Les opérations de prises de contrôle des Etats frontaliers: le Tennessee-Oriental

Bien que le Tennessee n’ait pas, à proprement parler, été le théâtre d’opérations militaires pour sa prise de contrôle durant la première période stratégique de la guerre, l’étude de son cas dans cette phase initiale n’en est pas moins intéressante et pleine d’enseignements.

Nous avons déjà vu qu’avant l’attaque de Fort Sumter, il était difficile de prédire dans quel camp le Tennessee se rangerait. Toutefois, après le déclenchement des hostilités, celui-ci fit rapidement le choix de rejoindre la Confédération et les troupes confédérées en prirent très rapidement possession sur le terrain. Cela fut favorisé par la présence du Kentucky neutre qui faisait tampon entre le Tennessee et les armées de l’Union. Une fois cela fait, les opérations de prise de contrôle dans cet Etat furent terminées sans qu’il n’y ait eu le moindre heurt.
Mais le Tennessee était un Etat divisé. Si les comtés de l’Ouest étaient dominés par les pro-sudistes, ceux de l’Est l’étaient par les pro-unionistes.[1] Ainsi de nombreux politiciens de Washington, incluant Lincoln, émirent l’espoir de rééditer avec le Tennessee-Oriental la manœuvre politique qui avait un peu plus tôt réussi avec les comtés du Nord-Ouest de la Virginie, la séparation de l’Etat initial pour en créer un autre qui rejoindrait l’Union.[2]

Au Tennessee, cette entreprise échouera et c’est là qu’il est intéressant de se demander pourquoi.
Les représentants des 36 comtés pro-unionistes du Tennessee se réunirent à l’occasion de deux conventions afin de discuter de la possibilité de se séparer du reste de l’Etat. La première eut lieu les 30 et 31 mai 1861 à Knoxville et la seconde du 17 au 20 juin à Greenville.[3] Il en résultat une lettre envoyée à la législature de Tennessee, qui siégeait à Nashville. Cette dernière rejeta la demande et dépêcha au mois d’août le général Zollicofer sur place afin de tenir la région en main. Il était donc évident que toute tentative de sécession de cette partie du Tennessee ne pourrait se faire qu’avec un soutien militaire de l’Union comme cela a été le cas en Virginie. Dans un premier temps, cela fut impossible en raison de la complexité d’accéder à cette région car pour cela il aurait fallu soit violer la neutralité du Kentucky soit franchir les Cumberland Mountains depuis la Virginie-Occidentale mais cela représentait des difficultés techniques et opérationnelles importantes et ce surtout alors que l’hiver approchait. L’Est du Tennessee était donc stratégiquement coupé des zones sous contrôle de l’Union.[4]

La situation sembla se débloquer une fois que le Kentucky fut envahi par les deux camps et qu’il tomba ensuite rapidement sous le contrôle de l’Union car cela faisait sauter un verrou important sur la route du Tennessee-Oriental pour les troupes du Nord. Ainsi, au mois de novembre 1861, alors qu’une petite armée fédérale placée sous les ordres du Général George Henry Thomas se préparait à marcher vers cette région depuis le Kentucky, les pro-unionistes de la région usèrent des armes que leur avait fait parvenir des agents du Nord pour mener des actions de guérilla contre les forces sudistes en détruisant cinq ponts ferroviaires et en tendant des embuscades.[5] Cependant, le supérieur de Thomas, le général William Tecumseh Sherman, annula l’opération, quand bien même les troupes nordistes n’étaient plus qu’à une soixantaine de kilomètres de la frontière entre les deux Etats, car il redoutait que cela ne favorise une opération sudiste vers le centre du Kentucky depuis la Virginie.[6] La décision de Sherman se basait sur une exagération de sa part des forces confédérés présentes dans la région et celui qui allait devenir l’un des plus brillants généraux ne faisait pas encore preuve des qualités qu’il allait déployer plus tard. Sa décision lui fut vivement reprochée et il fut relevé de son commandement, qui fut confié au général Don Carlos Buell, et envoyé en prendre un autre de moindre importance dans le Missouri. Ainsi, à l’instar du général Lee, Sherman connu des débuts difficiles durant la Guerre de Sécession.[7]

Buell, subissant des pressions de Washington, ordonna à Thomas de reprendre sa marche vers le Tennessee-Oriental. Mais avant même d’atteindre la frontière, celui-ci fut attaqué par une force sudiste, commandée par le général Critenden, à Logan’s Cross Roads près de Mill Springs.[8] Thomas et ses hommes parvinrent à repousser leurs opposants mais ne purent aller plus en avant en raison de l’hiver qui s’abattit sur cette région montagneuse rendant impossible sa traversée.[9]

Par la suite, lorsque des conditions plus clémentes revinrent pour mener campagne, les forces de l’Union se concentrèrent sur la partie occidentale du Kentucky afin de manœuvrer vers le fleuve Mississippi qui présentait une importance stratégique supérieure à celle du Tennessee-Oriental. Cette région resta sous le contrôle sudiste jusqu’en septembre 1863. Durant deux ans, ses habitants pro-unionistes durent payer le prix de leur fidélité car la loi martiale y fut instaurée et plusieurs centaines de civils furent internés. Mais ceux-ci ne se laissèrent pas faire sans rien dire, beaucoup entamèrent une guérilla contre les sudistes alors que d’autres quittèrent l’Etat pour rejoindre les rangs de l’armée fédérale.[10] A ce titre précisons, que le Tennessee fut l’Etat confédéré qui fournit le plus de soldats à l’Union, ils furent près de 30 000.[11]
Pour tenter de combattre la guérilla, les différents commandants sudistes ayant été en charge de la zone, soit dans l’ordre, les généraux Zollicoffer, Edmund Kirby Smith et Sam Jones, usèrent de mesures allant de la répression virulente à d’autres plus conciliantes mais le tout sans jamais rencontrer de succès réels.[12]

En conclusion, ce qui avait fonctionné dans le Nord-Ouest de la Virginie n’a pas pu se reproduire dans l’est du Tennessee en raison des difficultés importantes rencontrées pour rejoindre la zone pour les forces de l’Union et de l’intérêt stratégique nettement moindre que celle-ci représentait en comparaison de la partie occidentale du même Etat.

Figure 22: La situation stratégique dans les Etats du Kentucky et du Tennessee au début de l’année 1862

Sans titre

Figure 23: La dénivellation des Etats du Kentucky, du Tennessee et de Virginie-OccidentaleSans titre


[1] John KEEGAN, op.cit., page 125.

[2] James McPHERSON, op.cit., page 331.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Idem, page 332.

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] Nous reviendrons plus tard sur cette bataille dans la partie consacrée aux opérations sur le front du Mississippi. ; Dans la terminologie sudiste, cette bataille se nomme Fishing Creek. Certains auteurs la nomment Mill Springs dans le but de paraître neutre.

[9] James McPHERSON, op.cit., page 331.

[10] Idem, page 332.

[11] Idem, page 333.

[12] VAN WEST Carroll, Tennessee History: the Land, the People, and the Culture, Knoxville: University of Tennessee Press, 1998, p 155.

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