La Guerre Américano-mexicaine

Continuons l’étude des causes de la Guerre de Sécession avec l’épisode de la Guerre Américano-mexicaine de 1846-1848 qui permit aux Etats-Unis d’accroitre leur territoire de manière conséquente.

Cette guerre tire ses racines dans la révolution texane qui commença en 1835. A cette date, les nombreux colons d’origine américaine venus s’installer dans la région – avec l’approbation tacite du gouvernement mexicain qui espérait ainsi la protéger des incursions apaches – s’opposèrent à la nouvelle constitution mexicaine qui faisait passer le pays – officiellement indépendant de la métropole depuis 1821 – d’un système fédéral à un système beaucoup plus centralisé.[1] Or, les colons américains pratiquaient la culture du coton avec pour conséquence d’avoir recourt à l’esclavage alors que le Mexique l’avait abolit en 1829. Devant une insurrection en préparation, Santa Anna, le président mexicain, envoya une force au Texas pour reprendre la situation en main. Mais les troupes mexicaines furent finalement défaites à la bataille de San Jacinto le 21 avril 1836 et le Texas déclara son indépendance qui ne sera jamais reconnue par le Mexique.[2]

Figure 7: La révolution texane

En 1837, les autorités texanes déposèrent une requête auprès du gouvernement américain pour rejoindre l’Union. Mais les Etats-Unis la rejetèrent car ils craignaient que cela ne les entrainent dans une guerre avec le Mexique.[3] Puis, en 1838, avec l’arrivée à la tête du Texas de Mirabeau Bonaparte Lamar, un opposant à l’adhésion, le Texas retira sa demande.[4] Une seconde tentative eu lieu en 1843 mais cette fois à l’initiative du président américain, John Tyler, mais celle-ci échoua au Sénat américain qui s’y opposa.[5] C’est finalement sous le mandat du président James Knox Polk que l’annexion aura lieu en 1845. Si lors de la tentative précédente, le Sénat s’était scindé en deux entre les partisans de l’entrée d’un nouvel Etat pratiquant l’esclavage et ceux qui s’y opposaient, ce ne devait plus être le cas lors de cette troisième tentative. En effet, l’administration Tyler se rendit compte à la fin de son mandat que l’opinion publique américaine était favorable à l’annexion du Texas. Aussi, le président Polk proposa l’annexion au Congrès qui n’osa plus s’y opposer.[6] Le Texas approuva l’annexion et rejoignit l’Union le 29 décembre 1845.[7]

Cette annexion eut une conséquence importante sur le rapport de force au Sénat. Avec cette entrée, les Etats esclavagistes dominaient par 30 représentants contre 26 – puis 28 en 1846 avec l’entrée de Iowa qui avait été prévue pour cette date en corolaire de l’annexion de la Floride au début de l’année 1845 – pour les Etats abolitionnistes. L’équilibre sera cependant rétablit peu après la fin de la guerre contre le Mexique – que l’annexion du Texas devait rapidement provoquer – avec l’adhésion du Wisconsin en mai 1848 de sorte que cela n’eut finalement pas le temps de mener à des problèmes majeurs entre les deux communautés.

Non seulement le Mexique n’avait pas reconnu l’indépendance du Texas mais en plus il n’avait jamais formellement délimité sa frontière avec celui-ci. Aussi, lorsque le Texas rejoignit l’Union américaine, la question texane se transforma en un conflit territorial entre le Mexique d’une part et les Etats-Unis d’autre part. Il faut ajouter à cela, l’envoi par le président Polk auprès du gouvernement mexicain d’un diplomate avec pour mission de proposer l’achat pour un montant de 25 millions de dollars de l’époque de la Haute Californie et du Nouveau-Mexique alors sous souveraineté mexicaine. Cette requête fut laissée sans réponse en raison des troubles politiques que le Mexique connaissait en interne.[8]

Afin d’appuyer ses revendications sur le Texas, Polk envoya des troupes dans la région du Rio Grande et le 24 avril 1846, un accrochage entre les deux armées eut lieu ouvrant de la sorte les hostilités. Polk, informé de l’incident, envoya une déclaration au Congrès le 11 mai qui approuva de justesse la déclaration de guerre au Mexique.[9]

Les opérations se déroulèrent sur deux fronts principaux, l’un au Nouveau-Mexique et  en Haute Californie et l’autre dans l’Est du Mexique. L’intérêt du premier front était de prendre possession de ces territoires avant que les britanniques ne profitent de la situation pour s’en emparer. Le second front avait lui pour raison d’être d’envahir le territoire mexicain non pas dans le but de l’occuper mais uniquement de contraindre les autorités mexicaines à cesser le combat et à accepter les revendications américaines.

La guerre dura deux ans et fut globalement une longue et impressionnante série de victoires américaines – contre des forces presque tout le temps supérieures en nombre – qui menèrent son corps expéditionnaire jusqu’à Mexico.[10] Là, les mexicains rendirent les armes et signèrent le 2 février 1848, le traité de Guadeloupe Hidalgo qui reconnaissait la souveraineté américaine sur le Texas dont la frontière méridionale était fixée le long du Rio Grande et accordait aux Etats-Unis le territoire du Mexique qui s’étendait alors sur les Etats actuels de Californie, du Nevada, de l’Utah, du Nouveau-Mexique, de l’Arizona, du Colorado, du Texas, de l’Oklahoma du Kansas et du Wyoming contre le versement d’une somme de 18,25 millions de dollars de l’époque.[11] L’idée de donner cette somme au Mexique alors que sa défaite était complète et que les américains auraient pu prendre ce qu’il voulait est à attribuer à Polk. En effet ce dernier craignait que le Congrès, désormais dominé par les représentants du parti Whig, ne s’oppose à la ratification du traité de Guadeloupe Hidalgo car ils s’étaient toujours montrés hostile à la guerre et la probabilité qu’ils s’opposent à un acte d’annexion pur et simple était grande. Par cette action donc, Polk obtint l’approbation des Whigs et la ratification du traité.[12]

Figure 8: La Guerre Américano-mexicaine et le traité de Guadeloupe Hidalgo

Cette guerre allait laisser des traces dans la suite de l’histoire des Etats-Unis car ces nouveaux territoires allaient devoir être organisés politiquement et cela allait devoir se faire dans le cadre de la division politique du pays. En effet, pour de nombreux habitants du Nord, cette guerre faisait partie d’un complot sudiste visant à accroitre les territoires dans lesquels l’esclavage serait pratiqué.[13] La question de l’esclavage dans les territoires nouvellement gagnés sur le Mexique allait éclipser tous les débats politiques au Etats-Unis entre 1846 – car la question apparut dès le début de la guerre – jusqu’au Compromis de 1850.

La Guerre Américano-mexicaine fut pour beaucoup de jeunes officiers américains un baptême du feu et nombres d’entre eux allaient par la suite être les héros de la Guerre de Sécession. Un jeune lieutenant, Ulysses Simpson Grant, allait être félicité par un capitaine du nom de Robert Edward Lee dans un de ces rapports. Les deux hommes ne se croiseraient plus jamais avant que Lee ne dépose sa reddition et celle de son armée à Grant dans une petite bourgade de Virginie le 9 avril 1865. Un autre officier allait remercier Grant pour son action qui facilita la prise de Mexico, le lieutenant Pemberton qui lui aussi se rendrait à Grant après le siège de la ville qu’il était chargé de défendre, Vicksburg. Pierre Gustave Toutant de Beauregard et George Brinton McClellan servirent ensemble dans l’état-major du Général Winfield Scott avec le grade de lieutenant alors que plus tard ils seraient généraux dans deux camps opposés. Les lieutenants James Longstreet et Winfield Scott Hancock combattirent côte-à-côte à la bataille de Churubusco ignorant complètement que 16 ans plus tard le premier commanderait une attaque contre le second dans les prés d’une petite ville du sud-est de la  Pennsylvanie. Assaut auquel participera George Pickett qui lors de l’attaque des remparts de Chapultepec avait ramassé le drapeau du 8ème régiment d’infanterie que son ami Longstreet avait laissé tomber après avoir été blessé. Albert Sidney Johnson et Joseph Hooker participèrent tous deux à la bataille de Monterrey. Jefferson Davis livra la bataille de Buena Vista où George Henry Thomas et Braxton Bragg servirent dans l’artillerie ne se doutant pas que le destin les rattraperaient bien des années plus tard lors de deux batailles majeures dans le Tennessee. Joseph Egglesston Johnson et George Gordon Meade prirent part au siège de Vera Cruz. Enfin, en mer, les lieutenants John Winslow et Raphael Semmes partagèrent une cabine alors que lors de la guerre civile, le navire du premier, l’USS Kearsage, coulera celui du second, le CSS Alabama, au large de Cherbourg.[14]
La plupart des officiers supérieurs de la Guerre de Sécession combattirent au Mexique. [15]


[1] LACK Paul D., The Texas Revolutionary Experience: A political and Social History 1835-1836, College Station: Texas A&M University Press, 1992, p. 7.

[2] Pour des informations complémentaires sur la révolution texane, les ouvrages de Paul Lack et Theodore Fehrenbach constituent une bonne introduction.

[3] DUCKETT Alvin Laroy,  John Forsyth: Political Tactician, Athens: University of Georgia Press, 2010, p. 201.

[4] WINDERS Richard Bruce, Crisis in the Southwest; The United States, Mexico ans the Struggle over Texas, Lanham: Rowman & Littlefield, 2002, p. 41.

[5] HIETALA Thomas M., Manifest Design: American Exceptionalism and Empire, Ithaca: Cornell University Press, 1985, p. 40.

[6] FEHRENBACH Theodore Reed, Lone Star: A History of Texas and Texans, Cambridge: Da Capo Press, 2000, p. 265.

[7] Idem, page 267.

[8] SOTO Miguel E., « The Monarchist Conspiracy and the Mexican War » in CUTLER Wayen (sous la direction de) Essays on the Mexican War, College Station: Texas A&M University Press, 1986. pp. 66–67.

[9] RIVES George Lockhart, The United States and Mexico, 1821–1848: a history of the relations between the two countries from the independence of Mexico to the close of the war with the United States, New York: C. Scribner’s Sons, 1913, p. 168

[10] Pour plus d’information sur le déroulement de la Guerre Américano-mexicaine, se référer à des ouvrages spécialisés comme par exemple The Mexican War de Douglas Meed ou les mémoires de ses protagonistes.

[11] SMITH Justin Harvey, The War with Mexico, New York: Macmillan, 1919, p. 241.

[12] James McPHERSON, op.cit., page 59.

[13] Idem, page 60.

[14] USS: United States Ship ; CSS: Confederate States Ship

[15]James McPHERSON, op.cit., page 9.

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