Docu-fiction: le rôle d’Abraham Lincoln dans l’adoption du 13ème amendement par Steven Spielberg

Avant toute chose, ne lisez pas ceci si vous n’avez pas vu le film parce je ne pourrai pas éviter les spoils (même le titre est déjà un indice).

J’attendais ce film avec une impatience digne de celle d’un gosse à la veille de Noël…et je connais un gros barbu qui doit bien se foutre de ma balle dans sa cabane du fin fond de la Laponie.
J’espérais que Lincoln serait à même de me faire revivre le sentiment qui m’avait envahi la première fois que j’ai vu Gettysburg. J’ai été naïf.

Premièrement, ce film suinte l’idéalisme par tous les orifices (et avec lui son immanquable manichéisme). On nous ressasse encore une fois que la Guerre de Sécession est uniquement une affaire d’esclavage et que les gentils abolitionnistes ont gagnés contre les méchants esclavagistes (notons au passage qu’on a en plus que le point de vue du Nord). Pas la peine de se fatiguer à gratter un peu plus loin que la surface pour aller chercher la vérité historique, il suffit de suivre le sens commun… Cette guerre est déjà assez mal connue par la population (surtout américaine), on pouvait aisément se passer d’un clou supplémentaire dans la planche de l’ignorance populaire.

Deuxièmement, faire un film sur Lincoln ou sur la Guerre de Sécession ne devrait pas s’en tenir à ça… Toute l’histoire tourne autour d’un seul et unique évènement, toute la guerre et le rôle de Lincoln dans celle-ci sont résumés à cela: l’adoption par la chambre des représentants du 13ème amendement à la Constitution des Etats-Unis, celui qui met un terme à l’esclavage dans ce pays. Même la victoire finale est présentée comme la résultante de l’adoption de ce texte (ce qui au passage est une insulte éhontée à tout les soldats, bleus et gris, qui ont pris part à cette guerre). Si on ne tiens pas compte de l’idéalisme, ce film se résume donc à un docu-fiction sur le rôle de Lincoln dans l’adoption de cet amendement. Moi je reste sur ma faim. Spielberg avait l’occasion de traiter cette guerre en nous montrant sa conduite non pas sur le terrain mais dans sa dimension politique et stratégique…il ne l’a pas fait. Mais ça doit être moi l’idéaliste sur ce coup là.

Ceci dit, ne vous méprenez pas, ce film n’est pas une merde. Ce qui est fait, est bien fait. Je n’ai pas noté d’erreurs historiques (bien que je laisse aux historiens spécialisés sur la question de l’esclavage aux USA le soin de se prononcer sur le sujet car ce n’est pas mon terrain) et le jeu des acteurs est très bon, surtout celui de Tommy Lee Jones. Daniel Day-Lewis est très bon aussi (même s’il ne m’a pas soulevé le cœur) et la quasi totalité des seconds rôles le sont tout autant (deux ou trois méritant même d’être tout particulièrement notés). Les décors sont également très réalistes. Mais encore une fois, ce qui est fait n’est pas suffisant.

En conclusion, je n’irai pas jusqu’à dire que Lincoln chasseur de vampires était mieux (il ne faut quand même pas déconner) mais au moins avec ce film je n’ai pas été trompé sur la marchandise: j’attendais de la merde ridicule, j’ai eu de la merde ridicule. Ici, j’attendais du bon voire du très bon et j’ai eu Lincoln de Spielberg…

Je vous en supplie donnez moi mon second chef d’œuvre sur la Guerre de Sécession, je l’attends depuis 1994…

Sans titre

13 réflexions au sujet de « Docu-fiction: le rôle d’Abraham Lincoln dans l’adoption du 13ème amendement par Steven Spielberg »

  1. Bonjour. Désolé d’arriver aussi longtemps après la bataille (celle pour le 13e amendement, entre autres). N’ayant pas vu le film (et compte tenu de vos commentaires, ça attendra sans doute encore un… certain temps), je me garde de toute appréciation personnelle mais on pouvait hélas craindre une telle approche réductrice et simpliste d’un personnage pourtant ô combien complexe, fascinant et pétri d’ambiguïtés au cœur d’une crise ô combien complexe etc… Touchant des questions aussi sensibles et épidermiques que celle de l’esclavage, le temps ne semble décidément guère être à la nuance ici comme là bas. Merci en tout cas de vos impressions.

    • Salut,

      Il est vrai qu’avec le recul, je me dit que c’était probablement prévisible mais ma réaction à été faite à chaud (ce qui il est vrai n’est jamais une bonne idée) et il est probable que j’en attendais trop. Ceci étant dit je maintiens mes positions, ce film ne mérite pas les honneurs qu’il a reçu. Néanmoins, je t’invite quand même à le regarder dès que possible, on ne se fait une bonne opinion que par sois même parait-il.

  2. Salut,

    Je suis désolé de poster aussi tardivement (presque en septembre!!!), mais je pense que vous n’avez pas forcément tout à fait compris le sens du film (ceci dit avec tout le respect que je vous dois, cela va de soi).

    Personnellement, je l’ai découvert tout récemment (un mois à peu près) et j’y ai trouvé exactement ce que j’y attendais : un film politique. pas un film de guerre.

    Comme vous vous en êtes rendu compte, ce film ne retrace pas du tout l’histoire de la fin de la guerre de sécession, mais celle de l’obtention du XIIIeme Amendement « dans le contexte » de la Guerre de sécession.

    Je me permets donc de réagir lorsque je lis cette phrase :
    « On nous ressasse encore une fois que la Guerre de Sécession est uniquement une affaire d’esclavage et que les gentils abolitionnistes ont gagnés contre les méchants esclavagistes »

    ou celle-là :
    « Toute l’histoire tourne autour d’un seul et unique évènement, toute la guerre et le rôle de Lincoln dans celle-ci sont résumés à cela: l’adoption par la chambre des représentants du 13ème amendement à la Constitution des Etats-Unis, celui qui met un terme à l’esclavage dans ce pays. Même la victoire finale est présentée comme la résultante de l’adoption de ce texte (ce qui au passage est une insulte éhontée à tout les soldats, bleus et gris, qui ont pris part à cette guerre). »

    Je pense donc que vous êtes manifestement en dehors du sujet, et que vous n’avez tout simplement pas compris le film. (Ceci dit le plus respectueusement du monde)

    L’histoire du film est pourtant simple : Le régime de l’esclavage n’était traité que de façon imparfaite par la Proclamation d’Emancipation du 1er janvier 1863. Cette proclamation, qui assimilait l’esclave à une prise de guerre et relevait du droit de la guerre risquait d’être abrogée une fois la paix revenue et les esclaves, considérés comme des biens matériels, pouvaient être restitués à leurs anciens propriétaires.
    Pour assurer la liberté des esclaves, il faut donc impérativement inscrire cela dans la Constitution.
    Voilà la base du film. Mais ce n’est pas la plus compliquée…

    L’intrigue est la suivante : Au début du film, Lincoln sait que la guerre est gagnée. Les états du Sud sont à genoux et l’aile droite du parti républicain veut la paix (Lincoln est républicain). Mais lincoln ne veut pas de la paix avant de régler une bonne fois pour toute le sort de la proclamation d’Emancipation.

    Voilà. Le film relate la façon dont il va résoudre ce problème. Aucunement la façon dont il « termine » la guerre (il ira jusque à faire foirer les négociations de paix pour faciliter le vote du XIIIeme amendement).

    Donc je crois que vous vous êtes mépris lorsque vous dites : « toute la guerre et le rôle de Lincoln dans celle-ci sont résumés à cela: l’adoption par la chambre des représentants du 13ème amendement à la Constitution des Etats-Unis ». Non… Pas toute la Guerre… Le film, seulement. Le film. La guerre n’est pas traitée dans ce film. Pas du tout, pas un brin. Mis à part comme un contexte de fond.

    Spielberg ne dit pas que la guerre a été gagnée par ce vote, pas du tout, or, c’est ce que vous y avez vu, à ce qui semble.

    J’espère que je vous ai donné envie de le revoir.

    Respectueusement,

    Laurent.

    • Slt.

      Tout d’abord merci pour ton commentaire.

      Ensuite, comme je l’ai déjà dis, lorsque j’ai rédigé cet article, c’était peu de temps après avoir vu le film et «à chaud», ce qui explique mon ton assez dur. Avec plus de recul, je suis assez d’accord pour dire que l’objectif du film n’était pas la Guerre de Sécession. Mais là où je persiste et signe c’est bien sur l’occasion manquée, Spielberg aurait pu (du ?) saisir l’opportunité d’en faire plus, et d’au minimum replacer plus en détail le contexte, c’est-à-dire la guerre elle-même, et surtout d’éviter les pièges de l’idéalisme.

      Ceci étant dit, les opinions étant personnelles par essences, il s’agit ici surtout d’une question d’interprétation que de véracité.

  3. Bonjour,
    Je partage un peu ton point de vue quant à la représentation du président Lincoln, comme toi j’ai trempé dans la guerre de sécession depuis un certain « les cavaliers du ciel » mais contrairement à toi je n’espérais pas un autre traitement du 16éme président des États-Unis que celui réalisé par l’auteur de la liste de Schindler. J’entends en cela la vision idéalisée spielbergienne d’une des périodes les plus dramatiques de l’histoire américaine où le réalisateur ne pouvait se permettre la moindre fausse note auprès du « grand public » et éviter l’écueil qu’un portrait plus simple, moins idéalisé et surtout moins centré sur le 13ème amendement, aurait pu rencontrer.
    Le politiquement correct domine le monde en général et le cinéma en particulier il est dommage qu’un réalisateur chevronné comme lui n’est pas abordé des sujets tout aussi intéressants que l’abolition de l’esclavage, comme la suppression des droits individuels fondamentaux pour faire taire les voix dissonantes durant le début de la guerre, sa lutte avec ses généraux (Mc Clellan en particulier cela aurait pu donner lieu à des scènes amusantes) ou tout simplement sa vision et sa conduite de la guerre en opposition avec celle de Davis. Mais là je reviens à ce que tu souhaitais : un film sur la guerre de sécession avec Lincoln en ligne directrice. Sur ce point le film m’a déçu également et malheureusement lorsque j’en ai parlé autour de moi, la majorité des gens ont trouvé le film un peu long et ont gardé à l’esprit que le grand œuvre du président fut la réussite (par la ruse et la manipulation) dans le vote du 13ème amendement et ont éclipsé totalement la toile de fond de cette histoire : la résolution du différend Nord-Sud, la fin de la guerre de sécession dont l’abolition de la politique esclavagiste sudiste n’est pas une fin en soi mais un levier politique.

    Merci pour ton travail particulièrement intéressant que je suis de près.

    • Slt.

      Tu as probablement raison, Spielberg pouvait difficilement se permettre de prendre des risques surtout quand on connait la propension idéaliste de la population américaine envers sa propre histoire. Mais – au risque de me répéter – je ne peux m’empêcher de trouver cela dommage.

      • Désolé, je n’avais pas compris la question dans ce sens.

        Au final, l’amendement à été adopté par le Sénat le 8 avril 1864 par 38 voix pour et 6 contres et à la Chambre le 31 janvier 1865 par 119 voix contre 56. Enfin, dernière étape, le quota des 3/4 de ratification par les états a été atteint le 6 décembre 1865 faisant de la sorte entrer l’amendement légalement en vigueur.

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