Le Compromis du Missouri

Je vous propose aujourd’hui de nous attaquer au deuxième article du livre dans lequel nous allons entreprendre l’analyse du Compromis du Missouri.

Après avoir acquis leur indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne, les Etats-Unis se tournèrent rapidement vers l’Ouest où les colons pouvaient désormais se diriger alors que le régime colonial britannique leur avait toujours interdit de dépasser la crête des Appalaches par la Proclamation royale de 1763.[1]

Les Etats composant l’Union américaine étendirent donc leur territoire vers l’intérieur du continent et en 1803 Washington acheta la Louisiane française pour un montant de 15 millions de dollars de l’époque.[2] Par cet acte, les Etats-Unis portèrent leur frontière à l’Ouest jusqu’aux possessions territoriales espagnoles de la Nouvelle-Espagne – avec laquelle la frontière fut fixée par le traité d’Adams-Onís de 1819 qui céda par ailleurs la Floride – au Nord jusqu’au possessions britannique du Canada et à l’Ouest jusqu’à l’Oregon qui fera l’objet d’un conflit territorial avec la Grande-Bretagne jusqu’en 1846 où le traité de l’Oregon fixera la frontière américano-canadienne.[3]

Figure 3: L’achat de la Louisiane Française

Figure 4: Les Etats-Unis après le traité Adams-Onís

Source: STOLL George H.,Territorial Growth, Hammond Incorporated, 1967.

Progressivement les régions acquises dans l’Ouest furent organisées en Etats, lesquels furent intégrés à l’Union: le Kentucky en 1792, le Tennessee en 1796, l’Ohio en 1803, la Louisiane en 1812, l’Indiana en 1816, le Mississippi en 1817, l’Illinois en 1818 et l’Alabama en 1819.

On remarque que pour chaque adhésion d’un Etat d’un côté, répondait l’adhésion d’un Etat de l’autre côté. Et en 1820, la question de l’adhésion du Missouri, reportée depuis 1816, se posa et ne pouvait plus être éludée. Mais les Etats du Nord s’opposaient à son adhésion en tant qu’Etat esclavagiste car ils refusaient que l’égalité entre le nombre d’Etats pratiquant l’esclavage et ceux ne le pratiquant pas soit rompue à leur détriment. Or cette question de l’avantage numérique est primordiale au niveau du parlement fédéral puisque la Constitution de 1787 a établit que le Sénat était composé de 2 représentants par Etat, ainsi, la communauté – esclavagiste ou anti-esclavagiste – disposant du plus grand nombre d’Etats, contrôlait la chambre haute du parlement.

La solution viendra d’un sénateur du Kentucky, Henry Clay, dont l’histoire américaine se souviendra sous le surnom de Grand Pacificateur (The Great Compromiser). Alors que les représentants du Maine demandaient l’adhésion à l’Union en tant qu’Etat abolitionniste, Clay, proposa un compromis établissant que le Missouri adhèrerait comme Etat pratiquant l’esclavage et que dans le même temps le Maine serait détaché de l’Etat du Massachusetts et lui aussi inclut dans l’Union mais sans l’esclavage. Ce compromis permis l’obtention des voix sudistes modérées qui obtenaient ainsi l’adhésion du Missouri demandée depuis plusieurs années.[4] Les radicaux quant à eux s’y opposèrent avec force car ce compromis leur faisait perdre la possibilité d’étendre l’esclavage dans une grande partie de l’Ouest. En effet, l’accord stipulait également qu’au sein de l’ancienne Louisiane française une frontière serait établie le long du parallèle situé à 36° 30′ de latitude Nord, c’est-à-dire la latitude de la frontière sud du nouvel Etat du Missouri. Au Nord de celle-ci, les futurs Etats seraient donc non-esclavagistes alors qu’au sud ils pourraient le pratiquer.[5] Or, la culture du coton, principale ressource agricole des Etats du Sud, a pour caractéristique d’épuiser rapidement les sols entrainant pour conséquence la nécessité de déplacer cette culture vers de nouvelles terres. Finalement, le compromis fut accepté par les deux chambres législatives le 5 mars 1820 et ratifié par le Président James Monroe le lendemain.

Après le Compromis du Missouri et jusqu’à l’annexion du Texas, la pratique qui voulait que chaque entrée d’un nouvel Etat esclavagiste ou abolitionniste soit accompagnée de l’entrée d’un Etat de l’autre bord fut maintenue. Ainsi, l’Arkansas rejoindra l’Union en 1836 en tant qu’Etat esclavagiste suivi du Michigan l’année suivant en tant qu’Etat abolitionniste. Puis ce seront la Floride et l’Iowa respectivement en 1845 avec l’esclavage et en 1846 sans celui-ci.

Figure 5: Le Compromis du Missouri

La frontière entre zone esclavagiste et non-esclavagiste fixée par le Compromis du Missouri est souvent confondue avec la Ligne Mason-Dixon. Il y a là une erreur à corriger. La ligne Mason-Dixon était la frontière entre les Etats de Pennsylvanie et du Delaware et celui du Maryland. Elle fut établie en 1767 par deux géographes anglais, Charles Mason et Jeremiah Dixon qui furent chargés de tracer sur carte la frontière entre ces trois Etats. Jusqu’à l’adoption de l’Ordonnance du Nord-Ouest en 1787, la ligne Mason-Dixon représenta la seule frontière entre les Etats esclavagistes au sud de la ligne et les abolitionnistes au nord. Toutefois cette frontière était symbolique et non pas politique. En effet, le Delaware, situé au Nord de la ligne Mason-Dixon, était officiellement esclavagiste mais dans les faits l’Etat ne comptait que peu de propriétaires d’esclaves et ceux-ci en possédaient rarement plus que vingt si bien que beaucoup considérait le Delaware comme un Etat libre. Avec l’Ordonnance, la frontière fut prolongée vers l’Ouest le long de la rivière Ohio et le Compromis du Missouri y apporta le dernier tronçon jusqu’à la frontière avec la Nouvelle-Espagne – qui deviendra le Mexique en 1821. Mais cette délimitation entre Nord et Sud était par la suite appelée à changer.

Figure 6: La Ligne Mason-Dixon


[1] DE VORSEY Louis, The Indian boundary in the southern colonies, 1763–1776, Chapel Hill: University of North Carolina Press, 1966, p. 39.

[2] DELACAMPAGNE Christian, Histoire de l’esclavage. De l’Antiquité à nos jours, Paris: Le livre de poche, 2002, p.176.

[3] WEEKS William E., John Quincy Adams and American Global Empire, Lexington: University Press of Kentucky, 2002, p. 170.

[4] SAVES Joseph, « Compromis du Missouri sur l’Esclavage », Hérodote.

[5] James McPHERSON, op.cit., page 67.

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