The Gettysburg Address

Ce lundi 19 novembre, nous avons célébré le 149ème anniversaire du Gettysburg Address.

A la suite de la bataille de Gettysburg, du 1er au 3 juillet 1863, de nombreuses dépouilles de soldats tombés gisaient dans les prés et collines environnants la petite ville, certains enterrés dans des tombes de fortunes là où ils étaient morts. A côtés de ces hommes, se trouvait également le reste des séquelles de la bataille, trous d’obus, caisses de minutions, cadavres de chevaux, le tout dégageant une odeur pestilentielle dans certain zone.
Pour remédier à la situation, le gouverneur de Pennsylvanie, Andrew Curtin, chargea David Willis, un avocat réputé de Gettysburg, de mettre sur pied un comité local dont la tâche serait de mettre en œuvre le nettoyage du champ de bataille, incluant la construction d’un cimetière. Willis acheta 17 acres (6,9 hectares) sur la colline de Cemetery Hill à cette fin et en confia la planification à William Saunders, un architecte paysagiste.
Durant l’été et l’automne, près de 60 corps étaient ensevelis chaque jours.

Willis décida initialement de réaliser l’inauguration officielle du cimetière, qui reçu le nom de Soldiers’ National Cemetery at Gettysburg, le 23 octobre 1863. Pour ce faire, il demanda au sénateur du Massachusetts, Edward Everett, reconnu pour son éloquence, de venir tenir un discours à cette occasion. Afin de disposer du temps nécessaire pour rédiger son allocution, Everett persuada Willis de déplacer la date d’inauguration au 19 novembre.
Sans trop y croire, trois semaines avant la cérémonie, Willis envoya également une requête au Président Lincoln. « It is the desire that, after the Oration, you, as Chief Executive of the nation, formally set apart these grounds to their sacred use by a few appropriate remarks. »
A la surprise générale, celui-ci accepta de venir. La plupart du temps, Lincoln, dont l’emploi du temps était surchargé pour des raisons bien évidentes, déclinait les nombreuses demandes qui lui parvenaient. Mais à la fin de l’année 1863, la situation politique de l’Union était particulière et Lincoln avait besoin de redonner confiance à la population du Nord et de redéfinir les buts de guerre. Car en dépit d’importantes victoires stratégiques des armées de l’Union durant l’année 1863 comme Gettysburg, Vicksburg ou encore Chattanooga, la Confédération n’était pas encore vaincue malgré le cout humain et financier colossal de la guerre. Le 1er janvier 1863, le gouvernement américain avait proclamé l’abolition de l’esclavage dans les Etats en rébellion, un pas décisif vers la destruction complète du système esclavagiste au Etats-Unis qui modifia de manière irréversible la nature de la guerre. Enfin, la question de la reconstruction des Etats du Sud après la guerre faisait grand débats au Nord. Lincoln entendait se servir de cette occasion pour adresser un message à la population américaine toute entière dans lequel il leur ferrait part de ses vues sur ces questions clés.

Dans le train qui l’amena de Washington à Gettysburg, Lincoln annonça à John Hay, son secrétaire particulier, qu’il se sentait faible et il le répéta à son autre secrétaire, John Nicolay dès le lendemain matin. Hay nota plus tard que durant le discours, le visage de Lincoln avait « a ghastly color » et qu’il était « sad mournful and almost haggard ». Lorsqu’il remonta dans le train à 6h30 pour le voyage du retour, Lincoln, souffrait de maux de tête et de fièvre, se qui fut confirmé plus tard par le diagnostique d’un cas bénin de variole. Au moment du discours, Lincoln était donc probablement atteint des premiers effets de la maladie.

Le discours de Lincoln succéda à celui d’Everett qui comptait plus de 13 000 mots, dura plus de deux heures et fut très applaudi par les près de 12 000 personnes présentes, essentiellement les familles des soldats tombés durant la bataille. Celui de Lincoln dura deux minutes et comptait environ 270 mots.[1] Une fois son discours terminé, le président quitta la scène sans attendre.

Les témoignages relatifs à la réception du discours varient les uns des autres. Sarah A. Cooke, qui y assista alors qu’elle avait 19 ans, rapporta dans ses mémoires en 1931 que la prestation de Lincoln fut suivie d’un silence : « I was close to the President and heard all of the Address, but it seemed short. Then there was an impressive silence like our Menallen Friends Meeting. There was no applause when he stopped speaking ». Se qui est confirmer par Shelby Foote, historien spécialisé dans la Guerre de Sécession, dans son livre The Civil War, pour qui les applaudissement furent décalé et poli. Selon ces témoignages, la foule fut donc surprise par la brièveté du discours et il est fort probable que la condition physique du président ne l’aida pas à soulever les enthousiasmes malgré l’importance que l’on accordera plus tard au texte.
Un autre témoignage, celui de Curtin, le gouverneur de Pennsylvanie, rapporte: « He  pronounced that speech in a voice that all the multitude heard. The crowd was hushed into silence because the President stood before them…It was so Impressive! It was the common remark of everybody. Such a speech, as they said it was! ».
Il est donc impossible de dire qu’elle fut exactement la réaction de l’audience. D’autant plus que les journaux apportèrent eux aussi leur vision du discours sur des bases partisanes. Ainsi, le Chicago Times, d’obédience démocrate, nota le lendemain: « The cheek of every American must tingle with shame as he reads the silly, flat and dishwatery utterances of the man who has to be pointed out to intelligent foreigners as the President of the United States ». Tandis que le New York Times, pro-républicain, complimenta Lincoln pour sa prestation.
Dans une lettre qu’il écrivit au président, Everett le complimenta lui aussi pour son éloquence et sa concision : « I should be glad if I could flatter myself that I came as near to the central idea of the occasion, in two hours, as you did in two minutes », se à quoi Lincoln répondit qu’il était heureux que le discours n’ai pas été un échec complet.

Et ce texte fut finalement loin d’être un échec car il est aujourd’hui considéré comme étant l’un des discours les plus importants de l’histoire américaine autant pour son éloquence que pour le message qu’il véhicula.

Dans ce texte, Lincoln rappelle les principes d’égalité humaine que pointa la Déclaration d’Indépendance et il met en lumière la signification globale de la guerre: la confection d’une nouvelle forme de liberté au sein d’une nouvelle nation. Car Lincoln ne parle plus d’Union américaine mais de nation. Une nation qui en naissant de la guerre civile achève le travail des pères fondateurs. Une nation dans laquelle la démocratie se base sur l’égalité entre les hommes et dans laquelle le pouvoir fédéral prend le pas sur la souveraineté des Etats. Précisons qu’il n’est pas avéré que Lincoln envisage des droits politiques et sociaux égaux entre les blancs et les noirs car si il était ouvertement opposés à l’esclavage il s’était également exprimé plus d’une fois contre le vote des noirs. Mais cela est encore sujet à débat entre les spécialistes.

Le Gettysburg Address représente la meilleure synthèse du sens profond de la Guerre de Sécession.

Four score and seven years ago our fathers brought forth on this continent a new nation,  conceived in liberty, and dedicated to the proposition that all men are created equal.

Now we are engaged in a great civil war, testing whether that nation, or any nation, so conceived and so dedicated, can long endure. We are met on a great battle-field of that war. We have come to dedicate a portion of that field, as a final resting place for those who here gave their lives that that nation might live. It is altogether fitting and proper that we should do this.

But, in a larger sense, we can not dedicate, we can not consecrate, we can not hallow this ground. The brave men, living and dead, who struggled here, have consecrated it, far above our poor power to add or detract. The world will little note, nor long remember what we say here, but it can never forget what they did here. It is for us the living, rather, to be dedicated here to the unfinished work which they who fought here have thus far so nobly advanced. It is rather for us to be here dedicated to the great task remaining before us—that from these honored dead we take increased devotion to that cause for which they gave the last full measure of devotion—that we here highly resolve that these dead shall not have died in vain—that this nation, under God, shall have a new birth of freedom—and that government of the people, by the people, for the people, shall not perish from the earth.

Seule photo connue de Lincoln à Gettysburg le 19 novembre 1863. Elle a été prise par David Bachrach vers midi, environ trois heures avant le discours. La raison pour laquelle on ne dispose pas d’autres photo de cet évènement malgré la présence de nombreux photographes est le fait que ceux-ci ont été, comme tout le monde, surpris par la brièveté du discours et n’étaient pas encore prêt au moment ou Lincoln quitta la scène.

Copie du Gettysburg Address de Hay, annotée par Lincoln


[1] Le nombre de mots varie selon les différentes versions du texte, il en existe cinq, toutes rédigées par Lincoln et confiées par lui à des personnes différentes (Hay, Nicolay, Everett, George Bancroft et Alexander Bliss). Les versions de Hay et Nicolay furent rédigées au alentour du 19 novembre tandis que les trois autres le furent bien après.

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