Le CSS Hunley

La Guerre de Sécession a permis de nombreuses innovations technologiques. L’une d’entre elle, si elle n’a pas marqué le cour de guerre, a, incontestablement, changé le cours de l’histoire militaire et stratégique mondiale.

Le 14 février 1864, le CSS Hunley fut le premier navire submersible a avoir envoyé par le fond un autre navire, le USS Housatonic en temps de guerre. Cet évènement marqua le début de l’ère de la guerre sous-marine. Cependant, le CSS Hunley n’était pas le premier sous-marin de l’histoire, Léonard de Vinci en avait déjà dessiné des plans en son temps et plusieurs ingénieurs européens avaient réussi à en mettre d’autres à flot.

Le Hunley doit son nom à Horace Lawson Hunley, un homme d’affaire sudiste spécialisé dans l’ingénierie navale, qui imagina et finança la construction d’un navire submersible après s’être rendu compte que l’Union allait mettre en place un blocus des côtes de la Confédération que celle-ci ne serait pas en mesure d’empêcher.
Associé à James McClintock et Baxter Watson, il commença la construction de son premier sous-marin, le Pioneer, à La Nouvelle-Orléans. En 1862, le vaisseau fut testé dans le Mississippi et dans le lac Pontchartrain avec succès. Mais en raison de la progression des forces unionistes dans le Sud de l’Alabama et la menace que cela faisait peser sur La Nouvelle-Orléans et a fortiori sur le projet, celui-ci fut abandonné et le vaisseau sabordé pour ne pas tomber aux mains de l’ennemi.

Les trois hommes partirent pour Mobile où ils furent rejoint par Thomas Park et Thomas Lyons, deux machinistes, et le lieutenant William Alexander du 21ème régiment d’infanterie de l’Alabama qui fut chargé de superviser le projet pour le compte de l’armée confédérée. Il mirent au point l’American Diver, un sous-marin à propulsion par manivelle après avoir infructueusement testés des propulsion électromagnétique et à vapeur. Bien que les essais, réalisés en janvier 1863, aient montrés que le vaisseau était trop lent, celui-ci fut envoyé, en février de la même année, dans une opération contre le blocus de l’Union. La tentative fut un échec et le navire coula avec son équipage dans la Baie de Mobile suite à une tempête et ne fut jamais retrouvé.

Loin d’être découragé, Hunley et ses acolytes se consacrèrent à la mise sur pied d’un nouveau sous-marin, le CSS Hunley. Celui-ci mesurait 12,04 mètres de long, 1,17 mètres de diamètre et pesait 8 tonnes. Un équipage de sept hommes était prévu pour actionner la manivelle de propulsion et un huitième pour le diriger. Aucune alimentation en air n’était prévue à l’exception de celle présente dans l’habitacle. Enfin, le navire était équipé de deux ballastes, l’une à l’avant et l’autre à l’arrière, afin de permettre son immersion jusqu’à 1, 80 mètre sous la surface.

Le principe d’attaque du sous-marin était simple, celui-ci disposait à l’avant d’une longue perche de 6-7 mètres surmontée d’une charge explosive de 41 kilos de poudre noire, que l’on nommait alors une « mini-torpille », que le navire devait venir déposer sur la coque de son opposant sans que celui-ci ne s’en aperçoive afin qu’elle explose après que le sous-marin se soit éloigné, actionnant de la sorte un fil relié à l’explosif.

Après un essai concluant dans la Baie de Mobile en juillet 1863, sous le regard de l’amiral Franklin Buchanan, de la marine confédérée, le Hunley fut envoyé par voie ferrée jusqu’à Charleston en Caroline du Sud où il arriva le 12 août. Là, il fut saisi par les autorités militaires qui l’intégrèrent à la marine sudiste bien que Hunley et ses acolytes restèrent impliqués dans le projet.

Le premier équipage exclusivement militaire du Hunley fut composé du lieutenant John A. Payne du CSS Chicora qui se porta volontaire pour être aux commandes et de sept autres marins, eux aussi volontaires, issu des navires CSS Chicora et CSS Palmetto State. Le 29 août, alors qu’il devait appareiller pour un essai, le sous-marin coula dans le port de Charleston après que Payne actionna par mégarde la manette des ballastes alors que l’écoutille était toujours ouverte. Seul Payne et deux autres matelots en rechapèrent.

Le 15 octobre, le Hunley, qui avait été renfloué après l’échec de Payne, repris la mer pour des tests, cette fois commandé par Hunley lui-même et sept autres volontaires, qui soit dit en passant devenaient de plus en plus difficile à trouver, mais il ne parvint pas à refaire surface et coula de nouveau, cette fois dans la Baie de Charleston avec l’ensemble de son équipage. Horace Hunley mourra donc des mains de sa propre invention.

Une fois encore, la marine sudiste renfloua le vaisseau et une fois encore, elle l’envoya en mer avec un nouvel équipage le 18 février 1864. Ce jour là, sous le commandement du lieutenant George E. Dixon, le Hunley et son équipages réalisèrent l’exploit qui devait les faire entrer dans les livres d’histoires. Après avoir navigué plusieurs heures pour couvrir la distance d’environ 8 kilomètres séparant le port de Charleston du point où mouillait le USS Housatonic, le sous-marin parvint à manœuvrer pour placer sa charge explosive, se dégager, faire exploser la charge et mettre le cap sur le port. Après l’explosion du Housatonic, le Hunley envoya, près d’une heure après l’attaque, un message par signaux lumineux vers la terre ferme pour annoncer la réussite de sa mission et son retour vers sa base. Le message fut capté par le commandant d’une des batteries côtières sudistes présentes dans la zone, la « Batterie Marshall ». Ce fut la dernière fois que l’on eu des nouvelles du sous-marin qui ne rentra jamais au port. Ce qu’il se passa exactement reste encore aujourd’hui un mystère, cause de nombreux débats entre les historiens. Trois théories sont avancées. Premièrement, alors qu’il faisait route vers Sullivan’s Island, le Hunley aurait été éperonné non-intentionnellement par l’USS Canandaigua alors que celui-ci vint sur zone pour comprendre se qu’il s’était passé et porter secours à l’équipage du Housatonic.
La seconde théorie, pose que la charge explosive du sous-marin aurait exploser trop tôt et par conséquent trop près de celui-ci, entrainant des dommages ayant causé le naufrage.
Enfin, la dernière théorie estime que le navire aurait progressivement pris l’eau suite au tir d’une balle venant du Housatonic et ayant atteint l’un des hublots causant une arrivée d’eau que les membres de l’équipage n’aurait pu contenir car ils avaient oubliés d’emporter une pompe pour évacuer l’eau.

En avril 1995, l’épave du submersible fut officiellement repérée par une équipe de la National Underwater and Marine Agency à environ 100 mètres du Housatonic par 8 mètres de profondeur. Le sous-marin a été enseveli sous plusieurs mètres de limon qui l’ont protégé durant tout ce temps. Officiellement car en 1970, l’archéologue sous-marin E. Lee Spence annonça avoir découvert l’épave sans toutefois pouvoir en apporter la preuve. Par la suite, la divulgation officielle de la position du submersible s’avéra être relativement proche du lieu identifier par Spence comme étant la localisation de l’épave.

Le 8 août 2000, à 8 h 37, le sous-marin a traversé la surface pour la première fois depuis 136 ans, salué par une foule en liesse sur la rive et dans des embarcations. Une fois en sécurité sur sa péniche, le Hunley a été réexpédié à Charleston. L’opération s’est achevée lorsque le sous-marin a été déposé à l’intérieur du Warren Lasch Conservation Center, un ancien chantier naval de Charleston, dans un réservoir d’eau douce spécialement conçu pour permettre sa conservation.

Une fois ouvert, le sous-marin livra au monde l’ensemble de son contenu, l’équipage du navire qui se composait du lieutenant George E. Dixon et des matelots Frank Collins, Joseph F. Ridgaway, James A. Wicks, Arnold Becker, C. F. Carlsen, C. Lumpkin, et Augustus Miller ainsi que de leurs effets personnels.

À l’exception du commandant du sous-marin, le lieutenant George E. Dixon, l’identité des volontaires de l’équipage est longtemps restée inconnue. L’anthropologue Douglas Owsley, du National Museum of Natural History de la Smithsonian Institution, a examiné les corps et d’après les signatures chimiques présentes dans les dents et les os, ainsi que les principaux composants de leurs régimes alimentaires, il en a déduit que quatre d’entre eux étaient nés aux États-Unis – ayant eu un régime à base de maïs – et les quatre autres en Europe – leur alimentation comprenant plutôt du blé et du seigle. Des recherches dans les archives de la Guerre civile ainsi que des tests ADN ont permis à la généalogiste judiciaire Linda Abrams d’identifier Dixon et les trois autres Américains, Collins, Ridgaway et Wicks. L’identification des Européens s’avéra plus problématique, mais fut finalement résolue en 2004.

D’après la position de leurs restes, les hommes sont morts à leurs postes, sans avoir tenté de s’échapper de leur sous-marin qui sombrait.

Les dépouilles des marins furent inhumés dans le Magnolia Cemetery de Charleston le 17 avril 2004. Plusieurs dizaines de milliers personnes assistaient à l’événement, dont 6 000 figurants et 4 000 civils en costumes d’époque. Des représentants des cinq branches des forces armées américaines participaient à la procession, en uniformes actuels. Les honneurs confédérés leur furent rendus, même si seuls deux d’entre eux provenaient des États confédérés.

Les sous-marins n’ont finalement joués qu’un rôle très mineur dans la Guerre de Sécession mais à une échelle temporelle plus large, c’est bien une page importante de l’histoire navale militaire qui a été tournée le 18 février 1864 par le CSS Hunley.

Schéma du CSS Hunley

Vue de l’intérieur d’une reproduction du CSS Hunley

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