La campagne du Tennessee Central

La campagne du Kentucky, prise d’initiative stratégique par la Confédération, n’ayant finalement pas aboutie, marqua un intermède dans la stratégie générale de conquête voulue par l’Union à l’ouest des Appalaches. Avec sa fin, les nordistes entendaient bien reprendre là où ils avaient été contraints d’en rester, alors que la même logique offensive prévalait sur d’autres théâtres où là aussi les sudistes avaient joué leurs cartes sans succès, en Virginie contre l’Armée de Virginie du Nord, au Mississippi contre Vicksburg, en Caroline du Nord contre le nœud ferroviaire de Goldsboro ou dans le nord de l’Arkansas pour sécuriser le Missouri. Au Tennessee, cela voulait dire reprendre l’avancée vers Chattanooga et le Tennessee Oriental.
La pression en ce sens venant de Washington était forte, tellement que l’incapacité de Buell à répondre aux attentes au début et à la fin de la campagne du Kentucky fini par être de trop et celui-ci fut définitivement relevé de son commandement et remplacé par Rosecrans, tout auréolé de ses victoires à Iuka et Corinth. Lincoln et Halleck voulait quelqu’un qui n’hésiterait pas à prendre l’offensive et entendait bien maintenir la pression en ce sens.[1]
Pour le Sud, la campagne précédente avait mis à jour de sérieuses lignes de fracture au sein du commandement confédéré, principalement entre Polk et Smith d’un côté et Bragg de l’autre, les deux camps se rejetant mutuellement la responsabilité de l’échec de l’invasion du Kentucky. La situation fut si tendue que Davis eut à intervenir en personne en les convoquant un par un à Richmond pour tenter de régler le problème. Au final, l’amitié du Président confédéré pour Bragg prévalu et celui-ci conserva la tête de son armée, désormais augmentée d’une grande partie des forces du département du Tennessee Oriental et de Smith lui-même. Car ce dernier et Polk avaient tout de même reçu des lots de compensation et des assurances de la part de Davis pour assurer leur soutien à Bragg. Mais si tout semblait réglé en apparence, les forces sudistes restaient divisées, affaiblies et en infériorité numérique et Bragg était bien conscient que pour toute nouvelle campagne, il lui fallait au préalable les réorganiser, adopter une approche défensive pour aider en cela et attendre avant de pouvoir éventuellement songer à reprendre l’offensive.[2]

Bragg eut donc à ramener ses objectifs stratégiques à leurs fondamentaux, la défense de Chattanooga et du contrôle confédéré sur le Tennessee Oriental. Pour ce faire, le commandant sudiste décida d’opter pour une stratégique à la fois défensive, afin d’user de l’avantage de la défense pour contrer la supériorité numérique fédérale et remettre en état ses forces, mais également agressive, Bragg voulant faire peser une menace réelle sur Nashville dans le but de hâter une action fédérale contre lui pour faire disparaître cette menace ou pousser les nordistes à se replier. Pour ce faire, il décida de déplacer ses forces à Murfreesboro. De là, les confédérés seraient suffisamment proches de la capitale de l’état, contrôlant ainsi une grande partie du Tennessee Central et ses ressources, tout en pouvant se replier rapidement sur Chattanooga le long de la Nashville & Chattanooga Railroad si jamais une menace sur la ville trop importante venait à se matérialiser depuis le Tennessee Occidental. En parallèle à cela, dans le but de gêner les préparatifs de Rosecrans et maintenir la pression sur les fédéraux, le commandant sudiste décida également d’une fois encore recourir à la cavalerie pour harceler leurs arrières et leurs approvisionnements, gagnant ainsi du temps pour remettre ses propres forces en état.
Depuis Murfreesboro, Bragg entendait donc attirer Rosecrans à lui et lui livrer bataille sur le terrain qu’il aurait choisi dans l’espoir de le vaincre, ce qui assurerait pour un temps encore la main mise sudiste sur près de la moitié du Tennessee tout en les assurant que le verrou stratégique du Heartland resterait bien fermé. De plus, si la victoire s’avérait suffisamment nette, Bragg pourrait même espérer reprendre le contrôle de Nashville et potentiellement menacer le flanc gauche des positions fédérales au Tennessee Occidental et ainsi les contraindre à repousser leurs plans d’attaque le long du Mississippi.[3]

Côté fédéral, Rosecrans avait pour sa part toujours les mêmes objectifs que ceux qui avaient été fixés pour Buell au lendemain de la chute de Corinth, emmener ses forces vers le Tennessee Oriental pour y libérer les populations pro-unionistes et surtout chercher à prendre Chattanooga. Pour les réaliser, Rosecrans, sachant la pression exercée sur ses épaules depuis Washington, devait s’emparer de l’initiative stratégique pour aller affronter l’armée sudiste là où elle se trouvait et la contraindre à se replier, fort probablement par le combat. Cependant, bien conscient de la vulnérabilité de ses lignes d’approvisionnement face aux cavaliers sudistes, Rosecrans était bien décidé à préparer correctement ses troupes et ses provisions avant de se lancer dans la campagne afin de ne pas connaître les mêmes difficultés que celles rencontrées par Buell lors de sa propre progression vers Chattanooga quelques mois plus tôt, n’en déplaise à Washington.
En parallèle à cette tâche principale, le commandant nordiste avait également à assurer la défense du terrain conquis au Tennessee Central et au Kentucky, particulièrement pour s’assurer que les sudistes ne pourraient plus tenter une invasion comme celle qu’ils venaient de faire et qui pourrait potentiellement mettre en péril toutes les victoires obtenues par l’Union à l’ouest des Appalaches depuis le début de la guerre, mais aussi pour essayer de réduire l’impact des inévitables raids de cavalerie sudistes contre ses lignes de communication et d’approvisionnement.[4]

Après avoir remplacé Buell, Rosecrans se lança dans une réorganisation de ses forces. Premièrement son commandement fut renommé Armée du Cumberland. Deuxièmement, il en réorganisa la composition. Au total, Rosecrans disposait sous son commandement d’approximativement 81 000 hommes. Cependant, une grande partie de ceux-ci, environ 37 000, étaient positionnés en de multiples garnisons au Tennessee et Kentucky comme à Nashville, Gallatin, Bowling Green ou Clarksville afin d’en assurer le contrôle.[5] Le reste, la force qu’il commanda effectivement sur le terrain, fut organisée en trois ailes, toutes fortes de trois divisions.[6] L’aile gauche se trouvait sous les ordres de McCook avec Jefferson Columbus Davis, Richard Woodhouse Johnson et Philip Henry Sheridan à la tête des divisions, chacune comptant trois brigades. L’aile centrale fut confiée à Thomas et ses divisions à Lovell Rousseau, avec quatre brigades, James Scott Negley, trois brigades, et Speed Smith Fry, trois brigades également. En enfin l’aile droite appartenait à Crittenden avec pour commandants de divisions Thomas John Wood, John McAuley Palmer et Horatio Phillips Van Cleve, chacun d’entre eux comptabilisant également trois brigades. A cela il convient d’ajouter une division de cavalerie sous John Kennet avec deux brigades sous Robert Minty et Lewis Zahm.[7]

A la suite de la retraite du Kentucky et des rencontres organisées par Davis, Bragg avait lui aussi réorganisé son armée en trois corps. Le premier, comme lors de la campagne précédente, se trouvait sous Polk avec les divisions de benjamin Franklin Cheatham, John Mitchell Whiters et John Cabell Breckinridge. Ce dernier avait été incorporé aux forces de Bragg à la fin du mois d’octobre à la suite de l’échec de son attaque contre Baton Rouge et du transfert de sa force de quelque 5000 hommes à Murfreesboro pour y rejoindre le reste du corps. Le second corps se trouvait lui aussi toujours sous les ordres de Hardee avec deux divisions sous James Patton Anderson et Simon Bolivar Buckner installées à Shelbyville. Le troisième corps était lui le fruit de l’incorporation de la majeure partie des forces de Smith au sein de l’Armée du Mississippi et se trouvait sous le commandement de ce dernier avec deux divisions sous John Porter McCown et Carter Littlepage Stevenson présentes à Manchester. Enfin, trois forces de cavalerie complétaient les forces de Bragg sous Wheeler, Forrest et Morgan. Mais la réorganisation ne fut pas le seul changement apporté à cette armée, son nom fut par la même occasion changé en Armée du Tennessee le 20 novembre.
A cela il convient d’ajouter la présence au Tennessee Oriental du reste des forces du département homonyme sous Henry Heth à Cumberland Gap avec une division bien que celle-ci ne prendra pas part à la campagne à venir.[8]

La fin de l’année 1862, malgré l’arrivée de l’hiver, ne fut pas l’une des périodes les plus calmes de la guerre, l’Union décidant de reprendre l’offensive sur plusieurs théâtres après y avoir laissé la main au Sud.
En Virginie, Burnside, qui avait remplacé McClellan à la tête de l’Armée du Potomac après que ce dernier eut fini par exaspérer Lincoln par son inaction, se lança dans la première campagne de la Rappahannock qui échoua brutalement avec la cinglante défaite de Fredericksburg mi-décembre, contraignant les fédéraux à se replier une fois encore sur ce théâtre.
Le long du Mississippi, Grant prit lui aussi l’offensive contre l’une des deux dernières positions sudistes sur le fleuve, mais vit sa progression stoppée sur terre, par les raids de cavalerie contre ses lignes d’apprivoisement de Van Dorn au Mississippi et Forrest au Tennessee, et le long du fleuve, lorsque Sherman fut repoussé par les solides défenses confédérées installées à Vicksburg, le forçant à mettre un terme à sa première tentative de soumettre la place fin décembre.
Au-delà du fleuve, plusieurs actions furent à noter. Les nordistes assurèrent leur contrôle sur le Missouri grâce à leurs victoires dans le nord de l’Arkansas à Prairie Grove et Van Buren mais côté sudiste, Marmaduke entama les premières phases d’un raid vers le Missouri pour y contester la mainmise fédérale. En plus de cela, quelques escarmouches eurent lieu contre les forces de Quantrill au Missouri et au Kansas.
Dans le cadre du blocus, les troupes de Magruder reprirent le contrôle de Galveston au texas mais les fédéraux remportèrent eux aussi des victoires lors de raid en Virginie et en Caroline du Nord où ils lancèrent un raid contre le nœud ferroviaire de Goldsboro avant de tout de même se retirer sur New Berne.
Dans l’ensemble, sur tout sur les théâtres principaux, la Confédération opta pour une attitude défensive durant cette fin d’année, cherchant à reprendre ses forces après les offensives ratées lors des mois précédents et à se préparer à la reprise de l’initiative stratégique par les fédéraux.[9]

Après que ses forces eurent passé près de deux semaines à Chattanooga, Bragg décida qu’il était temps d’aller prendre position près de Nashville et ainsi disposer d’une position pouvant lui permettre à la fois de tenir le Tennessee Central et mettre la pression sur la ville. Ainsi, le 13 novembre, il mit ses forces en marche vers Murfreesboro où la division de Breckinridge devait le rejoindre. Le lendemain l’Armée du Tennessee se trouvait à Tullahoma et continua sa progression vers le nord pour atteindre sa destination le 26, l’ensemble des forces confédérées se déployant en positions défensives dans le secteur.

Figure 138 : Mouvements des deux camps jusqu’à Murfreesboro

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Kentucky – Tennessee, 1861, Confederate Withdrawal From Kentucky, and Maneuvering, Leading to the Battle of Stones River, October – December 1862, West Point: Department of History.

Pendant que Bragg avançait, à Richmond, Davis prit une décision pour l’ensemble des forces se trouvant entre les Appalaches et le Mississippi en instaurant le Département de l’Ouest qui englobait donc toute la région et en mettant à la tête de celui-ci Joe Johnston, le plaçant donc hiérarchiquement au-dessus de Bragg et Pemberton avec pour mission de superviser les actions de ceux-ci en plus d’assurer leur coordination afin d’assurer la défense des deux points stratégiques clé de Vicksburg et Chattanooga, corrigeant donc ce qui avait été l’une des causes de l’échec de la campagne du Kentucky, l’absence d’autorité supervisant les différentes forces sudistes présentes dans la région. Mis en place, contre son gré, le 24 novembre, Johnston partit prendre son quartier général à Chattanooga où il arriva le 2 décembre.[10]

En parallèle aux préparations sudistes, Rosecrans s’attela lui aussi à la tâche. Ayant enfin regroupé les forces offensives à Nashville, le commandant nordiste réorganisa celles-ci que ce soit en matière d’équipement, d’entraînement ou de vivres afin de pas devoir dépendre d’une ligne d’approvisionnement que les cavaliers sudistes pouvaient attaquer lors de leur progression. Mais cette remise en condition prenait du temps, au grand dam de Washington où Halleck et Lincoln auraient voulu le voir progresser avec plus de vigueur, n’hésitant pas à mettre la pression sur Rosecrans, allant jusqu’à menacer de le relever lui aussi de son commandement comme cela avait le cas avec Buell. Mais le commandant nordiste n’hésita pas à expliquer les raisons de ses délais, bien décidé à ne pas avancer tant qu’il n’était pas prêt, et parvint à mener à bien sa réorganisation et à conserver son poste.[11]

Alors que Bragg tenait Murfreesboro et que Johnston était en route pour Chattanooga, Davis prit une autre décision qui ne devait plaire ni à l’un ni à l’autre. Le 2 décembre, faisant fi de la chaîne hiérarchique et ne passant donc pas par Johnston au préalable, le Président sudiste donna un ordre direct à Bragg. Celui-ci devait immédiatement envoyer la division de Stevenson à Vicksburg pour y renforcer Pemberton. Johnston, en plus de voir là une preuve supplémentaire de l’aspect symbolique de son poste, et Bragg tentèrent de s’opposer à cette décision en arguant du fait que cela pousserait Rosecrans à l’offensive. Mais Davis jugeait la défense de Vicksburg comme étant prioritaire sur celle de Chattanooga et la décision fut maintenue.[12]
Mais le soutien aux forces présentes au Mississippi ne s’arrêta pas là. Répondant à une demande de renfort de Pemberton, Bragg fit appel à Forrest. Le 11 décembre, celui-ci quitta Columbia et parti vers le Tennessee Occidental pour y frapper les lignes de communication et d’approvisionnement de Grant.[13]

Consécutivement au départ de Stevenson, Bragg eut à nouveau à réorganiser son armée. Premièrement, le corps de Smith fut dissout et celui-ci retourna à la tête du Département du Tennessee Oriental mais sans ses deux divisions, celle de Stevenson étant donc transférée à Vicksburg et celle de McCown fut pour sa part incorporée au corps de Hardee. L’Armée du Tennessee comptait donc désormais deux corps sous Polk et Hardee. Le premier constitué des divisions de Cheatham et Whiters toutes deux fortes de quatre brigades et le second des divisions de Buckner – qui sera remplacé par Cleburne le 14 décembre à la suite de son départ pour aller prendre la tête des forces défendant Mobile – avec quatre brigades, Breckinridge, quatre brigades également et McCown, avec trois brigades. La division précédemment commandée par Anderson ayant pour sa part été dissoute et ses unités incorporées aux divisions de Buckner et McCown. Pour la cavalerie, rien n’avait changé, elle se constituait toujours en trois forces. La principale sous Wheeler avec une division de quatre brigades et deux autres forces sous Forrest et Morgan. Au total, Bragg disposait d’environ 38 000 hommes sous ses ordres au Tennessee Central.[14]

A la suite de ces décisions, Davis décida de lui-même partir pour l’Ouest. Le 10 décembre il embarqua dans un train qui l’emmena, par la Virginia & Tennessee Railroad jusqu’à Chattanooga où il arriva le lendemain, retrouvant Johnston avant d’aller à Murfreesboro et y retrouva Bragg. Là, il visita les troupes et harangua la population mais surtout fut le témoin du retour d’un raid couronné du succès de Morgan avant de partir pour Vicksburg accompagné de Johnston.[15]

Le cavalier sudiste s’était en effet lancé quelques jours plus tôt contre la garnison fédérale tenant Hartsville sur la rive nord de la Cumberland River au nord-est de Nashville. Parti le 6 décembre, Morgan et ses quelques 2000 hommes frappèrent la garnison d’environ 2400 hommes commandée par le colonel Absolom B. Moore au matin du 7, obtenant la reddition de celui-ci et ses hommes au prix de quelques 125 pertes, le tout sans qu’une autre garnison fédérale, trois fois plus forte et présente à une quinzaine de kilomètres de là, à Castalian Springs, ne put intervenir. Morgan refranchit la rivière dans l’après-midi et arriva à Murfreesboro le 13 pour y recevoir les honneurs de la population et de Davis qui le promu au rang de général.[16]

Alors que Morgan et Forrest s’illustrèrent, le tour de Wheeler s’afficha lui aussi mais dans une moindre mesure. Le 6 décembre, soit le même jour que Morgan, il se lança dans un petit raid directement contre les forces de Rosecrans dans le but d’acquérir des informations quant aux intentions de ce dernier dont les rumeurs disaient qu’il était sur le point de se replier. Wheeler frappa donc à Mill Creek le 6 et La Vergne le 9 avant de se retirer pour informer Bragg de ses découvertes, les nordistes n’étaient nullement en retraite et, au contraire, semblaient se préparer à avancer vers Murfreesboro.[17]

Mais ils n’avancèrent pas tout de suite et une bonne partie du mois de décembre s’écoula sans incident, décidant Bragg à lâcher une fois encore Morgan dans un raid, au Kentucky cette fois, contre la Nashville & Louisville Railroad qui approvisionnait Rosecrans. Le 21 décembre, avec 2500 hommes, il quitta Alexandria et chevaucha vers le nord, arrivant à Glasgow le 24. Le jour de Noël, il livra une escarmouche à Bear Ballow et le 27, les cavaliers sudistes assiégèrent la garnison fédérale défendant Elizabethtown et en obtinrent la reddition. Continuant sa route le lendemain, Morgan attaqua celle de Muldraugh’s Hill qui déposa elle aussi les armes, laissant les confédérés y détruire les infrastructures ferroviaires sur près de 32 kilomètres avant de chevaucher vers Bardstown, Springfield et Lebanon, où ils affrontèrent l’importante garnison fédérale en plus d’avoir livré deux autres escarmouches à New Haven et New Market et ensuite commencé leur retraite vers le Tennessee en passant par Campbellsville, Columbia et Burkesville pour finalement repasser la Cumberland River le 2 janvier et regagner les lignes confédérées à Smithville le 5. Ce raid, qui prit le nom de raid de Noël, permit au cavalier sudiste d’interrompre le trafic sur la voie ferrée, de faire prisonniers près de 1800 fédéraux au prix d’environ 350 de ses hommes et de détruire de grandes quantités d’approvisionnement destinés à l’Armée du Cumberland. Mais cela ne représentait au final que des gains mineurs car la gêne ainsi causée à Rosecrans le fut tout autant, celui-ci ayant mis en marche ses forces pour aller affronter Bragg le 26 décembre.[18]

Au lendemain du jour de Noël 1862, Rosecrans, enfin prêt, une grande quantité de vives et munitions ayant été assemblées et prêtes à accompagner les troupes, et ayant appris le départ de Stevenson estima le moment venu de livrer le combat et mit donc son armée en marche vers Murfreesboro en trois axes de progression et laissa la division de Fry à Nashville pour en assurer la protection contre un éventuelle raid de cavalerie. L’aile de Crittenden proposa, directement le long de la Murfreesboro Turnpike en passant par La Vergne sur le flanc gauche, celles de Thomas et McCook vers Nolensville à partir d’où McCook se plaça sur le flanc droit en passant par Triurne et Thomas au centre en passant Smyrna.[19]

Figure 139 : Mouvements de l’Armée du Cumberland vers Murfreesboro

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Source: James McPHERSON, The Atlas of the Civil War, op.cit., page 92.

L’avance des forces fédérales fut lente, grandement gênée par la météo hivernale peu clémente, l’état très bourbeux des routes et la nécessité pour les différentes ailes de coordonner leurs progressions respectives afin qu’aucune d’entre elle ne se retrouve isolée des autres. Mais Bragg décida d’ajouter un élément à ces causes de lenteurs, les cavaliers de Wheeler. Dès qu’il apprit la mise en marche des nordistes, le commandant confédéré décida d’envoyer ses cavaliers ralentir la progression fédérale. Durant trois jours les troupes de Wheeler engagèrent les éléments avancés de leurs adversaires dans une série d’escarmouches qui remplirent parfaitement leur fonction.[20]

Le temps ainsi gagné par Wheeler permit à Bragg de concentrer ses forces initialement étalées sur un large front dans la région de Murfreesboro afin de les réunir au nord-est de la la ville où il entendait livrer bataille. Le corps de Polk était déjà en position et celui de Hardee arriva les 28 et 29, les divisions de Breckinridge et Cleburne depuis Triune le 28 et celle de McCown depuis Readyville le 29.[21]

Une fois ses troupes concentrées, Bragg modifia les ordres de Wheeler. Il n’était désormais plus nécessaire pour lui de ralentir les fédéraux et Bragg l’envoya plutôt dans un raid sur leurs arrières. Le 29, le cavalier sudiste se lança avec deux de ses brigades, la sienne et celle de Abraham Buford, et causa pas mal de dommages au train d’approvisionnement de Rosecrans, frappant les fédéraux à Jefferson, La Vergne, Rock Springs et Nolensville avant de rejoindre les lignes sudistes le 31, complétant un vaste mouvement circulaire autour de l’Armée du Cumberland, ayant donc frappé les arrières et chacun des flancs de celle-ci. Au terme du raid, les sudistes saisirent ou détruisirent de grandes quantités de provisions et de chariots, causant un véritable chaos sur les arrières de la progression fédérale, en plus de faire quelques 1000 prisonniers pour des pertes relativement faibles.[22]

Mais ce raid n’arrêta pas Rosecrans, dont la préparation minutieuse s’avéra payante puisque malgré les importantes pertes de vivres et minutions, les forces fédérales avaient encore de quoi continuer leur route vers Murfreesboro, Rosecrans avançait donc toujours. Le 29, une escarmouche opposant les fantassins de deux camps écala mais les fédéraux continuèrent leur avance et le commandant nordiste plaça ses forces pour la bataille à venir.[23]
Crittenden tenait la gauche fédérale à l’ouest de la Stones River, sa propre gauche étant ancrée à cette rivière. Thomas pour sa part se trouvait au centre, aux abords de la Wilkinson Turnpike et McCook constituait le flanc droit jusqu’à la Overall Creek.

De l’autre côté, Bragg avait positionné ses forces de part et d’autre de la Stones River, la division de Breckinridge se trouvait sur la rive orientale, constituant la droite de l’Armée du Tennessee. Le centre était constitué du corps de Polk, couvrant les Wilkinson et Nashville Turnpike et les deux divisions restantes de Hardee, d’est en ouest, Cleburne et McCown, formaient le flanc gauche. Enfin, Bragg avait également placé une de ses deux brigades de cavalerie lui restant sur chaque flanc, John Pegram à droite le long de la Lebanon Turnpike et John Austin Wharton à l’est de la Overall Creek.[24]
Alors que leurs armées prenaient positions au cours de la journée du 30, les deux commandants commencèrent à établir leurs plans de bataille qui, assez ironiquement, furent fort semblables, chacun voulant attaquer le flanc droit de l’adversaire.[25]

Figure 140 : Placement des deux armées à la veille de la bataille

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Stones River, December 30, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen.

En effet, Rosecrans prévoyait de frapper dès le déjeuner terminé avec l’aile de Thomas à l’ouest de la Stones River, droit vers les forces lui faisant face, et celle de Crittenden qui devait attaquer sur la rive opposée en faisant à la fois un mouvement tournant pour envelopper le flanc sudiste mais également en progressant vers Murfreesboro afin de couper les sudistes de leurs provisions et mettre la main sur celles-ci. Pendant ce temps, McCook devait se contenter de tenir sa position, en se repliant lentement s’il était attaqué et en faisant des démonstrations sur toute sa ligne de front s’il ne l’était pas afin de réaliser une diversion.

En face, Bragg entendait ne pas rester sur la défensive, sachant très bien que Rosecrans allait attaquer, il décida de saisir sa chance en voulant frapper le premier et ainsi désarçonner son adversaire en le surprenant et en annihilant ses plans. Pour ce faire, à droite, Breckinridge garderait sa position pendant que le reste du corps de Hardee et celui de Polk attaqueraient les forces se trouvaient face à eux, devant réaliser eux aussi un mouvement tournant afin d’acculer les fédéraux à la rivière dont les gués, bien que franchissables en raison du faible niveau de celle-ci étaient en grande partie couvert par les canons de Breckinridge. Comme Rosecrans, Bragg donna ses instructions pour que l’attaque soit lancée au matin, mais aux premières lueurs de l’aube et pas après le déjeuner comme c’était le cas pour les nordistes.[26]

Alors que la nuit tomba sur le champ de bataille à venir, les orchestres des deux armées livrèrent leur propre bataille. Dépourvue de vent, la nuit porta aisément les sons entre les deux lignes et permit ainsi un duel pacifique. Les musiciens nordistes avaient commencé à jouer Yankee Doodle, ce qui déclencha une réponse sudiste avec Dixie et Bonnie Blue Flag, forçant les premiers à répondre avec Hail Columbia. Et comme un pied de nez à la bataille qui devait suivre et les voir s’entretuer, ce duel musical se termina sur un commun accord, les deux camps jouant et chantant la même ode, Home Sweet Home.[27]

Au matin du dernier jour de l’année 1862, un peu avant le lever du soleil, vers 8 heure, les sudistes lancèrent leur attaque sur la droite fédérale, McCown et Cleburne frappant violement le corps de McCook dont les troupes n’étaient pas prêtes puisque l’assaut fédéral ne devait être lancé qu’après le déjeuner. Ainsi, comme à Shiloh, l’attaque confédéré enfonça les positions fédérales, mettant en déroute les divisions de Johnston et Davis. La troisième division de McCook, celle de Sheridan, résista beaucoup mieux. Celui-ci avait en effet fait lever ses troupes plus tôt, si bien que lorsque commença l’attaque, elles étaient prêtes pour recevoir l’assaut du corps de Polk. Car en parallèle de l’avancée de McCown et Cleburne, la division de Whiters frappa les positions de Sheridan mais fut repoussée à trois reprises par la résistance des fédéraux qui ne se fit pas sans pertes élevées pour les deux camps. Mais quand vint la quatrième vague sudistes, conduite par la division de Cheatham et avec le soutien de Cleburne sur le flanc de Sheridan, celui-ci n’eut d’autre solution que lui aussi se replier vers la Nashville Turnpike où l’aile de Thomas était en train d’établir une nouvelle ligne défensive avec le concours de deux divisions de Crittenden, celles de Palmer et Wood après que Rosecrans eut annulé sa propre attaque, couvrant la route et la voie de chemin de fer et à angle droit par rapport à la position initiale de la ligne fédérale. Vers 10 heure, l’offensive confédérée commença à s’essouffler, ces derniers devant réorganiser leurs forces et les fédéraux rétablissant leur ligne.[28]

Figure 141 : L’offensive confédérée au matin du 31 décembre

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Stones River 9:45 a.m., December 31, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen.

La nouvelle ligne fédérale formait maintenant un « V », sa gauche ancrée à la Stones River jusqu’au carrefour de la Wilkinson Turnpike et de la route la reliant à la Nashville Turnpike pour ensuite obliquer vers le nord-ouest, parallèlement à cette dernière, formant donc un saillant dans la ligne au niveau d’un bois appelé la Round Forrest. De gauche à droite, la ligne était constituée des divisions de Wood et Palmer, de l’aile de Crittenden, de Negley et Rousseau, de l’aile de Thomas avec entre elle celle de Sheridan et enfin des éléments de l’aile de McCook ayant pu être regroupé. A cela, il faut ajouter la division de Van Cleve qui se trouvait sur la rive orientale de la rivière après sa progression dans la matinée dans le cadre du plan initial de Rosecrans et qui commençait seulement à revenir sur ses pas.[29]
En face, la constitution de la ligne sudiste restait assez semblable à ce qu’elle avait été le matin, seule différence, les divisions de McCown et Cleburne avaient été interchangées, ce dernier tenant maintenant l’extrême gauche.

Pour sa second attaque, Bragg estima qu’il lui fallait briser la ligne fédérale au niveau de la Round Forrest afin d’atteindre la Nashville Turnpike et la voie ferrée et ainsi couper les fédéraux de leurs lignes de communication et de retraite. En fin d’avant-midi, les deux divisions du corps de Polk tentèrent tour à tour de vaincre les nordistes défendant la position mais ceux-ci tinrent bon, repoussant les deux vagues confédérées. Ne pouvant faire appel à Hardee pour renouveler l’attaque contre ce point car Cleburne et McCown étaient encore en train de reformer leurs troupes tout en faisant face au reste de l’armée fédérale, le commandant sudiste décida de faire appel aux forces de Breckinridge qui n’avaient pas encore été impliquées dans les combats. Mais celui-ci perdit du temps en ne bougeant pas immédiatement car il pensait sa propre position sur le point d’être attaquée. Plus tôt dans la journée, les troupes de Crittenden avaient été aperçues franchissant les gués de la rivière mais quand l’ordre leur avait été donné de faire demi-tour, la manœuvre avait échappé aux confédérés, amenant Breckinridge à croire cette force toujours présente face à lui et à ne pas immédiatement aller frapper les nordistes défendant la Round Forrest qui, déjà durement touchés, n’aurait probablement pas été en mesure de tenir face à une nouvelle attaque d’une division entière si celle-ci avait rapidement succédé à la dernière attaque de Polk. Ainsi, une conséquence du plan initial de Rosecrans sauva peut-être son armée de la destruction. A la place de cela, le temps perdu par Breckinridge fit qu’il ne fut pas en mesure de se lancer à l’attaque avant le milieu de l’après-midi, laissant pas mal de temps à Rosecrans pour terminer l’organisation de sa ligne défensive.[30]

Figure 142 : La seconde offensive confédérée au matin du 31 décembre

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Stones River 11 a.m., December 31, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen.

Vers 14 heure, Breckinridge lança sa première attaque. Mais d’une part parce que la position fédérale était maintenant solidement défendue et d’autre part parce que les confédérés n’engagèrent que deux des brigades de Breckinridge, les deux autres étant toujours en chemin, l’attaque fut une fois encore repoussée. Vers 16 heure, les deux dernières brigades, enfin arrivées lancèrent la quatrième vague confédérée contre la Round Forrest mais comme les autres, celle-ci échoua, ce qui mit fin aux combats de la journée et la nuit tomba sur le champ de bataille.[31]

Figure 143 : La troisième offensive confédérée du 31 décembre

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Stones River 4 p.m., December 31, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen.

Même s’il n’avait pas réussi à percer la ligne fédérale, Bragg était persuadé d’avoir gagné la bataille, les nordistes ne pouvant que se replier à la suite de la défaite qu’ils venaient de subir, ayant été repoussé sur presque toute leur ligne et alors que leurs arrières avaient été ravagés par les cavaliers de Wheeler. Le commandant sudiste en était à ce point persuadé qu’il n’hésita pas à télégraphier la nouvelle à Richmond, affirmant à Davis que Rosecrans était en repli, suscitant une grande joie dans la capitale confédérée.[32]

Mais de l’autre côté, et bien que la logique des résultats de la journée aurait pu donner raison à Bragg, Rosecrans n’était pas décidé à accepter la défaite. Durant la nuit, il organisa un conseil de guerre réunissant Thomas, McCook, Crittenden et certains de leurs commandants de divisions. La position qui en ressorti, principalement portée par Thomas, fut que l’Armée du Cumberland ne pouvait pas se replier et Rosecrans se rallia à cette idée, donnant pour instructions à ses forces de se préparer au combat mais ne planifia rien de plus.[33]

Le 1er janvier, constatant que les fédéraux tenaient toujours leurs positions et ne se repliaient pas, Bragg fut déconcerté et, sachant ses forces trop affaiblies par les combats de la veille, le commandant sudiste ne put renouveler l’attaque, comprenant bien que la position défensive fédérale et ses pertes lourdes de la veille rendaient impossible la chose. Bragg se contenta donc de repositionner ses forces, ramenant le corps de Hardee juste au nord de la Wilkinson Turnpike avec Polk à sa droite jusqu’à la rivière et Breckinridge dans la continuité de Polk mais sur l’autre rive.
En face, dans le but de renforcer sa ligne, Rosecrans fit évacuer la Round Forrest, plaçant ainsi les ailes de McCook et Thomas sur la Nashville Turnpike en arc de cercle couvrant les gués et celle de Crittenden se déployant sur la rive orientale pour occuper une colline surplombant ces gués.[34]

Le jour suivant, Bragg fut en fois encore frustré de ne pas voir les nordistes en retraite mais pire encore, il commença à comprendre que c’était sa propre position qui était maintenant désavantagée. La prise, la veille, de la colline sur la rive orientale par les forces de Crittenden donnait maintenant un champ de tir à l’artillerie fédérale y ayant pris position dans le cas où Polk lancerait une attaque contre les forces lui faisant face. Voulant ôter cette menace, Bragg mit sur pied un nouveau plan. Puisque les nordistes n’étaient pas décidés à se replier, il comptait leur porter un nouveau coup qui les y contraindrait. Ce plan prévoyait deux phases. Premièrement Breckinridge devait prendre le contrôle de la colline afin d’ôter la menace pesant sur le flanc de Polk et ainsi permettre à celui-ci de lancer une attaque devant finalement mettre Rosecrans en déroute et à l’ensemble de l’armée confédérée d’harceler les fédéraux dans leur retraite avec en ligne de mire la reprise de Nashville.[35]

Bragg donna ses instructions à Breckinridge mais celui-ci émit des réserves sur le plan, ses troupes devant attaquer une position en hauteur soutenue par plusieurs batteries d’artillerie et demanda à Bragg de renoncer à l’attaque. Mais, se souvenant que les tergiversations de Breckinridge lors du premier jour de la bataille lui avaient déjà couté cher, le commandant sudiste refusa net et ordonna qu’il se mette en action immédiatement.[36]

Ainsi, vers 3h30 les confédérés ouvrirent un barrage d’artillerie depuis les lignes de Polk afin de faire diversion et les troupes de Breckinridge commencèrent à former leurs lignes pour monter à l’assaut aux alentours de 4 heure. Dans un premier temps, les sudistes parvinrent à repousser la ligne fédérale occupant la colline mais lorsqu’ils poursuivirent les nordistes en retraite, ce fut pour être accueilli par un immense barrage d’artillerie qui, leur infligeant de lourdes pertes, les contraignit à battre en retraite jusqu’à leurs positions d’origine un peu plus d’une heure plus tard.[37]

Figure 144 : L’offensive de Breckinridge du 2 janvier

Sans titre

Source: JESPEREN Hal, Battle of Stones River 4 p.m., January 2, 1863, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le 3 janvier, Bragg, influencé par les déclarations de Polk et Hardee demandant que l’Armée du Tennessee se replie, commença à comprendre la situation dans laquelle il se trouvait. Rosecrans ne faisait toujours pas mine de se replier, le niveau montant de la rivière menaçait de couper ses forces en deux en rendant infranchissable les gués en plus de les couper de leur route de retraite vers Chattanooga, les troupes confédérées étaient épuisées par les combats plus que violents qu’elles avaient livrés mais aussi par leurs positions d’attente sur le terrain dans les conditions hivernales qui étaient tombées sur le champ de bataille et surtout il avait perdu un tiers de ses troupes. En somme son armée n’était tout simplement plus en état de se battre et durant la nuit, après que les deux armées se furent jaugées depuis leurs lignes respectives sans engager le combat, il fit replier ses hommes sur une nouvelle ligne derrière la Duck River, avec Polk à Shelbyville et Hardee à Wartrace, et installant son quartier général à Tullahoma, sans que les fédéraux ne tentent de les poursuivre, se contentant d’entrer dans Murfreesboro. Bragg concéda donc la défaite alors que quelques jours plus tôt il criait victoire.[38]

La bataille de Stones River fut ainsi l’une des plus brutales de la guerre, les deux belligérants ayant subis des pertes très lourdes, aussi importantes que lors de bataille comme Fredericksburg, Antietam ou Shiloh mais avec pourtant des effectifs totaux moins importants, témoignant de la violence des combats.[39] L’Armée du Tennessee perdit un tiers de ses forces, quelques 11 800 hommes contre environ 13 200 pour celle du Cumberland, trente pourcents de ses forces initiales.[40]

La campagne du Tennessee Central s’avéra assez courte, éclatant rapidement dans une bataille violente et coûteuse. Si violente et coûteuse qu’elle dût mettre hors de combat pour plusieurs mois les deux armées qui y participèrent.[41]
Elle marqua une victoire tactique fédérale peu claire. Les confédérés avaient remporté les combats du premier jour, repoussant les nordistes mais ceux-ci refusèrent de se replier et repoussèrent finalement les tentatives suivantes pour rester maître du terrain après la bataille, à la fois vaincu et vainqueur.[42]
Ainsi, avec la retraite sudiste, la campagne prit fin sans avoir d’impact stratégique majeur sur le théâtre. Les fédéraux s’emparèrent de Murfreesboro, sécurisant une partie du Tennessee Central et assurant la défense de Nashville mais n’allèrent pas plus loin, ne progressant pas du tout vers Chattanooga qui était pourtant leur objectif de campagne et en ce sens, surtout par le fait que l’armée fédérale n’allait pas être en mesure de reprendre sa progression avant plusieurs mois, la campagne fut aussi un succès stratégique pour le Sud dans le cadre de la défense de cette ville qui restait assurée pour encore quelques mois.[43] Ainsi, malgré les tensions croissantes au sein de son commandement depuis la campagne précédente et d’autant plus fortes après la bataille de Stones River et les mauvais choix de Bragg au cours de celle-ci, ce dernier maintint son poste.[44]
Mais cette campagne eut tout de même un impact stratégique à une plus grande échelle. En permettant à Grant de pouvoir se concentrer sur son propre objectif, la prise de Vicksburg puisqu’il n’avait pas à s’inquiéter pour la sécurité du Tennessee Occidental. De plus, l’abandon de Murfreesboro par les confédérés et leur impossibilité à présent de menacer sa progression de Grant prouva que les raids de cavalerie, aussi rempli de succès soient ils lors de leurs exécutions, n’étaient en réalité que des succès symboliques, avec des conséquences stratégiques limitées, ne faisant que gagner un peu de temps aux sudistes mais ne pouvant empêcher la marche des évènements porté par la supériorité de l’Union en terme d’hommes et de ressources.[45]
Globalement, en ce début d’année 1863, la situation n’était pas si défavorable à la Confédération dans l’ensemble, ses forces ayant repoussé les offensives fédérales en Virginie, le long du Mississippi et en Caroline du Nord en plus de reprendre le contrôle de Galveston. La bataille de Stones River et l’incapacité des sudistes à reprendre la main au Tennessee étaient les seules ombres au tableau mais Chattanooga restait sécurisée pour encore quelques mois, Rosecrans devant recomposer des forces avant de reprendre sa marche. Mais les mois à venir allaient toutefois démontrer que le sentiment d’assurance qui prévalait au Sud durant cette période reposait sur des fondements assez bancals.


[1] Bruce CATTON, Terrible Swift Sword, op.cit., pages 473-474. ; Bruce CATTON, The Civil War, op.cit., page 111. ; Bruce CATTON, Never Call Retreat, op.cit., page 36.

[2] Ibid. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 774-775.

[3] Bruce CATTON, op.cit., pages 35-36.

[4] Idem, page 36.

[5] James PORTER, op.cit., page 75.

[6] Ces ailes étaient en réalité des corps d’armée en tout sauf en nom. Par la suite, la situation sera régularisée officiellement sur le plan administratif pour en faire des corps.

[7] Shelby FOOTE, The Civil War: A Narative Volume II: Frederiscksburg to Meridian, op.cit., pages 81-82. ; Bruce CATTON, op.cit., page 38.

[8] Shelby FOOTE, The Civil War: A Narative Volume I: Fort Sumter to Perryville, op.cit., pages 775-776. ; James PORTER, op.cit., page 57.

[9] John C. FREDRIKSEN, op.cit., pages 227-251.

[10] Shelby FOOTE, op.cit., pages 788-790.

[11] Bruce CATTON, op.cit., pages 36-38. ; James McPHERSON, op.cit., page 632. ; Shelby FOOTE, The Civil War: A Narative Volume II: Frederiscksburg to Meridian, op.cit., pages 78-81.

[12] James McPHERSON, op.cit., page 629. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 9. ; Bruce CATTON, op.cit., page 36.

[13] Idem, page 33. ; James McPHERSON, op.cit., page 631. ; Pour plus d’information sur ce raid, se reporter à la partie consacrée à la Première campagne de Vicksburg.

[14] Shelby FOOTE, op.cit., pages 82-83. ; Bruce CATTON, op.cit., page 36. ; James PORTER, op.cit., pages 57-58.

[15] Shelby FOOTE, op.cit., pages 7-8.

[16] Idem, page 8. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Hartsvuille, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.; Frances KENNEDY, op.cit., page 150.

[17] Bruce CATTON, op.cit., page 38.

[18] Shelby FOOTE, op.cit., page 84.

[19] Shelby FOOTE, op.cit., page 81. ; James McPHERSON, op.cit., page 634. ; James PORTER, op.cit., page 57. ; Bruce CATTON, op.cit., page 38.

[20] James PORTER, op.cit., page 59. ; James McPHERSON, op.cit., page 634.

[21] Shelby FOOTE, op.cit., page 83.

[22] Idem, pages 84-85. ; James PORTER, op.cit., pages 59-60. ; James McPHERSON, op.cit., page 634. ; Bruce CATTON, op.cit., page 44.

[23] Shelby FOOTE, op.cit., page 82

[24] Idem, page 85-86. ; Bruce CATTON, op.cit., pages 39-40.

[25] James McPHERSON, op.cit., page 634.

[26] Bruce CATTON, op.cit., page 40. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 86.

[27] Idem, pages 86-87. ; James McPHERSON, op.cit., page 634.

[28] Shelby FOOTE, op.cit., pages 87-91. ; James McPHERSON, op.cit., page 636. ; Bruce CATTON, op.cit., pages 41-42. ; James PORTER, op.cit., pages 60-71. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 151.

[29] James McPHERSON, op.cit., page 636. ; Bruce CATTON, op.cit., page 42. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 91. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 151.

[30] Bruce CATTON, op.cit., page 43. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 92-93. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 153.

[31] Ibid ; James PORTER, op.cit., pages 60-71. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 93. ; James McPHERSON, op.cit., page 636. ; Bruce CATTON, op.cit., page 44.

[32] James McPHERSON, op.cit., page 636. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 93. ; Bruce CATTON, op.cit., page 44.

[33] Shelby FOOTE, op.cit., pages 94-95. ; Bruce CATTON, op.cit., page 45.

[34] Idem, page 45. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 96-97.

[35] Idem, pages 96-97. ; Bruce CATTON, op.cit., page 45.

[36] Shelby FOOTE, op.cit., page 98. ; James McPHERSON, op.cit., page 636.

[37] Shelby FOOTE, op.cit., pages 99-100. ; Bruce CATTON, op.cit., pages 45-46. ; James McPHERSON, op.cit., page 636. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 153. ; James PORTER, op.cit., page 71.

[38] James McPHERSON, op.cit., page 637. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 154. ; Bruce CATTON, op.cit., page 46. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 101-103.

[39] Au sud, cette bataille prit le nom de la ville adjacente, Murfreesboro.

[40] Idem, page 100. ; James McPHERSON, op.cit., page 637. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 154. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Stones River, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.; James PORTER, op.cit., page 75. ; Bruce Catton, The Civil War, op.cit., page 117.

[41] James McPHERSON, op.cit., page 637. ; Bruce CATTON, op.cit., page 122. ; John KEEGAN, op.cit., page 177. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 168-169.

[42] Bruce CATTON, op.cit., page 116.

[43] Idem, pages 116-117.

[44] James McPHERSON, op.cit., page 638.

[45] Bruce CATTON, Never Call Retreat, op.cit., page 46.

La campagne du Kentucky

A la suite de la chute de Corinth à la fin du mois de mai 1862, Halleck, toujours aux commandes des forces fédérales au Tennessee avant d’être appelé à Washington début juillet pour remplacer McClellan à la tête de toutes les forces de l’Union, prit deux décisions. La première fut de scinder ses forces en deux, élevant Buell au même niveau que Grant en lui confiant une partie des troupes présentes sur le théâtre. La seconde concernait la suite des opérations dans la région. Le choix s’offrait alors aux nordistes de soit descendre le Mississippi pour aller en libérer le cours et ainsi accomplir l’un des objectifs du Plan Anaconda en coupant la Confédération en deux et isolant la majeure partie de celle-ci du reste du monde ou progresser vers le Tennessee Oriental pour aller réaliser l’un des souhaits les plus cher de Lincoln, le soutien aux unionistes présents dans cette région et par la même occasion menacer le cœur de la Confédération.[1]
Le commandant nordiste fit assez vite un choix. Grant reçu pour instruction de placer ses forces en position défensive dans l’ouest du Tennessee pour défendre le terrain conquis et préparer ses forces pour une future poussée le long du Mississippi. Pendant ce temps, Buell fut pour sa part chargé de prendre ses troupes pour progresser vers l’est de l’état avec pour objectif premier le nœud ferroviaire de Chattanooga, clé stratégique de la région.[2]
Mais pour leur part, les sudistes étaient bien décidés à ne pas laisser les fédéraux mettre leurs plans à exécution en prenant, comme sur d’autres théâtres, une posture stratégique résolument offensive dans le but de chercher à mettre un terme aux hostilités. La question demeurait cependant de savoir comment s’y prendre face à des forces largement supérieures.[3]

L’objectif attribué aux forces de Buell était donc la conquête du reste du Tennessee, sa partie orientale. Pour ce faire, le plan du commandant nordiste était donc de progresser le long de la Memphis & Charleston Railroad depuis Corinth vers Chattanooga dans le but de prendre ce nœud ferroviaire possédant une importance stratégique énorme.[4] La ville faisait la jonction entre trois lignes de chemin de fer, la Memphis & Charleston allant vers le Tennessee Occidental, la Western & Atlantic pénétrant en Géorgie pour s’enfoncer vers le cœur de la Confédération, son Heartland, et la East Tennessee & Georgia allant jusqu’à Knoxville avant de devenir la East Tennessee & Virginia pour rejoindre la Virginie à Lynchburg, de l’autre côté des Appalaches, seule ligne traversant cette chaîne de montagne. Ainsi, de par sa position, Chattanooga était l’un des deux seuls points de passage ferroviaire, avec Mobile dans le sud de l’Alabama, permettant de lier l’est et l’ouest de la Confédération. La prendre permettrait aux nordistes de couper l’un de ces deux axes en plus de déverrouiller l’accès au Heartland, Chattanooga étant la porte d’entrée de la Géorgie et la voie ferrée y passant, le boulevard menant à Atlanta et les autres centres industriels installés dans cette région, en faisant le verrou stratégique du cœur de la Confédération.[5]

Du côté confédéré, plusieurs possibilités s’offraient à eux mais une constante était claire, il leur fallait agir afin de stopper la chaîne de victoire fédérale et les gains territoriaux qu’elle leur avait apporté. Trois options étaient possibles, attaquer le Tennessee Occidental pour pousser les nordistes hors de l’état, ce que Johnston avait déjà, en vain, cherché à faire lors de la campagne de la Tennessee River, attaquer, en jonction avec les forces de Edmund Kirby Smith, celles de Buell au Tennessee Central ou dans le nord de l’Alabama selon leur position, et ainsi non seulement protéger la partie orientale de l’état mais également menacer le flanc gauche fédéral ou encore utiliser cette même jonction de force pour envahir le Kentucky, peu défendu, et ainsi amener les nordistes à les poursuivre, ouvrant de la sorte des possibilités de contre-attaque au Tennessee Occidental.[6]
Ce sera finalement pour cette dernière option qu’optera Bragg. Son plan était le suivant. Acheminer la plus grande partie de son armée vers Chattanooga par voie ferrée en passant par Mobile et rejoindre la ville avant que Buell n’y arrive lui-même dans le but premier de la défendre et ensuite, après s’être concerté avec Smith, lancer une offensive en deux axes vers le Kentucky afin de prendre possession de l’état et contraindre les nordistes à l’y suivre pour les y défaire en terrain découvert. Dans le même temps, Price et Van Dorn, laissés dans le nord du Mississippi avec leurs troupes de l’Armée de l’Ouest profiteraient de l’occasion pour aller attaquer les positions défensives fédérales au Tennessee Occidental et le reconquérir.[7] Ainsi, un succès confédéré dans cette campagne pourrait potentiellement permettre au Sud de poser sa frontière sur la Ohio River et de là, menacer les états nordistes de l’Ohio, de l’Indiana et de l’Illinois ainsi que les grands centres urbains et industriels s’y trouvant tel que Chicago ou Cincinnati, risquant dès lors de couper les états du Midwest de ceux de Nouvelle-Angleterre, ce qui, couplé avec la volonté de l’Armée de Virginie du Nord de progresser vers le Maryland et Washington, pourrait hâter la fin de la guerre.[8]
En plus de cela, au Kentucky, Bragg espérait pouvoir recruter en nombre au sein des partisans de la cause sudiste pour grossir ses rangs.[9]

Pour mener ses objectifs, Buell disposait avec lui au Tennessee Central, au début de la campagne, de quatre divisions sous les généraux William Nelson, Alexander McDowell McCook, Thomas John Wood et Thomas Leonidas Crittenden. Les deux premières fortes de trois brigades et les deux autres de deux. Le tout pour un total de près de 35 000 hommes. En plus de cela, Buell disposait aussi sous son commandement de trois divisions établies en d’autres points, George Washington Morgan à proximité de Cumberland Gap avec quatre brigades pour environ 9000 hommes, George Henry Thomas à Iuka avec près de 8000 hommes en trois brigades et Ormsby MacKnight Mitchell avec 11 000 hommes dans le nord de l’Alabama. Enfin, à cela il convient d’ajouter deux divisions appartenant au commandement de Grant mais devant, sur ordre de Halleck, être prête à prêter main forte à Buell sur demande dans le cadre de sa campagne contre Chattanooga, celles de John McAuley Palmer et Jefferson Columbus Davis.[10]
Sur le plan de la cavalerie, le commandant nordiste disposait de plusieurs régiments dispersés dans les divisions d’infanterie mais d’aucune brigade organisée.[11]

Côté sudiste, les forces confédérées présentes à Tupelo, toujours actuellement sous les ordres de Beauregard – mais qui sera bientôt remplacé par Bragg –, étaient toujours organisées comme elles l’étaient au moment de la retraite de Corinth quelques jours plus tôt.[12]
Dans l’est de l’état, entre Chattanooga et Knoxville, l’Armée du Tennessee Oriental de Smith disposait pour sa part de deux divisions d’infanterie, une à Knoxville et l’autre à Chattanooga et deux brigades de cavalerie sous John Hunt Morgan et Nathan Bedford Forrest pour un total d’environ 15 000 hommes.[13]
Enfin, dernière force sudiste qui prendra part à la campagne, les quelques 3000 hommes de Humphrey Marshall, qui faisaient partie du Département de Virginie du Sud-Ouest et présents en Virginie Occidentale.

Alors que se déroulait la première campagne de ce qui devait devenir un théâtre à part entière, la situation sur les autres était la même que lors de la seconde campagne de Corinth.[14] Globalement, cette période fut marquée par la volonté sudiste de hâter la fin de la guerre en lançant plusieurs campagnes offensives après avoir subi plusieurs revers consécutifs.[15]

Le 4 juin, les forces de Mitchell qui tentèrent de progresser vers Chattanooga eurent à livrer une escarmouche à Huntsville contre les éléments avancés des forces de Smith défendant la place. En effet, alors que Buell ne s’était pas encore mit en route, Mitchell, présent dans le nord de l’Alabama depuis plusieurs semaines, cherchait pour sa part à tirer parti de la faible présence confédérée au Tennessee Oriental pour s’emparer de la ville et la défendre en attendant que le gros des forces arrive, anticipant ainsi toute volonté sudiste de dépêcher des renforts dans la région. Le 7 juin, arrivant aux abords de la ville, les fédéraux attaquèrent sans grande motivation et se replièrent le lendemain après un bombardement des positions confédérées ayant échoué à les en déloger.[16]

Le 9 juin, Buell se mit à son tour en route le long du chemin de fer. Commença alors une progression des plus lentes. Les fédéraux eurent à réparer la voie ferrée au cours de leur avancée car Halleck tenait à user de celle-ci comme axe de ravitaillement et de communication par la suite et les partisans sudistes présents dans la région se firent un plaisir de leur donner du travail en détruisant la voie à de nombreuses reprises. Buell rechignait à mener des expéditions punitives contre la population locale ou réquisitionner les vivres dont elle disposait et qui manquaient tant à ses hommes, si bien que ses forces ne pouvait progresser qu’aussi vite qu’ils réparaient les dégâts et que les approvisionnements pouvaient leur parvenir.
Le 8 juillet, un mois après son départ, son armée était enfin arrivée à Stevenson, là où la Memphis & Charleston Railroad était rejointe par la Nashville & Chattanooga Railroad et Buell pu alors ouvrir un nouvel axe d’approvisionnement. Depuis le début des opérations l’année précédente, la base opérationnelle de l’Armée de l’Ohio se trouvait à Louisville d’où les approvisionnements partaient en traversant le Kentucky le long de la Louisville & Nashville Railroad pour atteindre cette dernière avant d’être transférer dans des chariots et amenés aux forces fédérales avançant vers Chattanooga par la route ce qui prenait du temps et demandait qu’une partie d’entre elles soient laissées en garnison en chemin, réduisant d’autant les troupes disponible pour mener la  campagne en plus de laisser les forces fédérales en manque de moyens, vivres et munitions, et harcelés par les partisans sudistes.[17] Avec ce nouvel axe ferroviaire le reliant directement à Nashville, et donc par extension à Louisville, Buell entendait bien se faire approvisionner plus vite et ainsi pouvoir accroître sa cadence dans sa progression vers Chattanooga.[18]

Mais la situation devait encore se complexifier pour les fédéraux alors que ce nouvel axe devait seulement être employé pour la première fois. Conscient qu’ils ne pouvaient faire face à l’importante supériorité numérique nordiste, Smith décida d’en recourir à ses cavaliers en attaquant leurs lignes d’approvisionnement.
Parti le 9 juillet de Chattanooga, les cavaliers de Forrest frappèrent à Murfreesboro le 13, soumettant la petite garnison d’une brigade mixe d’infanterie et de cavalerie commandée par le général Thomas Theodore Crittenden et détruisant la voie ferrée avant d’aller et frapper quelques jours plus tard, le 21, au sud de Nashville où ils détruisirent trois ponts le long de la voie ferrée pour enfin regagner les lignes sudistes sans que la division de Nelson, envoyée à leur poursuite à la suite du raid de Murfreesboro, ne puissent faire quelque chose.[19]

Figure 132 : Le raid de Forrest et ses cavaliers contre la Nashville& Chattanooga Railroad

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Source: James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 84.

En parallèle à cela, un autre raid fut mené par l’autre force de cavalerie, celle de Morgan, qui frappa lui au Kentucky, directement contre la ligne d’approvisionnement venant de Louisville. Parti le 4 juillet de Knoxville, les cavaliers sudistes entrèrent au Kentucky où, le 9, ils prirent Tompkinsville avant de s’emparer de Glasgow et de son dépôt le lendemain. Un jour plus tard, ils arrivèrent à Lebanon où ils en firent de même. Le 13, alors que Forrest était à Murfreesboro, Morgan attaqua Harrodsburg. Après une escarmouche avec une petite force fédérale qui tenta de l’intercepter à Mackville le 14, il prit Cynthiana le 18 avant de se faire surprendre le 20 à Owensville où ses forces se dispersèrent pour rejoindre les lignes sudistes à Livingston le 28.[20]

Figure 133 : Le premier raid de cavalerie de Morgan au Kentucky

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Source: James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 85.

Ces deux raids, en parallèle de celui de Van Dorn au Mississippi plus tard dans l’année, démontrèrent la supériorité des cavaliers sudistes et leur utilité contre les voies d’approvisionnement nordistes envers lesquels la dépendance de ceux-ci était forte. Ainsi, la combinaison de ces deux raids et des actions des cavaliers de Joseph Wheeler et Francis Crawford Armstrong en soutien des partisans sudistes contre la Memphis & Charleston Railroad eut pour conséquence d’immobiliser Buell pendant près de deux semaines et d’ainsi permettre aux forces de Bragg de rejoindre Chattanooga avant que les fédéraux ne s’en soient emparés.[21]

En effet, le 21 juillet, Bragg s’était mis en route dans cette direction. Il était arrivé à la tête de l’Armée du Mississippi le 17 juin, après que Davis eut décidé de relever de son commandement Beauregard lorsque celui-ci quitta ses troupes pour aller se soigner d’une légère maladie sans en avoir au préalable reçu l’autorisation du Président confédéré.[22]
Le nouveau commandant sudiste avait donc pris sa décision quant à la campagne à mener, il prendrait l’initiative au Tennessee Central et chercherait là un moyen de vaincre ses adversaires. Mais pour cela, il lui fallait déplacer ses troupes de Tupelo à Chattanooga et ce suffisamment vite pour gagner la course ainsi engagée avec Buell alors qu’il partait avec du retard.

Et l’opportunité lui fut offerte de tester la seule route ferroviaire pouvant l’amener au Tennessee avec assez de vitesse, c’est-à-dire la Mobile & Ohio Railroad jusqu’au Golfe du Mexique, l’Alabama & Florida Railroad jusqu’à Montgomery, la Montgomery & West Point Railroad jusqu’à Atlanta et la Western & Atlantic Railroad jusqu’à Chattanooga, soit un trajet de près de 1200 kilomètres.[23] Le 27 juin, il fit partir la brigade de John Porter McCown par cette route pour aller rejoindre Smith et celle-ci ne mit que six jours pour effectuer le parcours, arrivant à Chattanooga le 3 juillet. Bragg savait maintenant qu’il était tout à fait possible de l’employer pour transférer ses forces.[24]

Dès lors, il laissa quelques troupes sur place à Tupelo sous Price et Van Dorn et lança le reste de son infanterie le long de la voie ferrée, les premiers éléments partant le 23 juillet. Dans le même temps, la cavalerie ainsi que les chariots d’approvisionnement et l’artillerie prirent eux une route plus directe traversant le nord de l’Alabama d’ouest en est, de Tupelo à Rome.[25]
Le 29 juillet, les premiers éléments confédérés arrivèrent à Chattanooga, réalisant là le plus grand et le plus complexe déplacement par rails d’une force militaire jamais effectué jusqu’à ce jour, alors même que Buell était pour sa part toujours bloqué aux abords de Stevenson, immobilisé par le manque de ravitaillement et la nécessité pour lui de reconstruire le pont de Bridgeport que Mitchell avait fait détruire quelques semaines plus tôt. Or, sans les matériaux nécessaires, la reconstruction n’avançait pas.[26] Deux jours plus tard, Bragg, arrivé en personne le 30, et Smith se rencontrèrent à Chattanooga pour discuter de la suite des opérations.[27]

Figure 134 : Transfert de l’Armée du Mississippi de Tupelo à Chattanooga

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Source: Shelby Foote, The Civil War: A Narative Volume I: Fort Sumter to Perryville, op.cit., page 575.

Il fut décidé que dans un premier temps, pendant que Bragg attendait le reste de ses forces toujours en route, Smith devait reprendre Cumberland Gap, porte d’entrée principale du Kentucky depuis le Tennessee Oriental dont les forces de Morgan s’étaient emparées le 18 juin. En reprenant cette position et en éliminant la division nordiste, les sudistes comptaient bien user de cette route pour en faire leur ligne d’approvisionnement.[28] Une fois Bragg prêt, les deux forces avanceraient, ce dernier vers le Tennessee Central, menaçant Nashville si possible ou en continuant vers le Kentucky pour y attirer les forces fédérales en plus de bénéficier de l’adhésion massive de la population locale et Smith se tiendrait prêt à le soutenir, le tout en se basant sur les renseignements obtenus par Morgan et ses cavaliers au cours de leur récent raid dans la région. A une plus grande échelle, les forces de Marshall devait aider à couper la retraite de Morgan, Van Dorn et Price devait agir au Tennessee Occidental pour occuper Grant et l’empêcher d’envoyer des renforts à Buell et si possible le repousser et enfin Breckinridge devait prendre sa division située dans le sud du Mississippi et suivre le chemin parcouru par Bragg pour venir le renforcer au cours de la campagne. L’ensemble de ces forces devant se rejoindre au Kentucky après avoir vaincu tous leurs adversaires.[29]

Alors qu’il transférait ses forces, Bragg décida de les réorganiser. Premièrement, il divisa ses troupes en deux ailes de deux divisions avec initialement quatre brigades d’infanterie dans chacune d’elles. L’aile gauche revint à William Joseph Hardee avec James Patton Anderson et Simon Bolivar Buckner à la tête des divisions d’infanterie et Wheeler aux commandes de la cavalerie. L’aile droite fut elle confiée à Leonidas Polk, les divisions étant commandés par Benjamin Franklin Cheatham et Jones Mitchell Whiters. L’Armée du Mississippi comptait à ce moment environ 34 000.[30]
Enfin, il renforça Smith en plaçant sous ses ordres les brigades de Patrick Cleburne et Preston Smith venant respectivement des ailes gauche et droite, réduisant celles-ci à trois brigades par division.[31] Le commandant de l’Armée du Tennessee Oriental réorganisa dès lors ses troupes en quatre divisions sous Thomas James Churchill, Cleburne, Henry Heth et Carter Littlepage Stevenson, cette dernière comptant environ 9000 hommes contre près de 4000 pour les autres, pour un total d’environ  21 000 hommes.[32] Enfin, Smith comptait désormais quatre brigades de cavalerie sous Morgan, Forrest, John Scott et Benjamin Alliston.[33]

Figure 135 : Positionnements et mouvements des deux camps avant le déclenchement de la campagne

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Kentucky – Tennessee, 1861, Developments Between the Battle of Shiloh, 6-7 April 1862, and the Confederate Invasion of Kentucky, Which Began in August 1862, West Point: Department of History.

Deux semaines après la rencontre à Chattanooga, Smith mit son armée en marche depuis Knoxville le 14 août. Il avança d’abord comme convenu vers Cumberland Gap où ses troupes avaient livré une escarmouche le 8 août. Cependant, découvrant que les forces de Morgan y disposaient de solides défenses et d’une grande quantité de vivres et de munitions, Smith décida plus prudent de contourner les fédéraux en franchissant les Cumberland Mountains par plusieurs autres passages plus à l’ouest, principalement à Big Creek Gap, tout en laissant la plus grande de ses divisions, celle de Stevenson, face à Morgan pour le dissuader de toute action.[34]

Continuant sa route vers le nord, Smith s’empara de Barbousville le 18 et y resta jusqu’au 25, coupant la route servant de ligne d’approvisionnement à Morgan. Mais celui-ci ne bougea toujours pas, n’essayant pas de s’échapper du piège et ce bien qu’il avait à faire face à deux forces sudistes chacune similaire à la sienne, l’une face à lui et l’autre sur ses arrières en travers de sa ligne de retraite.[35] N’osant pas s’attaquer à Morgan, Smith décida de modifier le plan convenu avec Bragg en poursuivant vers le nord, profitant de l’absence de troupes fédérales au Kentucky, les éléments les plus proches, des unités récemment assemblées et inexpérimentées, étant situés à Louisville et Cincinnati. Il informa donc Bragg qu’il avançait sur Lexington sans pour autant attendre une réponse de ce dernier, le laissant par conséquent sans soutien possible au Tennessee Central face à Buell et surtout sans permettre l’ouverture d’une éventuelle route d’approvisionnement pour les forces confédérés envahissant le Kentucky.[36]
L’avancée de Smith fut précédée d’un nouveau raid de Morgan au Tennessee et au Kentucky et des cavaliers de Scott ouvrant la route des fantassins.

Les fédéraux réagirent par ailleurs à l’offensive de Smith en faisant rassembler en toute hâte une force de deux brigades d’infanterie et trois régiments de cavalerie à Richmond et Buell dépêcha Nelson au Kentucky pour prendre le commandement de la nouvellement créée Armée du Kentucky, cédant sa division à Albin Francisco Schoepf.[37]
Le 23 août, les cavaliers de Scott arrivèrent aux abords de Richmond et prirent le contrôle de Big Hill alors qu’ils ouvraient la voie aux fantassins confédérés qui, le 27, prirent London.[38]

Le 29, Scott poussa plus en avant mais fut repoussé une fois au contact de la ligne fédérale près de Rogersville et se replia jusqu’à Kingston où il fut rejoint par les troupes de Cleburne.[39] Le lendemain, celui-ci attaqua les forces fédérales avec plus tard dans la journée le concours de la division de Churchill, remportant une victoire très nette, en prenant la ville et capturant près de 4300 des quelques 6500 soldats nordistes présents sur place avec l’aide des cavaliers de Scott qui pourchassèrent les troupes en pleine déroute, les autres étant mis hors de combat d’une façon ou d’une autre pour la quasi intégralité d’entre eux, et ce au prix d’à peine 500 pertes côté confédéré. Nelson parvint pour sa part à s’échapper et à regagner Louisville même s’il fut blessé au cours des combats. La bataille de Richmond marqua le succès tactique confédéré le plus net de la guerre.[40]

A la suite de cette victoire, Smith continua sa poussée vers le nord en dépêchant Scott vers la Kentucky River pour y empêcher l’établissement d’une nouvelle ligne défensive fédérale et ensuite aller s’emparer de Lexington et Frankfort les 2 et 3 septembre sans rencontrer de résistance et en y recevant un accueil chaleureux de la part de la population locale.[41]
Conscient qu’il ne pouvait pousser plus loin face à la concentration de forces fédérales à Louisville et Cincinnati, Smith décida de tenir le terrain conquis et déploya donc ses forces en fonction, usant des ressources pouvant être glanées sur le terrain. Seules quelques forces légères furent envoyées tester les positions fédérales plus au nord mais sans conséquence.[42]

Alors que Smith progressait au Kentucky, Morgan était donc parti dans un nouveau raid, quittant Sparta le 11 août. Le lendemain, il s’empara de Gallatin, au nord de Nashville où ses hommes détruisirent un tunnel de près de 250 mètres sur la voie de chemin de fer, interrompant tout trafic dans ce secteur sur celle-ci durant près de cent jours. En réponse, Buell envoya la nouvellement créée brigade de cavalerie de Richard William Johnson dans la région et, parvenant à trouver les sudistes qui avaient continué à semer le chaos dans la région, celui-ci leur livra bataille près de Gallatin le 21. Le résultat fut une nouvelle victoire nette des sudistes qui détruisirent les forces de Johnson, le capturant lui et un grand nombre de ses hommes.[43] A la suite de cela, Morgan se replia sur Hartsville pour s’y reposer avant de rejoindre Smith à Lexington le 4 septembre.[44]

Le 28 août, une fois toute ses forces assemblées à Chattanooga, Bragg se mit lui aussi en marche avec au-devant de ses fantassins, les cavaliers de Wheeler qui assurèrent un écran face aux forces fédérales de Buell situées non loin à l’ouest de l’axe de progression confédéré afin de dissimuler celui-ci ainsi que la composition des forces.[45] Dans le même temps, et alors que Morgan était en train de faire le sien, Forrest était lui aussi parti dans un second raid, toujours au Tennessee. Cependant, cette fois le cavalier sudiste rencontra bien moins de succès qu’à son habitude. Repoussé une première fois à Round Mountain, non loin de Murfreesboro, avant de passer dans les jours suivant de défaite en défaite qui lui coutèrent beaucoup de forces.[46] Mais malgré ces échecs, Forrest et ses cavaliers contribuèrent eux aussi à semer la confusion chez les nordistes.[47]

Progressant donc en parallèle des lignes fédérales, Bragg arriva à Sparta le 4 septembre et y resta pendant quelques jours pour reposer ses hommes, attendre une évolution des actions de Price et Van Dorn et tester les défenses de Nashville afin de voir s’il était opportun de frapper dans cette direction tant que les forces de Buell étaient dispersées entre ce point et Stevenson.[48]
Mais d’une part parce que Price et Van Dorn ne faisaient pas encore mine de lancer leur campagne contre Grant au Tennessee Occidental et d’autre part parce que Forrest l’informa de deux nouvelles majeures, Nashville était puissamment fortifiée et Buell semblait être en train de rassembler ses forces vers le nord en plus d’y recevoir des renforts venus de Grant, Bragg décida de pénétrer au Kentucky à son tour, sachant bien qu’il ne pouvait compter sur le soutien des forces de Smith.[49]

En effet, le 5 septembre, comprenant que Bragg était en mouvement mais sans savoir dans quelle direction en raison de l’efficacité des cavaliers sudistes, Buell décida de regrouper ses troupes à Murfreesboro afin d’assurer la défense de Nashville.[50]

Dès lors, Bragg poussa ses forces plus au nord, vers le Kentucky. Le 9 elles prirent Carthage, y franchirent la Cumberland River, entrèrent au Kentucky à Tompkinsville pour arriver à Glasgow à partir du 12 où, dans l’espoir de voir se joindre à son armée des milliers de nouvelles recrues issues de l’état, le commandant sudiste émit une déclaration à la population annonçant la libération du Kentucky du joug fédéral et appelant à le rejoindre.[51]

Le même jour, Bragg réorganisa à nouveau quelque peu ses forces. Premièrement les deux brigades qu’il avait envoyées à Smith avant le déclenchement de la campagne, Cleburne et Smith, lui furent renvoyées, réintégrant respectivement les divisions de Buckner et Cheetham. Deuxièmement, cette fois sur le plan de la cavalerie, Forrest fut lui aussi transféré des forces de Smith à celles de Bragg et fut placé sous les ordres de l’aile droite de Polk qui disposait maintenant de sa propre force de cavalerie comme c’était le cas pour l’aile gauche avec Wheeler.[52]

Pendant que Bragg progressait, Buell ne resta pas inactif. Le 7, ayant reçu des informations erronées selon lesquelles Bragg se dirigeait vers Bowling Green, où, en plus d’un carrefour ferroviaire important pour l’approvisionnement fédéral, se trouvait là une grande quantité de vivres et munitions, il décida à son tour de marcher vers le Kentucky, laissant Thomas à Nashville avec sa division et deux de celles venant de Grant, celles de Palmer et Alexander Sandor Asboth. Buell en profita également pour réorganiser le reste de ses forces. Ses quatre divisions initiales furent regroupées en trois et vinrent s’y adjoindre celles de Mitchell, désormais commandée par Lovell Harrison Rousseau, à la suite du départ de Mitchell pour Washington avant d’être affecté en Caroline du Sud, et de Davis, également empruntée à Grant.[53]
Point de vue cavalerie, Buell chercha à trouver un moyen de neutraliser la supériorité sudiste en la matière. A la fin du mois d’août, une brigade fut levée au Kentucky sous les ordres de James Streshly Jackson et début septembre une division de deux brigades fut établie sous John Kennet avec McCook et Lewis Zahm aux commandes des brigades.[54]

Le 14, les fédéraux arrivèrent à Bowling Green et découvrirent que Bragg était à Glasgow. Le lendemain, ayant compris que celui-ci était plus près de Louisville qu’il ne l’était lui-même et que rien n’empêchait Smith de venir le rejoindre, Buell fit prévenir Thomas de revenir auprès du gros des forces avec sa division et celle de Asboth qui, en cours de route, furent mixée en une seule, et laissèrent la défense de Nashville à Palmer et une toute nouvelle division sous James Scott Negley.[55]

Alors que Buell arrivait à Bowling Green, Bragg donna pour instruction à la division de Chalmers de progresser jusqu’à Cave City et d’y couper la voie ferrée. Une fois cela fait, celui-ci ne s’arrêta pas là et continua vers Mundfordville où la ligne ferroviaire franchissait la Green River mais où se trouvait également une garnison fédérale d’environ 4000 hommes commandée par le colonel John Thomas Wilder et établie à Fort Craig. Attaquant la place, les fantassins de Chalmers, aidé des cavaliers de Scott de l’armée de Smith présents dans ce secteur pour un raid fait la veille contre la voie ferrée au nord de Mundfordville et également pour faire la jonction entre les deux armées confédérées, furent dans un premier temps repoussé, décidant dès le lendemain le commandant sudiste à y dépêcher toute son armée pour en faire le siège. Les sudistes furent pleinement sur place dès le 16, cernant les positions fédérales de toutes parts. Le 17, après un épisode de négociation très chevaleresque qui vit Wilder et Buckner inspecter les positions confédérées et discuter de la conduite la plus honorable que pouvait adopter le commandant nordiste, celui-ci accepta de présenter la reddition de sa garnison, permettant ainsi aux confédérés de se positionner en travers de la ligne d’approvisionnement de Buell et derrière une rivière leur offrant un avantage défensif.[56] Les pertes fédérales furent lourdes, quelques 4000 hommes fait prisonnier pour 300 pertes côté sudistes, toutes subies lors de l’assaut initial du 14.[57]

A la suite de la chute de la ville, Bragg, qui pensait toujours Buell à Bowling Green, découvrit que l’armée fédérale était en réalité à Cave City, à peine 16 kilomètres au sud des positions sudistes. La principale raison de la surprise que cela posa au commandant confédéré fut à attribuer à l’efficacité nouvelle des cavaliers nordistes qui, pour la première fois, parvinrent à tenir en respect leur adversaires en les empêchant de pénétrer l’écran de protection qu’ils formèrent et dès lors les empêchèrent de reconnaître les mouvements de l’Armée de l’Ohio.[58] Cela fut en partie du à la décision de Bragg au lendemain de la bataille de Mundfordville de retirer à Forrest la quasi intégralité de ses forces, alors qu’il était en charge de surveiller les arrières sudistes, à l’exception de deux régiments, pour les placer sous les ordres de Wheeler qui lui avait pour mission de précéder l’infanterie.[59]

Malgré la bonne position défensive que la Green River lui offrait, Bragg faisait en réalité face à deux problèmes majeurs. Premièrement, la région dans laquelle il se trouvait, en raison d’une importante sécheresse, ne pouvait lui permettre d’approvisionner son armée alors qu’elle avait déjà consommé une grande partie de ses rations et qu’elle ne pouvait espérer en recevoir puisque les fédéraux barraient ses lignes de communication possibles avec le Tennessee. Alors que la région dans laquelle se trouvait Smith était, elle, plus riche en ressources. Deuxièmement, le commandant confédéré se savait en infériorité numérique face aux fédéraux qui, de plus, pouvait éventuellement traverser la rivière plus à l’ouest, contournant les défenses sudistes et s’offrant ainsi la possibilité de les attaquer de flanc et ce, alors que Smith était toujours dans la région de Lexington et Frankfort, à près de 160 kilomètres, ce qui représentait encore quelques jours de marche, trop loin pour pouvoir arriver avant les nordistes.[60]

Cependant, malgré ces problèmes, Bragg hésita durant trois jours dans la marche à suivre, aller rejoindre Smith et de là réfléchir à la suite des opérations selon l’évolution de la situation où attendre à Mundfordville que Buell l’attaque en espérant que l’avantage de la défense lui permette de vaincre l’armée fédérale. Finalement, le 20, il prit sa décision et ordonna à ses forces de se mettre en mouvement vers Bardstown et demanda à Smith de l’y rejoindre avec des vivres et des munitions.[61]

Alors que Buell et Bragg manœuvraient dans le centre du Kentucky, dans le sud-ouest de l’état, à Cumberland Gap, Morgan, qui tenait toujours la place avec des lignes d’approvisionnement coupées, arrivait au terme de ses réserves de vivres et décida qu’il était temps de se mettre en marche pour une position plus sécurisée en rejoignant les lignes fédérales en Ohio. Le 17, après avoir détruit les installations qu’il avait préparées pour faciliter une éventuelle invasion du Tennessee Oriental, Morgan mit ses forces en marche vers le nord sur une route difficile de 320 kilomètres et traversant une région pauvre ne permettant pas de s’approvisionner le long de sa progression. Les cavaliers de son homonyme sudiste tentèrent bien de semer d’embuches le chemin des fédéraux mais l’absence d’intervention des troupes de Marshall, qui restèrent en Virginie Occidentale trop longtemps pour pouvoir intervenir à temps, et de Stevenson, qui ne participèrent pas à la poursuite, rejoignant juste le gros des forces de Smith, rendirent cela vain, les nordistes rejoignant l’Ohio River à Greenup le 3 octobre après être passé par Manchester, Hazel Green, West Liberty et Greyson.[62]

Le 20 septembre, Thomas rejoignit enfin Buell à Bowling Green avec les renforts et le commandant nordiste se mit alors en marche vers le nord, découvrant au passage que les sudistes étaient partis mais il ne savait pas encore où, et les pensait en route vers Louisville, si bien qu’il décida de les suivre dans le but d’attaquer leurs arrières alors qu’ils s’en prendraient à la ville que Nelson défendait avec les forces inexpérimentées qui y avaient été rassemblées à la hâte.[63] Mais en décidant d’aller se positionner à Bardstown, Bragg ne se trouverait plus en travers de la Louisville & Nashville Railroad, laissant à Buell toute liberté pour progresser le long de celle-ci et atteindre Louisville le 26 septembre, assurant la défense de la ville contre toute attaque confédérée.[64]

Une fois aux abords de Hogdenville, l’armée confédérée avait obliqué vers le nord-est vers Bardstown, où elle arriva donc le 22 septembre. Là, Bragg, décida de renvoyer Forrest au Tennessee afin d’y lever une nouvelle force de cavalerie dans le but de laisser planer une menace sur Nashville et ainsi chercher à empêcher de nouveaux renforts de venir rejoindre Buell. Les troupes qu’il restait encore à Forrest au Kentucky furent placées sous les ordres de John Austin Wharton.[65] Bragg prit également la décision de se déployer de façon à occuper un maximum de terrain et parti en personne pour Frankfort afin de tenter de résoudre un problème majeur se posant aux forces confédérées, laissant le commandant effectif de l’Armée du Mississippi à Polk en son absence. Lorsqu’ils avaient pris la décision d’envahir le Kentucky, Bragg et Smith, sur base des renseignements fournit par Morgan après son raid dans la région, avaient espéré pouvoir compter sur l’adhésion massive de la population locale, particulièrement en prenant les armes pour gonfler les rangs des forces sudistes et ainsi accroître leurs chances face à la supériorité numérique fédérale. Cependant, si la population soutenait assez bien les forces confédérées, peu de recrues vinrent se présenter pour rejoindre la cause. Ainsi, Bragg et Smith se retrouvèrent dans la capitale de l’état afin d’introniser officiellement le nouveau gouverneur d’un gouvernement confédéré du Kentucky, Richard Hawes, afin d’une part soulever un élan dans la population mais surtout d’ainsi permettre à ce dernier d’instaurer une conscription au sein de celle-ci et ainsi contraindre les habitants de rejoindre les rangs et, en raison du côté contraignant de la loi, les préserver de toute mesure de rétorsion de la part des fédéraux.[66]

De son côté, une fois à Louisville, Buell prit le commandement des forces présentes là et en intégra une grande partie des régiments de recrues au sein de ses troupes, réorganisant au passage son armée.[67] Il mit en place trois corps d’armée, le premier sous McCook avec trois divisions sous Rousseau, Jackson – une toute nouvelle division formée à Louisville – et Joshua Woodrow Sill qui remplaça McCook à la tête de sa division. Le second sous Crittenden, lui aussi avec trois divisions sous William Sooy Smith, qui prit celle de Thomas qui passa au poste de seconde de Buell, Horatio Phillips Van Cleve, qui remplaça Crittenden, et Wood.[68] Enfin, le troisième corps fut confié à Charles Champion Gilbert avec lui aussi trois divisions sous Schoepf, Robert Byington Mitchell, qui remplaça Davis, et Philip Henry Sheridan.[69] A cela, fut également attaché une division indépendante sous Ebenezer Dumont alors que Negley et Palmer étaient toujours à Nashville pour en assurer la défense. Chaque corps disposait de plus de sa propre brigade de cavalerie, Zahm au sein du premier, McCook du second et Ebenezer Gay du troisième. [70]

Conscient de la pression venant de Washington, Buell se résolut enfin à agir vite et à aller porter le combat aux confédérés qui, il le savait resteraient sur la défensive ne pouvant désormais plus espérer prendre Louisville. Le 1 octobre, une fois la réorganisation terminée, l’Armée de l’Ohio se mit en route. Les trois corps principaux prirent la direction de Bardstown alors qu’une petite force confiée à Sill, composée de sa division et de celle de Dumont, parti en direction de Frankfort pour y mener une action de diversion menaçant la capitale.[71]

Le 2 octobre, les forces de Sill se trouvaient à Shelbyville alors que les trois corps principaux arrivèrent à Taylorsville, Mount Washington et Sheperdsville dans la soirée. Apprenant cela, Bragg, qui prit le commandement direct des forces de Smith, ordonna leur regroupement à Frankfort et fit prévenir Polk d’en faire autant. Cependant, la progression fédérale, parfaitement masquée par l’écran des cavaliers nordistes que Wheeler ne parvint pas à percer, fut rapide et très vite les corps d’infanterie nordistes menacèrent l’axe de progression de Polk, contraignant celui-ci à se replier vers Danville.[72]

Le 4, alors que la cérémonie d’inauguration du nouveau gouverneur confédéré se tenait, Sill se présenta aux abords de Frankfort, tirant quelques coups de canons et mettant une halte anticipée aux célébrations. Croyant, en l’absence de renseignement adéquat sur la position des forces fédérales, voir là l’offensive principale, Bragg décida de rediriger le point de concentration de ses forces vers Harrodsburg où, le 5, il établit son quartier général.[73]
Le 6, après une rencontre avec Smith, Bragg accepta de laisser celui-ci à l’est de la Kentucky River afin de pouvoir maintenir la main mise sur les régions riches du Kentucky Oriental.[74]
Le lendemain, alors que ses forces étaient dans la région comprise entre Perryville et Danville, confronté à des renseignements erronés lui indiquant que la menace principale se trouvait au nord, vers Frankfort, et qu’une action de diversion se développait à l’ouest, Bragg décida de prendre l’offensive en faisant se retourner ses forces pour aller attaquer celle-ci – en réalité la quasi intégralité de l’Armée de l’Ohio, largement supérieure numériquement –  afin de détruire cette petite force pour ensuite retourner auprès de Smith et aller affronter l’effort fédéral principal du côté de Frankfort.[75]

Tout au long des mouvements des deux armées, les cavaliers des deux camps furent actifs, se livrant un grand nombre d’escarmouches, les confédérés voulant ralentir la progression, trop rapide à leur goût, des forces fédérales afin de laisser le temps aux fantassins de se regrouper et les fédéraux cherchaient pour leur part à empêcher les sudistes d’obtenir des renseignements sur les forces de Buell.[76]

Figure 136 : Mouvements des deux camps jusqu’à la bataille de Perryville

Sans titre

Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Kentucky – Tennessee, 1861, Confederate Invasion of Kentucky, 14 August – 10 October 1862, West Point: Department of History.

Au matin du 8 octobre, la quasi intégralité de l’Armée du Mississippi se trouvait à Perryville après avoir fait mouvement dans cette direction depuis Danville la veille. Mais tous n’étaient pas encore là, la division de Whiters, de l’aile de droite de Polk, était toujours en route, composant ainsi un total d’environ 17 000 hommes prêts au combat.
En face, Buell avait donné ses instructions pour faire converger ses trois corps, quelques 58 000 hommes, sur Perryville dans le but d’attaquer les positions confédérées dès le matin du 8. Cependant, les mouvements fédéraux furent plus lents que prévu, forçant le commandant nordiste à repousser son attaque au 9 et à donner comme consigne à tous ses généraux de ne pas déclencher d’engagement majeur avant cette date.[77]

Le 8 octobre, les deux forces se positionnèrent progressivement aux abords de Perryville. Côté sudiste, Hardee tenait la gauche de la ligne, à l’ouest de la Chaplin River avec Buckner à droite, Anderson à gauche et les cavaliers de Wheeler à l’extrême gauche sur la Lebanon Pike au sud de la ville. Polk, avec sa seule division, celle de Cheatham, se tenait sur la droite, au nord de Walker’s Bend avec à l’extrême droite Wharton sur la Benton Road.
De l’autre côté, les forces fédérales s’étaient positionnées avec, du nord au sud, le 1er corps de McCook à l’ouest de la Doctor’s Creek, le 3ème de Gilbert à l’ouest du Bull Run et enfin le 2ème de Crittenden en travers la Lebanon Pike.[78]

Dans la matinée, quelques accrochages eurent lieu entre la division de McCook et la brigade de John Richardson Liddel sur Peters Hill, essentiellement entre les tirailleurs des deux forces avant que la situation ne se calme vers 9h30, une fois les deux troupes revenues sur leurs lignes défensives respectives.[79]

Arrivé auprès de son armée vers 10h00, Bragg établit son quartier général à Crawford House et donna ses instructions. Les divisions de Cheatham et Buckner devaient mener l’attaque contre la gauche fédérale avec le soutien de deux brigades venant d’Anderson pendant que les deux autres se contenteraient de tenir en respect les forces leur faisant face afin d’éviter le transfert de troupes de la droite vers la gauche fédérale et donc ainsi soutenir l’effort principal contre la gauche de Buell.[80]
Dans l’après-midi, les confédérés lancèrent leur offensive et prirent les nordistes par surprise. Cheatham et Buckner frappèrent durement le 1er corps de McCook pendant que les deux brigades d’Anderson tinrent le corps de Gilbert suffisamment occupé pour l’empêcher d’apporter de l’aide au premier. Plus au sud, les cavaliers de Wheeler en firent de même avec le corps de Crittenden en se contentant de démonstrations. L’absence d’entre-aide entre les différents corps fédéraux est à attribuer à deux éléments majeurs. Premièrement, elle fut causée par un évènement qui, bien que rare, se produisit relativement fréquemment durant la guerre, un phénomène d’ombre acoustique, avec pour conséquence que bien que proche les uns des autres, les différents corps fédéraux purent ne pas entendre le son des combats se déroulant pourtant si près. Buell lui-même fut impacté puisqu’il n’apprit que la bataille faisait rage qu’alors que la journée touchait à sa fin et la bataille avec elle. Deuxièmement, le commandant nordiste avait lui-même indiqué aux commandants de ses corps d’armée de ne pas se lancer dans un engagement majeur avant le déclenchement de l’attaque planifiée au matin du 9, avec pour conséquence que Gilbert et Crittenden se contentèrent de repousser les menaces se présentant face à eux sans aller plus loin et donc ne pas soutenir McCook bien que celui-ci se trouvait en grande difficulté. [81]

Au nord du champ de bataille, les sudistes avaient donc réussi à enfoncer les lignes du 1er corps dont les troupes, en grande partie inexpérimentées, ne purent faire face à la déferlante confédérée dans les premières heures, ne se ressaisissant que sur la fin de la journée lorsqu’elles parvinrent à résister assez longtemps pour éviter la déroute qui semblait inéluctable juste avant la nuit. Au centre, Gilbert repoussa les forces de Anderson sans rien tenter de plus et avec la nuit vint la fin des combats.[82]

Durant celle-ci, alors que Buell souhaitait voir ses troupes lancer une contre-attaque à la faveur d’une nuit éclairée, Bragg, qui avait maintenant réalisé qu’il faisait face à une armée largement supérieure en nombre et ayant repoussé les forces avec lesquels il livra bataille, décida de se replier pour aller rejoindre Smith, indiquant à celui-ci de quitter Versailles pour aller se positionner à Harrodsburg.[83]
Au matin du 9, après des heures de confusion qui empêchèrent le corps de Crittenden de passer à l’attaque pendant la nuit et encore aux premières lueurs de l’aube, Buell parvint enfin à mettre cette force en marche tard dans la matinée, mais pour découvrir que les sudistes étaient partis, mettant fin à la bataille de Perryville. Au final, les nordistes perdirent quelques 4200 hommes contre 3400 pour leurs adversaires.[84]

La bataille marqua une victoire tactique des sudistes, qui infligèrent une défaite aux fédéraux en les dominant nettement sur le terrain, mais stratégiquement, en les contraignements à se replier grâce aux manœuvres effectuées dans les jours précédents la bataille, les nordistes remportèrent une victoire qui allait s’avérer décisive dans cette campagne. Mais Buell pouvait tout de même nourrir des regrets, il avait, enfin, réussi à amener son armée à livrer bataille aux confédérés mais moins de la moitié de ses troupes avaient participé aux combats et au final l’armée confédérée lui avait échappée.[85]

A lendemain de la bataille, conscient que Bragg et Smith s’étaient maintenant regroupés, Buell hésita sur la suite des opérations. Il pouvait soit mener l’attaque contre les sudistes à Harrodsburg au risque de devoir affronter l’ensemble des forces confédérées qui l’avait déjà vaincu tactiquement sans être au complet soit se placer en travers de la route de retraite sudiste en prenant position à Danville. Ne parvenant pas à choisir, le commandant nordiste décida de poursuivre les deux options en même temps en avançant une colonne sur chaque ville.[86]

Dans les jours suivant, Bragg comprit qu’il n’allait plus pouvoir continuer la campagne.[87] Premièrement le niveau de ses vivres et munitions commençait à être bas sans pouvoir espérer être réapprovisionné. D’une part parce que la rapide avance des forces de Buell dans les jours précédant la bataille de Perryville avait contraint Smith à déplacer ses troupes jusqu’alors grandement occupées à récolter ce qui pouvait l’être dans l’est du Kentucky et celles-ci abandonnèrent la plus grande partie de leurs prises et d’autre part parce qu’aucune ligne d’approvisionnement n’avait pu être établie à temps car la voie de Cumberland Gap ne fut ouverte que trop tard. Deuxièmement, la vague de recrue espérées par les généraux sudistes ne s’était pas matérialisée et les confédérés faisaient toujours face à une large supériorité numérique fédérale. Ainsi, avec l’hiver approchant, dans une région finalement pas si accueillante que prévu, sans ressource suffisantes, Bragg décida de se replier en retournant au Tennessee avant que l’hiver ne complique le passage des Cumberland Mountains. Une dernière nouvelle, bien que non décisive, influença également la décision, celle de la défaite de Price et Van Dorn à Corinth quelques jours plus tôt dont l’objectif de campagne pour Bragg, à savoir empêcher le transfert de troupes de Grant à Buell, avait de toute façon déjà été manqué.[88] Le 12, les deux commandants sudistes décidèrent de se mettre en marche vers Cumberland Gap, mettant leurs forces en mouvement le 13 vers Bryantsville et Camp Dick Robinson, où un petit dépôt d’approvisionnement avait été établi récemment, pour ensuite avancer vers Lancaster où les deux armées se divisèrent en deux colonnes devant se rejoindre à London, où les attendaient des rations grandement nécessaires, avant de franchir Cumberland Gap. L’Armée du Mississippi passa par Crab Orchard et celle du Tennessee Oriental par Big Hill.[89]

Figure 137 : Mouvements des deux camps lors de la retraite confédérée

Sans titre

Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Kentucky – Tennessee, 1861, Confederate Withdrawal From Kentucky, and Maneuvering, Leading to the Battle of Stones River, October – December 1862, West Point: Department of History.

Pendant que les confédérés se repliaient, les nordistes se montrèrent passifs, ne cherchant pas à gêner leur retraite, à les intercepter pour les engager dans une nouvelle bataille, mais attendant plutôt que ceux-ci acceptent le combat, ou mieux encore le déclenchement eux-mêmes. Deux raisons expliquaient cela. Premièrement, l’incapacité de Buell à déceler les intentions de ses adversaires et leurs positions réelles, l’amenant à adopter une approche très prudente. Deuxièmement, les cavaliers de Wheeler, qui était désormais le seul chef de toute la cavalerie de Bragg, réalisèrent un écran de protection agressif et efficace qui réduisit encore la volonté nordiste au cours de 26 accrochages différents.

Le 15, Buell, dont les forces avaient lentement avancé vers Crab Orchard, compris enfin que Bragg abandonnait la partie et se repliait au Tennessee. Estimant sa tâche accomplie et jugeant qu’une poursuite des sudistes dans la partie orientale du Kentucky aurait été compliquée, le commandant nordiste décida d’abandonner la poursuite, redirigeant ses 1er et 3ème corps directement vers Nashville pour en assurer la sécurité face à la menace des forces de Forrest – qui furent repoussées à proximité de la ville le 20 octobre – et laissant le seul 2ème corps pour suivre à distance les confédérés qui franchirent Cumberland Gap le même jour et arrivèrent à Knoxville et Chattanooga le 24 sans encombre.[90]

Afin de réduire la pression des cavaliers nordistes exercée sur les troupes de Wheeler, Morgan se lança dans un troisième raid le 17 octobre, attaquant successivement Lexington, Ashland, Bardstown et Elizabethtown avant de rejoindre le Tennessee le 1er novembre. Si les prises de Morgan furent relativement peu importantes, l’impact de ce raid fut de distraire deux brigades de cavalerie fédérales de leur poursuite des armées confédérées en retraite réussissant pleinement leur tâche en faveur des forces de Wheeler.[91]

Au terme de la campagne, les deux belligérants étaient revenus à peu de choses près à leurs positions initiales d’avant le déclenchement de l’offensive confédérée, faisant que celle-ci, qui se voulait une prise de contrôle du Kentucky, ne fut en finalité qu’un simple raid de grande envergure, les forces confédérées ayant au total parcourus près de 2000 kilomètres en un peu plus de trois mois. La réalité du terrain démontra qu’en l’absence de soulèvement de la population en leur faveur, les confédérés n’eurent pas les moyens, que ce soit en hommes où en ressources, d’occuper l’état, essentiellement face à la supériorité numérique fédérale. Mais tout ne fut pas perdu pour le Sud. Au cours des mois séparant la chute de Corinth et le retour des armées de deux camps au Tennessee, les sudistes étaient tout de même parvenu à empêcher leurs adversaires de s’emparer de Chattanooga, à les manœuvrer de façon à les repousser à plusieurs centaines de kilomètres, à vivre sur les ressources trouvées en chemin – et ce avant que Grant n’en fasse de même, à une plus grande ampleur, lors de la seconde campagne de Vicksburg –, à leur infliger au total quelques trois fois plus de pertes, la majeur partie fait prisonniers, à reprendre le contrôle de Cumberland Gap et à assurer la défense du Tennessee Oriental.[92] Mais cela ne constituait que des succès limités, surtout face aux moyens dont disposait le Nord et lorsque la bataille décisive eut lieu, Bragg ne fut pas en mesure d’obtenir la victoire dont il avait besoin et ses nerfs lâchant et ne disposant plus de ressources suffisantes, il se replia. Les raisons de l’échec confédéré sont également à trouver dans l’absence de commandement unifié des deux armées sudistes, privant Bragg d’autorité sur l’Armée du Tennessee Oriental ce qui rendit presque impossible la réunion et l’action coordonnée des deux forces voulue par ce dernier. Et pourtant le plan d’invasion sudiste marqua une bonne volonté de coordination de plusieurs forces présentes dans l’ensemble de l’Ouest dans le but d’atteindre un objectif stratégique majeur.[93]
De l’autre côté, Buell eut lui aussi une campagne en dents de scie. Sa progression vers Chattanooga fut plus que lente et sa poursuite de Bragg jusqu’au nord du Kentucky le fut tout autant. Mais dans les jours qui précédèrent la bataille de Perryville, ses manœuvres et l’efficacité nouvelle de ses cavaliers lui permirent de mystifier les confédérés et, bien que défait tactiquement, mettre en terme à la campagne et ainsi assurer le contrôle fédéral sur le Kentucky. Mais dans la poursuite des sudistes en retraite, le commandant nordiste retomba dans ses travers, les laissa s’échapper et n’avança pas vers le Tennessee Oriental. C’en fut trop pour Washington qui le releva de son commandement le 24 octobre et le remplaça par Rosecrans, récent vainqueur lors de la seconde bataille de Corinth.[94]
A une échelle plus large, cette campagne, mise en parallèle avec celle de Lee en Virginie du Nord et au Maryland, marqua l’apogée de l’occupation territoriale de la Confédération mais aussi le moment où celle-ci semblait le plus proche de la victoire en mettant une pression forte sur la volonté de l’Union à poursuivre le combat et alors que la possibilité d’une intervention des puissances européennes en faveur du Sud était à son paroxysme. Mais les deux défaites stratégiques, à deux semaines d’intervalle, d’Antietam et Perryville, mirent un coup d’arrêt net et brutal à ces deux espoirs.[95]
Pour la fin de l’année 1862, les deux camps envisagèrent encore des actions sur le théâtre du Heartland. D’une part Rosecrans voulait montrer qu’il n’était pas Buell en prenant l’offensive tant souhaitée par Washington pour aller prendre Chattanooga, et d’autre part, Bragg était pour sa part maintenant conscient qu’il ne disposait pas en l’état des forces suffisantes pour reprendre l’offensive, qu’il lui fallait au préalable reprendre des forces tout en affaiblissant celles de son opposant et surtout que la défense des positions confédérés au Tennessee devait redevenir son objectif prioritaire, le contraignant à adopter une posture défensive et à céder l’initiative stratégique à ses adversaires.


[1] CAMERON Robert S., Staff Ride Handbook for the Battle of Perryville, 8 October 1862, Combat Studies Institute Press: Fort Leavenworth, 2005, page 68.

[2] John KEEGAN, op.cit., page 155. ; Bruce Catton, The Civil War, op.cit., page 92. ; Shelby Foote, The Civil War: A Narative Volume I: Fort Sumter to Perryville, op.cit., page 559. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 558.

[3] Bruce CATTON, Terrible Swift Sword, op.cit., page 407.

[4] James McPHERSON, op.cit., page 558.

[5] Robert CAMERON, op.cit., page 68. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 559.

[6] Bruce CATTON, op.cit., page 407. ; James PORTER, op.cit., page 45.

[7] James McPHERSON, op.cit., pages 563-564. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 572-576. ; Robert CAMERON, op.cit., page 74.

[8] John KEEGAN, op.cit., pages 157-158. ; Bruce CATTON, op.cit., pages 407-408.

[9] Shelby FOOTE, op.cit., page 576. ; James McPHERSON, op.cit., page 565. ; Robert CAMERON, op.cit., page 74.

[10] Shelby FOOTE, op.cit., page 560. ; Robert CAMERON, op.cit., page 9.

[11] Idem, page 214.

[12] La description plus précise de ces forces viendra plus tard lorsqu’elles auront été réorganisées à la suite du départ de Bragg vers le Tennessee Oriental.

[13] Shelby FOOTE, op.cit., page 575. ; Robert CAMERON, op.cit., page 212.

[14] Pour plus de détail, se référer à la partie consacrée à la seconde campagne de Corinth.

[15] John C. FREDRIKSEN, op.cit., pages 160-227.

[16] FLOYD Dale E., LOWE David W., Chattanooga I, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.; Frances KENNEDY, op.cit., page 122.

[17] Shelby FOOTE, op.cit., page 560.

[18] James McPHERSON, op.cit., pages 558-559. ; Robert CAMERON, op.cit., pages 70-71.

[19] Idem, page 212. ; James McPHERSON, op.cit., page 559. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Murfreesboro, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 122. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 561-562. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 84.

[20] Idem, pages 84-85. ; Robert CAMERON, op.cit., page 212. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 559.

[21] Idem, pages 559-562. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 84. ; Robert CAMERON, op.cit., page 213. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 569.

[22] Idem, page 390.

[23] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 564.

[24] Shelby FOOTE, op.cit., page 574. ; Robert CAMERON, op.cit., page 75. ; James PORTER, op.cit., page 45.

[25] James McPHERSON, op.cit., page 564. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 574.

[26] Idem, page 560.

[27] Idem, page 575.

[28] Idem, page 560.

[29] Robert CAMERON, op.cit., pages 76-77.; Foote p. 576. ; Bruce CATTON, op.cit., pages 408-409.

[30] Idem, page 576. ; Robert CAMERON, op.cit., pages 204-206.

[31] Shelby FOOTE, op.cit., page 576. ; James PORTER, op.cit., page 45.

[32] Idem, page 650.

[33] Robert CAMERON, op.cit., page 212.

[34] Robert CAMERON, op.cit., page 79. ; James McPHERSON, op.cit., page 565. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 650.

[35] Ibid.

[36] Robert CAMERON, op.cit., page 81.

[37] Idem, page 216.

[38] Idem, page 215. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 651.

[39] Ibid.

[40] Frances KENNEDY, op.cit., pages 122-123. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Richmond, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.; Robert CAMERON, op.cit., pages 215-216 & 81. ; Bruce CATTON, op.cit., page 410. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 651-653.

[41] Idem, pages. 653-654. ; Robert CAMERON, op.cit., page 81. James PORTER, op.cit., pages 46-49.

[42] Ibid. ; James McPHERSON, op.cit., page 565. ; Bruce CATTON, op.cit., page 410.

[43] Shelby FOOTE, op.cit., page 570.

[44] James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 84. ; Robert CAMERON, op.cit., pages 214-215.

[45] Idem, page 218.

[46] Idem, page 217.

[47] Idem, page 82.

[48] Idem, page 84.

[49] Ibid. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 565. ; Bruce CATTON, op.cit., page 409.

[50] Robert CAMERON, op.cit., pages 84 & 218.

[51] Idem, pages 85 & 218. ; James McPHERSON, op.cit., page 565. ; Bruce CATTON, op.cit., page 409. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 655-656.

[52] Robert CAMERON, op.cit., pages 217 & 219.

[53] Shelby FOOTE, op.cit., pages 657 & 563. ; Robert CAMERON, op.cit., page 91.

[54] Idem, pages 216 & & 220.

[55] Idem, page 9. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 657. ; James McPHERSON, op.cit., page 566.

[56] Après avoir reçu l’ultimatum de Bragg pour présenter la reddition de ses forces et en apprenant la présence parmi les troupes sudistes assiégeant la ville de Buckner, Wilder, ne sachant pas quelle était la meilleure chose à faire, soumettre ses forces et éviter le sacrifice inutile de ses hommes ou combattre et faire son devoir face aux forces confédérées, décida d’en faire appel à Buckner, considéré par beaucoup dans les deux camps comme un homme d’honneur. Ce dernier, jugeant immoral d’user de cela pour tirer avantage de la situation en le poussant à la reddition proposa plutôt à Wilder de l’emmener faire un tour des positions confédérées avec l’accord de Bragg afin qu’il se fasse une idée lui-même de la situation à laquelle il devait faire face.

[57] FLOYD Dale E., LOWE David W., Mundfordville, Washington: Civil War Sites Advisory Commission., Robert CAMERON, op.cit., pages 85-86 & 219-220. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 657-659. ; McPherson p. 86. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 123. ; Bruce CATTON, op.cit., pages 410-413. ; James PORTER, op.cit., page 49.

[58] Robert CAMERON, op.cit., page 86.

[59] Idem, pages 219-220.

[60] Idem, page 86. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 660. ; James McPHERSON, op.cit., page 566.

[61] Robert CAMERON, op.cit., pages 86-87. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 660. ; James McPHERSON, op.cit., page 566. ; Bruce CATTON, op.cit., page 413. ; James PORTER, op.cit., page 49.

[62] Idem, pages 87-88. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 654.

[63] Shelby FOOTE, op.cit., pages 660-661. ; Bruce CATTON, op.cit., page 413.

[64] Robert CAMERON, op.cit., pages 87 & 92.

[65] Robert CAMERON, op.cit., page 222.

[66] Robert CAMERON, op.cit., page 89. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 726.

[67] Robert CAMERON, op.cit., page 93. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 661.

[68] Alors que Buell réorganisait ses forces, l’impatience arriva à son paroxysme à Washington envers la lenteur de Buell à porter le combat aux forces confédérées depuis le début de sa campagne contre Chattanooga. Ainsi, le 29 septembre, il reçut pour ordre de céder le commandement de l’Armée de l’Ohio à Thomas. Cependant, ce dernier, jugeant irresponsable de changer de commandant en chef en pleine cours de la campagne refusa le poste, laissant Buell aux commandes. Mais malgré tout, cela ne rendait pas la décision de Washington caduque, la mettant juste en suspens.

[69] Initialement, ce troisième corps fut confié à Nelson, cependant celui-ci fut tué par Davis à Louisville le 29 septembre à la suite d’une dispute entre les deux hommes.

[70] Shelby FOOTE, op.cit., pages 727-728. ; Robert CAMERON, op.cit., pages 12 & 198-201

[71] Idem, page 94. ; James McPHERSON, op.cit., pages 566-567. ; Bruce CATTON, op.cit., page 415. ; James PORTER, op.cit., page 49.

[72] Robert CAMERON, op.cit., page 95. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 726-727.

[73] Robert CAMERON, op.cit., pages 96-97.

[74] Idem, page 97.

[75] Idem, pages 97 & 226. ; James McPHERSON, op.cit., page 567. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 727-731.

[76] Robert CAMERON, op.cit., pages 224-226.

[77] Idem, pages 97-98. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 729.

[78] Idem, pages 732-734.

[79] Frances KENNEDY, op.cit., page 125.

[80] Shelby FOOTE, op.cit., page 734. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 125-127.

[81] James McPHERSON, op.cit., page 568. ; Robert CAMERON, op.cit., pages 99 & 227-228.

[82] Shelby FOOTE, op.cit., pages 734-737. ; James McPHERSON, op.cit., page 568. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 126.

[83] Shelby FOOTE, op.cit., page 738. ; James McPHERSON, op.cit., page 568. ; Robert CAMERON, op.cit., page 99.

[84] Shelby FOOTE, op.cit., page 737. ; James McPHERSON, op.cit., pages 568-569. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 127. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Perryville, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; James PORTER, op.cit., pages 49-55.

[85]James McPHERSON, op.cit., page 568-569.

[86] Robert CAMERON, op.cit., page 99.

[87] James PORTER, op.cit., page 55.

[88] James McPHERSON, op.cit., page 570.

Robert CAMERON, op.cit., pages 100 & 228-229. ; Bruce CATTON, op.cit., page 471. ; James McPHERSON, op.cit., page 569. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 739-742.

[90] Robert CAMERON, op.cit., pages 101 & 230-233. ; James McPHERSON, op.cit., page 569. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 739-742.

[91] Robert CAMERON, op.cit., page 230.

[92] James PORTER, op.cit., page 56.

[93] Bruce CATTON, op.cit., pages 470-471, 473 & 414. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 773-774. ; Bruce CATTON, The Civil War, op.cit., page 96. ; Robert CAMERON, op.cit., pages 77-79 & 97.

[94] John KEEGAN, op.cit., pages 158-159. ; Bruce CATTON, Terrible Swift Sword, op.cit., pages 473 & 414-415. ; Bruce CATTON, The Civil War, op.cit., pages 96-97.

[95] James McPHERSON, op.cit., pages 571, 583 & 596. ; Bruce CATTON, Terrible Swift Sword, op.cit., page 470. ; Bruce Catton, The Civil War, op.cit., pages 93-95 & 97.

La seconde campagne de Vicksburg

La première campagne de Vicksburg avait apporté deux leçons aux forces fédérales. Premièrement, l’impossibilité de maintenir une ligne de communication et d’approvisionnement sécurisée loin dans les terres en territoire sudiste en raison de la suprématie de leur cavalerie. Et deuxièmement la potentialité pour une armée en campagne de se ravitailler avec les ressources locales disponibles.[1] Grant avait bien compris ces deux enseignements, si bien qu’alors que sa volonté de libérer l’intégralité du cours du Mississippi n’avait pas changée, il était bien décidé à reprendre sa route vers Vicksburg. Cependant, deux gros obstacles se dressaient toujours sur son chemin, l’un naturel et l’autre humain. Le premier tenait à la nature même du terrain dans la région, marécageux, fortement boisé, propice aux maladies et abritant une faune pouvant s’avérer hostile. Vicksburg commandait une position en hauteur sur un méandre majeur du fleuve, une position défensive naturelle que les sudistes renforcèrent avec de puissantes fortifications hérissées de batteries d’artillerie pouvant interdire la navigation aux navires nordistes, le tout défendu par une garnison conséquente prête à faire face à toute attaque.[2] Grant se trouvait donc face à un dilemme. La ville semblait donc ne pouvoir être attaquée ni par le fleuve en raison de ses défenses et de la nature hostile du terrain ni par la terre en raison des problèmes d’approvisionnement, faisant de la ville un îlot géostratégique. Mais le commandant nordiste n’était pas du genre à se laisser coincer par un obstacle, il avait échoué avec une approche, il en tenterait donc une autre, même s’il devait pour cela plier la nature à sa volonté ou prendre des risques importants.

Au cours des quatre mois séparant la première de la seconde campagne de Vicksburg, les fédéraux ne restèrent pas les bras croisés et cherchèrent à trouver un moyen de solutionner le problème posé par cette place forte confédérée et le contrôle qu’elle donnait aux sudistes de cette portion du Mississippi allant jusqu’à Port Hudson et dans laquelle les fédéraux ne disposaient d’aucun moyen de transport.[3] Grant travailla parallèlement sur deux approches distinctes, chercher à creuser des canaux pour éviter de devoir passer sous le feu des batteries confédérées en s’ouvrant un accès physique à d’autres voies navigables d’une part et essayer d’isoler la ville en recourant à des opérations lancées de plus loin en amont du fleuve et visant à s’enfoncer dans les réseaux de cours d’eau situés à proximité de la ville d’autre part.

Ainsi, trois projets de canaux furent lancés. Le premier le 3 février dans la Péninsule De Soto, celle se trouvant juste dans le méandre face à la ville. L’objectif de Grant, qui confia le plan aux forces de Sherman, était de rééditer le projet abandonné du Williams Canal tenté par Farragut en juillet 1862 afin d’ouvrir une voie navigable permettant d’éviter les batteries de la ville et rendant dès lors celle-ci inutile puisque lui ôtant son importance stratégique. Cependant, suite à une crue soudaine, la rupture d’un barrage inonda la zone, dont le camp des troupes nordistes assignées à la tâche, forçant l’abandon du projet fin mars.[4]
Le second projet de canal eut lieu un peu plus en amont, quelques 80 kilomètres au nord de Vicksburg, près du Lake Providence. Cette fois, le plan de Grant était de creuser un canal entre le fleuve et le lac qui lui-même menait à un réseau de rivière et de bayous aboutissant dans le Mississippi un peu au nord de Port Hudson. Cette voie devrait permettre aux forces fédérales d’éviter non seulement les batteries de la ville mais également celles situées plus en aval, près de Warrenton et Grand Gulf, dans le but de soit aller aider Banks à prendre Port Hudson soit de remonter directement vers Vicksburg. Confié cette fois au corps de McPherson, ce deuxième projet de canal se déroula en parallèle du premier puisqu’il commença le 4 février et s’acheva, faute de progrès suffisants pour faire passer plus que des barges légères, en raison de la difficulté du terrain, à la fin du mois de mars.[5]
Enfin, le 31 mars, suite à l’abandon des deux premiers, un dernier projet de canal fut initié sans que Grant y projette de grandes attentes, le Duckport Canal, devant relier Duckport Landing, juste au nord de Young’s Point, au Roundabout Bayou afin de faire passer des navires légers vers New Carthage pour éviter les batteries confédérées. Cependant, en raison d’une baisse de niveau des eaux, ce projet s’avéra à son tour vain et abandonné le 11 avril.[6]

Au-delà des canaux, deux autres actions furent lancées pour chercher à exploiter les voies d’eau parcourant la région au nord de Vicksburg. La première, lancée le 3 février prit le nom de Yazoo Pass Expedition et avait pour objectif d’amener des troupes en terrain sec en amont de Haynes Bluff afin de pouvoir avancer vers Vicksburg. Confiée à McClernand, celui-ci dépêcha une partie de la division du général Leonard Fulton Ross, 6000 hommes, à Helena. Là, les fédéraux firent sauter une digue séparant le Mississippi du Moon Lake et de la Tallahatchie River entamèrent leur voyage sur cette dernière précédés par quelques canonnières commandées par le capitaine de corvette Watson Smith.[7] Mais la progression s’avéra très difficile en raison de la densité de la végétation, de l’étroitesse des cours d’eau, des débris flottants et risquant d’endommager les coques mais surtout à cause des activités sudistes qui abattirent des arbres sur le chemin des fédéraux pour les ralentir en plus d’établir en toute hâte un poste fortifié, Fort Pemberton, à proximité de l’embouchure des Tallahatchie et Yallobusha Rivers, défendu par une force venue de Vicksburg et placée sous les ordres de William Wing Loring afin de faire face à la menace ainsi posée par l’expédition fédérale. Complètement bloqué par cette position défensive à trois reprises, les 11, 13 et 16 mars, l’avancée fédérale s’arrêta net et Smith s’effondra complètement moralement, ce qui mit un terme à l’aventure, l’expédition battant retraite le 17 et rejoignant les lignes fédérales le 11 avril.[8]
Enfin, dernière aventure fédérale de cette période d’expérimentation comme les appela Grant, l’expédition de Steele’s Bayou, emmenée par Porter. Le 14 mars, celui-ci prit sa flottille, diminuée des Queen of the West et Indianola perdu dans un raid au sud de Vicksburg, et décida de remonter les rivières affluant dans la Yazoo River afin de se frayer un chemin dans le réseau de voie d’eau pour d’une part venir prêter main forte aux forces de la Yazoo Pass Expedition bloquées face au Fort Pemberton en menaçant le flanc de celui-ci et d’autre part rejoindre la Yazoo en amont des positions défensives sudistes installées à Haynes Bluff pour là aussi y déployer une force devant attaquer la ville. Cependant, le 20 mars, la flottille arriva en un point si étroit qu’il lui devint impossible de continuer sa progression ou de faire faire demi-tour aux navires. Très vite, les sudistes qui avaient suivi la progression de la flottille fédérale virent là une opportunité de s’emparer de celle-ci en envoyant une force d’infanterie dans cette direction. Porter n’eut d’autre choix que d’appeler à l’aide les deux brigades de Sherman l’accompagnant sur les transports plus en arrière pour venir en toute hâte au travers de la jungle défendre la flottille alors que celle-ci reculait tant bien que mal, mettant dès lors un terme à cette ultime tentative et le 27 mars, les troupes fédérales rejoignirent leurs points de départ le long du Mississippi.[9]

Figure 125 : Les tentatives avortées de Grant contre Vicksburg

Sans titre

Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Lower Mississippi River Valley and Vicinity, 1861, Vicksburg Campaign, The Bayou and the Canal, January through April 1863 and Grant’s Preliminary Diversions before his Final Campaign, West Point: Department of History.

Après un total de sept échecs en trois types d’approches différentes. Maintenant plus conscient que jamais qu’aucune approche directe contre les fortifications sudistes, pas plus qu’une avancée dans les terres le long de la voie ferrée ou qu’une remontée des petits cours d’eau et bayous ne pouvaient fonctionner, Grant se résolu à se lancer dans un tout pour le tout en changeant radicalement d’approche et optant pour un plan militaire non-orthodoxe, défiant les principes communément admis de l’art de la guerre à cette époque.[10] Le commandant nordiste décida donc de contourner le problème de Vicksburg en faisant progresser ses troupes depuis Miliken’s Bend vers le sud par des routes plus ou moins improvisées en Louisiane alors que les navires passeraient eux sous le nez des batteries pour aller rejoindre les fantassins à New Carthage où ils embarqueraient pour traverser vers la rive orientale du fleuve, bien au-delà des positions fortifiées sudistes, près de Grand Gulf. De là, enfin sur le bon côté du fleuve, Grant entendait établir une tête de pont et envoyer le plus gros de ses forces vers le sud aller prêter main forte à Banks, qui devait pour sa part assiéger Port Hudson, et une fois cette place tombée, il disposerait d’une ligne d’approvisionnement ouverte depuis La Nouvelle-Orléans qui lui permettrait de remonter le fleuve pour aller prendre Vicksburg.[11]
Afin d’augmenter ses chances de succès, Grant prévit trois diversions. Un raid de cavalerie au travers du Mississippi afin de tenir occupés les cavaliers sudistes qui ne pourraient dès lors pas suivre les mouvements fédéraux, et deux démonstrations contre Haynes Bluff et la région de Greenville afin d’y fixer la majeure partie des forces de Pemberton.[12]
Mais ce plan comportait tout de même des risques. Premièrement les canonnières et navires de transport devant passer devant Vicksburg risquaient le feu des canons et pouvaient être coulés. Mais de plus, en choisissant de franchir le fleuve en aval de Vicksburg, Grant se coupait presque intégralement de ses lignes d’approvisionnement. Car si les navires, canonnières et transports, pouvaient user du courant pour passer vers l’aval, celui-ci les ralentirait s’ils naviguaient vers l’amont, en faisant des cibles trop faciles pour les artilleurs confédérés et empêchant donc l’établissement d’une ligne de communication que ces navires pourraient descendre et remonter librement.[13] Dès lors, l’Armée du Tennessee risquait de devoir faire sans ravitaillement tant qu’elle n’aurait pas la possibilité d’ouvrir une voie sécurisée. La route terrestre à travers les bayous n’étant elle-même pas assez sûre pour pouvoir en dépendre en raison des caprices de la nature et même si rien ne venait la perturber, son encombrement en réduirait considérablement l’efficacité. Enfin, dernier risque de ce plan, en plus de s’isoler Grant se plaçait dans une situation où il laissait à l’ennemi l’avantage des lignes intérieures qui lui permettait de faire venir des renforts plus vite qu’il n’en serait lui-même capable. De plus cela condamnerait les canonnières à rester dans cette partie du fleuve tant que Vicksburg n’était pas aux mains des fédéraux, elles ne pourraient dès lors plus soutenir d’opérations plus en amont si celle-ci s’avéraient nécessaires par la suite, que ce soit dans le cadre de cette campagne ou d’une autre si celle-ci échouait. La seule solution restant à la flotte de Porter dans cette hypothèse étant de continuer vers l’aval pour rejoindre Farragut et Banks et aider à la prise de Port Hudson.[14]

De l’autre côté, pour Pemberton le plan était simple et n’avait pas vraiment changé depuis la fin de l’année 1862. Ses instructions venant de Davis étaient claires, tenir Vicksburg pour maintenir le lien entre les états sécessionistes des deux rives du Mississippi. Pour ce faire, Pemberton comptait d’une part sur les batteries érigées le long du fleuve pour interdire la navigation et sur les fortifications les accompagnants pour empêcher toute attaque frontale. De plus, le commandant sudiste devait se maintenir prêt à réagir face à toute avance fédérale plus en amont ou venant directement du Tennessee comme il l’avait déjà fait durant l’hiver mais également face à une tentative depuis l’aval si jamais la garnison de Port Hudson s’avérait ne pas être suffisante et ce surtout si Grant et Banks venaient à unir leur force.[15]

Les forces fédérales en présence étaient importantes, Grant pouvant compter dans son Armée du Tennessee sur un total d’environ 70 000 hommes divisés en quatre corps. Au cours de l’hiver, il avait rassemblé trois de ceux-ci aux alentours de Miliken’s Bend et avait lui-même établit son quartier général à Young’s Point. Le quatrième corps, le 16ème de Hurlbut qui comptait environ 25 000 hommes, était toujours au Tennessee où ses quatre divisions commandées par William Sooy Smith, Greenville Dodge, Nathan Kimball et Jacob Gartner Lauman protégeaient les points clés de Memphis, La Grange, Jackson et Corinth. Conformément aux instructions de Halleck de la fin d’année 1862, les trois autres corps, les 13ème, 15ème et 17ème étaient toujours respectivement sous les ordres de McClernand, Sherman et McPherson et comptant tous plus ou moins 15 000 hommes.[16] Le 13ème comptait quatre divisions de deux brigades, le 15ème trois divisions de trois brigades et le 17ème trois divisions de trois brigades et une de deux.[17]
Enfin, au cours de la campagne, Grant aura recours à une force de cavalerie de 1700 hommes sous les ordres du colonel Benjamin Grierson.[18]
Aux forces terrestres, il convient également d’ajouter la présence dans cette partie du fleuve de la flottille de Porter qui avait déjà participé aux actions de l’hiver.

En face, Pemberton disposait dans son armée du Mississippi d’une force largement inférieure en terme numérique avec environ 32 000 hommes. Il pouvait compter sur cinq divisions très inégales. La première sous Carter Littlepage Stevenson comptait quatre brigades pour un total d’environ 10 000 hommes, la seconde sous John Horace Forney était, elle, forte de seulement deux brigades et 3000 hommes, la troisième de Martin Luther Smith se composait de trois brigades et atteignait quelques 6000 hommes, la quatrième sous le commandement de John Stevens Bowen disposait elle aussi de deux brigades pour approximativement 5500 hommes et enfin, la dernière de William Wing Loring avec trois brigades atteignait 7500 hommes.[19]
A ces troupes directement sous l’autorité de Pemberton, il convient également d’ajouter plusieurs forces. La première sous Gardner avec 15 000 hommes qui défendait Port Hudson. Bien que cette dernière ne prît pas part aux combats de la campagne, sa simple présence à cet endroit représentait un facteur à prendre en considération.[20] En second, trois petits districts militaires étaient également présents dans le secteur, le 1er à Columbus sous Daniel Ruggles, le 4ème sous John Adams à Jackson et le 5ème sous James Ronald Chalmers. Cependant, à l’exception de quelques escarmouches mineures, les forces de Ruggles et Chalmers ne seront pas impliquées dans la campagne.[21]

Pendant ce temps, sur les autres théâtres, différentes actions majeures eurent lieu. En Virginie surtout, où les effets initiés par l’arrivée de Lee à la tête de l’Armée de Virginie du Nord continuèrent de se faire sentir. Durant l’hiver, incapable de trouver une solution face aux défenses de Fredericksburg qui l’avaient déjà si durement repoussé, Burnside se lança dans sa Mud March, entreprise vaine et épuisante cherchant à flanquer les forces sudistes. Suite à cet échec, Lincoln remplaça Burnside par Hooker mais celui-ci ne fit guère mieux. Au retour du printemps, le nouveau commandant de l’Armée du Potomac fut durement défait à Chancellorsville et remplacé un peu plus tard par Meade. Cette nouvelle défaite fédérale sur le théâtre de Virginie inaugura la seconde invasion du Nord par Lee et culmina à la bataille de Gettysburg, au moment même où Vicksburg tomba aux mains de Grant, et y échoua, forçant Lee à revenir vers la Virginie.
Dans le même temps, dans les Appalaches, de nombreux raids de cavalerie sudistes eurent lieu, principalement de la part des troupes de Mosby mais aussi de Imboden et Jones.
Sur le théâtre du Heartland, là aussi les sudistes se lancèrent dans de nombreux raids de cavalerie au Tennessee, Kentucky et Alabama et même un vers l’Ohio mais là, les nordistes ne restèrent pas en reste et menèrent eux aussi des actions du même genre. En parallèle à cela, Rosecrans mena une campagne couronnée de succès presque sans combat lors de la campagne de Tullahoma qui lui permit de s’emparer de Chattanooga et de son nœud ferroviaire majeur, repoussant l’armée de Bragg dans le nord de la Géorgie.
Pendant ce temps, les opérations de blocus furent marquées par trois tendances. Premièrement les confédérés menèrent des actions en Caroline du Nord, dans la région de New Bern et Washington, que D.H. Hill assiégea en vain, et en Virginie, où Longstreet assiégea Suffolk avec le même résultat avant de retourner auprès de l’Armée de Virginie du Nord pour participer à la campagne de Pennsylvanie. A ces opérations dans ce secteur, il convient d’ajouter deux assauts sudistes contre Fort Magruder dans la Péninsule. La seconde tendance fut la progression de Banks dans la vallée du Mississippi inférieur où celui-ci devait initialement progresser vers port Hudson en conjonction avec les actions de Grant vers Vicksburg. Cependant, il tarda à avancer vers son objectif et bougea initialement vers le cœur de la Louisiane sans rencontrer de résultat majeur alors que les troupes de Taylor firent de leur mieux pour le gêner dans sa progression. Ce n’est finalement qu’au mois de mai qu’il mit effectivement le siège autour de Port Hudson et ce malgré les tentatives de Taylor pour harceler ses lignes d’approvisionnements et de communication. Et troisièmement, début juillet les forces fédérales présentes aux abords de Charleston lancèrent un assaut contre les positions confédérées qui résultat en la bataille de Fort Wagner au cours de laquelle elles furent repoussées.
Enfin, à l’ouest du Mississippi, plusieurs actions différentes eurent lieu. Marmaduke termina un raid au Missouri et en relança un autre vers le même état qui échoua tout autant. Dans le même temps, et comme depuis le début de la guerre, de nombreux combats de partisans frappèrent le Missouri. Dans les Territoires Indiens, une force fédérale menée par Blunt repoussa une troupe sudiste à Honey Springs, sécurisant de la sorte toute la partie de la région au nord de l’Arkansas River. Enfin, l’Union eut à faire face à trois escarmouches plus ou moins sérieuses avec des tribus indiennes, les Sioux au Dakota, Stand Wattie et ses Cherokees dans les Territoires Indiens et les Apaches dans le Territoire de l’Arizona.[22]
En conclusion, alors qu’à l’ouest des Appalaches la Confédération était mise sous pression dans la vallée du Mississippi et au Tennessee, elle chercha à prendre l’offensive dans l’est mais y échoua, clôturant l’une des périodes les plus dures de la guerre pour le Sud.

Le 31 mars, Grant lança ses dés et mis en branle son plan le plus risqué jusqu’alors. Le corps de McClernand fut le premier à quitter Miliken’s Bend pour la région de New Carthage. Bâtissant des ponts avec les matériaux disponibles sur leur chemin, créant une route d’environ 65 kilomètres là où il n’existait qu’un semblant de piste instable, ses troupes arrivèrent à destination à la mi-avril.[23]
Dans le même temps, le 16 avril Porter, joua lui aussi son rôle dans la pièce. Durant la nuit, alors que les sudistes participaient à un bal célébrant ce qu’ils pensaient être un repli de Grant vers Memphis, les nordistes firent passer devant la ville sept canonnières, un navire bélier et trois transports de troupes vides pour les acheminer vers New Carthage et permettre aux fantassins de traverser le fleuve comme le prévoyait Grant. Les navires fédéraux se glissèrent initialement avec discrétion mais furent finalement repérés par les confédérés dont les batteries ouvrirent rapidement le feu auquel répondirent les canonnières tout au long de leur passage devant la ville. Le premier risque de Grant s’avéra payant, Porter fit passer tous ses navires presque intacts sauf un, le transport Henry Clay qui fut coulé, et après un autre bref engagement avec les batteries présentes à Warrenton, accosta à New Carthage. Dans la nuit du 22, Grant retenta le coup et envoya cette fois six autres navires chargés d’approvisionnements en tout genre. Ici, comme lors de l’expérience précédente un seul navire fut perdu, le Tigress, et les autres arrivèrent sans plus d’encombre auprès du reste de la flottille. Grant disposait maintenant à une cinquantaine de kilomètres au sud de Vicksburg de deux corps d’armée prêt à traverser le fleuve, McPherson ayant suivi McClernand et les deux ayant pris position à Hard Times, et d’une flotte puissante pour assurer la protection de la traversée.[24]
Ayant joué le premier acte en déplaçant ses troupes, le commandant nordiste pouvait maintenant mettre en branle le second, les diversions.

La première de celles-ci fut l’œuvre de la division de Steele, du corps de Sherman, qui, alors que McClernand mettait son corps en marche vers New Carthage début avril, lança une opération de diversion à l’opposé, dans la région de Greenville, sur la rive orientale du Mississippi, où Steele déploya sa division et sema le chaos dans le secteur dans le but de faire croire à une nouvelle tentative d’attaquer la ville par les bayous du nord et donc de la sorte laisser Pemberton dans l’inconnu par rapport à la menace réelle pour lui, celle en train de se déployer au sud de la ville. L’action dans son ensemble dura une dizaine de jours au terme desquels Steele retourna auprès du reste du corps de Sherman à Milliken’s Bend.[25]

La seconde action de diversion fut un raid de cavalerie aux résultats bien significatifs. Le 17 avril, le colonel Grierson pris ses 1700 cavaliers et lança l’un des raids les plus spectaculaires de la guerre, n’ayant rien à envier aux succès de Stuart ou Forrest. Parti de La Grange, il parcouru le Mississippi du nord au sud sur près de 1000 kilomètres, semant la confusion derrière les lignes sudistes sans que ceux-ci ne furent en mesure de le stopper et rejoignit deux semaines plus tard, le 2 mai, les forces fédérales de Banks à Baton Rouge. Au cours de ce périple, les cavaliers nordistes détruisirent quelques quatre-vingts kilomètres de voies ferrées des Mississippi Central Railroad près de Brookhaven et Southern Mississippi Railroad à Newton Station, soit les principales artères approvisionnant Vicksburg, firent environ 500 prisonniers, infligèrent une centaine de pertes aux sudistes pour un bilan largement inférieur et brulèrent des wagons de marchandises et des dépôts de ravitaillement destinés à l’armée de Pemberton, le tout en livrant seulement quelques escarmouches et un affrontement principal à Wall’s Bridge qui tourna assez vite en faveur des fédéraux. Mais le principal succès de ce raid résidait ailleurs. Initié dans le but de couvrir la progression de Grant en Louisiane, le raid répondit à toutes les attentes. Car premièrement, trop occupé à les poursuivre, les cavaliers sudistes furent incapables de se rendre compte de ce que préparait Grant sur le fleuve, ce qui empêcha également Pemberton de concentrer ses forces là où elles auraient en réalité été les plus nécessaires. Au lieu de cela, le commandant sudistes déploya plusieurs brigades, l’équivalent totale d’une division entière dans l’arrière-pays dans une chasse vaine des cavaliers nordistes que les tactiques employées par Grierson rendirent insaisissables.[26]

Enfin, la dernière action entreprise par le commandant nordiste pour semer la confusion chez son adversaire impliqua cette fois le corps de Sherman qui, le 30 avril, alors que Grant allait faire franchir le fleuve au corps de McClernand le même jour, fit débarquer une division, celle de Blair, à Chickasaw Bayou pour se présenter devant Hayne’s Bluff, l’endroit même où il avait été si durement repoussé quatre mois plus tôt. Le but cette fois n’était pas de percer les défenses sudistes en ce point, mais juste de faire croire à Pemberton que c’était le cas. Et cela fonctionna, car un bombardement de trois heures, appuyé par quatre canonnières légères et trois navires mortiers, et le déploiement en ligne de bataille suffit à convaincre le commandant sudiste de la sériosité de la menace et celui-ci rappela les 3000 hommes, initialement mis en route pour aller confronter le débarquement de Grant au sud au même moment, derrière les fortifications pour contrer Sherman. Pemberton était face à un dilemme, ne connaissant pas l’ampleur exacte du déploiement en cours au sud de Vicksburg, il avait réagi à ce qui lui semblait être la menace la plus imminente, jouant de ce fait le jeu voulu par Grant avec ses diversions puisqu’au même moment, aidé par les cavaliers de Grierson qui avaient occupé les cavaliers sudistes et la diversion de Sherman, le commandant nordiste parvenait à débarquer sur la rive orientale du fleuve sans rencontrer d’opposition majeure, réussissant l’étape suivante de son plan audacieux. Le 1er mai, après un nouveau bombardement durant la journée, Sherman fit réembarquer à la nuit tombée la division de Blair pour la ramener à Young’s Point d’où les deux autres divisions, celles de Steele et Tuttle venaient de partir pour suivre la route ouverte pas McClernand vers New Carthage et la traversée du Mississippi.[27]

Et justement plus au sud, Grant avait donc initié la troisième phase de son plan, la traversée du fleuve pour enfin se retrouver sur la même rive que les sudistes. Cependant, un premier écueil se présenta sur son chemin. Son plan prévoyait initialement de débarquer à Grand Gulf mais il découvrit alors que les confédérés y avaient établi des batteries d’artillerie rendant un débarquement impossible. Le 29, Porter tenta d’en déloger les sudistes en bombardant la place avec sa flottille mais sans effet.[28]
Un second problème apparu alors et allait contraindre le commandant nordiste à modifier son plan. A l’origine, les troupes de Grant devaient se porter vers Port Hudson pour se joindre à celles de Banks. Cependant, une lettre de ce dernier lui parvint et l’informa qu’il ne s’y trouvait pas et n’y serait pas avant la fin mai, rendant caduque une conjonction des forces et obligeant l’Armée du Tennessee à agir sans disposer de ligne d’approvisionnement suffisamment conséquente ouverte. Mais bien déterminé, Grant accepta la situation et décida de s’y adapter en se portant seul contre Vicksburg.[29] Porter l’informa de l’existence d’un autre lieu de débarquement potentiel plus en aval, à Bruinsburg. Le commandant de la flottille fit donc passer ses navires, canonnières et transports, devant les batteries de Grand Gulf pour les amener en face du lieu de débarquement et, le 30 avril, Grant fit traverser ses troupes.[30]

Le 1er mai, Grant fit avancer ses forces déjà présentes sur la rive orientale, le corps de McClernand et une division de McPherson, celle de Logan, afin de consolider sa tête de pont en chassant les forces confédérées de Bowen, quelques 6000 hommes, installés sur une position défensive à environ 6 kilomètres à l’ouest de Port Gibson depuis la veille. A l’aube, les forces fédérales entrèrent au contact de la ligne sudiste et la bataille qui en résulta dura toute la journée et ne fut que peu concluante tactiquement, les sudistes reculant de quelques kilomètres sans être vaincus malgré la large supériorité numérique fédérale, ce qui, stratégiquement, en fit un succès pour les sudistes qui purent ainsi gagner du temps. Les deux camps perdirent quelques 800 hommes chacun. Durant la nuit, conscient qu’il ne pourrait résister à une nouvelle attaque le lendemain alors que plus de troupes fédérales étaient en train de traverser, Grant ayant même fait prévenir Sherman de se mettre en marche pour le rejoindre, Bowen décida de se replier derrière la Bayou Pierre River, et pris une nouvelle position pour défendre Grand Gulf qu’il comprit être l’objectif suivant du commandant nordiste.[31]

Le lendemain, Grant décida de chercher à manœuvrer sur le flanc de Bowen, dont les troupes comptaient maintenant environ 9000 hommes suite à l’arrivée de renforts, et fit déployer le corps de McPherson plus au nord-est où, le 3 mai, il franchit la rivière près de Willow Springs, contraignant de la sorte les sudistes à se replier vers Vicksburg, prenant position derrière la Big Black River, et laissant Grand Gulf entre les mains des fédéraux qui refirent leur jonction avec la flottille de Porter.[32]

Après avoir assuré sa tête de pont, Grant mit sa progression en pause, le temps pour le train d’approvisionnement qu’il avait chargé avant de se mettre en route de rejoindre ses forces mais aussi pour le corps de Sherman d’en faire autant le 7 mai. Le commandant nordiste utilisa ce temps pour réfléchir à ses options et une fois son choix fait, il reprit son avance. Non pas vers Vicksburg directement mais d’abord vers Jackson, où il avait appris que les sudistes avaient commencé à rassembler une force sous Johnson. Adams, qui y était déjà présent à la tête de son district vit arriver début avril deux brigades venues de Port Hudson, celles de Abraham Buford et Albert Rust, et fin avril celle de John Gregg. Un peu plus tard, cette force sera encore renforcée par la brigade de William Henry Talbot Walker venue de l’armée de Bragg.[33] Comprenant qu’il ne pouvait avancer vers Vicksburg en laissant cette menace sur son flanc droit qui pouvait à tout moment, et surtout une fois renforcée, venir le prendre en tenaille avec l’armée de Pemberton, Grant décida d’agir de ce côté d’abord afin de couper la voie ferrée un peu à l’ouest de Jackson. De plus, prendre ce nœud ferroviaire permettait également de couper le principal axe de ravitaillement de Vicksburg et Port Hudson.[34]

Ainsi, le 9 mai, l’Armée du Tennessee reprit sa progression, le corps de McClernand progressant sur la gauche et couvrant la Big Black River où Pemberton était en train d’établir une ligne défensive avec trois de ses divisions, un total de près de 18 000 hommes, celui de McPherson sur la droite et enfin, Sherman, un peu en retrait, au centre, les forces fédérales exploitant toutes les ressources disponibles pour s’approvisionner en cours de route.[35]
Le 12 mai, McPherson, qui couvrait toujours le flanc droit, fut accroché par la brigade de Gregg près de Raymond. Bien qu’initialement prises par surprise, les troupes de la division de Logan repoussèrent finalement les confédérés au prix de quelques 450 hommes contre environ 500 pour les sudistes.[36] Grant compris plus encore l’importance de la menace se présentant sur son flanc droit avec le regroupement progressif de forces par Johnston. Ainsi, il prit la décision d’orienter les corps de McPherson et Sherman dans cette direction, ne laissant que celui de McClernand entre Raymond et Bolton pour tenir sa gauche face à une potentielle attaque de Pemberton.[37] En plus de cela, le commandant nordiste prit également la décision de se couper définitivement de la ligne d’approvisionnement précaire le reliant encore à Miliken’s Bend et de s’approvisionner complètement sur le terrain afin de ne pas avoir à user de troupes pour la défendre et ainsi concentrer tous ses moyens sur l’offensive. Le tout s’avéra payant puisque le 14, les fédéraux s’emparèrent de Jackson, Johnston, tout juste arrivé la veille, ayant, au vu de la large infériorité numérique dans laquelle il se trouvait, choisi d’évacuer ses forces après une petite escarmouche aux abords de la ville qui couta quelques 350 hommes au Nord et 200 au Sud.[38] Tout cela se passa sans que Pemberton ne saisissent l’opportunité d’attaquer McClernand, restant sur sa ligne défensive de la Big Black alors que le corps fédéral était séparé des deux autres. Une fois la ville tombée et Johnston en retraite, Grant ne perdit pas de temps et réorienta la course de son armée, lançant les corps de McPherson et McClernand vers l’ouest dès le 15 et laissant Sherman à Jackson le temps d’y détruire toutes les ressources et infrastructures pouvant soutenir l’effort de guerre sudiste.[39]

Figure 126 : Mouvements de la campagne de Milliken’s Bend à Jackson

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Vicksburg and Vicinity, 1863, Vicksburg Campaign, The Crossing of the River, and the Advance to Jackson, 29 April – 14 May 1863, West Point: Department of History.

Pemberton de son côté, même s’il n’avait pas osé s’attaquer à McClernand, avait tout de même tenté d’aider les défenseurs de Jackson en décidant de s’en prendre à la ligne d’approvisionnement fédérale pour les pousser à se replier ou à venir l’attaquer sur le terrain de son choix pour la rétablir, ignorant totalement que Grant s’était libéré de cette faiblesse. Ne trouvant donc rien à attaquer, le commandant sudiste décida donc de se replier lorsqu’un message de Johnston lui parvint et lui ordonna de se redéployer au nord de la voie ferrée dans le but de faire sa jonction avec ses troupes à Clinton où ils attaqueraient les fédéraux. Cependant, informé également de ce message par un espion, Grant ne tarda pas à agir afin de prévenir cette jonction de forces confédérées. Ainsi, le 16 mai, les deux corps fédéraux interceptèrent les sudistes à quelques kilomètres à l’est de Edward’s Station, livrant la bataille de Champion Hill au terme de laquelle après un âpre engagement qui dura presque toute la journée, les confédérés, qui résistèrent bien dans un premier temps, furent contraints de se replier dans une quasi déroute vers la ligne défensive de la Big Black River où ils avaient fortifié une tête de pont sur la rive orientale.[40] Les pertes furent lourdes, environ 3800 hommes pour le Sud contre près de 2400 pour le Nord. A cela, il faut également ajouter la perte pour Pemberton de la division de Loring qui, isolée au cours des combats, dut se replier vers le sud sans pouvoir refaire sa jonction avec le gros de forces et rejoignit trois jours plus tard Johnston à Canton.[41]

Mais les fédéraux ne s’arrêtèrent pas là. Le 17, poursuivant les sudistes en déroute, la division de Carr, du corps de McClernand, fondit sur le flanc gauche de la ligne sudiste, près du dernier pont maintenu en service dans l’espoir d’y faire passer la division de Loring, et forcèrent l’ensemble des troupes de Pemberton à continuer leur retraite jusqu’à Vicksburg, non sans avoir le temps de détruire le pont. Les confédérés perdirent de la sorte la dernière ligne défensive avant les fortifications de la ville. Cette nouvelle bataille, qui prit le nom Big Black River Bridge se solda par la perte pour le Sud de près de 1700 hommes contre seulement 200 pour l’Union.[42] Mais plus important encore, ces deux défaites sudistes au cours de ces journées des 16 et 17 mai scellèrent le sort de Vicksburg où Pemberton et son armée étaient maintenant enfermés sans la possibilité de recevoir des renforts ou des ravitaillements de l’extérieur.[43] Le 18, les forces fédérales arrivèrent aux abords de la ville et commencèrent leur déploiement.[44]

Figure 127 : Mouvements de la campagne de Jackson à Vicksburg

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Vicksburg and Vicinity, 1863, Vicksburg Campaign, Grant’s Advance from Jackson to Vicksburg, 15-19 May and Situation 19 May 1863, West Point: Department of History.

En 17 jours, Grant avait donc réussi à mener son armée aux portes de la ville en prenant un risque majeur, celui de se couper de ses bases d’approvisionnement. Mais tant que les confédérés tenaient les hauteurs de Haynes’ Bluff, la situation des forces fédérales restait précaire puisqu’ils ne pouvaient toujours pas rétablir une connexion sécurisée avec le Nord. Seul la prise de Hayne’s Bluff leur permettrait d’atteindre le fleuve et de recourir à celui-ci pour communiquer avec l’amont.[45] Et en cela, Pemberton aida les fédéraux puisque estimant ne pas pouvoir tenir cette position suite à la rupture de sa ligne de la Big Black car il avait besoin de ces troupes pour couvrir les fortifications de la ville, il la fit évacuer, laissant dès lors la place aux forces de Sherman qui purent ainsi ouvrir cette fameuse ligne d’approvisionnement en usant du Mississippi, installant des dépôts à Chickasaw Bayou et Snyder’s Bluff.[46] Grant avait donc réussi son coup de dé, il avait annihilé l’utilité des batteries sudistes tournées vers le fleuve, installé son armée sur la même rive que les forces confédérées, isolé celles-ci de tout contact avec l’extérieur de la ville et ouvert une ligne de communication que les cavaliers sudistes ne pouvaient couper, s’assurant ainsi de pouvoir mener sa campagne à son terme sans que les sudistes ne puissent faire quoique ce soit pour l’en empêcher. Bien conscient de cette réalité, Johnston envoya un courrier à Pemberton l’enjoignant à sauver ce qui pouvait l’être, son armée puisque la ville allait inévitablement être perdue, en évacuant la ville pour venir le rejoindre à Brownsville et à deux tenter d’inverser le cours des choses. Mais c’était déjà trop tard, les forces fédérales coupaient déjà les axes menant à la ville, la cernant de toutes parts.[47] Le corps de Sherman au nord, celui de McPherson au centre et McClernand au sud.[48]

Mais à ce moment, Grant n’envisageait pas un siège. Depuis le débarquement de ces troupes sur la rive orientale du Mississippi une vingtaine de jours plus tôt, les forces fédérales n’avaient fait que repousser les sudistes à chaque engagement, les mettant systématiquement en déroute et il n’y avait pas, à ses yeux, de raisons que les choses se passent différemment pour ce qu’il prévoyait comme étant le dernier acte de la campagne. Il pensait les forces de Pemberton dans un état de déconfiture total et ne pouvant pas résister à un nouvel assaut d’où ils n’avaient aucune issue possible. Ainsi, sans attendre, le 19 mai, Grant envoya le corps de Sherman, le seul qui n’avait pas pris part à un combat important depuis le début de la campagne, prendre d’assaut les lignes sudistes sur leur gauche le long de la Graveyard Road. Mais le choc fut brutal pour les nordistes. Accueillit par un tir nourri des troupes retranchées dans les importantes fortifications et qui avaient retrouvés leurs forces combatives sous la protection du système défensif leur conférant un net avantage, les fédéraux furent bloqués net et virent leur attaque tourner court, les troupes s’immobilisant à l’abri en attendant la tombée de la nuit pour pouvoir se replier.[49] Pendant ce temps, les deux autres corps avancèrent plus timidement et repoussèrent les tirailleurs présents face à eux sans aller plus loin. Sherman perdit environ 1000 hommes au cours de cette action contre environ 200 pour les sudistes et les nordistes durent se replier sur leurs positions initiales.[50]

Figure 128 : L’offensive fédérale du 19 mai 1863

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Source: JESPEREN Hal, Assaults on Vicksburg, May 19, 1863, Cartography Services by Hal Jespersen.

A la suite de cette assaut, Pemberton réorganisa sa ligne défensive. Il plaça les troupes de M. L. Smith sur la gauche, celles de Forney au centre, celles de Stevenson sur la droite et enfin, celles de Bowen en réserve, prêtes à intervenir là où l’évolution de la situation le demanderait.[51] Car de son côté, Grant, pas encore décidé à accepter l’idée d’installer son armée pour un siège, décida de renouveler l’offensive, à la différence que cette fois il laissa le temps à ses généraux de se préparer, disposant de deux jours pour reconnaître le terrain et la disposition des fortifications sudistes. L’assaut était prévu pour le 22 à la suite d’un important bombardement d’artillerie, à la fois côté terre et fleuve puisque les canonnières de Porter devaient elles aussi participer.[52]
Mais comme la précédente, cette attaque, lancée simultanément par les trois corps, échoua sans résultat majeur contre les puissantes défenses confédérées au prix de près de 3000 pertes pour l’Union contre environ 500 pour leurs adversaires et ce bien que localement, certaines unités connurent des succès limités mais inexploitables à plus grande échelle.[53]

Figure 129 : L’offensive fédérale du 22 mai 1863

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Source: JESPEREN Hal, Assaults on Vicksburg, May 22, 1863, Cartography Services by Hal Jespersen.

Maintenant conscient de l’impossibilité de prendre la place par la force brute, les fédéraux se résolurent à en faire le siège. Ils construisirent leurs propres réseaux de tranchées, d’une part pour prévenir toute tentative de sortie des forces de Pemberton mais également d’autre part pour se prémunir d’une éventuelle intervention des troupes assemblées par Johnston qui, au cours du siège atteindront quelques 30 000 hommes, dont des recrues à peine entraînées, installant également une ligne derrière la Big Black River sous les ordres de Sherman à qui Grant confia la tâche d’assurer les arrières.[54]

Durant le siège, Grant procéda à des remaniements de ses forces. Premièrement, il porta le dernier coup de sa guerre personnelle avec McClernand en ôtant à celui-ci son commandement pour le confier à Ord le 18 juin après que McClernand eut défié un ordre direct de Grant interdisant à ses subalternes de communiquer avec les journalistes sans son autorisation.[55] Et deuxièmement, il fit venir sur place trois des divisions du corps de Hurlbut, qui lui, resta dans le Tennessee, le 9ème corps de John Grubb Parke fort de deux divisions et enfin, une autre division sous les ordres de Francis Herron. Ces renforts amenèrent les effectifs fédéraux à environ 71 000 hommes, largement plus que ces que Johnston et Pemberton pouvaient espérer combiner si tant est qu’ils aient été en mesure de coordonner leurs actions.[56]

Le siège de Vicksburg se déroula alors comme la plupart des sièges à travers les âges. Les habitants et soldats sudistes présents dans la vile eurent à faire face aux affres de la situation. Privations de nourriture, les rations journalières des troupes finirent par être réduites au quart de leur niveau habituel, les civils eurent à se résoudre à manger leurs animaux de compagnies et même de rats. Nombres furent frappés par la maladie, le scorbut en particulier. En plus de cela, les forces fédérales bombardèrent fréquemment la ville depuis leurs tranchées et le fleuve, forçant les habitants à se réfugier dans des abris creusés dans le sol.[57] Au début du siège, Pemberton estimait avoir des rations pour tenir soixante jours.

A la fin du moi, des rapports indiquèrent à Grant que les confédérés avaient commencé à rassembler des approvisionnements à Mechanicsburg. Craignant que ceux-ci ne soient destiné à renforcer Johnson ou qu’ils soient entreposés là dans l’attente que Pemberton ne réalise une percée pour extraire son armée de Vicksburg et rejoindre Johnson, Mechanicsburg étant considéré comme le point de ralliement le plus adéquat, Grant fit dépêcher la division de Blair dans le secteur. Le 26 mai, celui-ci, bien que tenu en respect par une force commandée par Adams, détruisit une grande quantité de provision, bien que l’importance de ceux-ci eût été exagérée dans les rapports, avant de rejoindre le gros des forces le 4 juin.[58]

Figure 130 : La situation du siège à la veille de la reddition de Vicksburg

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Vicksburg 1861, The Siege of Vicksburg, Situation 3 July, Near end of Siege,Showing FieldWorks, West Point: Department of History.

Mais si Johnson n’était que peu motivé à tenter de venir au secours de Pemberton, les forces de Taylor, présentes sur la rive occidentale du Mississippi, en Louisiane, décidèrent, elles, de tenter des actions contre la ligne d’approvisionnement fédérale. Les troupes du général John George Walker, se portèrent à l’attaque de Young’s Point et Miliken’s Bend. La brigade commandée par James Edward Harrison s’empara de Richmond le 6 juin mais n’alla pas plus loin. Une seconde brigade sous les ordres du général Henry Eustace McCulloch, fut, elle, envoyée attaquer Miliken’s Bend le 7. Cependant, l’assaut fut repoussé par les forces fédérales présentes sur place – deux régiments composés de soldats noirs – et appuyées par deux canonnières et ce malgré de lourdes pertes, quelques 650 hommes contre un peu moins de 200 pour les assaillants.[59]
Une autre escarmouche eut lieu à la fin du mois de juin en Louisiane. Le 29, les confédérés commandés par William Henry Parsons attaquèrent une position fédérale à Goodrich Landing qui servait de base d’approvisionnement mineure dans le but de gêner l’occupation de cette région par les nordistes. Bien que l’assaut réussi, cela n’eut guère d’impact sur la campagne.[60]

Enfin, le 4 juillet, alors que Pemberton présentait la reddition de Vicksburg, les sudistes du général Theophilus Hunter Holmes tentèrent une dernière action contre les lignes d’approvisionnent de Grant en attaquant la ville d’Helena en Arkansas. Les troupes de l’Union repoussèrent l’attaque qui même si il avait réussi n’aurait de toute façon en rien changé le cours de choses plus en aval.[61]

Au cours du siège, les forces fédérales ne restèrent pas inactives. A deux reprises, elles eurent recours à un processus quelque peu particulier pour essayer de créer une brèche dans les défenses confédérées. Des mines furent creusées sous celles-ci et remplies d’explosifs afin de déclencher une énorme explosion emportant avec elle les fortifications et ses défenseurs alors que les troupes nordistes montèrent à l’attaque pour essayer d’exploiter l’ouverture. Ainsi, les 25 juin et 1er juillet, l’expérience fut tentée sans jamais fournir les résultats espérés, les fantassins sudistes repoussant les assaillants à chaque fois.[62]

Finalement, après un peu plus d’un mois de siège, Pemberton, sous la pression de son armée épuisée, malade et gravement sous-alimentée n’eut d’autre choix que de demander à Grant les termes de sa reddition le 3 juillet.[63] Le commandant sudiste avait bien envisagé de tenter une sortie, afin de forcer un passage au travers des lignes fédérales pour évacuer la ville et aller rejoindre Johnston. Cependant, ses généraux s’opposèrent à ce plan, les troupes étant trop faibles pour réaliser la chose.[64] Grant, comme il l’avait déjà fait au Fort Donelson, réclama la reddition sans condition des confédérés. Cependant, après réflexion, il arriva à la conclusion que libérer les soldats sudistes sur parole pourrait être plus bénéfique à long terme, ceux-ci allant rentrer chez eux dans un état de délabrement physique et moral tel qu’ils représenteraient une source de démoralisation de la cause confédérée auprès de leur concitoyen et ce même si certains reprendraient les armes avant de d’avoir été officiellement échangés. De plus, le commandant nordiste réalisa que d’acheminer tous les prisonniers vers le nord lui demanderait de se passer de la majeure partie de ses navires de transports et d’une partie de ses troupes pour les escorter alors que beaucoup d’entre eux chercheraient à s’échapper pour rentrer chez eux. Ainsi, il estima que les coûts de les garder prisonniers serait plus élevé que de les libérer sur parole.[65]

Le lendemain, 4 juillet, jour de la fête d’indépendance américaine et alors que les Armées de Virginie du Nord et du Potomac se faisaient toujours face sur le champ de bataille de Gettysburg au lendemain des combats, Grant s’empara de Vicksburg, la division de Logan rentrant dans la ville.[66]

A la suite de la chute de la ville, Grant décida de se retourner pour faire face à Johnston et si possible détruire son armée comme il l’avait fait avec celle de Pemberton. Celui-ci avait graduellement accru ses forces au cours du siège, les amenant à quelques 30 000 hommes répartit en quatre divisions d’infanterie, trois de trois brigades et une de quatre respectivement sous les ordres de Breckinridge, Loring, French et Walker et une division de cavalerie de deux brigades sous William Hicks Jackson.[67] Le commandant sudiste avait initialement pris position aux abords de la Big Black River, à Edward’s Station et Birdsong’s Ferry, sans toutefois oser attaquer les positions fédérales. Mais une fois la ville tombée, comprenant bien qu’il risquait fortement de se faire attaquer à son tour par une force largement supérieure maintenant que Grant avait éliminé une de ses deux menaces, décida de se replier sur Jackson où il disposait d’une ligne défensive. Grant lança les forces de Sherman, les corps de Parke, Steele et Ord, à la poursuite mais celui-ci ne tomba pas dans le piège tendu par Johnston qui espérait le voir attaquer ses positions pour ainsi disposer de l’avantage de la défense. Ayant bien compris les enseignements des deux assauts catastrophiques contre les défenses de Vicksburg, Sherman préféra encercler la ville pour essayer d’y coincer Johnston à partir du 10 juillet. Le commandant sudiste s’attendait toujours à voir les fédéraux l’attaquer et prépara sa ligne défensive avec de gauche à droite, Breckinridge, French, Walker et Loring alors que ses cavaliers gardaient les gués de la Pearl River. Mais dans la nuit du 16 juillet, constatant que l’ennemi ne venait pas et pour échapper à un siège, les sudistes s’échappèrent en empruntant la Pearl River et partirent se réfugier en Alabama, abandonnant la ville et la majeure partie de l’état du Mississippi aux forces fédérales.[68] Cependant, avec cette prise, et assez paradoxalement, Grant perdit lui aussi son armée. Pour conserver le terrain conquis et assurer la sécurité du fleuve, les fédéraux eurent à disperser la majeure partie des forces engagées sur des positions défensives ou à les envoyer vers la Louisiane, le Missouri ou l’Arkansas pour y renforcer les forces déjà présentes.[69]

Figure 131 : La poursuite des forces de Johnston

Sans titre

Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Vicksburg and Vicinity, 1863, The Vicksburg Campaign, The Pursuit of Johnston, 4 July, and Situation 10 July 1863, West Point: Department of History.

La sedonde campagne de Vicksburg, qui se termina au même moment que la bataille de Gettysburg – ce qui apporta coup sur coup deux nouvelles majeures à la population du Nord –, ouvra l’intégralité du fleuve Mississippi à l’Union et coupant la Confédération en deux une fois Port Hudson évacué par sa garnison quelques jours plus tard, le 8 juillet, en raison de l’inutilité de défendre cette place une fois Vicksburg tombée.[70] Un point central du plan Anaconda de Winfield Scott venait donc d’être atteint. Et même si la guerre devait encore durer près de deux ans, elle venait de connaître un tournant majeur et fut l’une des campagnes les plus brillantes de la guerre de par son approche non-orthodoxe et ses résultats.[71]
Cette campagne fut marquée par l’occurrence de plusieurs types de stratégies différentes, allant des tentatives d’approches directes, à la guerre de mouvement ou l’attaque frontale et se terminant avec un siège en bonne et due forme.[72]

Après ses nombreuses tentatives avortées de plier le cours du Mississippi à sa volonté ou de chercher une possibilité de s’attaquer aux défenses de Vicksburg par le nord tout en restant à proximité du fleuve, le plan de Grant de se couper de ses bases d’approvisionnement pour pouvoir livrer campagne sur la rive orientale du fleuve sans que ses lignes de communication et d’approvisionnement ne soient menacées par les cavaliers sudistes comme lors de la tentative précédente s’avéra payant. Cette approche apporta une nouveauté importante à l’art de la guerre de cette époque, la possibilité pour une armée de vivre sur le terrain, ce qui bientôt serait porté à une échelle encore plus importante.[73] En approvisionnant ses troupes directement à partir de ce que la région pouvait lui fournir, Grant s’offrit la vitesse de déplacement dont il avait besoin pour empêcher les sudistes de concentrer leurs forces pour lui faire face et s’assurer de jamais perdre l’initiative stratégique. Ainsi, au terme d’une campagne de mouvement d’une vingtaine de jours, il parvint à repousser toutes les forces confédérées qui se présenteront devant lui et arriver aux abords de Vicksburg où, une fois maître des hauteurs de Hayne’s Bluff, il tenait la clé stratégique de toute la campagne puisqu’avec la sécurisation de cette position, il pouvait assiéger la ville tout en se faisant ravitailler par le fleuve.[74]
Les sudistes ne pouvaient dès lors plus sauver la ville, trop faible pour déloger les forces fédérales, que ce soit par devant ou derrière et incapable de perturber la navigation sur le fleuve en amont de Vicksburg. Au terme du siège, avec la reddition de Pembertonet surtout la perte de l’intégralité de son armée, la ville tomba aux mains des nordistes et avec elle son importance stratégique.[75]
Ce succès eut également des conséquences à l’international. Une fois que la nouvelle des victoires de Gettysburg et Vicksburg parvint jusqu’aux capitales européennes, principalement Londres et Paris qui avaient déjà vu les probabilités d’une intervention en faveur de la Confédération grandement réduites suite à la Proclamation d’Emancipation quelques mois plus tôt, toute idée d’intervention fut révolue.[76]

Il est intéressant de noter qu’alors qu’ils disposaient de l’avantage des lignes intérieures, aussi bien sur le théâtre en lui-même que sur l’ensemble de ceux-ci, les confédérés furent pourtant dans l’incapacité d’user de cet avantage pour faire venir des renforts aux points clés de la campagne. D’une part, cela fut dû sur le théâtre lui-même à la pression exercée par l’Union au Tennessee et en Louisiane, mais également au raid de cavalerie de Grierson au travers du Mississippi. D’autre part, sur les autres théâtres, en Virginie et en Caroline du Nord, les sudistes avaient fait le choix de se porter à l’offensive dans le but de pousser le Nord à réduire la pression sur Vicksburg en répondant à ces menaces, ce qui leur demanda d’y déployer des moyens qui, dès lors, ne pouvaient être divertis vers Vicksburg. Ainsi, la pression fédérale d’un côté et l’abandon de la posture défensive qui avait prévalu dans la stratégie globale de la Confédération, contribuèrent à la chute du Gibraltar de l’Ouest si cher à Jefferson Davis. Et avec cette victoire, l’Union mit un terme aux opérations sur le théâtre du Mississippi et allait pouvoir se concentrer sur de nouveaux objectifs. Et pour ce faire, Lincoln réalisa qu’il tenait enfin un général capable de porter les forces de l’Union comme Lee le faisait pour la Confédération, et allait très vite lui confier de nouvelles fonctions pour l’amener à réaliser les attentes placées sur ses épaules.


[1] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 632. ; Shelby Foote, The Civil War: A Narative Volume II: Fredericksburg to Meridian, op.cit., page 73.

[2] John KEEGAN, op.cit., page 142. ; CATTON Bruce, Never Call Retreat, op.cit., pages 83-84.

[3] Idem, page 84.

[4] Christopher GABEL, op.cit., page 76. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 191-192. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 104. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 641. ; John KEEGAN, op.cit., page 212. ; CATTON Bruce, op.cit., pages 84-85. ; CATTON Bruce, The Civil War, New York: American Heritage, First Mariner Books edition, 2004, p. 124. ; HANKINSON Alan, Vicksburg 1863. Grant Clears the Mississippi: Osprey Military, Campaign Series, n°26, p. 27.

[5] Christopher GABEL, op.cit., page 76. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 192-194. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 104. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 641. ; John KEEGAN, op.cit., page 212. ; CATTON Bruce, Never Call Retreat, op.cit., page 85. ; Bruce Catton, The Civil War, op.cit., page 124. ; Alan HANKINSON, op.cit., page 28.

[6] Christopher GABEL, op.cit., page 76. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 216. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., pages 104-105. ; CATTON Bruce, Never Call Retreat, op.cit., page 86. ; John KEEGAN, op.cit., page 141.

[7] Charles HOOKER, op.cit., page 123.

[8] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 642. ; CATTON Bruce, op.cit., pages 85-86. ; John KEEGAN, op.cit., page 212. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 201-205. ; Bruce Catton, The Civil War, op.cit., page 124. ; Alan HANKINSON, op.cit., pages 29-32.

[9] James McPHERSON, op.cit., page 642. ; CATTON Bruce, Never Call Retreat, op.cit., page 86. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 206-211. ; Bruce Catton, The Civil War, op.cit., pages 124-125.

[10] John KEEGAN, op.cit., pages 214-215.

[11] James McPHERSON, op.cit., pages 684-685. ; CATTON Bruce, Never Call Retreat, op.cit., pages 193-194. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 323 & 325. ; John KEEGAN, op.cit., page 213. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 105.

[12] CATTON Bruce, op.cit., pages 196-197.

[13] Alan HANKINSON, op.cit., page 33.

[14] CATTON Bruce, op.cit., pages 91 & 196. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 324-325.

[15] Idem, page 345.

[16] Idem, page 190.

[17] Alan HANKINSON, op.cit., page 16.

[18] Shelby FOOTE, op.cit., page 145. ; Christopher GABEL, op.cit., page 9.

[19] Charles HOOKER, op.cit., pages 127-129. ; Alan HANKINSON, op.cit., page 17.

[20] Christopher GABEL, op.cit., page 10. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 347 & 367.

[21] Charles HOOKER, op.cit., pages 129-130.

[22] John C. FREDRIKSEN, op.cit., pages 253-331.

[23] Shelby FOOTE, op.cit., page 326. ; CATTON Bruce, op.cit., pages 194-195. ; Christopher GABEL, op.cit., page 76.

[24] Shelby FOOTE, op.cit., pages 326-330. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 685. ; Christopher GABEL, op.cit., page 76. ; John KEEGAN, op.cit., page 214. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 105.

[25] Ibid. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 331.

[26] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., pages 685-686. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 334-341. ; John KEEGAN, op.cit., page 214. ; Bruce Catton, The Civil War, op.cit., page 133.

[27] James McPHERSON, op.cit., page 686. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 331-333. ; CATTON Bruce, Never Call Retreat, op.cit., page 197.

[28] Shelby FOOTE, op.cit., page 346. ; Bruce CATTON, op.cit., page 195.

[29] Idem, pages 195-196.

[30] Idem, page 196. ; Bruce Catton, The Civil War, op.cit., page 132 . James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 105.

[31] Shelby FOOTE, op.cit., page 348. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Port Gibson, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 686. ; CATTON Bruce, op.cit., pages 197-198. ; Christopher GABEL, op.cit., page 77.

[32] Shelby FOOTE, op.cit., pages 348-350. ; Christopher GABEL, op.cit., page 77. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 105.

[33] Charles HOOKER, op.cit., pages 132 & 128.

[34] Christopher GABEL, op.cit., page 77. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., pages 686-687. ; CATTON Bruce, op.cit., pages 198-199. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 106.

[35] Christopher GABEL, op.cit., page 78. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 687. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 357.

[36] FLOYD Dale E., LOWE David W., Raymond, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 359-360. ; John KEEGAN, op.cit., page 215. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 106.

[37] Charles HOOKER, op.cit., page 139.

[38] FLOYD Dale E., LOWE David W., Jackson, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Christopher GABEL, op.cit., page 78. ; James McPHERSON, op.cit., page 106.

[39] Christopher GABEL, op.cit., page 78. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., pages 687-688. ; Bruce CATTON, op.cit., page 200. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 361-365. ; John KEEGAN, op.cit., page 215. ; Bruce Catton, The Civil War, op.cit., page 134.

[40] Charles HOOKER, op.cit., page 148.

[41] James McPHERSON, op.cit., page 688. ; CATTON Bruce, Never Call Retreat, op.cit., pages 200-201. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 369-375. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Champion Hill, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 167-170. ; John KEEGAN, op.cit., page 215. ; Bruce Catton, The Civil War, op.cit., page 134. ; Christopher GABEL, op.cit., page 79. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 107.

[42] FLOYD Dale E., LOWE David W., Big Black River Bridge, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; John KEEGAN, op.cit., page 215. ; Christopher GABEL, op.cit., page 79.

[43] Il convient de préciser que les contacts entre Vicksburg et l’extérieur n’étaient pas complètement coupés, quelques messages parvinrent à passer avec difficulté et sans pouvoir changer la situation des assiégés.

[44] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., pages 688-689. ; CATTON Bruce, Never Call Retreat, op.cit., page 201. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 375-379. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 170-171. ; Christopher GABEL, op.cit., page 79. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 107.

[45] Bruce CATTON, op.cit., page 202.

[46] Frances KENNEDY, op.cit., page 171.

[47] Bruce CATTON, op.cit., page 202. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 379-380.

[48] Idem, page 381.

[49] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 689. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 380-381.

[50] CATTON Bruce, op.cit., pages 202-203. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 382-383. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 171. ; Christopher GABEL, op.cit., pages 79-80. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 108.

[51] Charles HOOKER, op.cit., pages 149-150. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 382.

[52] Idem, page 383. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 689. ; Bruce CATTON, op.cit., page 203.

[53] Shelby FOOTE, op.cit., pages 383-385. ; James McPHERSON, op.cit., pages 689-692. ; Bruce CATTON, op.cit., page 203. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 171-172. ; John KEEGAN, op.cit., pages 215-216. ; Bruce Catton, The Civil War, op.cit., page 134. ; Christopher GABEL, op.cit., page 80. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 108.

[54] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 692. ; Bruce CATTON, op.cit., page 203.

[55] John KEEGAN, op.cit., pages 208-209.

[56] Shelby FOOTE, op.cit., pages 388 & 407. ; Bruce CATTON, op.cit., page 203. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 108.

[57] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 694. ; Bruce CATTON, op.cit., page 204. ; Christopher GABEL, op.cit., page 80. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 108. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Vicksburg, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Alan HANKINSON, op.cit., page 62.

[58] Charles HOOKER, op.cit., pages 152-153.

[59] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 693. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Miliken’s Bend, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 173-175. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 406. ; John KEEGAN, op.cit., pages 217-218.

[60] FLOYD Dale E., LOWE David W., Goodrich Landing, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 175. ; Charles HOOKER, op.cit., page 153.

[61] FLOYD Dale E., LOWE David W., Helena, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 175-176.

[62] James McPHERSON, op.cit., page 695. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 172. ; John KEEGAN, op.cit., page 217. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 108.

[63] Pour la petite histoire, le commandant confédéré reçu une lettre de ses hommes l’enjoignant à soumettre son armée et la ville aux nordistes sous peine de devoir faire face à une mutinerie. ; John KEEGAN, op.cit., page 218. ; Christopher GABEL, op.cit., pages 80-81.

[64] Frances KENNEDY, op.cit., page 172. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 695.

[65] Ibid. ; Bruce CATTON, op.cit., page 205. ; Alan HANKINSON, op.cit., pages 85-86.

[66] James McPHERSON, op.cit., pages 695-696. ; Bruce CATTON, op.cit., page 205. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 427. ; Christopher GABEL, op.cit., page 81. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 108. ; Alan HANKINSON, op.cit., page 86.

[67] Charles HOOKER, op.cit., page 161.

[68] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 697.

[69] Bruce CATTON, op.cit., page 178.

[70] John KEEGAN, op.cit., page 219.

[71] Idem, pages 214-215. ; James McPHERSON, op.cit., page 729.

[72] Alan HANKINSON, op.cit., page 7.

[73] Idem, page 89.

[74] Shelby FOOTE, op.cit., page 357.

[75] Les nordistes s’emparèrent également de quelques 60 000 fusils, la plupart de meilleure qualité que ceux des fédéraux et 170 canons.

[76] James McPHERSON, op.cit., page 728.

La première campagne de Vicksburg

Van Dorn ayant échoué contre Corinth, son armée était maintenant en pleine retraite dans le nord du Mississippi, si bien que les confédérés ne pouvaient plus menacer les positions fédérales au Tennessee Occidental ni venir prêter main forte à Bragg dont les troupes se trouvaient dans le nord du Kentucky, face à celles de Buell. Ainsi Grant, qui commandait les forces nordistes présentes dans cette partie du Tennessee, prit conscience qu’il était temps pour lui de reprendre sa progression vers le sud, le long du Mississippi, pour atteindre la place forte de Vicksburg.
Un autre élément poussa ce dernier à se mettre en marche sans attendre. Alors que la seconde campagne de Corinth était en cours, McClernand, jusqu’alors aux commandes d’une partie des forces de Grant, était parti pour Washington dans le but de solliciter ses soutiens politiques, au premier desquels Lincoln, et recevoir l’autorisation de repartir dans les états du Midwest pour y lever une armée indépendante de tout autre commandement et dont le but serait, une fois prête et assemblée à Memphis, de marcher également sur Vicksburg. Grant compris très vite qu’il était maintenant engagé dans une course de vitesse pour la prise de contrôle du hautement stratégique Gibraltar de l’Ouest et de la gloire qui ne manquerait pas d’en découler.[1] Mais la place n’était pas sans défense. Bien conscient que la ville était pour la Confédération le dernier lien entre les deux rives du Mississippi et surtout le point de passage obligé des ressources provenant des états de l’ouest pour approvisionner les forces se battant à l’est du fleuve, les sudistes avaient pris le soin de garnir cette portion du Mississippi de solides positions défensives et de nombreuses batteries.[2]

Tenant compte de cette donne et bien décidé à ouvrir la navigation sur l’ensemble du fleuve pour l’Union, Grant mit donc sur pied son plan d’action. Il entendait descendre la Mississippi Central Railroad jusqu’à Jackson avant d’obliquer ensuite vers Vicksburg et d’attaquer la ville par la terre, les défenses côté fleuve de celle-ci étant bien trop puissantes pour oser un assaut de ce côté, et ce même avec le soutien de la flotte fluviale. Ce faisant, le commandement nordiste userait de la voie de chemin de fer comme ligne d’approvisionnement.[3]
De l’autre côté, Pemberton, nouvellement nommé à la tête du Département du Mississippi et de Louisiane Orientale par Davis le 1 octobre et qui y avait pris ses fonctions le 12, était bien conscient de l’objectif de Grant et qu’il allait user de cette voie ferrée, si bien qu’il décida que, ne pouvant se porter à l’attaque d’une force grandement supérieure en nombre ni chercher à attirer celles-ci ailleurs puisque Davis avait fait de la défense de Vicksburg une priorité, sa meilleure approche était de s’établir derrière une solide ligne défensive au nord de Vicksburg et en travers de la voie ferrée afin de bloquer, ou du moins ralentir, l’avancée fédérale en attendant de recevoir des renforts qu’il espérait se voir attribuer par Davis au vu de l’importance de la ville pour le Président confédéré. De plus, si jamais il était contraint de se replier jusqu’à Vicksburg même, Pemberton savait qu’il pouvait compter sur les solides défenses de la ville, côté terre comme côté fleuve, pour l’aider à tenir les fédéraux en échec.[4]

A l’entame de cette campagne, Grant disposait sous son commandement de forces sensiblement semblables à celles ayant combattu durant l’offensive contre Corinth quelques semaines plus tôt, à quelques exceptions près. Ord, avait été blessé lors de la bataille de Hatchie Bridge et ne participa pas à cette nouvelle campagne. De plus, comme nous l’avons déjà mentionné, McClernand était parti vers d’autres cieux, mais c’était également le cas de Rosecrans qui était parti remplacer Buell à la tête de la désormais dénommée Armée du Cumberland.[5] Grant disposait donc sous son commandement d’une garnison de 5000 hommes à Columbus sous Thomas Alfred Davis, d’une autre de 8000 à Jackson sous Sullivan et d’une troisième sous Hurlbut à Memphis. Le reste, quelques 40 000 hommes répartis en six divisions et assemblés pour partie à Grand Junction et Memphis et placés sous les commandements de Sherman, McPherson et Hamilton avec deux divisions chacun, se préparait à descendre sur Vicksburg.[6]
Ajoutons à cela deux éléments. Premièrement la présence à Helena, en Arkansas, sur la rive occidentale du Mississippi des forces de l’Armée du Sud-Ouest, désormais sous le commandement de Frederick Steele suite au départ de Curtis en septembre pour aller prendre la tête du Département du Missouri. Et deuxièmement, la flottille fluviale du Mississippi désormais sous le commandement de David Dixon Porter depuis la mi-octobre.[7]

Côté sudiste, Pemberton commandait une force de près de 50 000 hommes répartis en plusieurs points de son département. Sa principale force, 24 000 hommes, se trouvait sous le commandement de Van Dorn, face à Grant dans le nord de l’état du Mississippi, à Holly Springs et était essentiellement composée de la même manière que lors de la seconde campagne de Corinth. Le reste se trouvait réparti en différentes garnisons, principalement à Vicksburg et Port Hudson où se trouvaient des forces d’environ 6000 hommes, respectivement sous Martin Luther Smith et Franklin Kitchell Gardner.[8]

Alors que l’année 1862 touchait à sa fin, les campagnes se poursuivaient avec plus ou moins d’intensité sur l’ensemble des théâtres.
En Virginie, après sa défaite à Antietam, Lee avait lentement replié son Armée de Virginie du Nord sur la rive sud du Potomac sans que McClellan, au grand dam de Lincoln, ne le poursuive avec vigueur et quand il se mit enfin en marche vers le sud, trop tard pour avoir une chance d’exploiter sa victoire en détruisant l’armée confédérée en retraite, exacerbé, le Président nordiste choisi de le remplacer à la tête de l’Armée du Potomac par Burnside. L’incapacité de McClellan avait été renforcée par un raid de cavalerie que mena Stuart autour de ses forces et qui inquiéta le commandant nordiste. Burnside se retrouva alors dans une difficile situation qu’il ne souhaitait pas et subissait de fortes pressions venant de Washington le poussant à l’action. Il avança donc ses forces rapidement vers Fredericksburg où, à la mi-décembre, il subit une cuisante défaite aux mains de Lee sans toutefois se replier vers le nord. Stuart en profita pour effectuer un nouveau raid autour de l’armée fédérale avant que les deux forces ne commence à prendre leurs camps d’hiver.
Parallèlement, en Virginie Occidentale, plusieurs escarmouches mineures eurent lieu.
Le long des côtes, les fédéraux continuèrent leurs actions en différents points. Premièrement en Louisiane, où Butler fut remplacé par Banks le 15 décembre. Plusieurs actions mineures y furent menées pour sécuriser les positions fédérales autour de La Nouvelle-Orléans. De plus, Banks fit progresser ses forces vers Baton Rouge et surtout Port Hudson dans le but de soutenir l’action principale de Grant dans la vallée du Mississippi contre Vicksburg. En Géorgie et en Floride, d’autres actions mineures eurent lieu aussi et en Caroline du Nord, les forces fédérales de Foster s’emparèrent de Kinston le 14 décembre. Enfin, au Texas, Magruder repris le contrôle de Galverston et de son port des mains des fédéraux le 1 janvier.
Sur l’autre rive du Mississippi, les actions se limitèrent au Missouri, où les escarmouches se poursuivaient toujours de la même manière, et en Arkansas où plusieurs eurent lieu également. Mais d’autres actions, plus importantes se déroulèrent également dans cet état sous l’impulsion des sudistes. Premièrement, la campagne des forces confédérées de Hindman qui culmina avec la bataille de Prairie Grove le 7 décembre où, vaincu par les troupes de Blunt, il fut contraint de se replier sur Little Rock. Deuxièmement, les confédérés menèrent deux raids, vains, contre Helena, sur la rive du Mississippi, occupée par les forces fédérales. Enfin, ils lancèrent également un raid de cavalerie depuis l’Arkansas vers le Missouri sous le commandement de Marmaduke.
Dernier théâtre, celui du Heartland dont l’impact se distançait progressivement de celui du Mississippi. Buell affronta Bragg à Perryville le 8 octobre, dans le nord du Kentucky, le poussant à se replier à Chattanooga, au Tennessee, et mettant ainsi un terme à la campagne de celui-ci. Là, comme avec McClellan, Lincoln ne fut pas satisfait du manque d’agressivité de Buell dans sa poursuite des forces sudistes et décida de le remplacer par Rosecrans tout auréolé de sa victoire tout récente à Corinth. Celui-ci mit ses forces en marche vers Nashville alors que Bragg progressa lui vers Murfreesboro avant que Rosecrans ne poursuive sa marche vers lui pour l’affronter à la toute fin de l’année 1862 à ce qui sera la bataille de la Stone River où Bragg fut une nouvelle fois contraint de se retirer sur Chattanooga. En parallèle à cela, les confédérés menèrent de nombreux raids de cavalerie sous l’impulsion de leurs principaux champions en la matière, Morgan qui mena deux raids au Kentucky et un au Tennessee, Wheeler, qui en en fit deux dans ce même état et Forrest, qui attaqua par deux fois Nashville avant de rejoindre le théâtre du Mississippi pour jouer un rôle dans cette première campagne de Vicksburg.
En conclusion, durant cette période de la guerre, l’Union continua à prendre l’offensive et de faire progresser sa stratégie du Plan Anaconda alors que les sudistes, repoussés au cours de leurs offensives des mois précédents étaient désormais sur la défensive partout à l’exception de l’Arkansas où ils cherchaient, en prenant l’initiative offensive, à repousser les forces fédérales qui commençaient à y prendre pied.[9]

Le 1er novembre, Grant mit ses forces en marche depuis Grand Junction, quelques 30 000 hommes sous les commandements de McPherson et Hamilton. Ayant bien compris que le combat ne pouvait qu’être inégal tant qu’il ne disposait pas d’une bonne position défensive, Van Dorn ordonna à ses forces d’abandonner Holly Springs et de se replier progressivement. Ainsi, le 9, les confédérés s’établirent au nord d’Abbeville, derrière la Tallahatchie River. Le même jour, les cavaliers nordistes informèrent Grant que la ville était abandonnée et celui-ci remit ses forces en marche pour atteindre la place le 13. Durant les deux semaines qui suivirent, les fédéraux s’employèrent à réparer la voie ferrée et à établir un dépôt d’approvisionnement à Holly Springs.[10]

Sachant que forcer un passage de la rivière serait risqué, Grant décida deux choses. Premièrement, il donna pour instruction à Sherman de le rejoindre avec les troupes toujours présentes à Memphis et deuxièmement, il décida de lancer une manœuvre contre le flanc gauche et les arrières de Van Dorn. Une force d’environ 5000 fantassins et 2000 cavaliers commandés par Alvin Peterson Hovey issus du district de l’Arkansas Oriental débarqua à Friar’s Point le 27 novembre et progressa vers Charleston. Ce n’est que le lendemain que les sudistes furent informés de cette menace, alors que Hovey faisait franchir la Tallahatchie à ses forces. Bien conscient du danger, Pemberton ordonna immédiatement le repli des forces de Van Dorn sur une nouvelle ligne défensive juste au nord de Grenada, derrière la Yalobusha River.[11]

Comprenant que la situation de la Confédération sur les deux théâtres compris entre le Mississippi et les Appalaches était précaire avec d’une part Grant qui menaçait Vicksburg et d’autre part Bragg en retraite de sa campagne échouée au Kentucky, Davis décida de prendre deux mesures. La première fut, le 24 novembre, de nommé Joseph Johnston à la tête du Département de l’Ouest avec pour tâche de coordonner les efforts des forces agissant sur ces deux théâtres. La deuxième fut d’entreprendre une visite dans ces régions afin de voir ce qu’il était possible de faire pour remédier à la situation. Le 2 décembre, le Président sudiste et Johnston arrivèrent donc au quartier général de Bragg à Chattanooga et parmi les décisions prises concernant l’Armée du Tennessee fut celle de dépêcher la division de Carter Littlepage Stevenson vers Vicksburg pour renforcer Pemberton.[12]

Grant profita très vite de la retraite de Van Dorn pour reprendre sa progression et le 2 décembre atteignit Oxford d’où il envoya une force de cavalerie commandée par le colonel Theophilus Lyle Dickey harceler la retraite sudiste. Les cavaliers nordistes frappèrent les arrières de Van Dorn et poursuivirent les confédérés jusqu’à Coffeeville où, le 5, ils arrivèrent sur la nouvelle ligne défensive confédérée et y furent défaits, marquant un nouvel arrêt de la progression fédérale.[13] Dans le même temps, alors que Grant avançait vers Grenada, Hovey pour sa part livra plusieurs escarmouches face aux cavaliers sudistes du colonel Peter Burwell Starke et décida finalement de se replier sur Helena.[14]

Ayant constaté que sa première manœuvre de flanc avait payé et lui avait permis de contraindre les sudistes à se replier et donc de progresser un peu plus encore vers Vicksburg, Grant décida de rééditer l’expérience avec plus de forces cette fois et directement contre la ville. En effet, après avoir eu la confirmation de Halleck qu’il avait autorité sur l’ensemble des forces présentes dans les limites de son département, et donc sur celles en train d’être assemblées à Memphis par McClernand, l’équivalent de deux divisions, Grant décida d’y faire appel avant que ce dernier ne vienne en prendre le commandement effectif et n’agisse de son propre chef.
Ainsi, il renvoya Sherman, tout juste arrivé à Memphis avec ses deux divisions, vers cette même ville mais avec la seule division de Morgan Lewis Smith, pour y prendre la tête des forces de McClernand et descendre le Mississippi pour attaquer Vicksburg par le fleuve pendant que Grant fixait le gros des forces de Pemberton plus au Nord avec le reste, environ 36 000 hommes désormais répartis en cinq divisions, trois sous le commandement de McPherson et deux sous celui de Hamilton.[15] De la sorte, si le commandant confédéré décidait d’affaiblir l’armée de Van Dorn pour dépêcher des renforts vers la ville, il ouvrirait une possibilité à Grant contre sa ligne défensive de la Yalobusha. A l’inverse, s’il décidait de ne rien faire, Sherman ne serait confronté qu’à la garnison confédérée de Smith et disposerait d’une supériorité numérique importante et d’une forte probabilité de s’imposer malgré le solide dispositif défensif.[16]

Mais le plan de Grant ne tenait pas compte d’une autre alternative potentielle dans le chef des sudistes. Le commandant nordiste n’avait pas encore réalisé à quel point son armée dépendait de sa ligne d’approvisionnement qui était donc son point faible. Et les sudistes entendaient bien en profiter. Le 17 décembre, Van Dorn, sur ordre de Pemberton, prit le commandement d’une force de quelques 3500 cavaliers et se lança dans un raid sur les arrières de l’armée de Grant. Les sudistes progressèrent sur le flanc gauche fédéral, laissant l’impression de se diriger sur Corinth mais après avoir atteint New Albany, Van Dorn obliqua vers l’ouest et le 20 décembre frappa Holly Springs et le dépôt d’approvisionnement fédéral qui s’y trouvait et qu’il brula en plus d’en capturer toute la garnison, 1500 hommes. Par la suite, les cavaliers sudistes poursuivirent leur route, livrant une escarmouche à Davis’s Mill avant d’arriver à Bolivar le 23, détruisant en chemin plusieurs sections de rails de la Mississippi Central Railroad pour ensuite faire demi-tour et retourner vers les lignes sudistes. Le 25, ils livrèrent une nouvelle escarmouche avec une colonne fédérale tentant de leur bloquer la route au sud de Ripley à la suite d’un raid contre la Mobile and Ohio Railroad parti de Corinth, et le 28 atteignirent Grenada sans plus d’encombres.[17]
Dans le même laps de temps, un autre cavalier sudiste vint frapper un autre coup dur sur les arrières de Grant, Forrest. Celui-ci avait été dépêché par Bragg suite à une demande de renforts de Pemberton à la fin novembre. Forrest quitta Columbia le 11 décembre et franchit la Tennessee River à Clifton le 15 avec 2100 hommes.[18] Livrant une première escarmouche à Lexington le 18, Forrest progressa ensuite vers Jackson où il réalisa plusieurs manœuvres de feinte le 19 décembre afin de fixer la garnison de quelques 8000 hommes de Sullivan avant de reprendre sa route vers le nord le 20.[19] Sullivan tenta de le poursuivre mais fut trompé par Forrest qui lui avait laissé croire qu’il partait vers l’est. Ainsi, débarrassé de cette menace, les cavaliers sudistes se mirent à l’œuvre et détruisirent environ 96 kilomètres de rails entre Jackson et Union City qu’ils atteignirent le 24 décembre. Là, après avoir reposé quelques peu ses troupes, Forrest décida de repartir pour le Tennessee Oriental. Il suivi alors la Nashville and Northwestern Railroad qu’il s’employa à détruire de la même manière durant deux jours avant d’atteindre McKenzie le 28.[20]
Grant, envieux de se débarrasser de cette épine dans son pied avait ordonné une concentration de forces pour chercher à intercepter les cavaliers sudistes, une force descendant depuis Fort Henry, une autre remontant depuis Corinth et celle de Sullivan, qui ayant mis fin à sa poursuite d’un fantôme était revenu à Jackson et prêt à se joindre aux deux autres. Le 31, lors de la bataille de Parker’s Cross Road, Forrest parvint à échapper, non sans pertes, au piège établit par Sullivan et repris sa route vers Clifton, échappant aux deux autres colonnes convergentes et refranchit la rivière les 1 et 2 janvier. Ce raid fut un succès complet pour Forrest dont les pertes, légères au vu des accomplissements, furent largement compensées par les nouvelles recrues l’ayant rejoint en cours de route mais surtout de part l’ampleur des dégâts qu’il causa et leurs conséquences, et ce même sous la menace de plusieurs forces largement supérieures à la sienne. [21]

Figure 122 : Mouvements des raids de cavalerie de Van Dorn et Forrest

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FOOTE Shelby, The Civil War: A Narative Volume I: Fort Sumter to Perryville, New York: Random House, 1958, p.70.

La combinaison de ces deux raids simultanés fut un coup dur pour Grant à plusieurs égards. Premièrement ses réserves d’approvisionnement en vivres et en munitions étaient complètement détruites. Deuxièmement la voie ferrée dont il dépendait pour remplacer ce manque était hors d’usage sur de très grandes portions. Enfin, les lignes télégraphiques ayant été traitées par les confédérés comme les rails, le commandant nordiste ne disposait d’aucun moyen rapide de prévenir Sherman qu’il était maintenant contraint de se replier au Tennessee et qu’il serait donc préférable que lui-même ne quitte pas Memphis puisqu’il ne pouvait plus soutenir sa progression par le fleuve en fixant Pemberton loin de Vicksburg.
Grant se mit en route vers le nord le 21 décembre mais Sherman était déjà parti. Soucieux de quitter Memphis avant que McClernand n’y arrive et n’assume le commandement des forces présentes dans la ville en vertu de sa supériorité hiérarchique sur Sherman, celui-ci avait mis son expédition en marche le 19. Apprenant ces deux nouvelles, Pemberton s’empressa de mettre une partie de ses forces en route vers Vicksburg depuis Grenada.[22]

Dans le même temps, le 18 décembre, Grant reçu de Washington un ordre devant conforter sa supériorité hiérarchique sur McClernand mais laissant tout de même à celui-ci un rôle prépondérant à jouer. Halleck lui intima l’ordre d’organiser son armée en quatre corps. Le 13ème sous McClernand, le 15ème sous Sherman, le 16ème sous McPherson et le 17ème sous Hurlbut. Cependant, dans un premier temps cette réorganisation ne sera qu’administrative et ne prendra pas effet sur le terrain tant que la campagne sera en cours.[23] Côté sudiste, Davis et Johnston continuèrent leur tournée dans l’Ouest et le 19 était à Jackson, le quartier général de Pemberton, et à Vicksburg le 21 pour en inspecter les défenses. A cette occasion, Johnston ne manqua pas de critiquer les dispositions défensives de Pemberton, estimant qu’une ligne plus courte demanderait moins de force pour la tenir et que le reste des troupes pourrait ainsi être employées de manière plus mobile face aux fédéraux.[24]

Le 21, Sherman atteignit Friar’s Point où l’attendait l’Armée du Sud-Ouest qu’il embarqua avec lui, en faisant sa quatrième division et amenant ainsi ses forces à quelques 32 000 hommes plus la flottille de Porter qui comptait huit canonnières blindées, deux en bois et deux navires béliers dont une partie les précédait dans le but d’ouvrir la navigation sur la Yazoo River où Sherman entendait débarquer ses troupes pour attaquer Vicksburg. Mais cela ne fut pas sans mal, les sudistes ayant installé une batterie à Haines Bluff et miné la rivière, la flottille fédérale dut forcer le passage et y perdit l’USS Cairo le 12 décembre.[25]

Le 25, une partie des forces de Sherman débarqua à Milliken’s Bend, en amont du confluent de la Yazoo et du Mississippi, et s’employa à détruire une section de la voie ferrée reliant Vicksburg à Monroe sur la rive occidentale du Mississippi. Le lendemain l’ensemble se remit en route pour remonter la Yazoo et trois divisions débarquèrent à Johnson’s Farm.[26] La quatrième, celle de Steele, débarqua le 28 à Thompson Lake et vit sa progression vers le flanc droit sudiste rapidement interrompue par un barrage d’artillerie.
Le 29, après deux jours d’escarmouches entre tirailleurs, et ayant vu sa manœuvre de flanc mise en échec, Sherman décida d’attaquer le centre. Mais alors qu’elles passaient Chickasaw Bayou avec difficulté en raison de la nature marécageuse du terrain, ses forces furent brutalement repoussées par les sudistes dont les fortifications venaient tout juste d’être renforcées par l’arrivée des troupes de Stephen Dill Lee désormais libérées de la pression de Grant auxquelles se joindra la division de Stevenson en fin de journée qui avait été envoyée par Bragg au début du mois. Les pertes fédérales furent lourdes, près de 1700 hommes contre 200 pour les sudistes, et Sherman n’eut d’autre choix que de cesser son attaque.[27] Mais ne souhaitant pas encore mettre un terme à son opération, et ne sachant pas qu’elle était la situation de Grant, Sherman fit embarquer la division de Steele et l’envoya remonter la rivière vers Haines Bluff dans le but de créer une diversion devant attirer les sudistes de ce côté et ouvrir une possibilité à ses trois autres de réattaquer. Mais le brouillard empêcha finalement Steele de débarquer et Sherman annula la manœuvre. Le 2 janvier, Sherman se replia sur Milliken’s Bend, mettant un terme à son opération contre Vicksburg.[28]

Figure 123 : La bataille de Chickasaw Bayou

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Chickasaw Bayou, Movements: December 26-28, 1862, Assaults: December 29, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen.

Alors qu’il retournait vers le confluent de la Yazoo et du Mississippi, Sherman rencontra McClernand qui l’informa de la situation de Grant et qui, dès le 3 janvier, prit le commandement des forces de Sherman. Sans attendre, McClernand réorganisa ses forces en deux corps de deux divisions, sous George Washington Morgan et Sherman, renomma le tout Armée du Mississippi et lui trouva un nouvel objectif, le Fort Hindman établi à Arkansas Post, d’où, avec une garnison de quelques 5000 hommes, les confédérés étaient toujours en mesure de perturber la navigation sur le fleuve.
Ainsi, le 8, McClernand embarqua ses troupes avec l’aide de la flottille de Porter et remonta le Mississippi et l’Arkansas River pour débarquer au sud du fort le 9.
Après un premier bombardement des canonnières fédérales de Porter le 10, McClernand envoya ses fantassins à l’attaque le lendemain et très vite la garnison du fort se rendit. Cette victoire fédérale fut au prix d’environ 1000 pertes pour l’Union et une centaine pour le sud mais qui eut également à déplorer la perte du reste de la garnison, faite prisonnière.[29] Bien que cette victoire n’affaiblissait en rien Vicksburg, la prise de ce fort permis à l’Union de sécuriser un peu plus encore la navigation sur le fleuve. A la suite de cela, McClernand ramena ses forces sur les rives du Mississippi, à Napoleon, sur ordre de Grant dont le reste des troupes arrivaient progressivement à Memphis.[30]

Figure 124 : Mouvements de la première campagne de Vicksburg

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Lower Mississippi River Valley and Vicinity, 1861, Vicksburg Campaign, Unsuccessful Federal Attempts to Reach Vicksburg 2 November 1862 to 15 January1863 , West Point: Department of History.

La première campagne fédérale contre Vicksburg se solda donc par un cuisant échec, les forces nordistes, pourtant largement supérieures en nombre, se montrèrent incapable de s’approcher de la ville sans user du Mississippi comme voie express et encore moins de percer les défenses sudistes. Mais cet échec amena tout de même à Grant deux enseignements majeurs dont il comptait bien faire usage par la suite. Le premier fut que son choix d’avancer le long de la voie ferrée pour la garder comme ligne d’approvisionnement représentait un risque majeur de par la dépendance complète qu’il avait envers celle-ci. Cela représentait une stratégie directe beaucoup trop évidente que les sudistes, avec leur supériorité en terme de cavalerie, s’empressèrent de contrecarrer sans grande difficulté. Une fois cela fait, ils eurent recours à l’avantage des lignes intérieures pour envoyer des renforts vers les défenses de Vicksburg, repoussant Sherman sans difficulté grâce à la combinaison de ces deux éléments. Le second enseignement vint à Grant alors qu’il se repliait sur Memphis. Dans le but de nourrir ses hommes, il fit envoyer des missions de collectes de vivres dans toutes les directions dans un rayon de 24 kilomètres autour de son armée. A sa grande surprise, celles-ci revinrent chargées de nourriture aussi bien pour les hommes que pour les bêtes et il réalisa ainsi qu’il était tout à fait possible pour une armée en campagne dans cette région de se couper de ses bases et de s’approvisionner directement avec les ressources locales.[31]
Et si deux traits de caractères devaient représenter Grant au cours de la guerre, c’était bien l’obstination à poursuivre ses objectifs et sa capacité à tenir compte de ses erreurs et de leurs enseignements, ce qu’il comptait bien faire en mettant sur pied sa prochaine campagne contre Vicksburg.


[1] Shelby Foote, The Civil War: A Narative Volume II: Fredericksburg to Meridian, op.cit., pages 60-61. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 630. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 90. ; John KEEGAN, op.cit., page 208.

[2] GABEL Christopher R., Staff Ride Handbook for The Vicksburg Campaign, December 1862 – July 1863, Combat Studies Institute, U.S. Army Command and Genenral Saff College: Fort Leavenworth, Kansas, page 72-73. ; Charles HOOKER, op.cit., page 95. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., pages 628-629.

[3] James McPHERSON, op.cit., page 630. ; Catton p. 29.

[4] Ibid., Shelby FOOTE, op.cit., page 61.

[5] CATTON Bruce, Never Call Retreat, London: Phoenix Press, 1961, p. 28.

[6] Ibid. ; Idem, pages 67-68.

[7] Idem, page 64. ; Idem, page 73. ; GABEL Christopher, op.cit., p.15.

[8] Shelby Foote, The Civil War: A Narative Volume I: Fort Sumter to Perryville, op.cit., pages 779. ; Charles HOOKER, op.cit., pages 97-98.

[9] John C. FREDRIKSEN, op.cit., pages 218 – 253.

[10] Charles HOOKER, op.cit., page 96. ; GABEL Christopher, op.cit., p 74. ; James McPHERSON, op.cit., page 630. ; Shelby Foote, The Civil War: A Narative Volume II: Fredericksburg to Meridian, op.cit., page 61.

[11] James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 90. ; Charles HOOKER, op.cit., pages 96-98. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 61.

[12] Charles HOOKER, op.cit., page 98. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 629.

[13] James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., pages 90-91.

[14] Charles HOOKER, op.cit., page 98.

[15] Idem, page 101. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 64.

[16] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 630. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 63-64.

[17] Shelby FOOTE, op.cit., pages 70-72.. ; Charles HOOKER, op.cit., pages 98-99. ; James McPHERSON, op.cit., page 631. ; Bruce CATTON, op.cit., page 34.

[18] Idem, page 33.

[19] FLOYD Dale E., LOWE David W., Jackson, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[20] Bruce CATTON, op.cit., page 33.

[21] Shelby FOOTE, op.cit., pages 65-69. ; Charles HOOKER, op.cit., page 98. ; James McPHERSON, op.cit., page 631. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Parker’s Cross Roads, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[22] Shelby FOOTE, op.cit., page 64. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 73. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 90.

[23] Shelby FOOTE, op.cit., page. 64.

[24] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 629.

[25] Shelby FOOTE, op.cit., pages 73-74.

[26] Shelby FOOTE, op.cit., page 75.

[27] FLOYD Dale E., LOWE David W., Chickasaw Bayou, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[28] Shelby FOOTE, op.cit., pages 75-78. ; GABEL Christopher, op.cit., p.74. ; James McPHERSON, op.cit., page 632. ; Charles HOOKER, op.cit., pages 101-107. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 156-157.

[29] FLOYD Dale E., LOWE David W., Arkansas Post, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Bruce CATTON, op.cit., pages 81-82. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 157.

[30] Shelby FOOTE, op.cit., pages 133-136.

[31] Shelby FOOTE, op.cit., page 73. ; James McPHERSON, op.cit., page 632.

La seconde campagne de Corinth

Les victoires fédérales lors de la première campagne de Corinth et de celle de Memphis marquèrent des étapes importantes de la guerre sur le théâtre du Mississippi. Suite à celles-ci les fédéraux disposèrent d’une base opérationnelle à partir de laquelle ils pourraient continuer leur progression le long du cours du Mississippi d’une part et vers le Tennessee Oriental d’autre part, tout en sécurisant leurs récentes conquêtes dans l’ouest du même état.
Mais les sudistes comprirent eux aussi l’importance de cette nouvelle donne, si bien que, désormais conscient que la stratégie d’une longue ligne défensive, telle que l’avait mise en place Johnston, ne pouvait permettre de défendre l’immense territoire compris entre le Mississippi et les Appalaches, ils décidèrent de renverser la vapeur en se portant à l’attaque et ainsi tenter de reprendre tout le terrain perdu, ce qui devait résulter en deux campagnes distinctes, l’une sous Bragg au Tennessee Oriental et au Kentucky et l’autre sous l’impulsion de Price et Van Dorn contre le Tennessee Occidental et surtout Corinth, désormais défendue par Grant, Halleck étant parti pour Washington afin d’y prendre la tête de l’ensemble des forces fédérales. Plus jamais celui-ci n’assumera un commandement sur le terrain, ce qui devait s’avérer être un moment clé pour l’Union dans sa route vers la victoire puisque laissant dès lors la porte ouverte au vainqueur des Forts Henry et Donelson qui n’aura plus de cesse de mener les forces fédérales vers le succès final.

Conformément à la volonté du gouvernement confédéré de prendre l’initiative stratégique, Bragg, à la tête des forces sudistes suite au départ de Beauregard qui fut démis de son poste par Davis après l’avoir quitté pour aller se soigner sans avoir reçu l’approbation du président, mit sur pied un plan d’action global devant lui permettre de reconquérir le Tennessee et le Kentucky en se lançant à l’offensive. La force principale, sous son commandement direct, partirait vers le Tennessee Oriental pour faire la jonction avec les forces de Kirby Smith et confronter celles de Buell en envahissant le Kentucky. Pendant ce temps, la défense du Mississippi serait confiée aux troupes restantes sous Price à Tupelo et Van Dorn à Vicksburg en plus de la tâche d’exploiter la possibilité, à la demande de Bragg, d’ouvrir un deuxième axe de progression de la part de ceux-ci contre les positions de Grant afin de reconquérir le Tennessee Occidental une fois que le commandant nordiste aurait été contraint d’affaiblir ses forces en dépêchant des renforts à Buell pour lui permettre de faire face à la progression de Bragg.
Dans le même temps, afin de gêner les forces fédérales pendant que ce dernier déplaçait son armée du Mississippi vers le Tennessee Oriental, différentes unités de cavalerie furent en charge d’harceler les lignes de communication et d’approvisionnement fédérales.[1]
Car de leur côté, ceux-ci n’entendaient pas rester sans rien faire. Buell, maintenant à la tête d’une partie des forces laissées par Halleck après que celui-ci l’éleva au même grade que Grant afin de s’assurer que ce dernier ne dispose pas d’une supériorité numérique sur l’ensemble des forces présentes entre les Appalaches et le Mississippi, devait progresser vers Chattanooga et y accomplir la volonté de Lincoln de venir en aide aux unionistes du Tennessee Oriental pendant que de l’autre côté, Grant, aux commandes du reste, devait organiser la défense de la partie occidentale de l’état et ses forces afin de pouvoir plus tard progresser vers Vicksburg, dernier bastion confédéré sur le Mississippi.

Pour lancer sa campagne, Bragg emporta la plus grande partie des forces amassées à Tupelo, plus ou moins 34 000 hommes, pour aller se joindre aux quelques 15 000 de Kirby Smith positionnés en plusieurs endroits du Tennessee Oriental et déjà renforcé par deux brigades envoyées par Bragg dans les jours précédant, approximativement 6000 hommes, ne laissant derrière lui, dans le nord du Mississippi, qu’environ 22 000 hommes. Ceux-ci étaient répartis en deux commandements distincts. Le premier, sous Van Dorn, était installé à Vicksburg où ce dernier travailla à la fortification de la place et comptait une division de trois brigades dirigées par Lovell, un total de 7000 hommes. Le second, sous Price, avait été laissé derrière par Bragg à Tupelo et se constituait de deux divisions, l’une de trois brigades sous Maury et l’autre de quatre sous Little, pour un total de près de 15 000 hommes.[2]
En plus de cela, les sudistes disposaient d’une force de plus ou moins 6000 hommes commandée par Breckinridge et défendant Port Hudson sur le Mississippi.[3]

Côté fédéral, après son départ, Halleck s’était donc assuré de ne pas laisser trop de pouvoir à Grant en mettant Buell sur un pied d’égalité avec ce dernier en plus de lui transférer une partie de ses forces pour qu’il puisse mener la seule campagne que le nouveau commandant en chef envisageait pour l’instant à l’ouest des Appalaches, celle de Buell vers le Tennessee Oriental. Ainsi, d’une part parce que ses forces étaient réduites et d’autre part parce que Halleck ne voulait pas progresser vers le Mississippi pour l’instant, Grant se voyait donc cantonné à la défense du terrain récemment conquis au Tennessee Occidental. Pour ce faire, il disposait d’approximativement 50 000 hommes. 7500 d’entre eux étaient placés en garnison à Paducah, Cairo et Columbus. Sherman, avec quatre brigades, pour un total de 16 000 hommes défendaient Memphis. McClernand se trouvait à Jackson avec 10 000 hommes partagés en deux divisions de trois brigades sous Davis et McArthur. Rosecrans avait lui 9000 hommes installés à Iuka et répartis en deux divisions de deux brigades commandées par Stanley et Hamilton. Enfin, Ord se trouvait à Corinth avec 12 000 hommes également scindés en deux divisions, la première forte de deux brigades sous Hurlbut et la seconde sous Ord lui-même avec trois brigades.[4]
En plus de cela, et bien qu’elles ne joueront pas un rôle dans cette campagne, il faut également mentionner la présence à proximité du théâtre du Mississippi des forces de Buell, un total d’environ 77 000 hommes situés en plusieurs points du Tennessee Central et du Kentucky et avançant vers le Tennessee Oriental, et les forces de Curtis, 18 000 hommes installés à Helena, sur la rive occidentale du Mississippi, en Arkansas.[5]

Entre les deux batailles de Corinth, la prise de la ville par Halleck début juin et l’attaque de Van Dorn en octobre, plusieurs évolutions eurent lieu sur les autres théâtres.
En Virginie, Lee, nouvellement aux commandes des forces confédérées défendant Richmond face à l’Armée du Potomac de McClellan renversa la vapeur en repoussant les fédéraux lors de la bataille des Sept jours, les forçant à se retirer de la Péninsule, pour ensuite se retourner et faire face à la nouvellement créée Armée de Virginie – sous les ordres de Pope et constituée des forces précédemment séparées de Banks, Fremont et McDowell – lors de la seconde bataille de Bull Run. Suite à une nouvelle victoire confédérée, cette nouvelle force fut dissoute et ses unités intégrées à l’Armée du Potomac. A la suite de cela, Lee décida d’emmener son armée dans sa première invasion du Nord qui culmina à la bataille d’Antietam où il fut vaincu par McClellan et contraint de se replier en Virginie.
Dans le cadre du Blocus, Burnside, jusqu’alors à la tête des forces fédérales sur les côtes de Caroline du Nord, prit une partie de ses forces pour aller rejoindre l’Armée du Potomac en Virginie et transmit son commandement à Foster qui continua plusieurs petites actions mineures dans la région. En Caroline du Sud, les forces commandées par Hunter tentèrent de progresser vers Charleston mais y furent repoussées. En Floride, les fédéraux lancèrent une expédition contre Jacksonville qui leur permit de prendre la ville temporairement. Le long du Mississippi, plusieurs escarmouches eurent lieu en Louisiane et la situation y culmina avec la tentative vaine de Breckinridge de reprendre Baton Rouge. Enfin, une escarmouche eut lieu à Corpus Christi au Texas lorsque les forces fédérales tentèrent un raid amphibie contre la ville.
A l’ouest du Mississippi, plusieurs actions mineures eurent lieu. Premièrement, les accrochages ne cessèrent pas au Missouri où nombres d’entre elles prirent place. Ensuite, le Territoire du Nouveau-Mexique fut le théâtre d’escarmouches mineures entre les forces de Californie et les Apaches. Mais ce ne furent pas les seuls indiens à affronter les forces fédérales, les Sioux s’étant révoltés au Minnesota où Pope, après sa défaite lors de la seconde bataille de Bull Run, fut envoyé et mit un terme à la révolte en septembre. Enfin, à la suite de sa victoire à Pea Ridge, Curtis mena son armée vers le fleuve Mississippi qu’il atteignit finalement à Helena en Arkansas. Depuis ce point, les fédéraux menèrent une petite expédition le long de la White River.
Enfin, dernier théâtre, celui du Heartland où les évènements étaient fortement liés à ceux prenant place au Mississippi. Les cavaliers de Forrest et Morgan menèrent des raids à travers les états du Tennessee et du Kentucky afin de gêner les efforts des armées de Buell et Grant pour sécuriser leurs lignes d’approvisionnement et leurs progressions et avant que Bragg et Kirby Smith n’entame leur campagne vers le Kentucky qui s’apprêtait, début octobre, à culminer à la bataille de Perryville. Enfin, une autre force de cavalerie confédérée, celle de Jenkins, mena un raid en Virginie Occidentale et atteignit même l’Ohio.
En conclusion, une tendance principale marqua cette période de la guerre. La volonté de la Confédération de mettre en place plusieurs campagnes offensives dans le but d’inverser la vapeur après que les sudistes eurent subit plusieurs revers depuis le début de la guerre.[6]

Le 11 septembre, Price mit ses forces en marche vers Iuka, dans le but de marcher vers le Tennessee Central une fois qu’il fut informé du départ des forces de Buell lancée à la poursuite de Bragg. Ord, qui défendait la ville, conscient de son infériorité, décida de ne pas opposer de résistance et se replia sur Corinth, évacuant la ville qui tomba aux mains des confédérés le 14 et qui y stoppèrent leur progression. En effet, Van Dorn, qui après s’être enquérit directement auprès de Davis afin de savoir qui de Price ou de lui commandait les forces présentes au Mississippi en l’absence de Bragg et s’être vu confirmer sa supériorité sur Price, décida de lancer son propre plan d’action consistant à combiner ses forces avec celles de ce dernier afin de marcher directement sur le Tennessee Occidental. Ainsi, une fois ses propres forces parvenue à Holly Springs, il informa Price de sa volonté de le voir le rejoindre afin de progresser en une seule colonne. Alors qu’il venait de s’emparer de Iuka, Price décida cependant de s’y maintenir en attendant de savoir ou rejoindre Van Dorn.[7]

Craignant que les forces de Price continuent leur progression vers le nord afin de prêter main forte à Bragg soit en s’y joignant directement soit en attaquant la garnison fédérale laissée par Buell à Nashville, la division de James Negley, Grant mit sur pied un plan d’attaque devant prendre en tenaille les forces sudistes. Pour ce faire, il décida d’user des deux forces présentes à Corinth, celles de Ord et Rosecrans. Pendant que le premier marcherait droit sur la ville, en passant par Burnsville, le second devrait prendre une route un peu plus longue passant par Jacinto dans le but de venir se présenter sur les arrières des forces de Price et ainsi leur couper toute retraite afin de les anéantir. Le 17, les forces fédérales se mirent en marche. Ord prit tout de même le soin de laisser une garnison de 4000 hommes sous Hurlbut à Corinth afin d’en assurer la défense. Le plan de Grant prévoyait que les deux forces progresseraient durant la journée du 18 afin de se lancer à l’attaque le 19. Mais un retard de Rosecrans força les fédéraux à repousser l’attaque. Ainsi en début d’après-midi, Grant ordonna aux forces de Ord de commencer leur progression vers la ville comme prévu, ce qu’elles firent, rencontrant une résistance légère avant de finalement s’arrêter un peu avant la ville puisque rien n’indiquait pour l’instant à Ord que Rosecrans était arrivé pour bloquer la retraite confédérée. Cependant, celui-ci était bien venu s’installer comme prévu au sud de la ville et avait commencer à engager le combat avec les troupes de Price. Mais, en raison d’un phénomène d’ombre acoustique, les forces fédérales présentes au nord n’entendirent rien des combats en cours entre Rosecrans et Price, si bien qu’elles n’intervinrent pas, laissant ainsi à ce dernier la possibilité de déplacer ses forces pour affronter Rosecrans qui se trouvait alors dans une situation d’infériorité numérique. Faisant face tant bien que mal, les fédéraux furent contraints de reculer et perdirent quelques 800 hommes contre environ 500 pour les sudistes dont Little dont le commandement de la division fut repris par le général Louis Hébert. D’une part parce qu’il était conscient d’être cerné et d’autre part parce qu’il reçut au cours de la journée un message de Van Dorn lui ordonnant de le rejoindre à Rienzi dans le but de marcher sur Corinth, Price fit évacuer ses forces par une route laissée libre par Rosecrans au sud-est durant la nuit, et le matin du 20 septembre, lorsque les deux forces fédérales se lancèrent conjointement à l’assaut de la place pensant terminer le travail elles ne découvrirent qu’une ville vide.[8] 

Grant lança alors Rosecrans en poursuite mais celui-ci abandonna très vite suite à une petite embuscade subie par ses éléments de tête et il ramena ses troupes à Jacinto le soir même. Dans le même temps, le commandant en chef nordiste fit embarquer les forces de Ord dans des trains qui les ramenèrent au plus vite à Corinth pour faire face à une éventuelle attaque de Van Dorn. Car pendant que Price livrait combat à Iuka, Van Dorn fit des mouvements mineurs vers Grand Junction d’où il poussa Hurlbut à se replier vers Bolivar sous la pression du nombre. Celui-ci était venu prendre position en ce point à la demande de Grant afin de tenir Van Dorn occupé et l’empêcher d’aller contrarier son plan contre Price.[9] Décidant de renforcer Hurlbut, Grant y dépêcha Ord avec la moitié de ses troupes à Bolivar, laissant le reste à Corinth ou arrivèrent également les troupes de McClernand alors que celui-ci était parti pour Washington dans le but d’aller user de ses soutiens politiques chercher à se faire attribuer un commandement important.

Figure 120 : Mouvements des forces fédérales vers Iuka

Sans titre

Source: JESPEREN Hal, Iuka-Corinth Campaign, First Phase: September 13-19, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le 28, les forces de Van Dorn et Price firent leur jonction à Ripley et entamèrent leur progression vers le nord dans le but de frapper Corinth. Van Dorn espérait en attaquant la ville reprendre le nœud ferroviaire tout en enfonçant le flanc gauche du dispositif défensif de Grant – et de la sorte détruire une grande partie de ses forces, celles-ci n’étant pas encore regroupées derrière les fortifications de la ville mais plutôt éparpillées en plusieurs points dans un triangle Corinth, Jacinto, Burnsville – afin de s’ouvrir la majeure partie du Tennessee Occidental, lui permettant de soit marcher vers Memphis pour y confronter Sherman soit de se lancer vers le Nord, vers le Kentucky. Pour ce faire, Van Dorn échafauda un plan de progression devant lui permettre de maintenir les forces de Ord, Rosecrans et celles présentes à Corinth en place suffisamment longtemps afin de pouvoir frapper la ville avant que celles-ci ne réalisent quel était l’objectif sudiste et ne bougent dans cette direction.[10] Il fit donc mettre en marche ses forces droit vers le nord depuis Ripley, vers Pocahontas, d’où elles devaient ensuite obliquer vers l’est, le long de la Memphis and Charleston Railroad, droit vers Corinth.[11]

Alors que les forces confédérées avaient entamé leur mouvement le 29, Rosecrans ne compris leurs intentions que le 1er octobre, lorsqu’elles traversèrent la Hatchie River à hauteur de Pocahontas et rencontrèrent des cavaliers nordistes près de Chewalla. Sans attendre, et dans le but d’assurer la défense de Corinth, Grant y fit regrouper ses forces et se prépara à défendre la ville. Dans le même temps, il donna pour instructions à Hurlbut de se tenir prêt à intervenir si besoin.[12] Enfin, tout juste arrivé à Corinth, le général McKean prit le commandement de la division de McArthur et celui-ci se retrouva au commandement d’une brigade.

Les deux camps progressèrent chacun de leur côté durant la journée du 2 et au matin du 3, les tirailleurs confédérés entrèrent au contact de leurs homologues nordistes, les repoussant dans un premier temps avant de tomber sur une solide ligne défensive installée derrière les fortifications établies par les forces de Beauregard quelques mois plus tôt. Dans un premier temps, les confédérés parvinrent à repousser les forces fédérales jusqu’aux abords de la ville, où se trouvait une nouvelle ligne de fortification, mais non sans livrer de durs combats. Mais alors que la nuit s’apprêtait à tomber, les combats perdirent en intensité. Au matin du 4, pensant pouvoir finir le travail, Van Dorn reparti à l’attaque avec un lourd bombardement d’artillerie avant que l’infanterie ne monte à l’assaut des lignes fédérales. Bien que les sudistes connussent de petits succès locaux, dans l’ensemble leur assaut se heurta à la résistance des forces fédérales et en début d’après-midi, Van Dorn n’eut d’autre choix que de replier ses troupes par la route précédemment empruntée sans que Rosecrans ne lance les siennes à la poursuite. Cette seconde bataille de Corinth couta cher aux sudistes qui perdirent environ 4000 hommes contre 2500 pour les nordistes.[13]

Les forces de Van Dorn passèrent la nuit du 4 au 5 à Chewalla et reprirent leur retraite le lendemain. Mais alors qu’elles progressaient vers la Hatchie dans le but de repasser sur la rive occidentale de la rivière, elles trouvèrent les troupes de Ord venues de Bolivar face à elles et tenant le Hatchie’s Bridge dans le but de maintenir les forces sudistes sur la rive orientale pour que le reste des forces viennent les attaquer par derrière. Van Dorn fit livrer un rapide combat à une partie de ses forces afin de couvrir la retraite du gros des troupes vers le sud pour traverser la rivière plus en amont, à Cram’s Mill, sans que les forces fédérales ne puissent plus les gêner, Rosecrans n’ayant entamé sa propre poursuite qu’au matin du même jour, trop tard pour pouvoir espérer rattraper les sudistes. Ce nouvel engagement fut certes une victoire tactique des nordistes mais ne permit pas de bloquer et détruire l’armée de Van Dorn qui atteignit Holly Springs sans plus de problèmes le 13 octobre. Les deux camps perdirent quelques 500 hommes chacun au cours de cette ultime bataille de la campagne.[14]

Figure 121 : Mouvements des forces des deux camps vers Corinth

Sans titre

Source: JESPEREN Hal, Iuka-Corinth Campaign, Second Phase: September 20 – October 3, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen.

S’inscrivant dans le cadre plus large d’une volonté confédérée de contre-attaquer sur tous les théâtres majeurs, cette campagne se solda, comme les autres livrées sur les autres théâtres, par un échec. Lancée dans le but d’exploiter l’opportunité ouverte par Bragg de reconquérir le Tennessee Occidental – et surtout Memphis et Corinth – en y attaquant les positions défensives éparses de Grant, la campagne voulue par Van Dorn fut donc repoussée à la suite de trois batailles distinctes au cours desquelles les nordistes l’emportèrent tactiquement sans toutefois être en mesure d’exploiter ces victoires. Car malgré deux tentatives de Grant de prendre les troupes sudistes en tenaille pour tenter de les annihiler, Van Dorn parvint à extraire ses forces et à les ramener vers le sud, prêtes à continuer la lutte.[15] A la suite de sa défense réussie de Corinth, Rosecrans se vit offrir une promotion en remplaçant Buell à la tête des forces présentes sur le théâtre du Heartland où celui-ci ne parvenait jusqu’à pas à mettre un terme à la menace de Bragg au Kentucky.[16] Mais l’enseignement majeur de cette campagne fut de convaincre les deux camps que la Confédération ne disposait pas des moyens nécessaires pour tenter de reprendre le terrain perdu et qu’il était donc temps pour Grant de pousser la progression des forces fédérales plus en avant, vers le dernier centre de gravité du théâtre du Mississippi, Vicksburg.


[1] Shelby FOOTE, op.cit., pages 572-573. ; Idem, page 711. ; John KEEGAN, op.cit., page 155. ; James McPHERSON, op.cit., page 563.

[2] Shelby FOOTE, op.cit., pages 574, 717 & 721. ; John KEEGAN, op.cit., pages 155-156.

[3] Shelby FOOTE, op.cit., page 582.

[4] Shelby FOOTE, op.cit., pages 545 & 560.

[5] Idem, page 556.

[6] John C. FREDRIKSEN, op.cit., pages 164-218.

[7] Shelby FOOTE, op.cit., pages 716-717. ; James McPHERSON, op.cit., page 570. ; HOOKER Charles E., Confederate Military History, Vol. VII, Atlanta: Confederate Publishing Company, 1899, page 84.

[8] FLOYD Dale E., LOWE David W., Iuka, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 717-720. ; Charles HOOKER, op.cit., pages 84-86. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 129.

[9] Idem, page 85.

[10] Idem, pages 88-89.

[11] Shelby FOOTE, op.cit., pages 720-721. ; Charles HOOKER, op.cit., page 89.

[12] Shelby FOOTE, op.cit., pages 722.

[13] Idem, pages 723-725. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Corinth, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Charles HOOKER, op.cit., pages 89-92. ; Frances KENNEDY, op.cit., pages 130-132.

[14] FLOYD Dale E., LOWE David W., Hatchie’s Bridge, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 725. ; Charles HOOKER, op.cit., pages 92 & 95. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 132.

[15] James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., pages 88-89.

[16] Bruce CATTON, op.cit., page 473.

La campagne de Memphis

L’Island n°10 avait été le principal bastion défendant le cours du Mississippi après l’évacuation de Columbus mais sa prise par l’armée de Pope imposa à la Confédération de se rabattre sur un point plus en aval pour protéger Memphis et le reste du fleuve d’une pénétration fédérale depuis les états du nord. Ce sera Fort Pillow, à quelque quatre-vingts kilomètres en amont de Memphis, et désormais dernier point fort barrant la navigation avant Vicksburg. Là, les sudistes installèrent une solide position fortifiée défendue par les canons évacués de Columbus et une petite garnison dans le but de bloquer toute flotte fédérale. De leur côté, les nordistes entendaient bien capitaliser sur la brillante victoire de Pope pour continuer leur progression sur le fleuve alors que le gros des forces progresserait en parallèle dans les terres et que plus au sud les forces combinées de Farragut, Porter et Butler chercheraient à s’emparer de la Nouvelle Orléans et d’ouvrir le cours inférieur du Mississippi à l’Union.

Dans la continuité de leur victoire conjointe précédente, Foote et Pope envisagèrent de répéter la même tactique contre le Fort Pillow, l’infanterie assiègerait les positions confédérées par la terre pendant que la flotte les bombarderait par le fleuve, et ainsi ils ouvriraient la voie jusqu’à Memphis que plus rien ne défendrait. Cependant, deux éléments vinrent changer la donne. Le premier fut le rappel de l’Armée du Mississippi de Pope par Halleck auprès des deux autres armées de Grant et Buell à Pittsburg Landing dans le but de lancer son offensive contre Corinth. Le deuxième fut la présence d’une flottille confédérée dans le secteur dont la force et la position n’était pas exactement connue des fédéraux et qui refroidit quelque peu les ardeurs de Foote, avec pour conséquence que l’Union ne disposait plus du contrôle complet du fleuve. En conséquence, Foote, estimant qu’il ne pouvait seul détruire le système de défense fluvial confédéré, décida, comme il l’avait fait à l’Island n°10, que la meilleure décision était de s’installer dans un bombardement à longue distance du fort avec ses navires à mortier en attendant une évolution de la situation.[1]

Pour le Sud, la situation critique sur le fleuve et le manque de moyen attribué à sa défense, imposait une position attentiste, les confédérés ne pouvant rien faire d’autre que défendre le fort, et donc la ville et le reste du fleuve, en espérant pouvoir dissuader les fédéraux d’attaquer et ainsi gagner du temps avant des jours meilleurs.

Les forces fédérales présentes dans le secteur du Mississippi comptaient dans un premier temps deux dimensions, terrestre et fluviale. Cependant, avec le départ de l’armée de Pope la première dimension fut réduite à une seule brigade issue de la division de Palmer sous les ordres du colonel Graham Newell Fitch et comptant deux régiments.
Sur le fleuve par contre la présence nordiste était plus importante avec la flottille de Foote forte de sept canonnières cuirassées, les USS Benton, Louisville, Carondelet, Cairo, St Louis, Cincinnati et Mound City et seize navires à mortier. Mais surtout, la force fluviale fédérale comptait quatre navires d’un nouveau genre, des navire béliers, inventés par Charles Ellet et dont le rôle était d’éperonner les navires adverses pour les couler sans avoir à ouvrir le feu. Ellet, promu colonel et qui se trouvait à la tête de cette seconde flotte séparée du commandement de Foote par la volonté de Stanton, le secrétaire à la Guerre, comptait quatre navires, les USS Queen of the West, Monarch, Lancaster et Switzerland. Cependant, ceux-ci étaient au déclenchement de la campagne seulement en route pour rejoindre le reste des forces fédérales présentes à l’Island n°10 à la suite de sa capture.[2]

De l’autre côté, les forces sudistes défendant le fleuve disposaient elles aussi d’une dimension terrestre et fluviale. Sur terre, le Fort Pillow était défendu par une quarantaine de canons opérés par la 1ère division de la Missouri State Guard sous le commandement du général Meriwether Jeff Thompson et forte d’approximativement 3000 hommes. Sur le fleuve, les confédérés disposaient de huit navires en bois issu de la flotte défensive du Mississippi et placés sous les ordres du capitaine James Montgomery, les CSS General Beauregard, General Bragg, General Price, General Van Dorn, General Thompson, Colonel Lovell, Sumter et Little Rebel.[3]
Ces forces étaient positionnées près du Fort Pillow.[4]

Cette campagne se déroulant parallèlement à celle de Corinth précédemment traitée, il n’est plus ici nécessaire de présenter le déroulement des actions ayant pris cours sur les autres théâtres durant cette période.

Sans attendre après la prise de l’Island n°10, Foote et Pope entamèrent les préparations et les premiers mouvements vers Fort Pillow. Une semaine après, le 14 avril, les navires fédéraux entamèrent le bombardement à longue distance des positions sudistes en attendant que les fantassins nordistes ne viennent les encercler. Cependant, trois jours plus tard, l’Armée du Mississippi entama sa marche non pas vers le sud, vers Fort Pillow, mais vers le nord, vers Cairo et Paducah d’où elle partirait rejoindre le reste des forces rassemblées par Halleck pour marcher sur Corinth, ne laissant à Foote qu’une brigade de deux régiments, pas assez pour espérer prendre d’assaut la garnison sudiste.[5] Foote se résolut alors à attendre et à continuer de bombarder le fort avec un de ses navires à mortier. Pour ce faire, il prépara un dispositif destiné à protéger celui-ci de la flottille sudiste, dont il ignorait la force de frappe et la position exacte, en plaçant une canonnière en aval, à environ trois kilomètres du fort, alors que le reste de sa flotte était ancré à quelques cinq kilomètres plus en amont, à Plum Run Bend.[6]

Au début du mois de mai, le commandant de la flottille fédérale n’était pas à son mieux. Premièrement la situation bloquée face à laquelle il se trouvait, incapable par manque de moyen de remporter la victoire et contraint d’atteindre une évolution ailleurs qui lui permettrait d’exploiter une ouverture ainsi créée, influençait sur son moral qui était au plus bas. Deuxièmement, cela fut grandement aggravé par sa blessure subie lors de l’engagement qu’il mena au Fort Donelson et qui tardait à guérir. En conséquent, il demanda à Welles, le secrétaire à la Marine, et obtint, l’autorisation d’être remplacé à la tête de sa flotte pour aller se reposer dans le Nord. Ainsi, le 9 mai, Charles Henry Davis remplaça donc Foote à la tête de la flottille fédérale.[7]

Pendant ce temps, apprenant qu’en aval la Nouvelle Orléans était tombée aux mains des nordistes et que dès lors une autre force fédérale remontait maintenant le Mississippi vers lui, le commandant de la flottille sudiste décida qu’il lui fallait prendre l’initiative pour tenter de détruire la flotte présente face à lui et ainsi éviter d’être attaqué par deux flottes plus puissantes que la sienne.[8] Le 10, lendemain du départ de Foote, Montgomery lança sa flotte à l’attaque de la canonnière défendant le navire à mortier, l’USS Cincinnati. Vers 7 heure du matin, les huit navires confédérés passèrent à l’attaque et coulèrent le Cincinnati en l’éperonnant. Pendant ce temps, les six autres canonnières fédérales quittèrent Plum Run Bend alerté par les tirs de canons mais arrivèrent trop tard. Avec le Cincinnati, les sudistes démontrèrent que les canonnières cuirassées pouvaient être envoyées par le fond et continuèrent leur progression pour rééditer la chose. Menant la flotte nordiste, le Mound City était la cible suivante et fut lui aussi coulé. A ce moment, voyant les cinq autres navires fédéraux arriver en groupe et usant de leurs canons, Montgomery jugea plus prudent de se replier, mettant un terme à la bataille de Plum Run Bend, les navires fédéraux ne poursuivant pas en-deçà de la portée de tir des canons de Fort Pillow.[9] Mais la victoire tactique confédérée ne changea pas la donne, la flotte de Davis restant toujours une force trop imposante et ce surtout si celle de Farragut devait la rejoindre. De plus, n’étant que légèrement endommagé et ayant coulé dans des eaux peu profondes, les deux navires nordistes furent assez vite refloués et envoyés vers l’arrière pour y subir des réparations, si bien qu’ils reviendraient un jour.

Après sa victoire, Montgomery s’avéra très confiant dans sa capacité à bloquer le cours du fleuve. Cependant deux éléments allaient venir lui donner tort. Premièrement, le 25 mai, la flotte de navire béliers de Ellet rejoignit celle de Davis, accroissant encore la supériorité navale des fédéraux. Deuxièmement, le 29, Beauregard retira son armée hors de Corinth, ce qui devait sonner le glas de Fort Pillow et Memphis dont le commandant sudiste ordonna l’évacuation immédiate pour éviter que la garnison ne soit détruite ou capturée par les forces fédérales. Car une fois Corinth aux mains des fédéraux, les forces de Thompson seraient isolées des lignes sudistes que pouvait défendre Beauregard depuis sa nouvelle position à Tupelo. Dès lors, le Fort Pillow fut évacué et plus rien ne pouvait maintenant empêcher les deux flottes nordistes de progresser vers le sud, vers Memphis, à l’exception de la flottille de Montgomery dont la possibilité de victoire était douteuse, Plum Run Bend ayant été une victoire basée sur l’effet de surprise. Afin d’éviter ce risque, Montgomery emmena alors sa flotte sur Memphis une fois la garnison partie le 4 juin pour se replier sur Grenada.[10]
Le 5 juin, les navires fédéraux prirent position près des Island n°44 et 45, à un peu plus de trois kilomètres de Memphis.[11]

Le lendemain, les flottilles fédérales continuèrent de descendre le fleuve et arrivèrent aux abords de la ville où les attendaient les navires confédérés, déclenchant un engagement naval avec ceux-ci sous les regards des habitants. Mais cette fois, la force de frappe nordiste, emmenée par les navires béliers, se fit entendre et la bataille tourna très vite court, vengeant la défaite de Plum Run Bend. Montgomery perdit sept des huit navires, un coulé, deux brulés et quatre capturés, un seul d’entre eux, le Van Dorn, parvint s’échapper, alors que les fédéraux n’enregistrèrent aucune perte à l’exception de Ellet qui fut touché à la jambe et mourut deux semaines plus tard.[12]
Memphis, la cinquième plus grande ville du Sud, tomba alors aux mains de l’Union et fut occupée par les deux régiments d’infanterie de Fitch qui arrivèrent après la bataille.[13]

Ainsi, rendues possible par la chute de Corinth, qui en força l’évacuation par les forces confédérées, et la victoire de la flotte nordiste, les prises de Fort Pillow et Memphis permirent à l’Union d’ouvrir la navigation sur le Mississippi jusqu’à Vicksburg, aucun autre point fortifié sudiste n’étant présent sur cette partie du fleuve dont cette ville devint le dernier bastion de la Confédération puisqu’à son autre extrémité, les forces fédérales combinées de Farragut, Porter et Butler avaient réussi à s’emparer de la Nouvelle Orléans et de la partie inférieure du Mississippi jusqu’à ce même point. Et cela était d’autant plus vrai qu’en plus de conquérir le cours du fleuve, les nordistes en assurèrent la sécurité en détruisant presque complètement la flottille ennemie.
Ainsi, alors que Corinth était tombée, et avec elle la possibilité de défendre le nord de l’état du Mississippi, la route était désormais ouverte pour les flottes nordistes présentes de part et d’autre de Vicksburg d’agir conjointement avec les forces terrestres pour avancer sur ce Gibraltar de l’Ouest de la Confédération et engranger un succès majeur dans le cadre du plan Anaconda, l’ouverture du fleuve et l’isolement de la partie orientale des états sécessionistes, principaux producteurs de nourriture du Sud, avec le concours du blocus.[14]


[1] Shelby FOOTE, op.cit., pages 378-379.

[2] FLOYD Dale E., LOWE David W., Memphis, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.; Shelby FOOTE, op.cit., page 379.

[3] Shelby FOOTE, op.cit., page 363. ; James McPHERSON, op.cit., pages 454-455.

[4] FLOYD Dale E., LOWE David W., Memphis, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[5] Francis GREEN, op.cit., page 14.

[6] Shelby FOOTE, op.cit., pages 378-379.

[7] Ibid.

[8] Idem, page 380.

[9] Idem, pages 380-381. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Memphis, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; James McPHERSON, op.cit., pages 454-455. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 157.

[10] Shelby FOOTE, op.cit., pages 386-387. ; Bruce CATTON, op.cit., page 309.

[11] James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 54.

[12] FLOYD Dale E., LOWE David W., Memphis, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[13] Shelby FOOTE, op.cit., pages 388-389. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., pages 455-456. ; Bruce CATTON, op.cit., page 309. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 57. ; John KEEGAN, op.cit., page 134.

[14] Idem, page 140.

La campagne de Corinth

La campagne de la Tennessee River avait amené les forces fédérales à quelques kilomètres de Corinth et la terrible bataille de Shiloh leur avait permis de s’y maintenir en vue du lancement de l’assaut contre la ville. Car celle-ci revêtait une importance stratégique capitale. De par sa position et le croisement de deux voies ferroviaires majeures pour la Confédération en son centre, Corinth était le verrou stratégique protégeant Chattanooga et le Tennessee Oriental d’une part et Vicksburg et la vallée du Mississippi d’autre part. En prenant Corinth, les fédéraux s’ouvriraient la possibilité de progresser dans ces deux directions en plus de pratiquement couper le Sud en deux, Mobile, dans le sud de l’Alabama, étant le dernier nœud ferroviaire reliant l’est et l’ouest des états sécessionnistes.
Halleck, disposant de l’initiative stratégique, entendait donc bien s’emparer de la ville en y menant personnellement l’imposante force qu’il avait regroupée à Pittsburg Landing contre les forces de Beauregard pansant leurs plaies après la bataille de Shiloh.
Enfin, en parallèle à cela, le commandant nordiste s’assura de mettre en œuvre deux autres actions de moindre importance le long du Mississippi et dans le nord de l’Alabama, avançant ses pions dans les deux directions qu’il espérait ouvrir en s’emparant de Corinth. La première fut une campagne contre Memphis et le Fort Pillow qui protégeait la ville. Mais, ayant bien compris que si Corinth tombait la défense de ces deux points deviendrait impossible pour les sudistes, Halleck n’hésita pas, après la victoire de l’Armée du Mississippi face à l’Island n°10, à redéployer celle-ci vers Corinth pour y augmenter ses chances de succès, ne laissant que des effectifs limités pour mener à bien cette campagne. La deuxième action allait être le fruit de la division de Mitchell, dépendant techniquement de l’Armée de l’Ohio, qui devrait pour sa part marcher depuis Nashville vers le nord de l’Alabama pour y couper la Memphis and Charleston Railroad reliant Corinth à l’est de la Confédération en passant par Chattanooga et si possible menacer cette dernière.

Le plan d’action de Halleck était relativement simple, faire converger ses trois armées principales, celles du Mississippi, de la Tennessee et de l’Ohio, vers Corinth depuis leurs aires de débarquement près de Pittsburg Landing. Mais d’une part en raison de son caractère très prudent et estimant préférable de remporter une victoire sans combattre, car son objectif était Corinth et non pas l’armée de Beauregard, et d’autre part parce qu’il était marqué par les énormes pertes subies lors de la bataille de Shiloh, Halleck entendait progresser avec une grande prudence, et ce au grand dam de Grant qui estimait pour sa part que prendre un point stratégique était bien mais que pour gagner la guerre il fallait détruire l’armée ennemie.[1]

De l’autre côté, Beauregard était lui dans une situation difficile. Les pertes de son armée à Shiloh avaient également été très lourdes mais il avait tout de même pu bénéficier de renforts venus de plusieurs points de la Confédération et particulièrement de l’Arkansas d’où les forces de Van Dorn, rappelées par Johnston avant son offensive contre Grant à Pittsburg Landing, étaient enfin arrivées. Mais Beauregard savait que cela ne serait pas suffisant face à la supériorité numérique nette des fédéraux. Dès lors, conscient de l’importance stratégique de la ville mais sachant qu’il ne pouvait la défendre sans risquer de voir son armée entière être détruite au terme d’un siège ou du moins grandement réduite en cas de bataille majeure, le commandant sudiste n’avait pas d’autre choix que de se replier. Mais il ne pouvait pas le faire trop vite, il lui fallait gagner du temps pour permettre à la Confédération de renforcer ses défenses à Chattanooga et Vicksburg, les deux verrous suivants qui seraient alors à portée de tir des fédéraux.[2] Les sudistes raisonnèrent, à juste titre, que même sans Corinth ils pourraient tout de même continuer la lutte tant que leur armée s’en sortait et qu’à l’inverse tenter de défendre la ville serait risquer de perdre les deux.

Halleck disposait pour mener sa campagne de l’une des plus importantes concentrations de forces de la guerre et la plus grande jamais réalisée sur ce théâtre. Une fois l’Armée du Mississippi de Pope arrivée aux abords du champ de bataille de Shiloh, il comptait trois armées précédemment distinctes et qu’il allait réorganiser en trois ailes, correspondant aux trois armées, auxquelles s’ajoutait une réserve. Halleck arriva à Pittsburg Landing le 11 avril et entreprit la réorganisation de ses forces. Premièrement, il fit de Grant son second sans lui confier de commandement direct et confia le commandement de l’Armée du Tennessee à Thomas. Deux raisons peuvent expliquer cela, les mêmes qui l’avait mené à lui retirer son commandement au début du mois de mars, avant la bataille de Shiloh, la volonté de mettre de côté un rival potentiel qui avait connu le succès mais également le fait qu’il lui reprochait de négliger ses devoirs administratifs en tant que commandant d’armée.[3] Une autre raison qui sera plus tard avancée par Halleck fut le grade de Grant, techniquement supérieur à celui des trois autres qui imposait à Halleck de le placer dans une position hiérarchique supérieure.[4]
Thomas était donc à la tête de l’Armée du Tennessee qui comptait cinq divisions sous Thomas Alfred Davies avec trois brigades, Hurlbut avec deux brigades, Sherman avec quatre brigades, Thomas Jefferson McKean avec trois brigades et Thomas West Sherman avec trois brigades pour un total d’environ 29 000 hommes.
L’Armée de l’Ohio était toujours sous les ordres de Buell avec quatre divisions pour un total d’environ 40 000 hommes sous les ordres de McCook et Nelson, trois brigades chacun, Crittenden, deux brigades et Wood, trois brigades. A cela s’ajoute techniquement les deux divisions de Mitchell et Morgan mais qui à ce moment-là se trouvaient toujours détachées à Nashville et dans le sud du Kentucky, près de Cumberland Gap, et ne participeront pas à cette campagne.
Troisième force, l’Armée du Mississippi de Pope, scindée en deux ailes disposant chacune de deux divisions de deux brigades. L’aile droite sous Rosecrans avec Paine et Stanley comme commandants de divisions et l’aile gauche sous Hamilton qui commandait sa propre division et Jefferson Columbus Davis à la tête de la seconde. Pope disposait au total d’environ 25 000 hommes.
Enfin, la réserve se trouvait sous le commandement de McClernand et comptait deux divisons de trois brigades commandées par lui-même et Lew Wallace pour un total de 11 000 hommes.Au total, Halleck comptait sous son commandement près de 105 000 hommes.[5]

De l’autre côté, Beauregard disposait lui de deux armées distinctes, celle du Mississippi placée sous le commandement de Bragg et celle de l’Ouest de Earl Van Dorn.
La configuration de la première n’avait pas changé depuis la campagne précédente, trois corps et une réserve. Le 1er corps sous Polk, fort de deux divisions, une de deux brigades et une de trois sous les ordres de Charles Clark et Benjamin Franklin Cheatam. Le 2ème corps sous Thomas Carmichael Hindman avec trois brigades et le 3ème sous Hardee avec cinq brigades. A cela s’ajoutait la réserve de Breckinridge avec quatre brigades pour un total de 47 000 hommes.
L’Armée de l’Ouest sous le commandement de Van Dorn comptait pour sa part trois divisions, deux de trois brigades et une de deux sous les commandements de Samuel Jones, Sterling Price et Dabney Herndon Maury et s’élevait à 15 000 hommes, amenant le total des forces de Beauregard à approximativement 62 000 hommes.
Cependant, en raison des nombreux blessés et malades que comptaient les forces confédérées, près de 19 000 d’entre eux n’étaient en réalité pas aptes aux combats, ramenant les effectifs opérationnels de Beauregard à quelques 43 000 hommes.[6]

Entre les mois d’avril et juin, plusieurs actions eurent cours sur l’ensemble des théâtres.
En Virginie, deux campagnes parallèles eurent lieu. Premièrement, dans la Péninsule de Virginie, McClellan fit progresser l’Armée du Potomac jusqu’aux abords de Richmond au fur et à mesure que Johnston repliait la sienne sur la capitale sudiste. Dans le même temps, et pour s’assurer de maintenir en place dans le nord de la Virginie et en Virginie Occidentale les forces de Banks, Fremont et McDowell, Jackson mena lui sa campagne de la vallée de la Shenandoah qui le mena jusqu’au Potomac avant qu’il ne se replie hors de la vallée sous la pression du nombre.
Dans le cadre du Blocus, plusieurs petites actions eurent lieu en plus de la capture de la Nouvelle-Orléans, succès majeur pour l’Union, par la flotte des amiraux Farragut et Porter, appuyé de l’infanterie de Butler. Premièrement, à la suite de cette prise, les navires fédéraux commencèrent à remonter le cours du Mississippi jusqu’à Vicksburg. Deuxièmement, trois forts confédérés furent pris par différentes forces fédérales, les Forts Pulaski, en Floride près de Pensacola, Brook, aussi en Floride près de Tampa et Macon en Géorgie près de Savannah. Enfin, en Caroline du Nord, les forces fédérales et sudistes se livrèrent quelques escarmouches.
A l’ouest du Mississippi, les fédéraux poursuivirent les forces confédérées ayant tenté de conquérir le Nouveau Mexique et les repoussèrent jusqu’à Tucson dont ils s’emparèrent. De plus, plusieurs escarmouches opposèrent les deux camps au Missouri, dont l’une contre la bande de Quantrill.
Enfin, dans les Appalaches, plusieurs petits combats furent livrés en Virginie Occidentale, un dans le nord du Tennessee Oriental entre les forces de Kirby Smith et celles de l’Union près de Cumberland Gap et les cavaliers de Morgan lancèrent un raid au Kentucky.

Le 11 avril, quelques jours après la bataille de Shiloh, Halleck arriva sur les lieux pour prendre pour la première fois un commandement effectif sur le terrain et se mit au travail pour réorganiser ses forces. Les conséquences de la bataille et de l’arrivée de renforts nécessitant de mettre en place une nouvelle organisation afin de pouvoir mener la campagne. Le commandant en chef nordiste répartit donc ses armées en trois ailes et une réserve, l’aile droite allant à Thomas, le centre à Buell et la gauche à Pope avec Grant en position de second de Halleck.

Enfin prête le 28 avril, après l’arrivée des forces des Pope le 22, l’armée de Halleck se mit en marche via trois routes différentes. L’aile de Thomas prit la route menant de Pittsburg Landing directement sur Corinth en passant par Monterey. Buell suivi la Purdy-Farmington Road et Pope la Hamburg-Corinth Road qui passait par Farmington.[7] En six jours, les forces fédérales parcoururent un peu moins de 30 des 35 kilomètres les séparant de Corinth. L’aile gauche de Pope progressant le plus vite et le 3 mai elle n’était plus qu’à environ quatre kilomètres de la ville alors que les deux autres ailes étaient ralenties par le mauvais état des routes du aux conditions météorologiques.
Entre le 3 et le 28 mai, les fédéraux n’avanceront plus beaucoup. Pendant ces trois semaines, leur progression ne sera plus que très lente, Halleck faisant progresser les ailes de Buell et Thomas très prudemment pour les réaligner avec celle de Pope, s’assurant qu’elles soient toujours toutes les trois en mesure de s’assister mutuellement et qu’elles se retranchaient solidement à la fin de chaque manœuvre, de sorte que la progression était très lente.[8]

Beauregard tenta bien de s’opposer à l’avancée fédérale en prenant de solides positions défensives et en tentant de coordonner des attaques contre les flancs nordistes. Ainsi, quelques engagements mineures, jamais plus important que des escarmouches, eurent lieu mais sans jamais mettre un terme à l’avancée fédérale car manquant de force de frappe, de détermination et de cohésion et faisant face à de solides positions défensives : Farmington les 3 et 9 mai, Russell’s House le 17, Widow Surratt Farm le 21, Double Log House et Surratt Hill le 27 et Bridge Creek le 28.[9]

Le 25 mai, voyant les lignes fédérales s’approcher de plus en plus des limites de la ville et craignant que les nordistes ne puissent s’en emparer dans une vaste attaque qui détruirait son armée ou couperaient ses lignes de communications en encerclant complètement la ville, Beauregard comprit qu’il n’avait plus d’autre choix et réunit un conseil de guerre qui entérina sa décision d’abandonner la ville. Cette décision fut également motivée par les conditions sanitaires dans la ville qui ne cessaient de se détériorer et avaient déjà incapacité une grande partie de ses forces. Durant les jours qui suivirent, les confédérés commencèrent à évacuer Corinth via la Mobile and Ohio Railroad pour se retirer vers Tupelo tout en recourant à diverses méthodes de déception visant à faire croire à l’arrivée de renforts et ainsi tenir en échec les fédéraux tout en masquant la vraie manœuvre.[10] Le 29 mai, l’évacuation était terminée et le lendemain les nordistes entrèrent dans la ville sans rencontrer de résistance.[11] Le 9 juin, les sudistes arrivèrent à Tupelo.[12]
Les forces de Pope tentèrent bien une poursuite jusqu’à Rienzi le 2 juin mais sans guerre de résultats.

Figure 119 : Campagne de Corinth

Sans titre

Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Kentucky – Tennessee, 1861, Developments Between the Battle of Shiloh, 6-7 April 1862 and the Confederate Invasion of Kentucky Which Began in August 1862, Close Up, West Point: Department of History.

Au terme d’une campagne de manœuvre sans engagements réels, Halleck parvint à s’emparer de son objectif, Corinth et son nœud ferroviaire, brisant de la sorte la seconde ligne défensive de Johnston. Cette victoire fédérale résulta toute fois plus de l’abandon de Beauregard dû à sa volonté de préserver son armée pour pouvoir continuer la lutte en se retirant sur Tupelo qu’à une détermination offensive de Halleck qui s’assura tout au long de sa progression vers la ville d’éviter un engagement majeur et de fortifier ses positions en permanence pour éviter tout risque d’être pris d’assaut par surprise. Au total les deux camps encoururent environ 1000 pertes chacun.[13] Cette victoire de Halleck, en parallèle avec l’échec qu’allait connaitre McClellan dans sa campagne de la Péninsule, allait lui permettre de gagner encore plus de prestige et en juillet il serait appelé à Washington pour prendre le poste de commandant en chef de toutes les forces de l’Union, et ce alors que la campagne de Corinth était le seul succès qu’il connut en étant directement aux commandes sur le terrain et qu’elle avait été obtenue sans combat, en laissant fuir l’armée ennemie.[14]
Quoiqu’il en soit la ville tomba aux mains des fédéraux et avec elle la possibilité pour ceux-ci de continuer leur progression vers l’intérieur de terres, vers le cœur de la Confédération, tout en servant de base opérationnelle de premier plan. Car deux directions de progression possibles s’ouvraient désormais à l’Union et cela allait contraindre le Sud à choisir de soit défendre les deux soit d’en abandonner une pour concentrer ses efforts défensifs.[15]

Vers le sud, la vallée du Mississippi semblait plus que jamais une prise facile. Premièrement parce que maintenant que Corinth était tombée, plus rien n’empêchait les fédéraux d’occuper la moitié nord de l’état du Mississippi, jusqu’à la ligne ferroviaire de la Southern Mississippi Railroad qui aboutissait à Vicksburg en passant par Jackson et Meridian. Deuxièmement, parce qu’une fois la ville tombée, les confédérés, comprenant qu’il n’était désormais plus possible de défendre Memphis, abandonnèrent celle-ci et le Fort Pillow dont les fédéraux ne tardèrent pas à prendre le contrôle, ouvrant de la sorte la navigation sur le Mississippi depuis le Nord jusqu’à Vicksburg, qui de par sa position dominant le fleuve et la voie ferrée qui y arrivait, dernier lien ferroviaire liant l’est de la Confédération aux états trans-Mississippi, devenait le dernier bastion de la vallée, celui que les sudistes nommeront dès lors le Gibraltar de l’Ouest. Et ce d’autant plus qu’alors que Halleck progressait de son côté, au sud, les forces fédérales s’emparèrent de la Nouvelle-Orléans et ouvrirent de la sorte la partie inférieure du Mississippi jusqu’à ce fameux Gibraltar depuis le Golfe du Mexique, Vicksburg était le dernier pion à abattre pour ouvrir complètement la vallée du Mississippi et de la sorte compléter une étape majeure du plan anaconda.

Vers l’est, c’est une nouvelle direction possible qui apparaissait, une que Lincoln, dans sa volonté de venir en aide aux unionistes du Tennessee Oriental, avait souhaité voir apparaitre de longue date. Car tant que les confédérés tenaient le nœud ferroviaire de Corinth, ils étaient en mesure d’empêcher toute progression fédérale vers le Tennessee Oriental, même depuis Nashville, en usant de la Memphis et Charleston Railroad pour acheminer des forces jusqu’à Chattanooga, dont la position au croisement de cette même voie de chemin de fer et de la Virginia and Tennessee Railroad en faisait le verrou de cette partie de l’état. Une fois Corinth tombée et la menace pour toute force fédérale avançant vers Chattanooga ou Knoxville de voir une force confédérée apparaitre sur ses arrières disparue, plus rien n’empêchait l’Union de porter son regard de ce côté. Ainsi, la chute de la ville ouvrit un nouveau théâtre de la guerre, désormais scindé de celui du Mississippi, le théâtre du Heartland qui prendra place dans le cœur géographique de la Confédération.


[1] James McPHERSON, op.cit., pages 453-454. ; Bruce CATTON, op.cit., page 307.

[2] Ibid.

[3] Shelby FOOTE, op.cit., pages 373-374. ; Bruce CATTON, op.cit., page 306.

[4] MARSZALEK John F., « Halleck Captures Corinth », Civil War Times, février 2006, vol. XLV, n°1, pp. 46-52.

[5] GREEN Francis V., Campaign of the Civil War Volume 8: The Mississippi, Charles Scribner’s Sons, 1882, p. 243.

[6] Idem, page 244. ; Bruce CATTON, op.cit., pages 306-307.

[7] John MARSZALEK, op.cit., pp. 46-52.

[8] James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 55. ; Frances KENNEDY, op.cit., page 52. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 453.

[9] Frances KENNEDY, op.cit., page 52. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 382-383.

[10] Idem, pages 383-384.

[11] FLOYD Dale E., LOWE David W., Corinth, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[12] Bruce CATTON, op.cit., page 307. ; James McPHERSON, op.cit., page 454.

[13] Frances KENNEDY, op.cit., page 56.

[14] John KEEGAN, op.cit., page 155.

[15] Bruce CATTON, op.cit., page 308.