McClellan prépare l’Armée du Potomac

Après le désastre de Bull Run, Lincoln et le général Scott rappelèrent à Washington le général George McClellan, alors à la tête des opérations en Virginie-Occidentale, afin de lui donner le commandement de l’Armée du Potomac.[1] Très vite, celui que l’on surnommera « Little Napoleon », se révèlera être un formidable organisateur. Les troupes qu’il fut chargé de reprendre en main étaient, après Bull Run, dans un état de délabrement militaire complet: le moral était au plus bas, l’organisation était inexistante et surtout les hommes n’étaient pas des soldats mais des civils équipés de matériel militaire. McClellan changea tout cela et fit de l’Armée du Potomac une force militaire digne de ce nom en réorganisant l’armée, en entraînant les hommes pour en faire de vrais soldats et en leur rendant le moral. Ceux-ci le lui rendirent bien car McClellan fut l’un des généraux de l’Union jouissant d’une des plus grandes grande popularité auprès des troupes et ce tout au long de la guerre.

A la suite de Bull Run, les dirigeants de l’Union convinrent du fait qu’une stratégie militaire était nécessaire, ils ne pouvaient plus se contenter de chercher à prendre la capitale ennemie sans réfléchir. Ainsi le 23 juillet, Lincoln rédigea un mémorandum traçant les grandes lignes de cette stratégie.[2] Il était nécessaire de rendre effectif le blocus des côtes de la Confédération, d’assurer la défense du Maryland, de réorganiser les troupes du front de Virginie (notamment en remplaçant Patterson par Nathaniel Banks) et de prendre l’offensive dans l’Ouest.[3] Ainsi, entre la défaite de Bull Run et la fin de l’année 1861, la prise de contrôle des Etats frontières se termina progressivement, avec la prise de la Virginie-Occidentale et du Kentucky. Dans le Trans-Mississippi, la lutte interne au Missouri se poursuivit et quelques engagements mineurs eurent lieu dans les Territoires Indiens. Enfin, les opérations du blocus commencèrent sur la côte Atlantique. Mentionnons également que sur le plan international, une crise diplomatique entre les Etats-Unis et l’Angleterre éclata le 8 novembre suite à l’arraisonnement du Trent, un navire bâtant pavillon britannique par un vaisseau de guerre de la marine nordiste. Cet incident fit planer le risque d’une intervention anglaise au profit de la Confédération peut après que celle-ci eut emporté une importante victoire et alors que la situation figée en Virginie faisait croître les chances d’une reconnaissance de la Confédération par les puissances européennes. Mais la crise fut finalement résorbée grâce à l’excellente maîtrise diplomatique du président américain.[4]

Le 1er novembre, Lincoln accepta la démission du général Scott, devenu trop vieux pour sa charge, mais surtout parce que la relation de celui-ci avec McClellan était conflictuelle ce qui nuisait à l’effort de guerre. « Little Napoleon » se vit donc confier le poste de général en chef des forces de l’Union en plus de celle de général de l’Armée du Potomac dont la reformation était achevée. Mais bien qu’elle fût prête, McClellan ne la lança pas à l’attaque contre les confédérés. Il trouvait toujours une excuse pour justifier l’inaction: supériorité numérique de l’ennemi – rien n’était moins faux –[5], approvisionnements pas encore totalement distribués aux unités, sa propre maladie – il fut atteint de la typhoïde -, etc… Bref, l’Armée du Potomac n’était jamais assez prête car McClellan ne souhaitait pas prendre le risque de subir un échec et de voir tout son travail d’organisation anéantit.[6] Car il avait fait un formidable travail sur ce point mais il n’était pas un combattant, sa crainte de l’échec était aussi grande que son ego. De plus en plus de temps passait depuis Bull Run et l’inaction de l’Armée du Potomac commençait à irriter la population et les élus du Nord, éreintant progressivement la popularité de McClellan, pourtant accueillit en héros à son arrivée à Washington quelques mois plus tôt.

L’incident le plus manifeste de cette tendance fut celui du « canon factice ». A la fin du mois de septembre, les sudistes évacuèrent un avant-poste d’artillerie établi sur Munson’s Hill, une hauteur surplombant le Potomac. Malgré sa situation exposée, cette position n’avait pas été attaquée par les forces fédérales qui craignaient la puissance de feu de la pièce d’artillerie sudiste qui s’y trouvait. Mais quand ils s’y rendirent après le retrait confédéré, les soldats nordistes ne trouvèrent qu’un petit tronc d’arbre taillé et peint de façon à imiter un affut de canon. Cette affaire peu glorieuse fut reprise pas la presse du Nord et contribua donc à éreinter la réputation de McClellan.[7]

La présence des forces sudistes non loin de Washington était pour beaucoup dans ce changement d’humeur, la population du Nord supportant de moins en moins que les sudistes soient aussi près de la capitale sans que l’armée fédérale ne réagisse. Au mois d’octobre 1861, l’armée confédérée commandée par les généraux Beauregard et Johnston comptait 45 000 hommes dont les avant-postes étaient cantonnés aux alentours de Centreville et certaines unités d’artillerie étaient positionnées plus en amont sur le Potomac afin d’y interdire la navigation. De son côté l’armée fédérale disposait de 120 000 hommes retranchés derrière le Potomac, essentiellement autour de Washington.[8]

McClellan fit enfin son premier mouvement le 21 octobre. Mais il ne s’agissait pas de marcher sur le gros des forces rebelles, plutôt de tenter de reprendre le contrôle de Leesburg, à 65 kilomètres en amont sur le Potomac. La petite force fédérale chargée de cette opération était commandée par le général Charles Pomeroy Stone. La bataille qui en résultat, nommée Ball’s Bluff, se déroula sur une petite île située au milieu du Potomac et fut un désastre pour l’Union qui perdit près de 1000 hommes – tués, blessés ou prisonniers – dont le colonel Edward Baker, un ami personnel de Lincoln.[9] De leur côté, les sudistes, non content de rester maître du terrain, n’eurent qu’environ 150 pertes. Mais le principal impact de cette défaite nordiste fut politique. Le Congrès mit sur pied une Commission d’enquête chargée de comprendre les raisons des défaites de Bull Run et de Ball’s Bluff.[10]

Un second engagement mineur eut lieu le 20 décembre à Dranesville lorsque deux forces d’approximativement 4000 à 5000 hommes, chargées de convoyer des chariots de ravitaillements tout en réalisant une reconnaissance de la région, se rencontrèrent à mi-chemin entre Leesburg et Vienna. Les fédéraux étaient commandés par le général Edward Otho Cresap Ord et les confédérés par le général James Ewell Brown Stuart. Les pertes furent légères des deux côtés et pour la première fois depuis le début de la guerre, l’armée fédérale remporta une victoire à l’est des Monts Allegheny. Mais comme pour Ball’s Bluff, Dranesville n’eut aucun impact stratégique sur la situation du front de Virginie, il ne s’agissait que d’engagements mineurs dû plus à des déplacements de troupes de petites tailles qu’à une visée stratégique globale de la part des belligérants.

Pour être complet sur cette période intermédiaire du front de Virginie, il convient de mentionner que les forces sudistes du général Jackson, présentes dans la petite partie de la Virginie-Occidentale encore sous contrôle confédéré (c’est-à-dire celle se trouvant au sud du Maryland), lancèrent une attaque vers le Potomac dans le but de perturber la ligne de chemin de fer Baltimore-Ohio ainsi que le canal Chesapeake-Ohio. Lancée le 1er janvier 1862 depuis Winchester, cette petite campagne de Jackson mena à la bataille mineure de Hancock le 5 janvier. Mais les sudistes n’ayant pu trouver un passage pour franchir le Potomac, l’engagement se limita à un duel d’artillerie entre la garnison fédérale de Hancock et les troupes de Jackson installées sur l’autre rive au sommet de Orrick’s Hill. Finalement, le 7, Jackson entama son repli sur sur la ville de Romney en Virginie-Occidentale.[11]

La situation sur le front de Virginie restera en l’état après ces quelques petites actions sans importance stratégique, les deux camps ayant prit leur quartier d’hiver, plus rien ne se passa avant le printemps 1862. McClellan n’osa pas prendre l’offensive et les confédérés appliquèrent une stratégie défensive.[12] A la fin de l’année 1861, la situation sur ce front était donc figée, provoquant une certaine angoisse dans les milieux politiques du Nord. Non seulement, les forces fédérales ne faisaient rien pour mâter la rébellion alors que tous avaient espérés une victoire rapide, mais en plus ils estimaient que le temps jouait en la faveur de la Confédération qui pouvait faire valoir son indépendance de facto dans l’espoir de recevoir l’aide des puissances européennes, ou à tout le moins leurs reconnaissances politiques.

Figure 29: La Virginie du Nord et la région du Potomac inférieur dans la seconde moitié de l’année 1861

Sans titre


[1] James McPHERSON, op.cit., page 379.

[2] Idem, page 380.

[3] Ibid.

[4] Nous reviendrons plus en détail sur cet évènement dans la partie consacrée à l’étude de la Guerre de Sécession dans le cadre du système international.

[5] Cela fut agravé par les rapports au mieux incomplet au pire erronés, des services de renseignements de l’Union dirigé par Allan Pinkerton.

[6] James McPHERSON, op.cit., page 392.

[7] Idem, page 393.

[8] Idem, pages 392-393. ; John KEEGAN, op.cit., page 132.

[9] James McPHERSON, op.cit., page 394.

[10] Idem ; Pour plus d’information sur cette Commission et sur ses implications politiques, se référer à l’ouvrage de James McPherson.

[11] FLOYD Dale E., LOWE David W., Hancock, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[12] James McPHERSON, op.cit., page 399.

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