre, des cavaliers sudistes menèrent une action de retardement contre les forces de Sherman se dirigeant, elles aussi, vers Chattanooga. Enfin, fin novembre, Grant se lança à l’attaque contre les forces de Bragg pour briser le siège de la ville et poursuivre les confédérés ainsi poussés à la retraite. Dans le même temps, Longstreet avait entamé une campagne menant à un siège parallèle à Knoxville depuis la mi-octobre mais il dut finalement abandonner celui-ci une fois Bragg mis en déroute par Grant afin de regrouper les forces confédérées de l’Armée du Tennessee.

Pour le Sud, l’objectif dans les mois à venir était double en attendant que le déploiement de renforts vers l’Ouest y produise des résultats favorables pour la Confédération afin d’améliorer sa situation stratégique. D’une part, Lee et ses hommes devaient empêcher l’Union de progresser sur le théâtre de Virginie et d’autres part ils devaient être prêts à exploiter toute opportunité de remporter des points sur ce même théâtre. A la suite de la campagne de Pennsylvanie, l’Armée de Virginie du Nord avait vu ses rangs fortement dégarnis, si bien qu’elle ne comptait plus qu’approximativement 55 000 hommes répartis en trois corps.[3] Ceux-ci, restaient les mêmes que lors de la campagne précédente et sous les mêmes commandements. Le 1er corps, sous Longstreet, avec trois divisions, allait cependant être déployé sur d’autres théâtres. La division de Pickett fut envoyée dans le sud de la Virginie d’une part pour y prendre le commandement du département de Virginie du Sud et de Caroline du Nord et d’autre part pour s’y reposer et se remettre des dommages subis au troisième jour de la bataille de Gettysburg.  Les divisions de Hood et MacLaws ainsi que le bataillon d’artillerie d’Alexander allaient sous peu être envoyés dans le Tennessee avec Longstreet à leur tête. Le 2ème sous Ewell comptait également trois divisions de quatre, quatre et cinq brigades en plus de cinq bataillons d’artillerie. Le 3ème corps, sous Hill, se composait lui aussi de trois divisions de cinq, cinq et quatre brigades avec également cinq bataillons d’artillerie. La cavalerie de Stuart comptait deux divisions, la 1ere de Hampton se trouvait sous le commandement direct de Stuart et la seconde sous celui de Fitzhugh Lee. Chacune comptait trois brigades. Stuart disposait également d’un bataillon d’artillerie à cheval sous les ordres de Robert Beckham. Enfin, Lee pouvait également compter sur le 1er corps d’artillerie fort de deux bataillons d’artillerie de réserve et placé sous le commandement de William Nelson Pendleton. L’Armée de Virginie du Nord faisait cependant face à d’importants problèmes d’approvisionnement et de désertion. Lee tenta de résoudre ces problèmes mais sans rencontrer de grands résultats jusqu’alors.[4]

De l’autre côté, pour l’Union, l’objectif était sensiblement opposé. Après sa victoire à Gettysburg mais surtout en raison de son incapacité à presser l’Armée de Virginie du Nord lors de sa retraite dans le but d’essayer de la détruire, Meade, toujours sous pression de Washington, avait pour mission de chercher à finir le travail en détruisant l’armée confédérée ou au moins à essayer de faire progresser la cause de l’Union dans ce secteur.
Comme sa contrepartie sudiste, l’Armée du Potomac avait perdu beaucoup d’hommes lors de la campagne précédente mais avec un total de près de 95 000 hommes, elle restait toujours plus imposante que celle-ci. Meade n’avait pas modifié la structure de son armée, toujours divisée en sept corps d’infanterie. Néanmoins la taille importante de l’Armée du Potomac – approximativement autant d’hommes qu’au lancement de la campagne de Pennsylvanie – s’explique par l’arrivée de jeunes recrues pour remplacer les pertes subies dans les mois précédents ainsi que les désertions car comme Lee, Meade faisait face à ce même problème et ne fut pas plus en mesure de le résoudre que son adversaire. Dans les deux camps le moral des troupes était plutôt bas.[5]  Le 1er corps était sous John Newton qui en prit le commandement après Gettysburg, le 2ème sous Warren, le 3ème sous French, le 5ème sous Sykes, le 6ème sous Sedgwick, le 11ème sous Howard et le 12ème sous Slocum, tous fort de trois divisions comptant entre deux et quatre brigades d’infanterie ainsi que deux à trois brigades d’artillerie. La cavalerie restait sous le commandement de Pleasonton avec trois divisions de deux brigades sous les ordres de Buford, Gregg et Kilpatrick, deux brigades d’artillerie à cheval et une brigade de réserve. Enfin, l’artillerie de réserve, forte de quatre brigades était sous les ordres du général Robert Ogden Tyler.

Le 9 septembre, conformément à la décision du conseil de guerre tenu à Richmond quelques jours plus tôt, Longstreet se mit en route pour le Tennessee, avec les divisons de Hood et MacLaws, dans un voyage épique de trois semaines au cours desquelles il fit parcourir à ses hommes près de 1400 km par routes et chemins de fer. En effet, les troupes fédérales de Burnside occupant l’est du Tennessee, Longstreet eut à passer par le sud des Appalaches, c’est-à-dire en traversant une partie des deux Carolines et de la Géorgie. Pour la première fois de la guerre, la Confédération déploya une grande quantité d’hommes d’un théâtre d’opération à un autre dans le but d’obtenir un avantage numérique local sur l’un d’entre eux. Les premiers éléments arriveront le 17 septembre et prendront part à la bataille de Chickamauga.[6] Ce faisant, l’armée confédérée passa d’environ 55 000 hommes à plus ou moins 45 000 hommes soit un peu plus de la moitié de ce que Meade avait sous son commandement de l’autre coté de la Rapidan.[7]

Meade était sous pression. Depuis Washington, Lincoln et Halleck le poussaient à engager l’armée confédérée, ce qu’il se résolut à faire le 12 septembre en mettant ses forces en mouvement. Il ordonna à la cavalerie de Pleasonton, qui se trouvait près de Warrenton, de s’avancer vers Culpeper Court House où se trouvait Stuart et la cavalerie confédérée dans le but d’en chasser les cavaliers sudistes et d’ouvrir la voie à l’armée fédérale. Cela résultat en une grosse escarmouche de cavalerie au terme de laquelle les cavaliers sudistes se replièrent derrière la Rapidan. Dans la foulée de Pleasonton, ce furent les fantassins du 2ème corps de Warren qui s’installèrent dans la ville bien qu’ils ne furent pas partie prenante aux combats. Le lendemain, de petites missions de reconnaissances fédérales rapportèrent que les positions confédérées par delà la rivière semblaient trop solides pour être prise d’assaut. Meade fut ainsi contraint de temporiser son action et de trouver un moyen de s’en prendre à Lee sans courrir le risque de subir trop de pertes. Il se contenta donc de rassembler ses forces sur la rive nord de la Rapidan, entre Brandy Station et Culperer Court House.[8]

Pendant que les opérations en Virginie s’enlisaient encore une fois, dans le Tennessee les choses bougeaient indéniablement. Longstreet et ses hommes arrivèrent juste à temps pour la bataille de Chickamauga lors de laquelle ils contribuèrent à la victoire de l’armée confédérée du général Bragg contre celle de Rosecrans les 19 et 20 septembre. Cette défaite fédérale fut un mini coup de tonnerre pour l’Union et à Washington les dirigeants fédéraux commençaient à s’inquiéter d’une possible déroute de l’Armée du Cumberland qui risquerait de faire perdre les progrès si chèrement acquis dans le Tennessee et le long du Mississippi. Ainsi dans un premier temps, Halleck ordonna à Sherman, qui se trouvait toujours à Vicksburg, de prendre quatre divisions avec lui pour venir renforcer Rosecrans mais celui-ci allait avoir besoin de plusieurs semaines pour accomplir ce voyage, or nul au Nord ne pensait que Bragg laisserait ce temps de répit aux fédéraux.[9] Par conséquent, ce fut Stanton, le secrétaire à la guerre, qui proposa une autre solution le 23 septembre. Son plan était de déplacer par voie de chemin de fer deux corps de l’Armée du Potomac vers le Tennessee, ce seront les 11ème et 12ème, respectivement de Howard et Slocum. Lincoln fut dans un premier temps réservé par rapport à cette idée, il n’aimait guère affaiblir l’armée de Meade mais comme le lui fit remarquer Stanton, ce dernier ne semblait pas être sur le point de passer à l’attaque. Il donna finalement son aval mais comme ces deux corps n’avaient pas encore complètement récupéré de leurs engagements lors de la campagne de Pennsylvanie, il fut décidé de les grouper en un seul, le 20ème, placé sous le commandement de Joseph Hooker qui reprit ainsi du service après son échec lors de la seconde campagne de la Rappahannock. Le déplacement de cette force demanda un effort logistique majeur et 11 jours après le départ, l’ensemble du 20ème corps, approximativement 20 000 hommes, était arrivé avec tout son matériel aux abords de Chattanooga où se trouvait l’Armée du Cumberland de Rosecrans, après un périple d’environ 1900 kilomètres.[10] Le résultat de ce transfert fut d’affaiblir l’Armée du Potomac, qui passa donc d’environ 95000 hommes à près de 76 000.

Lee fut rapidement informé du départ de deux corps d’armée fédéraux vers le Tennessee. Sa réaction fut rapide, il lui fallait porter l’attaque contre l’Armée du Potomac d’une part parce que celle-ci se retrouvait maintenant avec une supériorité numérique inférieure à ce qu’elle était encore quelques jours plus tôt et d’autre part, la victoire sudiste à Chickamauga fut importante mais cependant inachevée tant que les fédéraux tenaient toujours Chattanooga, Lee devait donc s’assurer qu’aucune autre force fédérale ne quitterait la Virginie et ce afin de faciliter la tâche de Bragg.[11] Il se lança donc dans une nouvelle manœuvre par la gauche, son objectif était, comme lors de la première campagne de Virginie du Nord, de forcer les forces fédérales à se replier pour défendre Washington et ce faisant accepter de livrer bataille sur un terrain choisi par les sudistes.[12]
Le 9 octobre, l’Armée de Virginie du Nord se mit en mouvement. Lee laissa derrière lui la division de cavalerie de Fitzhugh Lee et trois brigades d’infanterie pour garder les gués de la Rapidan et prit le reste pour contourner Cedar Moutain par l’ouest, en passant par Liberty Mills et Madison. Stuart, à la tête de la division de cavalerie de Hampton couvrait l’avancée sudiste.[13]

Très vite, Meade fut tenu au courant de l’intense activité des forces sudistes grâce à ses postes d’observations et ses espions, mais ne sachant pas encore dans les premières heures de la manœuvre confédérée si ceux-ci se repliaient vers Richmond où s’ils venaient vers lui, le général nordiste décida de se préparer aux deux éventualités. Il fit déployer la division de cavalerie de Buford aux abords de Morton’s Ford, un gué de la Rapidan, afin d’être prêt à frapper l’Armée de Virginie du Nord sur ses arrières si celle-ci se repliait vers le sud. Il fit également renforcer la division de cavalerie de Kilpatrick à James City avec l’apport de la division du général Henry Prince du corps de French afin de tenir ce carrefour routier indispensable si les sudistes s’aventuraient à marcher sur Culpeper Court House pour venir lui livrer bataille.[14] Et c’était bien ce que ceux-ci étaient en train de faire. A l’aube du 10 octobre, Stuart attaqua les positions fédérales à James City, ces derniers résistèrent à la faible pression des forces sudistes sans toutefois être en mesure de les repousser et les combats durèrent toute la journée.[15]  Le même jour, Buford se lança comme prévu dans une manœuvre contre les cavaliers de Fitzhugh Lee qui tenait Morton’s Ford. Il traversa la Rapidan à Germana Ford et se dirigea ensuite vers l’Ouest, vers Morton’s Ford pour frapper les cavaliers sudistes avec l’aide du 1er corps de Newton. Ce faisant, les cavaliers nordistes livrèrent quelques accrochages contre leurs opposants sudistes à Raccoon, Morton’s et Germana Ford.[16]  Comprenant que Lee ne se repliait pas vers Richmond mais qu’il cherchait à l’attaquer, Meade décida de se replier sur la rive nord de la Rappahannock.[17] Il craignait particulièrement d’être pris au piège entre les deux rivières dont les tracés formaient un « V » ouvert vers l’Ouest qui pourrait se révéler être un piège pour les fédéraux.[18] La nouvelle de la retraite fédérale n’atteignit Buford que le lendemain matin, forçant celui-ci à refranchir la Rapidan. Cela eut pour conséquence de déclencher de nouveaux accrochages contre les cavaliers sudistes à Morton’s Ford et Stevensburg mais Buford parvint à se dégager et à retraverser la rivière pour rejoindre le gros des forces fédérales.[19] Dans la nuit du 10 au 11 octobre, l’Armée du Potomac se mit donc en marche vers le Nord, le long de la Orange & Alexandria Railroad pour se réfugier par delà la Rappahannock.[20]
Une fois informé du départ de Meade, Lee ne se découragea pas et décida de lancer une nouvelle manœuvre de flanc toujours dans le but de porter un coup décisif à Meade. Il envoya ses deux corps d’infanterie vers Warrenton afin de progresser le long de la route parallèle à la Orange & Alexandria Railroad.[21] Pendant ce temps, la cavalerie de Stuart poursuivit l’Armée du Potomac en retraite le long de la voie ferrée. Stuart et ses hommes quittèrent James City le 11 octobre au matin, entrèrent dans Culpeper Court House abandonnée et rattrapèrent la cavalerie fédérale à Brandy Station tard dans la matinée où ils livrèrent la seconde bataille de Brandy Station au terme de laquelle les forces fédérales se replièrent par delà la Rappahannock. Dans le courant de la journée, la division de cavalerie de Fitzhugh Lee rejoignit le reste des cavaliers sudistes sans réellement jouer un rôle dans les affrontements. Au terme de la journée, Meade avait installé son quartier général à Rappahannock Station et Lee établit le sien à Culpeper Court House.[22]

La journée du 12 octobre consista en une course de vitesse entre les deux armées. Celle de Virginie du Nord progressait sur les routes menant de James City et Culpeper Court House à Warrenton. Hill passa Amissville en milieu de journée et traversa la Rappahannock à Waterloo Bridge alors qu’Ewell progressa via Jeffersonton dans le but de traverser la Rappahannock à Fauquier Springs un peu plus tard.[23] Mais dans le but d’obtenir des renseignements quant à la position des forces confédérées, Meade avait fait déployer la division de cavalerie de Gregg dans la partie supérieure de la Rappahannock afin d’en garder les gués. Le résultat de cela fut que les cavaliers nordistes repérèrent Hill à Amissville et livrèrent deux combats contre Stuart, appuyé par l’infanterie de Rodes du corps de Ewell, à Jeffersonton et Sulphur Springs, le gué se trouvant près de Fauquier Springs. Pendant ce temps, l’Armée du Potomac progressait le long de la Orange & Alexandria Railroad entre Rappahannock Station et Warrenton Junction qu’elle atteignit en début de soirée. Informé de la position des forces sudistes, Meade comprit enfin que Lee essayait de lui barrer la route et qu’il était maintenant engagé dans une course de vitesse pour rejoindre Manassas et Centreville et ainsi échapper au piège.[24] Au soir du 12 octobre, les deux armées se trouvaient à seulement quelques kilomètres de distance, à chaque extrémité de la ligne de chemin de fer reliant Warrenton à Warrenton Junction.

Au matin du 13 octobre, Lee, qui arrive à Warrenton, apprend que le gros des forces fédérales se trouve toujours à Warrenton Junction, offrant de la sorte la possibilité d’être intercepté plus au Nord, à Bristoe Station. C’est du moins ce qu’envisage le commandant sudiste.[25] Pour effectuer cette reconnaissance, Stuart avait envoyé la brigade du général Lunsford Lindsay Lomax au devant de la division de Hampton jusqu’au village d’Auburn. Là, Lomax, qui envoya des éclaireurs vers Warrenton Junction, repéra les cavaliers de Buford gardant un convoi de transport de l’armée fédérale et s’empressa d’en informer Stuart. Cependant, il ne se rendit pas compte que quelques kilomètres plus loin se trouvaient les divisions de cavalerie de Kilpatrick et Gregg ainsi que les 2ème et 3ème corps fédéraux. Une fois arrivé sur place, Stuart, lui, s’en rendit compte et fit prévenir Fitzhugh Lee afin que celui-ci lui vienne en renfort avec sa division.[26] Pendant ce temps, French, qui commandait le 3ème corps, s’était trompé de chemin et plutôt que de partir droit vers Bristoe Station, prit la route vers Auburn. Ce faisant, une fois arrivé aux abords du village, il entra en contact avec la brigade de Lomax qui reçu le soutien de Fitzhugh Lee mais eut tout de même à se replier vers Warrenton alors que French continua sa route vers Greenwich suivi par la cavalerie de Kilpatrick.[27] La conséquence inattendue de cette première bataille de Auburn, fut de coincer Stuart et sa division entre les 2ème et 3ème corps fédéraux. En effet, alors que French marchait vers Greenwich depuis Auburn, Warren, à la tête du 2ème corps, avait suivi la route empruntée par French, il marchait donc vers ce même village. Mais Stuart, qui plus tôt dans la journée avait déplacé sa division vers Warrenton Junction dans le but de chercher une opportunité de frapper le convoi nordiste n’avait pas eu le temps de repasser Auburn avant que Lomax n’en soit délogé, il était donc coincé à l’est du village. Se sachant en péril, car coupé du gros des forces et faisant face à un corps d’armée entier, Stuart décida de cacher l’entièreté de ses troupes dans un petit ravin boisé juste à l’est d’Auburn. De l’autre côté, les fantassins et cavaliers fédéraux de Warren et Gregg campèrent juste à côté des cavaliers sudistes sans même s’en rendre compte. Profitant de l’obscurité, Stuart fit revêtir des uniformes nordistes à six de ses hommes et les envoya traverser les lignes fédérales dans le but d’aller prévenir Lee de la situation précaire dans laquelle se trouvait sa cavalerie.[28]

Une fois informé de la situation, Lee décida de la marche à suivre pour la journée du 14 octobre. A.P. Hill allait devoir mettre son corps en marche depuis Warrenton vers Arlington dans le but d’intercepter l’armée fédérale, Ewell devrait se joindre à la manœuvre au plus vite après avoir libéré Stuart de son piège en attaquant les troupes fédérales présentes à Auburn. Les cavaliers encore à disposition, ceux de Fitzhugh Lee, devant être divisés en deux troupes distinctes afin de précéder les deux colonnes d’infanterie sudistes.[29] Vers 6h30, les premiers éléments du corps d’Ewell entrèrent en contact avec les hommes de Gregg avec le soutien de ceux de Stuart. Très vite, ce-dernier fut en mesure de faire sa jonction avec le reste des troupes confédérées. Mais la seconde bataille d’Auburn n’était pas terminée pour autant, Warren fit faire demi-tour aux unités de son corps qui avaient déjà commencé à progresser vers Greenwich afin de soutenir celles livrant bataille. Très vite, aucune des deux armées ne voulant vraiment se battre à cet endroit, la bataille devint un duel d’artillerie au cours duquel, les deux camps désengagèrent leurs troupes afin de les remettre en mouvement.[30] En effet, d’un côté Ewell avait reçu pour instruction de Lee de dégager Stuart puis de se joindre à Hill dans le but de lancer un assaut massif contre le flanc de Meade aux alentours de Bristoe Station ou Manassas, il ne pouvait donc pas perdre son temps à se battre contre le seul corps de Warren et de son côté, celui-ci, se sachant relativement isolé, préféra repartir vers Cattlett Station sous la protection de la cavalerie avant de reprendre la route que le reste de l’Armée du Potomac avait emprunté pour rejoindre Centreville.[31] Aux alentours de 11h00, les combats s’étaient éteints et la course de vitesse avait repris.

Pendant qu’Ewell combattait à Auburn, Hill, de son côté, progressait vers New Baltimore qu’il atteignit vers 8h30. Apprenant que des forces fédérales se trouvaient sur la route menant de Greenwich à Buckland Mills, Hill décida d’envoyer la division d’Anderson à l’intersection de la route empruntée par les fédéraux et celle sur laquelle il se trouvait lui-même. Dans le même temps, ses deux autres divisions, sous Heth et Wilcox, quittèrent la route pour passer le long du flanc nordiste avant de tourner brusquement pour se positionner sur leurs arrières et les attaquer en tenaille. Cependant, les sudistes ne trouvèrent aucune force fédérale. Seul la division de cavalerie de Fitzhugh Lee, tout juste réunifiée, rencontra brièvement celle de Kilpatrick avant que ces derniers ne se replient vers Gainesville. Fitzhugh Lee commis alors une erreur en poursuivant les cavaliers nordistes, laissant Hill sans cavalerie pour lui éclairer la route puisque Stuart progressait, lui, sur le flanc droit de Ewell.[32]
Ne trouvant aucune force fédérale sur son chemin, Hill remit son corps d’armée en marche vers Bristoe Station, espérant y trouver le flanc gauche nordiste où à tout le moins l’arrière garde. Au même moment, Meade, sachant Warren en retard par rapport au reste de la colonne fédérale, ordonna à Sykes et son 5ème corps, d’attendre à Bristoe Station que le 2ème soit en vue afin d’ainsi être en mesure de lui porter assistance dans l’éventualité où une force confédérée l’intercepterait. Meade savait l’Armée de Virginie du Nord très proche et ne voulait prendre aucun risque.[33] Aux alentours de 11h, les premières troupes de Heth arrivèrent à Bristoe Station et aperçurent des éléments du 5ème corps qui se mettaient en route vers le Nord. En effet, Warren était en vue et Sykes mit son corps en marche comme prévu. Ainsi, pensant avoir trouvé l’arrière garde de l’Armée du Potomac, Hill ordonna à Heth de se porter à l’attaque des fédéraux. Mais ni Hill, ni Heth n’avaient remarqué que Warren arrivait lui aussi à Bristoe Station par le sud et celui-ci n’hésita pas à prendre de flanc et par surprise les troupes de Heth déclenchant la bataille de Bristoe Station.[34] Hill subit des pertes importantes lors de cet engagement, aux alentours de 1900 hommes contre 300, et, une fois la surprise passée, il ne fut pas en mesure de prendre le dessus sur le seul corps de Warren qui lui, se replia à la nuit tombée pour rejoindre le gros des troupes en route vers Centreville.[35] Bien qu’il reçu l’arrivée du corps de Ewell en fin de journée, Lee ne l’engagea pas comprenant que cela était vain, Meade avait refusé le combat et était maintenant trop loin pour pouvoir être intercepté avant d’atteindre les fortifications de Centreville.[36]

Figure 66: Offensive confédérée entre les 9 et 15 octobre

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Source: Second North Virginia Campaign, october 9-15, 1863, Bristoe Station Mobile Tour.

A la suite de la bataille, Lee avança ses troupes jusqu’aux abords de Manassas Junction mais maintenant certain que Meade s’était retranché en bon ordre derrière les défenses de Centreville et qu’il ne pouvait se maintenir dans cette région car elle n’avait rien à offrir à son armée affamée, il décida que ne pouvant plus rien gagner de cette campagne, il était plus sage de se replier derrière la Rappahannock.[37] Le 16 octobre, l’Armée de Virginie du Nord commença à marcher vers le Sud le long de la Orange and Alexandria Railroad, que ses hommes détruisirent au fur et à mesure de leur retraite, avec les cavaliers de Stuart responsables d’en protéger les arrières. Une fois encore, Meade ne se lança pas pleinement dans la poursuite, chargeant seulement ses cavaliers de cette tâche. Pleasonton mit ses trois divisions en route pour poursuivre les confédérés mais le 18, alors que l’infanterie sudiste traversait Rappahannock Station pour établir une ligne de défense derrière la rivière, Stuart parvint à lui tendre une embuscade à Buckland Mills où les fédéraux de la division de Kilpatrick échappèrent de justesse à un piège qui aurait pu leur coûter plus cher et qui surtout les força à battre en retraite.[38] Les cavaliers nordistes se montrèrent donc complètement incapables de gêner la retraite sudiste et Lee atteignit la Rappahannock sans encombre.

Aucune des deux armées ne bougera plus avant début novembre, les confédérés défendant les gués à Rappahannock Station et Kelly’s Ford alors que Meade avait fait quitter Centreville à son armée le 19 octobre pour se rapprocher de leurs positions. Le 7 novembre, sous pression de Washington d’attaquer l’armée sudiste, Meade décida de pousser ses forces via les gués de la rivière. Le commandant nordiste avait un temps envisagé de déplacer ses forces vers Fredericksburg pour lancer une attaque vers Richmond. Mais finalement, devant l’opposition de Lincoln à ce plan, il lança le 3ème corps de French contre Kelly’s Ford et la division de Rodes alors que le 6ème de Sedgwick se porta à l’assaut à Rappahannock Station contre la division d’Early. Après une attaque soudaine des fédéraux à la tombée de la nuit, ayant perdu le contrôle des deux gués et voyant que le plan qu’il avait préparé pour contrer l’attaque de Meade avait échoué, Lee décida de replier son armée entre Gordonsville et Verdiersville derrière la Rapidan, qu’il refranchit le 9 novembre, mettant fin à la campagne de Bristoe Station et ramenant ainsi les deux armées à leurs points de départ puisque Meade, une fois la Rappahannock franchie, regroupa l’Armée du Potomac dans la région de Brandy Station.[39]

Figure 67: Contre-offensive fédérale entre le 16 octobre et le 10 novembre

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Source: Second North Virginia Campaign, october 16 – november 10, 1863, Bristoe Station Mobile Tour.

Après un peu plus d’un mois de manœuvres intenses et alors que l’hiver s’approchait, les deux armées avaient la volonté de prendre leurs quartiers d’hiver. Cependant, à Washington, les dirigeants fédéraux ne voyaient pas la chose de la même manière et Meade subissait toujours des pressions de Lincoln et Halleck pour se porter à l’attaque et tenter une dernière fois de porter un coup dur à l’Armée de Virginie du Nord avant que la saison de campagne 1863 ne touche à sa fin sur le théâtre de Virginie.[40] Ce dernier fut donc contraint de chercher une ouverture dans la ligne défensive de l’armée de Lee qu’il pourrait exploiter. Ce fut finalement vers la droite de la ligne confédérée que son attention fut attirée à la suite de reconnaissances de ses cavaliers. En effet, les sudistes avaient déployés moins d’hommes pour tenir les gués de la Rapidan et de plus, leur flanc droit n’était ancré à aucun obstacle naturel, il pouvait donc plus facilement être contourné. Le plan de Meade reposait également sur la présence dans le secteur de deux routes orientées est-ouest et passant sur les arrières des forces sudistes, routes qui pouvaient donc favoriser une attaque de flanc.[41] Le commandant nordiste prévit donc de faire passer le gué de Culpeper Mine Ford au 1er et 6ème corps de Newton et Sykes, de descendre le long de la Orange Plank Road et d’ensuite les faire obliquer vers l’Ouest pour flanquer la ligne confédérée. Dans le même temps, le 2ème corps de Warren franchirait la rivière à Germana Ford, pour ensuite prendre la Orange Turnpike et, comme les deux autres, se diriger ensuite vers l’Ouest. Enfin, les 3ème et 6ème corps de French et Sedgwick devaient eux franchir la Rapidan à Jacob’s Ford et s’attaquer directement aux forces confédérées pendant que les autres manœuvraient pour flanquer les sudistes. La défense de la droite confédérée revenait au général Early, qui avait pris le commandement du corps d’Ewell à la suite de la blessure de ce dernier et la gauche était tenue par le corps de Hill.[42] Meade espérait pourvoir faire frapper l’ensemble de ses corps avant que les confédérés n’aient le temps de concentrer leurs forces pour faire face à cette attaque et ainsi disposer d’une supériorité numérique locale largement supérieure à deux pour un.[43]
Initialement prévue pour le 24, l’attaque fut retardée en raison de la météo défavorable. Un délai que Lee n’hésita pas à exploiter pour renforcer sa droite en usant, comme lignes intérieures, des routes que Meade comptait exploiter pour son offensive.[44]

Après une manoeuvre entamée le 26, l’Armée du Potomac se trouvait sur la rive sud de la Rapidan dès le 27 au matin, bien que French fut contrait de changer ses plans en faisant finalement traverser une partie de son corps à Germana Ford ce qui ne manqua pas de faire perdre aux nordistes la vitesse d’exécution nécessaire pour surprendre Lee. Meade fit progresser les corps de Warren et Sedgwick le long de la Orange Turnpike mais ceux-ci furent stoppés à Robinson’s Tavern par les divisions de Rhodes et Hays venues à leur rencontre. Dans le même temps, le 3ème corps de French fut lui aussi arrêté à Payne’s Farm par la division de Johnson alors qu’il remontait vers Jacob’s Ford. Enfin, le long de la Orange Plank Road, Stuart d’abord et Heth ensuite bloquèrent la progression de Sykes à New Hope Church.[45] Très vite, Lee se rendit compte que l’offensive fédérale lui offrait l’opportunité de livrer une bataille défensive lors de laquelle il espérait infliger de lourdes pertes à ses opposants. Il décida donc de faire replier ses forces derrière la Mine Run, une petite rivière, affluant de la Rapidan, orientée nord-sud et coupant perpendiculairement les deux routes, et d’y faire fortifier ses nouvelles positions durant la nuit.[46]

Le 28 novembre, les généraux nordistes allèrent étudier les défenses sudistes afin de décider de la stratégie à mettre en place pour la bataille à venir. Sur la requête de Warren, il fut décidé de concentrer l’effort contre la droite confédérée où celui-ci attaquerait en tête avec French et Newton en soutien pendant que Sedgwick mènerait une action de diversion sur la droite.[47] Mais le 29, les cavaliers sudistes menèrent un raid contre la gauche fédérale, causant de la sorte une hésitation dans le chef de Meade qui fut conduit à se demander si Lee ne prévoyait pas lui-même de passer à l’attaque, auquel cas il était plus prudent de rester attentiste pour profiter de l’avantage de la défense. Avec le nouveau délai ainsi gagné Hill, qui tenait la droite sudiste, pu renforcer ses positions.[48] Au soir du 29, Meade maintenant conscient que Lee n’allait pas attaquer, confirma à Warren de lancer son attaque dès le lendemain matin. Mais alors que ce dernier avançait à l’aube du 30 novembre, il découvrit que les sudistes disposaient maintenant de bien plus solides positions et stoppa sa progression pour en informer Meade. Conscient de l’impossibilité d’attaquer la ligne défensive confédérée sans avoir à subir de lourdes pertes, le commandant nordiste eut à choisir entre accepter cet état de fait et risquer la chose ou se retirer derrière la Rapidan et mettre fin à la campagne sachant très bien que la nouvelle ne serait guère appréciée à Washington. Afin de tout de même disposer d’un certain appui, Meade fit tenir un conseil de guerre qui entérina la décision de la retraite vers la rive nord de la Rapidan afin d’y installer les quartiers d’hiver de l’Armée du Potomac et attendre de nouvelles opportunités l’année suivante. La retraite fédérale se fit dans la nuit du 1 au 2 décembre.[49]
De l’autre côté, Lee, qui attendait l’attaque fédérale avec impatience, espérant user de l’avantage défensif pour, comme à Fredericksburg, infliger un coup dur à l’armée fédérale, finit par s’impatienter et décida de lancer sa propre attaque le 2 décembre mais comme à Chancellorsville, les sudistes attaquèrent alors que les fédéraux s’étaient retirés dans la nuit et l’opportunité fut perdue.[50]
A la suite de cette offensive, qui prit le nom de campagne de Mine Run, l’armée du Potomac perdit environ 1300 hommes contre 700 de l’autre côté et les deux armées s’installèrent alors pour l’hiver de part et d’autre de la Rapidan.[51]

Le résultat de la seconde campagne de Virginie du Nord ressemble à un coup d’épée dans l’eau, une campagne pratiquement inutile tant elle ne modifia pas ou peu la situation sur le théâtre de Virginie. Ni Meade, ni Lee ne parvinrent à atteindre leurs objectifs. Meade échoua à engager l’Armée de Virginie du Nord et à profiter de sa supériorité numérique mais il fut tout de même en mesure, grâce à son approche extrêmement prudente, de prévenir tout risque d’un succès confédéré et au final parvint à regagner tout le terrain perdu durant sa retraite. De son côté, Lee échoua lui aussi à gagner des points en ne parvenant pas à forcer Meade au combat en terrain découvert et il ne fut pas non plus en mesure de conserver le terrain gagné. Son seul succès dans cette campagne fut donc de tenir en échec une force presque deux fois plus grande pendant que l’action stratégique principale se déroulait ailleurs, au Tennessee. Car c’est là la raison de cette apparente faible importance de la seconde campagne de Virginie du Nord. Pour la première fois de la guerre, la Confédération choisit d’interconnecter deux théâtres afin d’augmenter ses chances de succès sur l’un, le Tennessee, alors que l’autre perdit momentanément en importance avec une approche plus défensive.

Au final, si sur le plan tactique la campagne était un match nul, sur le plan stratégique le fait qu’une fois encore une campagne en Virginie ne débouche sur rien avait pour conséquence que l’ascendant allait, de peu, aux confédérés, leur objectif principal, n’en déplaise à Lee, étant de tenir en respect l’Armée du Potomac, ce qu’ils firent. Mais il convient de se demander si l’Armée de Virginie du Nord n’aurait pas mieux fait de camper sur ses positions fortes pour bloquer les fédéraux plutôt que de se lancer dans une campagne de manœuvres au cours de laquelle elle perdit environ 5000 hommes contre autant pour le Nord dans une série de petites batailles et d’escarmouches ne débouchant sur rien puisque les deux camps refusèrent le combat tour à tour. Une approche strictement défensive lui aurait certainement couté moins cher. Certes cela aurait pu également avoir pour conséquence de permettre à l’Union de déployer plus de troupes vers le Tennessee mais l’histoire montra que les seuls deux corps y ayant été envoyés permirent déjà de faire pencher la balance pour l’Union sur ce théâtre.
Plus que jamais, Lee avait compris qu’il lui faudrait maintenant rester sur la défensive afin de permettre à son armée éprouvée de reprendre des forces et se préparer à de nouvelles attaques du Nord, dont la puissance militaire croissait avec le temps, alors que des généraux compétents émergeaient progressivement à sa tête.


[1] Shelby FOOTE, op.cit., page 679.

[2] Idem, page 811.

[3]Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 425.

[4]SALMON John S., The Official Virginia Civil War Battlefield Guide, Mechanicsburg: Stackpole Books, 2001, p. 217.

[5] Ibid.

[6]James McPHERSON, op.cit., page 735.

[7] John SALMON, op.cit., page 217.

[8]Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 425.

[9]James McPHERSON, op.cit., page 740.

[10]Ibid.

[11]John SALMON, op.cit., page 218.

[12]Shelby FOOTE, op.cit.,  page 899.

[13]John SALMON, op.cit., page 219.

[14] Ibid.

[15]Idem, page 220.

[16]Ibid.

[17]Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pp. 425-246.

[18]Shelby FOOTE, op.cit., page 900.

[19]John SALMON, op.cit., page 220.

[20]Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 426.

[21]Shelby FOOTE, op.cit., page 902.

[22]John SALMON, op.cit., page 220.

[23]Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 426.

[24]John SALMON, op.cit., page 220.

[25]Shelby FOOTE, op.cit., pages 902-903.

[26]John SALMON, op.cit., page 221.

[27] FLOYD Dale E., LOWE David W., Auburn, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; John SALMON, op.cit., page 221.

[28]Ibid.

[29]Idem, page 222.

[30]FLOYD Dale E., LOWE David W., Auburn II, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; John SALMON, op.cit., page 222.

[31]Ibid.

[32]Idem, page 223.

[33]Ibid.

[34]Ibid.

[35]Shelby FOOTE, op.cit., page 907. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Bristoe Station, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[36]Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 426.

[37]Shelby FOOTE, op.cit., pages 907-908.

[38]John SALMON, op.cit., page 224.

[39] Shelby FOOTE, op.cit., page 916. ; John SALMON, op.cit, page 225.

[40]Idem, page 242.

[41]Ibid.

[42]Ibid.

[43] Shelby FOOTE, op.cit., page 916

[44]John SALMON, op.cit., page 242.

[45] FLOYD Dale E., LOWE David W., Mine Run, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; John SALMON, op.cit., page 244.

[46]Ibid.

[47] Shelby FOOTE, op.cit., page 1001.

[48]John SALMON, op.cit., page 242.

[49]Idem, page 245.

[50]Shelby FOOTE, op.cit., page 1004.

[51]Ibid.

La campagne de Pennsylvanie

Après sa victoire tactique à Chancellorsville lors de la seconde campagne de la Rappahannock, l’Armée de Virginie du Nord se trouvait dans un état de confiance certain, un niveau qu’elle n’avait plus atteint depuis le lancement de la campagne du Maryland et le général Lee entendait bien exploiter cet état des choses pour frapper le Nord.[1]

De l’autre coté de la Rappahannock, l’Armée du Potomac était ébranlée psychologiquement mais pas vaincue, elle représentait toujours une masse plus importante que sa contrepartie sudiste et n’avait pas cédé le moindre pouce de terrain puisque les deux armées avaient repris leurs positions initiales autour de Falmouth et Fredericksburg. Par contre, Hooker, le commandant en chef de l’Armée du Potomac, avait, lui, complètement perdu pied. Celui-ci avait perdu sa volonté de combattre et craignait à présent d’entreprendre toute action pouvant le mener à une nouvelle défaite, si bien qu’il en était presque paralysé et allait, comme McClellan avant lui, se retrancher derrière de fausses raisons pour justifier son inaction, telles que  la supériorité numérique des forces adverses ou l’impréparation de ses propres troupes. A Washington, l’impact de la défaite fut également important, Lincoln fut ébranlé par la nouvelle de la défaite, se souciant de la réaction de la population à l’annonce de ce nouvel échec sur le théâtre de Virginie qui, rappelons le, était le plus important de tous sur le plan symbolique.[2]

Mais c’était assurément au Sud que la situation était la plus critique. Entre la fin de la seconde campagne de la Rappahannock et le début de celle de Pennsylvanie, Grant renouvela, au début du mois de mars, sa tentative de s’en prendre à Vicksburg après son échec du début de l’année. Mais cette fois, pour éviter de voir à nouveau ses lignes d’approvisionnement harcelées par la cavalerie sudiste, il opta pour une approche via la rive occidentale du Mississippi et comptait user des ressources se trouvant sur son passage pour approvisionner son armée. Dans le même temps, au mois d’avril, Banks mena, dans le sud de la Louisiane, une petite campagne contre les forces sudistes présentes dans la région avant de lui aussi partir assiéger l’autre place forte sudiste sur le Mississippi, Port Hudson, à partir de la fin mai. En contre partie, le commandant des forces sudistes en Louisiane, le général Richard Taylor se préparait à lancer à son tour une petite campagne de harcèlement contre les forces fédérales dans le but double de gêner celles gardant La Nouvelle Orléans et de pousser Banks à interrompre son siège. Toujours sur le théâtre du Mississippi, mais dans le Tennessee, craignant que Bragg n’envoie des renforts pour défendre Vicksburg, Rosecrans allait, à la fin juin, lancer une petite campagne contre la ligne défensive sudiste dans le but de les y tenir occupés.

Enfin, le long des côtes de Caroline du Sud, la marine de l’Union entama, au début du mois d’avril, les premières opérations contre le port de Charleston.
Dans l’ensemble, l’Union se lançait à ce moment dans des actions contre d’importants points stratégiques de la Confédération, démontrant la situation précaire dans laquelle celle-ci se trouvait et prouvant la nécessité d’une action majeure pour le sud.

Faisant face à ce contexte, Lee mit au point un plan d’action visant à justement renverser la vapeur et à, au minimum, améliorer la situation stratégique de la Confédération voire peut-être même à mettre un terme à la guerre. Se basant sur l’aura d’invincibilité entourant l’Armée de Virginie du Nord, Lee allait de nouveau chercher à envahir le territoire de l’Union. Ce faisant, il avait des objectifs sensiblement similaires à ceux qui avaient déjà animé sa première tentative de porter la guerre dans les états du Nord, lors de la campagne du Maryland l’année précédente. A savoir, soulager la pression exercée sur le nord de la Virginie où deux armées s’approvisionnaient abondamment depuis près d’un an et porter le fardeau dans les états du Nord où l’Armée de Virginie du Nord, en grand manque, pourrait s’approvisionner, couper les connections entre les grandes villes de la côte est et l’Ouest, renforcer politiquement les pacifistes du Nord et remettre à l’ordre du jour une éventuelle reconnaissance de la Confédération par les puissances européennes.[3] Mais il avait également pour volonté de forcer l’Union à redéployer des forces alors présentes sur le front du Mississippi dans le but d’y alléger la pression stratégique exercée sur le Sud. Lee estimait en effet qu’en menaçant Washington et les autres grandes villes du Nord-Est, Lincoln et Halleck seraient contraints de faire venir des renforts. Il escomptait principalement que cela forcerait Grant à interrompre sa campagne contre Vicksburg.[4] Lee se rendit à Richmond pour rencontrer le président de la Confédération, Jefferson Davis, pour lui soumettre sa proposition et demander son approbation. Son plan d’action consistait à déplacer l’ensemble de son armée, renforcée par les divisions de Longstreet et des recrues, depuis les abords de Fredericksburg vers la vallée de la Shenandoah et d’ensuite descendre celle-ci pour franchir le Potomac et entrer dans le Maryland à l’ouest des Blue Ridge Mountains et continuer vers la Pennsylvanie, remontant de la sorte la vallée de la Cumberland. Une fois arrivée là, l’armée confédérée aurait à livrer, et surtout à remporter, une bataille contre l’armée fédérale – qu’elle soit renforcée ou pas – tout en cherchant à la détruire complètement pour pouvoir ensuite fondre si besoin sur Washington et éventuellement d’autres villes du Nord, ce qui devrait porter un coup majeur à l’Union et à sa volonté de poursuivre la guerre.[5] Davis étudia également d’autres possibilités d’action stratégique mais fini par sanctionner la proposition de Lee, lui laissant les mains libres pour conduire sa campagne.[6]

Deux autres plans furent envisagés. Le premier, pensé par Longstreet, consistait à envoyer les deux divisions que Longstreet avait prises avec lui en Caroline du Nord quelques mois plus tôt dans le Tennessee pour y renforcer les troupes de Bragg, et si besoin y adjoindre une partie des troupes de Johnson, dans le but de prévaloir sur les forces fédérales de Rosecrans et potentiellement reprendre le Tennessee occidentale, le Kentucky, voire même pousser jusqu’en Ohio. Un tel développement aurait peut-être pu forcer Grant à se retirer des abords de Vicksburg mais sans pour autant le garantir. Le second plan, cette fois conceptualiser par James Sedon, le ministre confédéré de la guerre, prévoyant d’envoyer ces mêmes troupes directement à Vicksburg pour renforcer Johnson et Pemberton contre Grant et le forcer à se retirer avant de se porter sur le Tennessee et Rosecrans. Cependant, une fois informé de ces propositions, Lee vint en tempérer la potentialité. Premièrement, il craignait que l’Armée de Virginie du Nord, sans les deux divisions de Longstreet, ne soit pas assez forte pour contrer une nouvelle tentative de l’Armée du Potomac en Virginie. Deuxièmement, il estima qu’étant donné le piteux état des routes et voies de chemin de fer de la Confédération, l’avantage des lignes intérieures, dont celle-ci disposait en théorie, ne s’appliquait pas en pratique et qu’il faudrait dès lors plusieurs semaines aux troupes de Longstreet pour faire le voyage, risquant ainsi de laisser le temps aux fédéraux de potentiellement réaliser d’importants progrès. Cependant, Lee soutint au contraire qu’une fois le mois de juin arrivé, Grant ne pourrait se maintenir dans la région en raison de son climat particulier. De la sorte, le déploiement de renforts dans la région n’était, selon lui, pas nécessaire et l’effort de guerre devait être poussé dans autre direction.[7]

Dans le même temps, au Nord, Hooker avait le 13 mai, dans le but de contenter Lincoln, établit l’ébauche d’un plan d’action consistant à attaquer l’Armée de Virginie du Nord directement sur ses positions de Fredericksburg dans le but de contenter Lincoln. Cependant, le Président américain ne l’entendait pas de cette oreille et dans un premier temps ordonna à Hooker de tenir ses positions dans le nord de la Virginie avec pour objectif de défendre Washington.[8] Lincoln agit dans ce sens car il savait que l’Armée du Potomac traversait une crise de commandement et que lancer une nouvelle attaque dans cette situation aurait immanquablement conduit à un nouveau désastre. En effet, comme cela avait été le cas après la défaite de Fredericksburg, plusieurs officiers supérieurs communiquèrent directement avec le Président après Chancellorsville, court-circuitant Hooker, pour exprimer leurs insatisfactions envers le commandant en chef de l’Armée du Potomac et ses décisions. Sagement, Lincoln décida donc de régler la crise avant d’entreprendre toute nouvelle campagne.

L’Armée du Potomac, comme nous l’avons déjà dit restait une force conséquente, avoisinant les 90 000 hommes répartis en sept corps, tous fort de trois divisions sauf les 3ème et 12ème qui n’en comptaient que deux. Dans l’ensemble les différents corps étaient toujours sous les mêmes commandements que lors de la seconde campagne de la Rappahannock. La seule différence résidait dans le 2ème corps qui se trouvait à présent sous la direction du général Winfield Scott Hancock suite à la demande de Couch de se voir attribuer le commandement du département de la Susquehanna où il se trouva à la tête de la milice. Enfin, l’ensemble des unités de cavalerie restaient regroupées en une seule force dorénavant placée sous les ordres de Pleasonton et non plus de Stoneman à qui Hooker avait retiré son commandement, lui reprochant la défaite de Chancellorsville.[9] A ces troupes, il convient d’ajouter les troupes du 8ème corps présentes dans la vallée, à Winchester et Martinsburg, sous le commandement du général Robert Huston Milroy, et à Harpers Ferry sous celui du général William Henry French.

De l’autre côté, fraichement renforcé par le retour des deux divisions de l’aile de Longstreet et l’arrivée de recrues, Lee pouvait compter sur approximativement 70 000 hommes. Il décida donc, également pour compenser la perte de Jackson, de réorganiser l’Armée de Virginie du Nord en trois corps de trois divisions. Le 1er corps sous Longstreet, le 2ème sous Ewell, qui reprenait enfin du service après avoir été blessé lors de la bataille de Groveton, et le 3ème sous A.P. Hill. De plus, chaque division disposait d’un bataillon d’artillerie. La cavalerie, forte de six brigades, restait sous le commandement de Stuart, ce à quoi il faut ajouter la brigade indépendante du général John Daniel Imboden.[10]

Ce fut finalement Lee qui bougea le premier et ainsi saisi l’initiative stratégique. La crise de commandement au sommet de l’Armée du Potomac n’étant pas résolue, celle-ci resta jusqu’alors positionnée dans une attitude défensive. Ainsi le 3 juin, Lee fit partir dans un premier temps les 1er et 2ème corps, ainsi que la cavalerie, vers Culpeper où les derniers éléments arrivèrent dans le courant du 8 juin.[11] Rapidement informé du départ d’une partie de l’armée confédérée, Hooker décida le 5 juin de faire traverser la Rappahannock au corps de Sedgwick pour lui faire tester les positions sudistes autour de Fredericksburg. Hooker entendait ainsi chercher s’il était possible d’exploiter la situation. Mais le dernier corps confédéré présent, celui d’A.P. Hill, réalisa une démonstration en force suffisamment convaincante pour faire croire à Sedgwick que l’Armée de Virginie du Nord était toujours bien là.[12] Hooker, estimant que cela allait en contradiction avec les rapports de ses services de renseignements, décida d’envoyer la cavalerie de Pleasonton dans un raid de reconnaissance contre Culpeper le 9 juin.[13] Ce faisant, les cavaliers nordistes prirent par surprise leur contrepartie sudiste déclenchant de la sorte le plus grand engagement de cavalerie de la guerre lors de la bataille de Brandy Station.[14] Stuart, bien que pris au dépourvu s’avéra finalement capable de repousser la cavalerie fédérale qui se replia, estimant sa mission de reconnaissance menée à bien puisque Pleasonton pouvait maintenant confirmer que l’Armée de Virginie du Nord s’était mise en mouvement vers l’Ouest. Brandy Station ne fut pas sans conséquence sur la suite de la campagne. Stuart, qui avait déjà vu ses cavaliers se faire accrocher sévèrement lors de la bataille de Kelly’s Ford un peu moins de deux mois plus tôt par les cavaliers fédéraux – ce à quoi ils n’étaient pas habitués – fut pour le moins émoussé par ce nouvel affront qui fut relayé dans la presse sudiste qui lui reprocha son laxisme dans cette affaire. D’un caractère très orgueilleux, Stuart allait vouloir redorer son blason ce qui allait avoir d’importantes conséquences. De l’autre côté, le moral des cavaliers fédéraux était en hausse depuis Kelly’s Ford et la décision de Hooker de regrouper toute sa cavalerie en une seule force commençait à porter ses fruits, les cavaliers sudistes n’allaient plus jamais être capable de dominer le jeu sur le théâtre de Virginie comme ils l’avaient fait jusqu’alors.

Le 9 juin, Lee ordonna à Ewell de mettre son corps d’armée en mouvement vers la vallée de la Shenandoah via Chester’s Gap en direction de Front Royal. Lee profita de la connaissance que la majeure partie des hommes d’Ewell avaient déjà de cette vallée suite à la campagne qu’ils y avaient livrée sous le commandement de Jackson l’année précédente.[15]

Le 13 juin, maintenant certain que Lee dirigeait la majorité de ses forces vers la vallée, Hooker ordonna enfin à l’Armée du Potomac de faire mouvement à son tour vers Manassas. Précédemment, le commandant nordiste envisagea l’idée de profiter du départ de Lee pour partir vers le sud et attaquer Richmond mais une fois informé, Lincoln le lui interdit formellement estimant que l’objectif de l’Armée du Potomac devait être l’armée de Lee et non pas la capitale confédérée.[16] Ce faisant, et pour la première fois de la guerre, le Nord parvint à identifier le centre de gravité de la Confédération sur le front de Virginie et à enfin diriger ses moyens dans la bonne direction. Le même jour, A.P. Hill mit lui aussi son corps en marche à la suite du reste de l’Armée de Virginie du Nord.[17] Au même moment, Ewell arrivait aux abords de Winchester où le commandant de la garnison, le général Milroy avait dès le 10 juin rapporté ce qu’il qualifia d’important raid confédéré au sud de la ville et s’était donc vu intimer l’ordre de se replier sur Harpers Ferry. Cependant, Milroy s’avéra lent à réagir et fut, du 13 au 15 juin, attaqué par les éléments de tête du corps d’Ewell alors qu’il tentait de se replier.[18] Il résultat de cette seconde bataille de Winchester que Milroy perdit près du tiers de ses effectifs et que les autres forces fédérales présentes dans la vallée se replièrent sur Maryland Heights, sur la rive Nord du Potomac juste au dessus d’Harpers Ferry, ce qui livra l’ensemble de la vallée aux sudistes que précédaient la brigade de cavalerie du général Albert Gallatin Jenkins.[19]

A la date du 17 juin, l’armée fédérale avait atteint Manassas alors que celle de Lee était répartie sur près de 100 km. Le 2ème corps d’Ewell se trouvait aux abords de Hagerstown après avoir commencé à franchir le Potomac le 15 juin à Williamsport, le 1er corps de Longstreet gardait Snicker’s et Ashby’s Gap, protégeant ainsi la droite d’Ewell et les passes menant à la vallée de la Shenandoah et le 3ème corps de A.P. Hill fermait la marche à Culpeper.[20]

Entre le 17 et le 24 juin, trois combats de cavalerie se dérouleront à l’est des Blue Ridge Mountains, le 17 à Aldie, du 17 au 19 à Middleburg et le 21 à Upperville. L’objectif de ces combats étaient pour les cavaliers des deux camps d’une part de percer l’écran adverse dans le but de pouvoir reconnaitre la position des corps d’infanterie et d’autre part d’assurer l’imperméabilité de son propre écran pour prévenir une percée ennemie. A ce petit jeu, ni Pleasonton, ni Stuart ne s’imposèrent mais si les sudistes restèrent de la sorte dans l’ignorance de la position de l’Armée du Potomac, ce n’était pas le cas pour les nordistes dont les services de renseignements informèrent Hooker de la position des forces sudistes.[21]

Au soir du 24, l’ensemble des forces confédérées se trouvaient sur la rive nord du Potomac alors que, le même jour, Hooker ordonna à l’ensemble de ses corps d’armée de se mettre en mouvement vers Frederick. De façon assez surprenante mais non dépourvue de logique, Lincoln fut content d’apprendre que l’entièreté de l’Armée de Virginie du Nord se trouvaient maintenant au nord du Potomac, il estimait que cela rendait à l’Union l’occasion de détruire l’intégralité de l’armée de Lee alors qu’elle se trouvait éloignée de ses bases, occasion qu’avait laissé passer McClellan l’année précédente lors de la campagne du Maryland.[22]

Pendant ce temps, le 23 juin, Stuart avait enfin reçu l’autorisation qu’il attendait tant de la part de Lee, celle de prendre trois brigades de cavalerie pour se lancer dans un raid autour de l’armée fédérale, obtenant ainsi l’occasion de laver son honneur ternit par la bataille de Brandy Station.[23] La polémique existe toujours aujourd’hui pour savoir si Lee lui avait volontairement laissé une grande liberté de manœuvre ou si Stuart avait lui même prit cette liberté sans se soucier des ordres. Quoiqu’il en soi, le 25 juin, Stuart se lança dans un nouveau raid qui n’allait pas manquer d’impact sur la campagne. Il laissa les brigades de Beverly Holcombe Robertson et Jones en poste sur le versant oriental des Blue Ridge Mountains pour en garder Ashby’s Gap et Snicker’s Gap et prit celles de Hampton, W.H.F. Lee – commandée par le colonel John Randolph Chambliss suite à la blessure de Lee à Brandy Station – et Fitzhugh Lee pour partir vers l’Est, vers Manassas, avant de remonter vers le Nord afin de trouver un passage au travers du Potomac et de la sorte pénétrer dans le Maryland et la Pennsylvanie. Cependant, très vite les cavaliers sudistes se trouvèrent en difficulté, coincés entre d’une part plusieurs unités d’infanterie fédérales n’ayant pas encore traversé le Potomac et d’autre part le fleuve en lui-même où ils ne parvinrent pas à trouver un passage avant le 27 juin, un peu à l’ouest de Great Falls, à Seneca Creek.[24] Ils eurent même à livrer un rapide combat avec des soldats du 2ème corps fédéral près de Fairfax Court House le même jour. Par la suite, Stuart chevaucha sur la droite de la colonne fédérale et se retrouva de la sorte isolé de l’Armée de Virginie du Nord durant près d’une semaine et dès lors incapable de lui fournir des renseignements sur la position de l’Armée du Potomac et sa force.[25]

La menace que représentait l’invasion de l’Armée de Virginie du Nord força, le 9 juin, Lincoln a faire appel aux milices d’états dans le but de défendre la région au maximum. 33 000 hommes répondirent à l’appel sur les 100 000 qu’espérait le gouvernement fédéral, essentiellement depuis la Pennsylvanie et l’état de New York. Pour les intégrer, Halleck créa deux nouveaux départements, celui de Susquehanna et celui de la Monongahela. Le premier fut placé sous le commandement du général Couch et le second sous celui du général William Thomas Harbaugh Brooks. Les miliciens de Couch tentèrent vainement de ralentir la progression confédérée lors de la campagne. Une première fois à Greencastle lors d’une escarmouche contre lGreenes cavaliers de Jenkins qui progressaient à l’avant de la colonne sudiste. Le 26 juin, une partie des hommes de Couch livrèrent un autre rapide combat à Gettysburg contre la division d’Early qui avançait vers York et furent rapidement repoussés pour finalement se replier sur la rive nord de la Susquehanna en brûlant derrière eux le pont enjambant la rivière à Wrightsville.[26] Enfin, une autre partie de la milice se trouvait à Harrisburg où elle tenait en respect les cavaliers de Jenkins après avoir vainement tenté de les ralentir lors d’un engagement à Sporting Hill le 30 juin. Les miliciens livreront encore un dernier combat contre Stuart le 1er juillet à Carlisle, juste avant que celui-ci ne se désengage pour rejoindre le gros de l’armée confédérée à Gettysburg.

Dans l’ensemble, la progression sudiste s’avéra relativement dépourvue de difficultés et Lee n’avait pas manqué de fournir des ordres stricts à ses hommes. Celui-ci souhaitait à tout prix donner une bonne image de la Confédération et à ne pas s’aliéner la population locale. Ainsi, il interdit les pillages et autres actes malveillants à l’égard des civils. Cela n’empêcha pas les sudistes de compléter leurs approvisionnements en puisant dans les vastes ressources de la région mais ils le firent toujours en donnant des compensations, des billets et des reconnaissances de dettes confédérées même si tout cela allaient être sans valeur au final pour les nordistes. Le seul point sur lequel les sudistes fondirent sans compensation fut les propriétés publiques et les installations stratégiques. Ainsi, par exemple, lors de la prise de York, Early confisqua 28 000 dollars se trouvant dans les coffres de la ville. Les sudistes détruisirent également de nombreuses usines ou section de chemin de fer dans le but de gêner l’effort de guerre nordiste.[27]

Le 27 juin, impressionné par l’audace de Lee lors de sa progression en territoire fédéral, Hooker était toujours persuadé d’être en infériorité si bien qu’il décida d’imposer un ultimatum à Halleck. Soit celui-ci plaçait sous son commandement les différentes garnisons de la vallée de la Shenandoah qu’Halleck avait laissé à Maryland Heights dans le but de menacer les lignes de communications de Lee, soit il démissionnait. N’ayant pas encore réussi à résoudre la crise de commandement à la tête de l’Armée du Potomac et se souvenant que les appels incessants à des renforts en raison de la supposée supériorité numérique des forces ennemies avaient été la marque de fabrique de McClellan, Lincoln trancha finalement la question le 28 juin en acceptant la démission de Hooker et en plaçant à la tête de l’armée le général Meade qui céda son 5ème corps au général George Sykes.[28]

Le même jour, Stuart qui continuait à chevaucher vers le Nord captura 150 wagons de ravitaillement destiné à l’armée fédérale près de Rockville et les emmenèrent avec lui mais il n’avait toujours pas été en mesure de communiquer avec Lee si bien que celui-ci n’avait aucune connaissance de la position de l’armée fédérale. Jusqu’à ce moment, le commandant sudiste pensait les nordistes toujours sur la rive sud du Potomac. La faute du manque de renseignement ne revient pas uniquement à Stuart. Ce dernier n’avait pris avec lui que trois des six brigades de cavalerie, les trois autres et celle de Imboden étaient restées sous le commandement direct de Lee mais celui-ci ne les utilisa pas, certainement trop aveuglé par la confiance qu’il avait en Stuart.[29] Finalement, le 28 juin, l’un des éclaireurs de Longstreet, Henry Thomas Harrison, informa celui-ci de la véritable position de l’armée fédérale. Les 2ème, 3ème, 5ème et 6ème corps se trouvaient près de Frederick, les 1er et 11ème à Rohresville et le 12ème à Maryland Heights.[30]

A ce moment, les différents corps de l’Armée de Virginie du Nord étaient relativement dispersés à travers le sud de la Pennsylvanie. Longstreet et Hill étaient respectivement à Chambersburg et Greenwood alors qu’Ewell avait son corps dispersé entre York et Carlisle, les divisions de Rhodes et Johnson étaient à Carlisle et celle d’Early à York, à l’exception de la brigade de Gibbon qui était à Wrightsville. Ewell poursuivait jusqu’à présent vers Harrisburg qu’il avait pour mission de prendre. Les cavaliers de Jenkins se trouvaient eux sur la rive sud de la Susquehanna, en face de Harrisburg et ceux de Robertson et Jones gardaient toujours Ashby’s et Snicker’s Gap. La brigade indépendante de Imboden, elle, se trouvait à Hancock où elle coupait la ligne de chemin de fer du Baltimore & Ohio.[31]
Très vite, comprenant le danger, Lee fit parvenir des estafettes à ses différents commandants, leur ordonnant de se regrouper vers Cashtown pour se prémunir de la menace de voir ses forces isolées affronter l’Armée du Potomac. En conséquence, Ewell fut contraint de mettre un terme à sa progression vers Harrisburg qu’il ne prendrait jamais.[32] Lee ordonna également à ses subordonnés de ne pas engager de combat majeur tant que l’ensemble des troupes n’étaient pas rassemblées.[33]

Nouvellement aux commandes de l’Armée du Potomac, Meade ne se sentait dans un premier temps pas à la hauteur de la tâche. Sa première décision fut, le 29 juin, de rassembler ses forces derrière la Pipe Creek, estimant que l’armée confédérée étant en terrain ennemi, loin de ses bases, serait contrainte de prendre l’offensive. Meade jugea dès lors que c’était là la meilleure position défensive dans la région lui permettant de protéger Washington et Baltimore comme le lui avait intimé les instructions de Lincoln.[34]

Le 30 juin, les cavaliers de Stuart livrèrent un rapide combat de cavalerie à Hanover contre ceux de Kilpatrick qui, comme ceux de Gregg, parcouraient la droite de la colonne de progression fédérale dans le but de la protéger de la cavalerie sudiste. A cette occasion, Stuart apprit que la division d’Early était à York et décida de s’y rendre.[35]

Le même jour, Meade changea ses plans et décida de partir à la rencontre de Lee en ordonnant aux 1er et 11ème corps de progresser vers Gettysburg avec la division de cavalerie de Buford pour les devancer et au 3ème corps de marcher vers Emmitsburg.[36] L’objectif de ce déploiement était de sonder la région dans le but de trouver les forces confédérées. A son arrivée à Gettysburg, Buford apprit que ses éléments de tête avaient eu un bref accrochage avec ceux de la brigade du général James Johnston Pettigrew qui marchait lui aussi sur la ville dans le but de prendre possession d’une réserve de chaussures présente dans la ville et dont les hommes de l’Armée de Virginie du Nord avaient bien besoin. Pettigrew n’insista pas et se retira tout en rapportant l’évènement au commandant de sa division, le général Harry Heth, et à Hill. Aucun des deux n’avait encore été informé de la présence si proche des forces fédérales si bien, que pensant que c’était la milice qui tenait la ville, décidèrent d’en retenter la prise le lendemain mais cette fois avec la division complète de Heth.[37]

Très vite, Buford réalisa l’importance du terrain où il se trouvait. L’ensemble des routes de la région convergeaient toutes vers Gettysburg faisant de la ville un carrefour stratégiquement important. De plus, les collines présentes dans la région en faisait une zone aisément défendable ce que Buford ne manqua pas de remarquer également.[38] Ainsi, après avoir envoyé des éclaireurs pour reconnaitre la positions des forces confédérées, il décida de déployer sa division et de se préparer à repousser les troupes sudistes qui, pensait-il, allaient revenir le lendemain, tout en prévenant les deux corps d’infanterie le suivant de sa situation pour qu’ils viennent l’appuyer au plus vite.[39]

Figure 58: Progression des armées dans le Maryland et la Pennsylvanie

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Source: JESPEREN Hal, Gettysburg Campaign, June 3 – July 3, 1863, Cartography Services by Hal Jespersen.

A 5 heure du 1er juillet 1863, Heth mit sa division en marche depuis Cashtown vers Gettysburg suivi non loin derrière par celle de Pender. L’objectif de ce raid était double, non seulement les sudistes souhaitaient prendre possession de l’importante fabrique de chaussures de la ville mais plus important ils comptaient eux-aussi s’emparer du carrefour routier dont ils avaient également compris l’importance. Cependant, Lee avait initialement ordonné à tous ses commandants de ne pas s’engager dans des combats majeurs tant que l’ensemble de l’armée n’était pas regroupée, mais Heth, comme Hill, pensait la ville défendue par la milice et non par la cavalerie.[40] Aux alentours de 8 heure, les éléments avancés de Heth rencontrèrent les tirailleurs de Buford à Marsh Creek et continuèrent leur progression vers Gettysburg. Buford avait déployé ses deux brigades de façon à couper les trois voies d’accès vers la ville que pouvaient emprunter les confédérés. La première se trouvant sur McPherson Ridge et coupait la Chambersburg Pike qui venait de Cashtown et la seconde, plus au nord, coupait les Mummasburg et Carlisle Road depuis lesquelles Ewell avançait lui aussi. Les cavaliers fédéraux étaient bien retranchés et équipés de carabines à rechargement par la culasse qui leur permirent de compenser leur grande infériorité numérique. Cependant, faisant face à une pression de plus en plus accrue, Buford fut tout même contraint de faire venir sa deuxième brigade, qui n’avait pas encore été au contact, pour contrer l’avancée de Heth.[41]

Vers 10h30, le 1er corps de Reynolds arriva dans la zone et s’engagea immédiatement dans les combats. A ce moment, les cavaliers de Buford avait été contraint de reculer vers Seminary Ridge alors que les premiers éléments du corps d’Ewell étaient entré en contact avec les avants postes de Buford près de Heidlersburg.[42] Aux alentours de 11 heure, la division du général Jones Samuel Wadsworth releva les cavaliers fédéraux et contrattaqua pour reprendre McPherson Ridge. Au cours de ces combats, Reynolds fut atteint d’une balle et mourut sur le coup, le commandement du 1er corps revint alors à Doubleday. Au même moment, les troupes d’Ewell arrivaient sur le champ de bataille tout comme celles d’Howard qui se présentaient depuis le sud.[43]

Figure 59: Situation des combats du 1er juillet à 10h00

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, The Gettysburg Campaign, Situation at 1000 Hours, 1 July 1863, West Point: Department of History.

Howard laissa une division sur Cemetery Ridge, la jugeant importante stratégiquement et avança ses deux autres vers la droite du 1er corps pour affronter les troupes d’Ewell menée par la division de Rhodes qu’il parvint à stopper net.[44] Buford plaça lui ses deux brigades sur les flancs de la ligne fédérale.[45] Lee arriva sur le champ de bataille en début d’après midi et bien qu’il n’avait pas cherché à combattre à cet endroit se résolu à le faire puisque la bataille avait déjà commencé. Après avoir jaugé la situation, il donna l’autorisation à Hill et Ewell de pousser vers l’avant.[46] La pression sudiste sur les forces fédérales devint progressivement trop forte. A l’Est, Hill renouvela son attaque vers 2 heure avec la division de Heth suivie de celle de Pender tandis que de l’autre côté Ewell en fit de même en lançant la division d’Early, fraichement arrivée de York par la Harrisburg Road, sur le flanc droit d’Howard vers 3 heure. Les fédéraux commencèrent immanquablement à céder du terrain, Howard se replia en désordre vers la ville, exposant ainsi le flanc droit de Doubleday qui se replia lui de manière plus ordonnée peu après.[47] Hill ne poussa pas son corps plus loin que Seminary Ridge alors qu’Ewell pris la ville. Pendant ce temps, Howard réorganisa ses hommes autour de la division de Adolph von Steinwehr qu’il avait laissé sur Cemetery Hill. Très vite, les fédéraux établirent une solide ligne défensive sur ce point et Cemetery Ridge.[48]

Figure 60: Situation des combats du 1er juillet à 14h30

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, The Gettysburg Campaign, Situation at 1430 Hours, 1 July 1863, West Point: Department of History.

Un peu après 4 heure, Hancock arriva sur le champ de bataille après y avoir été dépêché par Meade avec pour mission d’y prendre le commandement des opérations. Il remarqua très vite que Culp’s Hill était d’une grande importance stratégique et y envoya le reste de la division de Wadsworth du 1er corps. Les deux autres divisions de Doubleday restèrent sur la gauche d’Howard, le long de Cemetery Ridge.[49] Pendant ce temps, Lee constata à son tour l’importance de Cemetery Hill et demanda à Ewell de la prendre « si possible ».[50] Cependant, Ewell jugea la chose impossible en raison de la forte présence fédérale sur cette colline sans le renfort de sa troisième division, celle de Johnson, qui n’arriva qu’à la nuit tombée. Ses deux autres divisions avaient déjà été fortement engagées dans les combats de la journée. Finalement, lorsqu’elle arriva, Ewell envoya Johnson prendre Culp’s Hill après qu’un rapport l’ai déclarée déserte. Mais, une fois sur place ce dernier découvrit la présence de la division de Wadsworth et se replia, mettant un terme aux combats de la première journée de la bataille de Gettysburg.[51]

Figure 61: Situation au terme des combats du 1er juillet

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, The Gettysburg Campaign, Situation at 1800 Hours, 1 July 1863, West Point: Department of History.

Au terme de ce premier jour, la situation était ambivalente. D’un côté, Lee s’était vu entrainer dans une bataille qu’il n’avait pas prévue, mais ses hommes avaient prévalus, ils avaient repoussé les fédéraux. Cependant, cette victoire était incomplète, les forces fédérales étaient parvenues à s’accrocher sur les hauteurs au sud de la ville et surtout les sudistes avaient, au cours de l’engagement, pu bénéficier de la supériorité numérique, environ 24 000 hommes contre 19 000. Seul deux des sept corps fédéraux avaient participé aux combats, Lee ignorait la position exacte des cinq autres en raison de l’absence de Stuart, bien qu’il se doutait qu’ils étaient en marche.
De l’autre côté, Meade arriva sur le champ de bataille tard dans la nuit et se résolu à livrer bataille à cet endroit bien qu’il ne l’avait pas prévu non plus. Mais Meade, bien que défait lors des premiers combats, avait plus de raisons que Lee de vouloir rester sur cette position. D’une part, il tenait les hauteurs et d’autre part, celles-ci formaient une courbe à l’intérieur de laquelle il disposait d’une ligne de communication aisée entre ses deux ailes lui permettant de déployer des renforts rapidement, là où Lee devait lui prendre beaucoup plus de temps pour en faire autant.[52]

Pendant la nuit, trois corps fédéraux arrivèrent, les 2ème, 3ème et 12ème, si bien qu’au matin du 2 juillet, la ligne fédérale formait un hameçon dont le crochet se trouvait sur Culp’s Hill et suivait les hauteurs jusqu’au pied de la colline de Little Round Top. Le 12ème corps de Slocum se trouvait sur Culp’s Hill, sur sa gauche, les unités restantes du 1er corps puis, au sommet de Cemetery Hill se trouvait toujours le 11ème corps de Howard, lui-même flanqué du 2ème corps de Hancock sur Cemetery Ridge et enfin le 3ème corps de Sickles à l’extrême gauche continuait le long de cette même crête jusqu’aux Round Top au sud. Les deux corps restants, le 5ème de Sykes et le 6ème de Sedgwick se trouvaient toujours quelques kilomètres en arrière.[53]
L’Armée de Virginie du Nord n’était pas au complet non plus, manquait encore la division de Pickett du 1er corps de Longstreet. Celui-ci avait disposé son corps à l’extrême droite de la ligne sudiste, dans la continuité de la crête de Seminary Ridge sur laquelle se trouvait le corps de Hill. Le dernier corps, celui d’Ewell, se trouvait pour sa part au nord, de part à d’autre de la ville de Gettysburg.[54]

Au matin du 2 juillet, Lee était résolu à livrer le combat aux fédéraux. Bien qu’il disposait d’autres options, se retirer, se redéployer sur la gauche fédérale pour trouver une position défensive entre l’armée nordiste et Washington que Meade serait contraint d’attaquer – solution qui avait la préférence de Longstreet – ou attendre que Meade l’attaque. Cependant, aucune de ces solutions ne convenait au commandant sudiste. Premièrement, la probabilité que Meade attaque était très faible. Il tenait un meilleur terrain et savait que Lee, loin de ses bases et avec des lignes de communications fébriles, ne pouvait se permettre d’attendre longtemps. Deuxièmement, Lee n’avait aucune raison de se replier au vu de la situation, la bataille avait été engagée et jusqu’à présent ses hommes avaient eu le dessus sur les nordistes. Enfin, la troisième solution qui constitue assurément l’une des grandes polémiques de la bataille de Gettysburg. Longstreet estimait qu’attaquer un ennemi supérieur en nombre, placé sur des hauteurs fortifiées, même à la hâte, était une mauvaise idée et que c’est cela qui avait déjà permit aux sudistes de remporter une telle victoire à Fredericksburg.[55] Mais Lee, aveuglé par la trop grande confiance qu’il avait en ses hommes pensa que les faire se redéployer après avoir remporté les combats de la veille leur porterait un coup au moral et qu’ils étaient de toute façon à même de faire l’impossible. Enfin, Lee était obnubilé par l’idée de détruire l’Armée du Potomac et ayant déjà laissé passer cette occasion par deux fois, lors de la bataille des Sept Jours et Chancellorsville il était résolu à faire ce qu’il fallait pour y parvenir cette fois. Lee allait donc se porter à l’attaque.

Après avoir consulté Ewell, qui estimait toujours Cemetery Hill et Culp’s Hill comme étant trop solidement défendues, Lee décida de porter le gros de son attaque contre la gauche fédérale. Pour ce faire, il décida de confier la tâche à Longstreet – bien que celui-ci n’ait pas manqué de signaler à Lee sa préférence pour une manœuvre sur le flanc gauche nordiste – en lui adjoignant la division d’Anderson du corps de Hill qui n’avait pas pris part aux combats du premier jour, car Longstreet n’avait que deux de ses trois divisions, celles de Hood et MacLaws.[56] Longstreet avait pour tâche d’attaquer vers le nord-est en remontant la Emmitsburg Road depuis ses positions dans la partie sud de Seminary Ridge. Pendant ce temps, Ewell devait de son côté mener de petites actions contre la droite et transformer celles-ci en attaques massives une fois que Meade aurait été contraint d’y prélever des renforts pour les déployer sur sa gauche et faire face à la menace de Longstreet. De la sorte, Lee espérait écraser les deux flancs de l’armée fédérale et la détruire pour de bon.[57] En agissant ainsi, Lee pensa anticiper la réaction de Meade. Il estima que comme Longstreet, Meade allait juger plus logique que l’armée sudiste manœuvre sur sa gauche pour, soit l’attaquer de flanc, soit se redéployer sur une position défensive plus favorable. Dès lors, une fois les hommes de Longstreet en mouvement, Meade devait, toujours selon Lee, croire la manœuvre en marche et s’en prémunir en prélevant des troupes sur sa droite ce qui devrait immanquablement donner à Ewell l’opportunité de prendre Culp’s Hill, qui était jusqu’à présent trop bien défendue, et d’écraser l’armée fédérale de flanc ou à revers. Mais pour une fois, Lee ne s’était pas montré à la hauteur de son habituel talent à l’esprit de son ennemi, Meade n’allait pas bouger.

Dans la matinée du 2 juillet, Sickles, insatisfait de la position de son corps dans la continuité de Cemetery Ridge, décida de son propre chef de se redéployer plus à l’ouest sur les petites hauteurs se trouvant près des lieux des dits de Devil’s Den, où se trouvait sa gauche devant les Round Top, Wheatfield et Peach Orchard, où se trouvait sa droite. Ce faisant, il rompit la continuité de la ligne fédérale et exposa son flanc droit à l’artillerie sudiste.[58] De l’autre côté, son flanc gauche était également exposé puisque les Round Top n’étaient pas occupés par les forces fédérales au moment où Longstreet lança son attaque vers 4 heure.[59] Contrairement à ce qui était prévu, Longstreet mena son attaque non pas vers le nord-est mais directement vers l’est. En raison de la nouvelle disposition de Sickles, nombre de ses officiers plaidèrent en faveur d’un retardement de l’attaque dans le but de se redéployer pour attaquer Sickles de flanc en passant par les Round Top. Cependant, d’une part parce qu’il avait déjà à deux reprises argumenté avec Lee pour promouvoir une manœuvre de flanc, ce à quoi le commandant sudiste s’était opposé. Et d’autre part, en raison de l’heure déjà tardive. Longstreet avait du pour rejoindre ses positions, prendre un détour afin de ne pas être repérer par un poste d’observation nordiste ce qui lui fit perdre la majeure partie de l’avant-midi.

Anderson avançait sur Cemetery Ridge, MacLaws sur Peach Orchard et Hood sur Devil’s Den. Vers 15 heure, les troupes de Sickles occupaient leurs nouvelles positions.[60] Lorsque Meade apprit la situation, il lui ordonna de reprendre sa position mais c’était déjà trop tard, les forces de Longstreet étaient déjà entrées en contact avec les hommes du 3ème corps.[61]

Pour sa part, Anderson ne fut pas en mesure de progresser contre le centre de la ligne fédérale mais plus au sud, les deux autres divisions sudistes, elles, y parvinrent. MacLaws s’empara de Peach Orchard et ce faisant coupa la connexion entre le corps de Sickles et celui d’Hancock dans la partie sud de la crête de Cemetery Ridge avec pour conséquence de menacer la droite de Hancock. Afin de combler la brèche ainsi créée, Meade fit dépêcher des renforts dans le secteur mais avant que ceux-ci n’arrivent, ce fut le 1st Minnesota Infantery Regiment qui seul, et au prix de très lourdes pertes, tint tête aux forces de Anderson fonçant vers la brèche, soit la brigade de Wilcox. Finalement, ceux-ci furent stoppés et la ligne fédérale résista en ce point grâce au sacrifice des hommes du Minnesota et à l’arrivée de renforts.[62]
Plus au sud, Hood parvint lui aussi à prendre possession de Devil’s Den et poursuivit sa progression vers les Round Top avec son aile droite. Mais là aussi, les fédéraux furent en mesure de déployer des troupes en urgence pour mettre un coup d’arrêt à la progression sudiste. Alors qu’il remarqua que Little Round n’était pas défendue, l’ingénieur en chef de l’Armée du Potomac, le général Gouverneur Kemble Warren, prit de sa propre autorité la décision de faire déployer une partie la 3ème brigade du 5ème corps de Sykes, sous le commandement du colonel Strong Vincent sur cette position. Alors que les forces fédérales atteignaient le sommet, celles de Hood en attaquaient la pente et progressaient vers le sommet où elles furent finalement arrêtées et contraintes de se retirer. Ici aussi, l’attaque sudiste venait d’être stoppée.[63]
Tout au long des engagements du 2 juillet, Meade fit déplacer judicieusement des forces dans le but de combler les brèches aux points de faiblesse de sa ligne. Cela donna finalement à Ewell, l’opportunité qu’il attendait pour lancer son attaque contre Culp’s Hill aux alentours de 18 heure, après un court mais intense duel d’artillerie, mais sans rencontrer de succès majeurs car la pression qu’il exerça ne fut finalement pas très forte. Seules quelques unités de la division de Johnson prirent possession de quelques tranchées au pied de la colline et la nuit vint mettre fin aux combats.[64]

Figure 62: Position des deux armées à l’aube des combats du 2 juillet

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, The Gettysburg Campaign, Situation at 1530 Hours, 2 July 1863, West Point: Department of History.

En deux occasions, l’attaque sudiste passa donc très près de réaliser une percée. Au sud de Cemetry Ridge, ce qui aurait permis de couper l’Armée du Potomac en deux et sur Little Round Top dont la prise aurait pu exposer l’ensemble de la ligne fédérale aux tirs de l’artillerie confédérée et à une attaque de flanc. Mais Meade et ses subordonnés s’avérèrent parfaitement à la hauteur et déployèrent des troupes aux moments opportuns pour tenir la ligne, usant des lignes intérieures qu’offraient le positionnement de l’armée fédérale.[65]
De l’autre côté, les attaques sudistes manquèrent, elles, de coordination, laissant aux nordistes l’opportunité de défendre leurs positions.[66]

Au terme de cette seconde journée de combat, les deux camps avaient perdu approximativement 9000 hommes chacun. Meade décida de tenir un conseil de guerre pour décider si l’Armée du Potomac devait ou non continuer le combat. La décision fut pratiquement unanime, pas question de se replier.[67]

De l’autre côté, Lee décida lui aussi, mais de sa seule autorité, de camper sur ses positions malgré l’échec du jour et de reprendre l’offensive dès le lendemain.

Figure 63: Situation au terme des combats du 2 juillet

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, The Gettysburg Campaign, Situation Evening, 2 July 1863, West Point: Department of History.

Au matin du 3 juillet, l’Armée de Virginie du Nord tenait toujours les mêmes positions que la veille au soir, seule la division de Pickett était arrivée et s’était positionnée dans la continuité de Seminary Ridge au sud du corps de A.P. Hill. Lee pouvait également compter sur l’arrivée des cavaliers de Stuart qui, après avoir assiégé Carlisle en vain le 1er juillet, se joignirent au gros des forces confédérées.
De l’autre côté, le dernier corps fédéral, le 6ème de Sedgwick, était lui aussi arrivé et était venu se placer sur l’extrême gauche de façon à défendre les Round Top.[68]

Lee, non ébranlé par l’échec de la veille, décida donc de renouveler son attaque. Partant du principe que Meade, pour défendre ses flancs, avait affaiblit le centre de sa ligne, Lee comptait porter le gros de son attaque sur ce point dans le but d’y briser la ligne fédérale et de la séparer en deux parties distinctes. Dans le même temps, les cavaliers sudistes auraient eux pour mission de lancer une attaque sur les arrières de l’Armée du Potomac afin de faire la liaison avec les éléments devant percer au centre. Enfin, Ewell devait également se préparer à contourner la droite fédérale au moment où l’attaque au centre effectuerait sa percée.[69]
Mais Meade n’allait pas se laisser surprendre, il avait deviné les intentions de son adversaire de frapper le centre.[70]

Les premiers combats de la journée éclatèrent au Nord, lorsque, vers 11 heure, les forces du 12ème corps de Slocum attaquèrent la division de Johnson au pied de Culp’s Hill pour reprendre le terrain perdu la veille au soir. Les sudistes furent repoussés, portant un premier coup au plan de Lee en compliquant la tâche de contournement d’Ewell.[71] Lee ne se dégonfla pas pour autant, il était résolu à tout faire pour mettre un terme à la bataille en ce 3 juillet. Il confia à Longstreet le soin de mener l’attaque avec la division de Pickett et celles de Trimble et Heth – reprise par Pettigrew suite à la blessure de ce dernier lors des combats du 1er juillet – du corps d’A.P. Hill. car ses deux autres divisions avaient été trop fortement affaiblies la veille.[72] l’objectif était simple, à la suite d’un intense bombardement d’artillerie dont le rôle était de dégarnir les rangs fédéraux, les 15 000 fantassins confédérés ainsi massés devraient monter à l’assaut de la ligne fédérale sur Cemetry Ridge en concentrant leur progression vers un point de ralliement symbolisé par un petit groupe d’arbre aujourd’hui nommé The Clump of Trees, se trouvant juste derrière un petit muret de pierre utilisé par les soldats fédéraux pour s’abriter. Cependant, pour ce faire les soldats sudistes allaient devoir au préalable traverser près de 1300 mètres en terrain découvert.[73]

Pendant que les 15000 fantassins attendaient sous le couvert des bois, l’artillerie confédérée massa 159 canons devant Seminary Ridge et ouvrit le feu sur les positions fédérales à 13 heure, initiant le plus grand engagement d’artillerie de la guerre, près de 300 canons se répondirent mutuellement durant deux heures.[74] De façon très intelligente, le commandant de l’artillerie fédérale, le général Henry Jackson Hunt, ordonna de progressivement réduire le feu de l’artillerie afin de donner l’impression que le bombardement sudiste fonctionnait et de la sorte hâter l’attaque de l’infanterie. La ruse fonctionna, d’autant que les sudistes ne se rendaient pas compte que leurs tirs étaient trop élevés et que la majorité des obus manquaient leurs cibles, ne causant que de légers dommages aux forces fédérales.[75] Croyant la situation tourner en faveur du Sud, le commandant de l’artillerie de Longstreet, le colonel Porter Alexander, demanda à Longstreet de lancer l’attaque tant qu’il disposait encore d’assez de munitions pour soutenir l’avancée de l’infanterie. Ainsi, vers 15 heure, deux heures après le début du bombardement, Longstreet ordonna à contrecœur le signal de l’attaque. Comme les jours précédents, celui-ci s’était opposé à Lee avant le début du bombardement, estimant une fois encore qu’attaquer les défenses fédérales de front était une mauvaise idée.[76]

Les 15000 soldats sudistes s’élancèrent alors dans ce que l’on nomme aujourd’hui la charge de Pickett, montant à l’assaut de Cemetery Ridge. L’artillerie fédérale ne tarda pas à rouvrir le feu sur les confédérés, causant des pertes importantes dans leurs rangs. Cependant, ceux-ci gardèrent leur organisation et poursuivirent leur progression vers la ligne fédérale.[77] Arrivé à deux cents mètres, ils eurent ensuite à subir les premiers tirs de mousquets de l’infanterie qui vinrent d’en face mais également des flancs où les unités fédérales s’étaient avancées en obliquant la ligne pour ouvrir le feu sur les sudistes. Subissant cette pression terriblement puissante, l’attaque sudiste progressa tout de même encore quelque peu lorsque la brigade du général Lewis Addison Armistead, de la division de Pickett, qui occupait la dernière ligne de la charge fut finalement la seule à s’avérer capable d’atteindre la ligne fédérale et à l’enfoncer de quelques mètres, marquant de la sorte ce que l’on nomme The High Water Mark of The Confederacy, c’est-à-dire le point le plus en avant dans le territoire de l’Union que les forces confédérées auront été capables d’atteindre au cours de la guerre.[78] Mais malgré leur courage et leur obstination, les sudistes ne furent guère capable de percer la ligne fédérale, loin de là, et les survivants se retirèrent dans le plus grand désordre.

La charge dura environ une demi heure et résultat en des pertes colossales pour l’Armée de Virginie du Nord. A peine la moitié des troupes engagées rejoignirent leurs lignes. La division de Pickett, qui avait eu à supporter le plus gros de la pression nordiste avait perdu les deux tiers de ses hommes, l’ensemble de ses généraux de brigades et ses colonels.[79] Pendant que la charge de Pickett se déroulait, les cavaliers de Stuart étaient, eux, entré en contact avec ceux de la division de Gregg à quelques kilomètres à l’est de Gettysburg, au croisement des Hanover et Low Dutch Roads.[80] Là encore, les sudistes furent incapables de s’imposer et Stuart du se retirer. Un autre combat impliquant des cavaliers éclata au sud du champ de bataille lorsque les cavaliers de la division de Kilpatrick vinrent tester les positions des troupes de Hood à l’est des Round Top où les nordistes furent aisément repoussés par l’infanterie confédérée.[81]

Figure 64: Position des deux armées à l’aube de la charge de Pickett

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, The Gettysburg Campaign, Situation at 1430 Hours and Pickett’s Charge, 3 July 1863, West Point: Department of History.

Constatant l’échec de son plan, Lee se rendit avec Longstreet au pied de Seminary Ridge pour réorganiser les troupes sudistes revenant de la charge dans le but de se préparer à une contre attaque fédérale, mais celle-ci ne vint pas au grand dam de Hancock qui souhaitait que les 5ème, 6ème et 12ème corps se portent à l’attaque dans leurs secteurs respectifs pour porter un dur coup à l’armée confédérée. Meade, pour sa part, se contentait aisément d’avoir repousser une fois encore une offensive de Lee et n’osa pas porter l’attaque de peur de perdre la victoire jusqu’ici acquise, laissant de la sorte passer une potentielle occasion de détruire l’Armée de Virginie du Nord. La troisième journée de la bataille prit ainsi fin alors que les deux armées se retrouvaient sur les positions qu’elles occupaient le matin même.

Le 4 juillet, finalement conscient de l’impossibilité de prendre les positions fédérales, et de surcroit avec les pertes en hommes et matériels subies lors des trois derniers jours, Lee décida donc de camper sur ses positions et d’y attendre Meade.[82] Mais celui-ci n’avait pas changé sa position depuis la vieille, pas question de risquer les gains acquis dans une attaque, si bien que le jour de la fête nationale américaine se résuma, sur le théâtre oriental, à une simple observation mutuelle. Mais Lee avait déjà décidé de se retirer, comme à Antietam, il était demeuré sur le terrain dans un geste de défiance, comme pour préserver l’honneur dû au vaincu, mais dans les faits avait déjà commencé, sous la protection des cavaliers de Imboden, à faire évacuer les wagons d’approvisionnement et les blessés transportables vers la Virginie afin que ceux-ci ne ralentissent pas le reste des troupes durant leur retraite.[83] Et le danger était réel. Avant de retrouver une relative sécurité en Virginie, les confédérés devaient encore franchir le Potomac pour échapper à l’armée éponyme. Les sudistes se mirent finalement en marche le 5 juillet dès l’aube, au plus grand désarroi de Lincoln qui espérait grandement que Meade détruise l’Armée de Virginie du Nord avant que celle-ci ne se retrouve sur la rive sud du fleuve. En clair, il voulait que Meade fasse ce que McClellan n’avait pas fait un an plus tôt à Antietam. Le même jour, Meade envoya le 6ème de Sedgwick en reconnaissance à la poursuite des confédérés et engagea brièvement l’arrière garde du corps d’Ewell à Granite Hill. A la suite de cela, Meade interrompit la progression de ses troupes et l’Armée de Virginie du Nord, franchit la South Mountain via Cashtown et Monterey Pass avant de continuer vers Hagerstown et Williamsport.

Mais Meade n’exerçait guère une pression importante sur la colonne sudiste en retraite. Alors que les forces confédérées partaient vers le Sud, les cavaliers fédéraux se lancèrent à leur poursuite. Le 6 juillet, alors que le gros de l’infanterie fédérale était toujours à Gettysburg, la brigade de Kilpatrick repoussa les brigades de cavaliers sudistes de Chambliss et de Robertson dans Hagerstown avant que l’arrivée du gros des forces de Stuart ne les repousse avec l’aide de quelques unités d’infanterie.[84] Le lendemain, les cavaliers de Imboden bloquèrent ceux de Buford aux abords de Middletown alors qu’ils avançaient vers Williamsport. Le même jour, une partie des forces de Buford livra un autre combat rapide contre une petite force sudiste de la brigade de Jones.[85] Le lendemain, le 8 juillet, un autre engagement eut lieu à Boonsboro au cours duquel les cavaliers sudistes tinrent à nouveau leurs opposants fédéraux en respect.[86] La pression fédérale n’était donc pas forte et le seul écran fournit par les cavaliers sudistes suffit à la contrer en tout point afin d’empêcher la cavalerie fédérale de couper la retraite de l’Armée de Virginie du Nord vers le Potomac.

La principale menace pour Lee viendra finalement des troupes de French qui étaient resté stationnées près de Frederick après leur évacuation de la vallée de la Shenandoah dans le but de menacer les lignes de communications sudistes. Celui-ci décida, le 3 juillet, de lancer un raid contre le pont de Falling Waters que ses hommes détruisirent, bloquant de la sorte les sudistes sur la rive nord du Potomac, lequel avait été grossi par les intenses pluies s’étant abattues sur la région depuis le 4 juillet.[87] Arrivé sur place le 11 juillet et conscient du danger que représentait le fait de pouvoir être attaqué alors qu’il était dos au fleuve, Lee se retrancha près de Williamsburg pendant que ses hommes du génie construisaient un nouveau pont de fortune à partir de matériaux récupérés ça et là, y compris sur des constructions nordistes. Meade, qui avait quitté Gettysburg le 7 juillet en concentrant au préalable ses forces à Frederick, arriva en position aux abords des positions sudistes le 12 juillet mais ne se lança pas immédiatement à l’attaque. Il commença par réunir un nouveau conseil de guerre pour définir avec ses généraux la marche à suivre. Fallait-il ou non attaquer les sudistes et si oui comment? Un évènement en particulier devait jouer un rôle dans leur prise de décision. Lee prit le soin de laisser derrière lui un faux déserteur dans le but de désinformer les fédéraux. Celui-ci déclara à ses interrogateurs que l’Armée de Virginie du Nord était encore solide et bien retranchée. Meade et ses généraux arrivèrent donc à la conclusion que la prudence s’imposait et ne bougèrent pas le 13.[88] C’est finalement le 14 juillet que l’Armée du Potomac avança prudemment vers les lignes confédérées pour finalement découvrir qu’ils n’étaient plus là, seul restait l’arrière garde de la division de Henry Heth qui livra un combat de retardement contre les cavaliers de Buford et Kilpatrick au cours duquel le général Pettigrew fut mortellement blessé. Lee avait réussi à échapper à la dangereuse situation dans laquelle il se trouvait. La nouvelle fut un véritable choc pour Lincoln qui depuis le 4 juillet recevait les nouvelles journalières de la situation dans le Maryland dans l’espoir d’apprendre la destruction de Lee et de son armée. En lieu et place, il apprit que celle-ci s’était échappée et allait être en mesure de poursuivre les combats, rallongeant d’autant la durée de la guerre.[89]
L’armée fédérale se lança bien dans une tentative de poursuite dans la vallée de la Shenandoah mais sans résultat. Le 16 juillet, les cavaliers nordistes de Gregg approchèrent Sheperdstown où ceux de Fitzhugh Lee et des colonels Chambliss et Milton Ferguson – qui prit le commandement de la brigade de Jenkins quand celui-ci fut blessé le 2 juillet – l’attaquèrent dans le but de protéger les passages à gué se situant dans la région, forçant les fédéraux à se retirer.[90] Meade décida finalement de traverser le Potomac à l’est des Blue Ridge Mountains, via Harpers Ferry et Berlin les 17 et 18 juillet et le 23 envoya le 3ème corps, nouvellement placé sous le commandement de French suite à la blessure de Sickles à Gettysburg, intercepter la colonne sudiste à Front Royal en passant par Manassas Gap. Là il dut livrer bataille contre un régiment d’infanterie sudiste qui recula dans un premier temps jusqu’à ce que la division de Rodes vint en renfort et force l’arrêt de la progression fédérale. Durant la nuit, les confédérés continuèrent leur retraite et entrèrent dans la vallée de la Luray où les fédéraux, qui prirent Front Royal le 24, ne pourraient plus les inquiéter sans risquer de s’enfoncer en territoire ennemi, ce que Meade voulait éviter au vu de l’état de son armée.[91]

Figure 65: Retraite confédérée et poursuite fédérale entre les 5 et 14 juillet

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Source: JESPEREN Hal, Gettysburg Campaign, Retreat: July 5 – 14, 1863, Cartography Services by Hal Jespersen.

La campagne de Pennsylvanie résultat donc en un échec pour la Confédération qui y engagea une quantité importante de ses forces et ses pertes furent lourdes. L’Armée de Virginie du Nord perdit environ 28 000 hommes, approximativement un tiers de ses effectifs. De nombreux officiers d’importances, colonels et généraux, furent aussi perdus. De l’autre côté, l’Union subit elle aussi des pertes conséquentes, environ 23 000 hommes, un peu plus d’un quart des éléments de l’Armée du Potomac.[92]

Théoriquement bon, le plan d’action général de Lee laissait un point d’ombre dans sa réalisation. Le commandant sudiste devait trouver un terrain favorable pour y livrer une bataille défensive qui lui donnerait également l’occasion de détruire son opposante. Ainsi, si la partie stratégique de la campagne avait été bien établie à l’avance, sa dimension tactique, à savoir comment mettre concrètement en œuvre la bataille décisive avait été laissée à plus tard, Lee devant, au moment opportun, trouver la meilleure solution disponible. Mais alors que le déplacement de l’Armée de Virginie du Nord se déroula, à quelques exceptions près, sans accros, la partie tactique commença à lui échapper lorsque les combats éclatèrent à Gettysburg le 1er juillet sans qu’il ne l’ai prévu car il manquait de renseignements sur les positions ennemies et qu’il ne prit pas les mesures nécessaires pour les obtenir. A partir de là, il se laissa absorber dans la bataille, sacrifiant des objectifs stratégiques à des succès tactiques avec pour conséquence qu’il abandonna son plan général pour livrer bataille à un endroit qui ne lui était pas favorable, échouant donc dans la partie de son plan qui demandait justement qu’il soit au sommet de son art et qui n’avait pas été préparée à l’avance. Les conséquences furent importantes, Lee ne fut jamais en mesure de se désengager et livra une bataille qu’il ne pouvait pas gagner, condamnant l’ensemble de sa campagne. Celle-ci marque donc, dans son exécution, l’un des points les plus bas du commandement de Lee au cours de la guerre.
Un point convient également d’être abordé ici, le rôle de Stuart. Certes celui-ci fut également loin d’être à son maximum lors de cette campagne mais il reste néanmoins que trop de critiques lui sont portées quand à sa responsabilité dans la défaite. Sans vouloir ici chercher à résoudre la question de l’ambiguïté ou non de l’ordre de Lee à Stuart, laissons cela à des historiens spécialisés, il convient tout de même de faire le point sur la réaction de Lee face à la situation. Stuart, une fois parti dans son raid autour de l’armée fédérale, se trouva coupé du gros de l’armée et dans l’impossibilité de communiquer avec elle quant à la force et la position des unités fédérales. Mais en était-il vraiment capable? Stuart ne fut jamais en mesure de percer l’écran assurer par les cavaliers fédéraux entre lui et l’infanterie fédérale non pas parce qu’il ne le voulait pas mais parce que ceux-ci n’avait plus rien avoir avec les cavaliers qu’il avait affronté durant les deux premières années de la guerre comme l’avaient déjà montré les batailles de Kelly’s Ford et Brandy Station, ils étaient bien mieux commandés, plus compétents et par conséquent en mesure de bloquer les actions sudistes. On reprocha donc à Stuart d’avoir laissé Lee aveugle et dans l’impossibilité de savoir où se trouvaient les forces ennemies et avec quel niveau de puissance et bien entendu, sa décision de manœuvrer sur la droite de la ligne de progression fédérale à jouer un rôle dans cela. Mais Lee disposait encore sous son commandement de quatre brigades de cavalerie, Imboden, Jenkins, Jones et Robertson, avec lesquels il était en contact mais ne jugea pas nécessaire d’y avoir recours pour combler le vide que Stuart avait laissé en partant dans son raid.[93] Aussi, la faute en incombe plus à Lee qu’à Stuart, c’est lui qui autorisa le départ des cavaliers, qui accorda une confiance presque aveugle à leur commandant et qui en définitive était responsable de l’engagement de l’ensemble de l’armée dans la bataille de Gettysburg.
De l’autre côté, Meade se montra parfaitement à la hauteur et accomplit la double mission qui était la sienne, protéger Washington et Baltimore tout en chassant les confédérés de Pennsylvanie et du Maryland après les avoir vaincu lors d’une bataille d’importance.[94] Ce qu’il fit. Au cours de la campagne et de la bataille, il fut totalement en mesure de lire dans l’esprit de son adversaire, ce dont cette fois Lee avait été incapable, tout en gérant la partie tactique. Il déplaça ses forces aux bons endroits, aux bons moments et fut donc en mesure de contrer toutes les actions confédérées aux cours de la bataille. Il manqua probablement d’audace en n’osant pas s’en prendre plus agressivement aux sudistes, particulièrement lorsqu’ils étaient affaiblis à la suite de la charge de Pickett et surtout durant leur retraite et leur retranchement à Williamsport. Mais ce que venait d’accomplir Meade n’était pas anodin, il venait de battre Lee, le général qui avait successivement vaincu, à tout le moins tactiquement, quatre généraux nordistes. Aussi il n’est pas tellement étonnant que Meade ait choisi la prudence pour se prémunir d’un revers qui lui aurait fait perdre tous les avantages acquis jusqu’à présent. Néanmoins, il reste indéniable que ce choix permit à l’Armée de Virginie du Nord de s’échapper, ce qui allait lui permettre de continuer les combats, au grand dam de Lincoln et Halleck. Il n’est toutefois pas possible de garantir qu’une attitude plus agressive du commandant nordiste aurait effectivement pu détruire l’armée de Lee, et si elle en avait été capable cela aurait été immanquablement au prix de lourdes pertes alors que les deux camps avaient déjà beaucoup souffert lors des trois jours de la bataille.[95] De plus, jamais au cours de la campagne ni le Président, ni le général en chef n’envisagèrent la possibilité de retirer en tout ou partie la garnison fédérale de Washington dans le but de renforcer l’Armée du Potomac, ce qui à Williamsport aurait peut-être pu faire la différence puisque comme l’Armée de Virginie du Nord, l’armée fédérale était grandement désorganisée et en manque de moyens après la bataille de Gettysburg.[96]

Sur la scène internationale, cette campagne eut également une grande conséquence, l’impossibilité pour les puissances européennes, France et Royaume-Uni en tête, de reconnaitre la Confédération et cette opportunité ne devait plus jamais se représenter au cours de la guerre. En effet, pour pouvoir convaincre les européens de les reconnaitre comme nation indépendante, le Sud nécessitait une victoire majeure prouvant sa capacité à défendre sa souveraineté. Mais avec la défaite de Gettysburg et l’échec de la campagne de Pennsylvanie, cette possibilité disparaissait.
Mais c’était sur le plan national que l’impact était le plus important. La Confédération avait misé sur le succès de cette campagne pour se sortir d’une mauvaise passe, il s’agissait d’une part de débloquer la situation à l’Est mais également d’inverser la vapeur à l’Ouest où les deux dernières positions sudistes sur le Mississippi, Port Hudson et Vicksburg, étaient mises sous pression par les forces fédérales tout comme le principal port du Sud, Charleston. Mais le déploiement de l’Armée de Virginie du Nord en territoire nordiste n’eut finalement aucun impact majeur sur le front de l’Ouest puisque le 4 juillet, soit le lendemain de la bataille de Gettysburg, le général Pemberton, commandant les forces sudistes à Vicksburg, ordonna la reddition de la ville au général Grant, entrainant le 9 juillet l’évacuation de Port Hudson avec pour conséquence majeure de céder l’intégralité du fleuve au contrôle de l’Union et donc de couper la Confédération en deux. Au Nord, l’ambiance était à l’exact opposé. Les deux récentes victoires ainsi engendrées par l’Union donnèrent un coup de boutoir majeur au moral de la population nordiste qui en célébra les nouvelles dans les rues de Washington.[97]

Autre conséquence de ces succès, auréolé de sa victoire sur le Mississippi, Grant allait bientôt être promu au rang de commandant en chef de toutes les forces militaires de l’Union par Lincoln et allait lui-même venir prendre le commandement direct de l’Armée du Potomac et lancer une nouvelle campagne contre Lee et l’Armée de Virginie du Nord, entamant de la sorte la troisième et dernière phase stratégique de la guerre. Mais avant cela quelques petites campagnes devaient encore se dérouler sur le théâtre de Virginie, à commencer par celle de Bristoe.

[1] James McPHERSON, op.cit., page 706.

[2] John KEEGAN, op.cit., page 202.

[3] James McPHERSON, op.cit., page 708.

[4] Idem, page 709.

[5] ARTHUR Billy, BALLARD Ted, Gettysburg Staff Ride Book, Washington: Center of Military History, United States Army, Staff Ride Guide, 2004, p.2.

[6] James McPHERSON, op.cit., page 709.

[7] Idem, page 708.

[8] John KEEGAN, op.cit., page 202.

[9] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 2.

[10] Idem, page 31.

[11] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 396.

[12] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 2.

[13] Ibid.

[14] Ce fut d’ailleurs l’un des rares combats de cavalerie de la guerre lors duquel les cavaliers se battirent à cheval, utilisant leurs sabres. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Brandy Station, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[15] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 397.

[16] John KEEGAN, op.cit., page 204.

[17] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 2.

[18] Idem, page 4.

[19] FLOYD Dale E., LOWE David W., Second Winchester, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[20] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 4.

[21] Ibid.

[22] James McPHERSON, op.cit., page 713.

[23] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 4.

[24] Idem, page 5. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 400.

[25] James McPHERSON, op.cit., page 711.

[26] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 4.

[27] James McPHERSON, op.cit., page 711.

[28]John KEEGAN, op.cit., pages 205-206.

[29] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 5.

[30] James McPHERSON, op.cit., page 715.

[31] Idem, pages 714-715.

[32] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 5.

[33] REARDON Carol, VOSSLER Tom, The Gettysburg Campaign, June-July 1863, Washington: Center of Military History, 2013, page 17.

[34] John KEEGAN, op.cit., page 207.

[35] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 7.

[36] Idem, pages 5-7.

[37] Idem page 7.

[38] John KEEGAN, op.cit., page 208.

[39] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 403.

[40] James McPHERSON, op.cit., page 715.

[41] John KEEGAN, op.cit., page 208.

[42] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 7.

[43] James McPHERSON, op.cit., page 716.

[44] Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., page 25.

[45] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 9.

[46] Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., page 26.

[47] Ibid.

[48] Ibid.

[49] Ibid.

[50] Nous ne nous engagerons pas ici dans la polémique concernant la faisabilité pour Ewell de prendre Cemetery Hill qui ne sera probablement jamais résolue et ce qui importe finalement plus ici est bien la finalité des faits plus que tout autre possibilité uchronique aussi important qu’ait put être le changement apporté à l’histoire. Pour plus d’information sur ce sujet, se rapporter à des ouvrages spécialisés.

[51] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., pages 9-10.

[52] James McPHERSON, op.cit., page 717.

[53] Ibid. ; Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., page 31.

[54] John KEEGAN, op.cit., page 209.

[55] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 407.

[56] James McPHERSON, op.cit., page 720.

[57] Ibid.

[58] James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 121.

[59] Seul un poste d’observation fédéral se trouvait sur Little Round Top à ce moment.

[60] Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., page 34.

[61] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 721.

[62] Idem, page 723.

[63] Idem, pages 722-723. ; Lors des combats au sommet de Little Round Top, un autre régiment fédéral se distingua particulièrement, le 20th Maine Infantery Regiment, commandé par le colonel Joshua Lawrence Chamberlain, qui résista à la dure pression exercée par les forces sudistes alors qu’il occupait l’extrême gauche de l’intégralité de la ligne fédérale. Arrivé à court de munition, Chamberlain donna l’ordre audacieux de lancer une charge à la baïonnette qui désarçonna la progression sudiste et mit un terme au combat dans ce secteur.

[64] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 12. ; Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., page 44.

[65] Il est intéressant de remarquer que la désobéissance de Sickles concernant le positionnement de son corps, a fort probablement joué un grand rôle dans l’échec confédéré à se rendre maitre des Round Top et par conséquent a venir à bout de l’aile gauche fédérale. En effet, en se portant en avant, Sickles a également pris par surprise les sudistes les forçant à livrer des rudes combats pour ouvrir la voie vers les Round Top. Combats qui permirent également de gagner le temps nécessaire pour faire venir des renforts pour défendre ces positions. En conclusion, bien qu’il mit en difficulté le centre de la ligne fédérale, Sickles, probablement sans l’anticipé lui-même, aida grandement à en défendre l’aile gauche.

[66] James McPHERSON, op.cit., page 724.

[67] John KEEGAN, op.cit., page 211.

[68] James McPHERSON, op.cit., page 724.

[69] Ibid.

[70] John KEEGAN, op.cit., page 211.

[71] James McPHERSON, op.cit., page 725.

[72] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 12.

[73] John KEEGAN, op.cit., page 213.

[74] James McPHERSON, op.cit., page 725.

[75] John KEEGAN, op.cit., page 213.

[76] James McPHERSON, op.cit., page 726.

[77] Ibid.

[78] John KEEGAN, op.cit., page 215.

[79] James McPHERSON, op.cit., page 726.

[80] Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., page 56.

[81] Idem, page 57.

[82] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 420.

[83] James McPHERSON, op.cit., page 729. ; Les autres, près de 7000 blessés jugés intransportables, furent laissés sur place et pris en charge par les services médicaux nordistes.

[84] Ibid.

[85] FLOYD Dale E., LOWE David W., Williamsport, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[86] FLOYD Dale E., LOWE David W., Boonsboro, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[87] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 12.

[88] Idem, page 14. ; Précisons que la majorité des généraux de l’Armée du Potomac ayant un caractère offensif  avaient soit été blessés soit tués au cours de la bataille, il n’étaient donc pas présent au conseil ce qui explique également l’attitude prudente des fédéraux.

[89] James McPHERSON, op.cit., page 731.

[90] FLOYD Dale E., LOWE David W., Williamsport, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[91] FLOYD Dale E., LOWE David W., Manassas Gap, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[92] James McPHERSON, op.cit., page 729. ; Gettysburg est, encore à ce jour, la plus grande bataille à avoir jamais été livrée sur le continent américain.

[93] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 5.

[94] Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., page 60.

[95] James McPHERSON, op.cit., page 731.

[96] Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., pages 59-60.

[97] James McPHERSON, op.cit., page 728.