Chapitre 2: Analyse militaire de la Guerre de Sécession

La Guerre de Sécession s’est étendue sur un très vaste espace mais il peut cependant être divisé en plusieurs parties bien que celles-ci ne soient jamais complètement distinctes puisque ce qui se passe dans une région peut avoir des conséquences dans une autre.

Ainsi, on identifie quatre théâtres d’opérations, ou « fronts », principaux. Le front de Virginie, qui est le plus connu en raison de la proximité des deux capitales, de la participation des chefs de guerre les plus célèbres et des effectifs engagés, s’étend globalement entre les Appalaches à l’Ouest, l’Océan Atlantique à l’Est, Washington au Nord et Richmond au Sud. Globalement, car il est arrivé que des opérations se déroulent en dehors de ce cadre.
Le second front principal est le front du Mississippi (ou front de l’Ouest) qui comme son nom l’indique a eu lieu le long du fleuve Mississippi mais aussi de ses affluents principaux, au point que ce front s’est étendu jusqu’au Kentucky et au Tennessee.
Le troisième front, se situe en mer, il s’agit du blocus naval des côtes de la Confédération et des opérations amphibies l’ayant accompagné. Ce blocus s’étendit tant bien que mal depuis la Baie de Chesapeake jusqu’à l’embouchure du Mississippi et, à quelques reprises, à l’Ouest de ce point.
Enfin, le quatrième front, qui apparait après que les opérations principales le long du Mississippi aient pris fin[1] avec les chutes de Vicksburg et de Port Hudson, reprend les bases de celui-ci dans le Kentucky et surtout dans le Tennessee, où les opérations avaient toujours lieu, pour se réorienter vers la Géorgie puis vers les Carolines. Nous l’appellerons le front du Heartland, c’est-à-dire du cœur de la Confédération.

A côté de ces quatre fronts principaux, on peut également identifier des fronts ou des opérations mineures, périphériques. Ainsi, dans les premiers temps de la guerre, cinq des Etats frontaliers (le Maryland, le Missouri, la Virginie – dans la partie qui va devenir la Virginie Occidentale -, le Kentucky et le Tennessee) ont fait l’objet d’opérations et/ou de combats de plus ou moins grande importance visant à en prendre le contrôle intégral ou partiel.
Une autre catégorie de combats périphériques peut être identifiée, il s’agit des quelques affrontements ayant eu lieu dans les Etats ou les territoires se trouvant à l’Ouest du Mississippi comme le Missouri, l’Arkansas, le Texas, le Nouveau-Mexique, le Kansas ou le Territoire Indien et dont l’objectif était de prendre possession, si pas des territoires eux-mêmes, des ressources ou des possibilités stratégiques qu’ils offraient.
Enfin, dernière catégorie d’engagements mineurs, les combats en haute-mer entre les navires de l’Union et les corsaires au service de la Confédération dont la mission était d’une part de perturber les approvisionnements maritimes de l’Union et d’autre part de ramener les marchandises prises dans les ports de la Confédération.

Dans ce chapitre, nous réaliserons une présentation des évènements militaires de la guerre par le biais d’une analyse multi-scalaire à trois niveaux. Le premier niveau sera le niveau géostratégique, le second sera le niveau stratégique et le dernier sera le niveau tactique. Ce dernier niveau ne sera traité que dans le cas des batailles majeures. Ensemble, ces trois niveaux composent le spectre de l’analyse militaire.
Mais encore faut-il définir ces concepts. La différence entre ces trois niveaux, tient d’une part à l’échelle prise en considération et d’autres part aux grilles de lecture qui leur sont appliquées, c’est-à-dire les méthodes d’analyse. Ainsi, la tactique opère à l’échelle topographique, donc sur le terrain même, avec pour méthode d’analyse la conduite de la bataille.[2] Elle se définit donc comme étant la conduite des armées sur le champ de bataille.[3]
Le deuxième niveau, le stratégique, se retrouve à l’échelle géographique avec pour cadre d’analyse la manœuvre des forces en vue de la confrontation.[4] La stratégie est donc la conduite d’une armée sur un théâtre d’opération unique, ou « front », en vue d’amener celle-ci à combattre.
Enfin, reste la géostratégie.[5] C’est ici que le débat définitionnel est le plus âpre car pour beaucoup de spécialistes, la géostratégie n’est pas un niveau d’analyse à part entière mais une composante particulière du niveau stratégique qui, est classiquement définie comme se situant à l’intersection entre les domaines militaire et politique, c’est-à-dire dans l’espace compris entre le politique et la tactique.[6] Dans ce chapitre, étant donné que nous nous cantonnons à une analyse militaire, nous n’aborderons pas le domaine politique et nous dissocierons donc la géostratégie et la stratégie afin de pouvoir affiner l’analyse sans devoir respecter la définition classique de cette dernière.[7] Cette approche, en dissociant les deux niveaux, permet une analyse plus approfondie d’une part de la guerre en général et d’autres part des théâtres d’opérations pris séparément.
Il existe donc selon nous, entre ces deux concepts, le même rapport qu’entre la stratégie et la tactique, c’est-à-dire que la géostratégie opère à un niveau spatial supérieur à celui de la stratégie et ce avec une méthode propre.[8] Ainsi, la géostratégie consiste en « l’étude, la préparation ou l’exécution d’opérations militaires à l’échelle macrogéographique, c’est-à-dire une dimension spatiale suffisante pour exclure la constitution d’un théâtre unique »[9]. La méthode d’analyse propre de la géostratégie étant la coordination des différents théâtres sur les plans stratégique – qui envisage l’impact de ce qui se passe sur un théâtre vis-à-vis d’un autre – et logistique – qui porte sur le transfert des forces et des ressources entre les théâtres.[10]

Le tableau suivant fait la synthèse définitionnelle de ces trois concepts.

Figure 18: Les trois niveaux de l’analyse militaire

Source: MOTTE Martin, Une définition de la géostratégie, Paris: Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d’Histoire Militaire, Institut d’Histoire des Conflits Contemporains, 2005, p. 13.

Plus concrètement, notre travail dans ce chapitre sera de présenter les opérations militaires, campagne par campagne, au sein de chaque front en utilisant l’approche multi-scalaire pour les expliquer et les replacer dans leur contexte. En réalisant de la sorte notre analyse militaire du déroulement de la guerre, nous disposerons d’une connaissance précise des évènements ayant eu lieu en plus de pouvoir les appréhender dans leur cadre complet.

Pour mieux comprendre, prenons un exemple qui sera développé en détails plus loin: la campagne de Gettysburg.
Au niveau géostratégique, nous sommes sur le front de Virginie alors que sur le front du Mississippi, l’armée fédérale assiège Vicksburg et que le blocus naval des côtes de la Confédération est globalement établit jusqu’à La Nouvelle-Orléans. Cette campagne, menée par l’armée confédérée du général Lee, devait servir à alléger la pression sur les autres fronts en forçant l’Union à redéployer des troupes et des ressources pour venir au secours de la ville de Washington. Il y a donc bien interaction stratégique et logistique entre les théâtres d’opérations dans le but d’avoir des répercussions l’un sur l’autre.
Au niveau stratégique, l’armée de Lee suit un itinéraire bien particulier devant lui permettre de pénétrer dans les Etats du Nord en toute sécurité, en usant des ressources trouvées sur place et surtout, par ses manœuvres, Lee cherchait un terrain qui lui serait favorable pour livrer bataille et vaincre l’armée nordiste du Potomac. On retrouve donc bien l’ensemble des manœuvres en vue de la confrontation sur un seul et même théâtre.
Enfin, au niveau tactique, on retrouve l’ensemble des mouvements et des attaques ayant ponctués les batailles ayant eu lieu au cours de cette campagne.


[1] Principales car malgré la perte notable d’importance stratégique de ce front, des opérations militaires continuerons à avoir lieu dans cette région.

[2] MOTTE Martin, Une définition de la géostratégie, Paris: Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d’Histoire Militaire, Institut d’Histoire des Conflits Contemporains, 2005, p. 11.

[3] LIEGEOIS Michel, Stratégie et Sécurité Internationale, Notes de cours, Louvain-la-Neuve: UCL, 2011, p. 12.

[4] Martin MOTTE, op.cit., page 11.

[5] Pour plus d’information sur les débats définitionnel dans les études stratégiques, l’ouvrage d’Hervé Coutau-Bégarrie intitulé Traité de Stratégie est une excellente introduction.

[6] Michel LIEGEOIS, op.cit., page 12.

[7] Mais, précisons le de suite, dans le chapitre trois, où nous prendrons en considération le domaine politique, nous aurons recours à la définition classique de la stratégie.

[8] Martin MOTTE, op.cit., page 11.

[9] Idem, page 13.

[10] Ibid.

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