Le siège de Petersburg et la campagne de l’Appomattox

Avec le déclenchement de la campagne de l’Overland au mois de mai, la guerre changea progressivement de nature sur le théâtre de Virginie, passant d’une guerre de mouvement avec batailles occasionnelles à une guerre de position avec combats incessants et de rares manœuvres, les deux armées se faisant face de part et d’autre d’un no man’s land cerné de tranchées et de fortifications.
Durant l’Overland, l’obstination de Grant à poursuivre l’offensive par des manœuvres de flanc devant l’impossibilité de percer les défenses sudistes lui avait permis d’amener l’Armée du Potomac aux portes de Richmond et Petersburg que Lee ne pouvait pas faire autre chose que défendre. Petersburg pour des raisons stratégiques, son carrefour ferroviaire étant primordial pour les approvisionnements de l’Armée de Virginie du Nord et de Richmond, alors que la défense de celle-ci n’était que symbolique, Davis refusant de l’abandonner pour des raisons politiques. Mais la progression des nordistes se fit à un prix très lourd, les plusieurs batailles terribles entre les deux forces au cours des mois de mai et juin ayant provoqué de très nombreuses pertes dans les deux camps. Mais plus que les pertes en hommes, ces batailles entamèrent considérablement l’organisation même des deux armées en les privant de vétérans, d’officiers et surtout en atteignant le moral des hommes et leur détermination à se battre. Les combats du Bloody Angle ou de Cold Harbor, pour ne citer que les plus emblématiques, ayant tellement choqués les troupes que celles-ci refusèrent dorénavant de se lancer aveuglément à l’assaut de positions défensives fortifiées, achevant de la sorte la transition de la guerre de mouvement vers la guerre de position et surtout ouvrant le siège de Petersburg.

Devant la réticence de leurs hommes, Meade et Grant n’eurent donc d’autres choix que d’accepter de changer d’approche stratégique. Si l’Armée de Virginie du Nord restait bien la cible, la façon de la mettre à genoux devait évoluer et se conformer à la réalité du terrain. Grant décida qu’il lui fallait porter atteinte aux approvisionnements confédérés afin d’affaiblir les forces sudistes et pour ce faire les assiéger était la meilleure solution. Il échafauda alors un plan consistant à étirer ses propres lignes afin d’une part de couper les voies d’approvisionnement et d’autre part de forcer Lee à en faire de même pour le pousser à affaiblir ses positions qui le moment venu, une fois l’armée confédérée suffisamment déforcée par le manque de ressources, de pouvoir en percer les lignes plus facilement.

Pour sa part, Lee n’était pas maitre de l’initiative stratégique et ne pouvait pas la saisir pour déplacer ses forces ailleurs sur un terrain qui lui serait plus favorable car Davis refusait d’envisager l’idée d’abandonner Richmond, si bien que le commandant sudiste n’avait d’autres choix que d’accepter de se laisser assiéger en espérant tenir le choc et disposer d’une opportunité de renverser la vapeur.[1]

Au lendemain des premiers assauts fédéraux contre Petersburg, et donc à l’entame du siège de la ville, les confédérés occupaient une ligne défensive depuis le sud de Petersburg, environ au croisement de la Weldon Railroad et de la Boydton Plank Road, jusqu’à la Jerusalem Plank Road, remontant ensuite vers l’Appomatox et continuant sur l’autre rive de la rivière, vers le nord, englobant la Bermuda Hundred Line, jusqu’à l’ouest de Richmond, là où se trouvaient les fortifications établies lors de la bataille de Cold Harbor.
Pour défendre celle-ci, Lee avait disposé le 3ème corps de Hill dans le secteur de la Weldon Railroad pour constituer son flanc droit, avec à sa gauche le 1er corps de Anderson suivi des forces du département de Caroline du Nord et de Virginie du Sud de Beauregard. La division de Pickett occupait le secteur de la Bermuda Hundred Line et enfin les défenses de Richmond étaient gardées par la garnison de la capitale à la tête de laquelle Lee avait placé Ewell à la suite de son incapacité à commander après la bataille de la North Anna. D’un bout à l’autre, la ligne sudiste faisait environ 65 kilomètres et était parcourue tout de long par de solides fortifications comme les soldats des deux camps avaient appris à en produire depuis le début de la campagne de l’Overland.[2]

Au total, Lee disposait sous son commandement d’environ 54 000 hommes, dont 14 000 sous Beauregard, répartit en deux corps d’infanterie, deux départements annexes et un corps de cavalerie.[3] Le 1er corps, sous Anderson comptait deux divisions de quatre brigades sous Pickett et Field et une de cinq brigades sous Kershaw. Le 3ème, de Hill, en comptait également trois sous Mahone, Heth et Wilcox, les deux derniers ayant quatre brigades contre cinq pour le premier. Les forces de Beauregard comptaient, elles, deux divisions, commandées par les généraux Hoke et Bushrod Johnson et comptant quatre brigades chacune. La garnison de Richmond était pour sa part composée de la milice locale. Enfin, le corps de cavalerie, placé sous les ordres de Hampton, se composait de trois divisions sous les généraux Fitzhugh Lee, W.H.F. Lee et Mathew Calbraith Butler qui succéda à Hampton à la tête de sa brigade.

De l’autre côté, la ligne fédérale s’étendait dans l’ensemble en face de la ligne sudiste depuis Richmond jusqu’à Petersburg, en passant par la tête de pont sur la rive occidentale de l’Appomattox à Bermuda Hundred, s’arrêtant un peu au nord de la Jerusalem Plank Road après avoir coupé la Norfolk and Petersburg Railroad et comme de l’autre côté du no man’s land séparant les deux lignes, les positions nordistes étaient solidement retranchées. Afin de garantir la sécurité de la base d’approvisionnement située à City Point, une seconde ligne défensive fut construite pour en fermer la péninsule. Pour garnir cette ligne, Grant disposait d’environ 107 000 hommes appartenant à deux armées distinctes, celles du Potomac de Meade et de la James de Butler.[4]
L’armée du Potomac était divisée en quatre corps d’infanterie et un de cavalerie. Le 2ème, sous le commandement de Birney et constitué des divisions de Mott, Gibbon et Barlow et toutes fortes de quatre brigades. Le 5ème de Warren, comptant quatre divisions sous les ordres de Griffin, Ayres, Crawford et Lysander Cutler avec chacune trois brigades. La division de Cutler étant constituée de deux brigades d’infanterie et d’une artillerie. Le 6ème corps de Wright comptant deux divisions d’infanterie de quatre brigades, celles des généraux David Allen Russell et Thomas Hewson Neil et une de deux brigades sous Ricketts. Enfin, le 9ème corps de Burnside avec une division de trois brigades sous Ledlie et trois de deux brigades sous les généraux Robert Brown Potter, Orlando Bolivar Willcox et Edward Ferrero. Pour la cavalerie, l’Armée du Potomac comptait sur trois divisions commandées par Sheridan et placées sous les ordres de Torbert, Gregg et Wilson avec toutes deux brigades sauf celle de Torbert qui en comptait trois. L’Armée de la James pour sa part se composait des 10ème et 18ème corps des généraux Quincy Adams Gillmore et Smith. Le 10ème ne comptait qu’une division de trois brigades sous le commandement du général Adelbert Ames et le 18ème trois divisions de trois brigades sous les généraux William Thomas Harbaugh Brooks, John Henry Martindale et Edward Winslow Hinks. A cela, il convient d’ajouter la division de cavalerie du général August Valentine Kautz.

De par la durée de cette campagne, qui s’étendit sur près de 10 mois, de nombreux développements eurent lieu sur les autres théâtres de la guerre.
Dans un premier temps, mentionnons les trois campagnes s’étant déroulées dans et aux abords de la vallée de la Shenandoah et qui ont déjà été traitées dans les pages précédentes. Toujours sur le théâtre de Virginie, Mosby et ses guérilléros menèrent de nombreuses actions tout au long de cette campagne en Virginie, Virginie Occidentale et dans le Maryland.
Dans le même temps, à l’Ouest, trois dynamiques étaient à l’œuvre. Dans les Appalaches trois actions mineures, des raids, se déroulèrent dans les états du Tennessee, où en novembre Breckenridge voulu forcer les nordistes à évacuer la partie orientale de l’état mais fut tout de même contraint de se retirer malgré une victoire tactique à Bull’s Gap, et de Virginie, où ce furent Burdrigde et Stoneman qui passèrent à l’action. Le premier en septembre et octobre dans le but, vain, de détruire les salines de Saltville et le second en décembre contre ce même objectif mais cette fois avec plus de succès. Dans un deuxième temps, de nombreuses actions de cavalerie furent menées par les deux camps dans les états frontaliers, Arkansas, Tennessee, Kentucky, Virginie et le nord de l’Alabama et du Mississippi. Enfin, dernière dynamique à l’œuvre dans l’Ouest, la progression des troupes de Sherman en Géorgie qui après avoir pris Atlanta au terme d’une longue campagne se divisèrent, une partie marchant vers la côte atlantique et les Carolines que tentèrent de défendre les forces de Johnston et l’autre assurant la défense du Tennessee contre les troupes de Hood. Ces deux progressions étant accompagnées de nombreux raids de cavalerie des deux camps dans ces mêmes états. Sur le théâtre Trans-Mississippi, plusieurs petites actions éparses eurent lieu. Une expédition fut lancée contre les Sioux dans le territoire du Dakota. Les forces confédérées de Price montèrent une expédition au Missouri entre septembre et novembre mais furent finalement repoussées par les forces fédérales qui sécurisèrent pour de bon le Missouri. Dans le Colorado, une autre action fut menée contre les Cheyennes. Enfin, les forces mi cheyennes mi sudistes du général Stand Watie livrèrent plusieurs combats au Texas et en Arkansas entre juillet et août.
Dernier théâtre, les côtes de la confédération, où les forces fédérales progressèrent contre Wilmington en Virginie – qu’elles finirent par prendre en février 1865 après la chute de Fort Fisher -, Mobile en Alabama, où les nordistes s’emparèrent de plusieurs forts protégeant la ville, Saint Mark en Floride, où ils échouèrent à repousser les confédérés présents dans la région et Charleston qui fut prise en février avec l’avancée des troupes de Sherman.[5]
En conclusion, les diverses évolutions sur les autres théâtres de la guerre furent marquées par deux tendances, la progression quasi finale des forces fédérales sur ces théâtres et la prise de positions stratégiques, essentiellement Savannah, les Carolines et Wilmington, qui aidèrent à terme à mettre à genoux l’Armée de Virginie du Nord en lui coupant ses dernières lignes d’approvisionnement vitales et ainsi la forcer à la reddition mettant de la sorte un terme à la guerre sur le théâtre de Virginie et indirectement sur les autres.

Mais avant cela, de nombreux combats allaient encore être nécessaires. Le 21 juin, Grant mit en branle une nouvelle action dans le but d’étendre sa ligne et de couper les South Side et Weldon Railroad. Comprenant trois parts, ce plan reposait d’abord sur deux forces de cavalerie devant attirer le plus de cavaliers sudistes avec elles afin de faciliter la tâche de l’infanterie qui était le troisième élément et devait être le fer de lance de l’offensive en avançant vers les voies de chemin de fer pour s’y installer en position défensive et les couper définitivement. Le 21 juin, les 2ème et 6ème corps de Birney et Wright se mirent donc en marche vers l’est, en direction de la Weldon Railroad. Dans le même temps, Sheridan, qui était sur le retour suite à son échec pour rejoindre Hunter dans la vallée de la Shenandoah après la bataille de Trevillian Station, mit le cap sur la Virginia Central Railroad pour aller la couper quelque part au nord-ouest de Richmond. Enfin, Wilson et Kautz prirent leurs divisions pour attaquer les South Side et Richmond and Danville Railroad. Si tout se déroulait conformément au plan, les fédéraux se rendraient maitre de la Weldon Railroad en plus de couper, au moins provisoirement les trois autres lignes d’approvisionnement de la capitale et de l’Armée de Virginie du Nord.

Dès le 21 juin, les fantassins nordistes entrèrent en contact d’abord avec les cavaliers sudistes puis avec l’infanterie de Wilcox et Mahone du corps de Hill qui les ralentirent avec l’aide d’un terrain difficile pour les assaillants. Cependant, les troupes de Birney progressèrent tout de même plus vite que celles de Wright, causant un décalage entre les deux forces à la fin de la journée. Décalage qui, côté sudiste, fut vite repéré, Mahone concevant, avec l’approbation de Lee, un plan pour frapper durement les fédéraux. Pendant que Wilcox contenait Wright, Hill envoya, le 22 juin, deux autres divisions, celles de Mahone et Johnson, dans une attaque sur le flanc gauche du 2ème corps en se servant d’un petit ravin pour dissimuler l’approche de ses hommes. Le résultat fut net, frappées de plein fouet, les divisions de Barlow et Gibbon subirent le plus gros du choc, perdant de nombreux hommes, dont près de 1700 fait prisonniers, et le 2ème corps fut contraint de se replier.[6] Le 23, les fédéraux repartirent vers l’avant, vers la Weldon Railroad, traversant le terrain perdu la veille que les confédérés avaient abandonné pour se retirer sur une position plus facilement défendable d’où ils repoussèrent à nouveau les nordistes avant de reculer une fois encore pour s’établir le long de la Jerusalem Plank Road, à l’est de celle-ci, mettant un terme à la bataille du même nom.[7]
Bien que tactiquement remportée par les sudistes qui préservèrent la voie de chemin de fer et infligèrent des pertes largement supérieures à leurs adversaires, de l’ordre de un pour cinq, la bataille fut tout de même un succès stratégique pour les fédéraux qui étendirent leurs lignes autour de Petersburg et surtout forcèrent les sudistes à en faire autant alors qu’ils disposaient de moins de forces pour se le permettre.[8]

Figure 98 : Mouvements des deux armées lors de la bataille de Jerusalem Plank Road

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Source: JESPEREN Hal, Siege of Petersburg, Actions June 21-22, 1865, Cartography Services by Hal Jespersen.

Pendant ce temps, Sheridan et ses cavaliers progressaient vers l’est de Trevillian Station, vers la Panunkey River, harcelés par les hommes de Hampton et Fitzhugh Lee. Le 20, ils avaient empêché la prise par les cavaliers sudistes du dépôt de White House. Le lendemain, alors que les fantassins nordistes commençaient leur offensive, Sheridan passa la Panunkey à Saint Peter’s Church et continua sa progression vers la James. Les 22 et 23 juin, il fit franchir la Chickahominy à ses troupes mais commença à rencontrer une opposition appuyée des sudistes. Durant la journée, les fédéraux progressèrent vers Bermuda Hundred sous les harassements des confédérés, principalement à Westover Church. Le 24, les hommes de Gregg, qui avaient pris position à Saint Mary’s Church subirent les attaques combinées de Hampton et Fitzhugh Lee et furent contraints de se retirer en désordre. Bloqué par les cavaliers sudistes, Sheridan décida de se retirer sur Wyanoke Neck pour y franchir la James entre le 26 et le 28 juin. Les cavaliers sudistes avaient réussi à protéger les voies ferrées sans toutefois être capable de saisir l’opportunité de détruire une partie de la cavalerie fédérale et ne pouvant plus rien faire dans ce secteur, Hampton remit ses troupes en marche pour faire face à l’autre raid de cavalerie nordiste, celui de Wilson et Kautz.[9]

Depuis le 21 ceux-ci n’avaient cessé de progresser et le 23 atteignirent Burke Station, le point de croisement de la Richmond et Danville Railroad et de la South Side Railroad mais furent stoppé par 900 hommes de la milice locale à Staunton River Bridge le 25, après avoir détruit plusieurs kilomètres de voies ferrées. Face à cette résistance, et estimant avoir accompli sa mission en détruisant une grande partie de la voie de chemin de fer, Wilson décida de remettre ses troupes en route vers les lignes fédérales.[10] Mais le retour ne se fit pas sans encombre, les cavaliers de W.H.F. Lee, qui poursuivaient les fédéraux dans le but de leur couper toute retraite, joignirent leurs efforts à ceux de Hampton à Sappony Church, forçant les cavaliers nordistes à changer leur itinéraire pour aller rejoindre la sécurité des lignes fédérales à Reams Station supposé être occupé après le succès de l’offensive des 2ème et 6ème corps quelques jours plus tôt.[11] Mais une fois sur place le 29 juin, ce furent les fantassins sudistes de Mahone qui les accueillirent et une fois que les cavaliers sudistes qui les talonnaient menacèrent leurs voies de retraite, les nordistes n’eurent d’autres choix que de forcer le passage pour se replier, abandonnant une grande partie de leur matériel et leurs blessés pour finalement pouvoir rejoindre les lignes fédérales. Au total, Wilson et Kautz perdirent environ 1500 hommes au cours du raid.[12] Seul impact notable de celui-ci, la destruction d’une partie des voies ferrées que les sudistes eurent toutefois tôt fait de réparer.

Figure 99 : Mouvements des cavaliers fédéraux lors du raid de Wilson et Kautz

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Source: JESPEREN Hal, Wilson-Kautz Raid, June 22 – July 1, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

En conclusion, cette série d’opérations fédérales voulue par Grant ne fut pas un échec complet, les cavaliers nordistes ayant causés des dommages, bien que non déterminants, et les fantassins ayant poussé les sudistes à étendre leurs lignes, amenant ceux-ci un peu plus près des limites de leurs capacités. Mais les lignes de chemin de fer n’étaient pas encore coupées et Lee recevait toujours des approvisionnements qui lui permettaient de poursuivre la lutte.

Une autre raison que l’affaiblissement de son armée empêcha Grant de poursuivre avec assiduité l’offensive contre Lee. L’arrivé de Early et ses hommes aux abords de Washington depuis la vallée de Shenandoah suite à la défaite de Hunter provoqua une crise de panique dans la capitale fédérale qui força le commandant nordiste à dépêcher sur place l’ensemble du 6ème corps de Wright, le privant d’une grande partie de ses forces et réduisant d’autant ses capacités d’attaque contre les lignes confédérées. Ce fut d’abord la division de Ricketts qui partit le 6 juin, puis le 9, les deux autres se mirent également en marche.[13]

Alors que le siège semblait piétiner, une lueur d’espoir pour l’Union apparut grâce à Burnside. L’un de ses commandants de régiment issu d’une région minière, le colonel Henry Pleasants du 48ème Pennsylvannia Volunteer Infantery Regiment, qui avait entendu l’idée être émise par l’un de ses hommes, proposa de creuser un tunnel devant mener juste au-dessous d’une redoute confédérée installée face à ses hommes sur un saillant de la ligne sudiste dans le but de le remplir d’explosif et de faire exploser la position avant de l’investir avec une attaque massive. Séduit par l’idée, Burnside la proposa à Meade et Grant qui acceptèrent sans enthousiasme, croyant, comme le leur indiquait leurs ingénieurs, la tâche impossible. Cependant, afin de tout de même donner ses chances à l’assaut, Grant mit sur pied une diversion, dans le but d’attirer le plus grand nombre de forces confédérées au nord de la James en envoyant le 2ème corps de Hancock – revenu aux commandes le 27 juin alors que Birney prit pour sa part la tête du 10ème corps de l’Armée de la James en remplacement de Gillmore – dans cette direction avec le support de deux divisions de cavalerie de Sheridan, celles de Torbert en Gregg.[14]

Le 2ème corps quitta donc ses positions à l’extrême gauche fédérale, qui revint dès lors au 5ème corps de Warren, et entama une marche vers le nord, parallèlement aux lignes sudistes. Dans la nuit du 26 au 27 juillet, les nordistes franchirent la James sur le ponton de Deep Bottom. Mais le mouvement n’avait pas échappé aux sudistes et lorsque Hancock tenta de les attaquer à New Market Heights et Fussel’s Mill, celui-ci fut repoussé par les divisions de Kershaw et Wilcox, tout juste appelées en renfort une fois que Lee se rendit compte de la manœuvre fédérale. Dans le même temps, Sheridan, qui essaya de percer à la droite de Hancock, fut lui aussi repoussé. Le 28, de nouvelles forces sudistes arrivèrent sur les lieux pour renforcer la position défensive et répondre à la menace, avec pour conséquence que sur ses huit divisions d’infanterie, Lee en avait cinq au nord de la James et trois à Petersburg. Ayant réussi dans sa tâche, Hancock se remit en marche dans la nuit du 29 pour aller se mettre en position à la droite du 18ème corps, dont le commandement était passé de Smith à Ord le 19 juillet, et ainsi pouvoir participer à l’action de Burnside prévue pour le lendemain. Sheridan repassa lui aussi sur la rive sud de l’Appomattox pour mener des actions de démonstrations sur la droite sudiste.[15]

Figure 100 : Mouvement du 2ème corps et de la cavalerie fédérale du 26 au 29 juillet 1864

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Petersburg and Vicinity, 1864, The siege of Petersburg, West Point: Department of History.

Burnside était très enthousiaste vis-à-vis de son plan et pensait pouvoir racheter son terrible échec de Fredericksburg en prenant Petersburg. Pour ce faire, ses hommes creusèrent un tunnel de près de 150 mètres, une prouesse compte tenu du fait que les ingénieurs de Meade estimaient impossible d’aller au-delà de 120 mètres sans creuser de puits de ventilation, ce qui était infaisable, ceux-ci devant être fait au milieu du no man’s land entre les deux lignes. Cependant, Pleasants et ses hommes réalisèrent la chose en commençant à creuser le 25 juin, sous le couvert d’une voie de chemin de fer inusitée afin de ne pas être repérés par les sudistes. Dépourvu d’aide et de matériel de la part des ingénieurs fédéraux, les hommes de Pleasants eurent à se montrer ingénieux pour confectionner leurs outils et autres nécessités et furent même en mesure d’approvisionner le tunnel en air jusqu’au bout. Le 23 juillet, le tunnel était prêt avec à son extrémité des galeries latérales d’environ 13 mètres s’étendant sous les positions sudistes et où furent stockées quatre tonnes de poudre à canon.[16]

Pendant ce temps, Burnside s’employa aux restes de ses préparatifs. Sur ses quatre divisions, trois avaient vu le combat lors de la campagne de l’Overland. La division entièrement composée de soldats noirs, commandée par Ferrero et forte de deux brigades avaient quant à elle été cantonnée à des tâches d’arrière-garde. Burnside avait sélectionné cette unité pour l’attaque et s’assura qu’elle suivit un entrainement tactique approprié afin de pouvoir exploiter l’opportunité offerte par la destruction des défenses sudistes après l’explosion. Les trois autres divisions devant appuyer la première par la suite, une fois la brèche créée.[17]
Mais la veille de l’attaque, Burnside reçu l’ordre de Meade, approuvé par Grant, de remplacer la division de Ferrero par l’une des trois autres. La justification de cela étant purement politique, si l’assaut était un échec et les troupes noires massacrées, les conséquences en seraient lourdes dans l’opinion publique. Ce fut finalement à la courte paille que fut choisie la division de Ledlie avec les deux autres divisions blanches en soutien et celle de Ferrero qui fermerait la marche.

Prévue pour 3h30 du matin du 30 juillet, l’explosion ne survint qu’environ une heure quarante-cinq plus tard, soulevant la terre au-dessous du saillant sudiste de Pegram, creusant un énorme cratère de 60 mètres sur 20 et profond de 10. Au même moment, l’artillerie fédérale s’empressa d’ouvrir le feu pour supporter l’attaque de l’infanterie qui avança enfin une dizaine de minutes plus tard. Mais c’est alors que les choses commencèrent à se gâter pour l’Union. Les obstacles présents devant les fortifications nordistes n’avaient pas été préalablement enlevé pour faciliter la progression de l’infanterie, si bien que les troupes avançaient en ordre dispersé. De plus, une fois face à l’immense cratère, les fantassins non-préparés de Ledlie oublièrent qu’ils devaient étendre la brèche en attaquant sur les flancs de celle-ci, en poussant vers la gauche et la droite et préférèrent se ruer dans le cratère lui-même pour chercher un abri et où ils furent coincés alors que les confédérés remis du choc commençaient eux à reprendre leurs positions. La deuxième vague fédérale, les deux autres divisions blanches de Burnside, furent-elles aussi envoyées vers l’avant mais eurent le même réflexe que la première et foncèrent dans le cratère pour y trouver protection. Pendant ce temps, Beauregard fit venir dans le secteur tous les renforts qu’il pouvait et ceux-ci furent en position à peu de chose près au moment où Burnside envoya sa troisième vague à l’attaque, la division de Ferrero. Celle-ci se comporta comme elle l’avait appris et attaqua les flancs du cratère mais trop tard, les renforts sudistes tenaient fermement leurs positions et infligèrent de terribles pertes aux troupes noires qui rompirent les rangs pour aller se réfugier à leur tour dans le cratère. La situation ne faisait donc qu’empirer pour le Nord. Il y avait maintenant environ 10 000 hommes compressés les uns sur les autres et représentant une cible parfaite pour les artilleurs et fantassins sudistes qui les surplombaient, causant un véritable carnage dans les rangs fédéraux. Vers 9h30, Grant mit un terme au désastre en ordonnant aux autres corps de maintenir leurs positions et à Burnside de replier ses forces. Cependant, cela n’était pas chose facile à réaliser et la retraite n’intervint qu’en début d’après-midi après une contre-attaque de la division de Mahone. Au total, l’Armée du Potomac perdit environ 4000 hommes au cours de la bataille du cratère, environ la moitié furent fait prisonniers ou portés disparus contre un peu plus de 1000 pour l’Armée de Virginie du Nord. Autre conséquence, Burnside et Ledlie furent relevés de leurs commandements, le 9ème corps passant donc sous les ordres du général John Grubb Parke et la division de Ledlie sous ceux du général Julius White.[18]

Figure 101 : Mouvements fédéraux lors de la bataille du cratère

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Source: JESPEREN Hal, Siege of Petersburg, Actions July 30, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Quelques jours plus tard, une fois informé de l’échec de Early face à Washington, et son retour sur la rive sud du Potomac, Lee commença à nourrir des craintes pour la vallée. Si il n’était pas renforcé, celle-ci risquait de tomber aux mains des fédéraux et même les forces de Early risqueraient d’être perdues. De plus, le commandant sudiste reçu des informations faisant état de mouvements de troupes nordistes vers des navires de transport à City Point, le laissant penser que de nouvelles forces allaient être déployées vers la vallée. Il décida alors le 6 août d’organiser le transfert de la division d’infanterie de Kershaw et de cavalerie de Fitzhugh Lee, le tout sous le commandement de Anderson, vers Culpeper. De là, ces forces seraient en mesure de revenir vers Richmond en vitesse par voie de chemin de fer ou de se déplacer vers la vallée de la Shenandoah et menacer le flanc de toute la force fédérale y progressant.[19]

Comme l’avait deviné Lee, Grant entendait bien renforcer les forces faisant face à Early et particulièrement en leur fournissant un leader à même de les mener à la victoire, Sheridan. Celui-ci arriva au quartier général de ses nouvelles forces le 6 août, jour du départ de Anderson, avec deux de ses divisions de cavalerie, celles de Torbert et Wilson.[20]

Alors qu’il était de retour auprès de l’Armée du Potomac le 9 août, après un bref déplacement à Washington et auprès de Sheridan pour l’informer de ses objectifs, Grant fut notifié que l’entièreté du corps de Anderson était maintenant en route pour la vallée. L’information était inexacte puisqu’une seule des trois divisions du 1er corps sudiste était partie. Il fallut quelques jours pour que l’erreur soit dissipée mais dans le but de faciliter la tâche de Sheridan, Grant était décidé à mettre un coup de pression sur les défenses de Petersburg pour forcer Lee à rappeler Anderson auprès de lui.[21]

Dans ce but, Hancock reçu pour instructions de rééditer son attaque ayant servi de diversion à la bataille du cratère. Ainsi, le 14 août, il se remit en marche avec son corps et le 10ème de Birney de l’Armée de la James. Comme la première fois, les fédéraux franchirent le fleuve à Deep Bottom mais aussi à Jones’s Neck. Bien que retardés par les troupes de Field, ils avancèrent au cours de la journée du 14. Le 15, alors que les forces du 2ème corps devaient rester stationnaires, celles du 10ème devaient quant à elles bouger sur le flanc droit des confédérés mais sous la chaleur et l’humidité, le déplacement prit toute la journée, si bien que l’attaque dut être remise au lendemain.
Si remplie de succès dans un premier temps, l’attaque fédérale du 16 échoua lorsque les sudistes amenèrent des renforts de la division de Wilcox. Dans le même temps, les cavaliers de Gregg, qui avaient été envoyés contourner la droite des lignes sudistes entrèrent au contact de ceux de Fitzhugh Lee à White’s Tavern et ceux-ci, à peine revenu de Culpeper, les repoussèrent jusqu’à Fisher’s Farm. Au total, cette seconde bataille de Deep Bottom couta environ 3000 hommes aux fédéraux contre environ le tiers aux sudistes mais Grant ne fit pas replier ces troupes, les laissant sur place afin de faire croire à la potentialité d’une nouvelle attaque dans ce secteur, en plus d’ainsi fournir une diversion à une autre attaque à l’autre extrémité de la ligne. Et cela fonctionna car Lee ordonna le transfert de cinq brigades depuis les abords de Petersburg jusqu’à ce secteur.[22]

Cette autre action devait être le fait de Warren, à l’extrême gauche de la ligne fédérale qui devait rééditer l’attaque de la fin du mois de juin contre la Weldon Railroad avec les mêmes objectifs. Le 18 août, Warren avança les quatre divisions de son 5ème corps vers l’est et atteignit la voie de chemin de fer à Globe Tavern où il laissa une brigade de cavalerie en défense avant d’avancer vers le nord, vers les lignes sudistes de Petersburg. Dans l’après-midi, les fédéraux furent confrontés à une contre-attaque de Beauregard qui avait rassemblé toutes les troupes disponibles pour tenter de reprendre le contrôle de la voie de chemin de fer. Le lendemain, A.P. Hill vint se joindre à l’effort avec deux divisions, celles de Heth et Mahone, et infligea de lourdes pertes aux nordistes qui se replièrent sur une meilleure position défensive mais toujours en tenant la Weldon Railroad avant d’incurver la ligne à l’est de celle-ci pour se placer parallèlement. Les confédérés tenteront de les en déloger jusqu’au 20 août avant de comprendre la tâche impossible. Maintenant confronté à la coupure de la voie ferrée, Lee réagit rapidement en organisant un train de chariots de transport depuis le nouveau point d’arrêt des approvisionnements au sud des positions fédérales, à Stony Creek, jusqu’à Dinwiddie Court House pour suivre la Boydton Plank Road jusqu’à Petersburg. Cette offensive, connue sous le nom de bataille de Glove Tavern, coûta cher en hommes à l’Union, environ 4500 contre 1600 pour les sudistes, mais apporta un gain majeur, l’un des axes de ravitaillement de Lee était maintenant coupé.[23]

Figure 102 : Mouvements des deux armées lors de la bataille de Globe Tavern

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Source: JESPEREN Hal, Siege of Petersburg, Actions August 18-19, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Toujours dans le but de couper les autres axes et de forcer Lee à rappeler Anderson à Petersburg, Grant décida de frapper une fois de plus dans le même secteur en envoyant le 2ème corps, tout juste revenu de Deep Bottom, attaquer la Weldon Railroad à Reams Station, au sud des nouvelles positions du 5ème corps. Le 23 août, deux jours après avoir repassé la James, les premiers éléments de Hancock commencèrent à détruire quelques kilomètres de voies ferrées. Mais dans la soirée, des informations firent état du mouvement rapide du corps de Hill et des cavaliers de Hampton dans cette direction. Et en effet, le 25 vers midi, les confédérés frappèrent durement les cavaliers fédéraux de Gregg, les chassant très vite et ne laissant pas le temps aux fantassins de se préparer au choc, si bien qu’ils furent eux aussi durement touchés et Hancock, préférant ne pas insister, décida de se retirer derrière la Jerusalem Plank Road après avoir perdu environ 2750 hommes contre plus ou moins 750 pour Hill qui une fois sa mission de défendre la voie ferrée accomplie, retourna à Peterburg, le lendemain 26 août. Pour la première fois, le 2ème corps, qui avait été l’une des meilleures unités de l’Armée du Potomac depuis le début de la guerre fut clairement battu, signe que les affres de cette nouvelle forme de guerre se faisaient sentir, le 2ème corps ayant perdu ses meilleurs éléments dans de terribles combats n’était plus le même et Grant dut se résoudre à le considérer comme inapte à mener des attaques contre les lignes sudistes pour l’instant.[24]

En septembre, les forces fédérales se lancèrent dans une nouvelle action au nord de la James sous le commandement de Butler. Comme précédemment, l’objectif était de pousser Lee à retirer le plus de forces possibles de la région de Petersburg pour les redéployer près de Richmond. Pour ce faire, Grant confia donc la tâche à l’Armée de la James qui prévu de frapper en deux points. La première partie de l’offensive fut confiée au 18ème corps qui devait attaquer les positions sudistes présentes près de Chaffin’s Farm, et principalement Fort Harrison, alors que la seconde, attribuée au 10ème corps, devait s’en prendre à New Market Heights. Cette nouvelle offensive se déroulait donc à peine à quelques kilomètres à l’ouest des deux déjà réalisées par Hancock dans le secteur des deux batailles de Deep Bottom. Le 29 septembre, après avoir franchi la James à Aiken’s Landing, Ord envoya 8000 hommes de son 18ème corps à l’attaque contre Fort Harison, défendu par le général Richard Taylor, qu’il parvint à prendre, profitant de la faiblesse des effectifs sudistes présents dans la région. Les nordistes furent finalement stoppés avant d’atteindre Chaffin’s Bluff avec le soutien des navires fluviaux présent sur la James.[25]
Dans le même temps, le 10ème corps de Birney attaqua pour sa part New Market Heights avec le renfort de la division de « troupes colorées » du général Charles Jackson Paines du 18ème corps, soit un total d’approximativement 13 000 hommes contre environ 1800 pour les sudistes sous le commandement du général John Gregg. Les fédéraux parvinrent à s’emparer de la ligne sudiste au prix de durs combats avant de continuer leur progression mais d’être finalement arrêtés devant la ligne défensive des forts Gregg, Johnson et Gilmer.[26]
Au soir des combats, conscient de la grande importance du Fort Harrison pour sa ligne défensive, Lee vint en personne sur les lieux afin d’organiser la contre-attaque qui devait chercher à reprendre le terrain perdu. Pour ce faire, il fit déplacer environ 10 000 hommes, les divisions de Hoke et Field plus quatre régiments de la division de Pickett depuis Petersburg afin de renforcer la puissance de l’attaque. Mais après deux assauts infructueux, le commandant sudiste accepta l’évidence qu’il ne pourrait pas reprendre le fort sans subir de lourdes pertes et ordonna l’établissement d’une nouvelle ligne défensive face aux nordistes.[27]
La conséquence de cette nouvelle offensive, en plus de forcer la ligne sudiste à reculer quelque peu fut d’une fois encore contraindre Lee à déplacer une partie de ses forces des abords de Petersburg à ceux de Richmond et Grant entendait bien saisir cette opportunité pour frapper une fois encore un nouveau coup à l’autre extrémité de la ligne, là où les sudistes avaient réduit leurs défenses et ainsi s’approcher un peu plus encore d’une coupure des approvisionnements de l’Armée de Virginie du Nord.

Pour cette nouvelle offensive, Grant mit sur pied une force ad hoc composée de deux divisions du 9ème corps tout juste réorganisé en septembre avec trois divisions, celles de Willcox et Potter fortes de trois et deux brigades – alors que la troisième qui ne participa pas à l’action en comptait également deux et était placée sous les ordres de John Hartranft -, deux du 5ème corps, celles de Griffin et Ayres, et de la division de cavalerie de Gregg, avec pour objectif de progresser une fois encore vers la South Side Railroad en étendant les lignes des deux camps.
Au matin du 30 septembre, les fédéraux entamèrent leur progression en direction de Poplar Spring Church et entrèrent en contact avec des tirailleurs de la cavalerie de Hampton. En début d’après-midi, la division de Griffin attaqua et s’empara du Fort Archer et de la ligne défensive installée le long de la Squirrel Level Road et les confédérés se replièrent sur une deuxième ligne près de la Boydton Plank Road – celle par où passaient les approvisionnements devant être acheminé par chariot depuis la coupure de la Weldon Railroad – où ils furent rejoint par les troupes de Hill arrivées à toute vitesse et qui repoussèrent la division de Potter, forçant les nordistes à se replier pour la nuit sur les anciennes positions confédérées qu’ils venaient de prendre.

Le lendemain, 1er octobre, Hill tenta de récupérer le terrain perdu en montant à l’attaque mais fut stoppé par la division de Ayres. Dans le même temps, afin de prêter main forte à Hill, Hampton tenta de prendre de flanc la ligne nordiste mais fut lui aussi contenu, par les cavaliers nordistes. Le 2 octobre, Meade renforça encore l’attaque en y adjoignant la division de Mott, du 2ème corps, qui avança vers la Boydton Plank Road mais n’attaqua pas les positions sudistes, jugées trop fortes. Finalement, satisfait de cette progression, Meade mit un terme à l’offensive et les fédéraux se retranchèrent pour de bon sur leurs nouvelles positions. Cette action, connue sous le nom de bataille de Peeble’s Farm, leur coûta environ 3000 hommes pour 1300 côté confédéré. Une fois encore, avec sa stratégie de frapper le flanc gauche de la ligne sudiste puis immédiatement après son flanc droit, Grant était parvenu à gagner du terrain précieux au sud de Petersburg, rapprochant sa ligne de la South Side Railroad et contraignant Lee à étendre encore un peu plus la sienne.[28]

Le même jour, dans le but de résoudre les problématiques de commandement entre Lee et Beauregard dans le secteur de Petersburg, Davis proposa à ce-dernier de prendre le commandement du département de l’Ouest ce qu’il accepta, conscient qu’il ne pouvait espérer avoir le dessus sur celui désormais considéré au Sud comme le mythique commandant de l’Armée de Virginie du Nord et laissant de la sorte les forces de son département à celui-ci qui les intégra dans son armée et plus particulièrement au sein du nouveau 4ème corps placé sous le commandement de Anderson qui rendit les rênes du 1er à Longstreet une fois celui-ci revenu de sa blessure subie lors de la bataille de la Wilderness.

Au cours des deux semaines suivantes, deux engagements mineurs eurent lieu dans le secteur tenu par les forces de Butler, sur la rive nord de la James. Le premier eut lieu le 7 octobre, lorsque Lee décida d’attaquer le flanc droit fédéral. D’abord mené par les cavaliers de Hampton contre ceux de Kautz sur la Darbytown Road, l’attaque fut ensuite prise en main par l’infanterie lorsque les divisions de Hoke et Field prirent leur relai une fois les cavaliers nordistes repoussés et montèrent à l’attaque des positions tenues par le 10ème corps sur la New Market Road mais furent repoussés, laissant environ 700 hommes sur place contre environ 450 pour les fédéraux.[29]

La seconde eut lieu une semaine plus tard, le 13 octobre, les fédéraux décidant à leur tour de tester les défenses adverses dans le secteur, au nord de la Darbytown Road. Deux divisions du 10ème corps avancèrent des tirailleurs avant de lancer une brigade à l’assaut qui fut aisément repoussée. Au cours de ce deuxième engagement, le Nord perdit environ 430 hommes contre à peine une cinquantaine pour le Sud.
Au final, ces deux combats très mineurs n’eurent aucun impact, les deux camps campant fermement sur leurs positions et ne dédiant pas assez de forces pour espérer rencontrer un réel résultat.[30]

A la fin octobre, les deux camps savaient l’hiver approchant, ce qui signifiait que les opérations allaient de facto être grandement ralenties. Mais à deux semaines de l’élection présidentielle, Grant voulu porter un nouveau coup à l’Armée de Virginie du Nord. Meade mit donc sur pied une opération majeure devant couper la Boydton Plank Road qui reliait Petersburg à la partie de la Weldon Railroad encore utilisable par les sudistes et qui elle-même les connectait au port de Wilmington.
Pour ce faire, il fit appel au 2ème, 5ème et 9ème corps. Le plan prévoyait que le 2ème corps soit le fer de lance de l’attaque en remontant la White Oak Road afin d’aller couper la Boydton Plank Road. Pendant ce temps, les 5ème et 9ème corps devaient attaquer les positions confédérées et en les repoussant, effectuer leur jonction avec les troupes de Hancock. Pendant ce temps, de son côté, l’Armée de la James devait effectuer des démonstrations afin de prévenir l’arrivée de renforts. Le 27 octobre, l’offensive fut déclenchée. Les forces de Warren et Parke furent incapables de progresser et s’arrêtèrent en face de solides positions confédérées tenue par le 3ème corps de Hill. Pendant ce temps, le 2ème corps, lui, avait franchi la Hatcher’s Run avec le soutien des cavaliers sur leur flanc gauche et avançaient vers Burgess’s Mill, menaçant de la sorte de couper la jonction entre les cavaliers de Hampton et les fantassins de Hill. Mais les cavaliers sudistes, après avoir bloqué Gregg se replièrent en bon ordre pour échapper au piège.
Hancock continua sa progression et atteignit la Boydton Plank Road où la division de Mott engagea le combat avec les cavaliers sudistes avant que les fantassins de Hill, commandés par Heth, le premier étant malade, ne prennent la relève de Hampton pour bloquer la route des nordistes. En début d’après-midi, alors que Hancock était prêt à attaquer pour continuer sa progression sur la Boydton Plank Road, Meade, s’étant rendu compte que l’inaction des 5ème et 9ème corps isolait le 2ème, fit stopper celui-ci en attendant que la division de Crawford du 5ème corps ne fasse sa jonction avec la droite de Hancock, mais se perdant dans les bois, les hommes de Crawford n’arrivèrent jamais. Après une reconnaissance des lieux, Grant estima les positions confédérées trop solides et mit un terme à l’attaque. Cependant, cela ne changeait rien à la situation du 2ème corps, toujours isolé du reste des unités fédérales, ce que les sudistes entendaient bien exploiter. Pendant que les cavaliers de Hampton tiendraient en place ceux de Gregg, Heth comptait envoyer ses deux divisions, la sienne et celle de Mahone à l’attaque des forces de Hancock sur leur flanc droit et au passage couper leur route de retraite en prenant la Dabney Mill Road. En fin d’après-midi, les sudistes attaquèrent et connurent de premier succès mais Hancock résista finalement et fut même en mesure de contre-attaquer lorsqu’il se rendit compte que les flancs de Mahone n’étaient plus protégés. Attaquant des deux côtés à la fois avec le soutien des cavaliers de Gregg, le 2ème corps repoussa les confédérés qui échappèrent eux-mêmes de peu à l’encerclement. Une fois les fantassins en déroute, Gregg se remit immédiatement en marche pour aller affronter Hampton qui contre-attaqua pour couvrir la retraite de Heth et Mahone et les stoppa, sauvant le flanc gauche de Hancock.
Cependant, à la fin de la journée, toujours isolé, durement touché, Hancock préféra se retirer sur ses positions initiales, mettant ainsi fin à la bataille de la Boydton Plank Road au cours de laquelle l’Union perdit environ 1750 hommes pour 1300 pour la Confédération.[31]
Le résultat de cette bataille était ambigu, d’une part les sudistes avaient conservé leurs lignes défensives et leurs voies d’approvisionnements, mais d’autre part ils avaient raté une opportunité de frapper durement les forces fédérales en détruisant ou, à tout le moins, en portant un gros coup au 2ème corps. De l’autre côté, la résistance de celui-ci lui offrit une victoire tactique et lui rendit son aura perdue à Reams Station. Mais l’offensive fédérale avait échoué à s’emparer de la Boydton Plank Road et, alors que l’hiver allait s’installer, les deux camps campaient sur leurs positions.

Figure 103 : Mouvements des deux armées lors de la bataille de la Boydton Plank Road

Sans titre

Source: JESPEREN Hal, Siege of Petersburg, Actions October 27, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Pendant que Hancock manœuvrait à l’extrême gauche, Butler en fit de même à l’extrême droite comme prévu, dans le but d’effectuer une diversion. Le plan de Butler prévoyait d’envoyer le 10ème corps attaquer de front les positions sudistes sur la Darbytown Road pendant que le 18ème les attaquerait de flanc depuis la Williamsburg Road. Cependant, côté sudiste, Longstreet, qui commandait les forces présentes dans ce secteur, comprit très vite la menace et pendant que la division de Hoke tenait ses positions face au 10ème corps, il fit déplacer celle de Field pour confronter le 18ème corps au niveau de Fair Oaks. Dans l’après-midi du 27 octobre, les fédéraux attaquèrent donc mais furent aisément repoussés et avec de lourdes pertes en comparaison de leurs adversaires, environ 1600 hommes contre une centaine côté sudiste. Finalement, les fantassins nordistes se retranchèrent en face des positions sudistes jusqu’au lendemain après-midi avant de rejoindre leurs positions initiales. Bien que manquant de rigueur, cette attaque atteignit ses objectifs, occuper les sudistes afin de prévenir l’envoi de renforts dans le secteur de Petersburg.[32]

 En décembre, décidant de tenter une nouvelle action dans le secteur de Petersburg afin de compenser les situations de blocage connues sur les autres théâtres durant cet hiver, Grant décida de faire revenir le 6ème corps de Wright depuis la vallée de la Shenandoah afin d’augmenter les forces présentes face à l’Armée de Virginie du Nord pendant que le 5ème corps de Warren ferait mouvement pour frapper la Weldon Railroad au sud de Stony Creek.

Entre le 4 et 6 décembre, le 6ème corps débarqua progressivement à City Point. Une fois informé du départ de Wright, Lee comprit que Grant comptait user de sa supériorité numérique pour frapper à nouveau et fit rappeler trois des divisions de Early, celles de Gordon, Pegram et Brian Grimes qui avait remplacé Ramseur, afin de compenser quelque peu le rapport de force. Cependant, le 7 décembre, date du début de la manœuvre de Warren, renforcé par une division du corps de Humphreys, qui avait pris le commandement du 2ème corps suite à l’incapacité de Hancock toujours fragilisé par sa blessure subie à Gettysburg, et des cavaliers de Gregg, les fédéraux entamèrent leur mouvement pour frapper la Weldon Railroad aux abords de la Meherrin River, environ 30 kilomètres au sud de Stony Creek, mais trop tôt pour que Lee puisse compter sur les renforts venus de la vallée, aussi, le commandant sudiste fit déplacer une fois encore les troupes de Hill et Hampton pour venir défendre sa voie d’approvisionnement. Mais la chance ne jouait pas avec les sudistes. Le 8 décembre, en raison des conditions météorologiques déplorables, les confédérés n’avancèrent que très lentement et lorsqu’ils arrivèrent sur place le 9, ce ne fut que pour découvrir 25 kilomètres de voies ferrées que les nordistes avaient détruit la veille avant de se remettre en route vers leurs positions initiales. Les cavaliers de Hampton tentèrent bien de frapper les arrières des forces nordistes mais sans grand résultat et le 10, les nordistes avaient rejoint leurs lignes. Malgré tout cela, la situation n’était pas encore trop terrible pour les sudistes, le mauvais temps et les batteries de la garde civile installées sur l’autre rive de la Meherrin, à Hicksford, empêchèrent les fédéraux de causer plus de dégâts qu’ils auraient été en mesure de le faire à cette ligne d’approvisionnement déjà grandement affaiblie.[33]

Profitant de l’hiver et des restrictions opérationnelles qu’il allait imposer aux forces fédérales, Lee décida, à la mi-décembre, de faire revenir la majeure partie des forces restant à Early auprès de lui, soit la division de Kershaw, celles de Gordon, Pegram et Grimes venant tout juste d’arriver, ne laissant comme force dans la vallée, toujours sous le commandement de Early, que la division d’infanterie de Wharton et les deux brigades de cavaleries de Rosser, soit une très maigre force, trop maigre pour espérer gêner les opérations de Sheridan dans la vallée, signe que le commandant sudiste avait abandonné l’espoir de récupérer celle-ci que les nordistes venaient de toute façon de détruire en grande partie. Ainsi, l’Armée de Virginie du Nord récupéra son 2ème corps, réduit à environ 9000 hommes, et placé sous le commandement de Gordon – dont la division passa au général Clement Anselm Evans – qui vint s’ajouter derrière les fortifications de Petersburg et Richmond.[34]

Le 13 décembre, dans le but de mener une attaque contre les défenses du port de Wilmington, 6500 hommes de l’Armée de la James quittèrent leurs positions près de Richmond sous les ordres de Butler. Informé de la haute probabilité d’une attaque fédérale dans cette région, Lee fut contraint de détacher la division de Hoke du 4ème corps de Anderson vers le commandement de Braxton Bragg où elle arriva le 27 décembre. Mais après l’échec cuisant de Butler, celui-ci fut relevé de son commandement par Grant qui, débarrassé des pressions politiques suite à la réélection de Lincoln, pouvait enfin placer un commandant compétent à la tête de l’Armée de la James, Ord, qui prit ses fonctions le 8 janvier alors que ces troupes tout juste ramenées des côtes de Caroline du Nord furent réembarquées sous le commandement du général Alfred Howe Terry pour aller mener une nouvelle tentative contre le fort.[35] Avec le succès de celle-ci, ces troupes poursuivront la guerre dans cette région face aux forces de Johnston jusqu’à la victoire finale. Au cours de ce même mois de décembre, l’Armée de la James fut par la même occasion réorganisée. Les troupes étant parties pour la Caroline du Nord formant un corps expéditionnaire alors que le reste fut divisé en deux nouveaux corps, les 24ème, sous Gibbon avec trois divisions, et 25ème sous Godfrey Weitzel, ce dernier entièrement composé de troupes noires avec également trois divisions.

Alors que l’hiver était dans sa période la plus rude, Grant décida, à la suite des discussions de paix avortée entre Lincoln et Stephen tenues secrètement à Hampton Roads, de tenter une nouvelle attaque contre les positions confédérées à Peterburg. Moins ambitieuse que ses précédentes tentatives pour contourner la droite sudiste et progresser contre la South Side Railroad, le commandant nordiste fixa cette fois comme objectif de prendre la Boydton Plank Road par laquelle les confédérés faisaient passer les approvisionnements venant de Wilmington par la Weldon Railroad et ensuite par chariots, ou du moins c’est ce que pensaient les fédéraux, car depuis longtemps, conscient de le fragilité de cette ligne de communication, Lee y avait considérablement réduit le recours. Grant rassembla donc cinq divisions d’infanterie des corps de Humphreys et Warren – celles de Ayres, Griffin, Crawford pour le 5ème corps et de Thomas Alfred Smyth, qui remplaçait Gibbon, et Mott pour le 2ème – et les cavaliers de Gregg dans le but de les mettre en marche le 5 février afin de prendre position entre Dinwiddie Court House et Burgess Mill, le rôle des cavaliers fédéraux étant de patrouiller le secteur et capturer tous les chariots sudistes qu’ils trouveraient.
Les fantassins fédéraux atteignirent la Boydton Plank Road sans rencontrer de résistance, les sudistes n’ayant pas anticipé cette manœuvre, et ce particulièrement dans ces conditions météorologiques. Warren prit position près de Burgess Mill sur la gauche de la ligne fédérale établie en travers de la Boydton Plank Road, sur la rive sud de la Hatcher’s Run avec Humphreys sur sa droite, près de Armstrong’s Mill. Sous le feu des canons sudistes, les fédéraux s’enterrèrent avant que les sudistes ne tentent de les repousser en lançant une attaque contre les positions de Humphreys avec la division de Mahone du corps de Hill qui fut repoussée. Durant la nuit, Meade fit parvenir deux divisions en renfort à Humphreys, une venant du 6ème corps, celle du général Frank Wheaton qui avait remplacé Russell suite à la mort de celui-ci lors de la troisième bataille de Winchester, et une autre du 9ème, celle de Hartranft, en plus de déplacer Warren et Gregg en soutien de Humphreys afin de concentrer les forces disponibles.

Au matin du 6, jour où Lee fut informé de la décision du gouvernement sudiste de le nommer commandant en chef de toutes les forces confédérées, Warren décida de lancer une reconnaissance pour tester les défenses sudistes, ce qui déclencha une contre-attaque des forces de Gordon, renforcées de la division de Mahone. Les fédéraux reculèrent dans un premier temps avant de s’établir sur une nouvelle position où ils résistèrent finalement, perdant environ 1500 hommes pour quelques 1000 côté sudiste, avant de tout de même se replier pour prendre une nouvelle position défensive, étendant les fortifications déjà existantes le long de la Vaughn Road jusqu’à Hatcher’s Run. Le lendemain, 7 février, Warren repartit vers l’avant et récupéra la majeure partie du terrain perdu la veille.
Le résultat de la bataille de Hatcher’s Run fut globalement le même que lors des opérations précédentes, l’extension des lignes défensives des deux camps, et ce toujours au profit des fédéraux, les sudistes devant tenir des lignes de plus en plus longues avec des forces toujours aussi ténues, voire même plus ténues en raison des restrictions en approvisionnement et des désertions auxquelles faisaient face l’Armée de Virginie du Nord.[36]

Le 21 février, Sheridan, alors toujours dans la vallée de la Shenandoah, reçu de Grant une lettre contenant de nouvelles instructions maintenant que la victoire y semblait acquise à l’Union. Dans celle-ci, le commandant en chef nordiste détaillait la suite des actions de Sheridan qui devait quitter la vallée de la Shenandoah par le sud, en passant par Lynchburg et Charlottesville, afin de suivre la Virginia Central Railroad et le Kanawha Canal et rendre ceux-ci inutilisables pour l’Armée de Virginie du Nord qui pouvait encore compter dessus comme ligne d’approvisionnement et de retraite, avant de rejoindre les forces nordistes présentes face à Lee et, avec elles, lancer l’assaut final contre Petersburg et Richmond.[37] Le 20 mars, les cavaliers nordistes arrivèrent à White House Landing après avoir contourné Richmond par le nord en passant par Beaver Dam Station et Hanover Court House.[38]

Cependant, après la victoire de Sheridan à Waynesboro le 2 mars contre ce qui restait de forces à Early, et maintenant anéanties, le commandant sudiste comprit très vite la situation et se rendit compte que sa seule échappatoire était d’abandonner Richmond et Petersburg pour aller rejoindre les troupes de Johnston qui faisaient face à Sherman plus au sud. Or, c’était là la principale crainte de Grant, voir l’Armée de Virginie du Nord partie et renforcée des effectifs présents dans les Carolines et ainsi repousser encore un peu plus l’inéluctable fin de la guerre et surtout des combats. [39]
Lee s’empressa d’aller voir Davis pour l’informer de la situation que celui-ci comprit assez vite et accepta. Mais malgré tout, il était encore trop tôt pour se mettre en marche, les conditions météorologiques étant encore trop défavorables pour rendre les routes praticables pour une retraite rapide. Les sudistes devaient encore attendre un peu. De plus, Lee, conscient qu’une telle manœuvre rendrait ses forces vulnérables face à une réaction rapide des nordistes, décida de chercher à les forcer à repositionner leurs forces afin de s’ouvrir une fenêtre d’opportunité plus importante.[40]

Le plan de Lee consistait à frapper les lignes fédérales au centre du dispositif de fortification nordiste à l’est de Petersburg, afin de poser une menace directe contre City Point, la base opérationnelle de l’Armée du Potomac, et de la sorte contraindre Grant à aller puiser des forces sur son flanc gauche pour contrer la menace et ainsi ouvrir une possibilité aux sudistes de s’échapper vers le sud, et donc vers Johnston, en forçant le passage là où la ligne fédérale serait la plus faible. Lee entendait donc reprendre l’initiative stratégique.[41]
Il confia cette tâche au corps de Gordon qui, après avoir étudié les lignes fédérales présentes face à lui, choisi de porter son attaque contre Fort Stedman, en face du Colquit’s Salient. Son plan était d’envoyer environ 300 hommes s’emparer de positions fédérales discrètement afin d’ouvrir la voie au reste du corps qui se jetterait dans la brèche crée par la prise du fort et de ses canons. Approuvant le plan, Lee décida d’y adjoindre des renforts, la division de Johnson du 4ème corps de Anderson et quatre brigades du corps de Hill, deux venant de la division de Heth et deux autres de celle de Wilcox, en plus des cavaliers de Fitzhugh Lee, ce dernier ayant pris la tête du corps de cavalerie de l’Armée de Virginie du Nord, désormais réduite à deux divisions, en remplacement de Hampton une fois celui-ci envoyé avec le reste de la cavalerie auprès de Johnston début février dans le but de l’aider à affronter Sherman. Le commandement de la division de Fitzhugh Lee passant au général Thomas Munford. Lee prit aussi des dispositions pour faire venir trois des quatre brigades de Pickett du corps de Longstreet mais celles-ci n’arrivèrent pas à temps pour l’offensive.

Le 25 mars, Gordon déclencha son attaque aux alentours de 4 heure du matin. Dans un premier temps, celle-ci sembla se révéler un succès, pris complètement par surprise, les fédéraux perdirent Fort Stedman et ses canons dès la première vague sudiste alors que le reste du corps s’enfonçait dans la brèche. Cependant, les sudistes ne parvinrent pas à étendre leur percée et virent la brèche être contenue par les troupes de la division de Hartranft du 9ème corps et sous le feu des batteries fédérales avoisinantes. Vers 8 heure, alors conscient que l’assaut ne pouvait plus réussir, Lee et Gordon ordonnèrent la retraite sur les positions initiales. Cependant, ce faisant, nombre de soldats confédérés furent capturés. Au final, l’affaire se révéla désastreuse pour le Sud qui, bien qu’il ne pouvait déjà pas se le permettre, perdit environ 3000 hommes contre près de 1050 pour l’Union. Dans le courant de la journée, Grant ordonna aux 2ème et 6ème corps – auxquels il n’avait pas eu besoin de recourir contrairement aux espoirs de Lee puisque le 9ème corps se montra à la hauteur de Gordon – de monter à l’assaut des lignes sudistes présentes face à eux, au sud de Petersburg, précisément l’un des endroits où Lee avait prélevé des forces du corps de Hill pour renforcer l’attaque de Gordon, et, au prix d’environ 1000 pertes supplémentaires dans chacun des deux camps, s’emparèrent de positions retranchées sudistes avancées qui les placèrent plus près des lignes principales confédérées, facilitant de la sorte une éventuelle offensive fédérale dans ce secteur, justement celui par lequel Lee avait espéré s’échapper.[42] La victoire fédérale dans cette bataille de Fort Stedman permit à Grant, en résistant et même en contre-attaquant immédiatement, de conserver l’initiative stratégique que Lee avait espéré lui ravir pour préparer sa marche vers les Carolines.

De plus, parallèlement à ce que celui-ci prévoyait pour se sortir de sa situation, Grant prépara lui aussi son propre plan d’action. Le 25 mars, Sheridan, Meade et Ord, les trois commandants en chef des forces engagées contre Petersburg et Richmond, reçurent une lettre de Grant leur expliquant la suite des opérations dans ce secteur. Sheridan et ses trois divisions de cavalerie, sous les ordres de Thomas Casimer Devin qui remplaça Merritt alors que celui-ci avait déjà remplacé Torbert lors de la troisième campagne de la vallée de la Shenandoah, Custer, qui avait remplacé Wilson lors de la même campagne et Crook qui remplaça Gregg, devaient faire mouvement depuis le sud, en contournant la droite sudiste, vers les South Side et Danville Railroads, les deux dernières approvisionnant la ville pendant que les 2ème et 5ème corps de Humphreys et Warren se déplaceraient vers l’ouest, au sud de Petersburg, afin d’être en position pour soutenir Sheridan si les confédérés bougeaient leurs forces pour le contrer. Dans le même temps, Ord enverrait le 24ème corps remplacer ces deux derniers sur leurs positions de départ, le 25ème restant sur la rive nord de la James face aux corps de Longstreet, et avec les corps de Parke et Wright, leur objectif était d’être prêt à exploiter toute opportunité offerte par Lee face à eux pour contrer la manœuvre fédérale.[43]

Le 29 mars, les fédéraux se mirent en marche. Alors que Sheridan progressait vers Dinwiddie Court House, le 5ème corps avançait lui sur la Vaughn Road vers l’ouest et puis la Quaker Road vers le nord, vers l’intersection avec la Boydton Plank Road. Après un rapide engagement au passage de la Gravely Run, les fédéraux poursuivirent vers le nord, vers Lewis Farm où deux brigades sudistes, celles de Wide et William Henry Wallace de la division de Johnson, les attendaient. Sur ordre de Anderson, celles-ci attaquèrent la division de tête fédérale, commandée par Joshua Lawrence Chamberlain, avant qu’elle ne puisse être renforcée. Dans un premier temps, les sudistes furent en mesure de repousser les nordistes mais ceux-ci se ressaisirent et, avec l’arrivée de renforts, parvinrent à repousser les confédérés jusqu’à leurs positions initiales sur la White Oak Road, mettant un terme à la bataille de Lewis Farm, la première d’une série devant mener à la fin de l’Armée de Virginie du Nord et causant environ 400 pertes dans chaque camp. Le lendemain, Warren fit réavancer ses troupes, sans opposition cette fois, afin de leur faire prendre le carrefour reliant les Boydton Plank Road et Quaker Road, face à la ligne sudiste présente sur la White Oak Road[44]

Le même jour, les cavaliers fédéraux atteignirent Dinwiddie Court House et poussèrent une reconnaissance vers le carrefour de Five Forks où ils rencontrèrent la résistance des cavaliers de Fitzhugh Lee qui reçurent dans la soirée le renfort du reste de la cavalerie sudiste, qui venait d’enregistrer le retour de la division de cavalerie de Rosser depuis la vallée de la Shenandoah, et de 5 cinq brigades d’infanterie, sous le commandement de Pickett, dans le but de pousser les fédéraux hors de portée de ce carrefour clé et de la Boydton Plank Road plus au sud-est. Le lendemain, Pickett attaqua les positions tenues par les cavaliers nordistes et parvint à causer une brèche dans leur ligne et à les contraindre à se replier sur Dinwiddie Court House où ils se réorganisèrent et mirent un terme à l’avancée confédérée, Pickett décidant ensuite de se replier sur le carrefour et de s’y retrancher sous la menace du 5ème corps désormais présent sur son flanc gauche, terminant de la sorte la bataille de Dinwiddie Court House avec environ 400 pertes pour les fédéraux contre 700 côté sudiste.[45]

Alors que les cavaliers nordistes avaient été repoussés vers Dinwiddie Court House, Warren fit avancer son corps – la division de Ayres en tête, suivie de celles de Crawford et Griffin qui venait d’être relevé de sa position au carrefour des Quaker et Boydton Plank Road par la division de Nelson Appleton Miles du 2ème corps, qui avait remplacé Barlow à la fin du mois de juillet, – vers la White Oak Road en contournant la droite sudiste dans le but de couper les communications par cette voie entre ceux-ci et Pickett plus à l’ouest. Comprenant la manœuvre, Lee saisi l’initiative en envoyant trois brigades, sous les ordres de Johnson attaquer les fédéraux avant qu’ils ne soient en mesure d’en faire autant. L’attaque des confédérés, bien que largement inférieures en nombre, mit en déroute les divisions de Ayres et Crawford grâce à l’effet de surprise. Ne pouvant pousser plus loin sans risquer de perdre leur cohésion, les sudistes prirent une position défensive qu’attaquèrent les forces de la division de Griffin, sans résultat. Dans le même temps, de son côté, le 2ème corps mena des actions dans le secteur de Burgess Mill afin d’empêcher Lee d’envoyer des renforts sur sa droite. Ce faisant, Humphreys repoussa la brigade de Wise qui s’était avancée pour protéger le flanc gauche des troupes de Johnson, laissant celles-ci exposées alors que Crawford et Ayres avaient réorganisés leurs divisions qui remontèrent à l’assaut. Après plusieurs heures d’affrontement, les sudistes largement dépassés en nombre furent contraints de se replier et retourner sur leurs positions défensives, laissant ainsi les fédéraux s’emparer d’une portion de la White Oak Road. Au cours de la bataille éponyme, les fédéraux perdirent environ 1700 hommes contre plus ou moins 1200 pour les sudistes.[46]

Bien que chaotique, la progression de Warren permit d’une part de contraindre Pickett à alléger la pression sur Sheridan à Dinwiddie Court House et surtout d’autre part à le placer dans une position difficile, partiellement coupée du reste de l’Armée de Virginie du Nord. Et Sheridan entendait bien exploiter cette opportunité en détruisant les forces de Pickett avec le concours du corps de Warren que Grant détacha du commandement de Meade pour le placer sous ses ordres. Celui-ci ne perdit pas de temps et ordonna au 5ème corps de progresser sur la White Oak Road vers l’ouest afin de venir se placer sur la gauche de Pickett et menacer ses arrières.
Dans l’après-midi du 1er avril, les fédéraux passèrent à l’attaque, les cavaliers de Sheridan depuis Dinwiddie Court House, la division de Ayres le long de la White Oak Road et les divisions de Griffin et Crawford sur les arrières des sudistes après avoir contourné leur flanc gauche. L’assaut fédéral fut un succès, attaqués de toutes parts, inférieurs en nombre et privés de plusieurs de leurs officiers commandants, Pickett et d’autres n’étant pas sur les lieux au moment de la bataille, les confédérés furent durement frappés, ceux-qui ne furent pas tués ou ne purent s’échapper, soit une grande partie d’entre eux, furent fait prisonniers, avec pour conséquence d’anéantir le commandement de Pickett et d’enfoncer le flanc droit de la ligne confédérée. Côté fédéral, la bataille de Five Forks fit environ 850 victimes contre près de 5000 dans le camp sudiste, la plupart fait prisonniers. Enfin, une autre victime est à noter pour l’Union, Warren que Sheridan, insatisfait de sa prestation des derniers jours, releva de son commandement pour placer Griffin à la tête du 5ème corps qui fut lui-même remplacé à la tête de sa division par Chamberlain. Autre conséquence de cette victoire, les fédéraux étaient à présent en mesure de progresser vers la South Side Railroad, dernière artère approvisionnant les forces sudistes. Conscient de la menace, Lee avertit Davis qu’ils allaient devoir évacuer Richmond et Petersburg.
Une fois informé de la nouvelle de la victoire de Sheridan, Grant décida de lancer une attaque contre l’ensemble des lignes sudistes dès le lendemain, dans le but de hâter la chute de ces deux villes et surtout de l’Armée de Virginie du Nord.[47]

En effet, avec la victoire de Five Forks et le fait qu’elle priva Lee d’environ un cinquième de ses forces dont une grande partie de sa cavalerie, Grant compris qu’elle était maintenant suffisamment affaiblie pour être attaquée. Lee, arrivé aux mêmes conclusions, avait déjà commencé à prendre ses dispositions. Avant même que l’attaque fédérale ne soit lancée, la division de Field, du corps de Longstreet, fut rappelée du secteur de Richmond pour venir prendre position sur les défenses intérieures du système de fortification sudiste derrière la Indian Town Creek, ne laissant au nord de la James que les divisions de Kershaw et Mahone et les réservistes de Ewell. Les forces de Johnson reçurent elles pour instruction de se rendre à Sutherland Station pour y faire leur jonction avec les troupes de Pickett et défendre la South Side Railroad, voie d’issue pour les troupes présentes au sud de l’Appomattox si jamais la fuite par Petersburg était rendue impossible par la prise de la ville, mais à ce moment-là, le commandant sudiste ignorait encore l’état des forces de Pickett.

Figure 104 : Mouvements des deux armées lors des batailles de la White Oak Road et Five Forks

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Source: JESPEREN Hal, Siege of Petersburg, Actions March 29-31, 1865, Cartography Services by Hal Jespersen.

Au matin du 2 avril, l’ensemble des forces présentes face à Petersburg montèrent à l’assaut des défenses sudistes. Les 6ème et 24ème corps attaquèrent au nord de Hatcher’s Run et atteignirent la Boydton Plank Road, mettant ainsi en déroute les forces de Hill qui fut tué au cours des combats et remplacé par Heth. Le 9ème corps attaqua pour sa part Fort Mahone, situé juste au sud de Petersburg, près de la Jerusalem Plank Road et que les troupes de Gordon défendirent avec beaucoup de difficultés.[48] Lee comprit très vite la gravité de la situation et prévint Davis de commencer l’évacuation de la capitale, son seul objectif à présent était de résister jusqu’à la nuit pour faire quitter Richmond et Petersburg à son armée à la faveur de l’obscurité. Mais alors que les confédérés organisaient la retraite, l’attaque fédérale commença à perdre son organisation et ralentit au sud de Petersburg mais commença à l’ouest avec l’entrée en scène du 2ème corps contre les forces sudistes de Heth présente sur la White Oak Road qu’ils mirent en déroute avant de continuer vers Petersburg et la progression des troupes de Sheridan, soit la cavalerie et le 5ème corps, vers le nord depuis Five Forks, vers la South Side Railroad. En début d’après-midi, ce fut le 24ème corps de Gibbon qui, prenant la relève du 6ème, monta à l’attaque de deux positions défensives tenues par la brigade du général Nathaniel Harrison Harris, les Forts Gregg et Whitworth, deux positions dont la défense par les sudistes leur permit de gagner un temps précieux en attendant l’arrivée de Field. Cependant, vers 3 heure, les fédéraux furent tout de même en mesure de prendre les deux positions mais pas avant que Field ne soit en place. Au même moment, la division de Miles, du 2ème corps, mit en déroute les quatre brigades sudistes de l’ancienne division de Heth, maintenant commandée par le général John Rogers Cooke et, positionnées à Sutherland Station dans le but de défendre la South Side Railroad dont les fédéraux s’emparèrent définitivement, coupant toute retraite par le sud de l’Appomattox aux forces sudistes encore présentes à Petersburg.[49] Finalement, les nordistes n’avancèrent plus et les combats du 2 avril, qui avaient vu les confédérés fortement bousculés prirent fin. Lee était parvenu à tenir jusqu’à la nuit, sauvant son armée de la destruction et commença à mettre en œuvre les plans de la manœuvre à venir, l’évacuation de Richmond et Petersburg.[50] Au final, l’Union enregistra environ 3500 pertes contre quelques 4250 pour la Confédération.[51]

Figure 105 : L’assaut final contre Petersburg

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Source: JESPEREN Hal, Siege of Petersburg, Actions April 2, 1865, Cartography Services by Hal Jespersen.

Lee avait commencé à mettre en place son plan d’évacuation alors que les combats pour les forts Gregg et Whaitworth faisaient toujours rage. Celui-ci prévoyait de faire traverser l’Appomattox vers le nord aux forces présentes à Petersburg et la James vers le sud à celles situées à Richmond afin de toutes les faire se regrouper à Amelia Court House où devait les attendre un stock d’approvisionnement. Ainsi, dès 8 heure du soir, la manœuvre confédérée se mit en marche. Ewell et Kershaw quittèrent donc Richmond, Lee, Longstreet et Gordon évacuèrent Petersburg, Mahone abandonna la Bermuda Hundred Line et Anderson fut chargé de regrouper les éléments déroutés par l’avancée fédérale de Pickett, Johnson, Heth et Wilcox afin de les rassembler sous son commandement – prenant donc la tête du 3ème corps – et de progresser sur la rive sud de l’Appomattox jusqu’à Amelia Court House depuis Sutherland Station. Anderson fut également accompagné des cavaliers de Fitzhugh Lee.
Un peu avant minuit, la retraite sudiste se déroulait comme prévu, sans que les fédéraux, dont les bombardements d’artillerie en prévision d’une attaque le lendemain couvrait le bruit des mouvements sudistes, ne s’en rende compte.[52]

Le lendemain, 3 avril, les forces fédérales découvrirent le départ des sudistes et entrèrent dans les deux villes.[53] Sans perdre de temps Grant ordonna à ses forces de se lancer à leur poursuite dans le but de les intercepter avant qu’ils ne rejoignent les forces de Johnston. Sheridan ouvrit la marche en poursuivant les forces sudistes progressant sur la rive sud de l’Appomattox, soit celles ayant évacué Five Forks et les lignes de la White Oak Road et livra un rapide combat d’arrière-garde à Namozine Church aux alentours de midi.[54] Dans le même temps, les différents corps d’infanterie se mirent eux aussi en marche. Les 5ème, 2ème et 6ème suivirent la même route que Sheridan, vers Jetersville alors que le 24ème corps de l’Armée de la James et le 9ème progressèrent plus au sud, le long de la South Side Railroad vers Burkeville. Enfin, le 25ème corps resta lui positionné à Richmond pour occuper la ville.

Satisfait de la vitesse avec laquelle il s’était retiré de Richmond, Lee pensait avoir des chances raisonnables de remporter la course dans laquelle il s’était engagé avec Grant, à savoir rejoindrait-il Johnston avant que les forces fédérales ne l’interceptent ? Mais c’était sans compter sur deux éléments. Premièrement, les troupes sous le commandement de Ewell, les réservistes et les marins privés de navires, n’étaient pas des fantassins chevronnés et dès lors pas habitués aux longues marches, si bien qu’ils furent relativement lents dans leur progression, causant un retard à l’ensemble de l’Armée de Virginie du Nord dans sa course. Mais l’élément principal fut la déception qui attendait les confédérés à Amelia Court House. Lee avait fait donner des instructions pour que des rations soit délivrées à cet endroit pour nourrir ses forces affamées, mais une fois arrivés sur place le 4 avril les sudistes ne trouvèrent que des caisses d’armes et de minutions, obligeant Lee à stopper son armée en pleine retraite jusqu’au lendemain pour l’envoyer battre la campagne à la recherche de nourriture.[55]

Ne pouvant plus attendre de crainte de perdre son avance et bien que la campagne avoisinante n’eût pu lui fournir d’approvisionnements tant elle avait déjà été exploitée au cours des nombreux mois de siège, Lee fut contraint de remettre ses forces en route au matin du 5 avril le long de la Danville Railroad dans le but de rejoindre d’autres rations qu’il demanda à faire envoyer depuis Danvile. Cependant, en début d’après-midi, les éléments de tête confédérés, du corps de Longstreet, tombèrent sur un corps fédéral, le 5ème de Griffin, et les cavaliers de Sheridan, installés en travers de la voie au sud de Jetersville, signifiant que la route vers le sud et les rations demandées étaient maintenant coupée et Lee décida, conscient que ses forces étaient trop faibles pour pouvoir attaquer cette position, de chercher une autre route pour rejoindre Johnston, vers Farmville, où il espérait obtenir d’autres rations depuis Lynchburg avant de continuer vers le sud.[56]

Pendant la journée, une partie des cavaliers de Sheridan poussèrent un raid jusqu’à Amelia Springs où ils livrèrent un rapide combat avec ceux de Fitzhugh Lee qui les repoussèrent.[57] Dans la soirée, les 2ème et 6ème corps arrivèrent eux aussi à Jetersville.[58]

Dans la nuit du 5 au 6 avril, Lee remit son armée exténuée et affamée en marche. De l’autre côté, Grant était bien décidé à gagner la course maintenant engagée entre les deux armées en coinçant les confédérés, et pas seulement en attaquant sur leurs arrières pour les anéantir pièce par pièce. Ainsi, il ordonna à Sheridan, Griffin et Ord de progresser sur la rive sud de l’Appomattox afin de rester parallèlement à la ligne de progression sudiste et leur couper la route vers le sud pendant que Meade poursuivait Lee afin de les prendre par derrière.[59]
Au cours de la journée, Longstreet qui tenait la tête de la colonne sudiste atteignit Rice’s Station avant que les éléments de tête du 24ème corps de Gibbon ne l’y précèdent, laissant entrevoir aux sudistes la possibilité de gagner la course pour Burkeville et sa voie ferrée menant vers le sud. Informé de l’envoi d’un groupe de 900 cavaliers, sous les ordres du colonel Theodore Read, par Ord vers High Bridge dans le but de détruire ce point de passage par-delà l’Appomattox, Longstreet fit dépêcher 1200 des cavaliers de W.H.F. Lee et Rosser dans le but de les intercepter et protéger le pont. Ceux-ci accomplirent leur tâche en tuant ou capturant l’ensemble des cavaliers fédéraux.[60]

Alors que Longstreet tenait Rice’s Station, sous la pression des harcèlements constants des cavaliers de Sheridan sur leur flanc, Anderson et Ewell avait perdu le contact avec le corps de Longstreet devant eux et Sheridan ne manqua pas l’opportunité, interposant les cavaliers de Custer entre les deux, bloquant Anderson suffisamment longtemps pour permettre à l’infanterie d’arriver en renforts. Afin de leur faire échapper au piège, Ewell fit dévier les wagons d’approvisionnement sur une route plus au nord et Gordon, qui fermait la marche de la colonne sudiste, suivi. Mais ni Ewell ni Anderson, maintenant isolés du reste de l’armée, ne furent capable d’en faire autant et durent affronter les forces fédérales. Ewell face à Wright à Hilsman Farm et Anderson à Marshall Farms face à Sheridan. Dans le même temps, Gordon du protéger le train de wagon, ralentit par le passage de la rivière, contre le 2ème corps de Humphreys à Lockett Farm. L’ensemble de ces trois affrontements donna lieu à bataille de Sailor’s Creek au cours de laquelle les fédéraux, en repoussant chacune des forces sudistes engagées, leur infligèrent quelques 7000 pertes contre environ 1200. Parmi ces pertes, les confédérés comptèrent de nombreux prisonniers, environ 6000, dont plusieurs généraux tels que Ewell dont le commandement était maintenant virtuellement dissout alors que les troupes de Anderson, en pleine déroute furent en partie récupérées par Mahone. Gordon, lui, parvint à se replier et passa, avec Mahone, l’Appomattox à High Bridge.[61]

Dans la soirée, Longstreet, qui se trouvait toujours à Rice’s Station vit ses positions attaquées par le corps de Gibbon depuis Burkeville. Les sudistes résistèrent juste assez longtemps pour permettre à Gordon de franchir la rivière puis se replièrent à leur tour vers High Bridge, abandonnant l’espoir de pouvoir ouvrir la route vers Burkeville et vers le sud, la priorité pour l’instant étant d’atteindre les rations présentes à Farmville.[62]

Tôt au matin du 7 avril, vers 9 heure, les fantassins du 2ème corps fédéral avancèrent vers High Bridge et parvinrent à empêcher sa destruction totale par les hommes de Mahone et à franchir la rivière, portant de la sorte un dur coup aux sudistes qui furent contraint de renvoyer par rails vers Appomattox Station les rations afin de s’assurer qu’elles ne tombent pas entre les mains des fédéraux, privant une fois encore leurs troupes de nourriture. Lee mit donc une nouvelle fois son armée en marche vers cette nouvelle destination en espérant y devancer les nordistes dont la route sur la rive sud de l’Appomattox était un peu plus courte que celles des sudistes au nord.[63]

Dans un premier temps, Lee fit dépêcher Mahone depuis High Bridge vers les hauteurs de Cumberland Church pour y prendre une position défensive et protéger la retraite sudiste de la progression de Humphreys. Parallèlement à cela, Gordon et Longstreet évacuèrent Farmville et Rice’s Station vers le nord, le long de la Lynchburg Turnpike, franchissant l’Appomattox par les deux ponts de la ville et prirent la direction de Cumberland Church, Mahone devant tenir jusqu’à leur passage. Afin d’éviter de voir les autres corps fédéraux passer sur la rive nord de la rivière, Lee fit ordonner aux artilleurs du général Edward Porter Alexander de détruire les ponts de Farmville une fois les forces de Gordon et Longstreet passées, ce qu’ils firent. Cependant, ce faisant, ils isolèrent sur la rive sud les cavaliers de Fitzhugh Lee qui étaient en train d’affronter ceux de Crook afin de gagner du temps pour les corps d’infanterie. Ainsi, les cavaliers confédérés eurent à partir vers l’ouest à la recherche d’un passage à gué, ce qu’ils parvinrent à faire en repoussant les cavaliers fédéraux qui les pourchassaient. Pendant ce temps, à Cumberland Church, Mahone, avec le soutien de Longstreet et Gordon fut en mesure de tenir ouverte la route vers Appomattox Station en tenant en respect les fédéraux de Humphreys jusqu’à la tombée de la nuit qui mit un terme à la bataille de Cumberland Church.[64] Pendant la nuit, Lee remit une fois encore son armée en marche le long de la Lynchburg Turnpike dans le but d’échapper à l’Armée du Potomac avec Gordon en tête et Longstreet qui fermait la marche, les forces regroupées par Anderson lors de l’évacuation de Petersburg n’existant virtuellement plus, leurs derniers éléments furent répartis entre les deux autres corps, la brigade de Wise allant à Gordon et les restes des divisions de Pickett, Heth et Wilcox à Longstreet. Celle de Mahone avait déjà rejoint le commandement de ce dernier au moment de l’évacuation de Petersburg.

Pendant ce temps, Grant, toujours déterminé à ne pas laisser Lee s’échapper, donna de nouvelles instructions. Afin de renforcer Humphreys sur les arrières des sudistes et pendant que Sheridan, Griffin et Ord progressaient sur la rive sud, il fit envoyer Wright sur la rive nord par une passerelle établie à Farmville.
Dans la journée du 7, dans le but de prévenir une percée de Lee vers le sud depuis Farmville, Sheridan avait pris position à Prince Edouard Court House et dans la soirée, à la suite des développements au nord de l’Appomattox fut redirigé vers Appomattox Station dans le but d’intercepter les rations destinées à l’Armée de Virginie du Nord. Griffin suivi la même route que Sheridan via Prince Edouard Court House quant à Ord, il progressa le long de la voie ferrée de la South Side Railroad.[65]

Au cours de la journée du 8 avril, les deux armées se livrèrent une course à distance pour le contrôle d’Appomattox Station dont la prise garantirait aux sudistes les rations tant souhaitées et aux nordistes la possibilité de les en priver mais aussi de leur ôter la perspective de faire mouvement vers Lynchburg, sur l’autre rive de la James où ils seraient plus en sécurité.
Dans la soirée, l’issue de la course était connu, les cavaliers de Sheridan étant arrivé à Appomattox Station les premiers, capturant les wagons de ravitaillements destinés aux sudistes. Sheridan poussa même un peu plus au nord, vers Appomattox Court House où les hommes de Custer après un rapide combat avec les forces du général Lindsay Walker qui avait rassemblé une grande partie de l’artillerie sudiste dans ce secteur, s’emparèrent de la majorité des pièces confédérées. En gagnant la course, Sheridan venait de couper toute possibilité de mouvements pour l’Armée de Virginie du Nord qui n’avait plus que deux options, se battre pour forcer le passage où se rendre.[66]

Mais ni Lee ni ses lieutenants n’étaient prêts à abandonner la lutte si vite et au terme d’un rapide conseil de guerre décidèrent de la suite des opérations. Le corps de Gordon, supporté par les cavaliers de Fitzhugh Lee tenteraient de forcer l’ouverture de la Lynchburg Turnpike vers le sud en attaquant les forces fédérales présentes face à lui. Ce faisant, les confédérés chercheraient à maintenir la route ouverte suffisamment longtemps pour faire passer les wagons d’approvisionnement et le corps de Longstreet qui garderaient les arrières face à ceux de Humphreys et Wright présents au nord. Aux alentours de 5 heure, les confédérés montèrent à l’assaut mais très vite se rendirent compte qu’ils n’avaient pas en face d’eux les seuls cavaliers de Sheridan mais également les corps d’infanterie de Griffin et Gibbon qui défendirent solidement leurs positions, repoussant les confédérés et mettant un terme à la bataille d’Appomattox Court House. Face à l’impossibilité de s’échapper du piège, Lee n’eut d’autre choix que d’accepter l’évidence, il lui fallait maintenant présenter sa reddition et celle de son armée à Grant pour éviter de nouvelles et inutiles effusions de sang.[67] Dans la journée, le 9 avril 1865, Lee rencontra Grant et signa officiellement la capitulation de l’Armée de Virginie du Nord qui fut effective le 12 avril, lorsque l’ensemble des forces sudistes déposèrent leurs armes et drapeaux.[68]

Figure 106 : La course de l’Appomattox

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Source: JESPEREN Hal, Siege of Petersburg, Actions April 2-9, 1865, Cartography Services by Hal Jespersen.

C’est près d’un an avant la reddition de l’Armée de Virginie du Nord que Grant avait entamé la campagne qui devait mener à la fin des opérations sur le théâtre de Virginie. A la terrible campagne de l’Overland succéda le non moins difficile siège de Petersburg et Richmond et la rapide et décisive course de l’Appomattox qui marquèrent la campagne du même nom et en furent deux périodes fondamentalement différentes dans leur déroulement. D’abord, le siège de Petersburg et Richmond fut long, peu mobile et constitué d’actions en apparence non connectées. En apparence seulement car une fois considérée dans leur ensemble, les neuf offensives fédérales laissent apparaitre clairement la stratégie de Grant consistant à frapper simultanément les deux flancs des forces sudistes pour progressivement les pousser à étendre leurs lignes jusqu’au point de rupture. Ensuite, la course de l’Appomattox, courte, intense, très mobile et dont les éléments découlèrent les uns des autres dans une course de vitesse où les uns voulaient s’échapper vers le sud pour joindre leurs forces à celles de Johnston et les autres les en empêcher pour mener à l’issue finale.
En un peu moins d’un an de combats et de manœuvres, Grant avait réussi là où ses prédécesseurs sur ce théâtre avaient tous échoués, en osant faire ce qu’ils n’avaient pas pu envisager, livrer une guerre totale, déterminée et par conséquent meurtrière. Au total, entre le 18 juin 1864 et le 9 avril 1865, les Armées de la James et du Potomac enregistrèrent environ 52 000 pertes, 42 000 lors du siège de Petersburg et 10 000 lors de la campagne de l’Appomattox. De l’autre côté, l’Armée de Virginie du Nord compta plus ou moins 34 000 pertes, 28 000 au cours du siège et 6000 par après. Ce à quoi il convient d’ajouter les quelques 22 000 hommes encore aptes au combat et qui déposèrent les armes avant d’être libérés sur parole.
La victoire tactique fédérale à Appomattox Court House marqua là deux autres victoires. La première stratégique, en annihilant l’Armée de Virginie du Nord, dernière force confédérée sur le théâtre de Virginie et dès lors en mettant un terme aux opérations sur ce théâtre, en capturant définitivement la capitale de la Confédération et en mettant en fuite le gouvernement sudiste de Jefferson Davis. La deuxième fut symbolique et politique.
De nos jours, le 9 avril est considéré comme date officielle de fin de la guerre, et ce bien que la dernière force confédérée de Watie ne déposât les armes qu’un peu plus de deux mois plus tard, le 28 juin 1865. Cela tient au fait de l’importance symbolique de l’Armée de Virginie du Nord et de son commandant en chef dont la reddition acheva de convaincre ceux qui ne l’étaient pas encore que l’issue de la guerre ne faisait plus aucun doute et que sa fin était proche. Déjà en grande difficulté, ce n’était qu’une question de temps pour que les autres forces sudistes cessent à leur tour les hostilités, ouvrant une nouvelle page de l’histoire américaine, l’après-guerre avec la reconstruction des états du Sud et leur réintégration dans l’Union.


[1] Shelby FOOTE, op.cit., page 442.

[2] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 516-517.

[3] Ibid. ; FREDRIKSEN John C., Civil War Almanac, New York: Checkmark Books, 2008, pages 456-457.

[4] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 517.

[5] FREDRIKSEN John C., Civil War Almanac, New York: Checkmark Books, 2008, pages 455-583.

[6] Idem, page 442-444. ; James McPHERSON, op.cit., page 832.

[7] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 518.

[8] John KEEGAN, op.cit., pages 252-253. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Jerusalem Plank Road, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 333-334.

[9] Idem, page 298.

[10] FLOYD Dale E., LOWE David W., Staunton River Bridge: Civil War Sites Advisory Commission

[11] FLOYD Dale E., LOWE David W., Sappony Church, Washington: Civil War Sites Advisory Commission

[12] Frances KENNEDY, op.cit., pages 334-335. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 444-445. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 518-519.

[13] Idem, page 450. ; James McPHERSON, op.cit., page 832.

[14] Idem, pages 834-836. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 533-534.

[15] Ibid. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 355. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Deep Bottom I, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 519-520.

[16] James McPHERSON, op.cit., page 835. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 532-533.

[17] Idem, page 533.

[18] Idem, page 535-538. ; James McPHERSON, op.cit., pages 836-837. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 355. ; John KEEGAN, op.cit., pages 253-254. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Crater, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 520-522.

[19] Shelby FOOTE, op.cit., pages 539-540.

[20] Idem, page 542.

[21] Idem, page 544.

[22] FLOYD Dale E., LOWE David W., Deep Bottom II, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 356-357. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 522. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 545.

[23] Idem, pages 545-546. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 357. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Globe Tavern, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[24] FLOYD Dale E., LOWE David W., Reams Station, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 360-361. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 546-547. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 523.

[25] Frances KENNEDY, op.cit., pages 362-365.

[26] Ibid.

[27] Ibid. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Chaffin’s Farm/New Market Heights, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 524-525.

[28] Frances KENNEDY, op.cit., page 368. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Peeble’s Farm, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 525.

[29] Frances KENNEDY, op.cit., page 369. ; LOWE David W., Darbytown & New Market Roads, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[30] Frances KENNEDY, op.cit., page 369. ; LOWE David W., Darbytown Road, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 525.

[31] Frances KENNEDY, op.cit., pages 370-371.; LOWE David W., Boydton Plank Road, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 525-526.

[32] Frances KENNEDY, op.cit., page 372. ; LOWE David W., Fair Oaks & Darbytown Road, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[33] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 526. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 637-638.

[34] Idem, pages 638-639.

[35] Idem, pages 739-740.

[36] Idem, pages 783-785. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 372-373. ; LOWE David W., Hatcher’s Run, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 527-528.

[37] Frances KENNEDY, op.cit., pages 323-324.

[38] Shelby FOOTE, op.cit., page 851.

[39] John KEEGAN, op.cit., page 257.

[40] Shelby FOOTE, op.cit., pages 839-840. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 529.

[41] Frances KENNEDY, op.cit., page 373. ; John KEEGAN, op.cit., page 257.

[42] LOWE David W., Fort Stedman, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 841-843. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 373. ; James McPHERSON, op.cit., page 927. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 529-530.

[43] John KEEGAN, op.cit., page 257.

[44] Frances KENNEDY, op.cit., page 412. ; LOWE David W., Lewis Farn, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[45] LOWE David W., Dinwiddie Court House, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 412-413. ;  Shelby FOOTE, op.cit., page 867. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 531.

[46] Book page 413-417 ; LOWE David W., White Oak Road, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 867-868.

[47] Frances KENNEDY, op.cit., pages 417-419. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 868-875. ; James McPHERSON, op.cit., pages 927-928. ; LOWE David W., Five Forks, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[48] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 531.

[49] Frances KENNEDY, op.cit., page 423. ; LOWE David W., Sutherland Station, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[50] John KEEGAN, op.cit., page 257.

[51] Shelby FOOTE, op.cit., pages 875-883. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 419-423. ; James McPHERSON, op.cit., page 928. ; LOWE David W., Petersburg, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[52] Shelby FOOTE, op.cit., pages 883-885.

[53] L’histoire notera que c’est le 25ème corps de l’Armée de la James, entièrement composé de soldats noirs, qui entra le premier dans Richmond, la capitale sudiste, et aida à éteindre les incendies ravageant la ville.

[54] LOWE David W., Namozine Church, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 423.

[55] Shelby FOOTE, op.cit., pages 909-910. ; James McPHERSON, op.cit., pages 929-930. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 546-547.

[56] Shelby FOOTE, op.cit., pages 911-912. ; James McPHERSON, op.cit., page 930. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 547.

[57] LOWE David W., Amelia Springs, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[58] Frances KENNEDY, op.cit., page 423.

[59] Shelby FOOTE, op.cit., pages 913-914.

[60] LOWE David W., High Bridge, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 427-428.

[61] Frances KENNEDY, op.cit., pages 424-427. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 547.

[62] LOWE David W., Rice’s Station, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 427. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 920-921.

[63] Frances KENNEDY, op.cit., page 428. ; LOWE David W., High Bridge, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 922-923.

[64] LOWE David W., Cumberland Church, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 428. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 922-925.

[65] Shelby FOOTE, op.cit., pages 925-927.

[66] LOWE David W., Appomattox Station, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 933-934. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 428-429. ; John KEEGAN, op.cit., page 258.

[67] LOWE David W., Appomattox Court House, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 430-432. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 939-941. ; James McPHERSON, op.cit., page 931.

[68] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 549-551.

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La troisième campagne de la vallée de la Shenandoah

2.3.1.16. La troisième campagne de la vallée de la Shenandoah

Le succès de la campagne de Early pour menacer Washington et gêner les opérations de l’Armée du Potomac près de Richmond poussa les dirigeants unionistes à prendre au sérieux la menace que posait la vallée de la Shenandoah.
Le 31 juillet, Grant et Lincoln se rencontrèrent à Fort Monroe afin de discuter de cette problématique et surtout de mettre au point une stratégie pour la solutionner. La première décision fut de mettre un terme à la dispersion des moyens militaires présents dans la région. Durant la campagne précédente, Early avait traversé quatre départements militaires nordistes. Or, le manque de coordination entre ceux-ci avait tant été une gêne pour les fédéraux qu’une aide pour les confédérés qui cherchaient à s’approcher de la capitale.[1] Ainsi, les départements de Virginie Occidentale, du Milieu, de la Susquehanna et de Washington furent dissout et regroupés en la division militaire du Milieu. La seconde décision, tout aussi importante, fut de placer à la tête de celle-ci un commandant déterminé qui serait à même de faire ce qui était attendu de lui, sécuriser une fois pour toute la vallée. Malgré quelques critiques de Lincoln et Stanton, jugeant qu’il était trop jeune et pas assez expérimenté pour assumer de telles responsabilités, Grant choisit Sheridan pour le poste. Mais cela posa également un autre problème. Hunter, de part son ancienneté dans le grade, était supérieur à Sheridan et refusa de servir sous ses ordres. Grant accepta alors sa requête d’être relevé de son commandement, ce qui l’arrangeait plutôt bien puisqu’il n’avait plus confiance en lui suite à son échec dans la vallée quelques mois plus tôt.[2]

Pour mener à bien sa mission, Sheridan disposait sous ses ordres des 6ème et 19ème corps de Wright et Emory, des forces de l’Armée de Virginie Occidentale de Crook qui venait d’être renforcées et réorganisées et de son corps de cavalerie. Sheridan avait en effet fait venir avec lui dans le nord, les divisions de cavalerie de Wilson et Torbert, confiant le commandement de toute la cavalerie à ce dernier, Merrit le remplaçant à la tête de sa division. La troisième division de cavalerie étant sous les ordres de Averell. Dans le même temps, Crook réorganisa son infanterie en deux divisions, la première sous Thoburn et la seconde sous Duval. Enfin, une brigade d’artillerie sous les ordres du capitaine Henry Algernon du Pont complétait l’Armée de Virginie Occidentale.[3] Au total, Sheridan comptait environ 48 000 hommes sous ses ordres.

Côté confédéré, en plus des forces qu’il lui restait après sa campagne, soit les divisions d’infanterie de Gordon, Rodes, Ramseur et du général Gabriel Wharton – qui remplaçait Breckinridge rappelé en Virginie – et de cavalerie de Vaughn, Early, s’apprêtait à recevoir le renfort de deux divisions, celle d’infanterie de Kershaw et celle de cavalerie de Fitzhugh Lee, placées sous les ordres de Anderson, qui quittèrent Petersburg le 6 août.[4] Lee avait autorisé ce transfert une fois qu’il avait été informé du départ des cavaliers fédéraux car il avait correctement deviné qu’ils étaient envoyés accroitre le nombre de forces faisant face à Early. Ainsi, ce dernier pouvait compter sur approximativement 20 000 hommes.

Les objectifs des deux camps étaient simples. A Sheridan, Grant avait donné des instructions claires, d’une part attaquer sans relâche les forces de Early, comme il l’avait déjà lui-même fait contre Lee durant la campagne de l’Overland, pour les pousser hors de la vallée une bonne fois pour toute, voire même de les anéantir et d’autre part détruire toutes les infrastructures qui ne pouvaient être sécurisées afin que les sudistes ou les maquisards ne puissent s’en servir.
De l’autre côté, les ordres de Early étaient toujours les mêmes, poser la plus grande menace possible contre Washington et ses environs afin d’alléger au maximum la pression sur l’Armée de Virginie du Nord à Petersburg.

Le 5 août, Grant arriva à Monocacy Junction, où Hunter avait rassemblé les forces fédérales à la suite de la retraite hors de la vallée qui avait succédé la défaite de la seconde bataille de Kernstown. A ce moment, il ignorait la position des forces sudistes qui se trouvaient en fait à proximité de Bunker Hill et Darkersville, en Virginie Occidentale, où Early avait avancé suite à sa victoire.[5]

Le 6 août, Sheridan arriva à son tour à Monocacy Junction et prit effectivement le commandement. Grant ne tarda pas à insuffler un esprit offensif en son subordonné en lui ordonnant de se mettre en route sans attendre pour Halltown qui serait le point de départ de sa campagne contre Early.[6]

Le 10 août, alors que le 19ème corps et la division de cavalerie de Wilson n’étaient pas encore arrivés sur place, Sheridan décida de saisir l’initiative en frappant les sudistes que ses éclaireurs avaient depuis lors localisées. Il fit avancer le 6ème corps vers Charles Town et l’Armée de Virginie Occidentale vers Berryville afin de prendre en tenaille par le nord et par le sud les troupes de Early. Celui-ci repéra très vite le piège et se replia sur Fisher’s Hill avant que le piège fédéral ne se referme sur lui. Le 12, une fois sur place et bien installé, il fut rejoint par les deux divisions envoyées par Lee en renfort, Kershaw et Fitzhugh Lee, qu’il positionna près de Fort Royal. Une fois informé du repli des confédérés, Sheridan ne se dégonfla pas et fit avancer Wright et Crook près de Cedar Creek le 15 août.[7]

Cependant, deux éléments distincts le contraignirent finalement à la prudence. Premièrement, un rapport l’informa de mouvements de troupes en provenance de Petersburg près de Fort Royal, ce qui menaçait son flanc gauche en plus d’équilibrer le rapport de force entre les deux camps. Deuxièmement, un raid des partisans de Mosby qui attaquèrent un convoi d’approvisionnement fédéral près de Berryville, força Sheridan à se rendre compte que ses lignes de communications étaient trop allongées et trop peu défendues. Face à ce constat, le commandant nordiste décida de se replier sur Halltown. Toutefois, il le fit avec une grande prudence, ce qui lui prit presqu’une semaine, et ce alors que Early le suivait de près, les arrières fédéraux s’accrochant de façon régulière aux éléments avancés confédérés. Le 16 août, le lendemain du début du retrait fédéral, Fitzhugh Lee, avec sa division de cavalerie et une brigade d’infanterie fut engagea un combat avec les cavaliers de Merritt près de Cedarville avant que ceux-ci ne se retirent.[8] Les confédérés n’en restèrent pas là, Early essaya, en vain, de manœuvrer pour forcer les fédéraux au combat avant qu’ils n’atteignent les défenses de Halltown.
Le 21, les sudistes tentèrent une attaque maladroite contre la ville que les fédéraux repoussèrent sans trop de difficultés.[9] Au cours des trois jours qui suivirent, ils observèrent et testèrent à nouveau les positions nordistes sans y trouver de point faible.[10]

Comprenant que Sheridan n’allait pas quitter ses défenses volontairement et qu’il ne pouvait pas lui-même se porter à l’attaque, Early décida de chercher à l’y contraindre en l’attirant ailleurs. Le 25, il laissa Anderson devant Halltown avec la division de Kershaw et mit le reste de ses forces en route vers Sheperdstown et Williamsport afin d’une part de menacer les voies d’approvisionnement de Washington et d’autre part de faire croire qu’il allait franchir le Potomac une fois de plus. Il estimait que dans les deux cas, Sheridan serait obligé de bouger pour soit l’attaquer avant qu’il n’atteignent la Baltimore and Ohio Railroad et le Chesapeake and Ohio Canal, soit de se déplacer au nord du Potomac pour prendre une position défensive protégeant à la fois Washington et Baltimore.[11] Mais Sheridan n’en fit rien. Il envoya la division de cavalerie de Torbert à la recherche des positions sudistes. Celui-ci les trouva et les attaqua près de Sheperdstown. Au début, Torbert pensait avoir face à lui une petite force de cavalerie mais très vite les fantassins de Wharton se mêlèrent aux combats et les cavaliers nordistes n’eurent d’autre choix que de se replier au delà du Potomac.[12]

Le 26, les confédérés atteignirent Sheperdstown. Là, constatant que son plan avait échoué puisque Sheridan n’avait pas quitté ses positions, Early fut contraint de faire un choix. S’il continuait vers Williamsport, il prenait le risque de voir les fédéraux venir se placer entre lui et la vallée de façon à couper sa ligne de retraite et d’approvisionnement. De plus, Early savait que ses troupes n’étaient plus assez fortes pour pouvoir tenter de franchir le Potomac. L’autre solution qui s’offrait à lui était de se replier, d’accepter que son plan avait échoué, et aller prendre une position défensive plus au sud afin de protéger la vallée. Et c’est ce qu’il fit, en ordonnant à ses troupes de marcher vers Winchester pour y prendre des positions défensives sur la rive occidentale de l’Opequon Creek, le long de la Valley Pike au nord de Winchester. Sheridan fit avancer brièvement ses troupes sur Charles Town et Martinsburg avant de les ramener à Halltown.[13]

Le 29 août, les cavaliers de Merritt en patrouille près de l’Opequon Creek furent attaqués par les fantassins sudistes qui les repoussèrent vers Charles Town avant que les troupes de la division de Rickett n’arrivèrent à leur tour pour empêcher les confédérés d’aller plus loin.[14]

Le 3 septembre, Crook mit ses forces en route vers Berryville. Alors que les nordistes approchaient de la ville, les éléments de tête tombèrent sur les troupes de la division de Kershaw qui venaient de se mettre en route pour Petersburg où Lee les avaient rappelées suite à une avancée fédérale contre la voie ferrée reliant Petersburg à Wilmington, l’un des derniers ports de la Confédération n’ayant pas encore été neutralisé par le blocus de l’Union.[15] Lors de l’engagement qui s’en suivi, les fédéraux forcèrent les sudistes à se replier vers Winchester. Early fit alors intervenir l’ensemble de ses forces durant la nuit mais au matin, il trouva les positions nordistes trop bien défendues pour oser les attaquer.[16]
Au cours de deux semaines qui s’en suivirent, les actions des deux camps se limitèrent à des escarmouches, principalement du fait des cavaliers en patrouille, et à des manœuvres de l’infanterie.[17]

Le 14 septembre, Anderson se remit en marche vers Petersburg avec la division de Kershaw en passant par Fort Royal.[18] Le 16, Grant vint une nouvelle fois à la rencontre de Sheridan à Charles Town dans le but de l’inciter à prendre l’offensive mais celui-ci avait déjà commencer à mettre au point un plan d’action après avoir été informé du départ d’une division sudiste ce qui lui conférait une supériorité numérique nette.[19] Son plan consistait à concentrer sa poussée principale vers le flanc droit sudiste à Winchester depuis Berryville afin de prendre la Valley Pike et ainsi de couper la ligne de retraite confédérée. Cette poussée devait être le fait du 6ème corps qui ouvrirait la marche au 19ème et aux forces de Crook qui suivraient. Dans le même temps, une seconde poussée devrait être effectuée par la cavalerie depuis Martinsburg vers Stephenson’s Depot, au nord de Winchester.[20]

Le 19, les fédéraux passèrent à l’action. Au terme d’intenses combats très meurtriers, ils s’emparèrent de la ville en poussant les sudistes à se replier en bon ordre vers le sud. Cependant, ils échouèrent à couper la ligne de retraire confédérée, ceux-ci étant parvenu à maintenir la Valley Pike ouverte suffisamment longtemps pour permettre ce repli en bon ordre.[21] Sheridan arrêta ses fantassins au sud de la ville alors que ses cavaliers poursuivirent les sudistes jusqu’à Kernstown, ceux-ci prenant une nouvelle position défensive à Fisher’s Hill.[22] Le résultat de cette bataille de Opequon Creek marqua la première victoire importante de Sheridan aux commandes d’une force majeure et lui ouvrit la voie du reste de la vallée. Au total, les nordistes perdirent environ 5000 hommes contre 3900 pour les sudistes, dont de nombreux prisonniers. Bien que les pertes étaient lourdes pour le Nord, cela ne représentait qu’un huitième de forces de Sheridan alors que Early venait de perdre un quart des siennes.[23]
Parmi la liste des victimes se trouvait également Rodes dont la division tomba alors sous le commandement de Ramseur qui fut lui-même remplacé par le général John Pregram.[24]

Sheridan, fidèle à son tempérament réputé agressif, décida de maintenir la pression sur Early et dès le 20 fit avancer ses troupes vers les nouvelles positions confédérées. Comme pour la bataille précédente, il mit au point un plan qui devait permettre de couper leur retraite. Pendant que les 6ème et 19ème corps effectueraient des attaques de diversions contre le centre du dispositif de Early, Crook devrait se déplacer sans être détecté sur une position qui lui permettrait d’attaquer le flanc gauche par surprise. Enfin, Les cavaliers de Torbert devraient eux passer les Massanutten Mountains pour entrer dans la vallée de la Luray, progresser vers le sud et réentrer dans la vallée de la Shenandoah au sud des positions sudistes afin de couper leur route de retraite quelque part près de New Market.[25]

Dans l’après midi du 22, après avoir prit quelques positions en surplomb le 21, Crook lança comme prévu son attaque qui enfonça très vite les positions des confédérés qui se replièrent. Cependant, des pluies diluviennes et la tombée de la nuit empêchèrent une poursuite de l’infanterie fédérale. De plus, Torbert, inquiet de se retrouver isolé au milieu des lignes ennemies si jamais l’attaque principale échouait, avait préféré faire demi-tour alors qu’il faisait face à une position défensive sudiste dans le sud de la vallée de la Luray tenue par deux brigades de cavalerie de Fitzhugh Lee. Enfin, les cavaliers de Averell, plutôt que de poursuivre les fuyards, restèrent dans leur camp, ce qui énerva Sheridan qui le releva de son commandement et le remplaça par le colonel William Henry Powell.[26]
Par conséquent, une fois encore Sheridan mit Early en déroute mais sans être capable d’en finir avec ses troupes qui purent se replier et se réorganiser près de Harrisonburg où les fédéraux avancèrent finalement et entrèrent le 25, les sudistes préférant éviter le combat en se repliant plus au sud, près de Waynesboro, pour défendre Rockfish Gap, ouvrant ainsi la totalité de la vallée de la Shenandoah aux nordistes. Au total, au cours de la bataille de Fisher’s Hill, le Nord perdit environ 500 hommes et le Sud 1400.[27]

Maintenant convaincu que Early était battu et ne pourrait plus menacer Washington, Sheridan, conscient que ses lignes d’approvisionnement étaient dangereusement étendues dans une région où les sentiments pro-sudistes étaient forts et par conséquent les maquisards très actifs, décida qu’il lui était préférable de se rapprocher de ses bases. Avec l’accord de Grant, il envoya ses cavaliers ravager la vallée en détruisant toutes les infrastructures et les récoltes jusqu’à Waynesboro avant de se replier sur Winchester à partir du 6 octobre. Au cours de ses destructions, plusieurs accrochages eurent lieu entre les soldats nordistes et les partisans sudistes, provoquant de nombreuses exactions dans les deux camps.[28]

Faisant face à la situation difficile dans la vallée et en comprenant les risques pour ses propres forces, Lee décida de renvoyer la division de Kershaw auprès de Early. Une fois renforcé, celui-ci se mit en route sur les arrières des fédéraux qui reculaient vers le nord. Les cavaliers sudistes cherchèrent à harceler les nordistes mais le 9 octobre, Torbert fit faire demi-tour à ses hommes et mit les sudistes en déroute à Tom’s Brook.[29]

Le lendemain, Sheridan établit ses forces derrière la Cedar Creek avec la ferme intention de tenir cette ligne défensive. Le 12, le 6ème corps de Wright, maintenant jugé plus nécessaire dans la vallée, prit la route pour rejoindre l’Armée du Potomac. Cette nouvelle redonna de la vigueur à Early qui décida de repartir à l’offensive. Le 13, ses forces se trouvaient à quelques kilomètres au sud de la Cedar Creek. Les cavaliers de Torbert découvrirent la présence des sudistes lors d’un engagement avec Kershaw à Hupp’s Hill. Cette nouvelle alerta Sheridan qui décida de faire revenir Wright en le positionnant sur une position en réserve et de lui confier le commandement temporaire alors qu’il devait lui-même se rendre à Washington pour une conférence avec Stanton. Sheridan partit le 16 et prévint Wright de se tenir prêt pour une probable attaque confédérée. Evacuant assez vite sa réunion, il était de retour à Winchester le 18 pour y passer la nuit alors que Wright l’informa qu’il n’y avait rien à signaler face à sa ligne.[30]

Wright ignorait en fait tout de ce qui se tramait sur l’autre rive de la rivière. Ne pouvant plus compter sur la vallée, trop ravagée, pour lui fournir des approvisionnements vitaux, Early devait soit la quitter soit vaincre les nordistes. Il opta donc pour la deuxième solution et mit son plan d’action au point. Celui-ci prévoyait que la division de Kershaw attaque celle de Thoburn qui gardait la rivière pendant que celles de Gordon, Ramseur et Pegram la franchiraient sans être détecté par les fédéraux pour attaquer le camp du 19ème corps. Enfin, Wharton attaquerait lui aussi ce même corps mais de l’autre côté.[31] Dès l’aube du 19, l’assaut fut lancé et se déroula comme prévu, les nordistes refluant en tout point. Cependant, ils résistèrent tout de même suffisamment pour permettre aux troupes du 6ème corps de Wright, situées réserve pour se préparer à recevoir le choc. Lorsque Sheridan, venu en urgence de Winchester dans une chevauchée éreintée, arriva sur les lieux, il découvrit ses troupes en pleine débandade, la victoire semblant appartenir aux sudistes. Mais c’est alors que le commandant nordiste connu l’un de ses plus grands moments. Usant de tout son charisme et de son courage, et rallia à lui les fuyards et mit en place une ligne défensive avec les troupes de Wright qui retinrent les sudistes le temps que Emory regroupe les siennes. Alors que les fédéraux se remettaient du choc, les confédérés perdaient, eux, leur momentum et finalement Sheridan lança une contre-attaque foudroyante en fin d’après-midi. Celle-ci enfonça les lignes confédérées avant de les envoyer dans une déroute totale, les forces sudistes ayant perdu toute forme d’organisation. Sheridan arrêta ses fantassins, épuisés, sur la rive nord de la Cedar Creek mais ses cavaliers poursuivirent les confédérés jusqu’à Fisher’s Hill. Ceux-ci, ou du moins ce qui en restait, continuèrent leur fuite jusqu’à New Market.[32]
La bataille de Cedar Creek marqua l’un des succès les plus nets de la guerre, les fédéraux annihilant presque intégralement les forces de Early et ce bien que leurs pertes, avec environ 5500 hommes, furent bien plus importantes que celles des sudistes, près de 3000 hommes. C’est la dislocation intégrale de l’organisation structurelle et militaire des forces de Early qui expliquait cette quasi annihilation.[33]

Après avoir réorganisé et réapprovisionné ses troupes à Cedar Creek, Sheridan les repositionna début novembre sur une nouvelle position défensive près de Kernstown et envoya le 19ème corps de Emory à Petersburg pour y renforcer Grant.
Le 10 novembre, informé de cette nouvelle, Early fit ré-entrer ses hommes dans la vallée et avança vers la ligne fédérale. Mais d’une part parce que ses troupes n’avaient pas récupéré de la défaite de Cedar Creek et d’autre part parce que les défenses de Sheridan étaient trop puissantes, le commandant sudiste n’eut d’autre choix que de se replier. Les cavaliers des deux camps engagèrent tout de même un rapide combat à Cedarville avant que Torbert n’envoie ses hommes harceler la retraite confédérée qui ne menaceraient plus jamais le contrôle fédéral sur la vallée de la Shenandoah.[34]
Au cours des mois qui suivirent, l’hiver s’installant et comprenant qu’il était désormais vain de chercher quelque progrès que ce soit dans la vallée alors qu’il était lui-même en grande difficulté, Lee rappela à lui la quasi intégralité des forces de Early, ne laissant à celui-ci qu’environ un peu moins de deux milles d’hommes avec lesquels il mènera tout au plus quelques actions de guérilla en attendant l’hiver.[35] Au cours de celui-ci, Early installa ses quartiers  entre Staunton et Rockfish Gap jusqu’à ce que le 27 février, Sheridan mette en marche deux divisions de cavalerie, celle du général Thomas Devin, qui remplaçait Torbert, et celle de Custer, pour dévaster le sud de la vallée. Le 1er mars, ils arrivèrent à Staunton où ils entrèrent en contact avec les sudistes qui se replièrent sur Waynesboro afin de protéger Rockfish Gap et ainsi défendre ce point de passage stratégique à travers les Blue Ridge Mountain vers le reste de la Virginie. Le lendemain, les cavaliers fédéraux passèrent à l’attaque et enfoncèrent les positions défensives confédérées, les mettant en déroute complète et achevant la destruction des forces de Early qui se trouvait alors sans commandement. La voie vers Charlottesville était ouverte et Sheridan comptait bien l’emprunter pour rejoindre Grant à Petersburg et lancer l’assaut final contre l’Armée de Virginie du Nord comme le commandant chef nordiste le lui avait demandé le 21 février.[36]

La victoire nordiste, et surtout la débâcle des forces de Early, marqua la fin de la troisième, et dernière, campagne de la vallée de la Shenandoah. Les fédéraux en assurèrent le contrôle et détruisirent toutes les ressources et infrastructures qu’ils ne pouvaient pas emporter, Sheridan remplissant donc complètement les objectifs qui lui avaient été imposé. La conséquence de cela fut que la Confédération, et plus particulièrement l’Armée de Virginie du Nord de Lee, fut privée de ressources, essentiellement alimentaires, dont l’importance s’accroissait alors que les effets du blocus fédéral se faisait sentir de plus en plus. En outre, en perdant la possibilité d’utiliser la vallée, Lee vit également sa manœuvrabilité stratégique être grandement réduite, alors qu’il était déjà soumis à une intense pression de la part de l’Armée du Potomac à Petersburg.[37] Pour les fédéraux, la sécurisation de la vallée était une bonne nouvelle. Premièrement, cela ferma la porte à la voie d’invasion du Nord préférée de Lee et sécurisait Washington et ses voies d’approvisionnement. Deuxièmement, conséquence directe de la première, elle apporta de précieux points à Lincoln qui était alors engagé dans la course à l’élection présidentielle. Enfin, Grant pouvait maintenant concentrer ses efforts sur l’Armée de Virginie du Nord que la perte de la vallée avait affaiblie encore un peu plus. Le commandant nordiste était plus déterminé que jamais à en finir sur le théâtre de Virginie.[38]

Figure 97: La troisième campagne de la vallée de la Shenandoah

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Source: JESPEREN Hal, Shenandoah Campaigns of 1864, August-October 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

[1] Raymond BLUHM, op.cit., page 53.

[2] Idem, pages 40-41. ; James McPHERSON, op.cit., page 834. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 541-542.

[3] Raymond BLUHM, op.cit., page 41.

[4] Idem, page 42. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 540.

[5] Idem, page 542.

[6] Raymond BLUHM, op.cit., page 41. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 542-543.

[7] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 490. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 42.

[8] FLOYD Dale E., LOWE David W., Guard Hill, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[9] FLOYD Dale E., LOWE David W., Summit Point, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[10] Raymond BLUHM, op.cit., page 42. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 544-545. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 491-492.

[11] Raymond BLUHM, op.cit., page 42.

[12] Ibid. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 492.

[13] Raymond BLUHM, op.cit., page 43.

[14] Ibid. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Smithfield Crossing, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 493.

[15] James McPHERSON, op.cit., page 853.

[16] FLOYD Dale E., LOWE David W., Berryville, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 493-494.

[17] Idem, page 495-496. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 43.

[18] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 496.

[19] Shelby FOOTE, op.cit., page 553.

[20] Raymond BLUHM, op.cit., pages 44-45.

[21] FLOYD Dale E., LOWE David W., Opequon, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[22] Raymond BLUHM, op.cit., pages 45-46.

[23] Côté sudiste, cette bataille est appelée troisième bataille de Winchester. ; James McPHERSON, op.cit., page 854. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 554-555.

[24] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 497.

[25] Shelby FOOTE, op.cit., page 556. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 46.

[26] Idem, page 47. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 556-557.

[27] Idem, pages 557-558. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Fisher’s Hill, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; James McPHERSON, op.cit., page 854.

[28] Idem, page 855. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 47. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 563-564.

[29] FLOYD Dale E., LOWE David W., Tom’s Brook, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 564.

[30] Idem, page 565. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 48. ; James McPHERSON, op.cit., page 856.

[31] Shelby FOOTE, op.cit., pages 565-567.

[32] James McPHERSON, op.cit., pages 856-857. ; Raymond BLUHM, op.cit., pages 48-51.

[33] FLOYD Dale E., LOWE David W., Cedar Creek, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 567-572.

[34] Raymond BLUHM, op.cit., pages 51-52.

[35] Shelby FOOTE, op.cit., page 572.

[36] Idem, pages 804-809. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Waynesboro, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[37] Raymond BLUHM, op.cit., page 53.

[38] John KEEGAN, op.cit., page 268.

La seconde campagne du Maryland

Le retraite de Hunter et ses hommes dans la vallée de la Kanawha en Virginie Occidentale après sa défaite à Lynchburg eut pour conséquence de laisser la porte de celle de la Shenandoah ouverte pour les confédérés. Early, que Lee avait envoyé dans ce secteur pour y accomplir deux objectifs, sauver les carrefours ferroviaires l’approvisionnant, ce qu’il venait de faire en repoussant Hunter, et attirer le plus de forces fédérales loin de Petersburg où l’Armée du Potomac assiégeait celle de Virginie du Nord, vit là l’opportunité de conquérir toute la vallée et ses ressources, pénétrer dans le Maryland pour menacer Washington et ainsi accomplir son second objectif.[1]

Pour mener sa campagne, Early disposait d’approximativement 14 000 hommes qu’il organisa en deux détachements. Le premier se composait des divisions de Gordon et de celle du général John Echols qui commandait désormais les forces jusqu’alors sous les ordres de Breckinridge qui lui, prit la tête de tout le détachement. Early garda le commandement direct du second qui se composait des divisions de Rodes et Ramseur ainsi que de celle de cavalerie de Ramson avec ses 2000 cavaliers.[2]
De l’autre côté, les forces fédérales étaient beaucoup plus dispersées. Hunter, avec la principale force, se trouvait au début de la campagne dans la vallée de la Kanawha et n’arriverait pas à Harpers Ferry pour jouer un rôle avant le 15 juillet. Le reste du département de Virginie Occidentale, les garnisons défensives des Baltimore and Ohio Railroad et Chesapeake and Ohio Canal sous les ordres de Sigel, se trouvaient toujours dispersées dans le nord de la vallée et le long du Potomac. L’Union pouvait également compter sur le 8ème corps du général Lewis Wallace dont le quartier général se trouvait à Baltimore. Ce corps était composé de troupes peu entrainées, ayant signé des contrats de courte durée et comptait environ 2300 hommes.[3] Enfin, il restait encore quelques petites unités dans la garnison de Washington mais très peu puisque Grant en avait incorporé une grande partie dans l’infanterie de l’Armée du Potomac.[4]

Le plan de Early était donc évident. Maintenant qu’il n’y avait plus de force fédérale conséquente entre lui et le Potomac, il lui fallait descendre la Shenandoah jusqu’à ce dernier et le franchir près de Harpers Ferry en usant des ressources de la vallée pour rééquiper ses troupes. Ensuite, une fois entré dans le Maryland, il mettrait le cap vers le sud-est, droit sur Washington pour, nous l’avons déjà dit, forcer les nordistes à réduire la pression sur Petersburg pour venir sauver leur capitale. Lee avait également une autre possibilité en tête. Connaissant maintenant le caractère très agressif de Grant, il considérait aussi la potentialité que le commandant nordiste exploite le fait que Lee était privé du corps de Early pour déclencher une attaque générale contre les défenses fortifiées de l’Armée de Virginie du Nord et s’exposerait ainsi à un désastre tel que celui de Cold Harbor que Lee exploiterait en contrattaquant et ainsi repousser l’Armée du Potomac.[5]

Côté fédéral, le plan était relativement simple. La priorité de Grant dans sa stratégie globale en Virginie étant l’armée de Lee, les fédéraux devraient se contenter des forces disponibles pour arrêter Early et protéger Washington. Cette tâche devant être accomplie de façon efficiente, c’est-à-dire obtenir les meilleurs résultats avec le moins de forces possibles, Grant n’accepterait de redéployer des forces qu’en cas de réelle nécessité.

Après avoir vainement pourchassé Hunter alors qu’il battait en retraite, Early mit le cap sur Staunton où il passa la journée du 27 juin afin de réorganiser ses troupes et les reposer en vue de la nouvelle campagne. Le 28, les confédérés se remirent en route sur la Valley Pike pour descendre la vallée.[6] Le 2 juillet, ils arrivèrent à Winchester et le 4 se trouvaient à Martinsburg que les fédéraux de Sigel venaient d’évacuer pour se replier à Maryland Heights, sur l’autre rive du Potomac, en laissant derrière eux de précieuses ressources que les sudistes ne se firent pas prier pour exploiter. Par après, Sigel se contenta de gêner la progression sudiste en faisant livrer quelques escarmouches à ses cavaliers.[7]

Les 5 et 6 juillet, Early franchit le Potomac à Sheperdstown et Boteler’s Ford, en amont de Harpers Ferry. Seules quelques feintes furent réalisées devant la ville afin d’y fixer la garnison, commandée par le général Max Weber, et en tester les défenses pendant que le gros des forces franchissait le fleuve et que de petites troupes lançaient des raids contre la Baltimore and Ohio Railroad et le Chesapeake and Ohio Canal. Il fit également envoyer les cavaliers de McCausland dans un raid contre la ville de Hagerstown. Le 8, continuant leur progression sans entrave réelle, les sudistes passèrent les South Mountain à Fox’s et Turner’s gap et poursuivirent vers Frederick, passant la nuit à Middletown.[8]

Alors que les confédérés avançaient sans rencontrer de résistance notable, Wallace décida de déplacer son 8ème corps à l’endroit qu’il estimait être le plus approprié pour défendre à la fois Washington et Baltimore puisqu’il ne savait pas encore quel était l’objectif de Early. Après s’être penché sur les cartes, il opta pour une position défensive derrière la Monocacy River. Il était bien conscient qu’il ne pourrait pas stopper l’avancée confédérée avec ses forces, et ce bien qu’il avait joint à ses troupes tous les hommes sur lesquels il avait pu mettre la main, essentiellement des miliciens. Son objectif était surtout de gagner du temps en attendant que des renforts envoyé depuis l’Armée du Potomac n’arrivent pour défendre la ville.[9]

Ces renforts étaient effectivement en route. Une fois informé de la situation dans le Maryland le 6 juillet, Grant fit dépêcher à Baltimore la division du général John Brewerton Ricketts, issue du 6ème corps et deux divisions de la cavalerie de Sheridan, afin de renforcer les forces de Wallace. Une fois arrivé à Baltimore dans la soirée du 7, Ricketts fit monter ses hommes dans des trains qui les amenèrent à Monocacy Junction où il rejoignirent la ligne défensive de Wallace. Les cavaliers furent eux, laissés à Baltimore et Washington pour rassurer la population, mais sans chevaux et trop épuisés par leurs récentes expéditions ceux-ci n’étaient d’aucune utilité.[10]

Au matin du 9 juillet, Early avança vers les positions fédérales qu’il attaqua. S’en suivi la bataille de Monocacy qui vit, au terme de la journée, les confédérés repousser les nordistes vers Baltimore et franchir la Monocacy river. Les pertes s’élevèrent à environ 700 hommes pour le Sud contre plus ou moins 300 pour le Nord auxquels il faut ajouter environ 1000 prisonniers. Mais plus important, Early avait perdu un jour dans sa course pour Washington, il lui restait encore environ 50 kilomètres à parcourir alors qu’il se doutait que des renforts fédéraux faisaient également route vers la capitale fédérale. Autre conséquence, Wallace fut remplacé par Ord bien que sa décision de se porter au devant des confédérés avait permit de gagner un temps précieux et qu’il avait fait au mieux avec les moyens qu’il avait à sa disposition.[11]

Le 10 juillet, les confédérés reprirent leur progression jusqu’à Rockville et dans la matinée du 11, les cavaliers sudistes qui ouvraient la marche arrivèrent aux abords des fortifications de la capitale dont ils examinèrent les défenses. Early arriva avec une partie de l’infanterie vers midi et ordonna à Rodes de lancer au plus vite sa division à l’attaque tant que les fortifications de la ville n’étaient pas encore puissamment défendues. En effet, à ce moment, bien que le système de fortifications était un ensemble solide et difficilement attaquable, peu d’unités y étaient présentes et celles-ci étaient de piètre qualité car composées de miliciens, de régiments à courte durée d’engagement ou de convalescents.[12] Mais Rodes ne put se lancer à l’assaut, épuisés par les nombreux jours de marche qu’ils venaient d’effectuer, ses hommes mirent trop de temps pour se préparer et l’attaque fut repoussée au lendemain.[13] En effet, sur les quelques 10 000 hommes qu’il restait à Early, environ un tiers pouvait être considéré comme étant apte au combat, les autres avaient besoin de repos.[14] Mais comme les sudistes perdaient du temps, les fédéraux eux le mettaient à profit. Durant la journée, le reste du 6ème corps de Wright, à qui Grant avait fait quitter le siège de Petersburg le 9 juillet, et deux divisions du 19ème corps ayant servit lors de la campagne de la Red River qui avaient été ramenée sous les ordres du général William Hemsley Emory arrivèrent à Washington et vinrent progressivement grossir la garnison de la ville.[15]

Le 12, des combats d’artillerie et quelques escarmouches de tirailleurs se déroulèrent entre les deux forces près des forts Stevens et De Russy, deux des forts composant les fortifications de la capitale fédérale, sans qu’aucune attaque ne soit réellement lancée.[16] Comprenant que l’occasion de prendre Washington était passée, Early décida de se replier dès la tombée de la nuit et d’aller se mettre à l’abri dans la vallée de la Shenandoah.

Chargeant les cavaliers de Ransom d’assurer l’arrière garde, Early fit mettre en route ses forces vers le Potomac qu’elles franchirent à White’s Ford, en aval de Harpers ferry, le 14 et poursuivirent leur route vers la vallée qu’il atteignirent le 16 en passant les Blue Ridge Mountains et campèrent à Berryville le 17.[17] Pendant ce temps, la poursuite fédérale fut dans un premier temps pour le moins peu appuyée, seules quelques petites escarmouches de cavalerie eurent lieu sans poser de réelles menaces pour les confédérés.

Afin d’organiser la poursuite, Grant mit Wright aux commandes de toutes les forces qu’il pouvait regrouper pour combattre Early, c’est-à-dire, son propre 6ème corps, que la division de Rickett rejoignit à Leesburg où Wright avait rassemblé ses forces, et les deux divisions du 19ème corps de Emory. Le reste, la garnison de la ville et le 8ème corps de Wallace restèrent en retrait. Jusqu’alors, le fait que les différentes unités fédérales défendant Washington se soient trouvées sous différents commandements avait empêché une poursuite efficace car ceux-ci ne parvinrent pas à s’organiser.[18]
Dans le même temps, le 15 juillet, Hunter arriva à Harpers Ferry avec ses troupes et fut informé par Halleck qu’il devait rassembler toutes les forces possibles de son département, celui de Virginie Occidentale, c’est-à-dire ses propres troupes avec lesquelles il venait de revenir de sa campagne dans la vallée et celles qu’il avait laissé sous les ordres de Sigel, et coordonner ses actions avec Wright dans le but de coincer et détruire les forces sudistes en retraite. Hunter décida donc d’incorporer les troupes de Sigel au sein du reste de ses forces et renvoya ce dernier à Washington après l’avoir remplacé par le général Albion Paris Howe le 8 juillet.[19] Il décida ensuite de diviser celles-ci en deux forces distinctes, l’une positionnée à Martinsburg, composée des cavaliers de Averell et des fantassins du colonel Isaac Duval, qu’il garda sous son commandement direct et l’autre installée à Halltown, comprenant les cavaliers de Duffié et les fantassins de Sullivan, très vite remplacé par le colonel Joseph Thoburn, avec Crook aux commandes et pour instructions de se placer sous les ordres de Wright, qu’ils rejoignirent à Leesburg le 17.[20]

Le même jour, Wright donna ses instructions en envoyant Crook prendre position à Snicker’s Gap pour tenir le passage des Blue Ridge Mountains en prévision de la progression vers Snicker’s Ford où il comptait franchir la Shenandoah avec le reste de ses troupes. Duffié devait lui effectuer une reconnaissance du gué.[21]

Le 18 vers midi, Crook prit Snicker’s Gap, sans avoir du combattre et Duffié avança vers Snicker’s Ford mais en fut repoussé à deux reprises par les troupes de Gordon qui en gardaient le passage. Comprenant que les fédéraux étaient sur ses arrières et sachant qu’il ne pouvait prendre le risque de les laisser le menacer de la sorte, Early décida de faire faire demi tour à ses forces et d’aller aux devant des nordistes. Au même moment, les fantassins de Thoburn se présentèrent devant un autre gué, un peu plus en amont, Judge Parker’s Ford, où il franchirent la Shenandoah sans trop de difficultés avant de voir les hommes de Breckinridge et Rodes leur tomber dessus près de Cool Spring et les repousser jusqu’à la rivière. Les combats se poursuivirent jusqu’à la tombée de la nuit et les fédéraux se retirèrent sur la rive orientale durant la nuit.[22] Les sudistes établirent de la sorte une ligne défensive derrière la Shenandoah qui leur permettait de tenir en respect les forces de Wright, incapables de forcer le passage.

Le 19, afin de menacer le flanc gauche et les arrières de Early qui faisait face à Wright, Hunter mit en marche ses troupes depuis Martinsburg vers Winchester. Une fois informé de cette nouvelle menace, Early décida fort judicieusement d’abandonner sa ligne défensive derrière la Shenandoah et de se replier vers Winchester de façon à ne pas être prit en tenaille entre les deux forces fédérales.[23]

Vers midi le 20 juillet, les cavaliers de Averell entrèrent en contact avec les fantassins de Ramseur installés sur une position défensive à Rutherford’s Farm près de Winchester. Très vite soutenu par l’infanterie de Duval, les nordistes profitèrent d’une erreur de Ramseur pour le frapper sur son flanc droit et le forcer à se replier sur Winchester, la nuit tombante empêchant toute poursuite. Early installa alors ses forces sur une nouvelle position à Fisher’s Hill.[24]
Dans le même temps, Wright arriva avec ses forces à Berryille et constatant qu’aucune force sudiste ne se trouvait dans le secteur, il estima que les hommes de Averell et Duval, qui étaient en train de livrer bataille à Ramseur, avaient trouvé l’arrière garde de Early qui était donc en pleine retraite dans la vallée pour rejoindre l’Armée de Virginie du Nord à Petersburg. Wright, jugeant que sa mission de défendre Washington était maintenant remplie et qu’il était préférable qu’il retourne auprès de l’Armée du Potomac pour la renforcer, décida le soir même de faire faire demi-tour aux 6ème et 19ème corps en leur faisant prendre la route de Washington.[25] Ce faisant, il laissa Crook aux commandes de la poursuite dans la vallée.

Dès l’aube du 21, les cavaliers de Averell entrèrent dans Winchester où ils furent rejoint dans la journée par les hommes de Duval et Crook. Celui-ci, décida de réorganiser ses forces en trois divisions d’infanterie commandée par Duval, Thoburn et Mulligan et deux de cavalerie toujours sous Averell et Duffié.
Sans attendre, des cavaliers nordistes furent envoyés vers Kernstown afin de chercher à découvrir les positions confédérée.[26] Le lendemain, Crook y déplaça toutes ses unités.

Le 23 juillet, les éclaireurs confédérés informèrent Early du départ de Wright. Réagissant très vite, car comprenant que cela voulait dire qu’il allait retourner auprès de Grant alors que l’objectif sudiste de cette campagne était d’attirer le plus de forces possibles au nord, Early décida de faire demi tour à ses forces en route pour Strasburg et d’attaquer les troupes de Crook à Kernstown.

Le 24, vers midi, les confédérés attaquèrent et prirent par surprise les fédéraux qui furent repoussés dans le plus grand désordre, la retraite tournant même à la débandade complète. Crook ne fut en mesure de réorganiser ses forces qu’une fois à Winchester et décida immédiatement de se replier sur Martinsburg. La seconde bataille de Kernstown lui coûta environ 1200 hommes, dont Mulligan mortellement blessé, et tous ses approvisionnements. De l’autre côté, les sudistes perdirent quelques 600 hommes.[27]

Hunter ordonna alors à Crook de retirer ses troupes de la vallée et de les repositionner dans le Maryland. S’exécutant sans attendre, les fédéraux franchirent le Potomac à Williamsport le 26 juillet. Crook envoya ses deux divisions d’infanterie restantes – celle de Mulligan ayant été dissoute et ses restes incorporés à la division de Thoburn – à Halltown et les cavaliers de Averell à Hagerstown. Il fit également placer des postes d’observation tout le long des points de passage du Potomac afin d’observer toute approche sudiste vers le fleuve.[28]

Inquiété par ce retournement de situation et le risque de voir les sudistes franchirent une fois encore le Potomac, Halleck annula les ordres de Wright le renvoyant avec ses deux corps en Virginie et lui indiqua de se rendre avec toutes ses troupes à Monocacy Junction, où Hunter avait établit son quartier général afin de se placer sous le commandement de celui-ci et l’aider à prévenir toute nouvelle offensive de Early. Le 29 juillet, les nordistes étaient en position.

Toujours soucieux d’accomplir son objectif principal de retenir le plus de forces fédérales possibles loin de Petersburg, Early décida qu’il lui fallait reprendre l’initiative afin d’empêcher le départ de Wright et Emory. Il ordonna donc à McCausland de prendre deux brigades de cavalerie, pour un total d’environ 3000 hommes, et de lancer un raid contre la ville de Chambersburg dans le sud de la Pennsylvanie. Early espérait que cela serait suffisant pour créer la panique au nord car au vu de l’état de ses troupes, trop épuisées pour lancer un nouveau raid après deux mois de manœuvres, il ne pouvait se permettre de leur faire refranchir le Potomac.
Le 29 juillet, les cavaliers sudistes franchirent le fleuve. Très vite alerté, Hunter prit immédiatement des mesures défensives pour défendre Washington et Baltimore. Averell tenait les cluses des South Mountains, Crook fut positionné à Monocacy Junction.[29]

Le 30 juillet, McCausland atteignit son objectif et ne recevant pas la rançon qu’il exigeait pour ne pas bruler la ville, il la fit incendier avant de se remettre en route pour le Potomac et la Virginie Occidentale. Les cavaliers nordistes de Averell arrivèrent sur place environ trois heures après le départ des sudistes et se mirent immédiatement en route à leur poursuite. Ils rattrapèrent l’arrière garde confédérée près de Hancock avec laquelle ils livrèrent une première petite escarmouche avant d’en livrer une deuxième le lendemain à Folck’s Mill sans toutefois pouvoir les empêcher de passer sur la rive sud du fleuve à Cumberland le 2 août.[30]
Averell n’arrêta cependant pas sa poursuite pour autant. Il envoya ses éclaireurs à la recherche des cavaliers confédérés qui les trouvèrent finalement près de Moorefield où il les attaqua à l’aube du 7 août malgré son infériorité numérique et parvint grâce à l’effet de surprise à les mettre en déroute en prenant 600 prisonniers affaiblissant fortement la cavalerie de Early.[31]

Figure 96: Actions et mouvements des belligérants dans la vallée entre le 17 juin et le 7 août

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Source: BLUHM Raymond K. Jr., The Shenandoah Valley Campaign, March-November 1864, Washington: Center of Military History United States Army, 2014, p. 32.

Avec cette campagne, les confédérés reprirent et sécurisèrent le contrôle de l’ensemble de la vallée de la Shenandoah et par conséquent de toutes ses ressources. A aucun moment, la prise de la capitale fédérale n’avait vraiment été un objectif, tout au plus cela représentait la cerise sur le gâteau. Pour conquérir la vallée, Early avait forcé à la retraite plusieurs forces fédérales, celles de Hunter premièrement mais également celles de Wright et Emory, des unités qui avaient été appelées en renfort pour défendre Washington. Et c’était là l’objectif premier de Early, forcer Grant à dépêcher des troupes jusqu’alors employées à assiéger l’Armée de Virginie du Nord, afin de réduire la pression sur celle-ci.[32] En cela il avait donc plutôt bien réussi et le retournement de situation qu’il causa avec sa victoire à la seconde bataille de Kernstown améliora encore un peu plus son succès en la matière car cela décida Grant à maintenir des forces dans le nord et à les organiser en une seule force ayant pour seul et unique objectif de détruire les forces confédérées présentes dans la vallée. Enfin, il n’hésita plus cette fois à placer un commandant déterminé à la tête des cette force, Sheridan et ainsi déclencher la troisième campagne de la vallée de la Shenandoah dans le but d’éliminer une bonne fois pour toute la menace que représentait celle-ci.[33]


[1] Cette campagne se déroulant durant la même période que celle du siège de Petersburg et en parallèle de celle-ci dans une région bien particulière du théâtre de Virginie, nous ne présenterons pas ici la situation des autres théâtres de la guerre afin d’éviter de se répéter inutilement. Cela sera donc traité intégralement dans le chapitre relatif au siège de Petersburg.

[2] Shelby FOOTE, op.cit., pages 446-447. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 31.

[3] Idem, pages 31-33. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 451.

[4] James McPHERSON, op.cit., page 833.

[5] Shelby FOOTE, op.cit., page 446.

[6] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 479.

[7] Shelby FOOTE, op.cit., page 447. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 31.

[8] Ibid. ; George POND, op.cit., pages 47- 48 / 52-53.

[9] Raymond BLUHM, op.cit., page 33. ; George POND, op.cit., page 56. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 451.

[10] Idem, pages 451-452.

[11] George POND, op.cit., pages 57-58. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Monocacy, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; James McPHERSON, op.cit., page 833. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 34.

[12] James McPHERSON, op.cit., page 833.

[13] Raymond BLUHM, op.cit., page 34.

[14] Shelby FOOTE, op.cit., page 454.

[15] Raymond BLUHM, op.cit., page 35.

[16] FLOYD Dale E., LOWE David W., Fort Stevens, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; James McPHERSON, op.cit., page 833. ; Au cours des combats, Abraham Lincoln vint en personne sur les fortifications fédérales pour observer les combats. Ce fut l’unique fois où le Président assista la guerre civile de ses propres yeux. Cet épisode donna lieu à un évènement cocasse. N’ayant pas reconnu Lincoln, Oliver Wendell Holmes Jr., lui hurla de se mettre à couvert des tirs.

[17] Shelby FOOTE, op.cit., page 461.

[18] James McPHERSON, op.cit., page 833.

[19] John C. FREDRIKSEN, op.cit., p. 466.

[20] Raymond BLUHM, op.cit., pages 35-37.

[21] Idem, page 37.

[22] Ibid. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Cool Spring, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[23] Raymond BLUHM, op.cit., pages 37-38.

[24] Idem, page 38. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Rutherford’s Farm, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[25] Raymond BLUHM, op.cit., page 38.

[26] Ibid.

[27] FLOYD Dale E., LOWE David W., Second Kernstown, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[28] Shelby FOOTE, op.cit., page 539. ; Raymond BLUHM, op.cit., pages 38-39.

[29] Idem, pages 39-40. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Folck’s Mill, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[30] Raymond BLUHM, op.cit., page 40.

[31] Idem, page 40. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Moorefield, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[32] Shelby FOOTE, op.cit., page 461.

[33] James McPHERSON, op.cit., page 834.

La seconde campagne de la vallée de la Shenandoah

Après sa prise de commandement, Grant avait donc établi un plan d’ensemble pour tous les théâtres, y compris dans la vallée de la Shenandoah. Cette vallée était d’une grande importance pour la Confédération. Premièrement, elle fournissait une grande quantité de vivres aux forces sudistes, particulièrement à l’Armée de Virginie du Nord dont Grant avait fait son objectif prioritaire. Deuxièmement, la vallée représentait un pistolet pointé en permanence sur Washington, une voie d’invasion naturelle que Lee avait déjà utilisé à deux reprises pour porter la guerre au nord de la ligne Mason-Dixon et Grant entendait bien neutraliser cet avantage stratégique. Troisièmement, tout au nord de la vallée passaient la Baltimore and Ohio Railroad et le Chesapeake and Ohio Canal, les deux principales voies d’approvisionnement des ressources du Midwest vers la capitale fédérale que les sudistes avaient très souvent perturbées par le passé et leur protection était une autre nécessité.

Après la retraite de Gettysburg, Lee avait refranchi le Potomac et avait rejoint la Virginie en passant par la vallée avec une partie des forces fédérales sur ses arrières qui l’occupèrent dans sa partie nord. Depuis lors, rien d’important ne s’était déroulé dans ce secteur à l’exception d’une série d’escarmouches sans conséquence qui avait vu les troupes des deux camps y prendre position.[1]

La stratégie fédérale globale pour le printemps 1864 prévoyait que les troupes présentes en Virginie Occidentale et dans la vallée se lancent à la conquête de celle-ci afin de priver le sud des avantages que leur prodiguait la région en plus d’y attirer le plus de troupes confédérées possibles qui ne pourraient dès lors pas aider Lee à affronter l’Armée du Potomac.
De l’autre côté, les objectifs sudistes étaient tout simplement opposés, maintenir le contrôle de la vallée et ce avec le moins d’hommes possibles afin de renforcer l’Armée de Virginie du Nord.

La campagne à venir se déroulant durant la même période que celle de l’Overland, nous ne reviendrons pas sur la situation des autres théâtres, celle-ci étant la toujours la même.

Coté fédéral, la vallée dépendait des forces du district de Virginie Occidentale qui se trouvait sous les ordres du général Franz Sigel et qui, avant le début de la campagne, avait sous ses ordres environ 24 000 hommes répartis en trois détachements et un quartier général à Cumberland dans le Maryland. Le premier, qui était en réalité une somme de petits détachements dispersés sur plusieurs positions défensives, protégeait la Baltimore and Ohio Railroad et le Chesapeake and Ohio Canal. Les deux autres étaient eux positionnés en Virginie Occidentale, près de Charleston. Le premier se trouvait sous les ordres du général George Crook et comptait approximativement 3500 fantassins et le second était commandé par le général William Woods Averell avec environ 3000 cavaliers. Se doutant que Grant appellerait au lancement d’une nouvelle campagne, Sigel décida de réduire la taille des garnisons afin de disposer d’un véritable troisième détachement pouvant la conduire.[2]

Côté sudiste, jusqu’en février 1864, les forces confédérées se limitaient aux quelques 3000 hommes de la brigade du district de la vallée commandée par le général John Daniel Imboden avec pour mission de surveiller les activités fédérales et si possible gêner les approvisionnements de Washington. A cela il convient d’ajouter la présence dans les zones occupées des partisans pro-sudistes qui menaient des raids de guérilla sur les arrières des forces nordistes. Citons particulièrement les hommes du lieutenant-colonel John Singleton Mosby et du capitaine John McNeil. En février, Jefferson Davis décida d’envoyer le général Breckinridge prendre le commandement du département de Virginie Occidentale dont dépendait le district de la vallée afin d’en assurer la défense contre l’offensive fédérale qu’anticipaient les sudistes. Au total, les forces confédérées dans la région s’élevaient à plus ou moins 8000 hommes auxquels il faut ajouter les 4500 cavaliers du général John Hunt Morgan qui furent rappelés du Tennessee.[3]

Le plan de Grant donnait des instructions claires à Sigel. Il devait lever une force de 9500 hommes et la positionner à Beverly sous les ordres du général Edward Otho Cresap Ord. Dans le même temps, les troupes de Crook et Averell devaient lancer un raid en Virginie Occidentale afin de couper la Virginia and Tennessee Railroad et détruire quelques objectifs économiques mineurs avant de faire leur jonction avec les troupes de Ord remontant la vallée quelque part aux abords de Staunton avant de continuer vers Lynchburg afin d’y couper les voies d’approvisionnement de l’Armée de Virginie du Nord et de Richmond.[4]
A la mi avril, Ord, mécontent de Sigel, demanda à être réassigné, ce que Grant lui accorda. Sigel décida alors d’assurer lui même le commandement direct de ses troupes. A ce moment, il avait déjà réorganisé la structure de son département désormais composé de cinq divisions. Les deux directement sous ses ordres, une d’infanterie et une de cavalerie, environ 7000 hommes sous les commandements respectifs des généraux Jeremiah Cutler Sullivan et Julius Stahel. Les deux divisions présentes en Virginie Occidentale étaient celles de Crook et Averell positionnées à Gauley Bridge et Logan Court House, un total de 10 000 hommes. Enfin, la dernière, principalement positionnée à Harpers Ferry et en d’autres points défensifs clés, assurait la protection des Baltimore and Ohio Railroad et Chesapeake and Ohio Canal.

Le 17 avril, Grant modifia quelque peu les instructions de Sigel. Plutôt que de partir vers le sud jusqu’à Lynchburg, Il ne devait pas s’aventurer plus loin que Winchester afin de réaliser une diversion attirant le plus de sudistes possibles dans le nord de la vallée et ainsi ouvrir des possibilités aux forces de Crook dans le sud pour atteindre leurs objectifs.[5]

Le 29 avril, Sigel se mit en marche en quittant Martinsburg, où se trouvaient ses deux divisions, et atteignit Winchester le 2 mai. Très vite informé, Imboden fit prévenir Breckinridge et rassembla ses troupes alors éparpillées en plusieurs points à Mount Crawford avant de les mettre en marche vers Woodstock.
Alors que Sigel arrivait à Winchester, Crook se mit lui aussi en branle, imité trois jours plus tard par Averell.
Faisant face à cette double menace, Breckinridge décida de concentrer ses forces à Staunton pour faire face à Sigel, laissant les cavaliers de Morgan et du général Albert Gallatin Jenkins pour affronter Crook et Averell. Ces derniers progressaient dans le sud de la Virginie Occidentale vers la vallée.

Le 9 mai, Crook atteignit Cloyd’s Mountain où l’attendaient les quelques 2400 hommes du général William Edmonson Jones et de Jenkins avec lesquels il engagea le combat qui lui permit de prendre la ville, blesser mortellement Jenkins et repousser les sudistes au delà de New River Bridge.[6] Crook continua sa progression jusqu’à Dublin, le quartier général de Breckinridge, où il détruisit dépôts et voies de chemin de fer. Mais apprenant qu’une large force confédérée se trouvait dans la région, Crook préféra se replier sur Union en Virginie Occidentale.
Le 10 mai, les cavaliers de Averell entrèrent en contact avec les 4500 hommes de Morgan près de Cove Mountain. Ne pouvant forcer le passage de la cluse qui leur aurait permis d’entrer dans la vallée, les fédéraux se replièrent, Averell préférant éviter l’engagement sans le soutien de Crook avec lequel il chercha à faire sa jonction.[7] Après ne pas l’avoir trouvé à Dublin, il le rejoignit finalement le 15 mai à Union avant de continuer ensemble leur retraite jusqu’à Meadow’s Bluff, harcelés par les cavaliers sudistes.[8]
Bien que la diversion de Sigel avait permis d’attirer beaucoup de forces confédérées loin de Crook et Averell, ceux-ci n’avaient pas été en mesure d’entrer dans la vallée et n’avaient infligé que des dégâts mineurs aux sudistes.[9]

Dans la vallée, Sigel quitta Winchester le 9 mai et atteignit Woodstock le 11 où la découverte de télégrammes destinés à Imboden l’informèrent que Breckinridge se trouvait à Staunton et bien qu’il n’était pas sensé aller plus loin au sud pour le moment, il vit là l’opportunité de détruire les forces confédérées de la vallée et ainsi gagner la gloire qui lui manquait.[10]
Le 14, il quitta Woodstock, avança vers Staunton et entra en contact avec les troupes de Breckinridge à New Market qui lui infligèrent une défaite cinglante, le forçant à se replier jusqu’à Cedar Creek qu’il atteignit le 17 mai. Au cours de la bataille, les nordistes perdirent environ 800 hommes contre 500 pour les sudistes.[11]

La première conséquence des retraites de Crook et Sigel fut d’assurer, au moins pour un temps, le contrôle sudiste de la vallée et dès lors de leur permettre de redéployer certaines troupes en des points où elles pouvaient être plus utiles. Breckinridge parti pour la Virginie afin de rejoindre Lee alors engagé face à Grant à Spotsylvania. Morgan se mit en route pour le Tennessee dans le but de gêner les forces d’occupation fédérales dans cet état et au Kentucky. Seul restait dans la vallée les troupes de Imboden et de Jones pour protéger la Virginia and Tennessee Railroad.

Figure 94: Actions et mouvements des belligérants dans la vallée entre le 29 avril et le 17 mai

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Source: BLUHM Raymond K. Jr., The Shenandoah Valley Campaign, March-November 1864, Washington: Center of Military History United States Army, 2014, pp. 16-17.

De l’autre côté, les fédéraux effectuèrent aussi quelques modifications. La principale fut le remplacement de Sigel par le général David Hunter le 19 mai. Celui-ci disposait d’instructions différentes de celles de Sigel. Là où ce dernier ne devait faire qu’une diversion en faveur de Crook, Hunter devait lui mener l’action principale en conquérant la vallée avec le soutien de Crook qui devait le rejoindre pour prendre Staunton et détruire les carrefours ferroviaires de Charlottesville, Gordonsville et Lynchburg pour couper les approvisionnements de l’Armée de Virginie du Nord et toujours empêcher que celle-ci ne reçoivent des renforts depuis la vallée.[12]
Hunter, pour des raisons politiques, ne put se débarrasser de Sigel qu’il affecta au commandement de sa division de réserve. Il reçut également des renforts qui amenèrent ses forces à environ 8500 hommes. Crook fut lui aussi renforcé et rééquipé en plus de recevoir de nouvelles instructions lui indiquant qu’il devait maintenant rejoindre le gros des troupes pour aider à la conquête de la vallée quelque part près de Staunton.

Dès le 23 mai, Hunter fit mettre en branle ses troupes jusqu’à Woodstock puis avança à nouveau jusqu’à Cedar Creek le 26 et New Market le 29. A chaque arrêt, les nordistes envoyèrent des expéditions collecter de quoi approvisionner leurs forces, les lignes de communications étant fébriles peu de ressources les atteignaient depuis leur base d’approvisionnement à Martinsburg.[13] Alerté par cette apparente nouvelle offensive fédérale, les sudistes de Jones furent redéployés depuis les abords de Wytheville où ils gardaient la Virginia and Tennessee Railroad jusqu’aux alentours de Staunton pour y aider Imboden à repousser les nordistes.
Le 2 juin, Hunter se trouvait à Harrisonburg où il espérait retrouver Crook. Mais celui-ci, qui avait quitté Lewisburg le 30 mai, ne progressait que lentement, gêné par la guérilla pro-sudiste du général John McCausland et du colonel William Lowther Jackson qui le harcelait sans cesse.
Le 4 juin, Jones arriva à Mount Crawford où il rejoignit Imboden pour se préparer à attaquer Hunter, estimant qu’avec seulement 4500 hommes ils ne pouvaient se permettre d’attendre que Crook arrive pour renforcer Hunter et permettre aux fédéraux de totaliser près de 20 000 hommes.

Mais Hunter ne comptait pas leur abandonner l’initiative et accepta le plan de l’un de ses conseillers, bifurquer vers Port Republic en quittant la Valley Pike pour y franchir la Shenandoah avant de marcher vers Waynesboro où il pourrait couper la voie ferrée avant de marcher sur Staunton. Cela permettrait aux fédéraux d’éviter d’attaquer les positions défensives sudistes derrière la North River au sud de Harrisonburg sur la Valley Pike.[14]

Tôt au matin du 4 juin, Hunter remit ses forces en marche vers Port Republic. Seul une petite force de cavalerie avança vers Mount Crawford pour y mener une diversion. Imboden s’installa sur une position défensive directement en travers de la route de Hunter à Mount Meridian alors que Jones barrait toujours la Valley Pike.

Le 5 juin, les fédéraux reprirent la route et engagèrent un combat d’avant garde avec les hommes de Imboden qu’ils repoussèrent jusqu’à Piedmont où Jones était hâtivement venu se positionner pour établir une nouvelle position défensive et se prépara à affronter Hunter et ses hommes.[15] Très vite les deux forces engagèrent le combat à Piedmont et les fédéraux mirent les sudistes en retraite. Ceux-ci évitèrent une déroute grâce à une action d’arrière garde qui arrêta net la poursuite des cavaliers fédéraux. Jones fut tué au cours des combats et remplacé par le général John Crawford Vaughn, les sudistes perdant 650 hommes et près d’un millier de prisonniers contre environ 800 nordistes. Avec cette victoire, Hunter venait de remporter la plus grande victoire fédérale dans la vallée depuis le début de la guerre et surtout il venait d’ouvrir la route vers Staunton et la prise de contrôle complète de la vallée.[16]
Le 6 juin, les nordistes entrèrent sans combat dans la ville où ils s’arrêtèrent et furent rejoint par les troupes de Crook le 8 juin.[17]

La nouvelle de la défaite de Piedmont poussa Lee à renvoyer Breckinridge et ses 2100 hommes vers la vallée dès le 7 juin afin dans un premier temps de protéger Charlottesville en prenant position à Rockfish Gap. Vaughn et Imboden se positionnèrent eux en avant garde à Waynesboro.[18]

Grant attendait de Hunter qu’il marche sur Charlottesville et Gordonsville en passant par Waynesboro pour y faire sa jonction avec les cavaliers de Sheridan. Mais en apprenant que les sudistes y avaient reçu des renforts que ses renseignements lui indiquaient être importants, Hunter préféra opter pour une autre route et ainsi éviter une confrontation à Rockfish Gap où les confédérés pourraient user de l’étroitesse du passage pour annihiler en partie la supériorité numérique fédérale. Mais ces renforts conséquents n’étaient autres que les 2100 hommes de Breckinridge qui, combinés aux forces restantes de Vaughn et Imboden, n’avoisinaient qu’un total de 5000 hommes, moins du tiers de ce dont disposait Hunter.[19]

Le 10 juin, les fédéraux reprirent donc leur marche mais vers le sud, sur la Valley Pike afin de progresser vers Lynchburg en passant par Lexington, Buchanan et Liberty. Dans le but de maintenir en place les forces tenant Rockfish Gap, Hunter envoya les cavaliers nouvellement placés sous les ordres du général Alfred Napoléon Alexander Duffié y faire faire une démonstration de force. Confiant cette tâche à un petit détachement, Duffié prit le reste et franchit les Blue Ridge Mountains à Tye River Gap afin de menacer Lynchburg par le Nord et coupa par la même occasion la Charlottesville and Lynchburg Railroad à hauteur de Arrington Station.[20] Pendant ce temps, sur la Valley Pike, les cavaliers de Averell, soutenus par les troupes de Crook, ouvraient la route en repoussant les cavaliers sudistes des forces de guérilla harcelant la tête de la colonne fédérale.

Le 11 juin, alors que Sheridan livrait bataille à Hampton à Trevilian Station, les nordistes prirent Lexington où ils incendièrent l’Institut Militaire de Virginie et la maison du gouverneur en représailles aux incessantes actions de guérilla dont les forces fédérales étaient victimes de la part de la population locale.[21] La principale conséquence des ces harcèlements fut de perturber les approvisionnement qui ne parvenaient pas à rejoindre les troupes de Hunter. Celui-ci décida donc de s’arrêter à Lexington dans l’espoir de reconditionner ses forces et exploiter les ressources disponibles dans la région.

Le 12, Hunter rappela les cavaliers de Duffié auprès de la force principale à Lexington afin de concentrer ses forces pour la poussée sur Lynchburg.
Le même jour, inquiet de la progression des nordistes et de leur large supériorité numérique, Lee prit la décision d’envoyer le corps de Early dans la vallée pour préserver ses voies d’approvisionnements dangereusement menacées et potentiellement porter une fois encore la guerre au Nord afin d’y attirer le plus de forces fédérales possibles et ainsi soulager la pression exercée par Grant.[22]

Le 13 juin, alors que Hunter campait toujours à Lexington, Early se mit en marche pour Charlottesville et campa pour la nuit à Auburn Mills. Le même jour, les cavaliers de Averell avancèrent jusqu’à Buchanan pour y sécuriser le pont enjambant la James vers lequel Hunter remit sa colonne en marche dès le lendemain, une fois Duffié et ses hommes arrivés. Au soir du 14, Early se trouvait à Gardiner’s Cross Roads et près de Trevilian Station le 15, alors que Hunter franchissait le pont à Buchanan après l’avoir réparé.[23]

Inquiet pour la sécurité de Lynchburg, Breckinridge y déplaça ses troupes, celles de Vaughn et d’Imboden où ils arrivèrent le 16 juin pour y trouver des blessés remobilisés en urgence, des miliciens locaux et même le général D.H. Hill. Une fois sur place, conscient de la difficulté de la tâche, Breckinridge fit prévenir Early de venir au plus vite pour l’aider à défendre la ville. Pendant ce temps, les cavaliers sudistes s’employèrent de leur mieux pour ralentir la progression des fédéraux en leur livrant de petites escarmouches à Buchanan, Bedford, New London et Old Quaker Meeting House. Le même jour, Early arrivait aux abords de Charlottesville et, agissant sans tarder, Early mobilisa tous les trains disponibles pour atteindre la ville avant que les fédéraux ne l’attaquent.[24]

Le 17, les forces fédérales se présentèrent aux abords de la ville sans l’attaquer. De l’autre côté, les premiers éléments de Early, les divisions de Ramseur et Gordon, arrivèrent elles aussi en début d’après midi et installèrent immédiatement des positions défensives.[25]

Le 18, alors que les derniers troupes de Early n’étaient pas encore sur place, Hunter fit avancer ses hommes vers Lynchburg une première fois sans succès. Crook tenta une autre attaque sur le flanc droit sudiste avec la même absence de résultat. Disposant maintenant de toutes ses forces grâce à l’arrivée de Rodes et constatant que les fédéraux ne se montraient que très peu enclin au combat, Early passa à son tour à l’attaque avant d’être repoussé au prix d’intenses combats. Quelque peu échaudé par l’assaut confédéré, Hunter choisit alors d’interrompre ses attaques jusqu’au lendemain. Mais arrivant à court de munitions et étant persuadé d’être inférieur en nombre alors que les forces en présence étaient à peu près égales, le commandant nordiste décida de se replier, ce qu’il fit dans la nuit du 17 au 18 en retournant à Liberty.[26]

Pour sa retraite, Hunter refranchit les Blue Ridge Mountains à Buford Gap. Une fois que Early se rendit compte de son départ, il entama une poursuite, essentiellement avec ses cavaliers sous les ordres du général Robert Ramson. les sudistes livrèrent plusieurs escarmouches avec les forces fédérales protégeant l’arrière de la colonne nordiste près de Liberty, Big Lick et Hanging Rock.[27] Pendant ce temps, les hommes de McCausland, dépassèrent les fédéraux en passant par Peaks of Otter afin de se positionner sur la Valley Pike et ainsi leur barrer la route vers le nord. Hunter, pesant la situation, prit la décision de continuer sa retraite en partant vers la Virginie Occidentale et mit le cap vers Salem où il arriva le 21.[28] Sa décision ne se basait pas sur la présence de McCausland qu’il aurait pu repousser assez facilement mais sur le fait qu’il craignait celle de Early. En effet, depuis sa position à Lynchburg celui-ci pouvait soit poursuivre les fédéraux en descendant la vallée pendant que les partisans pro-sudistes coupaient leurs approvisionnements et les ralentissaient ou utiliser la Charlottesville and Lynchburg Railroad pour doubler la colonne fédérale et ainsi se positionner à Staunton et leur couper la retraite et les lignes d’approvisionnement ou à Rockfish Gap pour les attaquer de flanc. Craignant particulièrement ces deux dernières options, Hunter décida d’éviter tout risque et de descendre la vallée de la Kanawha en Virginie Occidentale pour atteindre Charleston où se trouvait un dépôt d’approvisionnement, Early n’allant fort probablement pas se lancer à la poursuite dans cette région car cela laisserait la vallée sans protection. De plus, le sentiment pro-unioniste dans la vallée de la Kanawha étant beaucoup plus fort, la population locale représentait donc un risque bien moins important pour les nordistes que pour les sudistes. Une fois à Charleston le 30 juin après avoir franchi les Allegheny Mountains à Lewisburg, Hunter rejoignit la rivière Ohio en bateau pour arriver à Parkersburg qu’il atteignit le 4 juillet et y prit le train jusqu’à Cumberland où il arriva le 9 juillet, 21 jours après avoir quitté Lynchburg.[29]

De l’autre côté, Early ne chercha pas longtemps à poursuivre les fédéraux, comprenant d’une part que pénétrer en Virginie Occidentale ne lui présenterait pas un terrain favorable et d’autre part que la vallée de la Shenandoah était ouverte pour la conquête sudiste et la possibilité de menacer Washington que Grant avait justement privé d’une grande partie de sa garnison au début de l’année, ce qui était l’un des objectifs que lui avait confié Lee, il opta pour cette seconde option et laissa Hunter s’enfoncer en Virginie Occidentale.[30]

Figure 95: Actions et mouvements des belligérants dans la vallée entre le 21 mai et le 9 juillet

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Source: BLUHM Raymond K. Jr., The Shenandoah Valley Campaign, March-November 1864, Washington: Center of Military History United States Army, 2014, pp. 24-25.

La campagne qui venait de s’achever dans la vallée donna des résultats mitigés pour les deux camps et bien que les sudistes avaient d’avantage de raison de la considérer comme un succès que les nordistes, ces derniers avaient tout de même obtenu quelques résultats utiles. En effet, Hunter, en menaçant sérieusement Lynchburg avait contraint Lee à réduire considérablement ses forces en envoyant Early et son corps dans la vallée. De plus, les soldats fédéraux avaient tout de même détruit de nombreux kilomètres de voies ferrées et d’autres infrastructures importantes, et bien que les dégâts furent réparés cela gêna tout de même les confédérés. Mais au delà de cela, les objectifs n’étaient pas atteints. Les sudistes avaient sauvés les carrefours de Charlottesville, Gordonsville et Lynchburg, préservant de la sorte les voies d’approvisionnement de Richmond et de l’Armée de Virginie du Nord qui pouvait continuer de tenir le siège que Grant essayait de mettre en place pour la détruire. Mais surtout, le résultat le plus important issu de la campagne fut de contraindre les fédéraux à évacuer la vallée de la Shenandoah – à l’exception des garnisons installées dans le nord pour défendre la Baltimore and Ohio Railroad et le Chesapeake and Ohio Canal – avec pour conséquence de laisser les sudistes maîtres du terrain et donc de ses ressources et de son importance stratégique. La voie vers Washington était ouverte et Early entendait bien saisir cette opportunité de réduire la pression sur Lee en poussant des troupes de l’Armée du Potomac à venir sauver la capitale fédérale. Il décida donc de descendre la vallée comme l’avait fait Jackson deux ans plus tôt et ce faisant entama la deuxième campagne du Maryland.


[1] BLUHM Raymond K. Jr., The Shenandoah Valley Campaign, March-November 1864, Washington: Center of Military History United States Army, 2014, p.11.

[2] Idem, pages 11-13.

[3] Idem, page 11.

[4] Idem, page 13.

[5] Ibid.

[6] FLOYD Dale E., LOWE David W., Cloyd’s Mountain, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[7] FLOYD Dale E., LOWE David W., Cove Mountain, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[8] Raymond BLUHM, op.cit., pages 14-15. ; POND George E., The Shenandoah Valley in 1864, New York: Charles Scribners’s Sons, 1883, p. 13.

[9] Shelby FOOTE, op.cit., pages 243-246.

[10] Raymond BLUHM, op.cit., page 15.

[11] Idem, pages 18-21. ; James McPHERSON, op.cit., page 795. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 247-250. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., New Market, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Lors de cette bataille, les confédérés, inférieurs en nombres, furent contraints de faire appel aux jeunes cadets de l’Institut Militaire de Virginie qui se signalèrent vaillamment aux prix de lourdes pertes.

[12] Raymond BLUHM, op.cit., page 21.

[13] George POND, op.cit., page 25.

[14] Raymond BLUHM, op.cit., page 23.

[15] Ibid.

[16] FLOYD Dale E., LOWE David W., Piedmont, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 26. ; James McPHERSON, op.cit., page 811.

[17] Shelby FOOTE, op.cit., page 302.

[18] idem, page 304. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 26. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 471.

[19] Raymond BLUHM, op.cit., page 27.

[20] George POND, op.cit., pages 30-31.

[21] James McPHERSON, op.cit., page 812.

[22] Raymond BLUHM, op.cit., pages 27-28.

[23] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 477.

[24] Raymond BLUHM, op.cit., page 29.

[25] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 477.

[26] Raymond BLUHM, op.cit., page 29. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Lynchburg, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; James McPHERSON, op.cit., page 813. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 445. ; John KEEGAN, op.cit., page 263.

[27] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 478.

[28] James McPHERSON, op.cit., page 812.

[29] Raymond BLUHM, op.cit., page 30. ; ANDERSON J. H., Grant’s Campaign in Virginia, May 1-June 30 1864, London: Hugh June Rees Ltd, 1908, p. 92.

[30] Shelby FOOTE, op.cit., pages 45-46. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 472.

La campagne de l’Overland

Le 9 mars, Ulysses Simpson Grant reçu le grade, plus usité au sein de l’armée américaine depuis George Washington, de Lieutenant Général, et la fonction de commandant en chef de toutes les forces militaires de l’Union, ce qui, espérait Lincoln, allait permettre au Nord d’ainsi disposer d’un leader offensif capable de porter le dernier coup à la Confédération. Cela devait marquer le passage symbolique de la deuxième à la troisième phase du conflit, celle de la guerre totale qui deviendrait effective dès le début du mois de mai avec le lancement de la campagne dite de l’Overland.

La nomination de Grant, un général venu du front de l’Ouest et réputé alcoolique ne manqua pas de susciter des réactions, aussi bien à Washington qu’au sein de l’Armée du Potomac. Lincoln voyait en lui un leader offensif et déterminé. Il avait pris les forts Henry et Donelson de manière remarquée au début de la guerre, fait face à des circonstances plus que difficile à Shiloh et pourtant récupéré la situation, trouvé le moyen, non sans mal, de finalement faire tomber Vicksburg et sauvé Chattanooga. Il était le héros du front de l’Ouest. Pour le Président, il n’avait plus à faire ses preuves. Mais pour d’autres, il lui restait à faire face à ce qui était alors perçu comme étant l’épreuve la plus difficile à surmonter, Robert Edward Lee et ses vétérans de l’Armée de Virginie du Nord.[1] En effet, beaucoup notaient que le vieux renard gris n’aurait jamais commit les mêmes erreurs que les précédents adversaires de Grant et que le déroulement le long du Mississippi aurait été tout autre si un Lee y avait évolué.[2]

Grant n’en avait globalement cure. Pour lui l’initiative stratégique appartenait au Nord sur tous les fronts et il entendait bien la saisir à pleine main en mettant en place un plan d’action à large échelle, courant simultanément sur tous les théâtres de la guerre avec pour objectif clair de détruire la force militaire du Sud et sa capacité de soutenir l’effort de guerre. Pour lui, même le meilleur leader militaire du monde ne pourrait sauver la Confédération si celle-ci ne disposait plus des moyens de se battre. Pour ce faire, Grant entendait appliquer deux principes. Premièrement, avoir recours au plus grand nombre de troupes possibles sur le plus de théâtres possibles et deuxièmement harceler l’ennemi sans cesse afin de le forcer à user ses ressources sans avoir le temps de les reconstituer et ainsi conduire le Sud à se trouver dans une situation d’impossibilité physique et matérielle de poursuivre la guerre.[3] Grant cherchait avant tout à mettre un terme aux actions déconnectées qui ne produisaient qu’au mieux des résultats locaux et limités dans le temps.[4] Plus concrètement, le plan de Grant prévoyait le passage à l’action de toutes les forces fédérales afin de prévenir l’utilisation des lignes intérieures de la Confédération par les forces sudistes pour renforcer les théâtres où elles seraient en difficulté. En Virginie, l’Armée du Potomac devait franchir la Rapidan et livrer bataille à celle de Virginie du Nord.[5] Dans la vallée de la Shenandoah, Sigel devait en garder l’entrée afin de défendre la voie d’invasion du Nord favorite de Lee et ainsi protéger Washington en plus de se tenir prêt à renforcer Meade si besoin après avoir marché sur Lynchburg et ainsi occupé toute la vallée.[6] Dans la Péninsule, Butler serait lui en charge de menacer les arrières de Lee en progressant vers Petersburg et Richmond avec l’Armée de la James.[7] A l’Ouest, Sherman, désormais à la tête de la Division militaire du Mississippi – soit le département regroupant les Armées du Cumberland, du Tennessee et de l’Ohio – devait livrer bataille à Johnston comme Meade le ferait à Lee, sans réserve, en plus de prendre Atlanta.[8] Enfin, les forces de Banks présentes dans le sud du Mississippi, l’Armée du Golfe, devaient, elles, agir contre la ville de Mobile pour neutraliser ce carrefour ferroviaire et empêcher le transfert des forces présentes dans l’Alabama vers les forces de Johnston. Au final, une fois leurs objectifs respectifs atteints, les deux principales forces nordistes, les Armées du Potomac et du Mississippi devaient effectuer leur jonction là où les tournures de la guerre en décideraient et de la sorte marquer l’anéantissement militaire du Sud pendant que trois autres forces périphériques devaient accentuer la pression sur les forces sudistes.[9] Grant ne révolutionna pas fondamentalement la stratégie militaire de l’Union, la seule nouveauté qu’il y apporta fut la coordination entre les théâtres mais cela allait avoir une grande importance. Même sans son leadership, les forces fédérales auraient plus que fort probablement attaqué les mêmes objectifs que ceux que le nouveau commandant en chef de l’Union leur attribua. L’Armée de Virginie du Nord était un objectif inévitable en raison de son importance stratégique et de celle de Richmond, la capitale confédérée. Atlanta, Mobile, Lynchburg et Petersburg étaient des carrefours ferroviaires importants dont la prise par les forces fédérales serait un coup dur pour les approvisionnements des forces sudistes.[10]

Figure 69: Le réseau ferroviaire des Etats Confédérés d’Amérique

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Southeastern United States: The American Civil War, Railroad of the Confederacy and Border States, West Point: Department of History.

Mais au cours de la campagne à venir tout ne se déroula pas exactement comme l’avait prévu le commandant nordiste. Premièrement, dans la Péninsule, Butler se lança à l’action trois jours après que Grant en eut fait de même et avança vers Richmond et Petersburg mais fut bloqué par les forces de Beauregard dans la petite péninsule de Bermuda Hundred d’où il ne bougera plus avant l’arrivé de l’Armée du Potomac à l’exception de quelques accrochages sans conséquences stratégiques. Toujours en Virginie mais le long de la Shenandoah, les forces de Sigel entrèrent dans la vallée et la descendirent pour marcher sur Lynchburg. Vaincu par le général John Cabell Breckinridge à New Market, Sigel fut remplacé par Hunter qui reprit l’offensive et s’imposa à Piedmont face à Jones avant d’être lui aussi vaincu par Early et repoussé en Virginie Occidentale, ouvrant la voie aux confédérés pour menacer Washington. Début mai, les forces de Crook et Averell se lancèrent dans un raid contre la Virginia and Tennessee Railroad dans le sud-ouest de la Virginie pour faire diversion en faveur de Sigel. Après avoir réussi à causer des dégâts, ils se retirèrent en Virginie Occidentale et rejoignirent ensuite Hunter à la fin du mois. Dans le même temps, les cavaliers de Imboden avaient eux cherchés à ralentir Sigel en attaquant un dépôt à Port Royal.
A l’Ouest, le même jour que Grant, Sherman se lança lui en Géorgie contre Atlanta et les troupes de Johnston. Ce faisant, il engagea une campagne de manœuvre entrecoupée de batailles mineures qui, en repoussant progressivement les confédérés, l’amena aux abords de Marietta, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest d’Atlanta. Pour leur part, entre la mi-mars et la mi-avril, les forces de Banks, aidées par la flotte de l’amiral David Dixon Porter, lancèrent une expédition pour remonter la Red River en Louisiane mais après une progression relativement facile, furent stoppées par les confédérés de Richard Scott Taylor à Shreveport qui les forcèrent à se replier sur leurs positions initiales. Parallèlement, le 16ème corps du général Andrew Jackson Smith mena un raid contre le Fort de Russy près du confluant du Mississippi et de la Red River avant de se joindre à  la campagne. Les navires de la flotte fluviale fédérale livrèrent plusieurs combats dans la région du Mississippi et de ses affluents dans le cadre de cette campagne. Ce faisant, Banks, qui avait lancé cette expédition avant que la stratégie globale de Grant ne soit mise en place, ne fut pas disponible pour avancer vers Mobile. Au mois d’avril, les forces fédérales du département d’Arkansas du général Steele tentèrent d’effectuer leur jonction avec les forces de Banks mais furent bloquées à Camden dans le sud de l’Arkansas par manque d’approvisionnement et furent contraintes de se replier sous la pression confédérée. A la suite de cela, au mois de mai les cavaliers sudistes du général Joseph O’Shelby lancèrent un raid dans le nord de l’Arkansas. Début juin, les troupes fédérales de Smith déclenchèrent une expédition depuis Vicksburg vers le sud de l’Arkansas pour gêner les forces sudistes du général John Sappington Marmaduke présentes dans la région.
Au Missouri, le général Egbert Benson Brown, lança une force à la poursuite des troupes de William Quantrill dans le contexte de la guerre civile interne de l’état.
Dans le cadre du blocus, une expédition fédérale, initiée depuis Key West s’empara de Tampa en Floride. En Caroline du Nord, fin avril début mai, les confédérés du général Robert Frederick Hoke menèrent une opération terrestre et navale contre les forces fédérales présentes à Plymouth qu’ils capturèrent, les fédéraux abandonnant également Washington pour se replier sur New Berne et la défendre. Les sudistes furent un peu plus tard défaits devant la ville et ensuite rappelés au nord pour se joindre aux forces de Beauregard défendant Petersburg.
Enfin, sur différents théâtres, des actions de cavalerie furent menées par les deux camps. Au mois de mars et avril, Forrest mena deux actions contre des garnisons fédérales, l’une au Tennessee, l’autre au Kentucky, au cours desquelles les cavaliers sudistes usèrent de leur mobilité pour gêner les fédéraux sans leur causer une contrainte à long terme. Dans la même période, les hommes de Mosby menèrent une série de huit raids en Virginie et Virginie Occidentale. Début juin, Forrest défit dans le nord du Mississippi une force fédérale envoyée pour le neutraliser après qu’il ait mené un nouveau raid au Tennessee. Mi-avril, les cavaliers du général John McAllister Schofield menèrent eux aussi un raid mais contre les sudistes dans le Tennessee Oriental. Enfin, à la mi-juin, Morgan et ses cavaliers déclenchèrent un raid au Kentucky que les troupes d’occupation fédérale du général Stephen Gano Burdridge parvinrent à repousser.[11]

L’une des décisions majeures de Grant dans le but de mettre en œuvre son plan d’action était de réduire le nombre de troupes postées en garnison à des endroits où elles ne combattaient pas en plus de refocaliser les autres contre des objectifs communs plutôt que contre des buts éparpillés. Ainsi, Grant ramena le ratio d’hommes en garnison et d’hommes au  front de un pour un à un pour deux.[12] L’exemple le plus marquant de cela fut de retirer les unités de garnison de Washington, des hommes normalement attribués à la défense de la capitale avec de l’artillerie lourde et n’ayant jamais vu le feu pour en faire des unités d’infanterie au sein de l’Armée du Potomac. Ces hommes n’étaient pas les seuls à ne pas demeurer dans la capitale, Grant, bien que maintenant à la tête de l’ensemble des forces fédérales n’allait pas non  plus y rester, estimant que sa place était sur le terrain, avec l’Armée du Potomac. Cette décision de Grant, bien que cela n’allait pas lui faciliter la tâche de coordonner les différentes campagnes, était due à sa volonté de se détacher des problématiques politiciennes de la capitale, telles que les réceptions mondaines et surtout les intrigues politiques. Il laissa donc le soin à Halleck de demeurer sur place comme chef de l’état major, le sachant bien plus à même que lui pour livrer ce genre de combat.[13] L’Armée du Potomac restait cependant sous le commandement direct de Meade mais dans les faits, la présence de Grant allait avoir pour impact inévitable de la placer sous les ordres de celui-ci. Meade jouira assurément d’une certaine latitude dans la gestion tactique de la campagne à venir mais plus celle qu’il avait pu posséder par le passé et certainement pas celle qu’un commandant d’armée devait avoir.[14]

De par sa présence sur ce théâtre, il était évident que la Virginie serait pour Grant le principal point d’attention et comme pour le reste, il échafauda un plan d’action. L’armée de Lee était installée depuis la fin de la seconde campagne de Virginie du Nord derrière la Rapidan, entre Rapidan Station et la Mine Run, soit sur une ligne défensive d’environ 30 kilomètres. Durant tout l’hiver, les confédérés avaient travaillé à renforcer leurs positions, rendant un assaut frontal par-delà la rivière presque suicidaire pour les nordistes. Dès lors, Grant arriva à la conclusion qu’il lui fallait pousser Lee à livrer bataille sur un terrain plus ouvert, en traversant la rivière en amont ou en aval de façon à se retrouver sur les flancs ou les arrières des sudistes, les forçant de la sorte à quitter leurs fortifications pour faire face à la menace qui pèserait ainsi soit sur eux, soit sur Richmond.[15]
Mais il restait encore à savoir par où faire transiter l’immense Armée du Potomac et son train d’approvisionnement non moins grand sur la rive sud de la Rapidan. Premièrement, il y avait la solution occidentale, à gauche des lignes sudistes. Cette région offrait l’avantage d’être plus ouverte, donnant la possibilité aux fédéraux d’user pleinement de leur supériorité numérique. De plus, la présence dans ce secteur de la Orange and Alexandria Railroad offrait l’avantage de disposer d’une ligne de communication vers les zones déjà contrôlées par le Nord, à condition toutefois de pouvoir la maintenir ouverte malgré les inévitables attaques dont elle serait victime. De plus, autre problème de ce plan, une telle manœuvre laisserait la voie vers Washington ouverte, l’Armée de Virginie du Nord se trouvant de la sorte entre celle du Potomac et la capitale fédérale. Grant n’osa donc pas envisager ce plan plus en avant, sachant très bien que Lincoln serait opposé à l’idée de laisser Washington exposée, et ce de surcroit après que les unités chargées de sa défense eurent été redéployées.[16]
Il restait donc à Grant la solution orientale, plus précisément dans la région se trouvant entre le confluent de la Mine Run et de la Rapidan et celui de celle-ci avec la Rappahannock. Cette solution offrait l’avantage de protéger la capitale, de permettre aux forces fédérales, installées aux alentours de Culpeper Court House et Brandy Station de réduire la distance à parcourir avant d’entrer au contact des sudistes et de fournir des lignes de communications navigables.[17] Mais un problème de taille demeurait, la Wilderness, cette dense forêt qui avait déjà couté si cher aux nordistes lors de la campagne de la Rappahannock et de la bataille de Chancellorsville qui en avait résulté un an plus tôt. Comme alors, cette région favorisait les sudistes en empêchant l’attaquant de déployer toutes ses forces en lignes de bataille et en rendant presque inutile la puissance de feu de l’artillerie. Mais pour Grant, il existait une solution à ce problème. L’Armée du Potomac devait se déplacer à grande vitesse, franchir la rivière, traverser la forêt et se retrouver de la sorte en terrain ouvert au sud de la Wilderness, prêt à menacer le flanc droit sudiste avant que ceux-ci n’aient eu le temps de réagir.[18]

Mais une fois encore, Lee fut en mesure de prédire les actions de son adversaire, comprenant qu’il allait choisir de manœuvrer sur sa droite. Le 2 mai, il réunit une grande partie de ses officiers commandants au sommet de Clark’s Mountain et leur expliqua ce qui allait se passer. Les fédéraux allaient traverser la Rappahannock à Kelly’s Ford et la Rapidan à Germana Ford, entrant de la sorte dans la Wilderness et marchant vers le sud. Lee entendait laisser les nordistes franchir la rivière avant de lâcher ses forces sur leur flanc droit alors qu’ils seraient en marche. En les frappant fort, Lee espérait les repousser par-delà la rivière, stoppant net cette nouvelle offensive fédérale et ce faisant gagnant un temps précieux.[19] Car c’était là l’objectif à plus large échelle de la Confédération, gagner du temps. En effet, Davis, conscient de l’état d’affaiblissement des forces militaires sudistes estima, à raison, que le Sud, devait se résoudre à une posture défensive et chercher à stopper les attaques fédérales dans le but de tenir le coup jusqu’aux élections présidentielles devant se tenir au Nord à la fin de l’année. Le Président confédéré et nombre de ses compatriotes espéraient que les nordistes verraient le coût de la guerre devenir trop élevé et éliraient un nouveau président, et dès lors un nouveau gouvernement favorable à la paix.[20] Mais Davis, contrairement à Lincoln, avait gardé le contrôle géostratégique de la guerre entre ses mains plutôt que de le confier à un autre, plus à même de gérer ce genre de questions. En conséquence, il n’avait pas établi de stratégie défensive pour l’ensemble des théâtres. La seule décision concrète qu’il prit fut de faire confiance à Lee lorsque celui-ci lui annonça que les renseignements qu’il avait pu assembler indiquaient qu’en Virginie, les opérations fédérales se dérouleraient en trois actions, l’une dans la vallée de la Shenandoah, l’autre contre la capitale depuis la Péninsule et la dernière contre l’Armée de Virginie du Nord par-delà la Rapidan. Encore une fois, Lee vu juste et transmit ses conseils au Président afin que celui-ci pare les menaces ainsi posées. Bien entendu, il écouta son subordonné et ordonna que les forces de Beauregard, présentes près de Charleston soient redéployées de façon à défendre Richmond et que celles de Breckinridge, positionnées dans les sud-ouest de la Virginie soient chargées de faire face à la menace nordiste dans la vallée.[21] Pour ce faire, Breckinridge reçut l’instruction de rassembler les différentes petites forces éparpillées dans la région.[22]

Les campagnes précédentes avaient laissés des traces sur les deux armées, particulièrement la bataille de Gettysburg. L’Armée du Potomac y avait vu ses 1er et 4ème corps être tellement touchés que ceux-ci avaient du être démantelé et ses unités redistribuées au sein des cinq autres corps. En plus de cela, alors que Grant s’apprêtait à déclencher son attaque contre Bragg aux abords de Chattanooga à la fin de l’année précédente, les 11ème et 12ème corps y avaient été déployés ne laissant Meade qu’avec trois corps d’infanterie, les 2ème, 5ème et 6ème et son corps de cavalerie. Le 2ème était toujours sous les ordres de Hancock avec quatre divisions, le 5ème sous celui de Warren avec quatre divisions et le 6ème sous Sedgwick avec trois divisions. A cela, il convient d’ajouter le 9ème de Burnside, fort de trois divisions, qui pour des raisons purement administratives ne se trouvait pas sous les ordres de Meade mais dépendait directement de Grant.[23] Dans les faits cependant, ce corps restera en permanence avec l’Armée du Potomac. Enfin, seul changement apporté depuis la campagne précédente, la cavalerie fédérale ne se trouvait plus sous les ordres de Pleasonton mais sous ceux du général Philip Henry Sheridan, un proche de Grant que celui-ci fit venir de l’ouest. En effet, Grant se montra très critique envers la gestion de la cavalerie jusqu’alors sur le théâtre de Virginie et voulait amener un commandant plus offensif à ce poste. La cavalerie se composait toujours de trois divisions. Au total, l’Armée du Potomac comptait approximativement 120 000 hommes.[24]

De l’autre côté, l’Armée de Virginie du Nord avait elle aussi subit les coûts des campagnes précédentes et comme l’armée de Meade, avait été amputée d’une grande partie de ses forces lorsque Longstreet partit avec le 1er corps pour l’Ouest et la campagne de Bragg à Chickamauga et Chattanooga. Mais alors qu’une nouvelle menace planait en Virginie depuis le début de l’année 1864, Lee obtint de Davis que ce corps soit ramené sous son commandement. Dès lors, l’Armée de Virginie du Nord comptait trois corps, respectivement sous Longstreet, avec deux divisions, Ewell et A.P. Hill, ces deux derniers comptant trois divisions. Ajouter à cela les trois divisions de cavalerie du corps de Stuart et Lee comptait dans ses rangs environ 61 000 hommes, soit la moitié de l’armée se trouvant juste en face, sur la rive nord de la Rapidan.[25]

Un problème de taille attendait seulement les deux camps. A l’entame de la guerre, le Nord comme le Sud avaient établi des contrats d’engagement de trois ans pour les volontaires prenant les armes or, comme une nouvelle campagne devait s’engager, ces contrats devaient eux arriver à expiration. Mais ces hommes étaient ceux qui avaient fait toutes les campagnes, c’étaient les vétérans, des hommes expérimentés dont personne ne voulait se passer pour les actions à venir. Au Nord, la décision fut prise de chercher à favoriser leur réenrôlement en mettant en place une politique incitative comprenant plusieurs avantages, aussi bien financiers que faisant appel à la fierté de ces hommes: primes, droit de porter un chevron spécial, permission de trente jours et la possibilité pour les régiments dans lesquels plus des trois quart des membres resignaient de ne pas être dissout.[26] Au total, près de 130 000 hommes se réengagèrent mais au sein de l’Armée du Potomac, ils ne furent qu’un peu plus de 26 000. Environ autant firent le choix de retourner à la vie civile, laissant le problème de leur remplacement par des unités inexpérimentées.[27] Au sein de toutes les forces de l’Union, ce furent au final 100 000 hommes qui rentrèrent chez eux.[28]
Au sud, le même problème rencontra une issue très différente. Le congrès confédéré avait prévu de passer une loi prolongeant l’engagement des vétérans arrivant au terme de leur contrat mais dans la grande majorité des cas, ceux-ci précédèrent leurs dirigeants en resignant avant même la fin de leur période.[29] Cette différence de comportement entre les soldats nordistes et sudistes pouvant être expliquée par la perception que ces derniers avaient de leur lutte, ils se battaient pour leur indépendance et ce sur leur propre terre, soit un incitatif majeur pour convaincre ces hommes de continuer le combat.

C’est finalement un peu après minuit, le 4 mai, que les cavaliers de Sheridan, respectivement les divisions de généraux David McMurtrie Gregg et James Harrison Wilson, franchirent Ely’s et Germana Ford afin d’ouvrir la voie aux forces fédérales, Grant venait de lancer sa campagne en faisant traverser la Rapidan à l’Armée du Potomac. Dans le même temps, les ingénieurs fédéraux établirent des pontons près de ces deux gués et à Culpeper Mine Run.[30] Derrière la cavalerie, suivait l’infanterie. Le 2ème corps de Hancock traversa à Ely’s Ford avant d’effectuer une première halte près de Chancellorsville, le 5ème de Warren passa lui par Germana Ford en prenant la Germana Plank Road et s’arrêta à Wilderness Tavern, au croisement avec la Orange Turnpike. Enfin, le 6ème corps de Sedgwick fermait la marche en suivant la même route que Warren. Bien qu’allant à l’encontre d’une progression rapide hors de la forêt, la décision de faire une halte fut rendue nécessaire par la nécessité d’attendre les pièces d’artillerie et le train d’approvisionnement dont la traversée de la Rapidan s’avéra plus lente que prévu dans le plan du général Andrew Atkinson Humphreys, le chef d’état major de Meade qui fut en charge de la planification du passage de la rivière.[31]
Jusque là, à cette exception près, tout se passa bien pour les fédéraux dont les troupes avaient passé la rivière sans rencontrer d’opposition de la part des confédérés.[32] Confiant, Grant fit prévenir Burnside de quitter Rappahannock Station pour passer la Rapidan à Germana Ford au plus vite. Mais la progression fédérale n’était pas finie, les autres corps devaient encore se frayer un chemin hors de la forêt. Hancock devait poursuivre vers le sud-ouest, vers Todd’s Tavern, puis passer sur la Catharpin Road vers Shady Grove Church et mettre son corps en ligne de façon à ce que son flanc droit fasse sa jonction avec le corps de Warren à Parker’s Store. Enfin, Sedgwick devait pour sa part atteindre Wilderness Tavern, se plaçant lui-même à la droite de Warren. Ce faisant, l’Armée du Potomac établirait une ligne défensive faisant face à l’ouest, direction depuis laquelle Lee risquait d’arriver. Pour le début d’après-midi du 5 mai, les unités fédérales devaient être en position et être prêtes à poursuivre leur route dès le lendemain matin pour enfin être en terrain découvert, hors de la Wilderness.[33] En choisissant un tel dispositif, Grant entendait servir un double intérêt. D’une part s’assurer que les trois corps seraient en permanence suffisamment proche les uns des autres pour se soutenir en cas de problème et d’autre part couvrir toutes les routes par lesquelles Lee ou lui même pouvaient éventuellement se porter à l’attaque, la Orange Turnpike, la Orange Plank Road et la Shady Grove Church Road. Grant se prépara donc à cette éventualité quand bien même il s’attendait à ce que Lee se replie vers le sud pour établir une nouvelle ligne défensive.[34] Signe qu’il ne pensait pas à voir Lee venir à lui, il autorisa Sheridan à préparer un raid. Celui-ci avait espéré trouver les cavaliers sudistes de Stuart sur la rive sud de la Rapidan et fut déçu d’apprendre qu’ils se trouvaient près de Fredericksburg. Il demanda donc à Grant l’autorisation de prendre une partie de ses troupes pour aller leur livrer bataille. Grant et Meade acceptèrent et Sheridan s’apprêta à partir avec deux de ses trois divisions vers l’est pour y rencontrer les cavaliers de Stuart dès le lendemain même si cela voulait dire que l’Armée du Potomac n’avait plus à sa disposition qu’une seule division de cavalerie pour reconnaitre les positions et mouvements d’éventuelles forces confédérées qui s’approcheraient.[35] Sheridan prit avec lui dans un premier temps la division de Gregg et fut rejoint par celle du général Alfred Thomas Archimedes Torbert plus tard, laissant avec l’infanterie celle de Wilson et ce alors que Stuart n’était déjà plus là où Sheridan le pensait.

Depuis la hauteur de Clark’s Mountain, la manœuvre des forces fédérales n’échappa pas aux sudistes et conformément à son plan, Lee les laissa s’enfoncer dans la Wilderness avant de lancer ses troupes à l’attaque. Ewell reçu pour instructions de mettre son corps en mouvement sur la Orange Turnpike, vers l’est, alors que celles de Hill lui ordonnait d’en faire de même sur la Orange Plank Road, parallèlement à Ewell. Seule ombre au tableau de la contre-attaque sudiste, le corps de Longstreet avait une plus grande distance à parcourir avant de pouvoir se joindre aux combats.[36] Lorsque celui-ci avait été réassigné à l’Armée de Virginie du Nord, Lee avait décidé de le positionner aux abords de Gordonsville dans l’éventualité où Grant aurait choisit de franchir la Rapidan en amont des positions confédérées.[37] Dans le même ordre d’idée, Hill ne disposait que de deux de ses trois divisions, celle d’Anderson ayant été laissée à Orange pour garder le passage de Rapidan Station.
Ewell, dont la distance à parcourir était la plus courte, devait adapter sa vitesse de progression à celle de Hill afin que les deux corps frappent les fédéraux de façon coordonnée. Pendant ce temps, Longstreet devait lui arriver au plus vite et venir attaquer les fédéraux sur leur gauche. Dès le matin du 4 mai, aux alentours de 9 heure, les différents corps sudistes commencèrent leur progression et s’arrêtèrent à la tombée de la nuit. Ewell stoppa à Locust Grove, Hill aux alentours de Verdiersville et Longstreet à Brock’s Bridge sur la North Anna.[38] Pour sa part, Stuart, une fois informé de l’offensive fédérale, décida de faire faire demi-tour à ses cavaliers afin de venir se placer sur la droite de la ligne confédérée pour en protéger le flanc et se trouver en bonne position pour pouvoir reconnaitre les positions fédérales dès le lendemain. Il ne laissa que quelques troupes à Fitzhugh Lee au sud de Fredericksburg.[39]

Jusqu’ici, tout se passait donc bien pour les sudistes également. Le plan de Lee prévoyait de laisser les fédéraux entrer dans la Wilderness pour les y frapper de plein fouet et ceux-ci s’y trouvaient. Ewell et Hill devaient engager le combat dès le lendemain pour les y fixer et Longstreet, qui n’était plus qu’à une journée de marche viendrait comme prévu sur leur gauche et leur asséner un coup potentiellement aussi puissant que celui de Jackson un an plus tôt dans cette même forêt, poussant Grant à refranchir la Rapidan.[40]

Figure 70: Mouvement des deux armées vers la Wilderness le 4 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Overland Campaign, Movement to the Wilderness, May 4, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Tôt au matin du 5 mai, les cavaliers sudistes de Stuart et nordistes de Wilson échangèrent quelques coups de feu un peu à l’est de Verdiersville, près de Parker’s Store, le long de la Orange Plank Road. Cette petite escarmouche déclencha la bataille de la Wilderness, mais surtout servit de sonnerie d’avertissement pour les forces fédérales de l’arrivée des sudistes.[41] A peu près au même moment, les forces de la division du général Charles Griffin du corps de Warren entamèrent une progression vers l’ouest sur la Orange Turnpike, soit dans la direction d’Ewell pour protéger le flanc du 5ème corps alors qu’il devait manœuvrer vers le sud.[42] Pendant ce temps, Hill progressait toujours comme prévu mais en ayant perdu le contact avec les troupes de Ewell en raison d’un écartement entre les deux routes au moment où celles-ci entraient dans la forêt. La conséquence de cela était donc que Ewell ne pourrait disposer du soutien de Hill face à Warren alors que Lee voulait éviter que la bataille devienne trop intense tant que Longstreet n’était pas arrivé.[43] Ewell donna des instructions allant en ce sens à ses commandants de divisions, mais la bataille allait éclater malgré tout.

Vers 7 heure, Griffin signala la présence de Ewell face à lui et fit remonter l’information vers Meade qui ordonna à Warren de se lancer à l’attaque avec l’ensemble de son corps. Comprenant que les sudistes devaient également venir par la deuxième route, il fit prévenir Hancock, qui après avoir remis son corps en marche tôt le matin arrivait comme prévu aux abords de Todd’s Tavern, de remonter vers le Nord sur la Brock Road.[44] Ewell, une fois les forces fédérales en vue, fit placer deux divisions de part et d’autre de la route, Johnson à gauche et Rodes à droite et celle de Early en soutien. Tous avaient pour instructions de se replier lentement si la pression fédérale augmentait. Warren, de son côté, cherchait à attaquer avec tout ce qu’il avait, mais la densité de la forêt ralentit considérablement ses efforts et à l’approche de midi, il dut se résoudre à attaquer avec les unités ayant pris leur position, soit la division de Griffin et une partie de celle de Wadsworth sur la gauche du premier alors que Crawford cherchait toujours à se frayer un chemin pour se joindre au flanc gauche de Wadsworth et que la division du général John Cleveland Robinson était en soutien des deux premiers.[45]
Vers midi, Griffin entra en contact avec une brigade avancée de Johnson aux abords de Saunders Field et la repoussa, causant une désorganisation dans la division sudiste, juste avant que Early ne contre-attaque et repousse les fédéraux. Au même moment, Wadsworth fit de même contre Rodes et là ce fut le général John Brown Gordon, de la division d’Early, qui se chargea de repousser les nordistes qui se replièrent dans la confusion.[46]
Vers 3 heure, Ewell, ayant repoussé les attaques fédérales, maintint ses divisions en place alors que Warren, assez durement touché, en fit de même. Une fois les fédéraux repoussés, les combats dans ce secteur perdirent en intensité mais ne cessèrent pas avant la fin de la journée.[47] Ce furent les troupes du 6ème corps de Sedgwick qui avancèrent alors sur celles d’Ewell en tentant d’en contourner le flanc gauche mais se heurtèrent à la division de Early avec laquelle ils échangèrent de sporadiques combats jusqu’au soir.

Alors que les combats entre Ewell et Warren cessaient progressivement, Hill entama lui aussi un engagement contre les fédéraux sur la Orange Plank Road. Sachant une partie des forces nordistes plus au sud, Hill voulu prendre l’intersection de la Brock Road et de la Plank Road afin d’isoler le corps de Hancock du reste de l’Armée du Potomac. Comprenant le danger, Meade chercha à y déployer des forces, mais avec Hancock trop loin, Warren occupé contre Ewell, seules restaient les forces de Sedgwick qui avaient tout même encore besoin de temps pour arriver sur les lieux. Dans un premier temps, avant que la division de tête de Sedgwick, celle du général George William Getty, arrive sur place vers 3 heure, ce fut le 5ème régiment de cavalerie de New York qui ralentit les sudistes de façon in extremis.[48] Lorsqu’il arriva sur place, Getty fit déployer sa propre garde rapprochée afin de duper les sudistes en leur faisant croire qu’une force plus importante occupait le carrefour, le temps de gagner suffisamment de temps pour ses fantassins d’arriver.[49] Une fois Hancock arrivé, aux alentours de 4 heure, il opta pour l’offensive mais ici encore la Wilderness ralentit les efforts fédéraux en les empêchant d’aligner correctement les différentes divisions pour l’attaque. Celle-ci devait être menée par la division de Getty, sensée être soutenue à droite par celle du général David Bell Birney et à gauche par celle du général Gershom Mott. Le général John Gibbon devant se trouver en réserve. Enfin, afin de protéger ses arrières d’une éventuellement arrivée de Longstreet, Hancock laissa le général Francis Channing Barlow sur la Brock Road.
Une fois l’attaque lancée, à peu près au moment où les combats perdaient en intensité au nord, vers 15h30, elle fut décousue, la coordination des forces fédérales étant rendue difficile par la densité de la végétation. Hill, largement inférieur en nombre, fut forcé à se replier en certains points.[50] Au fur et à mesure des combats, Hancock fut en mesure d’aligner de plus en plus d’hommes face aux fédéraux mais sans pouvoir renverser Hill qui tint bon. De plus, la baisse d’intensité des combats au Nord permit à Meade de déployer la division de Wadsworth afin de l’envoyer frapper la gauche de Hill mais celui-ci ne fut pas en mesure de le faire avant l’arrivée de la nuit.[51] Les combats cessèrent finalement avec l’arrivée de celle-ci et Lee fut soulagé de voir que sa ligne avait tenu. Le reste du corps de Sedgwick arriva progressivement au cours de l’après midi et, après quelques combats avec le corps de Ewell, commença à se placer dans le but de pouvoir participer à l’attaque du lendemain que Grant prévoyait également de son côté, alors que celui de Burnside se mit également en chemin.
La nuit fut moralement difficile pour beaucoup des hommes ayant combattu en ce jour. D’une part parce qu’ils eurent à passer la nuit à l’endroit même où ils se trouvaient lorsque l’obscurité mit fin aux combats, sans aucune forme de confort, et d’autre part parce qu’ils eurent à endurer les cris des blessés abandonnés entre les lignes durant les affrontements et qui furent pris dans les feux déclenchés par la sécheresse et les combats.

Un premier enseignement majeur sorti de cette première journée de bataille. Le plan initial de Grant prévoyait de sortir au plus vite de la forêt mais une fois informé de l’arrivée du corps de Ewell et Hill, il n’hésita pas à changer ses plans pour se lancer sans ménagement dans le combat. Cela démontra qu’il était bien décidé à livrer une campagne dont le but était de frapper durement l’Armée de Virginie du Nord, quel qu’en soit le prix et pas une campagne de manœuvre.[52]
Au terme de cette première journée de la bataille, les deux camps avaient des raisons d’être satisfait de l’engagement. Côté nordiste, les fédéraux avaient été en mesure de défendre les deux carrefours clés dont ils avaient besoin pour poursuivre leur route vers la sortie de la forêt même si celle-ci avait déjà causé ses premiers effets en les gênant lors de leurs attaques. Mais surtout, ils s’étaient mis en position pour lancer une offensive majeure dès le lendemain.
Côté sudiste, les confédérés, bien que n’ayant pas pu prendre ces carrefours qui leur auraient permis de scinder l’Armée du Potomac, avaient tout de même pu maintenir les fédéraux dans la forêt où, avec l’arrivée du corps de Longstreet, ils pourraient les frapper au deuxième jour.[53]
Grant prévoyait de concentrer ses principaux efforts sur la droite confédérée, contre le corps de Hill avec les troupes de Hancock renforcées des divisions de Wadsworth et Getty et soutenue par le corps de Burnside une fois celui-ci arrivé dans la matinée – à l’exception d’une division laissée à Germana Ford – qui devait se jeter sur le flanc gauche de Hill. Pendant ce temps, Sedgwick et Warren devraient tenir Ewell occupé afin de l’empêcher de renforcer Hill. Grant n’oubliait pas la présence possible de Longstreet, aussi il informa Hancock de rester attentif.[54]
De l’autre côté, Lee comptait frapper dans le même secteur. Il informa Longstreet de venir se placer derrière Hill et celui-ci devait se déplacer vers le nord pour faire sa jonction avec Ewell et fermer la brèche entre les deux corps. Une fois en place, Longstreet mènerait l’attaque sur la gauche fédérale avec ses deux divisions et celle d’Anderson pendant que les deux autres corps attaqueraient également les troupes présentes face à eux.[55]

Figure 71: Actions du premier jour de la bataille de la Wilderness

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Source: JESPEREN Hal, Battle of the Wilderness, Actions May 5, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le 6 mai à 5 heure du matin, les forces fédérales entamèrent les hostilités. Grant déclencha son offensive tôt le matin afin d’être sûr de ne pas laisser à Lee la moindre chance de saisir l’initiative. Hancock fut le premier à frapper contre les divisions de Hill, celles de Heth et du général Cadmus Marcelus Wilcox, avec le soutien de la division de Wadsworth du corps de Warren qui frappa sur le flanc gauche sudiste depuis le nord. Le résultat de l’attaque fédérale se fit très vite sentir et les sudistes se replièrent mais sans céder, reculant progressivement.[56] C’est à ce moment là que la décision de Hill, la veille au soir, de laisser ses hommes se reposer là où ils s’étaient arrêtés sans se repositionner pour occuper un emplacement plus facilement défendable et sans fortifier quelque peu celui-ci, prit toute son importance. Une fois l’attaque fédérale lancée, les sudistes n’étaient absolument pas dans les meilleures conditions pour y faire face et cela accéléra leur retraite. Heureusement pour eux, la pression fédérale n’était pas encore trop importante et ce qui aurait pu être une déroute fut plutôt un repli maitrisé. La raison de cela est à trouver dans la volonté de Hancock de ne pas perdre de temps comme la veille pour déployer ses forces en une seule ligne et d’opter pour une formation en profondeur, sur trois lignes avec pour conséquence de ne pouvoir user de sa supériorité numérique. Seul avantage, ce dispositif lui permettait de remplacer rapidement les unités épuisées.[57] Aussi lente soit-elle, la progression fédérale menaçait l’ensemble de l’Armée de Virginie du Nord. Les forces de Hancock approchaient de Tapp Farm, au croisement de la Orange Plank Road et de la Parker’s Store Road.[58] La prise de ce carrefour clé serait un coup dur pour les sudistes car elle permettrait de réaliser une coupure entre les corps de Hill et Ewell, menaçant de les détruire séparément.[59]

Alors que les hommes du 2ème corps cherchaient à donner le coup de grâce à Hill, Hancock était de plus en plus énervé de ne pas voir apparaitre les troupes de Burnside. Le plan initial prévoyait en effet que celui-ci se joigne à l’attaque en passant dans l’espace entre les deux corps sudistes pour frapper Hill sur son flanc gauche, et ce avec plus de force que les troupes épuisées des combats de la veille de Wadsworth ne pouvaient le faire. Mais Burnside se perdit en chemin et passa finalement la majeure partie de la journée à faire errer son corps dans les bois de la Wilderness sans parvenir à trouver les sudistes et à les engager.[60]

La situation devenait critique pour Lee qui, vers 8 heure, fit évacuer ses wagons d’approvisionnement et devait gagner du temps pour défendre Tapp Farm et le carrefour avoisinant en attendant les renforts du corps de Longstreet sans quoi son armée faisait face au péril d’une possible destruction. Vers 9 heure, cette chance lui fut offerte par un bataillon d’artillerie qui profita de la clairière entourant la ferme pour infliger de lourdes pertes aux fédéraux et à les forcer à s’arrêter pour reformer leurs lignes.[61] C’est exactement le moment que choisit Longstreet pour faire son apparition. Celui-ci déploya la division du général Joseph Brevord Kershaw au sud de la Orange Plank Road et celle du général Charles William Field au nord. Les combats continuèrent pendant une heure, mais vers 10 heure, les hommes de Longstreet parvinrent à mettre une halte à l’offensive fédérale.[62] Une fois celle-ci stoppée et Longstreet installé face à Hancock, Lee fit redéployé le corps de Hill dans l’espace entre les deux corps et fit ainsi sa jonction avec les troupes de Ewell, comme il l’avait prévu depuis la veille.

Pendant que l’action principale se déroulait au sud, les troupes de Ewell étaient elles aussi attaquées par les corps de Sedgwick et Warren mais, mieux retranchés et soumis à une pression beaucoup moins forte, les sudistes ne cédèrent pas un pouce de terrain et repoussèrent leurs assaillants tout au long de la journée. Ce n’était de toute façon pas là l’objectif de Grant. Celui-ci n’avait en effet prévu les attaques des 5ème et 6ème corps que dans le but d’empêcher Ewell de déployer des renforts au sud pour aider Hill qui était la cible principale.[63]

Hancock arrêté, l’initiative pouvait maintenant être prise par les sudistes. Depuis la veille au soir, Lee n’avait attendu qu’une chose, l’arrivée de Longstreet pour déclencher une attaque contre l’Armée du Potomac et cette option s’offrait maintenant à lui. Les forces confédérées étaient maintenant toutes réunies en une seule ligne solidement retranchée – Hill ayant bien compris qu’il ne lui fallait pas recommettre la même erreur que la veille. De l’autre côté, la situation des nordistes était elle bien moins sécurisée. Premièrement l’incapacité de Burnside à faire sa jonction avec le corps de Hancock laissait un vaste espace entre ce dernier et les deux autres corps plus au nord, ceux de Warren et Sedgwick, en plus de laisser la division de Wadsworth exposée et être décimée par les hommes de Longstreet. Deuxièmement, aucun des deux flancs de l’Armée du Potomac n’étaient solidement retranchés, une situation qui avait déjà couté cher aux fédéraux dans cette même forêt un an plus tôt.[64]

Depuis la veille, Hancock avait maintenu la division de Barlow sur la Brock Road afin de prévenir une attaque de flanc de Longstreet. Mais maintenant que celui-ci était apparu ailleurs, il n’avait pas pris la décision de la déplacer, pensant la division de Pickett présente quelque part dans les environs alors que celle-ci se trouvait en réalité aux abords de Richmond. Cette conviction des fédéraux fut renforcée lorsque les cavaliers de Wilson et Stuart s’affrontèrent bruyamment au croisement de la Brock Road et de la Catharpin Road avec pour conséquence que Barlow, s’attendant à être attaquée par une importante force, demanda à Hancock de lui fournir des renforts, ce qu’il fit en lui faisant parvenir deux brigades. Finalement, Wilson ne livra qu’une escarmouche sans succès, ne parvenant pas à percer l’écran que les cavaliers sudistes exerçaient sur les préparatifs en cours du côté de Longstreet.[65] Cet épisode, bien que peu important, fut le plus notable des nombreux accrochages ayant opposé les cavaliers des deux camps, chacun essayant tour à tour de percer, sans succès, l’écran de l’adversaire. De plus, notons que la majorité de la cavalerie fédérale ne joua aucun rôle dans la bataille car emmenée vers l’est par Sheridan dans un raid inutile.
Une fois encore, la connaissance du terrain dont disposait les confédérés allait être mise à profit pour déclencher une attaque dévastatrice. Les combats de la journée avait amené Hancock vers l’avant, de sorte que Barlow protégeait le flanc gauche contre toute force venant de la Brock Road mais sans plus, le reste étant ouvert et Longstreet allait l’exploiter grâce à la découverte par le général Martin Luther Smith, l’ingénieur en chef de l’armée sudiste, du remblais d’une voie ferrée inachevée et n’apparaissant pas sur les cartes des belligérants derrière laquelle une partie des forces de Longstreet, quatre brigades commandées par le lieutenant colonel Gilbert Moxley Sorrel, manœuvrèrent à l’abri des regards pour venir se placer sur le flanc de Hancock, là où Barlow n’était d’aucune utilité.[66]

Figure 72: Actions du deuxième jour de la bataille de la Wilderness jusqu’au déclenchement de l’attaque de Sorrel

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Source: HOGAN David W. Jr., The Overland Campaign. Washington, DC: United States Army Center of Military History, 2014, pp. 24-25.

L’assaut fut déclenché à 11 heure et très vite, prise par surprise sur leur flanc, les forces fédérales se replièrent devant la vague sudiste et durent reculer – quoi qu’en bon ordre –  jusqu’à la Brock Road. Une fois arrivé à ce point, vers 14 heure, l’attaque confédérée commença à s’essouffler et les fédéraux à se réorganiser pour faire face à un nouvel assaut.[67] C’est à ce moment là que le sort frappa les confédérés de plein fouet.[68] Comme Jackson dans cette même forêt un an plus tôt, Longstreet venait de conduire une attaque de flanc surprise et désarçonnante contre les fédéraux et comme Jackson, Longstreet fut atteint par les balles de ses propres hommes dans la confusion de la bataille.[69] Lee décida de prendre lui-même le commandement des troupes de Longstreet et une fois celle-ci réorganisée de lancer une nouvelle attaque contre les forces de Hancock, avec pour objectif l’intersection des Brock et Plank Road afin de créer une brèche dans la ligne fédérale.[70]
Finalement déclenchée vers 16h30, presque trois heures après que l’attaque de Longstreet s’essouffla, et alors qu’un incendie touchait une partie des positions fédérales, cette nouvelle attaque se heurta aux défenses nordistes établies le long de la route depuis la veille et renforcée pendant le répit imposé par la réorganisation des troupes sudistes et ne put aller plus loin, la nuit mettant un terme aux intenses combats de la journée dans ce secteur.[71]
En fin d’après midi, Burnside parvint enfin à s’orienter et vint placer son corps dans l’espace au milieu de la ligne nordiste, face aux nouvelles positions de Hill qu’il attaqua fébrilement alors que l’attaque de Longstreet était en cours avant d’être aisément repoussé.[72]

Mais alors que l’activité s’estompait progressivement à une extrémité de la ligne, elle devait réapparaitre à l’autre. Au cours de la journée les corps de Sedgwick et Warren avaient attaqué Ewell dans le but de le maintenir en place, incapable de soutenir Hill mis sous pression par Hancock. Mais, trop sûr de ne pas être attaqué, que Ewell allait rester à l’abri de ses défenses, Sedgwick, qui tenait l’extrême droite de la ligne fédérale n’avait pas prit la peine de fortifier son flanc. Cela n’échappa pas aux éclaireurs de Gordon qui, dès le début de l’après midi chercha à obtenir l’autorisation de Early et Ewell de lancer une attaque en ce point. Initialement positionné à la droite de la ligne de Ewell, Gordon avait le matin même été ramené à l’extrême gauche afin d’être réunit avec le reste de la division de Early. Jusqu’ici ces derniers avaient refusé, craignant que Burnside, dont les sudistes ignoraient à ce moment la position – tout comme les nordistes -, n’apparaisse alors et saisisse l’opportunité de frapper une proie facile.[73] Mais à la fin de la journée, avec la position de Burnside connue, au centre de la ligne fédérale, plus rien ne s’opposait à l’attaque de Gordon, surtout lorsque Lee lui-même vint au quartier général de Ewell pour voir si une telle chose était possible.

Vers 18 heure, Gordon pu enfin lâcher ses forces et celles de la brigade du général Robert Daniel Johnston sur le flanc de Sedgwick et parvint à les faire reculer sur un peu plus d’un kilomètre, atteignant même les abords de la Germana Plank Road, infligeant des pertes substantielles aux fédéraux et semant un début de panique au quartier général de Grant, à Lacy Meadow, que celui-ci s’empressa de dissiper, survivant de la sorte à ce qui avait emporté Hooker lors de la bataille de Chancellorsville. Cependant, trop peu soutenue et trop tardive, l’attaque de Gordon ne put enfoncer la ligne fédérale de façon décisive et vers 19 heure Sedgwick fut en mesure de reformer une nouvelle ligne un peu plus loin, parallèlement à la Orange Turnpike et en travers de la Germana Plank Road et mit ainsi un terme à cette seconde manœuvre de flanc des confédérés.[74]

L’attaque de Gordon démontra tout de même un point important, l’Armée de Virginie du Nord venait de manquer une opportunité de détruire celle du Potomac ou à tout le moins de lui porter un coup majeur. En effet, si elle avait été lancée plus tôt, en concomitance avec celle de Longstreet à l’autre extrémité de la ligne, l’impact pour les forces nordistes, enfoncées sur leurs deux flancs aurait été potentiellement dévastateur. Bien sûr rien ne dit que cela aurait pu mener à l’anéantissement de l’Armée du Potomac, c’est là un scénario extrême, mais il est certain que celle-ci aurait été beaucoup plus lourdement frappée qu’elle ne le fut, laissant ouvert un grand champ des possibles sur ce qu’aurait pu être la suite de la campagne. Les causes de cette occasion manquée sont à chercher dans l’organisation même de l’Armée de Virginie du Nord, plus que jamais devenue dépendante de son commandant en chef, Lee. A l’époque où celui-ci pouvait compter sur deux lieutenants compétents pour le seconder, Jackson et Longstreet, l’armée de Lee ne manquait pas ce genre d’opportunité. Mais en ce jour, Lee dut, jusqu’à l’arrivée salvatrice de Longstreet, compter sur Hill et Ewell. Le premier en grande difficulté, Lee fut contraint de concentrer son attention sur celui-ci, laissant Ewell avec une forte autonomie et bien qu’il fit, au cours de la bataille, tout ce qui lui avait été demandé, il se montra incapable d’en faire plus, incapable de s’apercevoir qu’une opportunité existait et de la saisir. Indubitablement, ni Lee, ni Longstreet, ni Jackson n’aurait manqué pareille chance, mais aucun des trois n’était présent. Le temps et les affres de la guerre commençaient à faire sentir leur poids sur l’Armée de Virginie du Nord et cela allait empirer au cours du reste de la campagne, la perte de Longstreet étant un coup terrible de plus.

Figure 73: Actions du deuxième jour de la bataille de la Wilderness en fin de journée

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Source: JESPEREN Hal, Battle of the Wilderness, Actions 2-6PM, May 6, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

La première journée de la bataille, celle du 5 mai, avait été marquée par les manœuvres et les violents combats emplis de confusion qui posèrent le décor pour la seconde journée, lors de laquelle les deux camps prévoyait de frapper l’adversaire. Le 6 mai, les deux belligérants saisirent tour à tour l’initiative et lancèrent des attaques dévastatrices contre l’adversaire, les nordistes d’abord et les sudistes ensuite, sans qu’aucun ne put prendre un avantage décisif car une fois la journée arrivée à son terme, les positions des deux camps n’avait que très peu bougé par rapport à celle du matin. La seule différence était qu’elles étaient maintenant bien mieux retranchées.
Au total les pertes de la bataille de la Wilderness s’élevaient à environ 17 000 hommes pour le Nord contre environ 10 000 pour le Sud.[75]

La Wilderness était une victoire tactique pour Lee, il avait réussi à bloquer l’Armée du Potomac tout en lui infligeant plus de pertes, la forçant à livrer bataille sur le terrain qu’il avait choisi. Mais le commandant sudiste n’avait pourtant aucune raison de jubiler, il avait bien compris que Grant n’en resterait pas là et que les effets de cette victoire ne se ferait pas sentir au plan stratégique, c’est-à-dire à l’échelle de la campagne. Et justement, de son côté Grant était bien conscient qu’il n’avait pas gagné la bataille et qu’il ne pouvait pas espérer réattaquer la ligne sudiste, bien retranchée. Cependant, pour le commandant nordiste, cela ne représentait pas un problème, il n’avait jamais espérer détruire l’Armée de Virginie du Nord en une seule bataille mais bien de lui livrer une campagne harassante, émaillée de plusieurs batailles acharnées devant mener les sudistes à l’épuisement et la Wilderness ne devait être que la première d’une longue liste.[76] D’ailleurs, les nordistes avaient réussi à maintenir leur contrôle sur la Brock Road, la route menant droit vers le sud, vers la sortie de la forêt et Richmond, la voie restait donc ouverte pour Grant qui pouvait poursuivre son plan.

Durant la journée du 7 mai, alors que les deux armées se faisaient face sans qu’aucun n’ose monter à l’assaut des positions adverses, Grant décida de préparer un nouveau plan. Le général nordiste choisi de saisir l’initiative stratégique en faisant faire un vaste mouvement de flanc à son armée, la faisant manœuvrer sur la droite des sudistes afin d’aller prendre possession de la petite ville de Spotsylvania, située à environ vingt kilomètres, et surtout de son carrefour majeur qui permettrait de couper la route de Richmond à l’Armée de Virginie du Nord et forcerait Lee à l’attaquer afin de rouvrir la route de la capitale, conférant de la sorte aux nordistes l’avantage de la défense qui, couplé à leur supériorité numérique pourrait être fatal aux confédérés. Pour ce faire, Grant disposait d’un avantage majeur, le contrôle des routes de la Wilderness menant vers le sud que Hancock était parvenu à préserver lors des combats du 6 mai.[77]

Le plan de Grant prévoyait que les cavaliers de Gregg et Torbert ouvrent la route dès le soir du 7 mai en prenant le contrôle des intersections clés de la Brock Road et de la Catharpin Road près de Todd’s Tavern et du Corbin’s Bridge, le pont enjambant la Po River sur la Catharpin Road entre Todd’s Tavern et Shady Grove Church.[78] De la sorte, la cavalerie devait s’assurer de maintenir la route ouverte pour le 5ème corps de Warren qui devait se désengager de ses positions à la faveur de la nuit tombée, vers 20 heure, passer derrière le corps de Hancock et être la première force d’infanterie de la manœuvre fédérale. L’objectif étant donc de saisir Spotsylvania avant les sudistes et tenir la position jusqu’à l’arrivée des autres corps qui lui emboiteraient le pas. Le 2ème corps devait lui aussi venir par la Brock Road tandis que les 6ème et 9ème devait utiliser respectivement la Orange Turnpike et la Orange Plank Road jusqu’à Chancellorsville avant de prendre la Catharpin Road en passant par Alrich et Piney Branch Church avant d’atteindre la Brock Road à Todd’s Tavern et de suivre la route jusqu’à Spotsylvania.[79] Cette seconde colonne devait être précédée par la division de cavalerie de Wilson.[80]

Maintenant habitués à devoir se replier derrière une rivière après chaque défaite tactique infligée par Lee, les hommes de l’Armée du Potomac s’attendait à ce que le scénario se répète une fois l’ordre de lever le camp reçu. Comme ses prédécesseurs, Grant avait vu son offensive être stoppée et il ne semblait il n’y avoir aucune autre issue possible pour eux. Ainsi, lorsqu’ils se rendirent compte que Grant les emmenait vers le sud, plutôt que de franchir la Rapidan ou la Rappahannock, la joie s’empara des fédéraux et progressa tel une vague le long des colonnes, la rumeur se répandant. Pour la première fois, un commandant de l’Armée du Potomac ne s’avouait pas vaincu après une seule défaite. Pour la première fois un commandant de l’Armée du Potomac avait foi en la valeur combative de ses hommes et cela les emplis de joie. Afin de dissimuler au maximum la manœuvre en cours, Grant eut même à donner des instructions pour faire cesser les chants et les cris.[81]

Dans la soirée du 7 mai, les cavaliers fédéraux prirent comme prévu Corbin’s Bridge et Todd’s Tavern après avoir chassé rapidement les cavaliers sudistes mais plutôt que de poursuivre leur progression vers le sud, s’arrêtèrent là pour la nuit. La conséquence de cela fut que le 5ème corps, une fois arrivé à Todd’s Tavern fut considérablement ralenti dans sa progression, et ce alors qu’à ce même moment Lee, toujours aussi à même d’anticiper les actions de ses adversaires, avait commencé à contrer la manœuvre fédérale.[82] Une autre conséquence de cette décision de la cavalerie fédérale émergea. Lorsque Meade arriva à Todd’s Tavern vers minuit et s’aperçu de la situation, il en fut très énervé et n’hésita pas à le faire savoir à Sheridan après avoir ordonné à Gregg et au général Wesley Merrit – qui avait pris le commandement des troupes de Torbert, celui-ci étant malade – de se remettre en route respectivement vers Corbin’s Bridge et Block House d’où ils pourraient bloquer les sudistes venant de Shady Grove Church. Meade envoya également la division de Wilson prendre possession de Spotsylvania.

Dans la soirée du 8 mai, une dispute virulente éclata entre les deux hommes dont les vues sur le rôle de la cavalerie divergeaient complètement, Meade estimant qu’elle devait être les yeux de l’infanterie en protégeant la progression de celle-ci et en éclairant les positions adverses et la nature du terrain alors que l’autre pensait qu’elle devait être une force d’attaque à grande mobilité. Cette discussion, plus qu’animée, força Grant à trancher et il le fit en faveur de Sheridan en l’autorisant à lancer un raid avec l’ensemble de la cavalerie de l’Armée du Potomac dans le but de détruire la cavalerie confédérée mais causant de la sorte un problème majeur, l’infanterie ne disposerait plus dans les jours à venir des précieux renseignements que pouvait fournir la cavalerie alors que les sudistes, qui laissèrent des cavaliers à Lee, en seraient parfaitement capables. La décision de Grant s’explique par deux raisons. D’une part, il appréciait la mentalité agressive d’une telle proposition et d’autre part il comprit que cela permettrait de séparer les deux hommes qui ne s’entendait pas du tout.[83]

Lors de la journée du 7 mai, divers rapports informèrent Lee de mouvements de l’artillerie fédérale et des trains d’approvisionnement vers l’est et celui-ci, conscient que cela voulait dire que Grant allait bouger décida de se prémunir contre la possibilité de le voir partir vers le sud. En effet, à ce moment Lee ne pouvait pas encore savoir si les fédéraux allaient se replier ou poursuivre leur offensive vers Richmond. Conscient que si Grant optait pour cette deuxième solution, celui-ci disposerait d’un avantage de vitesse indéniable grâce à la Brock Road alors que les sudistes auraient à faire un long détour via les Parker’s Store et Shady Grove Church Roads pour atteindre Spotsylvania, Lee ordonna à Pendleton, le chef de son artillerie, de tracer une voie au travers de la Wilderness parallèlement à la Brock Road entre Tapp Farm et Shady Grove Church afin d’être prêt à faire la course avec l’Armée du Potomac vers Spotsylvania que Lee avait compris être l’objectif de Grant s’il ne se repliait pas.[84]
Alors que la journée avançait, de plus en plus de rapport faisaient état de mouvement dans le camp fédéral si bien que Lee donna l’ordre à Anderson, désormais à la tête du 1er corps de Longstreet en remplacement de celui-ci, d’emprunter la route de Pendleton pour faire mouvement vers le sud ouvrant ainsi la course entre les deux armées. Ce faisant, Lee prenait le risque de diviser ses forces car si Grant ne se repliait pas mais attaquait alors que Anderson était parti, les conséquences auraient pu être catastrophique. Mais Lee n’avait pas d’autres choix, il savait qu’il ne pouvait pas perdre la course et que même avec la route de Pendleton les fédéraux garderaient l’avantage d’une route plus courte et plus praticable.[85] Anderson se mit en route vers 21 heure, les deux autres corps de Ewell et Early, qui remplaçait Hill trop malade pour conserver le commandement de son corps, devaient lui emboiter le pas une fois qu’ils jugeraient la situation propice. La progression sudiste était précédée par la cavalerie de Stuart dont trois des six brigades couvraient l’infanterie alors que les trois autres, celles du général Thomas Lafayette Rosser de la division de Hampton et celles de la division de Fitzhugh Lee, furent, elles, envoyées gêner la progression fédérale. Rosser fut envoyé prendre Spotsylvania si possible pendant que Fitzhugh Lee déploya ses troupes près de Todd’s Tavern où ils rencontra l’armée fédéral qu’il ralentit tout au long de la nuit tout en se repliant progressivement le long de la Brock Road durant la matinée, une fois l’avancée fédérale ayant repris. Pour ce faire, les cavaliers sudistes abattirent des arbres en travers de la route et en harcelèrent la tête de la colonne nordiste.[86]

Figure 74: Mouvement vers Spotsylvania Court House, 7 et 8 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, May 7-8, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Dans un premier temps, Fitzhugh Lee n’eut à faire face qu’aux cavaliers de Merrit mais très vite la pression monta et les sudistes furent contraints de reculer et établirent une ligne défensive en travers de la Brock Road un peu au sud de Aslop, sur Laurel Hill.[87] Ne parvenant pas à s’imposer seul face aux cavaliers retranchés de Fitzhugh Lee, les fédéraux eurent à faire appel aux fantassins du 5ème corps qui les suivaient sur la route.[88]
Vers 9 heure, les premiers éléments du corps de Warren, la première brigade de la division de Robinson, montèrent à l’attaque de la position sudiste afin d’ouvrir la voie vers Spotsylvania. Cependant, une fois arrivé à quelques dizaines de mètres des défenses sudistes ce furent les fantassins du 1er corps d’Anderson qui les accueillirent par un feu nourri qui brisa l’élan des forces fédérales. Plus précisément, il s’agissait des deux premières brigades de la division de Kershaw. En effet, comprenant que la montée progressive de la pression fédérale signifiait que l’infanterie n’était plus très loin et qu’il ne pourrait plus tenir ses positions très longtemps, Fitzhugh Lee envoya un messager à Anderson, l’urgeant de presser le pas. Et celui-ci ne traina pas, faisant même mettre ses hommes au pas de course afin d’atteindre Laurel Hill avant les fédéraux, gagnant ainsi la course entre les deux armées pour le carrefour de Spotsylvania de seulement quelques minutes.[89] Une fois sa première brigade repoussée, Robinson envoya ses deux autres l’une après l’autre et toute deux furent repoussées comme la première. Warren, conscient que l’affaire était une course de vitesse avait refusé à Robinson de prendre le temps de mettre ses trois brigades en ligne pour les lancer dans une attaque commune forçant Robinson à les envoyer l’une après l’autre, les exposant de la sorte à la destruction. Et le résultat de ces attaques fut tellement dévastateur pour la division de Robinson que celle-ci fut dissoute et ses éléments redistribués dans le reste du 5ème corps.[90]

Dans le même temps, les cavaliers fédéraux de Wilson arrivèrent à Spotsylvania depuis la Fredericksburg Road vers 8 heure et empêchèrent les hommes de Rosser de s’y installer. Wilson tenta d’envoyer la brigade du colonel John Baillie McIntosh prendre les cavaliers de Fitzhugh Lee à revers mais alors que des informations faisaient état de l’arrivée de l’infanterie fédérale et qu’il venait de recevoir l’ordre de Sheridan de se replier, Wilson reprit la Fredericksburg Road dans l’autre sens et abandonna le carrefour de Spotsylvania aux confédérés. L’ordre de Sheridan fut émis très vite après que celui-ci eut été informé de l’intervention de Meade vis-à-vis de ses cavaliers durant la nuit, Sheridan craignant que la division de Wilson ne soit de la sorte isolée et exposée à une destruction certaine.[91]

Alors que Warren réorganisait ses troupes pour lancer un nouvel assaut contre les forces sudistes, Anderson vit arriver les premiers éléments de celles de Field et les déploya sur la gauche de ses deux brigades présentes sur Laurel Hill. Il fit également déployer les deux autres de Kershaw vers Spotsylvania pour s’assurer que les cavaliers de Wilson n’y resterait pas. Une fois l’information confirmée que les cavaliers fédéraux s’étaient retirés de la ville, Anderson fit revenir ses brigades et ce furent les cavaliers de Stuart qui les remplacèrent pour défendre le carrefour.[92] Pendant ce temps, l’arrivée des brigades de Field permit de repousser la seconde attaque de Warren que celui-ci dirigea sur la gauche sudiste en espérant flanquer ces derniers. La même scène se produisit un peu plus tard sur la droite cette fois, où ce furent les deux brigades de Kershaw revenant de Spotsylvania qui, à peine installées sur la droite de la ligne confédérée, repoussèrent la troisième et dernière tentative de Warren.[93] Une fois arrivé sur place vers 14h30, Lee comprit très vite l’importance de tenir cette position à tout prix et fit prévenir Ewell de presser le pas afin de venir renforcer la ligne car de l’autre côté le corps de Warren était certes durement touché par ses trois déroutes consécutives mais celui de Sedgwick venait lui d’arriver sur les lieux et se préparait à déclencher sa propre attaque. Celle-ci fut lancée vers 17h contre la droite sudiste, alors que la division de tête d’Ewell était déjà présente sur place et repoussa cette quatrième et dernière attaque fédérale.[94]

Tout au long de la journée et à mesure qu’elles arrivaient sur place, les différentes unités des deux camps s’empressèrent de fortifier leurs positions de sorte qu’au soir deux puissantes lignes de fortifications défendues chacune par deux corps se faisaient face. Côté sudiste, les 1er et 2ème corps de Anderson et Ewell tenaient la ligne alors que le 3ème de Early était toujours sur la route. En face, les 5ème et 6ème de Warren et Sedgwick en faisaient de même en attendant les 2ème et 9ème corps de Hancock et Burnside respectivement sur la Brock Road à hauteur de Todd’s Tavern et à Alrich.

Durant la journée, alors que les combats se déroulaient au sud sur Laurell Hill, le corps de Early réalisa une approche vers Todd’s Tavern que tenaient les troupes de Hancock depuis midi. Après un court combat Early décida de ne pas pousser plus, comprenant qu’il ne pourrait pas repousser Hancock et de la sorte s’interposer entre lui et Warren. Car c’était là ce que Early avait en tête, isoler le 5ème corps fédéral afin de l’exposer à une possible destruction par les troupes de Anderson.

Figure 75: Combats sur Laurel Hill le 8 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Actions May 8, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le 9 mai, les forces s’étant affrontées la veille se faisaient toujours face. Côté confédéré, Anderson tenait Laurel Hill, sa gauche ancrée à la Po River, et avait Ewell à sa droite. Celui-ci avait établi ses positions sur des hauteurs qui l’obligèrent à adapter une ligne défensive en forme de saillant qui reçu le nom de Mule Shoe. Bien que conscient que ce saillant offrait une possibilité d’attaque aisée aux fédéraux en plus de réduire la puissance de leur tirs en les dispersant dans trois directions, les ingénieurs sudistes étaient arrivés à la conclusion que laisser ces hauteurs aux nordistes leur aurait offert un plus grand avantage encore.[95] Early pour sa part arrivait par la Catharpin Road et la Shady Grove Church.[96]
Côté fédéral, Warren et Sedgwick n’avaient pas bougé, consolidant leurs défenses face aux sudistes alors que les deux autres corps, Hancock et Burnside, arrivaient respectivement par la Brock Road vers la droite de Warren et la Fredericksburg Road à l’extrême gauche fédérale.[97] Tout au long de la journée, les deux camps établirent leurs défenses, installant de solides réseaux de fortifications de part et d’autre.[98]

Durant la matinée, Burnside franchit le pont de la Fredericksburg Road enjambant la Ny River et envoya la division de Wilcox en pointe vers Spotsylvania mais celle-ci fut dans un premier temps ralentie par les cavaliers de Fitzhugh Lee avant d’être stoppée par les troupes du corps de Early arrivées un peu plus tôt pour étendre la droite confédérée de façon à couvrir les accès au nœud routier de Spotsylvania.[99]
De l’autre côté, Hancock, descendant la Brock Road vers la droite de Warren reçu pour instruction de Grant de se diriger vers la gauche sudiste pour tenter de les frapper sur le flanc. Dans l’après midi, il fit franchir la Po River à trois de ses divisions, laissant celle de Mott en soutien à Burnside et Sedgwick. Alerté par cette menace sur sa gauche, Lee fit dépêcher les divisions du général William Mahone et Heth depuis les fortifications de Early sur la droite pour faire face à cette nouvelle menace fédérale.[100] Cependant, Hancock n’attaqua pas immédiatement, le plan de Grant appelant à une attaque générale le long de toute la ligne tout en frappant les deux flancs sudistes, le 2ème corps ne bougea ce jour-là que pour se mettre en position pour le lendemain, réalisant là une erreur qui avertit Lee de la menace et lui permit de s’en prémunir. Au moment où Hancock avançait, Heth et Mahone étaient trop loin pour pouvoir l’arrêter avant qu’il ne se retrouve sur le flanc de Anderson. Mais l’arrêt des nordistes, alors que la journée touchait à sa fin, laissa le temps à Lee de renforcer ce secteur.[101] Les deux divisions sudistes arrivèrent en position à la nuit tombante et fortifièrent leurs lignes, de sorte qu’au matin du 10 mai Hancock ferait face à de solides défenses en plus de voir son propre flanc être menacé par la division de Heth. Mahone s’installa directement sur la gauche de Anderson, juste au sud du Block House Bridge, couvrant de la sorte l’accès au carrefour de la Block House depuis la Shady Grove Church Road alors que Heth effectua une plus longue marche afin d’aller prendre position près de Waite’s Shop au croisement de cette même route avec la Catharpin Road et c’est depuis cette position qu’il se trouvait sur la droite du 2ème corps de Hancock.[102] Les cavaliers de la division de Hampton aidèrent également à ralentir Hancock au cours de sa manœuvre.

Au cours de la journée, alors que les deux camps renforçaient leurs fortifications au centre, des tireurs sudistes harcelèrent les fédéraux en visant toutes les cibles potentielles. Parmi celles-ci, et comme victime la plus notable, fut Sedgwick qui mourut sur le coup et ce fut Horatio Gouverneur Wright qui le remplaça à la tête du 6ème corps.[103]

Figure 76: Mouvements et positionnements des troupes le 9 mai

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Situation 4 PM,  May 9, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

La veille, la discussion plus qu’animée entre Meade et Sheridan avait conduit Grant à autoriser le chef de la cavalerie fédérale à se lancer dans un raid avec l’ensemble de son corps. Ainsi, Sheridan ne perdit pas de temps et se mit en marche le 9, avant même le lever du soleil.[104] Son objectif était simple, progresser vers Richmond en mettant Stuart au défi de l’affronter et ce afin de détruire la cavalerie de ce dernier. Partant des positions fédérales, Sheridan chevaucha vers l’est, vers Fredericksburg via Aslop, pour prendre la Telegraph Road qui devait l’amener vers le Sud. Au soir du 9 mai, les éléments de tête, la division de Merrit, avaient établi une tête de pont sur la rive sud de la North Anna River alors que le reste se trouvait sur l’autre rive.[105]
En prévention, les gardes présents à Beaver Dam Station, un important dépôt de vivres et de matériel de l’Armée de Virginie du Nord, décidèrent de détruire les stocks, craignant de les voir tomber entre les mains des fédéraux.[106]

Le même jour, Stuart accepta le défi de Sheridan et se lança à sa poursuite mais pas avec l’ensemble de ses hommes, prenant trois brigades avec lui, les deux de la division de Fitzhugh Lee et la brigade du général James Byron Gordon et laissant le reste à Lee sous le commandement de Hampton. Les forces en présence étaient très déséquilibrées, Stuart ne comptant qu’environ 4500 cavaliers contre les quelques 12 000 de Sheridan.[107] Cependant, conscient qu’il ne pouvait pas laisser ce dernier parcourir la Virginie impunément, il dut se résoudre à la poursuite, mais pas n’importe comment. Un engagement direct avec les fédéraux lui étant logiquement inenvisageable, Stuart décida de laisser Sheridan s’approcher de la capitale confédérée afin de pouvoir compter sur la garnison de la ville pour égaler au maximum le rapport de force et de la sorte accroitre ses chances.[108] Dans un premier temps, Stuart ne pouvait même pas être sûr que Richmond était bien l’objectif des cavaliers fédéraux et, devant se prémunir d’une attaque contre les arrières de l’Armée de Virginie du Nord à Spotsylvania, il se contenta de suivre la colonne fédérale sans la dépasser, livrant seulement quelques petites escarmouches sur les arrières des fédéraux. La plus importante se déroulant juste après le passage de la Ta River. Au soir du 9 mai, Stuart s’arrêta lui aussi sur la rive nord de la North Anna, non loin du campement fédéral.[109]

Au matin du 10 mai, Hancock s’aperçu de l’ampleur des défenses sudistes face à lui et informa Grant qu’il lui semblait plus prudent d’abandonner toute action frontale contre la gauche confédérée et de soit retirer ses divisions sur la rive nord de la Po River ou manœuvrer une fois de plus de flanc, ce qu’il commença à faire en envoyant la division de Barlow vers l’est. Grant approuva les recommandations de Hancock mais opta pour la mise en place d’un nouveau plan d’action. Partant du constat que Lee avait du déployer des forces depuis un point de sa ligne pour contrer la manœuvre de Hancock, le commandant nordiste arriva à la conclusion que le centre des défenses confédérées offrait la plus grande possibilité de percée. Son plan prévoyait donc de lancer les 2ème, 5ème et 6ème corps dans une attaque combinée contre Anderson et Ewell pendant que Burnside manœuvrerait pour se placer sur la droite de Early et attaquer le flanc de celui-ci, en plus d’être positionner sur les arrières de Anderson et Ewell si ceux-ci étaient repoussés comme prévu.[110]
Hancock commença donc à faire refranchir la rivière aux divisions de Gibbon et Birney en fin d’avant midi. Pendant ce temps, la division de Barlow fut quant-à-elle laissée sur la rive sud afin de maintenir les forces confédérées en place pour les empêcher de renforcer le reste de la ligne. Vers 14 heure, Heth envoya sa division attaquer Barlow, forçant celui-ci à se replier. De l’autre côté, Burnside ne fit pas bouger son corps avant 18 heure, se satisfaisant de pouvoir tenir ses positions face à ce qu’il croyait être une force largement supérieure à la sienne.[111]

Initialement prévue comme une attaque simultanée devant être lancée à 17 heure, l’attaque fédérale fut déclenchée vers 16 heure à la demande de Warren qui obtint l’accord de Meade pour monter à l’assaut de Laurel Hill. A ce moment, les deux divisions de Hancock n’étaient pas encore en position, le franchissement de la Po River s’avérant être un désastre organisationnel et Wright n’était pas prêt. Warren envoya donc ses hommes et une partie de ceux de Hancock contre les mêmes positions qu’il avait déjà échoué à prendre deux jours plus tôt et fut repoussé d’une façon toute aussi fracassante que la première fois, échouant à menacer sensiblement les positions confédérées.[112] Vers 17 heure, Mott avança à son tour sa division vers la pointe nord du Mule Shoe mais l’artillerie sudiste postée sur les hauteurs réagit très vite en ouvrant le feu sur les nordistes avançant en terrain découvert et ceux-ci se replièrent en subissant de lourdes pertes, à tel point que la division fut démantelée et ses unités dispersées au sein du reste du 2ème corps trois jours plus tard.[113] Ce fut ensuite au tour du 6ème corps de tenter sa chance. Wright chargea l’un de ses commandants de division, le général David Allen Russel de préparer une attaque contre les positions de Ewell sur la partie ouest du Mule Shoe. Russel délégua lui-même cette tâche au colonel Emory Upton en lui confiant douze régiments. Celui-ci décida de mener une attaque non-conventionnelle. Plaçant ses troupes en quatre lignes de trois régiments et attribuant à chacune un objectif clair. Devant charger au travers d’un vaste terrain ouvert sans s’arrêter avant d’avoir atteint les fortifications confédérées, la première ligne ne devait pas tirer mais utiliser les baillonettes et son élan pour pousser les sudistes hors de leur retranchement et ainsi  créer une brèche dans leurs positions que les trois autres vagues devraient élargir.[114] Lancée vers 18h30, l’attaque de Upton fut un succès partiel. Comme prévu les attaquants parvinrent à créer une brèche dans la ligne sudiste en repoussant les troupes de la division du général George Pierce Doles. Cependant, n’ayant disposé d’aucun soutien de la part du reste du corps de Wright, les fédéraux furent finalement repoussés par les renforts dépêchés sur place par les sudistes mais non sans avoir permis de tirer de nombreux enseignements de cette attaque.[115]
Pendant que Upton attaquait le Mule Shoe, de l’autre côté de la ligne de front, Burnside mit enfin ses forces en mouvement en faisant avancer timidement la division du général Thomas Greely Stevenson qui fit demi-tour une fois que les sudistes affichèrent leur intention de résister mettant de la sorte un terme à la participation du 9ème corps aux actions du jour.[116]
Un peu plus tard, vers 19 heure, quelques éléments du corps de Hancock avancèrent brièvement vers Laurel Hill mais furent eux aussi repoussés avec la même aisance que Warren un peu plus tôt.[117]

Finalement, les actions du 10 mai se conclurent sur un échec quasi complet pour les nordistes qui ne furent absolument pas en mesure de menacer de façon critique les positions confédérées. L’attaque de Upton avait certes montré un succès relatif mais à aucun moment elle n’avait risqué de faire vaciller les sudistes. Initiée avec l’échec de Hancock de prendre Lee par surprise sur sa gauche la veille, les attaques fédérales avaient ensuite été lancée une à une, sans soutien, laissant tout le soin aux sudistes de les repousser. La seule raison d’optimisme de Grant était donc les enseignements tirés de l’attaque de Upton qu’il avait bien l’intention de reproduire mais cette fois avec un corps d’infanterie entier.

Figure 77: Actions du 10 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Actions May 10, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Plus loin au sud, Sheridan remit ses forces en route le matin du 10 mai en faisant traverser la North Anna aux deux divisions qui ne l’avaient pas fait la veille avant de continuer sa progression vers le sud. De l’autre côté, Stuart, maintenant certain que les fédéraux marchaient vers Richmond et pas sur les arrières de Lee, décida qu’il lui fallait les bloquer avant qu’ils n’atteignent la capitale confédérée. Pour se faire, il envoya la division de Fitzhugh Lee vers l’est pour rejoindre la Telegraph Road et ainsi utiliser cet axe pour doubler la colonne fédérale et prendre une position défensive quelque part au nord Richmond. Pendant ce temps, lui-même garda avec lui la brigade de Gordon avec laquelle il suivit la route empruntée par Sheridan et harcela les arrières de celui-ci tout au long de la journée. Un message fut également envoyé à Richmond afin de prévenir Bragg, en charge de la garnison de la ville, de se préparer à défendre Richmond ou à venir lui prêter main forte. A la nuit tombante, les fédéraux s’arrêtèrent pour la nuit un peu après avoir passé la South Anna à Ground Squirrel Bridge avec Gordon non loin derrière. De l’autre côté, les cavaliers de Fitzhugh Lee se trouvaient non loin de Hanover Junction où Stuart les rejoignit et leur donna pour instruction de se reposer avant de reprendre leur progression à la première heure.[118]

Le 11 mai, Grant commença a établir son plan d’attaque pour le lendemain. Conscient qu’il aurait besoin de déplacer les corps de Hancock et Burnside mais surtout qu’il lui faudrait disposer de plusieurs heures de jour afin d’obtenir des résultats probants, il abandonna l’idée de se lancer à l’attaquer en ce jour et opta pour le lendemain. Son plan prévoyait une attaque générale contre l’ensemble de la ligne confédérée par les quatre corps à disposition. Cependant, le fer de lance de l’offensive devait être porté par Hancock qui lancerait ses hommes contre la face nord du Mule Shoe en usant de la tactique utilisée par Upton et ce dans le but de créer une brèche dans les positions sudistes qui diviserait l’Armée de Virginie du Nord en deux ailes qui pourraient être écrasée séparément. Dans le but de cette attaque, en milieu d’après midi, Hancock commença à déplacer ses hommes de la droite de Warren jusqu’à la gauche de Wright, se plaçant ainsi là où se trouvait la division de Mott la veille. Burnside fit lui aussi mouvement pour se déplacer un peu au nord de ses positions actuelles afin de se retrouver sur la gauche de Hancock. Ce n’est qu’un peu après minuit que les différentes divisions fédérales furent toutes en position, l’attaque étant prévue pour 4 heure.[119]

Les fédéraux allaient disposer d’un coup de chance dans leur attaque. Lorsqu’ils avaient choisi de défendre les hauteurs du Mule Shoe, Lee et Ewell avaient également décidé d’y installer une forte concentration d’artillerie pour en renforcer la défense. La division de Mott put aisément se rendre compte de l’effectivité de la chose. Mais le 11 mai, Grant envoya son train d’approvisionnement vers la base de Belle Plain afin de les y faire remplir de vivres et munitions pour ses hommes. Côté confédéré, cela fut interprété comme le début de la retraite fédérale vers Fredericksburg et Lee, voulant tenter de frapper une dernière fois les fédéraux dans leur repli, désengagea ses canons du Mule Shoe afin de les tenir prêts à bouger. Ainsi, quand les fédéraux monteraient à l’attaque le 12 mai, ils ne seraient pas accueillis par un puissant barrage d’artillerie.[120]

Dès le matin du 11 mai, à la première heure, Fitzhugh Lee avait remis ses deux brigades en route et passa la South Anna au lever du soleil. A peu près au même moment, les nordistes se remirent eux aussi en marche toujours avec Gordon sur leurs arrières. Vers 8 heure, Stuart arriva à l’endroit qu’il avait choisi pour intercepter la colonne fédérale, le croisement de la Moutain Road et la Telegraph Road, près de Yellow Tavern. Vers 11 heure, les cavaliers fédéraux arrivèrent à leur tour sur les lieux mais ce ne fut qu’à 14 heure que Sheridan déclencha son attaque contre les défenses installées par Fitzhugh Lee. Durant l’après midi, alors que les combats faisaient rage, Sheridan fut informé que Bragg s’approchait depuis Richmond avec quelque 4000 hommes. Vers 16 heure, une nouvelle attaque fédérale mis les sudistes en difficulté et au plus fort des combats Stuart fut mortellement blessé. Fitzhugh Lee prit le commandement mais ne fut en mesure de maintenir sa ligne et la route de Richmond, la Brook Turnpike, était ouverte. A la tombée de la nuit, Sheridan désengagea ses forces et commença à les mettre en route vers l’est, non pas dans le but de prendre Richmond mais pour passer devant la ville en chemin vers Butler et l’Armée de la James. Sheridan décida de ne pas prendre la capitale confédérée, d’une part parce que les troupes de Bragg étaient maintenant en position derrière les défenses de la ville et d’autre part parce qu’il était conscient qu’il ne serait pas en mesure de la tenir pour longtemps.[121]

Durant la nuit du 11 au 12 mai, Hancock termina de déplacer ses forces, manœuvre qui arriva à son terme dans les premières heures du 12. Les fédéraux eurent à marcher durant la majeure partie de la nuit et ce sous une pluie fine, si bien que lorsqu’ils arrivèrent en position nombre d’entre eux étaient détrempés et avaient froid. Initialement prévue pour 4 heure, l’attaque connu un délai d’une demie heure en raison du manque de clarté, ce fut donc à 4h30 que la première division de Hancock, celle de Barlow avança vers le Mule Shoe suivie par les trois autres. Comme Upton deux jours plus tôt, les fédéraux chargèrent en masse et ne s’arrêtèrent pas pour tirer avant d’avoir atteint la portion de la ligne confédérée tenue par la division de Johnson. Barlow s’abattit sur le East Angle, celle de Birney se trouvant à la droite de Barlow. Mott pour sa part eut à combler la brèche entre ses deux divisions tandis que Gibbon attaqua lui à la gauche de Barlow.[122] Le résultat du premier impact fut un succès pour les nordistes. Au cours de la première demi heure de combat, près de 2500 confédérés furent tués ou capturés tout comme 20 des 22 canons ramenés en urgence pour défendre la position. Johnson lui même tomba aux mains des nordistes alors que les restes de sa division refluèrent en désordre vers le sud.[123]
Pendant que Hancock attaquait le Mule Shoe par le Nord, Burnside lui en fit autant par l’est mais sans rencontrer le même succès, les hommes de Wilcox du corps de Early les arrêtant net. Pour sa part, Rodes refusa la ligne sur son flanc droit afin de parer à l’effondrement de Johnson à sa droite qui menaçait toute sa ligne.[124] Pour Lee, cela fut une double bonne nouvelle car bien que ses défenses étaient enfoncées au centre, ses flancs étaient toujours solides et il lui restait maintenant à contenir Hancock pour mettre un terme à l’attaque fédérale et rétablir sa ligne.
Alors que Lee prépara sa contre-attaque avec la division de Gordon qui se trouvait à la base du Mule Shoe, l’offensive fédérale commença à perdre son tempo et son organisation, les unités se mélangeant dans une brèche qui ne pouvait être élargie. Ainsi, lorsque les hommes de Gordon leur tombèrent dessus aidés par les restes de la division de Johnson tout juste réorganisées et les unités de flanc de Rodes et Wilcox, les fédéraux étaient complètement incapables de résister et furent brutalement repoussés vers les tranchées du East Angle où ils se retranchèrent et établirent la ligne d’arrêt de la contre-offensive de Gordon.[125]

Vers 6 heure, alors que Gordon et Hancock s’accrochaient violement, Wright lança son corps contre Rodes sur la partie occidentale du Mule Shoe. Bien que les confédérés furent en mesure de résister et de tenir leur ligne, la pression du 6ème corps était telle que Rodes urgea Lee de lui envoyer des renforts. Le commandant sudiste, qui dans le but de renforcer la contre attaque de Gordon avait fait faire mouvement aux hommes de Mahone depuis leurs positions à l’extrême gauche, décida de leur faire changer quelque peu leur route pour aller prêter main forte à Rodes, les éléments de tête de Mahone arrivant juste à temps pour prévenir une percée fédérale et rétablir la ligne défensive sudiste.[126] Ce fut alors que commença l’engagement le plus violent, le plus horrible et le plus acharné de la guerre, à l’endroit qui depuis lors est connu sous le nom de Bloody Angle. Durant près de 20 longues heures, les soldats des deux camps s’affrontèrent, le plus souvent au corps à corps de part et d’autre des parapets, dans une furie et une frénésie guerrière des plus féroces, les hommes s’entretuant plus par réflexe que par principe, la mort des hommes d’en face étant devenue une fin en soit plus que la victoire contre l’ennemi. Pour ne rien arranger, la pluie se mêla à l’affaire embourbant le terrain au point d’engloutir les morts et les blessés, parfois même les vivants, piétinés par les combattants.[127] Si d’habitude ce genre de combat ne durait que quelques minutes, ici il dura de nombreuses heures, aucun des deux camps ne voulant rompre la lutte.[128]
De l’autre côté du Mule Shoe, les hommes de Hancock s’accrochèrent eux aussi avec les sudistes tout au long de la journée dans de terribles combats.

Vers 9 heure, alors que les combats faisaient rage sur le Mule Shoe, Warren se lança à son tour à l’attaque, mais très vite l’artillerie de Anderson ouvra le feu et stoppa net les hommes du 5ème corps qui retournèrent vers leurs positions initiales sans insister. Lee put ainsi prélever deux brigades afin de fournir du renfort à Ewell dont les hommes combattant sur le Mule Shoe arrivaient à leur point de rupture, physiquement mais surtout psychologiquement et nerveusement.[129] Cependant, bien que conscient que les hommes pouvaient lâcher à tout instant, Ewell et Lee ne pouvaient pas encore autoriser le repli, la nouvelle ligne défensive au sud du Mule Shoe, dont Lee avait lancé la construction au même moment que la contre attaque de Gordon, n’étant pas prête.
Toute la journée les combats continuèrent jusqu’à ce qu’à minuit l’ordre fut donné de retirer les unités une par une de l’ensemble du Mule Shoe pour leur faire prendre position un peu au nord de la Brock Road, les derniers éléments y arrivant un peu avant l’aube. De l’autre côté, complètement épuisés, les fédéraux ne poursuivirent pas, les hommes étant tout aussi touchés, physiquement et psychologiquement que les sudistes.[130]

Figure 78: Actions du 12 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Actions May 12, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Finalement, au terme de cette terrible journée les résultats étaient mitigés pour les deux camps. Côté nordiste, les fédéraux avaient fait de nombreux prisonniers et infligés de lourdes pertes aux sudistes en plus de les repousser et de prendre le contrôle des hauteurs du Mule Shoe – qu’ils abandonnèrent néanmoins dès le lendemain pour rejoindre leurs positions initiales. Tout cela fut au prix de pertes très lourdes et surtout l’objectif réel, détruire l’Armée de Virginie du Nord, ou à tout le moins d’ouvrir la route de Richmond en lui infligeant un terrible coup ne fut pas atteint. De l’autre côté, les confédérés parvinrent à maintenir l’unité de leur ligne défensive mais au prix de pertes tout aussi lourdes. Mais à un niveau plus large, le ratio des pertes par rapport à la taille de l’armée était en faveur du Nord, les sudistes ayant perdu en ce jour environ 15% des forces qu’ils comptaient au début de la campagne – en incluant les prisonniers de la division de Johnson – contre approximativement 7% du même ratio côté fédéral.[131] Il est estimé que les pertes fédérales dans le seul Bloody Angle furent de 9000 hommes contre 8000 pour les sudistes. Enfin, depuis le début de la campagne, une semaine plus tôt, l’Armée de Virginie du Nord avait perdu 20 de ses 57 commandants de corps, de division ou de brigade soit des pertes difficilement remplaçables en terme de leadership alors que de l’autre côté l’Armée du Potomac n’en avait perdu que 10 de ses 68.[132]

Plus loin, aux abords de Richmond le matin du 12, Sheridan et ses cavaliers étaient en route vers Meadow Bridge où ils entendaient passer la Chickahominy une première fois dans leur route vers Mechanicsville et Gaines’s Mill. Mais une fois arrivé là, Sheridan découvrit que les cavaliers sudistes avaient déjà détruit le pont ou du moins partiellement, les pluies de la veille ayant éteint le feu qui le consumait. Mettant les hommes de la brigade de Merrit au travail immédiatement, Sheridan apprit que les cavaliers de Fitzhugh Lee et la garnison de Richmond de Bragg convergeaient vers lui. Afin de faire face à cette double menace et de gagner du temps, Sheridan chargea Wilson et Gregg de contenir les sudistes. Il ne s’en suivit rien de plus qu’une succession de petites escarmouches et après avoir traversé le pont, les nordistes passèrent la nuit près de Gaines’s Mill. Le 13 au soir, ils atteignirent Bottom’s Bridge où ils refranchirent la Chickahominy vers le sud cette fois et enfin, le 14, ils traversèrent la James River à Haxall’s Landing pour rejoindre Butler et l’Armée de la James.[133]
Les résultats du raid de Sheridan sont quelques peu mitigés. D’une part les cavaliers nordistes infligèrent de lourds dégâts aux rations et aux infrastructures confédérées mais rien d’irréversible. Ils capturèrent également quelques 300 sudistes en plus de libérer environ 400 prisonniers nordistes et d’infliger des pertes à la cavalerie de Lee à Yellow Tavern dont celle de Stuart. Mais au delà de cela, le raid nordiste n’infligea aucun dégât stratégique à la Confédération mais eut par contre comme conséquence négative pour l’Union de laisser Grant sans cavalerie, ce qui le priva de renseignements qui auraient pu lui être utile lors des combats de Spotsylvania et que celui-ci eut à payer cher en hommes. Enfin, Sheridan se satisfit d’avoir privé le Sud de Stuart mais il n’avait pas atteint son objectif déclaré, détruire la cavalerie sudiste, celle-ci restant une force non négligeable et Hampton, qui succéda à Stuart, était lui aussi un très bon officier de cavalerie.

Figure 79: Le premier raid de cavalerie de Sheridan en Virginie

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Source: JESPEREN Hal, Sheridan’s Richmond Raid, May 9-14, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le 13 mai, aucune des deux armées présentes à Spotsylvania ne bougea, préférant panser ses plaies après les terribles combats de la veille. Cependant, Grant ne resta pas inactif et chercha à échafauder un plan pour de nouveau essayer de briser le statu quo entre les deux forces. Pour ce faire, il décida de concentrer ses efforts sur la droite sudiste et ordonna donc à Warren de déplacer son corps à l’extrême droite fédérale, à gauche de Burnside durant la nuit du 13 au 14 mai. Le corps de Wright devant lui aussi bouger pour se placer à la gauche du 5ème corps. De la sorte, Grant espérait attaquer un point faible du dispositif sudiste en les prenant par surprise. Mais le terrain détrempé et les troupes fatiguées des deux corps fédéraux n’arrivèrent pas en position avant 6 heure et durent passer la majeure partie de la journée à réorganiser leurs forces, si bien que Grant annula l’attaque. Pendant ce temps, Lee, pour contrer la menace fit déplacer le 1er corps de Anderson pour étendre sa droite jusqu’à la Po River près de Snell’s Bridge, couvrant de la sorte la nouvelle menace fédérale.[134]

Figure 80: Mouvements des 13 et 14 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Movements May 13-14, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Grant ne se laissa pas abattre et décida de faire faire demi tour au 6ème corps afin de l’envoyer le 18 à l’aube attaquer les nouvelles positions sudistes à la base du Mule Shoe avec le soutien du 2ème corps de Hancock. Comme prévu, le 18 avant l’aube les fédéraux réoccupèrent à la faveur de l’obscurité les hauteurs du Mule Shoe et montèrent ensuite à l’attaque du 2ème corps de Ewell. Mais premièrement, les cavaliers sudistes avaient suivi toute l’action, ôtant tout espoir de surprise pour les fédéraux et deuxièmement, la nouvelle ligne sudiste dans ce secteur était formidablement fortifiée et disposait de 29 pièces d’artillerie qui firent des ravages dans les rangs nordistes. Ainsi, cette nouvelle attaque fédérale contre des fortifications de campagne sudistes se soldat par un échec, les nordistes n’atteignant la ligne confédérée qu’en de rares points avant d’être repoussés avec de lourdes pertes, quelques 2000 hommes. Vers 10 heure, tout était fini. Burnside avança comme prévu vers les lignes sudistes présentes face à lui pour faire diversion mais n’insista pas et rejoignit ses positions sans tarder.[135]

Avec ce nouvel échec, Grant fut obligé d’accepter que les positions confédérées autour de Spotsylvania étaient trop solidement défendues. Il avait essayé de les attaquer de front et n’avait fait que frapper un mur, il avait essayé de contourner chacun des deux flancs, en vain à chaque fois. Le commandant nordiste était donc maintenant contraint de chercher à livrer bataille ailleurs et pour cela il lui fallait tenter une fois encore de prendre Lee de vitesse. Mais cette fois il envisagea la chose autrement, il comptait envoyer le corps de Hancock, isolé au devant de la progression fédérale pour l’utiliser comme appât et attirer Lee dans un piège, espérant que le commandant sudiste ne saurait résister à la tentation de détruire un corps fédéral entier, offrant la possibilité aux trois autres corps de frapper les sudistes hors de leurs fortifications. Pour ce faire, le 18, Grant fit replacer le 6ème corps à la gauche de Warren et le 9ème encore à gauche Le 2ème corps, lui, fut déplacé derrière Warren, sur la rive orientale de la Ny River afin d’être prêt à prendre la route dès le lendemain soir.[136]

Figure 81: Mouvements des 17 et 18 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Movements May 17-18, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le 19, informé des manœuvres en cours dans le camp fédéral, Lee ne savait pas encore si cela voulait dire que les nordistes se repliaient ou s’ils se préparaient à manœuvrer une nouvelle fois vers le sud, auquel cas il devait se préparer à contrer la menace. Afin d’en savoir plus et de potentiellement porter un coup à l’Armée du Potomac, le commandant sudiste ordonna à Ewell d’envoyer une reconnaissance vers la droite fédérale. Mais, soucieux de préserver ses troupes, Ewell demanda l’autorisation de ne pas attaquer de front mais de flanc, ce que Lee approuva. Dans l’après midi, Ewell se mit en marche, précédé par deux brigades de cavalerie. Les sudistes contournèrent ainsi le flanc fédéral jusqu’à Harris Farm où ils rencontrèrent la toute nouvelle division du corps de Hancock, celle du général Robert Ogden Tyler avec laquelle ils livrèrent un combat de presque deux heures avant de se replier pour rejoindre leurs fortifications à la tombée de la nuit, mettant un terme à la bataille de Spotsylvania.[137]

Le 14 mai, l’Armée du Potomac commença à recevoir les premiers éléments des quelques 30 000 renforts envoyés par Washington en une dizaine de jours, de quoi combler les pertes encourues depuis le début de la campagne. Ces troupes étaient composées en grande partie de nouvelles recrues mais également de forces jusqu’alors attribuées à la garnison de Washington. De l’autre côté, Lee comptait également sur des renforts. Six brigades profitèrent de l’inaction de Butler près de Richmond pour quitter les forces de Beauregard tout comme deux en firent de même dans la vallée de la Shenandoah face à Sigel. Au total cela représentait environ 8000 hommes. Cela démontra l’échec de ces deux campagnes périphériques dans le plan géostratégique de Grant. Pour les deux camps, ces renforts permirent de compenser environ la moitié des pertes subies depuis le début de la campagne. Pour le Nord, il convient d’ajouter que les premiers des 31 régiments dont les dates d’enrôlement arrivaient à terme commenceraient à quitter l’Armée du Potomac.[138]

Ainsi, alors que la bataille de Spotsylvania touchait à sa fin, Grant comptait dans ses rangs environ 56 000 hommes auxquels il convient d’ajouter les 12 000 cavaliers de Sheridan. Depuis début mai, Grant avait perdu environ 32 000 hommes dans les combats – dont 18 000 à Spotsylvania -, 4000 suite à des maladies et environ 14 000 par désertion et fin d’enrôlement. De l’autre côté, Lee avait perdu environ 18 000 hommes sur le même laps de temps – dont 12 000 à Spotsylvania -, ramenant ses forces à environ 50 000 en comptant les renforts prévus.[139]

Arrivé auprès de l’Armée de la James le 14 mai, les cavaliers de Sheridan se reposèrent là durant quatre jours avant de finalement reprendre la route le 18 pour rejoindre le reste de l’Armée du Potomac. La progression de Sheridan fut ralentie par les pluies et les routes détrempées mais à aucun moment les confédérés ne cherchèrent à le gêner. La seule difficulté qu’eurent à affronter les cavaliers fédéraux fut la reconstruction du pont enjambant la Pamunkey River près de White House qu’ils franchirent finalement les 22 et 23 mai avant de rejoindre le reste de l’Armée du Potomac sur la rive nord de la North Anna près de Hanover Junction le 24 mai en passant par King William Courthouse.[140]

La reconnaissance de Ewell, et le dispositif nordiste qu’elle avait révélé, terminèrent de convaincre Lee que Grant allait une fois encore tenter de contourner sa droite dans une course de vitesse vers le sud. Le commandant sudiste n’hésita donc plus et décida qu’il lui fallait précéder les nordistes en allant prendre une nouvelle position défensive autour de Hanover Junction, sur la rive sud de la North Anna, point où se rejoignaient deux lignes de chemin de fer en provenance de Richmond, la Virginia Central Railroad et la Fredericksburg and Potomac Railroad qui étaient des axes le reliant à ses deux bases d’approvisionnement, Richmond et Staunton ainsi qu’une connexion vers Lynchburg, carrefour ferroviaire connectant la Virginie au Tennessee et aux Carolines.[141]

Le 20 mai dans la soirée, Hancock mit son 2ème corps en marche vers Guinea Station pour entamer sa marche de 54 kilomètres vers Hanover Junction en usant de la Mattaponi River pour couvrir son flanc droit. Le lendemain matin, 6 heure après Hancock, Lee fit partir Ewell le long de la Telegraph Road pour atteindre le même objectif que les fédéraux à la seule différence que disposant des lignes intérieures, les sudistes n’avaient que 40 kilomètres à parcourir. Toujours dans la matinée, les quelques cavaliers fédéraux de Torbert n’ayant pas accompagné Sheridan dans son raid et ouvrant la voie devant Hancock chassèrent leurs équivalents sudistes hors de Guinea Station avant de les poursuivre en vain. Plus tard dans la journée, les fédéraux tombèrent sur des éléments de la division de Pickett, qui était en route pour rejoindre les forces confédérées à Spotsylvania mais n’avait pas encore été informée des manœuvres en cours. Cet incident jeta le trouble au sein de l’état-major nordiste. Grant, croyant le 2ème corps maintenant trop exposé par l’arrivée de renforts sudistes et privé d’une trop grande partie de sa cavalerie pour connaitre la position de Lee, ordonna à Hancock de s’arrêter pour permettre aux autres corps de le rejoindre. Le même jour au soir, les corps fédéraux de Warren et Burnside et confédéré de Anderson se mirent eux aussi en route. Anderson suivi le même chemin que Ewell alors que les nordistes eurent recours à deux routes différentes. Derrière, en guise d’arrière garde les deux belligérants laissèrent un corps chacun, le 6ème de Wright pour le Nord et le 3ème de Hill – tout juste revenu aux commandes – pour le Sud. Finalement, Wright se mit en mouvement le soir même imité par Hill durant la nuit.[142]

Au soir du 21, Hancock atteignit Milford Station où il passa la nuit après avoir rapidement fortifié ses positions dans le cas d’une attaque confédérée.[143] Warren pour sa part se trouvait à Madison’s Ordinary et Ewell à Mud Tavern. Le 22 au matin les premiers éléments de Ewell atteignirent la North Anna qu’ils franchirent à Chesterfield Bridge et commencèrent à y établir une ligne défensive. Au même moment, Anderson se trouvait aux abords de Golansville et Hill près de Chilesburg. Côté fédéral, Burnside se situait pour sa part à New Bethel Church, Wright à Madison’s Ordinary et Warren, qui avait divisé sa colonne en deux, avait des troupes à Harris’ Store et Saint Margaret’s Church. Hancock pour sa part passa une partie de la journée inactif, le plan de Grant d’utiliser le 2ème corps comme appât ayant échoué, celui-ci préféra faire repasser Warren en tête de la progression fédérale. Vers midi, Anderson arriva à son tour et vint occuper les positions de Ewell qui se décala alors vers l’aval. Le dernier corps confédéré, celui de Hill arriva à son tour le matin du 23 mai et Lee lui fit défendre la gauche de la ligne sudiste en l’installant près de Anderson Station.[144]

Figure 82: Mouvements vers la North Anna

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Source: JESPEREN Hal, Grant’s Overland Campaign, Wilderness to North Anna, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Bien qu’ils avaient disposé de lignes intérieures plus courtes et de meilleure qualité, les confédérés n’avaient gagné cette nouvelle course que de peu. La raison de cela est à trouver dans le chef de Lee qui voulu reposer ses hommes au maximum avant de les jeter dans une nouvelle bataille après un peu plus de deux semaines de combats presque incessants. Toujours dans cette optique, il ne leur fit pas immédiatement construire des fortifications pour défendre leurs nouvelles positions.[145] Mais les fédéraux n’étaient pas très loin derrière. Au cours de la journée du 23, Hancock arriva aux abords de la North Anna en passant par Poor House et Chesterfield Station avant d’avancer vers Chesterfield Bridge. Burnside rejoignit la même route en passant par Wright’s Tavern et vint se présenter devant Ox Ford. Warren et Wright descendirent tout deux la Telegraph Road, bifurquant à Mount Camel vers Jericho Mills.

Au cours de la journée, alors que les pièces d’artilleries sudistes ouvraient le feu sur les colonnes fédérales arrivant par la Telegraph Road, Lee fut informé qu’une autre force fédérale s’apprêtait à franchir la rivière en amont de Jericho Mills. Le commandant sudiste décida d’aller inspecter les lieux en personne et concluant que cela n’était qu’une feinte et que les nordistes allaient concentrer leurs efforts plus en aval décida de laisser les hommes de Hill se reposer près de Anderson Station. Mais une fois revenu à son quartier général vers 4h30, un autre rapport l’informa que le 5ème corps avait effectivement franchi la North Anna en aval, mais pas autant en aval que Lee ne le pensait, à Jericho Mills. Voyant son flanc gauche menacé, il fit mettre Hill en marche pour aller contrer cette menace, la division de Wilcox en tête suivie par Heth et Mahone.[146]

Après une série d’accrochages plus ou moins violents, les nordistes parvinrent à s’assurer une tête de pont sur la rive sud de la rivière en repoussant les assauts sudistes. Alors que les combats prenaient fin dans ce secteur, Hancock avança lui vers les positions confédérées près de Chesterfield Bridge. Là, les sudistes s’étaient établis de part et d’autre de la North Anna, disposant de la sorte d’une tête de pont sur la rive nord nommée Henegan Redoubt du nom du colonel John Henegan qui y commandait les troupes. Hancock attaqua soudainement et s’empara de la tête de pont sans grande résistance, les sudistes refluant par delà la rivière.[147]

Cette double attaque fédérale permit à Lee de se rendre compte de l’impossibilité de tenir une ligne défensive directement sur la rive sud de la rivière – et ce d’autant plus que la seule partie de la rive sud a être plus élevée que de l’autre côté se trouvait à Ox Ford – et de comprendre le plan de son adversaire, Grant allait l’attaquer sur ses deux flancs simultanément, tout en essayant de les contourner pour se retrouver sur les arrières de l’armée sudiste.[148] Pour faire face à cette nouvelle menace, et après avoir tenu une réunion d’état major, Lee échafauda son plan. Premièrement, il fit reculer la ligne qui tenait la rivière près de Chesterfield Bridge de quelques centaines de mètres afin d’occuper les hauteurs au sud de Fox House et y plaça le corps de Anderson. Deuxièmement, il fit tenir la gauche de sa ligne par le corps de Hill entre la North Anna à hauteur de Ox Ford, et la Little River. Enfin, il plaça le corps de Ewell en réserve à la droite de Anderson. Lee ayant placé les 1er et 2ème corps en échelon de façon à refuser la ligne. Les divisions de renfort, celles de Breckinridge et de Pickett, furent également placées en réserve, prêtes à intervenir là où ce serait nécessaire. La division de Breckinridge resta indépendante alors que celle de Pickett fut rendue au 1er corps de Anderson. De la sorte, Lee positionna ses forces en un « V » inversé dont les deux bras fortifièrent leurs postions. Le plan de Lee était d’attendre que les fédéraux franchissent la rivière sur ses deux flancs avant de lancer ses unités de réserve contre les forces fédérales divisées, dont chaque unité de flancs devait franchir par deux fois une rivière avant d’être en mesure de prêter main forte à l’autre extrémité de la ligne fédérale alors que les sudistes pouvaient eux compter sur des lignes intérieures très courtes pour en faire autant. Lee tendait donc un piège à son adversaire, piège qui s’il se déroulait bien, pourrait détruire l’Armée du Potomac ou à tout le moins lui porter un terrible coup.[149]

Du côté fédéral, Grant avait donc lui aussi son plan d’action. Les 5ème et 6ème corps avanceraient vers la gauche sudiste, Warren droit sur les lignes confédérées et Wright à sa droite de façon à tourner leur flanc. Dans le même temps, Burnside attaquerait lui à Ox Ford pour y franchir la rivière pendant que Hancock en ferait de même à Chesterfield Bridge contre la droite.[150]

Figure 83: Actions du 23 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of North Anna, Actions May 23, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

A 8 heure le 24 mai, l’avancée fédérale se mit en branle, Warren d’abord le long de la Virginia Central Railroad vers le sud-ouest et Hancock par delà la rivière. Sur chacun des flancs les nordistes avancèrent sans rencontrer de résistance de la part des confédérés, ce qui ne manqua pas de les étonner et de les contraindre à avancer avec précaution. A ce moment, Grant et Meade pensèrent alors Lee en retraite et envoyèrent Burnside contre Ox Ford pour faire la jonction entre les deux ailes et poursuivre les confédérés. Cependant Burnside ne se lança pas à corps perdu et envoya la division du général Thomas Leonidas Crittenden franchir la rivière en amont à Quarle’s Mill afin de flanquer les quelques forces sudistes présentes à Ox Ford que les fédéraux pensaient être une arrière garde. A 14 heure, les premiers éléments de Crittenden se trouvèrent sur la rive sud de la North Anna et firent mouvement vers le sud mais la traversée du reste de la division ne fut achevée que vers 18 heure. Mais alors que celles-ci poursuivaient le franchissement, la brigade de tête du général James Hewlett Ledlie attaqua la division de Mahone qui défendait Ox Ford et se fit tailler en pièce avant d’être repoussée.[151]

Alors que la journée avançait et que les fédéraux en faisaient autant sans avoir encore rencontré les sudistes, le piège de Lee se refermait sur l’Armée du Potomac. Mais c’est alors que le poids de la guerre et l’épuisement de cette campagne acharnée se fit sentir au plus haut de la hiérarchie de l’Armée de Virginie du Nord. Lee tomba d’épuisement et fut atteint de fièvre et de délire, si bien qu’il ne fut pas en mesure de donner l’ordre de l’attaque au moment crucial. Pire encore, aucun des trois commandants de corps sudistes n’étaient aptes à prendre la relève. Quelques que soient leurs qualités, Hill, Ewell et Anderson n’étaient pas des Jackson, Longstreet ou Stuart et encore moins Lee. Le piège sudiste ne se referma donc pas sur les fédéraux qui ne l’appréhendèrent qu’en fin de journée après que les hommes de Hancock entrèrent en contact avec ceux de Rodes près de Doswell House. Une fois conscient de la menace, Grant fit annuler les attaques de tous ses corps qui s’arrêtèrent et se retranchèrent.[152]

Figure 84: Actions du 24 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of North Anna, Actions May 24, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le même jour, Grant récupéra la cavalerie de Sheridan. Il est intéressant de noter que si les fédéraux avaient pu disposer de ces troupes, de rapides actions de reconnaissance de leur part au sud de la North Anna auraient très vite permis de déceler les positions des forces sudistes et donc de se prémunir contre le piège de Lee. Si celui-ci n’avait pas failli au moment crucial, l’absence de la quasi intégralité des cavaliers de Sheridan aurait pu coûter cher à l’Armée du Potomac.
Toujours le 24, Fitzhugh Lee attaqua le dépôt fédéral de Fort Pocahontas à Wilson’s Wharf sur la rive nord de la James que défendaient les troupes du général Edward Augustus Wild mais fut repoussé et se retira vers le nord pour rejoindre le reste de l’armée confédérée.[153]

Quoiqu’il en soit, le piège n’avait pas fonctionné et le 25 mai les deux armées campèrent sur leurs positions, derrière leurs fortifications. Grant ne fit pas immédiatement refranchir la rivière à ses troupes et les laissa là où elles se trouvaient, Hancock face au flanc droit sudiste au sud de la North Anna, Wright et Warren face au flanc gauche sur la même rive et Burnside face au centre de part et d’autre de la rivière. Bien que toujours dans une position délicate, les forces fédérales étaient dans une meilleure situation que la veille. Premièrement elles étaient maintenant retranchées derrière des fortifications qui réduisaient leur vulnérabilité et deuxièmement Grant avait fait établir des pontons en plusieurs points de la rivière afin d’en faciliter la traversée et ainsi accélérer tout mouvement de troupes d’un flanc à l’autre en cas de difficulté d’un côté ou de l’autre.[154] Grant espérait que Lee lancerait tout de même ses forces à l’attaque et bien que son positionnement n’était pas en sa faveur, il espérait que ces précautions lui offriraient une possibilité d’exploiter une ouverture qui lui permettrait de porter un coup aux sudistes. Grant n’était pas du genre à se replier mais plutôt à accepter le combat même si les chances étaient en sa défaveur et ce jour là il montra à nouveau ce trait de caractère en vain, les sudistes n’attaquèrent pas et la journée toucha à sa fin. Le commandant nordiste se résolu à l’idée de changer d’approche et fit replier ses hommes sur la rive nord de la North Anna le 26 mai afin de mettre en branle une nouvelle manœuvre de flanc pour encore une fois essayer d’amener Lee à lui livrer bataille.[155]

Figure 85: Positions des deux armées au soir du 25 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of North Anna, Positions May 25-26, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Afin de couvrir le repli de ses hommes, Grant fit conduire une série de manœuvres de diversion face aux lignes sudistes. La principale action fut l’envoi d’une division de cavalerie, celle de Wilson, traverser la North Anna en amont. Bien qu’en soit cela ne menaçait en rien les confédérés et n’apportait rien aux fédéraux mais eut de l’importance car cela convaincu Lee que Grant allait cette fois manœuvrer sur sa gauche de façon à progresser vers Richmond tout en coupant la Virginia Central Railroad qui reliait l’Armée de Virginie du Nord à la vallée de la Shenandoah et fournissait une grande partie de leurs approvisionnements aux forces confédérées. En la coupant, Grant gênait fortement le commandant sudiste. Mais celui-ci se trompait, Grant allait une fois de plus partir sur sa droite, comptant sur Hunter, qu’il venait d’envoyer prendre le commandement des forces fédérales dans la vallée en remplacement de Sigel, et sur le départ d’une partie des forces de Breckinridge, pour couper la Virginia Central Railroad et fermer l’accès de la vallée aux sudistes. Une deuxième raison poussait Grant à de nouveau manœuvrer sur la droite sudiste, la défense de sa ligne de communication qui le reliait à sa nouvelle base d’approvisionnement établie à Port Royal sur la Rappahannock le 22 mai.[156]

Au final, la bataille de la North Anna fut plutôt une série d’escarmouches entre des forces de plus ou moins grande ampleur avant que ce qui devait être une bataille majeure ne soit annulée aux derniers instants. Contrairement aux terribles combats qui avaient marqués les journées des deux camps depuis le début de la campagne, la North Anna représenta une pause ou à tout le moins un ralentissement de l’intensité comme le montra le tableau des pertes, environ 2000 hommes pour le Nord contre 1000 pour le Sud.[157] Mais le principal enseignement de la bataille fut de finalement montrer que Lee n’était pas infaillible, sa santé l’avait trahi à un moment qui aurait pu être crucial et l’Armée de Virginie du Nord ne disposait de personne à même d’enfiler les bottes du commandant en chef. Côté nordiste, ne sachant rien de la crise de commandement qui touchait les forces confédérés, Grant pensa que l’inaction sudiste était la preuve de l’épuisement de leurs forces et qu’il lui était possible de remporter la victoire décisive qu’il cherchait.[158]

Le 27 mai, Grant mit ses forces en marche avec pour objectif de franchir la Pamunkey River quelque part au nord de Richmond pour pouvoir menacer la ville tout en profitant de cette même rivière pour protéger le flanc gauche de ses forces au cours de leur progression. Les 5ème et 6ème corps ouvrirent la marche, respectivement suivi par les 9ème et 2ème corps. A la tombée de la nuit, Wright se trouvait aux alentours d’un carrefour un peu à l’est de Hanover Court House sur la rive occidentale de la rivière, Warren près de Mangohick Church, Hancock à Concord Church et Burnside à un carrefour un peu au nord de la position de Warren. Afin de raccourcir ses lignes de communications, Grant fit une nouvelle fois déplacer sa base d’approvisionnement, de Port Royal à White House.[159]

Côté confédéré, Lee réagit très vite au départ des fédéraux et disposait une fois encore de l’avantage des lignes intérieures pour manœuvrer. Anderson et Ewell, remplacé par Early car tombé malade, furent les premiers à se mettre en route, très vite suivi par Hill le même jour et le soir venu les deux premiers corps se situaient un peu au nord de Yellow Tavern et le troisième à Ashland. Depuis ces positions, Lee pouvait parer toute manœuvre fédérale tant qu’il ne savait pas exactement où ceux-ci se dirigeaient.[160] Dans la journée, deux petits engagements de cavalerie eurent lieu aux abords de la Panunkey, à Dabney’s Ferry et Crump’s Creek.

Le lendemain, 28 mai, la progression fédérale reprit sa marche. Wright, Hancock et Warren traversèrent la Pamunkey. Les deux premiers à Nelson’s Bridge et le troisième à Hanovertown et faisaient mouvement vers le sud-ouest alors que Burnside se trouvait toujours sur l’autre rive, aux abords de Mangohick Church.
La réaction de Lee fut immédiate. Premièrement, dans le but de chercher à en savoir plus sur les intentions fédérales dont un rapport l’informa de la présence sur la rive sud de la rivière, il envoya les cavaliers de Hampton vers Hanovertown afin de déceler si la traversée n’était le fait que de la cavalerie ou si l’infanterie suivait. Alors qu’ils se trouvaient aux alentours de Haw’s Shop, les sudistes entrèrent en contact avec les hommes de Gregg auxquels ils livrèrent un combat de cavalerie, le plus important depuis Brandy Station.[161] Après un combat disputé et avoir révélé la présence d’éléments des 2ème et 5ème corps fédéraux, les hommes de Hampton se replièrent. Lee était maintenant sûr que les nordistes progressaient vers Richmond. La seule inconnue restait de savoir si Grant allait tenter de franchir la Totopotomoy Creek ou s’il allait la contourner par l’ouest. Deuxièmement, en réaction à ce qu’il venait d’apprendre, il déplaça ses corps d’infanterie vers le sud-est, de façon à couvrir les accès à la capitale confédérée. La ligne défensive sudiste s’établit donc derrière la Totopotomoy Creek entre Atlee’s Station et Bethesda Church. Hill fut placé à la gauche des positions sudistes de façon à défendre la route vers Atlee’s Station, Anderson plaça ses forces à angle droit entre la rivière et la route orientée nord-sud près de Pole Green Church avec Early qui continuait sa ligne vers le sud et formant ainsi l’extrême droite confédérée qui couvrait les Shady Grove et Old Church Roads. Enfin, la division indépendante de Breckinridge faisait la jonction entre Hill et Anderson en défendant le passage de la Atlee’s Station Road sur la rive sud de la Totopotomoy Creek.[162]

Le 29 mai, les différents corps nordistes avancèrent prudemment vers la rivière à la recherche des lignes sudistes. Wright se trouvait sur la droite, face à Hill et Breckinridge, Hancock tenait  le centre face à Anderson et Warren formait  la gauche, par delà la rivière aux abords de Bethesda Church, face à Early. Enfin, le 9ème corps de Burnside se trouvait en réserve de Warren. A la fin de la journée, les fédéraux occupaient donc une fois encore une position de part et d’autre d’une rivière, les plaçant de nouveau dans une situation à risque car les sudistes se trouvaient alors dans la possibilité de séparer les deux ailes fédérales et de les détruire l’une après l’autre.[163]

Figure 86: Mouvements des deux armées du 27 au 29 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Overland Campaign, Movements May 27-29, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Ce ne fut que le 30 mai que les sudistes apprirent que les 5ème et 9ème corps avaient franchi la rivière mais la première pensée de Lee ne fut pas qu’une opportunité s’offrait à lui mais plutôt que la menace contre Richmond n’avait jamais été aussi grande. Car cela voulait dire que Grant se trouvait dans la possibilité de lancer aisément une nouvelle manœuvre vers le sud, vers la James River. Or, s’il atteignait cette rivière, mais surtout s’il la faisait franchir à son armée, il pourrait être en mesure de couper les lignes d’approvisionnements de la capitale et de l’Armée de Virginie du Nord en provenance du sud, des Carolines et de Géorgie, ce qui voudrait dire que Lee et ses hommes seraient isolés, assiégés. Les fédéraux avaient manqué cette opportunité deux ans plus tôt lorsque McClellan proposa cette solution qui fut rejetée par Washington alors que celui-ci venait d’être sans cesse repousser au cours de la deuxième phase de la campagne de la Péninsule. Mais cette fois, c’était Grant qui était au sommet de la hiérarchie militaire de l’Union et Lincoln, qui était lui au sommet de la hiérarchie politique, avait pleine confiance en lui. Deux autres nouvelles vinrent conforter Lee dans ses craintes. Premièrement, il apprit que Grant avait commencé à déplacer sa base d’approvisionnement à White House, indiquant qu’il comptait bien rester dans la région de la James. Deuxièmement, il fut informé qu’un corps d’armée fédéral, le 18ème du général William Farrar Smith, avait quitté les positions de l’Armée de la James près de Bermuda Hundred le 28 mai afin de rejoindre l’Armée du Potomac. Les premiers éléments de ce corps débarquèrent à White House le 30 mai et Lee vit très vite que depuis ce point, les renforts fédéraux seraient en mesure de marcher sur le carrefour de Cold Harbor d’où, en contrôlant les routes ils seraient en mesure de menacer le flanc droit et les arrières des forces sudistes ou de partir droit sur Richmond.[164]
Bien conscient de ce risque, Lee décida de profiter de l’avantage que lui offrait la disposition des forces fédérales pour les attaquer en espérant pouvoir sauver la situation qui lui semblait de plus en plus désespérée. Il ordonna donc à Early d’emmener son corps dans une attaque contre le flanc gauche nordiste avec celui de Anderson en soutien. Le contact entre les deux forces se produisit près de Bethesda Church et se solda par une victoire tactique des nordistes qui furent en mesure de maintenir leurs positions après qu’une contre attaque eut repoussé les forces sudistes qui les avaient initialement poussé à la retraite. Au final, Early, qui n’avait pas été assez déterminé dans son attaque car il n’avait envoyé ses divisions qu’une par une plutôt que d’un seul bloc, fut contraint de réoccuper ses positions initiales.[165]
Dans le même temps, à l’autre bout de la ligne, Wright et Hancock envoyèrent tous deux des éléments tester les défenses sudistes derrière la Totopotomoy Creek sans rencontrer de résultats probants et après des échanges plus ou moins violents se retirèrent sur leurs positions initiales, n’ayant trouvé aucune position offrant une chance d’être attaquée.[166]

Devant la nouvelle menace fédérale, Lee eut tôt fait de se rendre compte qu’il ne pouvait pas prélever des troupes dans les corps alors sous son commandement sans risquer de les affaiblir et d’offrir une opportunité aux fédéraux toujours présents face à sa ligne défensive. Il envoya donc un message à Davis l’urgeant de lui faire parvenir des renforts depuis les forces de Beauregard en arguant du fait que celui-ci pouvait à présent se passer d’une partie des ses hommes puisque Butler en avait lui-même laissé partir. Ainsi la division de Hoke se mit en route le jour même par rail.[167]

Figure 87: Mouvements et actions des 29 et 30 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Overland Campaign, Movements May 29, Actions May 30, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Durant la soirée du 30, Grant dessina son nouveau plan d’action. Une fois encore, il allait faire manœuvrer son armée sur la droite sudiste mais cette fois sur une courte distance. Son objectif était le carrefour de Cold Harbor où il pourrait faire sa jonction avec les forces de Smith et d’où, s’il bougeait ses forces assez vite pour que Lee ne s’en aperçoivent que trop tard, attaquer le flanc droit confédéré qui, prit par surprise et par le nombre, serait écrasé. Grant espérait que la courte distance à parcourir rendrait possible la surprise mais une fois encore Lee avait deviné les intentions de son adversaire. Comprenant l’importance de Cold Harbor comme carrefour stratégique et surtout pour contrer la menace du 18ème corps qui arrivait droit dessus, Lee envoya les cavaliers de Fitzhugh Lee se positionner à Old Church avec pour instruction de défendre Cold Harbor contre toute force fédérale qui approcherait. De l’autre côté, Grant donna un ordre similaire à Sheridan, prendre et défendre Cold Harbor jusqu’à l’arrivée de l’infanterie de Wright qui se mit en marche depuis la droite de la ligne fédérale en passant derrière les autres corps à la tombée de la nuit. Le 31 mai, les cavaliers des deux armées s’affrontèrent à Old Church durant toute la journée, chacun des deux camps espérant l’arrivée de l’infanterie qui se fit attendre. Ce furent finalement les éléments de tête de Hoke qui arrivèrent les premiers. Pensant alors la relève assurée, Fitzhugh Lee fit replier ses cavaliers mais mal interprétant ce repli, les fantassins sudistes se replièrent également, laissant le carrefour de Cold Harbor à Sheridan qui l’occupa.[168]
Dans un premier temps, informé de l’arrivée du reste de la division de Hoke, Sheridan se retira de Cold Harbor, jugeant ne pas pouvoir défendre la position, mais Grant lui ordonna de s’y repositionner, ce qu’il fit et à la nuit tombante le carrefour était aux mains des nordistes qui y établirent de rapides fortifications de campagne.[169]

Le 1er juin au matin, Sheridan reçut l’attaque des hommes de Hoke et d’Anderson que Lee envoya reprendre le carrefour la veille au soir, puisqu’il était alors évident que Grant était en mouvement, et attaquer les forces fédérales devant arriver une par une. Mais les assauts confédérés manquèrent de puissance et les cavaliers nordistes, aidé de leur carabine à répétition furent en mesure de repousser les attaques jusqu’à l’arrivée du 6ème corps vers 10 heure. Une fois en place, Wright commença à retrancher ses troupes et Anderson en fit autant.[170]
Dans l’après midi, la ligne fédérale s’étendait de Cold Harbor à Polly Hundley Corner, sur la rive nord de la Totopotomoy Creek en passant par Bethesda Church et Pole Green Church et était tenue du sud au nord par Wright, Smith, Warren, Burnside et Hancock. De l’autre côté, les sudistes étaient eux établis face aux nordistes entre New Cold Harbor et Atlee’s Station, ayant ainsi chaque flanc ancré sur une rivière, la Chickahominy à droite et la Totopotomoy à gauche. Anderson défendait le flanc droit, Early le centre et Hill, qui avait déplacé son corps sur les anciennes positions d’Anderson la veille, tenait la gauche.
En fin de journée, Wright et Smith lancèrent une attaque contre les positions de Anderson qui n’avait pas encore eu le temps de les fortifier correctement. L’attaque fédérale fut finalement repoussée mais au prix de lourdes pertes dans les deux camps, Anderson ayant du envoyer ses forces placées en réserve pour empêcher les fédéraux d’exploiter une brèche.[171]

Figure 88: Positions des deux armées le 1er juin 1864

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Source: JESPEREN Hal, Overland Campaign, Positions afternoon, June 1, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Prenant conscience grâce à cette attaque que la gauche sudiste était fébrile, Grant et Meade s’accordèrent pour décider de lancer une nouvelle offensive en ce point dès le lendemain. Mais pour renforcer l’attaque, Hancock reçu pour instruction de quitter la droite fédérale pour rejoindre l’extrême gauche à la tombée de la nuit afin d’être en place le 2 juin à l’aube.[172] De l’autre côté, comprenant que son flanc n’était pas assez solide, Lee fit déplacer la division de Breckinridge à la droite de Anderson et se prépara également à déployer deux des trois divisions de Hill à droite de Breckinridge dès le lendemain alors que la troisième se placerait elle à la gauche de Early.

Au matin du 2 juin, les fédéraux auraient donc normalement dû lancer une attaque massive avec les 2ème, 6ème et 18ème corps mais l’épuisement de la campagne se fit sentir dans les rangs nordistes. Premièrement, les hommes étaient fatigués physiquement si bien que cette marche de nuit ne put se faire avec la vitesse nécessaire. Deuxièmement, ils étaient épuisés mentalement, ce qui causa un manque de concentration qui leur fit prendre la mauvaise route et donc gaspiller du temps. Quoiqu’il en soit, aux premières lueurs du jour, seuls les éléments de tête du 2ème corps se trouvaient à Cold Harbor. Dans un premier temps, Grant décida donc de reculer l’heure de l’attaque à 17 heure avant de finalement la postposer au lendemain.[173]

Le délai ainsi offert aux sudistes allait s’avérer très couteux pour les fédéraux. Premièrement, cela permit à Lee d’achever le déplacement de ses dernières unités – Breckinridge et les deux divisions de Hill – le long de sa ligne défensive. Deuxièmement, il lança de petites attaques ciblées afin de s’emparer de positions défensives naturelles afin de renforcer ses défenses. Breckinridge s’empara de Turkey Hill sur la droite et la dernière division de Hill avança sur la Old Church Road au nord de Bethesda Church sur la gauche. Enfin, probablement le point le plus important, tout au long de la journée, les sudistes s’attelèrent à renforcer leurs fortifications sur l’ensemble de la ligne.[174]
Alors que côté sudiste Lee était satisfait à juste titre de sa préparation pour la probable bataille du lendemain, Grant n’avait lui aucune raison valable de l’être. Premièrement les délais rencontré dans la planification de son attaque depuis la veille aurait dû l’alerter sur l’opportunité de renforcement des fortifications par son adversaire qui lui avait déjà fait le coup plus d’une fois au cours de cette campagne. Deuxièmement, bien que ses hommes avaient pu se reposer un peu, ils n’étaient pour la plupart pas encore remis physiquement et moralement du mois qui venait de s’écouler. Un élément révélateur de cet état d’esprit se déroula dans de nombreuses unités. Les hommes écrivirent leur noms sur de petits papiers qu’ils cousirent sur leurs uniformes afin que leurs cadavres puissent être identifiés. Contrairement à ce que Grant pensait, le moral des hommes de l’Armée du Potomac n’était pas bon et certainement pas supérieur à celui des confédérés. Enfin, la préparation tactique de l’assaut fut, à l’exception de l’heure de déclenchement, inexistante, les différents commandants de corps ayant reçu une totale latitude à ce niveau et ce sans aucune coordination entre eux.[175]

Le 3 juin à l’aube, les trois corps fédéraux montèrent à l’assaut des fortifications sudistes. Derrière celles-ci, les confédérés étaient prêts et le firent très vite sentir à leurs ennemis. Dès les premiers instants de l’attaque, un feu nourri de canons et de mousquets s’abattit sur les fantassins nordistes, les taillant en pièces et mettant une halte rapide à leur avance sur la quasi intégralité de la ligne avant qu’ils ne se replient sur leurs positions initiales. Dans l’ensemble, l’attaque ne dura pas plus d’une heure. Seul succès mineur, Barlow effectua une petite percée dans les lignes de Breckinridge avant que Hill ne l’en évacue avec l’aide de la réserve.
Une fois informé que l’attaque avait été repoussée, Grant ordonna son renouvellement à plusieurs reprises mais sans succès, si bien qu’en début d’après-midi, il se résolu à annuler l’offensive. Plusieurs raisons expliquent l’impossibilité pour les fédéraux de remonter à l’attaque. Premièrement, les commandants de corps refusèrent d’avancer tant qu’ils n’avaient pas l’assurance de voir leur flancs être sécurisés et se renvoyèrent la balle. Deuxièmement, après le choc du premier assaut, les soldats fédéraux n’étaient pas enclin à avancer n’importe comment et préférèrent éviter les tirs le plus possible tout en eux-mêmes n’ouvrant le feu que de loin. Les artilleurs des deux camps passèrent également l’avant midi à s’échanger des politesses sans grand résultat. Au final les fédéraux perdirent environ 7000 hommes, la grande majorité dans l’attaque initiale, contre un maximum de 1500 pour les confédérés.[176] Grant déclara plus tard, qu’il ne regretta aucune attaque plus que celle de ce 3 juin 1864.

Figure 89: Positions des deux armées le 3 juin 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Cold Harbor, Actions June 3, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Après le choc de Cold Harbor, les deux camps campèrent sur leurs positions durant plusieurs jours. Côté sudiste, Lee était satisfait de sa ligne défensive et en ayant prouvé la solidité n’avait aucune raison de la quitter. De l’autre côté, Grant faisait face à un dilemme. D’une part, il ne pouvait tenter une autre attaque contre les fortifications sudistes, et ce pour trois raisons. La première était presque évidente, il venait d’y subir un cuisant échec et rien ne pouvait laisser penser qu’une même attaque se solderait par un résultat différent.
La seconde, malgré les lourdes pertes subies par l’Armée du Potomac depuis le début de la campagne, n’avait pas encore été un facteur et apparu au lendemain de l’échec de Cold Harbor. Depuis la Wilderness, les fédéraux avaient perdu approximativement deux fois plus d’hommes que les sudistes dans une série d’attaque contre des positions défensives. Mais à Cold Harbor, ce ratio devint très lourd pour les nordistes qui perdirent environ cinq fois plus d’hommes que leurs adversaires. Or, bien que l’Union disposait d’un réservoir d’hommes pouvant être appelé sous les drapeaux, cet avantage connaissant un ralentissement durant cette phase de la guerre, tous les renforts disponibles, c’est-à-dire ceux entrainés et prêts au combat, avaient été envoyés aux différentes armées nordistes, si bien qu’aucune autre troupe ne serait prête avant plusieurs mois et donc que chaque homme perdu par Grant ne serait tout simplement pas remplacé. La conséquence était claire, le commandant nordiste ne pouvait plus espérer lancer des attaques aussi couteuses tout en étant certain de maintenir sa supériorité numérique.[177]
Enfin, la troisième raison tenait à l’état psychologique des hommes de l’Armée du Potomac. Comme le montra l’attaque de Cold Harbor, et surtout la soudaineté avec laquelle elle arriva à son terme, les soldats fédéraux refusant de poursuivre le carnage. Les nordistes n’étaient plus enclin à accepter des attaques suicidaires basées sur soit des tactiques inappropriées à la nouvelle forme de guerre qui faisait son apparition en Virginie soit à l’incompétence des officiers supérieurs comme cela avait souvent été le cas depuis le début de la campagne.[178]
D’autre part, Grant, coincé entre la Chickahominy et la Totopotomoy ne pouvait pas non plus se permettre d’effectuer un déplacement rapide sur une courte distance car cela ne ferait que déplacer le problème. Là où il se trouvait, les rivières l’empêchaient de prendre de flanc les confédérés en ralentissant toute manœuvre nordiste  . Or même s’il franchissait la Chickahominy, Grant serait de nouveau bloqué de la même manière par la James.[179]

Enfin, Grant ne pouvait pas opter pour une troisième solution, ne  pas bouger et assiéger les sudistes car d’où ils se trouvaient, les fédéraux ne pouvaient pas couper les approvisionnements de Richmond et de l’Armée de Virginie du Nord puisque les deux artères ferroviaires alimentant les sudistes étaient toujours ouvertes et les échecs rencontrés par les forces de Butler dans la Péninsule et de Hunter dans la vallée de la Shenandoah ne laissaient entrevoir aucune ouverture de ce côté pour couper ces voies ferrées et isoler la ville.

Grant dût donc se résoudre à opter pour la deuxième solution mais sur une distance plus grande. Il ne s’agissait donc pas d’un replacement tactique mais bien d’une nouvelle manœuvre stratégique sur la droite confédérée. Le plan de Grant prévoyait de faire traverser la Chickahominy puis la James afin d’incorporer les forces de Butler et de prendre le nœud ferroviaire de Petersburg, coupant la voie d’approvisionnement sud de Richmond en plus de progresser vers le nord pour couper l’approvisionnement par la James et la Richmond and Danville Railroad. Trois chemin de fer se rejoignait à Petersburg avant de continuer vers la capitale confédérée, la Lynchburg and Petersburg Railroad, la Weldon and Petersburg Railroad et la Norfolk and Petersburg Railroad. Dans le même temps les cavaliers de Sheridan partiraient eux pour le nord-ouest afin d’aller couper la Virginia Central Railroad sur plusieurs kilomètres en direction de Gordonsville et de rejoindre Hunter, qui avait repris la marche dans la vallée de la Shenandoah, quelque part près de Charlottesville pour l’aider à la conquérir pour de bon.[180] Ce nouveau raid confié à Sheridan avait également pour objectif de réaliser une diversion qui attirerait sans doute une grande partie de la cavalerie confédérée et priverait Lee d’une source de renseignements majeure sur les mouvement de l’infanterie fédérale.[181]
Avec ce plan, en coupant toutes les voies de ravitaillements de la cité, Grant espérait amener Lee dans une situation où trois choix s’offriraient à lui. Abandonner la capitale sudiste aux fédéraux car devenue indéfendable, y être assiéger et lentement mais surement voir ses forces s’affamer au point de ne plus pouvoir combattre et être contraint à la reddition ou attaquer les forces nordistes qui disposeraient au minimum de la supériorité numérique si elles n’avaient pas déjà eu le temps d’établir des fortifications de campagne qui augmenteraient considérablement leurs chances de victoire. En d’autres termes, accorder à Grant la bataille en terrain ouvert qu’il cherchait depuis le franchissement de la Rapidan un mois pus tôt.[182] D’une certain manière, cette nouvelle manœuvre marqua un changement dans l’approche stratégique de Grant. Plutôt que de s’en prendre directement à l’armée ennemie, il comptait s’en prendre à ses approvisionnements afin de l’affaiblir puisqu’elle restait trop forte pour être détruite de façon directe.[183]

Le 5 juin, Grant donna ses ordres à Sheridan.[184] Le même jour, il informa Meade de la suite des opérations et lui fit établir une ligne défensive, derrière celle alors tenue par les forces fédérales afin de couvrir la manœuvre à venir et la protéger contre une attaque sudiste. Enfin, il envoya l’un de ses aides de camps, Horace Porter, porter un message à Butler afin de l’informer et de lui donner ses instructions alors qu’un deuxième, Cyrus Comstock, fut chargé de trouver l’endroit où établir un ponton sur la James.[185] Le 27 mai, Grant avait fait prévenir le commandant de sa brigade d’ingénieur, le général Henry Washington Benham, qui se trouvait à Washington, de déplacer ses troupes et ses ponton à Fort Monroe.[186]
Grant avait donc prit sa décision, il lui restait maintenant à en préparer les détails organisationnels. Le commandant nordiste était bien conscient qu’un risque majeur se dressait sur son chemin, la traversée d’une rivière en faisant face à un ennemi n’était jamais une chose aisée mais cette fois il devait le faire deux fois dont l’une, la James, était très large et donc plus risquée. Grant devait dès lors minutieusement préparer son plan pour ne pas perdre de temps. Il lui fallait être hors de portée de Lee avant que celui-ci n’attaque les fédéraux en pleine manœuvre et ne saisissent l’opportunité de les frapper corps après corps voire peut-être de détruire l’Armée du Potomac. En d’autres termes, Grant devait « voler une marche » à Lee, ce qu’il avait échoué à faire à quatre reprises depuis le début de la campagne.[187]

Mais des craintes apparurent à Washington vis-à-vis de ce plan, particulièrement en la personne de Halleck qui estima dangereux de manœuvrer de façon à ne laisser aucune force entre Lee et la capitale fédérale car cela risquerait d’ouvrir la porte à une action sudiste dans cette direction, surtout alors que Grant avait fortement réduit la garnison de la ville. Mais le commandant nordiste s’empressa de dissiper ces craintes en faisant savoir qu’il mettrait une pression suffisante sur l’Armée de Virginie du Nord pour que Lee ne puisse se passer d’aucune de ses troupes. Cependant, les évènements allaient très vite donner tort à Grant. Le 6 juin, Lee fut informé de la victoire de Hunter à la bataille de Piedmont dans la vallée de la Shenandoah. Comprenant très vite que la défaite des forces sudistes laissait planer une grande menace sur ses approvisionnements, Lee fut contraint de renvoyer les deux brigades de Breckinridge dans la région afin d’y contenir l’avancée fédérale avant qu’elle n’atteigne Lynchburg, l’autre nœud routier majeur de Virginie par lequel passait la Orange and Alexandria Railroad avant de croiser la Virginia Central Railroad à Gordonsville, la Lynchburg and Petersburg Railroad, la Virginia and Tennessee Railroad et la James. Ainsi, le 7 juin à l’aube, Breckinridge se mit en marche, bien déterminé à une fois encore infliger un cinglant revers aux nordistes.[188]

Le même jour, Sheridan, qui avait rassemblé les divisions de Torbert et Gregg, environ 8000 hommes, à New Castle Ferry pour y traverser la Panunkey, se mit en route pour la vallée avec pour premier objectif la Virginia Central Railroad. Sans tarder, Lee fut informé du départ de Sheridan et en comprit le but, aussi il se résolu à lancer Hampton et l’ensemble de ses cavaliers, environ 5000 hommes, à la poursuite dès le 9 juin afin d’empêcher les cavaliers nordistes d’atteindre la vallée.[189]
Les hommes des deux camps progressèrent parallèlement les uns des autres. Le 8 juin, Sheridan avait atteint Pole Cat Station. Au soir du 9, il se trouvait à environ 10 kilomètres au nord-ouest de Chilesburg alors que Hampton était Frederick’s Hall Station. Le même jour, toujours dans le but de préparer le mouvement de son armée, Grant fit aussi déplacer sa base d’approvisionnement depuis White House jusqu’à City Point, sur la rive sud de la James.

Le 10 juin au soir, ayant correctement deviné où Sheridan entendait frapper la Virginia Central Railroad, Hampton occupait une ligne défensive entre Louisa Court House où se trouvait la division de Fitzhugh Lee et Trevilian Station où se trouvait sa propre division alors que les fédéraux se trouvaient eux à Clayton’s Store. Le choix de la région de Trevilian Station était relativement logique pour Sheridan qui au cours de sa progression usa le plus longtemps possible de la North Anna pour protéger son flanc gauche avant de fondre sur la voie ferrée confédérée, quelque part entre Gordonsville et Louisa Court House, une fois que ses forces auraient dépassé l’amont de la rivière. De l’autre côté, Hampton usa de la même rivière pour couvrir son flanc droit en progressant le long de la ligne de chemin de fer tout en profitant des lignes intérieures pour devancer son adversaire dans la zone qu’il supposait être la cible des fédéraux. Les cavaliers sudistes profitèrent également du fait qu’ils étaient plus légers que leurs adversaires pour se déplacer d’autant plus vite.[190]

Le 11 juin, les cavaliers des deux camps engagèrent un combat qui tourna très vite en une mêlée confuse au terme de laquelle les deux divisions sudistes furent séparées et repoussées près de leurs points de départ avec Sheridan entre les deux. Au matin du 12, Fitzhugh Lee contourna les lignes fédérales pour faire sa jonction avec Hampton, comprenant que les fédéraux allaient chercher à pousser vers Gordonsville pour tenter d’ouvrir la voie vers la vallée de la Shenandoah. Plusieurs attaques contre les positions sudistes furent repoussées au cours de la journée et finalement, après avoir détruit le peu qu’il pouvait de voie ferrée, Sheridan avoua son échec et décida de rejoindre l’Armée de Potomac qu’il atteignit 9 jours plus tard après avoir suivi la même route qu’à l’aller. Ce faisant, Sheridan abandonna par la même occasion sa mission de rejoindre Hunter dans sa quête de Lynchburg. Lors de la bataille de Trevilian Station, l’engagement de cavalerie le plus meurtrier de la guerre, les nordistes perdirent environ 1500 hommes contre près de 1000 pour les sudistes qui avait réussi à prévenir une grosse menace contre les forces confédérées défendant la vallée.[191]

Figure 90: La deuxième campagne de cavalerie de Sheridan en Virginie

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Source: JESPEREN Hal, Sheridan’s Raid to Trevilian Station, Movements June 7-10, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

La nouvelle de la défaite de Sheridan et de l’abandon de son plan de rejoindre Hunter ne fut qu’un demi soulagement pour Lee qui venait de recevoir un autre rapport venant de la vallée, celle là beaucoup moins favorable aux sudistes. Hunter avait tout de même reçu du renfort, les troupes de Averell et Crook jusqu’alors présentes en Virginie Occidentale, de l’autre côté des Allegheny Mountains pour y combattre la guérilla pro-sudiste. Le résultat de cet ajout de force amena Hunter à commander environ 20 000 hommes, soit bien plus que la maigre force de Breckinridge de plus ou moins 3000 hommes qui lui barraient le chemin près de Charlottesville.[192] Lee fut donc contraint de préparer le départ d’une partie conséquente de ses propres forces afin de prévenir cette nouvelle menace contre sa ligne d’approvisionnement. Ainsi, ce fut vers l’ancien corps de Jackson, celui même qui avait déjà été le héros de la première campagne de la vallée de la Shenandoah que Lee tourna son regard et décida donc d’envoyer Early dans la région pour contrer Hunter. Lee entrevit même là une possibilité de mettre un coup d’arrêt à la campagne de Grant contre Richmond en le forçant à revenir vers le Nord pour défendre Washington ainsi menacée par une invasion depuis la vallée qui à deux reprises avait déjà servi de voie d’invasion du Nord par le commandant sudiste. Et même si toutes les forces de Grant n’étaient pas rappelées vers le Nord, Lee estimait qu’il serait en mesure de faire face à celles restantes pour les forcer à se retirer des abords de la capitale. Sa décision prise, le 12 juin, il donna ses instructions à Early qui devait partir dès le lendemain.[193] Lee était bien conscient que se séparer de l’un de ses trois corps réduisait considérablement ses forces et le plaçait dans une situation précaire, et ce alors que des rumeurs d’un nouveau déplacement de l’Armée du Potomac se faisaient entendre, mais c’était un risque nécessaire à prendre.

Ces rumeurs n’étaient pas infondées, loin de là. Le même jour, le 18ème corps de Smith fut le premier à quitter les lignes fédérales et embarqua à White House pour rejoindre Bermuda Hundred en bateau. Dans le même temps, les cavaliers de Wilson prirent position à Long Bridge sur la Chickahominy, où ils établirent un rapide ponton pour remplacer le pont détruit, et ouvrir la route au 5ème corps de Warren qui progressa jusqu’à Riddell’s Shop pour y établir une position défensive afin de protéger le flanc des autres forces fédérales et amener Lee à croire que l’Armée du Potomac se déplaçait entre la Chickahominy et la James, pas au delà. Le 9ème corps pour sa part se mit en direction de White House puis obliqua vers le sud pour se rapprocher de la Chickahominy. Enfin, les 2ème et 6ème corps se retirèrent eux vers la nouvelle ligne défensive que Meade avait fait préparer.
De l’autre côté, le soir, les confédérés ouvrirent leur habituel feu d’artillerie contre les positions fédérales afin de s’assurer que les nordistes n’avaient pas bougé. Cependant, cette fois la réponse fut moins appuyée que d’habitude ce qui mit la puce à l’oreille du commandant sudiste.[194]

Le 13 au matin, alors que Early prit la route de vallée, Lee envoya des tirailleurs de ses deux autres corps reconnaitre les positions fédérales et s’aperçu très vite qu’ils n’y étaient plus. Pensant, comme le voulait Grant, que l’Armée du Potomac se replaçait au sud de la Chickahominy, Lee fit traverser la rivière à ses hommes et les envoya vers Riddell’s Shop.
Pendant ce temps, les fédéraux continuèrent leur avance vers la James. Le 2ème corps traversa lui aussi à Long Bridge avant de passer dans le dos du 5ème corps et atteignit la James à Wilcox’s Landing alors que les 6ème et 9ème corps en firent de même à Jones Bridge, plus à l’est, avant de marcher vers Charles City Court House.

Le 14, Lee ordonna à ses forces de continuer vers Riddell’s Shop mais ils n’y trouvèrent personne. Warren était parti et Lee ne connaissait pas la position des forces fédérales. Privé de sa cavalerie – à l’exception des deux brigades de W.H.F. Lee – qui venait à peine de se remettre en route après Trevilian Station, Lee manquait cruellement de renseignements. A ce moment deux options se présentaient à lui, rester entre la Chickahominy et la James pour protéger Richmond où se diriger en vitesse vers Petersburg pour défendre le carrefour ferroviaire dans le cas ou Grant serait en train de franchir le fleuve. Mais ne sachant pas où se trouvaient les forces fédérales, Lee était contraint d’attendre qu’ils réapparaissent. Il positionna donc une ligne défensive entre Glendale et Malvern Hill d’où il pouvait défendre Richmond et Drewry’s Bluff dans le cas où il devrait traverser la James en urgence pour venir aider Beauregard alors que l’Armée du Potomac attaquerait.
De leur côté, les nordistes ne perdaient pas de temps. Le 2ème corps commença à franchir la James par transport à Wilcox’s Landing alors que d’autres attendaient la fin de la construction du ponton établit en aval de City Point.[195] Le même jour, Smith arriva à bermuda Hundred.[196]

Le 15, le 2ème corps était intégralement sur la rive sud et le train d’approvisionnement ainsi que le 9ème corps passèrent le ponton. Sans perdre de temps, Hancock se mit, avec le 18ème corps et les cavaliers du général August Valentine Kautz de l’Armée de la James, en marche vers Petersburg. Smith emmena ses hommes vers Point of Rocks avant de leur faire traverser la James sur un ponton pour avancer vers la ville par le Nord pendant que Hancock arrivait lui de l’est depuis son point d’accostage sur la rive sud du fleuve. Mais les deux corps connurent des délais qui eurent pour conséquence que les premières forces à avancer vers la ville, le corps de Smith avec Hancock quelques kilomètres derrière lui, ne le firent qu’à partir de 19 heure. Très vite, la ligne sudiste – appelée la Dimmock Line du nom de son constructeur – puissamment fortifiée mais peu défendue par les 2 200 hommes du général Henry Alexander Wise, fut rapidement prise par les fédéraux, les confédérés se repliant derrière la Harrison’s Creek. Mais plutôt que de pousser pour prendre la ville qui était à portée de main, les nordistes hésitèrent et la nuit tombant, la rumeur de renforts sudistes enflant et pensant la bataille déjà gagnée puisque les fortifications étaient prises, décidèrent d’en rester là. Sans encore le savoir, les fédéraux venaient là de perdre l’opportunité de prendre Petersburg sans plus de combat. Beauregard usa de ce répit pour commencer la construction d’une nouvelle ligne défensive et, dans la nuit, Lee se prépara à faire mettre en marche des renforts. Premièrement, il renvoya la division de Hoke rejoindre Beauregard. Enfin, il se prépara à dépêcher la division de Pickett, suivie de celle de Field, qui en chemin furent cependant redirigées vers la Howlett Line, la ligne défensive se trouvant face aux forces de Butler dans la petite péninsule de Bermuda Hundred que Beauregard avait fait évacuer afin de redéployer les troupes du général Bushrod Rust Johnson sur les défenses de Petersburg.[197]

Le 16 juin, Hill tint seul la ligne sudiste à l’est de Richmond avec la dernière division de Anderson pendant que les autres se dirigeaient vers le sud. Dans le même temps, les fédéraux de Burnside et Warren avançaient vers Petersburg, les forces de Wright étaient pour la plupart en route vers Bermuda Hundred et le reste derrière Warren vers Petersburg. En effet, le matin, l’une des divisions du 6ème corps traversa sur le ponton alors que les deux autres embarquèrent dans des transports à Wilcox’s Landing pour rejoindre directement Bermuda Hundred après que le 5ème corps eut franchit la rivière avec ces mêmes transports. Mais ne disposant pas de ces informations et Beauregard incapable de les lui fournir, Lee, ne sachant toujours pas sur quelle rive de la James se trouvait le gros de l’Armée du Potomac, ne pouvait pas encore prendre le risque de faire faire mouvement à Hill. Les fédéraux ne poussèrent pas plus vers Petersburg ce jour-là mais pour le lendemain, la menace sur Beauregard qui, en regroupant toutes ses forces plus quelques unes venues de la garnison de Richmond, comptait environ 14 000 hommes face aux quelques 80 000 de Grant, devenait presque insoutenable. Comme la veille, ce fut d’une part la désorganisation et d’autre part la crainte de voir les forces sudistes leur tomber dessus alors que toutes les forces n’étaient pas encore réunies qui retint les fédéraux, les empêchant de saisir la ville qui leur tendait pourtant les bras.[198]

Figure 91: Mouvements de Cold Harbor à Petersburg

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Eastern Virginia, 1864, Movements to the James River, 12-16 june 1864, West Point: Department of History.

Mais finalement, le 17, les nordistes ne montèrent toujours pas à l’assaut avec détermination. Warren avança mais alors qu’il aurait pu flanquer la droite de Beauregard, dont il ignorait la position, se contenta de repousser des tirailleurs qui harcelaient sa ligne. Burnside avança lui aussi timidement au centre mais fut repoussé alors que Hancock, dont le corps était sous le commandement de Birney en raison de la réouverture de sa blessure de Gettysburg, resta inactif. Dans le même temps, Butler avait profité du retrait des confédérés de la Howlett Line pour l’occuper et avancer jusqu’à Port Walthall Junction mais très vite, Pickett et Field  repoussèrent les nordistes et reprirent la ligne sans que les forces de Wright, qui débarquaient seulement, ne puissent rien y faire. A la tombée de la nuit, Burnside et Birney firent une nouvelle tentative contre le centre de la ligne sudiste de Petersburg et après un premier succès qui leur permit de s’emparer d’une partie des fortifications, furent stoppés bien que pas repoussés et la nuit tombante, Meade mit un terme à l’offensive.[199] Durant la nuit, Beauregard se replia sur sa nouvelle ligne défensive enfin terminée et informa Lee que l’ensemble de l’Armée du Potomac était sur la rive sud de la James. Enfin sûr de l’objectif de son adversaire, Lee ne perdit pas de temps et donna des instructions pour déplacer l’ensemble de ses forces vers Petersburg, à l’exception d’une division, celle de Pickett, qu’il maintint sur la Howlett Line face à Butler.[200]
Le même jour, après avoir parfaitement accompli leur mission qui était de fournir un écran impénétrable pour masquer aux sudistes les opérations fédérales, les cavaliers de Wilson traversèrent eux aussi via la ponton que les ingénieurs fédéraux démontèrent dès le lendemain.

Le 18, Meade fit, tôt au matin, avancer ses hommes vers la Dimmock Line qu’ils trouvèrent abandonnée. Poursuivant leur progression après s’être réorganisé, les fédéraux trouvèrent la nouvelle ligne défensive de Beauregard et l’attaquèrent en début d’après-midi seulement pour être accueillis et repoussés sèchement par les forces de Anderson tout juste arrivées sur place alors que Hill n’arriverait lui qu’à la tombée de la nuit. Devant ce qui commençait à ressembler à un nouveau Cold Harbor, les soldats fédéraux se montrèrent très vite retissant à remonter à l’attaque. Seul un régiment de recrues du Maine obéit aux ordres et attaqua pour seulement être taillé en pièce par les défenseurs. Conscient de l’état des troupes, physiquement et moralement, et de l’échec de leur tentative de prendre Lee de vitesse à Petersburg, Meade et Grant arrivèrent à la conclusion qu’il fallait se résoudre à établir le siège et laisser les troupes se reposer et se réorganiser. Mais Richmond n’était pas encore coupée de tout, les fédéraux allaient encore devoir travailler dur avant de mettre la ville et l’Armée de Virginie du Nord à genoux.[201]

Figure 92: Actions du 18 juin 1864 contre les défenses confédérée de Petersburg

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Eastern Virginia, 1864, Siege of Petersburg, federal attacks, 18 June 1864, West Point: Department of History.

Tôt dans la campagne, après avoir compris que Grant n’était pas du même acabit que ses précédents adversaires et ne repasserait pas la Rapidan à moins d’y être amené par la force, Lee s’était entretenu avec Early et lui avait annoncé que si l’Armée du Potomac atteignait la James, la confrontation entre les deux armées tournerait immanquablement en un siège, les nordistes se retrouvant aux abords de Richmond avec la possibilité d’en couper les approvisionnements alors que les sudistes seraient eux contraints de défendre la ville, la capitale de la Confédération ne pouvant être abandonnée pour des raisons politiques et symboliques. Et avec cette nouvelle manœuvre de l’armée fédérale, c’était bien là que la situation en était arrivée. Pour la première fois depuis le début mai, Grant avait été capable de prendre Lee de vitesse après avoir échoué à le faire à quatre reprises, le commandant sudiste ayant à chaque fois deviné et contré les plans nordistes. Mais cette fois, Lee ne put rien faire, privé d’une trop grande partie de sa cavalerie, il fut incapable de deviner les intentions de son adversaire et prit entre la défense de deux cibles potentielles de part et d’autres de la zone, Richmond et Petersburg, il ne put prendre le moindre risque sans être sûr de l’objectif de Grant, ce qui explique pourquoi il a mit tant de temps avant de franchir la James, arrivant juste à temps pour sauver la situation mais bien trop tard pour exploiter toute possibilité de frapper l’Armée du Potomac en pleine manœuvre alors qu’elle devait traverser deux rivières de taille importantes. Et justement c’est probablement là que se trouvait la pièce maitresse du plan de Grant. En envoyant Sheridan dans un raid contre la Virginia Central Railroad, il s’assura que Lee serait contraint de se passer d’une grande partie de sa cavalerie et bien que les cavaliers nordistes furent vaincus et repoussés sans pouvoir détruire sensiblement la voie ferrée ni rejoindre la vallée, l’objectif le plus important de ce raid fut donc atteint.[202] Pour le reste, les cavaliers de Wilson assurèrent parfaitement l’écran que ceux W.H.F. Lee, trop peu nombreux, ne purent percer. Cependant, alors que la première partie de son plan, amener ses forces sur la rive sud de la James, se déroula à la perfection comme il l’avait déjà fait dans sa campagne contre Vicksburg, entre autre grâce à la performance des troupes du génie fédéral, la seconde, foncer sur Petersburg et en prendre le contrôle, ne se passa aussi bien. Grant, peut-être trop sûr de lui et de la qualité de ses subalternes, se mit en rentrait et laissa le commandement des opérations à ces derniers qui ne furent pas capables de saisir Petersburg alors que la ville était à peine défendue, en tout cas par trop peu de forces pour pouvoir être tenue, parce qu’ils perdirent trop de temps et furent trop prudents au moment crucial, sans doute échaudés et épuisés par l’horreur des batailles livrées lors du mois et demi écoulé, particulièrement celles du Bloody Angle de Cold Harbor. La conséquence de cela fut de laisser du temps à Lee, en profitant des lignes intérieures, pour amener in extremis l’ensemble de ses forces à Petersburg pour défendre la ville et surtout les lignes d’approvisionnements de la ville et de l’Armée de Virginie du Nord. Avec la décision de Grant, le 18 juin, d’établir le siège de la ville, prit fin la campagne de l’Overland et commença celle que nous nommerons de l’Appomattox, la dernière du théâtre de Virginie.

La campagne de l’Overland apporta plusieurs enseignements, aussi bien sur le déroulement du conflit que sur l’évolution de l’art de la guerre en général. Les combats incessants que se livrèrent les deux armées marquèrent de façon claire la transition entre les tactiques des guerres napoléoniennes vers celles qui seront amenées à leur paroxysme avec la Première Guerre Mondiale, pour la première fois ces changements devenaient indéniables. Parmi ceux-ci, notons l’occurrence de combats quasi permanents, les belligérants ne se séparant que brièvement pour recommencer un peu plus loin avec la conséquence de toucher durement le moral et même la santé psychologique des hommes, cela marqua la fin de l’idée de la bataille décisive. Notons également le recours systématique aux fortifications de campagne afin de se protéger de la puissance de feu de l’adversaire et augmenter ses propres défenses avec pour conséquence d’ouvrir l’ère des guerres de tranchées avec ses bombardements, ses tireurs d’élite, ses conditions de vie difficiles, son no man’s land, ses assauts meurtriers, ses nouvelles tactiques et technologies et finalement son immobilisme.[203]
Pour ce qui relève de l’évolution du cours de la guerre elle même, cette campagne permit, certes avec un coût très élevé, à Grant de s’imposer stratégiquement en conquérant l’espace entre la Rapidan et Richmond – près de 130 kilomètres -, espace qui, entrecoupé de nombreuses rivières coulant d’ouest en est et de régions fortifiées, favorisait la défense. En un mois et demi, Grant s’assura donc de ne plus avoir à batailler pour franchir ces écueils et donc priver la Confédération d’une solide zone tampon, réalisant là l’une des plus importantes conquête territoriale stratégique de la guerre, et immobilisant pour de bon l’Armée de Virginie du Nord qui, à maintes reprises fit trembler l’Union même s’il le fit sans pour autant être capable de la défaire tactiquement, toutes les batailles ayant finit en une impasse favorable aux sudistes.[204] Lors de sa campagne de la Péninsule, l’usage de la prépondérance navale de l’Union avait permit à McClellan de réaliser la même progression que Grant mais sans avoir eu à livrer autant de combats acharnés. Cependant, l’apport de la lutte incessante que les deux armées se livrèrent en ce printemps 1864 se révèlera déterminant pour la suite des hostilités. Lorsqu’il arriva devant Richmond, McClellan faisait face à une force en pleine possession de ses moyens et qui le repoussa sans peine jusqu’à son point de départ. Grant devant les portes de la même ville fit lui face à une armée épuisée et plus à même de l’attaquer, devant se résoudre à une position défensive qui devait inéluctablement l’amener à sa destruction. La différence entre les deux réside donc dans la violence des combats livrés pour en arriver là, une violence nécessaire d’un point de vue stratégique.
Cette progression se fit donc au prix de très lourdes pertes. Alors qu’elle avait commencé la campagne avec quelques 120 000 hommes, l’Armée du Potomac la termina avec approximativement 85 000. Cependant, l’impact fut plus lourd encore qu’il n’y parait car de nombreuses recrues furent incorporées pour combler les pertes. Au total ce furent 65 000 hommes qui furent tués, blessés, capturés ou portés disparus, plus de la moitié des effectifs de départ, soit l’équivalent des trois cinquièmes des pertes encourues par l’Armée du Potomac entre le début de la guerre et le déclenchement de cette campagne, faisant de celle-ci la plus terrible de la guerre.[205] Bien entendu, cela eut des conséquences. Premièrement, l’Armée du Potomac en était fortement désorganisée car les pertes touchaient autant les hommes de troupes que les officiers, les vétérans que les recrues. De plus, nous l’avons déjà mentionné, l’état psychologique des survivants était fortement atteint, à tel point que les ingénieurs qui accueillirent les fantassins nordistes sur le ponton de la James furent frappés de voir leur état de désaffection, aussi bien physique que moral, aussi bien individuel que collectif. L’Armée du Potomac qui s’enterra à Petersburg n’était plus la force combattante qui était entrée dans la Wilderness un mois plus tôt. Désorganisée et démoralisée, elle n’était plus apte au combat. Rien d’étonnant à ce qu’à la fin elle n’ait plus été capable de continuer le combat, les hommes refusant même à deux reprises de monter à l’attaque contre les fortifications sans que leurs officiers ne puissent rien y faire. Au final, même Grant, pourtant déterminé à se battre sans relâche, du se rendre à l’évidence et accepter de stabiliser le front en attendant une ouverture.[206] Enfin, relayés par la presse, ces chiffres eurent un gros impact au Nord, de nombreuses voix s’élevant contre Grant, jugeant sa stratégie bien trop meurtrière et l’accusant de mener une guerre d’attrition au mépris de la vie de ses hommes.[207] Pourtant, rien n’est moins vrai. Tout au long de la campagne, Grant chercha à affronter Lee en terrain découvert afin de pouvoir user de sa supériorité numérique pour écraser l’armée confédérée, la détruire une bonne fois pour toute. Certes pour en arriver là il était prêt, plus que ses prédécesseurs, à accepter de lourdes pertes, mais à aucun moment il n’avait été dans ses intentions de mener une telle stratégie. C’est en fait Lee qui l’y contraignit en devançant chacune de ses manœuvres et en établissant de solides fortifications en travers du chemin des fédéraux, les bloquant et les obligeant systématiquement à l’attaquer.[208] Ce faisant, Lee parvint à tenir en respect une force deux fois supérieure à la sienne et mettre en place cette fameuse stratégie d’usure qu’il cherchait dans l’espoir d’influer sur l’élection présidentielle à venir. Car le Sud, désormais trop faible pour pouvoir espérer gagner la guerre par les armes, en était venu à espérer une paix négociée à la suite de l’élection d’un gouvernement nordiste favorable à la paix. Mais pour ce faire, il lui fallait compter sur les troupes qu’il lui restait. Car Lee ne pouvait plus compter sur l’arrivée de troupes fraiches. Une stratégie défensive était donc toute indiquée pour infliger de lourdes et, en apparence, inutiles pertes aux fédéraux tout en en subissant le moins possible. En cela, Lee réussit son coup mais pas comme il l’aurait espéré. Premièrement, ses pertes furent tout de même très lourdes, 35 000 hommes environ, un peu plus de la moitié de ce dont il disposait sur la Rapidan avec les mêmes conséquences que pour les fédéraux.[209] Deuxièmement, il dut, tout au long de la campagne accepter de perdre du terrain dont l’importance stratégique pour la Confédération a déjà été présentée, si bien qu’il ne pouvait désormais plus reculer et ne pouvait plus espérer repousser son adversaire. Pour le Sud, la situation devenait donc désespérée mais la guerre était encore loin d’être finie, les confédérés pouvant encore se battre pour repousser l’inévitable échéance.

Figure 93: Campagne de l’Overland

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Source: JESPEREN Hal, Grant’s Overland Campaign, May-June 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

[1] FOOTE Shelby, The Civil War: A Narative Volume III: Red River to Appomattox, New York: Random House, 1974, pp. 11-12.

[2] Idem, page 12.

[3] Idem, pages 13-14. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 141. ; Selon certain théoricien tel que James S. Schneider, Cela marqua l’exemple type de l’apparition de l’art opérationnel.

[4] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 792.

[5] Shelby FOOTE, op.cit., page 13.

[6] Idem, pages 18-19.

[7] Idem, page 19.

[8] Idem, pages 16-17.

[9] James McPHERSON, op.cit., page 792. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 15.

[10] Idem, page 17.

[11] FREDRIKSEN John C., Civil War Almanac, New York: Checkmark Books, 2008,  pp. 404-458.

[12] Shelby FOOTE, op.cit., pages 14-15.

[13] KING Curtis S., ROBERTSON William G., CLAY Steven E., Staff Ride Handbook for the Overland Campaign, Virginia, 4 May to 15 June 1864: A Study in Operational-Level Command, Second Edition, Combat Studies Institute Press: Fort Leavenworth, 2009, p. 42. ; HOGAN David W. Jr., The Overland Campaign. Washington, DC: United States Army Center of Military History, 2014, p 9.

[14]John KEEGAN, op.cit., page 252. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 42-43. ; Meade présenta à Grant sa démission de la tête de l’Armée du Potomac, estimant que celui-ci préfèrerait  nommer l’un de ses proches du théâtre de l’Ouest à ce poste, mais d’une part pour ne pas trop chambouler les hommes de cette armée et d’autres part parce qu’il fut impressionné par l’attitude de Meade, Grant choisit de le maintenir à son poste.

[15]Shelby FOOTE, op.cit., page 133.

[16]Shelby FOOTE, op.cit., pages 133-134. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 47. ; David HOGAN, op.cit., page 12.

[17] Grant déplacera d’ailleurs sa base d’approvisionnement à Belle Plain une fois la Rapidan franchie et la campagne lancée.

[18]Shelby FOOTE, op.cit., pages 134-135. ; James McPHERSON, op.cit., page 795. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 47-48.

[19]Shelby FOOTE, op.cit., pages 143-144. ; James McPHERSON, op.cit., page 795. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 48.

[20]Shelby FOOTE, op.cit., page 125. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 45. ; James McPHERSON, op.cit., page 791. ; David HOGAN, op.cit., page 13.

[21]Shelby FOOTE, op.cit., pages 121. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 45.

[22] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 457.

[23] En effet, Burnside, étant plus ancien dans le grade que Meade, ne pouvait pas être le subordonné de ce-dernier. Cette situation demeura jusqu’au 24 mai, date à laquelle Burnside accepta de se placer sous les ordres de Meade. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., p. 42. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 127/133.

[24] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 42-43. ; Wilderness-Spotsylvania, Washington: Center of Military History, United States Army, Staff Ride  Briefing Book, page 37.

[25] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 45-46. ; Wilderness-Spotsylvania, Staff Ride Briefing Book, op.cit., page 38.

[26] De toutes ces mesures, cette dernière fut la plus efficace car elle mettait une pression sociale sur les hommes qui ne voulaient de la sorte pas décevoir les hommes avec lesquels ils avaient servis.

[27] Shelby FOOTE, op.cit., pages 127-139. ; James McPHERSON, op.cit., page 790.

[28] James McPHERSON, op.cit., page 790.

[29] James McPHERSON, op.cit., page 789.

[30] Shelby FOOTE, op.cit., page 146.

[31] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 49.

[32] Shelby FOOTE, op.cit., page 147. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 48-49.

[33] Shelby FOOTE, op.cit., pages 148-149. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 49.

[34] Shelby FOOTE, op.cit., page 150.

[35] Idem, page 148.

[36] Idem, pages 150-151.

[37] Idem, page 122.

[38] Idem, page 151.

[39] Idem, page 152.

[40] James McPHERSON, op.cit., page 795.

[41] Shelby FOOTE, op.cit., pages 153-154.

[42] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 49.

[43] Shelby FOOTE, op.cit., page 154.

[44] Idem, pages 157-158. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 49.

[45] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 50-51.

[46] Idem, page51. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 155.

[47] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 50-51. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 155-156.

[48] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 52.

[49] David HOGAN, op.cit., page 19.

[50] Shelby FOOTE, op.cit., pages 161-162.

[51] Idem, page 162-163.

[52] Idem, pages 157-158.

[53] James McPHERSON, op.cit., page 795.

[54] Shelby FOOTE, op.cit., page 164.

[55] Idem, page 165.

[56] Idem, pages 167-168.

[57] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 54.

[58] Cette position est également connue sous le nom de Widow’s Tapp

[59] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 55. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 168.

[60] Shelby FOOTE, op.cit., pages 167-168.

[61] Idem, pages 168-169. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 54.

[62] Shelby FOOTE, op.cit., pages 169-171.

[63] Idem, page 167.

[64] Shelby FOOTE, op.cit., pages 171-172.

[65] Idem, page 173-174.

[66] Idem, pages 175-176. ; David HOGAN, op.cit., page 23.

[67] Shelby FOOTE, op.cit., pages 176-178.

[68] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 56-57.

[69] Shelby FOOTE, op.cit., pages 178-179.

[70] Idem, page 180.

[71] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 57. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 180-181.

[72] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 441.

[73] Shelby FOOTE, op.cit., page 173.

[74] Idem, page 181-182. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 57.

[75] James McPHERSON, op.cit., pages 796-797. ; John KEEGAN, op.cit., page 254. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Wilderness, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[76] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 58. ; David HOGAN, op.cit., page 26.

[77] Ibid.

[78] Shelby FOOTE, op.cit., pages 198-199.

[79] Idem, page 179. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 443-444. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 58.

[80] Shelby FOOTE, op.cit., pages 198-199.

[81] Idem, pages 190-191. ; James McPHERSON, op.cit., pages 797-800.

[82] Shelby FOOTE, op.cit., page 199. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 59.

[83] Ibid. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 224.

[84] Idem, pages 191-192. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 59-60. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 445.

[85] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 60. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 192-194.

[86] Idem, page 194-195.

[87] Idem, page 195-196.

[88] Idem, page 199. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 446. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 59-60.

[89] Ibid. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 195-196.

[90] Idem, page 200. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 60.

[91] Shelby FOOTE, op.cit., page 199.

[92] Idem, page 196-197.

[93] Idem, page 197.

[94] Ibid. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 60-61.

[95] David HOGAN, op.cit., pages 29-30.

[96] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 61.

[97] Ibid. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 202.

[98] Idem, pages 203-204.

[99] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 447.

[100] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 61.

[101] James McPHERSON, op.cit., page 800.

[102] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 448. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 204-205.

[103] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 61. ; L’ironie de l’histoire veut que juste avant d’être atteint par un tireur d’élite confédéré, Sedgwick haranguait ses hommes à ne pas avoir peur de ces tirs, la distance entre les deux lignes étant trop grande pour que les sudistes puissent toucher leur cibles.

[104] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 447.

[105] Shelby FOOTE, op.cit., pages 224-225.

[106] Idem, page 225.

[107] Idem, page 226.

[108] Idem, page 227.

[109] Idem, page 225-227. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 76-77.

[110] Idem, page 62. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 205-206.

[111] Ibid. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 62-63.

[112] Idem, page 63. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 207.

[113] Idem, page 209.

[114] John KEEGAN, op.cit., page 258.

[115] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 63-64. ; James McPHERSON, op.cit., page 801. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 208-210.

[116] Idem, page 207.

[117] Idem, page 210.

[118] Idem, page 227-229. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 77.

[119] Shelby FOOTE, op.cit., pages 211-212.

[120] Idem, pages 213-215. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 65.

[121] Idem, pages 77-78. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 229-232. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Yellow Tavern, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[122] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 66.

[123] Shelby FOOTE, op.cit., pages 217.

[124] Idem, page 219.

[125] Idem, pages 218-219.; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 66. ; James McPHERSON, op.cit., pages 801-802.

[126] Shelby FOOTE, op.cit., pages 219-220.

[127] Idem, pages 221-222. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 66-67.

[128] De nombreux témoignages et rapports raconte l’horreur et la violence des combats du Bloody Angle.

[129] Shelby FOOTE, op.cit., page 222. ; Les combats entre Wright, Hancock et Ewell furent si atroce que pour la première fois de l’histoire furent documentés des cas de ruptures psychologique comme les combats de tranchées de la Première Guerre Mondiale en produiront tant.

[130] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 66-67. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 222-223.

[131] Idem, page 223.

[132] Ibid. ; James McPHERSON, op.cit., page 805.

[133] Shelby FOOTE, op.cit., pages 232-234. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 79.

[134] Idem, page 67. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 236.

[135] Idem, page 236-237 ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 67.

[136] Shelby FOOTE, op.cit., pages 238-239.

[137] Idem, page 239-240. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 68. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Spotsylvania Court House, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[138] James McPHERSON, op.cit., pages 804-805. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 240. ; John KEEGAN, op.cit., page 258.

[139] James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 156. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 801. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 240-241.

[140] Idem, page 234. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 79.

[141] Idem, page 69. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 241-242. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 458-459.

[142] Shelby FOOTE, op.cit., page 265. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 68-69.

[143] Idem, page 70.

[144] Shelby FOOTE, op.cit., page 266.

[145] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 71.

[146] Shelby FOOTE, op.cit., page 267.

[147] Idem, pages 267-268. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 71.

[148] David HOGAN, op.cit., page 50.

[149] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 72-73. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 272-273.

[150] Idem, pages 269-270. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 73.

[151] Idem, page 74. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 271.

[152] Idem, pages 273-275. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 74-75.

[153] FLOYD Dale E., LOWE David W., Wilson’s Wharf, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[154] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 75. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 274-275.

[155] Idem, page 275. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 75.

[156] Idem, page 69. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 275. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 458.

[157] FLOYD Dale E., LOWE David W., North Anna, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[158] Shelby FOOTE, op.cit., page 276. ; John KEEGAN, op.cit., pages 258-259. ; James McPHERSON, op.cit., page 805.

[159] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 79-80.

[160] Idem, page 280. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 276-277.

[161] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 81. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Haw’s Shop, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[162] Shelby FOOTE, op.cit., pages 277-278. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 80-81.

[163] Idem, page 81.

[164] Idem, pages 82-83. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 279-280.

[165] Idem, page 279. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 81.

[166] Idem, page 82. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Totopotomoy Creek, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[167] Shelby FOOTE, op.cit., page 280.

[168] FLOYD Dale E., LOWE David W., Old Church, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[169] Shelby FOOTE, op.cit., pages 280-282. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 83.

[170] Idem, page 83. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 283-285.

[171] Idem, pages 285-286. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 83-84.

[172] Idem, page 84.

[173]Ibid. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 288.

[174]Idem, pages 287-288. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 84-85.

[175]Idem, page 85. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 289-290.

[176]Idem, pages 290-293. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 85. ; John KEEGAN, op.cit., pages 262-263. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Cold Harbor, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[177] Shelby FOOTE, op.cit., pages 299-300.

[178] Idem, page 294-295. ; James McPHERSON, op.cit., page 810.

[179] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 86.

[180] Idem, page 87. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 300.

[181] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 87.

[182] Shelby FOOTE, op.cit., page 301.

[183] David HOGAN, op.cit., page 67.

[184] John FREDRIKSEN , op.cit., page 450.

[185] Shelby FOOTE, op.cit., page 303. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 87.

[186] David HOGAN, op.cit., page 57.

[187] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 87.

[188] Shelby FOOTE, op.cit., page 304.

[189] Ibid.

[190] Idem, page 307.

[191] Idem, page 307-309. ; James McPHERSON, op.cit., page 813. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Trevilian Station, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[192] Shelby FOOTE, op.cit., pages 305/309.

[193] Idem, page 211.

[194] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 88.

[195] Ce ponton fut une prouesse d’ingénierie de la part des fédéraux qui le complétèrent en 7 heures en lui construisant depuis les deux rives de la James sur une distance de près de 700 mètres. Ce fut le ponton le plus long et le plus complexe de la guerre en raison de la variation du niveau de la rivière qui pouvait changé d’un peu plus d’un mètre.

[196] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 88-89. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 475. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., pages 159-161. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 313-316.

[197] Idem, pages 427-434. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 89-91.

[198] Shelby FOOTE, op.cit., pages 434-435. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 475.

[199] Idem, pages 435-437.

[200] Idem, page 438.

[201] Idem, pages 438-442. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., pages 815-816.

[202] David HOGAN, op.cit., pages 69-70.

[203] James Keegan remarque d’ailleurs que c’est d’abord des hommes de troupes qu’est venue l’habitude de creuser pour se fournir une meilleure protection et que la grande majorité des officiers de l’époque n’avaient jusqu’alors jamais envisager cette méthode. Mais à l’été 1864, dans l’Armée de Virginie du Nord, et dans une moindre mesure dans celle du Potomac, la pratique était devenue automatique. ; John KEEGAN, op.cit., page 257.

[204] Idem, page 267. ; James McPHERSON, op.cit., page 818.

[205] Idem, page 817. ; John KEEGAN, op.cit., page 266.

[206] James McPHERSON, op.cit., page 817

[207] Idem, pages 817-818.

[208] John KEEGAN, op.cit., pages 258-259.

[209] James McPHERSON, op.cit., page 818.

Les opérations de l’hiver 63-64

La seconde campagne de Virginie du Nord n’avait débouché sur rien et les deux armées prirent leurs quartiers d’hiver à sa suite. Mais alors que celui-ci était toujours très rude et loin d’arriver à son terme, certains officiers nordistes échafaudèrent des plans d’actions devant impliquer des effectifs relativement réduis mais dont les objectifs devaient, eux, être retentissants et apporter la gloire à leurs concepteurs. Lincoln, qui cherchait à obtenir de bonnes nouvelles en Virginie alors que l’année 1864 allait voir se dérouler les élections présidentielles, se montra très ouvert à ces propositions. De plus, il était toujours à la recherche d’officiers commandants entreprenants et n’ayant pas peur d’engager le combat pour occuper des postes importants sous les ordres de Grant à qui il comptait confier le commandement de toutes les forces armées de l’Union dans l’espoir de le voir mettre un terme à la guerre au plus vite.

Les actions de l’hiver 63-64 n’allaient impliquer qu’une partie très réduite des effectifs des deux camps présents de part et d’autre de la Rapidan. Les forces de Armées de Virginie du Nord et du Potomac comptaient sensiblement les mêmes effectifs que lorsque la seconde campagne de Virginie du Nord prit fin. Certes certains avaient été autorisés à retourner chez eux pour s’y reposer ou changer leurs chevaux épuisés – privilège qui fut particulièrement réservé aux officiers et aux cavaliers -, mais dans l’ensemble cela ne changeait que peu l’importance des effectifs dans les deux camps.[1]
Lee et ses hommes tenaient la rive sud de la Rapidan, dans la région de Orange, entre le confluent de la Mine Run et de la Rapidan à l’Est et Liberty Mills à l’Ouest, soit une ligne d’à peu près 32 kilomètres. La base d’approvisionnement confédérée se trouvant à Gordonsville que la ligne de chemin de fer de la Orange et Alexandria Railroad connectait aux troupes sudistes.
L’armée fédérale de Meade, elle, se trouvait sur la rive nord, dans les régions de Culpeper Court House et Brandy Station.[2]
Les opérations de l’hiver 63-64 impliquèrent également des troupes se trouvant dans la Péninsule de Virginie et dans la partie septentrionale de la Caroline du Nord. Il s’agissait de l’Armée de la James, composée du 18ème corps fédéral sous le commandement du général Butler, et stationnée aux alentours de Fort Monroe pour l’Union et des troupes du département confédéré de Virginie du Sud et Caroline du Nord sous les ordres de Pickett dont les forces faisaient face aux précédents pour la Confédération. Seul une partie de ces deux forces sera néanmoins impliquée dans les actions à venir.

Entre la seconde campagne de Virginie du Nord et le début mars 1864, les autres théâtres d’opérations furent relativement calmes. Premièrement, en Floride, les forces fédérales présentes dans la région tentèrent de renforcer leurs positions dans le secteur tout en agressant les sudistes. Cependant, les nordistes échouèrent devant la position fortifiée confédérée de Olustee le 20 février et se replièrent vers Jacksonville.
Deuxièmement, entre décembre et janvier dans le Tennessee Oriental, une série d’accrochages eut lieu entre les cavaliers de Sturgis et des éléments des forces de Longstreet mais ils s’agissaient là plus de combats de harcèlement de part et d’autre plus que d’opérations de grande envergure.
Enfin, le 2 février 1864, le général Innis Newton Palmer, commandant de la brigade nordiste de l’Armée de la James se trouvant aux abords de New Berne en Caroline du Nord, signala à son supérieur direct, Butler, que ses positions étaient attaquées par près de 15 000 confédérés. Butler estima que Palmer surestimait les forces ennemies et rabaissa ce nombre à 8000. de plus, il jugea que Pickett ne disposait pas de la capacité de mobiliser autant de forces contre New Berne et avait donc nécessairement reçu des renforts depuis Richmond. Butler vit donc là une opportunité de s’en prendre à la capitale confédérée.[3] Le 3 février, il envoya donc un télégramme à Halleck et Stanton dans lequel il développa son plan d’action. L’Armée du Potomac devait lancer une attaque par delà la Rapidan afin de fixer les forces de Lee dans la région et ainsi l’empêcher de déployer des renforts vers la capitale que Butler entendait prendre.[4] Ce dernier espérait également que cette action atténuerait la pression sur New Berne, mais le 4 février, Pickett mit un terme à son offensive qui resta vaine.

Après un temps de réflexion, Halleck accepta le plan de Butler et le 5 février ordonna à Sedgwick, qui remplaçait Meade à la tête de l’Armée du Potomac – ce dernier étant malade – de mettre en œuvre l’opération de diversion demandée par Butler. Sedgwick, qui accepta à contrecœur, précisa tout de même à Halleck que l’état des routes dans la région de la Rapidan et la météo empêchaient toute manœuvre de flanc. De plus, il estimait qu’une telle action ne ferait qu’accroitre l’état d’alerte des forces confédérées et par conséquent handicaperait toute action future dans ce secteur.[5]

Quoiqu’il en soit, Sedgwick obéit et prépara une action en quatre points. Les divisions de cavalerie des généraux Wesley Merrit, qui remplaçait Buford ce dernier étant mort de la typhoïde durant l’hiver, et Kilpatrick devaient mener des actions de diversion respectivement devant Barrett’s Ford et Culpeper Ford durant la journée du 7 février. Une autre diversion devait être menée par le 1er corps de Newton contre Raccoon Ford le 6 février. Enfin, l’action principale devait être conduite le même jour par le 2ème corps de Warren contre Morton’s Ford.
Dans la Péninsule, Butler confia au général Isaac Jones Wistar de mener l’offensive fédérale vers Richmond avec 4000 fantassins et 2200 cavaliers.

Le 6 février, le 2ème corps de Warren, qui se trouvait momentanément sous le commandement du général John Curtis Caldwell car Warren était tombé malade, se présenta devant Morton’s Ford. Les troupes fédérales parvinrent à prendre pied momentanément sur la rive sud de la Rapidan au profit d’une attaque surprise dans la matinée, mais au terme de la journée et de la nuit, les forces confédérées de la brigade de Johnson du corps de Ewell, réorganisées et renforcées, repoussèrent les fédéraux qui ne cherchèrent pas à se maintenir à tout prix.[6] Le même jour, le 1er corps de Newton se présenta devant Raccoon Ford pour y faire une autre diversion, mais ni les mouvements d’infanterie ni les tirs d’artillerie ne déclenchèrent de réponse de la part des sudistes, de sorte que, à la fin de la journée, les fédéraux se retirèrent.[7] Le lendemain, les cavaliers de Merrit et Kilpatrick vinrent à leur tour faire diversion devant Barrett’s et Culpeper Ford. Merritt échangea des tirs avec une brigade d’infanterie sudiste renforcée de quelques canons jusqu’aux alentours de 13h où il mit un terme aux combats.[8] De son côté, Kilpatrick mena son action devant Culpeper Ford et envoya également des équipes d’éclaireurs vers Germana Ford, Ely’s Ford, Chancellorsville et Jacob’s Ford. Nul part les cavaliers fédéraux ne rencontrèrent de véritable opposition de la part des sudistes. En effet, d’une part les cavaliers confédérés rencontraient des problèmes d’approvisionnement et d’autre part, Lee n’avait déployé que peu d’hommes à l’est de la Mine Run. Les enseignements que Kilpatrick retira de ce raid devaient prendre de l’importance plus tard dans le mois.

Dans la Péninsule, les troupes de l’Armée de la James, chargées par Butler de marcher sur Richmond se mirent en marche comme prévu dès le matin du 7 février. Mais alors que les cavaliers fédéraux arrivaient à Bottom’s Bridge, l’avancée fut stoppée par les confédérés et, prenant conscience que l’effet de surprise était perdu, Wistar, le commandant des troupes fédérales sur le terrain, décida d’interrompre l’offensive. Les sudistes avaient pu anticiper l’attaque nordiste grâce à un déserteur, le soldat William Boyle, qui avait été condamné pour meurtre mais pas encore exécuté. Boyle s’évada et rejoignit Richmond où il informa les sudistes de l’imminence de l’attaque. Butler n’eut donc d’autres choix que d’annuler son opération.[9]

Le résultat de ces deux opérations coordonnées fut donc un échec. D’une part, Butler ne parvint pas à franchir les premières défenses sudistes dans la péninsule et ne put donc pas prendre Richmond. D’autre part, le long de la Rapidan, l’Armée du Potomac mena bien ses actions de diversion mais au prix de pertes complètement inutiles.
Comme lors du transfert de Longstreet dans le Tennessee, l’idée initiale de lier deux théâtres différents dans le but de permettre une ouverture sur l’un deux était sur papier tentante mais sa mise en œuvre s’avéra trop simpliste. Sûr de ses renseignements et de son plan, Butler était persuadé qu’il n’aurait qu’à faire marcher ses troupes pour prendre la capitale confédérée si bien que dès qu’un premier écueil se présenta sur son chemin, toute son offensive s’effondra rendant les actions de l’Armée du Potomac complètement inutiles.

Lors de son raid de diversion, Kilpatrick avait donc pu se rendre compte que les gués à l’extrême droite de la ligne confédérée, à l’ouest de la Mine Run, n’étaient pas bien gardés et cela n’allait pas manquer de l’inspirer. Il commença donc à échafauder un plan qui devait lui permettre de reprendre à son compte l’objectif de Butler, prendre Richmond.
Kilpatrick savait deux choses. Premièrement, Lincoln serait intéressé par l’idée de prendre la capitale confédérée, et ce surtout quelques jours après la déception due à l’échec de Butler. La proposition de Kilpatrick pouvait représenter une seconde chance de libérer les soldats nordistes emprisonnés près de la ville et de répandre la nouvelle de la proclamation d’amnistie et de reconstruction de Lincoln, un document établit au mois de décembre 1863 par le Président dans le but d’offrir le pardon et un plan de reconstruction aux sudistes dans l’espoir qu’ils acceptent de cesser les hostilités.[10] Deuxièmement, ni Meade, qui était revenu aux commandes de l’Armée du Potomac, ni Pleasonton ne seraient aussi réceptifs que Lincoln, Kilpatrick allait donc devoir trouver une autre façon de faire parvenir son plan au Président que par la voie hiérarchique normale.
Pour ce faire, Kilpatrick communiqua avec certaines personnes bien placées à Washington afin qu’elles parlent de son projet à Lincoln, et cela fonctionna car le 11 février, un messager vint le prévenir qu’il devait se présenter auprès de Lincoln. Le lendemain, Kilpatrick, Lincoln et Stanton planifièrent le raid.[11]

Le plan d’action de Kilpatrick consistait à faire franchir la Rapidan à près de 4000 cavaliers par le flanc droit de l’Armée de Virginie du Nord et de les faire progresser le plus vite possible vers Richmond, y libérer les prisonniers fédéraux détenus dans les prisons de Belle Isle et Libby avant de prendre la ville avec l’aide de ces renforts improvisés. Sur la route, les hommes de Kilpatrick devaient également distribuer des copies de la proclamation d’amnistie de Lincoln en plus de causer le plus de ravages possibles à l’effort de guerre confédéré.[12]
Pour aider à la mise en œuvre, Kilpatrick demanda à ce que deux opérations de diversion soient menées. La première par la brigade de cavalerie de Custer, avec 1500 hommes, qui devait détruire un pont ferroviaire enjambant la Rivanna River, près de Charlottesville, soit sur le flanc gauche de la ligne confédérée, afin d’y attirer le plus de cavaliers sudistes possibles, de sorte que ceux-ci ne puissent se lancer tout de suite à la poursuite des 4000 cavaliers de Kilpatrick. Si jamais il se faisait couper de ses lignes de communications, Custer avait pour ordres de rejoindre les lignes fédérales dans la vallée de la Shenandoah.[13] La deuxième opération devait être celle de l’ensemble du 6ème corps de Sedgwick qui devait emmener ses troupes vers la Robertson’s River afin d’y attirer l’attention des sudistes.[14]
Le 23 février, le colonel Ulrich Dahlgren vint se joindre à l’opération. Kilpatrick accepta de lui confier 500 hommes, spécialement sélectionnés, et à lui attribuer la mission de quitter la troupe principale à Mt Pleasant, franchir la James River pour attaquer Richmond par le sud-ouest, libérer les prisonniers et rejoindre Kilpatrick qui attaquerait lui la capitale sudiste par le nord.[15]

Dans la nuit du 28 au 29 février, Custer et ses hommes passèrent la Robertson’s River à Banks’ Mill Ford. Cela n’échappa pas aux sudistes et Stuart prit lui-même le commandement d’une brigade de cavalerie pour poursuivre les fédéraux. Les deux troupes se livrèrent alors à un jeu du chat et de la souris dans la région de Charlottesville, Stuart tentant d’intercepter Custer et celui-ci essayant de repasser la Robertson’s River. Finalement, les nordistes parvinrent à se mettre en sûreté sur la rive nord de celle-ci mais sans avoir atteint tous leurs objectifs. Le pont près de Charlottesville demeura intact mais Custer parvint tout de même à attirer de nombreux cavaliers sudistes, dont Stuart lui-même, ce qui était finalement le plus important. De plus, Custer s’avéra très prudent et fut en mesure d’accomplir sa tâche en ne perdant que très peu de ses hommes malgré un petit engagement avec Stuart, près de Banks’ Mill Ford, lors duquel il prit par surprise son opposant avant de se retirer et de se replier vers Burton’s Ford où il retraversa la rivière tôt le 1er mars.[16]
Le 6ème corps de Sedgwick mena comme prévu son opération de diversion devant la gauche sudiste mais cela consista en un simple déplacement de troupes pour attirer l’attention des confédérés et aucun combat n’en résulta.

Dans la même nuit, à l’autre bout de la ligne confédérée, Kilpatrick lança son opération en passant la Rapidan à Ely’s Ford avant de continuer sa route droit vers Richmond par Chancellorsville et Spotsylvania Court House. Une fois à Mt. Pleasant, Dahlgren et ses hommes quittèrent comme convenu la colonne principale et se dirigèrent vers la James River afin de la franchir avant d’attaquer Richmond. Pendant ce temps, lorsqu’il atteignit la Virginia Central Railroad à hauteur de Beaver Dam Station tôt au matin du 29 février, Kilpatrick y détruisit la petite gare et la station télégraphique qui s’y trouvait mais ne purent empêcher quelques confédérés de prendre la fuite vers Richmond pour y donner l’alarme. Kilpatrick, lui, poursuivit sa route et s’installa pour la nuit près de la South Anna River.[17]
Pendant ce temps, vers 10 heure le même jour, Hampton rassembla ses troupes disponibles, entre 300 et 400 hommes, et se lança à la poursuite de Kilpatrick.[18]

Au matin du 1er mars, Kilpatrick arriva lui, vers 10 heure, aux abords de Richmond mais, alerté la veille au soir, le colonel Walter Husted Stevens, commandant des défenses de la capitale confédérée avait préparé ses positions.[19]
De son côté, Dahlgren se sépara d’une centaine de ses hommes qui devaient progresser vers Richmond en restant sur la rive nord de la James pour y détruire le plus d’infrastructures possibles pendant qu’il en faisait de même sur l’autre rive. Cependant, une fois arrivé à Jude’s Ferry, les fédéraux ne purent traverser la rivière en raison d’une crue de celle-ci et Dahlgren continua vers l’est dans l’espoir de trouver un autre point de passage.[20] Plus tard, cette centaine d’hommes rejoindra le gros des cavaliers fédéraux de Kilpatrick.

Devant les défenses de Richmond, Kilpatrick n’osait pas se lancer à l’attaque et attendait de voir arriver les troupes de Dahlgren. Il était persuadé de faire face à une importante force d’infanterie, comme si Richmond avait reçu des renforts. Dans les faits, les troupes confédérées gardant la ville, comptant entre 3000 et 5000 hommes, la plupart d’entre eux étant des jeunes, des vieillards et des notables de la ville qui avaient été en mesure de faire suffisamment impression pour contenir l’avancée des cavaliers fédéraux.[21]
Après plusieurs heures d’attente dans l’espoir de voir Dahlgren et ses hommes arriver pour lui prêter main de forte dans l’attaque contre les défenses de Richmond, Kilpatrick décida finalement de se replier dans l’après midi du 1er mars. Ce dernier craignait particulièrement que les cavaliers sudistes de Hampton ne le rattrapent et le prennent en tenaille avec l’aide de la garnison de la ville, or plus il attendait plus le risque augmentait. Kilpatrick préféra, afin de ne pas voir cela se produire, se diriger vers la Péninsule et les lignes de l’Armée de la James. Pour ce faire, il franchit la Chickahominy River à Meadow Bridge et se dirigea vers Mechanicsville pour y passer la nuit.[22] Tard dans la soirée, les fédéraux eurent à livrer un rapide combat contre ceux de Hampton qui arrivèrent depuis Yellow Tavern. Les sudistes furent repoussés mais cela suffit tout de même à achever de convaincre Kilpatrick de se replier pour de bon et celui-ci déplaça ses hommes à Bethesda Church.[23]
Pendant ce temps, Dahlgren, qui arriva à Richmond par l’ouest et entra en contact avec les premiers éléments de la défense de la ville, se rendit très vite compte que Kilpatrick et ses hommes n’étaient pas là, le contraignant à se replier pour également rejoindre les lignes fédérales. Lui aussi opta pour la direction de la Péninsule. Après avoir  traversé la Chickahominy un peu plus au nord de Meadow Bridge, près de 300 de ses hommes furent séparés du reste dans la confusion. Finalement, bien qu’une quarantaine d’entre eux furent soit tués, soit capturés, le gros de la troupe parvint à faire sa jonction avec les forces de Kilpatrick près de Tunstall’s Station la nuit suivante.[24]

Dans la journée du 2 mars, Kilpatrick demeura toute l’avant-midi près de Bethesda Church dans l’espoir de voir arriver Dahlgren mais les forces sudistes s’amoncelant de plus en plus vite dans le secteur, Kilpatrick ordonna de reprendre la route vers midi et s’arrêta à Tunstall’s Station pour la nuit où il fut rejoint par les éléments séparés de Dahlgren.[25]
De l’autre côté, Dahlgren et les 200 hommes lui restant continuèrent de progresser vers la Panunkey River et la Mattaponi ensuite. Tard à la fin de la journée, alors qu’ils arrivaient près de King and Queen Courthouse, ils tombèrent dans une embuscade tendue par les éléments de cavalerie confédérés. Cela résultat en la bataille de Walkerton qui se déroula dans la nuit du 2 au 3 mars et lors de laquelle l’ensemble de Dahlgren et ses hommes furent tués ou capturés.[26]
Le 3 mars, Kilpatrick atteignit New Kent Court House où il se trouva alors en sécurité dans les lignes fédérales de l’Armée de la James.[27]

Figure 68: Le raid Kilpatrick-Dahlgren en Virginie

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Source: SUHR Robert, The Dahlgren Affair: Kilpatrick-Dahlgren Raid on Richmond, MacLean: Warfare History Network, page 3.

Le raid de Kilpatrick et Dahlgren s’avéra donc être un échec. Non seulement les fédéraux n’approchèrent même pas des prisons de Libby et Belle Isle, mais ils furent également incapables de menacer la capitale sudiste. Enfin, pour parachever l’échec, la perte de Dahlgren et ses hommes, en plus de représenter des pertes plus importantes que celles subies par le Sud au cours de tout le raid, fit perdre à l’Union le seul domaine où elle avait obtenu des points, la diffusion de la proclamation d’amnistie. En effet, à l’échec militaire devait s’ajouter un échec politique.[28]
Dans les effets personnels récupérés par les sudistes sur le cadavre de Dahlgren furent trouvés de papiers contenant des instructions très précises sur ce que ses hommes devaient faire une fois Richmond tombée: brûler la ville et exécuter les membres du gouvernement confédéré, dont Jefferson Davis. Les historiens débattront encore longtemps pour savoir si ces instructions, qui ne furent jamais distribuées aux hommes, émanaient de la seule initiative de Dahlgren ou si des autorités supérieures dans la hiérarchie militaire ou politique de l’Union avaient un rôle à jouer dedans. Quoiqu’il en soit, le mal était fait et très vite la nouvelle de l’existence de ses instructions fut reprise dans la presse sudiste, annihilant assurément tout succès que la déclaration d’amnistie de Lincoln aurait pu rencontrer.[29]
James Seddon, Secrétaire d’Etat à la guerre confédéré décida d’envoyer une copie des documents à Lee, d’une part dans le but de les utiliser comme un moyen d’accroitre le moral de l’Armée de Virginie du Nord et d’autre part afin que le général sudiste puisse demander des comptes à Meade, ce qu’il fit. Lee fit parvenir une lettre au commandant de l’Armée du Potomac, dénonçant les instructions contenues dans les papiers de Dahlgren et demandant des explications. Quelques jours plus tard, Meade répondit, après avoir commandité une enquête, et déclara à Lee que les instructions de Dahlgren était de la propre initiative de ce dernier et n’avaient jamais été sanctionnées par un quelconque échelon hiérarchique.[30]

L’hiver 1863-1864 fut donc marqué, sur le théâtre de Virginie, par deux actions mineures et vaines de l’Union contre la capitale confédérée alors que les opérations principales étaient en pause en attendant des conditions climatiques plus clémentes pour reprendre les hostilités au printemps. Un nouvel acteur allait faire son apparition sur ce théâtre, Ulysses Simpson Grant, à qui Lincoln avait, le 3 mars, confié le commandement de l’ensemble des forces armées de l’Union avec pour mandat clair de mettre un terme à la guerre en soumettant le Sud.


[1] SUHR Robert, The Dahlgren Affair: Kilpatrick-Dahlgren Raid on Richmond, MacLean: Warfare History Network, page 1.

[2] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pp. 464-465.

[3] John SALMON, op.cit., page 250.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 425. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Morton’s Ford, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; John SALMON, op.cit., page 250.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Ibid.

[10] Shelby FOOTE, op.cit., page 1040.

[11] Ibid.

[12] Robert SUHR, op.cit., page 1.

[13] Shelby FOOTE, op.cit., page 1042.

[14] Ibid.

[15] Robert SUHR, op.cit., pages 1-2.

[16] Idem, pages 3-5.

[17] Shelby FOOTE, op.cit., page 1043.

[18] John SALMON, op.cit., page 250.

[19] Robert SUHR, op.cit., page 7.

[20] Shelby FOOTE, op.cit., page 1046.

[21] Idem, pages 1043-1044.

[22] Idem, page 1045.

[23] Ibid.

[24] Idem, page 1047.

[25] Idem, page 1045.

[26] FLOYD Dale E., LOWE David W., Walkerton, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 1046.

[27] Ibid.

[28] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 430.

[29] Idem, page 1049.

[30] Idem, page 1050.

La seconde campagne de Virginie du Nord

Après l’échec de sa tentative de porter la guerre au Nord lors de la campagne de Pennsylvanie, Lee avait été contraint de se retirer vers la Virginie dans la précipitation, abandonnant même une grande partie de la vallée de la Shenandoah aux forces fédérales qui la remontèrent jusqu’à Front Royal. Au final, c’était aux abords de Orange, sur la rive sud de la Rapidan, que les forces confédérées s’étaient retranchées.
De l’autre côté, Meade avait vu l’Armée du Potomac être tout aussi désorganisée par la victoire de Gettysburg que l’Armée de Virginie du Nord l’avait été par la défaite si bien qu’il n’osa pas pousser la poursuite plus en avant et se résolu à se placer sur une position défensive entre Washington et les forces sudistes, aux alentours de Warrenton, dans le but, comme pour les sudistes, de panser ses plaies et de préparer la prochaine campagne à venir.[1]

Les récentes déconvenues rencontrées par la Confédération sur les différents théâtres d’opérations allaient finalement conduire à une réflexion stratégique des autorités politiques et militaires sudistes. Faisant face à cette situation, Davis appela à une conférence stratégique lors de laquelle fut discutée la voie que la Confédération devait suivre pour la suite de la conduite de la guerre. Dans un premier temps, Davis pencha pour la proposition de Lee de reprendre l’offensive sur le front de Virginie contre l’Armée du Potomac. Mais finalement, conscient que cela n’avait pas fonctionné lors de la campagne précédente, il se rallia plutôt à la proposition de Longstreet qui revint avec sa volonté d’utiliser les lignes intérieures de la Confédération pour déplacer des troupes de l’Armée de Virginie du Nord vers l’Ouest afin de vaincre Rosecrans dans le Tennessee avant de chercher à en faire de même contre les troupes de Grant. Pendant ce temps, les troupes restées en Virginie se verraient octroyer la tâche de tenir une ligne défensive solide pour empêcher tout progrès des forces fédérales dans ce secteur. La décision de déplacer deux des divisions de Longstreet, sous le commandement de celui-ci, fut finalement entérinée le 6 septembre.[2]

Au cours de la campagne à venir, d’autres évènements se produiront. Sur le théâtre trans-mississippien, début octobre, William Quantrill et ses guérilleros pro-sudistes menèrent un raid sanglant à Baxter Springs au Kansas, acte faisant partie de la guerre civile interne du Missouri qui débordait sur les états voisins. Plus au sud, en Arkansas, l’Union mena, durant les mois de septembre et octobre, deux actions permettant d’en assurer la main mise sur la région avec la prise de Little Rock et la défense réussie de Pine Bluff.
A la mi-octobre, les forces fédérales menèrent un raid victorieux en Floride dans le cadre du blocus. Leur objectif fut Fort Brooke et les navires fluviaux confédérés présents sur le cours de la Hillsborough River.
Les actions se déroulant sur le théâtre du Mississippi durant cette période montraient deux tendances en cours dans ce vaste secteur. D’une part plusieurs actions fédérales furent menées dans les Appalaches, en Virginie Occidentale et dans le Tennessee, afin d’y réduire la présence sudiste et de prendre le contrôle des points de passages permettant de relier les théâtres de l’Est et de l’Ouest. D’autres part, une séries d’actions de retardement et de renforcement furent conduite par les deux belligérants dans la région de Chattanooga où les forces confédérées de Bragg, après avoir remporté la campagne de Chickamauga, assiégeaient celles de l’Union dans le but pour le Sud d’ouvrir la porte du Tennessee et pour l’Union celle de la Géorgie.
Premièrement, dans les Appalaches, deux campagnes furent menées à l’initiative des fédéraux, l’une fin septembre-début octobre dans l’est du Tennessee où Burnside chercha à y réduire l’influence sudiste et l’autre début novembre en Virginie Occidentale où les forces fédérales s’en prirent à la ligne de chemin de fer de la Virginia and Tennessee Railroad.
Deuxièmement, aux abords de Chattanooga, une première action eut lieu fin octobre lorsque Grant força la réouverture de la Tennessee River pour faire entrer des troupes dans la ville assiégée. Début novembre, des cavaliers sudistes menèrent une action de retardement contre les forces de Sherman se dirigeant, elles aussi, vers Chattanooga. Enfin, fin novembre, Grant se lança à l’attaque contre les forces de Bragg pour briser le siège de la ville et poursuivre les confédérés ainsi poussés à la retraite. Dans le même temps, Longstreet avait entamé une campagne menant à un siège parallèle à Knoxville depuis la mi-octobre mais il dut finalement abandonner celui-ci une fois Bragg mis en déroute par Grant afin de regrouper les forces confédérées de l’Armée du Tennessee.

Pour le Sud, l’objectif dans les mois à venir était double en attendant que le déploiement de renforts vers l’Ouest y produise des résultats favorables pour la Confédération afin d’améliorer sa situation stratégique. D’une part, Lee et ses hommes devaient empêcher l’Union de progresser sur le théâtre de Virginie et d’autres part ils devaient être prêts à exploiter toute opportunité de remporter des points sur ce même théâtre. A la suite de la campagne de Pennsylvanie, l’Armée de Virginie du Nord avait vu ses rangs fortement dégarnis, si bien qu’elle ne comptait plus qu’approximativement 55 000 hommes répartis en trois corps.[3] Ceux-ci, restaient les mêmes que lors de la campagne précédente et sous les mêmes commandements. Le 1er corps, sous Longstreet, avec trois divisions, allait cependant être déployé sur d’autres théâtres. La division de Pickett fut envoyée dans le sud de la Virginie d’une part pour y prendre le commandement du département de Virginie du Sud et de Caroline du Nord et d’autre part pour s’y reposer et se remettre des dommages subis au troisième jour de la bataille de Gettysburg.  Les divisions de Hood et MacLaws ainsi que le bataillon d’artillerie d’Alexander allaient sous peu être envoyés dans le Tennessee avec Longstreet à leur tête. Le 2ème sous Ewell comptait également trois divisions de quatre, quatre et cinq brigades en plus de cinq bataillons d’artillerie. Le 3ème corps, sous Hill, se composait lui aussi de trois divisions de cinq, cinq et quatre brigades avec également cinq bataillons d’artillerie. La cavalerie de Stuart comptait deux divisions, la 1ere de Hampton se trouvait sous le commandement direct de Stuart et la seconde sous celui de Fitzhugh Lee. Chacune comptait trois brigades. Stuart disposait également d’un bataillon d’artillerie à cheval sous les ordres de Robert Beckham. Enfin, Lee pouvait également compter sur le 1er corps d’artillerie fort de deux bataillons d’artillerie de réserve et placé sous le commandement de William Nelson Pendleton. L’Armée de Virginie du Nord faisait cependant face à d’importants problèmes d’approvisionnement et de désertion. Lee tenta de résoudre ces problèmes mais sans rencontrer de grands résultats jusqu’alors.[4]

De l’autre côté, pour l’Union, l’objectif était sensiblement opposé. Après sa victoire à Gettysburg mais surtout en raison de son incapacité à presser l’Armée de Virginie du Nord lors de sa retraite dans le but d’essayer de la détruire, Meade, toujours sous pression de Washington, avait pour mission de chercher à finir le travail en détruisant l’armée confédérée ou au moins à essayer de faire progresser la cause de l’Union dans ce secteur.
Comme sa contrepartie sudiste, l’Armée du Potomac avait perdu beaucoup d’hommes lors de la campagne précédente mais avec un total de près de 95 000 hommes, elle restait toujours plus imposante que celle-ci. Meade n’avait pas modifié la structure de son armée, toujours divisée en sept corps d’infanterie. Néanmoins la taille importante de l’Armée du Potomac – approximativement autant d’hommes qu’au lancement de la campagne de Pennsylvanie – s’explique par l’arrivée de jeunes recrues pour remplacer les pertes subies dans les mois précédents ainsi que les désertions car comme Lee, Meade faisait face à ce même problème et ne fut pas plus en mesure de le résoudre que son adversaire. Dans les deux camps le moral des troupes était plutôt bas.[5]  Le 1er corps était sous John Newton qui en prit le commandement après Gettysburg, le 2ème sous Warren, le 3ème sous French, le 5ème sous Sykes, le 6ème sous Sedgwick, le 11ème sous Howard et le 12ème sous Slocum, tous fort de trois divisions comptant entre deux et quatre brigades d’infanterie ainsi que deux à trois brigades d’artillerie. La cavalerie restait sous le commandement de Pleasonton avec trois divisions de deux brigades sous les ordres de Buford, Gregg et Kilpatrick, deux brigades d’artillerie à cheval et une brigade de réserve. Enfin, l’artillerie de réserve, forte de quatre brigades était sous les ordres du général Robert Ogden Tyler.

Le 9 septembre, conformément à la décision du conseil de guerre tenu à Richmond quelques jours plus tôt, Longstreet se mit en route pour le Tennessee, avec les divisons de Hood et MacLaws, dans un voyage épique de trois semaines au cours desquelles il fit parcourir à ses hommes près de 1400 km par routes et chemins de fer. En effet, les troupes fédérales de Burnside occupant l’est du Tennessee, Longstreet eut à passer par le sud des Appalaches, c’est-à-dire en traversant une partie des deux Carolines et de la Géorgie. Pour la première fois de la guerre, la Confédération déploya une grande quantité d’hommes d’un théâtre d’opération à un autre dans le but d’obtenir un avantage numérique local sur l’un d’entre eux. Les premiers éléments arriveront le 17 septembre et prendront part à la bataille de Chickamauga.[6] Ce faisant, l’armée confédérée passa d’environ 55 000 hommes à plus ou moins 45 000 hommes soit un peu plus de la moitié de ce que Meade avait sous son commandement de l’autre coté de la Rapidan.[7]

Meade était sous pression. Depuis Washington, Lincoln et Halleck le poussaient à engager l’armée confédérée, ce qu’il se résolut à faire le 12 septembre en mettant ses forces en mouvement. Il ordonna à la cavalerie de Pleasonton, qui se trouvait près de Warrenton, de s’avancer vers Culpeper Court House où se trouvait Stuart et la cavalerie confédérée dans le but d’en chasser les cavaliers sudistes et d’ouvrir la voie à l’armée fédérale. Cela résultat en une grosse escarmouche de cavalerie au terme de laquelle les cavaliers sudistes se replièrent derrière la Rapidan. Dans la foulée de Pleasonton, ce furent les fantassins du 2ème corps de Warren qui s’installèrent dans la ville bien qu’ils ne furent pas partie prenante aux combats. Le lendemain, de petites missions de reconnaissances fédérales rapportèrent que les positions confédérées par delà la rivière semblaient trop solides pour être prise d’assaut. Meade fut ainsi contraint de temporiser son action et de trouver un moyen de s’en prendre à Lee sans courrir le risque de subir trop de pertes. Il se contenta donc de rassembler ses forces sur la rive nord de la Rapidan, entre Brandy Station et Culperer Court House.[8]

Pendant que les opérations en Virginie s’enlisaient encore une fois, dans le Tennessee les choses bougeaient indéniablement. Longstreet et ses hommes arrivèrent juste à temps pour la bataille de Chickamauga lors de laquelle ils contribuèrent à la victoire de l’armée confédérée du général Bragg contre celle de Rosecrans les 19 et 20 septembre. Cette défaite fédérale fut un mini coup de tonnerre pour l’Union et à Washington les dirigeants fédéraux commençaient à s’inquiéter d’une possible déroute de l’Armée du Cumberland qui risquerait de faire perdre les progrès si chèrement acquis dans le Tennessee et le long du Mississippi. Ainsi dans un premier temps, Halleck ordonna à Sherman, qui se trouvait toujours à Vicksburg, de prendre quatre divisions avec lui pour venir renforcer Rosecrans mais celui-ci allait avoir besoin de plusieurs semaines pour accomplir ce voyage, or nul au Nord ne pensait que Bragg laisserait ce temps de répit aux fédéraux.[9] Par conséquent, ce fut Stanton, le secrétaire à la guerre, qui proposa une autre solution le 23 septembre. Son plan était de déplacer par voie de chemin de fer deux corps de l’Armée du Potomac vers le Tennessee, ce seront les 11ème et 12ème, respectivement de Howard et Slocum. Lincoln fut dans un premier temps réservé par rapport à cette idée, il n’aimait guère affaiblir l’armée de Meade mais comme le lui fit remarquer Stanton, ce dernier ne semblait pas être sur le point de passer à l’attaque. Il donna finalement son aval mais comme ces deux corps n’avaient pas encore complètement récupéré de leurs engagements lors de la campagne de Pennsylvanie, il fut décidé de les grouper en un seul, le 20ème, placé sous le commandement de Joseph Hooker qui reprit ainsi du service après son échec lors de la seconde campagne de la Rappahannock. Le déplacement de cette force demanda un effort logistique majeur et 11 jours après le départ, l’ensemble du 20ème corps, approximativement 20 000 hommes, était arrivé avec tout son matériel aux abords de Chattanooga où se trouvait l’Armée du Cumberland de Rosecrans, après un périple d’environ 1900 kilomètres.[10] Le résultat de ce transfert fut d’affaiblir l’Armée du Potomac, qui passa donc d’environ 95000 hommes à près de 76 000.

Lee fut rapidement informé du départ de deux corps d’armée fédéraux vers le Tennessee. Sa réaction fut rapide, il lui fallait porter l’attaque contre l’Armée du Potomac d’une part parce que celle-ci se retrouvait maintenant avec une supériorité numérique inférieure à ce qu’elle était encore quelques jours plus tôt et d’autre part, la victoire sudiste à Chickamauga fut importante mais cependant inachevée tant que les fédéraux tenaient toujours Chattanooga, Lee devait donc s’assurer qu’aucune autre force fédérale ne quitterait la Virginie et ce afin de faciliter la tâche de Bragg.[11] Il se lança donc dans une nouvelle manœuvre par la gauche, son objectif était, comme lors de la première campagne de Virginie du Nord, de forcer les forces fédérales à se replier pour défendre Washington et ce faisant accepter de livrer bataille sur un terrain choisi par les sudistes.[12]
Le 9 octobre, l’Armée de Virginie du Nord se mit en mouvement. Lee laissa derrière lui la division de cavalerie de Fitzhugh Lee et trois brigades d’infanterie pour garder les gués de la Rapidan et prit le reste pour contourner Cedar Moutain par l’ouest, en passant par Liberty Mills et Madison. Stuart, à la tête de la division de cavalerie de Hampton couvrait l’avancée sudiste.[13]

Très vite, Meade fut tenu au courant de l’intense activité des forces sudistes grâce à ses postes d’observations et ses espions, mais ne sachant pas encore dans les premières heures de la manœuvre confédérée si ceux-ci se repliaient vers Richmond où s’ils venaient vers lui, le général nordiste décida de se préparer aux deux éventualités. Il fit déployer la division de cavalerie de Buford aux abords de Morton’s Ford, un gué de la Rapidan, afin d’être prêt à frapper l’Armée de Virginie du Nord sur ses arrières si celle-ci se repliait vers le sud. Il fit également renforcer la division de cavalerie de Kilpatrick à James City avec l’apport de la division du général Henry Prince du corps de French afin de tenir ce carrefour routier indispensable si les sudistes s’aventuraient à marcher sur Culpeper Court House pour venir lui livrer bataille.[14] Et c’était bien ce que ceux-ci étaient en train de faire. A l’aube du 10 octobre, Stuart attaqua les positions fédérales à James City, ces derniers résistèrent à la faible pression des forces sudistes sans toutefois être en mesure de les repousser et les combats durèrent toute la journée.[15]  Le même jour, Buford se lança comme prévu dans une manœuvre contre les cavaliers de Fitzhugh Lee qui tenait Morton’s Ford. Il traversa la Rapidan à Germana Ford et se dirigea ensuite vers l’Ouest, vers Morton’s Ford pour frapper les cavaliers sudistes avec l’aide du 1er corps de Newton. Ce faisant, les cavaliers nordistes livrèrent quelques accrochages contre leurs opposants sudistes à Raccoon, Morton’s et Germana Ford.[16]  Comprenant que Lee ne se repliait pas vers Richmond mais qu’il cherchait à l’attaquer, Meade décida de se replier sur la rive nord de la Rappahannock.[17] Il craignait particulièrement d’être pris au piège entre les deux rivières dont les tracés formaient un « V » ouvert vers l’Ouest qui pourrait se révéler être un piège pour les fédéraux.[18] La nouvelle de la retraite fédérale n’atteignit Buford que le lendemain matin, forçant celui-ci à refranchir la Rapidan. Cela eut pour conséquence de déclencher de nouveaux accrochages contre les cavaliers sudistes à Morton’s Ford et Stevensburg mais Buford parvint à se dégager et à retraverser la rivière pour rejoindre le gros des forces fédérales.[19] Dans la nuit du 10 au 11 octobre, l’Armée du Potomac se mit donc en marche vers le Nord, le long de la Orange & Alexandria Railroad pour se réfugier par delà la Rappahannock.[20]
Une fois informé du départ de Meade, Lee ne se découragea pas et décida de lancer une nouvelle manœuvre de flanc toujours dans le but de porter un coup décisif à Meade. Il envoya ses deux corps d’infanterie vers Warrenton afin de progresser le long de la route parallèle à la Orange & Alexandria Railroad.[21] Pendant ce temps, la cavalerie de Stuart poursuivit l’Armée du Potomac en retraite le long de la voie ferrée. Stuart et ses hommes quittèrent James City le 11 octobre au matin, entrèrent dans Culpeper Court House abandonnée et rattrapèrent la cavalerie fédérale à Brandy Station tard dans la matinée où ils livrèrent la seconde bataille de Brandy Station au terme de laquelle les forces fédérales se replièrent par delà la Rappahannock. Dans le courant de la journée, la division de cavalerie de Fitzhugh Lee rejoignit le reste des cavaliers sudistes sans réellement jouer un rôle dans les affrontements. Au terme de la journée, Meade avait installé son quartier général à Rappahannock Station et Lee établit le sien à Culpeper Court House.[22]

La journée du 12 octobre consista en une course de vitesse entre les deux armées. Celle de Virginie du Nord progressait sur les routes menant de James City et Culpeper Court House à Warrenton. Hill passa Amissville en milieu de journée et traversa la Rappahannock à Waterloo Bridge alors qu’Ewell progressa via Jeffersonton dans le but de traverser la Rappahannock à Fauquier Springs un peu plus tard.[23] Mais dans le but d’obtenir des renseignements quant à la position des forces confédérées, Meade avait fait déployer la division de cavalerie de Gregg dans la partie supérieure de la Rappahannock afin d’en garder les gués. Le résultat de cela fut que les cavaliers nordistes repérèrent Hill à Amissville et livrèrent deux combats contre Stuart, appuyé par l’infanterie de Rodes du corps de Ewell, à Jeffersonton et Sulphur Springs, le gué se trouvant près de Fauquier Springs. Pendant ce temps, l’Armée du Potomac progressait le long de la Orange & Alexandria Railroad entre Rappahannock Station et Warrenton Junction qu’elle atteignit en début de soirée. Informé de la position des forces sudistes, Meade comprit enfin que Lee essayait de lui barrer la route et qu’il était maintenant engagé dans une course de vitesse pour rejoindre Manassas et Centreville et ainsi échapper au piège.[24] Au soir du 12 octobre, les deux armées se trouvaient à seulement quelques kilomètres de distance, à chaque extrémité de la ligne de chemin de fer reliant Warrenton à Warrenton Junction.

Au matin du 13 octobre, Lee, qui arrive à Warrenton, apprend que le gros des forces fédérales se trouve toujours à Warrenton Junction, offrant de la sorte la possibilité d’être intercepté plus au Nord, à Bristoe Station. C’est du moins ce qu’envisage le commandant sudiste.[25] Pour effectuer cette reconnaissance, Stuart avait envoyé la brigade du général Lunsford Lindsay Lomax au devant de la division de Hampton jusqu’au village d’Auburn. Là, Lomax, qui envoya des éclaireurs vers Warrenton Junction, repéra les cavaliers de Buford gardant un convoi de transport de l’armée fédérale et s’empressa d’en informer Stuart. Cependant, il ne se rendit pas compte que quelques kilomètres plus loin se trouvaient les divisions de cavalerie de Kilpatrick et Gregg ainsi que les 2ème et 3ème corps fédéraux. Une fois arrivé sur place, Stuart, lui, s’en rendit compte et fit prévenir Fitzhugh Lee afin que celui-ci lui vienne en renfort avec sa division.[26] Pendant ce temps, French, qui commandait le 3ème corps, s’était trompé de chemin et plutôt que de partir droit vers Bristoe Station, prit la route vers Auburn. Ce faisant, une fois arrivé aux abords du village, il entra en contact avec la brigade de Lomax qui reçu le soutien de Fitzhugh Lee mais eut tout de même à se replier vers Warrenton alors que French continua sa route vers Greenwich suivi par la cavalerie de Kilpatrick.[27] La conséquence inattendue de cette première bataille de Auburn, fut de coincer Stuart et sa division entre les 2ème et 3ème corps fédéraux. En effet, alors que French marchait vers Greenwich depuis Auburn, Warren, à la tête du 2ème corps, avait suivi la route empruntée par French, il marchait donc vers ce même village. Mais Stuart, qui plus tôt dans la journée avait déplacé sa division vers Warrenton Junction dans le but de chercher une opportunité de frapper le convoi nordiste n’avait pas eu le temps de repasser Auburn avant que Lomax n’en soit délogé, il était donc coincé à l’est du village. Se sachant en péril, car coupé du gros des forces et faisant face à un corps d’armée entier, Stuart décida de cacher l’entièreté de ses troupes dans un petit ravin boisé juste à l’est d’Auburn. De l’autre côté, les fantassins et cavaliers fédéraux de Warren et Gregg campèrent juste à côté des cavaliers sudistes sans même s’en rendre compte. Profitant de l’obscurité, Stuart fit revêtir des uniformes nordistes à six de ses hommes et les envoya traverser les lignes fédérales dans le but d’aller prévenir Lee de la situation précaire dans laquelle se trouvait sa cavalerie.[28]

Une fois informé de la situation, Lee décida de la marche à suivre pour la journée du 14 octobre. A.P. Hill allait devoir mettre son corps en marche depuis Warrenton vers Arlington dans le but d’intercepter l’armée fédérale, Ewell devrait se joindre à la manœuvre au plus vite après avoir libéré Stuart de son piège en attaquant les troupes fédérales présentes à Auburn. Les cavaliers encore à disposition, ceux de Fitzhugh Lee, devant être divisés en deux troupes distinctes afin de précéder les deux colonnes d’infanterie sudistes.[29] Vers 6h30, les premiers éléments du corps d’Ewell entrèrent en contact avec les hommes de Gregg avec le soutien de ceux de Stuart. Très vite, ce-dernier fut en mesure de faire sa jonction avec le reste des troupes confédérées. Mais la seconde bataille d’Auburn n’était pas terminée pour autant, Warren fit faire demi-tour aux unités de son corps qui avaient déjà commencé à progresser vers Greenwich afin de soutenir celles livrant bataille. Très vite, aucune des deux armées ne voulant vraiment se battre à cet endroit, la bataille devint un duel d’artillerie au cours duquel, les deux camps désengagèrent leurs troupes afin de les remettre en mouvement.[30] En effet, d’un côté Ewell avait reçu pour instruction de Lee de dégager Stuart puis de se joindre à Hill dans le but de lancer un assaut massif contre le flanc de Meade aux alentours de Bristoe Station ou Manassas, il ne pouvait donc pas perdre son temps à se battre contre le seul corps de Warren et de son côté, celui-ci, se sachant relativement isolé, préféra repartir vers Cattlett Station sous la protection de la cavalerie avant de reprendre la route que le reste de l’Armée du Potomac avait emprunté pour rejoindre Centreville.[31] Aux alentours de 11h00, les combats s’étaient éteints et la course de vitesse avait repris.

Pendant qu’Ewell combattait à Auburn, Hill, de son côté, progressait vers New Baltimore qu’il atteignit vers 8h30. Apprenant que des forces fédérales se trouvaient sur la route menant de Greenwich à Buckland Mills, Hill décida d’envoyer la division d’Anderson à l’intersection de la route empruntée par les fédéraux et celle sur laquelle il se trouvait lui-même. Dans le même temps, ses deux autres divisions, sous Heth et Wilcox, quittèrent la route pour passer le long du flanc nordiste avant de tourner brusquement pour se positionner sur leurs arrières et les attaquer en tenaille. Cependant, les sudistes ne trouvèrent aucune force fédérale. Seul la division de cavalerie de Fitzhugh Lee, tout juste réunifiée, rencontra brièvement celle de Kilpatrick avant que ces derniers ne se replient vers Gainesville. Fitzhugh Lee commis alors une erreur en poursuivant les cavaliers nordistes, laissant Hill sans cavalerie pour lui éclairer la route puisque Stuart progressait, lui, sur le flanc droit de Ewell.[32]
Ne trouvant aucune force fédérale sur son chemin, Hill remit son corps d’armée en marche vers Bristoe Station, espérant y trouver le flanc gauche nordiste où à tout le moins l’arrière garde. Au même moment, Meade, sachant Warren en retard par rapport au reste de la colonne fédérale, ordonna à Sykes et son 5ème corps, d’attendre à Bristoe Station que le 2ème soit en vue afin d’ainsi être en mesure de lui porter assistance dans l’éventualité où une force confédérée l’intercepterait. Meade savait l’Armée de Virginie du Nord très proche et ne voulait prendre aucun risque.[33] Aux alentours de 11h, les premières troupes de Heth arrivèrent à Bristoe Station et aperçurent des éléments du 5ème corps qui se mettaient en route vers le Nord. En effet, Warren était en vue et Sykes mit son corps en marche comme prévu. Ainsi, pensant avoir trouvé l’arrière garde de l’Armée du Potomac, Hill ordonna à Heth de se porter à l’attaque des fédéraux. Mais ni Hill, ni Heth n’avaient remarqué que Warren arrivait lui aussi à Bristoe Station par le sud et celui-ci n’hésita pas à prendre de flanc et par surprise les troupes de Heth déclenchant la bataille de Bristoe Station.[34] Hill subit des pertes importantes lors de cet engagement, aux alentours de 1900 hommes contre 300, et, une fois la surprise passée, il ne fut pas en mesure de prendre le dessus sur le seul corps de Warren qui lui, se replia à la nuit tombée pour rejoindre le gros des troupes en route vers Centreville.[35] Bien qu’il reçu l’arrivée du corps de Ewell en fin de journée, Lee ne l’engagea pas comprenant que cela était vain, Meade avait refusé le combat et était maintenant trop loin pour pouvoir être intercepté avant d’atteindre les fortifications de Centreville.[36]

Figure 66: Offensive confédérée entre les 9 et 15 octobre

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Source: Second North Virginia Campaign, october 9-15, 1863, Bristoe Station Mobile Tour.

A la suite de la bataille, Lee avança ses troupes jusqu’aux abords de Manassas Junction mais maintenant certain que Meade s’était retranché en bon ordre derrière les défenses de Centreville et qu’il ne pouvait se maintenir dans cette région car elle n’avait rien à offrir à son armée affamée, il décida que ne pouvant plus rien gagner de cette campagne, il était plus sage de se replier derrière la Rappahannock.[37] Le 16 octobre, l’Armée de Virginie du Nord commença à marcher vers le Sud le long de la Orange and Alexandria Railroad, que ses hommes détruisirent au fur et à mesure de leur retraite, avec les cavaliers de Stuart responsables d’en protéger les arrières. Une fois encore, Meade ne se lança pas pleinement dans la poursuite, chargeant seulement ses cavaliers de cette tâche. Pleasonton mit ses trois divisions en route pour poursuivre les confédérés mais le 18, alors que l’infanterie sudiste traversait Rappahannock Station pour établir une ligne de défense derrière la rivière, Stuart parvint à lui tendre une embuscade à Buckland Mills où les fédéraux de la division de Kilpatrick échappèrent de justesse à un piège qui aurait pu leur coûter plus cher et qui surtout les força à battre en retraite.[38] Les cavaliers nordistes se montrèrent donc complètement incapables de gêner la retraite sudiste et Lee atteignit la Rappahannock sans encombre.

Aucune des deux armées ne bougera plus avant début novembre, les confédérés défendant les gués à Rappahannock Station et Kelly’s Ford alors que Meade avait fait quitter Centreville à son armée le 19 octobre pour se rapprocher de leurs positions. Le 7 novembre, sous pression de Washington d’attaquer l’armée sudiste, Meade décida de pousser ses forces via les gués de la rivière. Le commandant nordiste avait un temps envisagé de déplacer ses forces vers Fredericksburg pour lancer une attaque vers Richmond. Mais finalement, devant l’opposition de Lincoln à ce plan, il lança le 3ème corps de French contre Kelly’s Ford et la division de Rodes alors que le 6ème de Sedgwick se porta à l’assaut à Rappahannock Station contre la division d’Early. Après une attaque soudaine des fédéraux à la tombée de la nuit, ayant perdu le contrôle des deux gués et voyant que le plan qu’il avait préparé pour contrer l’attaque de Meade avait échoué, Lee décida de replier son armée entre Gordonsville et Verdiersville derrière la Rapidan, qu’il refranchit le 9 novembre, mettant fin à la campagne de Bristoe Station et ramenant ainsi les deux armées à leurs points de départ puisque Meade, une fois la Rappahannock franchie, regroupa l’Armée du Potomac dans la région de Brandy Station.[39]

Figure 67: Contre-offensive fédérale entre le 16 octobre et le 10 novembre

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Source: Second North Virginia Campaign, october 16 – november 10, 1863, Bristoe Station Mobile Tour.

Après un peu plus d’un mois de manœuvres intenses et alors que l’hiver s’approchait, les deux armées avaient la volonté de prendre leurs quartiers d’hiver. Cependant, à Washington, les dirigeants fédéraux ne voyaient pas la chose de la même manière et Meade subissait toujours des pressions de Lincoln et Halleck pour se porter à l’attaque et tenter une dernière fois de porter un coup dur à l’Armée de Virginie du Nord avant que la saison de campagne 1863 ne touche à sa fin sur le théâtre de Virginie.[40] Ce dernier fut donc contraint de chercher une ouverture dans la ligne défensive de l’armée de Lee qu’il pourrait exploiter. Ce fut finalement vers la droite de la ligne confédérée que son attention fut attirée à la suite de reconnaissances de ses cavaliers. En effet, les sudistes avaient déployés moins d’hommes pour tenir les gués de la Rapidan et de plus, leur flanc droit n’était ancré à aucun obstacle naturel, il pouvait donc plus facilement être contourné. Le plan de Meade reposait également sur la présence dans le secteur de deux routes orientées est-ouest et passant sur les arrières des forces sudistes, routes qui pouvaient donc favoriser une attaque de flanc.[41] Le commandant nordiste prévit donc de faire passer le gué de Culpeper Mine Ford au 1er et 6ème corps de Newton et Sykes, de descendre le long de la Orange Plank Road et d’ensuite les faire obliquer vers l’Ouest pour flanquer la ligne confédérée. Dans le même temps, le 2ème corps de Warren franchirait la rivière à Germana Ford, pour ensuite prendre la Orange Turnpike et, comme les deux autres, se diriger ensuite vers l’Ouest. Enfin, les 3ème et 6ème corps de French et Sedgwick devaient eux franchir la Rapidan à Jacob’s Ford et s’attaquer directement aux forces confédérées pendant que les autres manœuvraient pour flanquer les sudistes. La défense de la droite confédérée revenait au général Early, qui avait pris le commandement du corps d’Ewell à la suite de la blessure de ce dernier et la gauche était tenue par le corps de Hill.[42] Meade espérait pourvoir faire frapper l’ensemble de ses corps avant que les confédérés n’aient le temps de concentrer leurs forces pour faire face à cette attaque et ainsi disposer d’une supériorité numérique locale largement supérieure à deux pour un.[43]
Initialement prévue pour le 24, l’attaque fut retardée en raison de la météo défavorable. Un délai que Lee n’hésita pas à exploiter pour renforcer sa droite en usant, comme lignes intérieures, des routes que Meade comptait exploiter pour son offensive.[44]

Après une manoeuvre entamée le 26, l’Armée du Potomac se trouvait sur la rive sud de la Rapidan dès le 27 au matin, bien que French fut contrait de changer ses plans en faisant finalement traverser une partie de son corps à Germana Ford ce qui ne manqua pas de faire perdre aux nordistes la vitesse d’exécution nécessaire pour surprendre Lee. Meade fit progresser les corps de Warren et Sedgwick le long de la Orange Turnpike mais ceux-ci furent stoppés à Robinson’s Tavern par les divisions de Rhodes et Hays venues à leur rencontre. Dans le même temps, le 3ème corps de French fut lui aussi arrêté à Payne’s Farm par la division de Johnson alors qu’il remontait vers Jacob’s Ford. Enfin, le long de la Orange Plank Road, Stuart d’abord et Heth ensuite bloquèrent la progression de Sykes à New Hope Church.[45] Très vite, Lee se rendit compte que l’offensive fédérale lui offrait l’opportunité de livrer une bataille défensive lors de laquelle il espérait infliger de lourdes pertes à ses opposants. Il décida donc de faire replier ses forces derrière la Mine Run, une petite rivière, affluant de la Rapidan, orientée nord-sud et coupant perpendiculairement les deux routes, et d’y faire fortifier ses nouvelles positions durant la nuit.[46]

Le 28 novembre, les généraux nordistes allèrent étudier les défenses sudistes afin de décider de la stratégie à mettre en place pour la bataille à venir. Sur la requête de Warren, il fut décidé de concentrer l’effort contre la droite confédérée où celui-ci attaquerait en tête avec French et Newton en soutien pendant que Sedgwick mènerait une action de diversion sur la droite.[47] Mais le 29, les cavaliers sudistes menèrent un raid contre la gauche fédérale, causant de la sorte une hésitation dans le chef de Meade qui fut conduit à se demander si Lee ne prévoyait pas lui-même de passer à l’attaque, auquel cas il était plus prudent de rester attentiste pour profiter de l’avantage de la défense. Avec le nouveau délai ainsi gagné Hill, qui tenait la droite sudiste, pu renforcer ses positions.[48] Au soir du 29, Meade maintenant conscient que Lee n’allait pas attaquer, confirma à Warren de lancer son attaque dès le lendemain matin. Mais alors que ce dernier avançait à l’aube du 30 novembre, il découvrit que les sudistes disposaient maintenant de bien plus solides positions et stoppa sa progression pour en informer Meade. Conscient de l’impossibilité d’attaquer la ligne défensive confédérée sans avoir à subir de lourdes pertes, le commandant nordiste eut à choisir entre accepter cet état de fait et risquer la chose ou se retirer derrière la Rapidan et mettre fin à la campagne sachant très bien que la nouvelle ne serait guère appréciée à Washington. Afin de tout de même disposer d’un certain appui, Meade fit tenir un conseil de guerre qui entérina la décision de la retraite vers la rive nord de la Rapidan afin d’y installer les quartiers d’hiver de l’Armée du Potomac et attendre de nouvelles opportunités l’année suivante. La retraite fédérale se fit dans la nuit du 1 au 2 décembre.[49]
De l’autre côté, Lee, qui attendait l’attaque fédérale avec impatience, espérant user de l’avantage défensif pour, comme à Fredericksburg, infliger un coup dur à l’armée fédérale, finit par s’impatienter et décida de lancer sa propre attaque le 2 décembre mais comme à Chancellorsville, les sudistes attaquèrent alors que les fédéraux s’étaient retirés dans la nuit et l’opportunité fut perdue.[50]
A la suite de cette offensive, qui prit le nom de campagne de Mine Run, l’armée du Potomac perdit environ 1300 hommes contre 700 de l’autre côté et les deux armées s’installèrent alors pour l’hiver de part et d’autre de la Rapidan.[51]

Le résultat de la seconde campagne de Virginie du Nord ressemble à un coup d’épée dans l’eau, une campagne pratiquement inutile tant elle ne modifia pas ou peu la situation sur le théâtre de Virginie. Ni Meade, ni Lee ne parvinrent à atteindre leurs objectifs. Meade échoua à engager l’Armée de Virginie du Nord et à profiter de sa supériorité numérique mais il fut tout de même en mesure, grâce à son approche extrêmement prudente, de prévenir tout risque d’un succès confédéré et au final parvint à regagner tout le terrain perdu durant sa retraite. De son côté, Lee échoua lui aussi à gagner des points en ne parvenant pas à forcer Meade au combat en terrain découvert et il ne fut pas non plus en mesure de conserver le terrain gagné. Son seul succès dans cette campagne fut donc de tenir en échec une force presque deux fois plus grande pendant que l’action stratégique principale se déroulait ailleurs, au Tennessee. Car c’est là la raison de cette apparente faible importance de la seconde campagne de Virginie du Nord. Pour la première fois de la guerre, la Confédération choisit d’interconnecter deux théâtres afin d’augmenter ses chances de succès sur l’un, le Tennessee, alors que l’autre perdit momentanément en importance avec une approche plus défensive.

Au final, si sur le plan tactique la campagne était un match nul, sur le plan stratégique le fait qu’une fois encore une campagne en Virginie ne débouche sur rien avait pour conséquence que l’ascendant allait, de peu, aux confédérés, leur objectif principal, n’en déplaise à Lee, étant de tenir en respect l’Armée du Potomac, ce qu’ils firent. Mais il convient de se demander si l’Armée de Virginie du Nord n’aurait pas mieux fait de camper sur ses positions fortes pour bloquer les fédéraux plutôt que de se lancer dans une campagne de manœuvres au cours de laquelle elle perdit environ 5000 hommes contre autant pour le Nord dans une série de petites batailles et d’escarmouches ne débouchant sur rien puisque les deux camps refusèrent le combat tour à tour. Une approche strictement défensive lui aurait certainement couté moins cher. Certes cela aurait pu également avoir pour conséquence de permettre à l’Union de déployer plus de troupes vers le Tennessee mais l’histoire montra que les seuls deux corps y ayant été envoyés permirent déjà de faire pencher la balance pour l’Union sur ce théâtre.
Plus que jamais, Lee avait compris qu’il lui faudrait maintenant rester sur la défensive afin de permettre à son armée éprouvée de reprendre des forces et se préparer à de nouvelles attaques du Nord, dont la puissance militaire croissait avec le temps, alors que des généraux compétents émergeaient progressivement à sa tête.


[1] Shelby FOOTE, op.cit., page 679.

[2] Idem, page 811.

[3]Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 425.

[4]SALMON John S., The Official Virginia Civil War Battlefield Guide, Mechanicsburg: Stackpole Books, 2001, p. 217.

[5] Ibid.

[6]James McPHERSON, op.cit., page 735.

[7] John SALMON, op.cit., page 217.

[8]Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 425.

[9]James McPHERSON, op.cit., page 740.

[10]Ibid.

[11]John SALMON, op.cit., page 218.

[12]Shelby FOOTE, op.cit.,  page 899.

[13]John SALMON, op.cit., page 219.

[14] Ibid.

[15]Idem, page 220.

[16]Ibid.

[17]Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pp. 425-246.

[18]Shelby FOOTE, op.cit., page 900.

[19]John SALMON, op.cit., page 220.

[20]Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 426.

[21]Shelby FOOTE, op.cit., page 902.

[22]John SALMON, op.cit., page 220.

[23]Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 426.

[24]John SALMON, op.cit., page 220.

[25]Shelby FOOTE, op.cit., pages 902-903.

[26]John SALMON, op.cit., page 221.

[27] FLOYD Dale E., LOWE David W., Auburn, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; John SALMON, op.cit., page 221.

[28]Ibid.

[29]Idem, page 222.

[30]FLOYD Dale E., LOWE David W., Auburn II, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; John SALMON, op.cit., page 222.

[31]Ibid.

[32]Idem, page 223.

[33]Ibid.

[34]Ibid.

[35]Shelby FOOTE, op.cit., page 907. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Bristoe Station, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[36]Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 426.

[37]Shelby FOOTE, op.cit., pages 907-908.

[38]John SALMON, op.cit., page 224.

[39] Shelby FOOTE, op.cit., page 916. ; John SALMON, op.cit, page 225.

[40]Idem, page 242.

[41]Ibid.

[42]Ibid.

[43] Shelby FOOTE, op.cit., page 916

[44]John SALMON, op.cit., page 242.

[45] FLOYD Dale E., LOWE David W., Mine Run, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; John SALMON, op.cit., page 244.

[46]Ibid.

[47] Shelby FOOTE, op.cit., page 1001.

[48]John SALMON, op.cit., page 242.

[49]Idem, page 245.

[50]Shelby FOOTE, op.cit., page 1004.

[51]Ibid.