La campagne de Virginie du Nord

Lors de la seconde phase de la campagne de la Péninsule, l’armée confédérée avait mis un terme à la menace planant sur Richmond en repoussant sa rivale jusqu’à l’embouchure du fleuve James et en lui ôtant toute volonté de continuer le combat. Mais à Washington, les dirigeants politiques et militaires de l’Union n’entendaient pas accepter cette situation sans réagir. Une nouvelle opération allait être préparée pour tenter, une fois encore, de l’emporter sur le front de Virginie et ainsi réessayer de porter un coup fatal à la Confédération. Premièrement, le 11 juillet, Lincoln nomma au poste de général en chef – dont McClellan avait été dépossédé quelques mois plus tôt – un général venu de l’Ouest, Henry Wager Halleck.[1] Deuxièmement, ayant constaté les difficultés de coordination entre les différentes forces présentent dans le Nord de la Virginie lors de la campagne de la vallée de la Shenandoah, il regroupa ces forces au sein d’un nouveau département militaire, l’Armée de Virginie, dont le commandement fut confié à un autre général venu de l’Ouest, John Pope.[2]
Celui-ci se voulait un commandant décidé et combatif, cherchant de la sorte à rompre avec l’image donnée à l’armée nordiste par McClellan. Mais cela n’allait pas plaire à tout le monde, à commencer par ses soldats – toujours attachés à la personnalité de McClellan – qui furent particulièrement choqués par la déclaration que fit Pope peu après sa prise de commandement : « I have come to you from the West, where we have always seen the backs of our enemies, from an army whose business it has been to seek the adversary, and to beat him to when he was found, whose policy has been to attack and not defense… Let us look before us, and not behind. Success and glory are in the advance, disaster and shame lurk in the rear. »[3] Bien que son comportement ait été particulièrement controversé, Pope avait au moins la volonté d’agir pour changer le cours des évènements en déplaçant très vite ses forces pour aller frapper l’armée sudiste et prendre Richmond. Mais de son côté, Lee avait tiré les enseignements de la période des Sept Jours et après avoir réorganisé son armée, prit immédiatement les dispositions nécessaires pour contrer la nouvelle menace que faisait planer l’Armée de Virginie. Le commandant sudiste comptait bien ne pas abandonner l’initiative stratégique à son adversaire, la campagne de la Péninsule lui en ayant apprit l’importance.

Au moment où allait s’engager la campagne de Virginie du Nord[4], la situation des autres fronts avait peu, voire pas, évolué. Sur le front du Mississippi, l’Union avait vu en juin sa forte progression de la première moitié de l’année enfin freinée et les forces sudistes du général Braxton Bragg venaient d’entamer une tentative pour reprendre l’initiative dans cette région en lançant une invasion du Kentucky depuis le Tennessee-Oriental. Dans le même temps des combats de résistance de la part des confédérés eurent lieu dans la région de Baton Rouge sans pouvoir renverser la vapeur.
A l’ouest du Mississippi, l’Union cherchait à prendre le contrôle de l’Arkansas, ainsi deux petites opérations eurent lieu à cette fin, en vain, alors que la guerre civile interne du Missouri se poursuivait toujours avec un regain de violence engrangé par les combats opposant les partisans soutenus par des envoyés des deux camps qui cherchaient à obtenir le contrôle de l’Etat.
Enfin, les actions nordistes de blocus des côtes du Sud se poursuivaient toujours, deux opérations eurent ainsi lieu, l’une au large de la Caroline du Sud et l’autre contre la ville floridienne de Tampa.
Pour être complet, mentionnons également le soulèvement des indiens sioux[5] au Minnesota qui nécessita l’emploi de forces fédérales.
Globalement, la situation stratégique de la guerre était encore fortement semblable à celle qui avait prévalu au moment de la campagne de la Péninsule.

La nouvelle Armée nordiste de Virginie, officiellement établie le 26 juin – le jour même où Lee lançait sa contre-offensive des Sept-Jours – se composait des trois forces présentes dans le Nord de l’Etat et qui avait pris part aux combats de la Vallée de la Shenandoah contre les forces de Jackson: le département de la Montagne de Fremont – qui, refusant de combattre sous les ordres de Pope, démissionna et fut remplacé par le général Franz Sigel –, le département de la Rappahannock de McDowell et enfin celui de la Shenandoah de Banks. Y furent également adjoint une portion de trois des corps d’armée de l’Armée du Potomac, le corps d’armée de Burnside qui devait être rapatrié des côtes de Caroline et quelques autres forces mineures comme la division général Jacob Dolson Cox, située en Virginie-Occidentale.[6] Cela portait les effectifs de Pope à quelque 77 000 hommes. Précisons, que Pope choisit de placer ses deux brigades de cavalerie sous le commandement de deux différents corps d’armée. La brigade du général John Porter Hatch avec le corps de Banks et celle du général George Dashiell Bayard avec le corps de McDowell.[7]
De son côté, Lee, qui avait constaté les difficultés de communications engendrées par l’organisation complexe de l’Armée de Virginie du Nord lors de la période des Sept Jours, décida de réorganiser son armée en deux ailes[8], l’une sous les ordres de Jackson et l’autre sous Longstreet. Les forces de cavalerie de Stuart étant jointes à l’aile de Jackson. Au total, l’armée sudiste comptait approximativement 70 000 hommes. De nombreux officiers, jugés peu ou pas compétent, furent écartés et envoyés sur d’autres théâtres durant cette réorganisation.[9]

Lincoln ne comptait pas se laisser abattre par la retraite de l’Armée du Potomac et décida de lui envoyer le soutien de la nouvellement constituée Armée de Virginie afin de faire peser une pression conséquente sur les arrières des forces confédérées. L’objectif était soit de forcer Lee à remonter vers le nord, pour faire face à Pope, ce qui aurait eu pour effet de redonner de l’air à McClellan, lui donnant de la sorte la possibilité d’à nouveau menacer Richmond, soit de laisser cette tâche à Pope si l’armée confédérée ne mordait pas à l’hameçon. Mais l’Armée de Virginie avait également pour tâche de protéger Washington et d’empêcher toute progression sudiste vers la vallée de la Shenandoah.[10]

Mais de son côté, Lee ne comptait bien entendu pas se laisser prendre au piège et ambitionnait de saisir l’opportunité de détruire une par une les deux armées fédérales.[11] Ainsi dès qu’il fut informé de la progression de Pope vers Gordonsville, entamée le 12 juillet, il décida d’envoyer une partie de l’aile de Jackson, environ 12 000 hommes, y prendre position afin de protéger l’important nœud ferroviaire s’y trouvant.[12] En effet, cette position permettait de connecter Richmond au centre de la Virginie grâce au Virginia Central Railroad et, dans sa progression, Pope comptait la neutraliser. Jackson atteignit Gordonsville le 19 juillet.[13] Dans le même temps, Lee fut informé par le capitaine Ted Singleton Mosby que le corps d’armée de Burnside voguait vers la Baie de Chesapeake.[14] Lee fut ainsi encore un peu plus convaincu de l’imminence d’une attaque depuis le nord bien que McClellan était toujours présent dans le Sud de la Péninsule de Virginie. Mais ce-dernier ne bougeait pas. Même lorsque Lincoln lui intima l’ordre de saisir l’opportunité offerte par le départ vers le nord de Jackson, McClellan ne bougea pas et réclama des renforts.[15] Finalement lassés, Lincoln et Halleck décidèrent de mettre un terme à la présence de l’Armée du Potomac dans la Péninsule et le 3 août, celle-ci commença à évacuer les malades et les blessés puis, le 14, le reste de l’armée commença lui aussi à embarquer.[16] Lee, toujours aussi à même de lire l’esprit de son adversaire, comprit bien avant Lincoln que McClellan ne tenterait plus rien, et c’était donc déjà persuadé de cela qu’il avait décidé d’envoyer Jackson faire face à Pope. Rien n’était venu lui donner tot le 27 juillet, quand il ordonna au général A. P. Hill d’emmener 12 000 hommes supplémentaires rejoindre Jackson.[17]

Pope ordonna à ses trois commandants de corps de converger vers Culpeper le 7 août. Ceux-ci étaient initialement positionnés à Front Royal (le 1er corps sous les ordres de Sigel), Little Washington, Culpeper (le 2ème corps sous les ordres de Banks) et aux abords de Fredericksburg (le 3ème corps sous les ordres de McDowell) afin d’assurer une ligne de défense interdisant l’accès au Nord de la Virginie aux forces sudistes. Le déplacement des différentes composantes de l’armée nordiste vers Culpeper s’avéra bien difficile. Sigel, ne comprenant pas les ordres qui lui étaient envoyés et ne cessant de demander des instructions complémentaires, ne bougea pas pendant plusieurs heures et McDowell dut faire progresser ses troupes sur de petites routes longeant la Rappahannock ce qui ralentit considérablement sa progression. Même Banks, dont le gros des troupes se trouvait déjà aux alentours de Culpeper, ne parvint à rassembler que 8000 de ses hommes.
Bien informé sur l’évolution des forces fédérales, Jackson décida de saisir l’occasion d’aller attaquer Banks avec l’ensemble de ses troupes et se mit en marche vers le nord. Banks fut informé de ces mouvements grâce à ses unités de cavalerie.[18] Alors qu’il se savait largement inférieur en nombre – environ 8000 hommes contre les quelques 17 000 que Jackson et Hill engagèrent dans la bataille (sur une force totale d’environ 22 000 hommes) –, il opta pour une solution pour le moins osée et allant à l’opposé des principes de la guerre: il se porta à l’attaque. L’engagement eut lieu le 9 août à Cedar Mountain.[19] Bien que les nordistes dominèrent le début de la bataille, ils ne purent résister à une puissante contre-attaque sudiste et furent contraints de se replier vers le nord.[20] Cependant, l’arrivée du reste des forces de Pope contraignit tout de même Jackson à retourner à Gordonsville deux jours plus tard.[21] Cette bataille ne fut pas sans conséquence. Au Nord, Halleck ordonna au général Jesse Lee Reno du corps de Burnside de se joindre à l’Armée de Virginie et il annula la progression de celle-ci vers Gordonsville, abandonnant une fois encore l’initiative stratégique à Lee. Au Sud, ce-dernier décida de profiter de l’occasion pour quitter pour de bon la Péninsule et fit déplacer vers le nord l’aile gauche de son armée, sous les ordres de Longstreet, ne laissant pour la défense de Richmond que les divisions des généraux Lafayette McLaws et Daniel Harvey Hill, soit tout de même près de 20 000 hommes. La bataille de Cedar Mountain marqua ainsi de manière claire le déplacement du centre de gravité du front de Virginie de la Péninsule vers le nord de l’Etat, dans la région de la Rappahannock.[22]

Lee rejoignit les forces de Jackson le 15 août à Gordonsville, disposant de la sorte de près de 55 000 hommes, tout comme Pope. Celui-ci avait retranché ses troupes derrière la Cedar Creek. Envieux de poursuivre sur sa lancée, Lee planifia un mouvement tournant autour de l’armée fédérale en profitant de la Clark’s Mountain pour masquer son approche. Son objectif était de venir frapper le flanc droit de Pope et couper à la fois sa route de retraite vers Washington ainsi que celle que d’éventuels renforts issus de l’Armée du Potomac devraient prendre pour rejoindre Pope.[23] Mais suite à un raid de cavalerie mal mené par le général Stuart, des cavaliers nordistes s’emparent des effets personnels du commandant de la cavalerie sudiste, incluant un ordre de Lee détaillant le plan d’action à venir. Aussitôt informé, Pope se replia derrière la Rappahannock et refusa le combat car il attendait que des renforts lui soient envoyés, les éléments de l’Armée du Potomac.[24] Et justement, le 22 août, le Vème corps d’armée du général Fitz-John Porter débarqua Aquia Creek, à l’embouchure de la Rappahannock et se vit immédiatement intimé l’ordre de partir rejoindre l’Armée de Virginie.

Comprenant qu’il ne pouvait se permettre d’attendre que Pope soit renforcé, car il aurait eut à faire face à une supériorité numérique nordiste bien trop écrasante, Lee se lança dans une nouvelle manœuvre audacieuse et pleine de génie. Tout d’abord, le 23 août, il chargea Stuart d’une mission sur la droite de l’armée fédérale, ce qui lui permit de découvrir que l’aile droite de Pope était « en l’air », sans aucune protection, lors du raid de Catlett Station[25]. Lee décida donc de tenter une grande manœuvre de flanc afin de se retrouver sur les arrières de forces de l’Union.[26] Fidèle à lui-même, il divisa son armée en deux en chargeant Jackson de remonter la Rappahannock vers le nord. Celui-ci se mit en marche le 25 août, mais entre temps, pour s’assurer de donner le change, Lee avait ordonné de lancer quelques petites opérations de diversion dans la zone de Rappahannock Station.[27] Ainsi, du 22 au 25 août une série de plusieurs petites batailles se déroula dans le secteur: Waterloo Bridge, Lee Springs, Freeman’s Ford et Sulphur Springs.[28] Le plan fonctionna parfaitement. Pope fut à ce point persuadé de l’imminence d’une attaque dans ce secteur qu’il en renforça les défenses et les effectifs présents.
Les forces de Jackson furent ainsi pleinement libres de réaliser de nouvelles prouesses et parcoururent près de cent kilomètres en deux jours sans rencontrer de résistance.[29] Après avoir passé Thoroughfare Gap, ils atteignirent Bristoe Station, un peu au sud de Manassas sur la ligne de chemin de fer de la Orange and Alexandria Railroad, le 26 août en fin d’après-midi. Un peu avant la tombée de la nuit, Jackson lança ses éléments de tête prendre possession du dépôt fédéral installé à Manassas. Cette prise permit aux sudistes de se ravitailler en quantité tout au long de la journée du 27.[30] Le même jour, Pope chargea la brigade du général George William Taylor de reprendre le contrôle de Manassas mais une fois celle-ci rapidement repoussée par A. P. Hill lors de la bataille d’Union Mills, il ordonna au général Joseph Hooker et à sa division du IIIème corps d’armée, tout juste débarquée à Alexandria, de s’y rendre. Celui-ci engagea alors le combat avec la division d’Ewell à Kettle Run, près de Bristoe Station. Ewell venait d’y être dépêché par Jackson afin de protéger le flanc droit des forces sudistes. Le combat resta indécis et Hooker interrompit son attaque à la tombée de la nuit.[31] A la suite de cet engagement, les forces de Jackson se retirèrent à quelques kilomètres du champ de bataille de la première bataille de Bull Run.

Le 26, Lee et Longstreet s’étaient également mit en route pour rejoindre Jackson par le même chemin. Apprenant par ses éclaireurs que Longstreet avait entamé son mouvement, Pope tenait une belle opportunité de bloquer l’avancée de celui-ci à Thoroughfare Gap afin d’isoler Jackson et de pouvoir attaquer ce dernier en bénéficiant d’une nette supériorité numérique. Cependant, Pope dans sa fixation de détruire Jackson oublia de barrer la route de Longstreet, seule la division du général James Brewerton Ricketts envoyée par McDowell se trouvait à proximité. Mais seule une petite unité de cavalerie tenta effectivement d’en barrer l’accès, en vain.[32] Largement dépassés en nombre, les cavaliers nordistes du général John Buford – qui s’était vu confier le commandement de la cavalerie de Hatch après que celui-ci ait été muté à la tête d’une brigade d’infanterie – ne purent rien faire et furent chassés le 28 août après quelques heures de combat.[33] Bien que tactiquement mineure, cette bataille eut une importance stratégique énorme puisqu’elle permit la jonction des deux ailes de l’armée confédérée, ce qui conduisit à la victoire sudiste lors de la seconde bataille de Bull Run, menant de la sorte au succès de Lee lors de la campagne de Virginie du Nord. La cavalerie de Stuart fut en mesure de maintenir la communication entre les deux ailes de l’armée de Lee, si bien que Jackson était informé de l’arrivée du reste des forces confédérées. Le même jour, Il apprit qu’une des divisions de l’armée fédérale, commandée par le général Rufus King – laquelle est en train de se concentrer aux alentours de Manassas sur ordre de Pope –, se dirigeait vers sa position. Saisissant là l’occasion – et parce qu’il était sûr de la qualité de ses positions défensives ainsi que de l’imminence de l’arrivée des renforts de Longstreet –, Jackson décida de leur tendre une embuscade afin d’ensuite attiré toute l’armée fédérale. Ainsi, au soir du 28, un engagement d’une rare violence s’engagea. Contrairement à ses espérances, Jackson ne parvint pas à mettre ses adversaires en déroute et c’est l’obscurité qui mit un terme aux hostilités de la bataille de Groveton.[34] Informé des évènements en fin de journée, Pope cru que c’était sur l’arrière-garde de Jackson que King et ses hommes étaient tombés, croyant les sudistes en retraite. Pour ajouter à l’erreur, le commandant nordiste ignorait que les forces de McDowell ne se trouvaient pas entre les deux ailes de l’armée sudiste comme elles auraient du l’être, de sorte que rien ne barrait la route de Longstreet pour rejoindre Jackson.[35] Celui-ci ayant dévoilé sa position, Pope ordonna à toutes ses forces de se concentrer, le pensant en retraite, et décida de se lancer à l’attaque dès le lendemain.

Figure 36: La campagne de Virginie du Nord du 7 au 28 août

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Source: JESPERSEN Hal, Northern Virginia Campaign, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen.

Figure 37: La bataille de Groveton le 28 août 1862

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Source: JESPERSEN Hal, Second Bull Run, august 28, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen, 31 janvier 2013.

Au matin du 29 août, les forces de Jackson étaient retranchées derrière une ligne de chemin de fer inachevée au pied de Stony Ridge. Pope n’avait réussi à rassembler qu’une partie de ses forces, il ne disposait au matin que du 3ème corps de McDowell, du Vème corps de Porter et du 1er corps de Sigel. A 5 heures du matin, le commandant nordiste ordonna au 3ème et au Vème corps de progresser sur la route reliant Manassas à Gainsville afin de couper la voie de retraite de Jackson. Pendant ce temps, le 1er corps devait attaquer la ligne sudiste de front pour la fixer et de la sorte l’empêcher de se déplacer. Pour ce faire, il était prévu que les IIIème et IXème corps viennent en renfort au plus vite, respectivement ceux de Samuel Peter Heintzelman et Reno.
Le 1er corps de Sigel se met en marche vers 5h30 avec 7 brigades. Les deux premières, sous les ordres de John Fulton Reynolds se mirent en position sur la gauche pour faire la jonction entre les forces des 3ème et Vème corps dans leur mouvement tournant autour du flanc droit de Jackson. A la gauche de Reynolds, se trouvait la division du général Robert Cumming Shenck avec 2 brigades, suivie par la brigade indépendante du général Robert Huston Milroy, elle-même suivie sur le flanc droit par la division du général Carl Schurz également composée de 2 brigades. Le flanc droit de la ligne nordiste devant être renforcé par les hommes des IIIème et IXème corps une fois ceux-ci arrivés.[36] En face, la ligne sudiste comprenait sur le flanc gauche la division d’Ambrose Powell Hill avec 6 brigades réparties en deux lignes. Au centre, la division du général Alexander Robert Lawton – qui remplaçait le général Ewell, blessé lors de l’engagement de Groveton la veille – avec 4 brigades. Et enfin, sur le flanc droit, la division du général William Edwin Strake avec 4 brigades – celui-ci a pris le commandement de cette division en remplacement du général Taliaferro blessé lui aussi à Groveton. Afin de renforcer son flanc droit qui était en l’air, Jackson y avait fait déployer une grande partie de son artillerie.
Les premiers combats éclatèrent aux alentours de 7 heures dans le secteur des divisions Schurz et Hill – il s’agissait essentiellement d’échanges de coups de feu entre tirailleurs des deux camps – et se poursuivirent comme cela jusqu’à 10 heures où ils commencèrent à monter en intensité, les assauts des deux camps prenant la forme d’attaques et de contre-attaques de brigades isolées et sans coordination. Les brigades nordistes des généraux Alexander Schimmelfennig et Wladimir Krzyzanowski faisant respectivement face à celles des généraux sudistes Maxcy Gregg et Edward Lloyd Thomas, dans une série d’aller et retour dans les bois du secteur.[37]

Vers 10 heures, les premiers éléments du IIIème corps d’Heintzelman arrivèrent, il s’agissait de la division du général Philip Kearny avec ses trois brigades, et se placèrent à la droite des troupes de Schurz. Peu motivé, Kearny ne tentea qu’une petite action contre la gauche de Hill en envoyant la brigade du général Orlando Metcalfe Poe dont les hommes livreront une petite escarmouche contre les cavaliers de la brigade du général Fitzhugh Lee, dont la présence témoignait de l’arrivée sur le champ de bataille des unités de cavalerie de Stuart, celles-là même qui composaient l’avant-garde de l’aile de Longstreet.[38] Et comme de fait, à l’autre bout de la ligne sudiste, la division du général John Bell Hood, qui se trouvait en tête de la colonne de marche des forces de Longstreet, faisait sa jonction avec la droite de Jackson.
Pendant ce temps, les combats se poursuivirent au centre des lignes, où Huston Milroy était parvenu à faire progresser sa brigade jusqu’à un petit vallon boisé, nommé « The Dump », situé entre les brigades sudistes du colonel Marcellus Douglas – remplaçant le général Lawton – et du général Isaac Ridgeway Trimble. Mais ce-dernier ne tarda pas à contre-attaquer, renvoyant les nordistes au-delà de leur ligne de départ. Pour tenter de soutenir Milroy, Sigel fit porter Schenck à l’attaque mais la forte concentration d’artillerie sur l’aile droite de Jackson, empêcha les fédéraux d’avancer tout comme les hommes de Reynolds sur leur gauche, eux-mêmes envoyés pour soutenir Schenck. Très vite, la situation se mua en un duel d’artillerie, alors que la contre-attaque de Trimble fut finalement stoppée grâce à l’envoi de la brigade du colonel John A. Koltes appuyée par l’artillerie.[39]

Figure 38 : Les combats de la matinée du 29 août

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Source: JESPERSEN Hal, Second Bull Run, 10am, august 29, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen, 31 janvier 2013.

Peu avant midi, la division de tête du IXème corps, commandée par le général Isaac Ingalls Stevens, arriva avec ses trois brigades et vint se placer de part et d’autres de la position de Milroy. Immédiatement, Stevens lança ses hommes contre les forces de Trimble qui furent rapidement repoussées jusqu’à la ligne de chemin de fer inachevée mais les nordistes ne furent pas en mesure de pousser plus loin. C’est pratiquement à ce moment que Pope arriva sur le champ de bataille, jusqu’alors le commandant le plus gradé présent sur le terrain et par conséquent celui en charge des opérations, était Sigel.[40] Il ordonna au reste du IIIème corps, la division de Hooker, fraîchement arrivée à la suite de la division de tête de Kearny, de prendre la place du 1er corps. Ainsi, Kearny étendit sa ligne sur la gauche en y plaçant la brigade de John Cleveland Robinson. Les trois brigades de la division de Hooker vinrent se placer à gauche de Kearny et le reste du IXème corps, tout juste renforcé par l’arrivée de la division de Reno[41], vient à la suite de Hooker. La gauche de la ligne fédérale restant gardée par les troupes de Reynolds. Les troupes du 1er corps purent ainsi se reposer quelques peu sur la deuxième ligne.

A ce moment, Pope ignorait encore totalement que la quasi-totalité de l’aile de Longstreet était venue se placer à l’angle droit de celle de Jackson, faisant planer une menace importante sur le flanc nordiste qui ne s’y attendait pas du tout. Pope reste donc complètement collé à son plan initial : anéantir Jackson avant l’arrivée de Longstreet. Pendant ce temps, Lee envisagea l’idée d’une attaque de Longstreet mais après avoir écouté les objections de ce-dernier, il se rangea à son avis et décida d’attendre. Longstreet craignait que le manque d’informations exactes sur la position de différentes unités nordistes constitue un risque en cas d’attaque.

Aux environs de 13 heures, les 3ème et Vème corps de McDowell et Porter, soit un total de 14 brigades – il ne manquait que les troupes de Reynolds –, se lancèrent dans un vaste mouvement tournant autour de la droite de Jackson en remontant la route menant de Manassas à Gainesville.[42] Il s’agissait en réalité de la mise en œuvre, plus que tardive, de l’ordre qui leur avait été donné par Pope au matin même, vers 5 heures. Le mouvement fut repéré par la brigade de cavalerie du général Beverly Holcombe Robertson, alors positionnée à l’extrême droite des forces de Longstreet, sur cette même route. Robertson engagea alors le combat contre l’avant-garde de la manœuvre fédérale, constituée de la brigade de cavalerie de Bayard. Malgré l’importance de cette troupe et la menace potentielle qu’elle faisait planer sur la droite nordiste, l’assaut avorta dès les premiers coups de canon et grâce à une ruse de Stuart qui fit déplacer beaucoup de poussière afin de faire croire à la présence massive de soldats confédérés barrant la route des corps nordistes. Le temps ainsi gagné permit de déplacer les divisions de James Lawson Kemper et Cadmus Marcellus Wilcox de l’aile de Longstreet. A ce moment, McDowell prit connaissance d’un rapport établit dans la matinée par Buford, l’informant de l’arrivée de toute l’aile de Longstreet. Cependant, il n’en informa pas immédiatement Pope qui resta donc face à sa perception erronée du champ de bataille: Longstreet n’était pas là et Porter et McDowell était en train de manœuvrer autour du flanc droit de Jackson. [43]

Figure39: La situation du champ de bataille en début d’après-midi

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Source: JESPERSEN Hal, Second Bull Run, 12am, august 29, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen, 31 janvier 2013.

Voyant la situation de menace que faisait planer les deux corps nordistes, Longstreet dissuada une seconde fois Lee de lancer ses troupes contre Pope.[44] Aux alentours de 14 heures, Celui-ci ordonna de lancer quatre attaques de diversion contre Jackson pour s’assurer de le fixer en attendant que Porter et McDowell le frappe sur sa droite.
La première fut menée par la brigade du général Cuvier Grover de la division de Hooker. Celle-ci parvint à bousculer les brigades de Thomas et Gregg et à prendre position sur le talus, mais privée de soutien, elle fut repoussée par la contre-attaque menée par la brigade du général William Dorsey Pender, qui était jusqu’alors positionnée sur la deuxième ligne, derrière Thomas. Pender fut à son tour arrêtée par l’intervention de la brigade d’Addison Farnsworth de la division de Stevens.[45]
Peu après, les brigades des généraux Truman Seymour et Conrad Feger Jackson de la division de Reynolds se lancèrent à leur tour. Mais très vite, elles furent stoppées par un barrage d’artillerie initié par la brigade de Micah Jenkins de la division de Kemper. Reynolds informera Pope de la présence jugée anormale de forces confédérées à cet endroit mais le général nordiste n’en tint pas compte, estimant que Reynolds était tombé sur les hommes de Porter en pleine attaque contre Jackson.
La troisième action fut conduite par la brigade du colonel James Nagle, de la division de Reno, soutenue par deux autres brigades, celles de Nelson Taylor de la division de Hooker sur sa gauche et celle de Daniel Leasure (réduite à peine plus d’un régiment) de la division de Stevens placée sur sa droite. Ajoutons également la brigade du général Benjamin Christ, toujours de la division de Stevens, qui au cours de l’engagement vint se placer entre Nagle et Leasure afin de combler une brèche. Aux alentours de 16 heures, Nagle attaqua le The Dump et s’en prit à la brigade de Trimble affaiblie par les combats de la matinée. Alors que les sudistes étaient sur le point de craquer, la brigade du général Jubal Anderson Early et celle des « Louisiana Tigers » du colonel Henry Forno – remplaçant du général Harry Thompson Hays – que Jackson a fait venir en vitesse, repoussèrent l’attaque nordiste. Renforcés par les brigades des généraux James Jay Archer et Pender, les Louisiana Tigers poursuivirent sur leur lancée après être venu au secours de la brigade de Charles William Field attaquée par Leasure et Christ et avoir également repoussé ces-derniers. Ils seront finalement stoppés par un tir de barrage de l’artillerie fédérale.[46]
Vers 17 heures, Kearny décida enfin d’agir. Il envoya les brigades des généraux Robinson et David Bell Birney – appuyée par Leasure – contre la brigade de Gregg. Déjà durement frappée dans la journée et installée sur une position particulièrement exposée, celle-ci résista tant bien que mal mais face à la supériorité numérique et à cours de munitions dut reculer. Jackson fit alors dépêcher la brigade du général Lawrence O’Bryan Branch jusqu’alors positionnée sur la gauche de Gregg et envoya Early combler la brèche ainsi crée sur la gauche de Branch, celui-ci n’ayant pas été en mesure de couvrir tout le terrain lorsqu’il étendit sa ligne sur sa droite. Après d’âpres combats, Early parvint à refermer la ligne sudiste et contre-attaqua pour repousser les fédéraux jusqu’à leurs positions initiales.[47]
Au terme de la journée, Jackson était parvenu à maintenir ses positions derrière la voie ferrée mais non sans avoir dut batailler âprement. La deuxième action de Kearny passa bien près d’enfoncer son flanc gauche alors même que l’aile de Longstreet était stationnée à quelques kilomètres de là, sans prendre part à aucun combat.

Mais alors que McDowell et Porter avaient complètement abandonné leur tentative d’attaque par contournement sans même en informé Pope, Lee décida d’envoyer la division du général Hood, forte de deux brigades et renforcée par celle du général Nathan George « Shanks » Evans, reconnaitre les positions fédérales en progressant vers l’est, le long de la Warenton Turnpike.
Au même moment, Pope, anxieux de voir la nuit tomber sans que ni McDowell ni Porter ne coupent la retraite de Jackson, ordonna à la 1ère division du 3ème corps, commandée par le général Hatch, de progresser également sur cette route, mais vers l’ouest, dans le but de pouvoir aller couper la route de Jackson. Mais Pope ignorait toujours la présence de Longstreet sur sa gauche et ses communications avec McDowell étaient exécrables.
Hatch entama son mouvement avec sa brigade et celle d’Abner Doubleday et les brigades des généraux Marsena Rudoplh Patrick et John Gibbon se trouvaient respectivement sur sa droite et sa gauche, en réserve. Vers 18h30, alors que sur la gauche de Jackson les combats se terminaient, les deux divisions se rencontrèrent près de Groveton. Hatch se retrouvant en difficulté, Pope fit intervenir l’artillerie de Reynolds située sur sa gauche, sous la protection de la brigade du général George Gordon Meade. Les cavaliers de Bayard, eux-mêmes à gauche de Meade, tentèrent une attaque de diversion sur le flanc droit de Hood mais furent aisément repoussé par la brigade d’Eppa Hunton de la division de Kemper, placée à droite de la position initiale de Hood. La nuit tombant, les combats cessèrent progressivement après quelques trois quart d’heure et les deux camps se replièrent aux abords de la ville.[48]

A ce moment, Pope fut enfin informé du rapport de Buford et prit conscience de la présence de l’aile de Longstreet mais il restait persuadé qu’il se trouvait là pour renforcer Jackson alors que celui-ci se repliait. Pope ordonna alors à Porter de rejoindre le gros des forces. McDowell pour sa part avait déjà décidé de sa propre autorité d’en faire autant peu avant que Hood n’ait lancé son action de reconnaissance vers Groveton, en se positionnant près de Chinn Ridge, ce qui explique la présence des troupes de Hatch à cet endroit et leur disponibilité pour mener une action vers Groveton. La première journée de la seconde bataille de Bull Run venait de prendre fin.

Figure 40: Les actions de l’après-midi et de la fin de journée

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Source: JESPERSEN Hal, Second Bull Run, 5-7pm, august 29, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen, 31 janvier 2013.

Durant la nuit, les dernières forces de Hood se retirèrent à l’est de Groveton alors que la division du général Richard Heron Anderson, qui constituait l’arrière-garde de l’aile de Longstreet arriva enfin sur le terrain, complétant de la sorte le regroupement de l’Armée de Virginie du Nord. De son côté, l’armée fédérale reçu dans la soirée le renfort de la division de Ricketts qui vint se placer entre les divisions de Hooker et Kearny à la suite de la décision prise par McDowell plus tôt de ramener ses forces près du gros de l’armée fédérale.

Durant toute la matinée, alors que les troupes épuisées par plusieurs jours de manœuvres et de combats se reposaient, des escarmouches entre tirailleurs éclatèrent tout au long de la ligne de front, dans le but de sonder les lignes ennemies.
Ces sondages, menés aux alentours de Sudley Springs par les forces du IIIème corps de Heintzelman, semblèrent révéler que les sudistes étaient en train de se replier. Pope décida alors d’attaquer avant que les confédérés ne se retirèrent. Peu avant midi, il ordonna à Porter, soutenu par les divisions de Hatch et Reynolds, d’avancer vers l’ouest, le long de la Warenton Turnpike dans le but de contourner ce qu’il pensait être le flanc droit des confédérés – il n’avait toujours pas compris que la ligne sudiste formait une mâchoire à angle droit et pensait que Longstreet se trouvait en soutien de Jackson. Mais alors que les fédéraux de Reynolds progressaient vers l’ouest, en couverture de la droite de Porter, ils tombèrent sur les lignes de Longstreet qui les forcèrent à se replier sur Chinn Ridge. Mais l’information ne fut pas communiquée à Pope, alors même que Porter s’apprêtait à passer à l’attaque.
Afin de couvrir l’attaque de Porter de l’autre côté, Pope mit en œuvre des attaques de diversion sur la gauche sudiste. Cette tâche fut confiée aux forces de Kearny et Ricketts. Comme la veille, Kearny fit preuve de passivité et n’agit que fort peu, laissant deux des brigades de Ricketts se débrouiller seules. La première, celle du général Abram Duryée, fut aisément repoussée par l’artillerie confédérée, et ce malgré le soutien de la brigade du colonel Joseph Thoburn. Comprenant que les sudistes ne se repliaient pas, Ricketts n’insista pas.
Une seconde opération de diversion fut conduite à la gauche de Ricketts par la brigade du général Christ, de la division de Stevens. Mais une fois encore, privés de soutien, les fédéraux furent repoussés sans grande difficulté par les brigades d’Early et Archer.[49]

Pendant ce temps, Porter avait positionné les forces mises à sa disposition pour son attaque sur la droite confédérée. Il choisit d’adopter une position dans la profondeur, plaçant les troupes en plusieurs lignes successives. La droite était gardée par la division de Hatch et la gauche de par celle de Daniel Butterfield qui remplaçait le général George Webb Morrell. Enfin, la division de George Sykes se trouvait en soutien des deux premières, juste derrière. Les brigades de front du colonel Henry Weeks, de la division Butterfield, et de Timothy Sullivan, qui a pris le commandement de la brigade de Hatch, devait progresser en ligne droite alors que celles situées derrière elles – respectivement celles de Charles Wentworth Roberts derrière Weeks et Patrick derrière Sullivan – avaient pour tâche de passer par les côtés au dernier moment pour élargir la ligne d’attaque. Enfin, les deux dernières brigades, de Gibbon et Abner Doubleday, devaient se tenir prêtes à combler les brèches ou à exploiter tout éventuel avantage.[50]
Ces troupes ne se mirent en marche qu’à partir de 15 heures. Passant au travers d’un bois, elles arrivèrent ensuite en terrain découvert qu’il leur fallait traverser pour atteindre les forces confédérées retranchées au sommet du talus de la voie de chemin de fer, le tout dans un mouvement tournant dans le sens horlogique pour que la droite de la troupe fédérale puisse faire face à la ligne sudiste qui, dans ce secteur, était tenue par la division du général William Edwin Starke.

Figure 41: L’attaque de Porter sur Stony Ridge

Sans titre

Source: JESPERSEN Hal, Second Bull Run, 3pm, august 30, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen, 31 janvier 2013.

L’engagement fut intense et la pression nordiste suffisamment forte pour forcer Jackson à dépêcher l’ensemble de ses réserves disponibles pour prévenir la chute de son flanc droit : les brigades Pender, Field et Stonewall, commandée successivement par les colonels William Smith Anger Baylor et Andrew Jackson Grigsby.[51]
Les unités d’artillerie de Longstreet ouvrirent le feu sur Porter vers 16 heures afin de soulager la pression exercée par les fédéraux. Voyant cela, Porter préférant s’abstenir d’envoyer les troupes de Sykes, mit un terme à son attaque et se replia aux alentours de Groveton.[52] McDowell décida également de repositionner les forces de Reynolds en soutien de Porter, leur faisant ainsi quitter Chinn Ridge, n’y laissant que la seule brigade du colonel Gouverneur Kemble Warren, de la division de Sykes, au pied de la colline, côté ouest.[53]

Face à cette situation, Longstreet accepta enfin de lancer ses forces dans la bataille, venant ainsi prêter main forte à la division de Starke lancée dans une contre-attaque contre les troupes de Porter en pleine retraite. L’ensemble de la l’aile de Longstreet entama alors l’un des assauts simultanés les plus massifs de la guerre.[54] Dans un premier temps, les nordistes se raccrochèrent à la ligne d’arbre qu’ils avaient franchi lors de leur attaque mais très vite les sudistes de Wilcox les repoussèrent sans grande difficulté. Cependant, l’intervention de la brigade du lieutenant-colonel Robert Christie Buchanan, appuyée par un barrage d’artillerie bloqua la progression de celui-ci. Un peu après 16 heures, les troupes de Hood prirent d’assaut Chinn Ridge, s’en prenant aux troupes de Warren, seules face à l’ensemble des forces de Longstreet. Très vite, Hood, suivi par les divisions Kemper et Evans, enfonça sa position et continua sa route vers l’est, dans le but de pousser jusqu’à Henry House Hill comme le souhaitait Lee. En effet cette position permettrait de couper toute retraite de l’Armée de Virginie en la coinçant entre les deux ailes de l’armée sudiste car depuis cette position les confédérés pourraient se trouver en mesure de couper l’accès au pont de pierre permettant de traverser le Bull Run. Comprenant le risque, Pope avait ordonné l’établissement au plus vite d’une ligne défensive sur Henry House Hill, afin de stopper la progression de Longstreet.[55] Sur le chemin de Hood se dressait toutefois encore la brigade du colonel Nathaniel Collins Mac Lean, de la division de Schenck.

Figure 42: L’assaut de Longstreet vers Chinn Ridge

Sans titre

Source: JESPERSEN Hal, Second Bull Run, 4pm, august 30, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen, 31 janvier 2013.

Mac Lean parviendra à repousser les assauts de Hood et Evans mais cédera devant la troisième tentative menée par Kemper qui fut appuyé par l’artillerie de la brigade du colonel Montgomery Dent Corse. La très belle résistance de Mac Lean permit de gagner un temps précieux qui fut exploité dans un premier temps par deux brigades de la division Ricketts, celles de Zealous Bates Tower et du colonel John W. Stiles, remplaçant du général George Lucas Hartsuff. Ce fut ensuite aux brigades de Koltes et Krzyzanowski, du 1er corps de Sigel, de rejoindre la position mais, pas plus que les deux précédentes, celle-ci ne furent en mesure de stopper l’avancée confédérée, portée par la division de David Rumph Jones. Aux alentours de 18 heures, Chinn Ridge était aux mains des confédérés.[56]

Figure 43: Les combats pour Chinn Ridge

Sans titre

Source: JESPERSEN Hal, Second Bull Run, 4:30pm, august 30, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen, 31 janvier 2013.

Alors que les combats sur Chinn Ridge prenaient fin, Lee tenta de profiter de l’exposition du flanc gauche de Hooker sur Dogan Rigde, au Nord de Chinn Ridge, en ordonnant à la brigade du colonel Evander Mac Ivor Law – remplaçant du général William Henry Chase Whiting à la tête d’une des brigades de la division de Hood – de frapper à cet endroit afin de complètement ouvrir la voie le long de la Turnpike. Law fut toutefois bloqué par l’arrivée de la brigade Gibbon, la Iron Brigade. Cependant, confrontés à la prise de Chinn Ridge, les nordistes n’eurent d’autres choix que de se replier le long de la Manassas Sudley Spring Road, Dogan Ridge étant trop exposée.

Pendant que ses troupes se battaient encore pour défendre Chinn Ridge, Pope fut en mesure de déplacer quatre brigades en position défensive sur Henry House Hill, deux de la division de Reynolds, une de la division de Sykes et la brigade indépendante de Milroy. De son côté, Lee ordonna aux forces de Longstreet d’attaquer afin de prendre cette position, mais celles-ci furent contenues alors que la nuit tombait. Les assauts confédérés furent dans un premier temps menés par la division de Jones, ensuite relevée par celle d’Anderson, sur le flanc gauche de la ligne fédérale, contre les troupes du lieutenant-colonel William Chapman. Mais bien que celui-ci recula, il parvint à tenir le coup jusqu’à la tombée de la nuit, les confédérés rechignant à lancer un nouvel assaut dans l’obscurité. [57]
Mentionnons que dans le même temps, la cavalerie de Stuart, menée par Robertson, tenta de couper la route de retraite de Pope mais fut contenue par la cavalerie de Buford au sud de Henry House Hill, au gué de Lewis Ford.

Figure 44: L’attaque confédérée sur Henry House Hill

Sans titre

Source: JESPERSEN Hal, Second Bull Run, 5pm, august 30, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen, 31 janvier 2013.

Finalement, Pope ordonna la retraite générale aux alentours de 20 heures, ramenant ses troupes vers Centerville. Contrairement à sa gestion de la bataille, Pope ordonna correctement la retraite de son armée sous la protection des forces de Reno, Kearny et Gibbon.[58]

Soucieux de ne pas laisser Pope lui échapper, Lee ordonna à Jackson de se remettre en marche dès le 1er septembre, afin de venir couper la route de retraite de l’armée fédérale vers les abords de Washington. Bien qu’épuisés par les quatre jours de combats acharnés qu’ils venaient de livrer, les hommes de Jackson réalisèrent une nouvelle marche en contournant Centerville par la gauche, en passant par Pleasant Valley. Son but était de venir se placer à Germantown, coupant de la sorte la route de Pope en attendant que le reste de l’Armée de Virginie du Nord vienne le frapper sur ses arrières.[59]
Informé de ce mouvement par sa cavalerie, qui livra des escarmouches contre sa contrepartie sudiste tout au long de la journée, Pope ordonna à Hooker de prendre Germantown au plus vite. Ce faisant, Hooker força Jackson à s’arrêter aux alentours de Chantilly pour y attendre le gros des forces confédérées. Le commandant nordiste décida alors de renforcer la position défensive en y envoyant les divisions Reno et Stevens, au nord de Hooker. Jackson avança finalement ses troupes pour tester la ligne fédérale ouvrant de la sorte un engagement violent dont le résultat resta indécis, les combats s’arrêtant progressivement à la tombée de la nuit.[60]
Finalement, incapable de couper la retraite de Pope, Jackson entama sa retraite durant la nuit alors que l’armée fédérale reprit sa marche vers Washington.[61] Au cours des cinq jours qui venaient de s’écouler, l’Armée de Virginie perdit près de 16 000 hommes contre un peu moins de 10 000 pour sa rivale confédérée.[62]

La campagne de Virginie du Nord, par une série de manœuvres aussi risquée qu’audacieuse, permis à Lee de renverser complètement la situation sur le front oriental et, combinée à la seconde phase de la campagne de la Péninsule, elle déplaça, en trois mois, la menace des combats d’une capitale à l’autre.[63] Cette série de succès  obtenu sous son commandement ne rassasia guère Lee qui décida qu’il était temps de porter la guerre au nord de la ligne Mason-Dixon, non seulement pour pousser l’avantage acquis sur ce front, mais également pour soulager la pression subie par la Confédération à l’Ouest, sur le front du Mississippi, depuis le début de l’année.


[1] ARTHUR Billy, BALLARD Ted, Second Bull Run Staff Ride, Briefing Book, Fort McNair: U.S. Army Center of Military History, West Point Atlas of American Wars, Volume I, 1698-1900, p. 2.

[2] Les nominations de ces deux généraux furent le résultat des succès qu’ils rencontrèrent respectivement dans l’Ouest. ; ARTHUR Billy, BALLARD Ted, op.cit, p. 1.

[3] POPE John, Order to the officer and soldiers of the Army of Virginia, 14 juillet 1862.

[4] Cette campagne est souvent appelée seconde campagne de Bull Run, en raison de l’importance centrale de la seconde bataille du même nom dans cette campagne. Toutefois, d’une part pour éviter toute confusion et d’autre part en raison de la zone géographique des opérations, nous lui préférerons le terme de campagne de Virginie du Nord.

[5] Le véritable nom de ces indiens est « Lakota » mais ils sont plus connu dans le langage populaire sous le terme sioux.

[6] ARTHUR Billy, BALLARD Ted, op.cit, p. 1.

[7] Ibid.

[8] Dans la terminologie sudiste, le terme de corps d’armée ne sera pas autorisé avant l’adoption d’une loi allant en ce sens au mois de novembre 1862.

[9] Parmi eux, Holmes fut envoyé prendre la direction du département militaire de l’Outre-Mississippi avec Huger pour le seconder, Magruder reçu, sous le commandement de Holmes, la responsabilité des districts du Texas, du Nouveau-Mexique, et de l’Arizona, enfin, Whiting se vit confié la défense de Wilmington en Caroline du Nord.

[10] ARTHUR Billy, BALLARD Ted, op.cit, p. 1.

[11] HARSH Joseph L., Confederate Tide Rising : Robert E. Lee and the Making of Southern Strategy, 1861-1862, Kent: Kent State University Press, 1998, pp. 119-123.

[12] ARTHUR Billy, BALLARD Ted, op.cit, p. 4.

[13] James McPHERSON, op.cit., page 573.

[14] Mosby venait d’être libéré dans le cadre d’un échange de prisonniers et put apercevoir durant son transfert les navires de transports ramenant les soldats de Burnside.

[15] Les forces de Jackson avaient été préalablement repérées à Gordonsville le 22 juillet par un détachement de cavalerie de l’avant-garde de Pope commandé par le général Hatch. Pour être complet, précisons tout de même que McClellan avança tout de même quelques-unes de ses forces jusqu’à Malvern Hill lorsque Lee ordonna un bombardement de diversion sur ses positions pour couvrir le départ des forces de Hill, mais le général nordiste répugna à aller plus loin lorsque son opposant sudiste fit avancer quelques forces dans sa direction.

[16] HENNESSY John J., Return to the Bull Run: The Campaign and Battle of Second Manassas, Norman: University of Oklahoma Press, 1993, p. 10. ; A l’exception d’une division qui resta sur place pour defendre Fort Monroe.

[17] James McPHERSON, op.cit., page 573.

[18] Ibid.

[19] FLOYD Dale E., LOWE David W., Cedar Mountain, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[20] Par la suite, trop malmenée lors de cet engagement, les troupes de Banks ne prirent plus part à aucune action de cette campagne et restèrent à l’arrière, à Bristoe station, pour y garder les trains.

[21] James McPHERSON, op.cit., page 574.

[22] Ibid.

[23] ARTHUR Billy, BALLARD Ted, op.cit, p. 6.

[24] Ibid. ; Au cours de la champagne, des éléments de l’Armée du Potomac de McClellan furent places sous le commandement de Pope. Pour différencier les corps d’armées de l’Armée du Potomac, nous noterons ceux-ci avec des chiffres romains, alors que ceux de l’Armée de Virginie seront notés avec des chiffres arabes.

[25] FLOYD Dale E., LOWE David W., Rappahannock Station, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[26] James McPHERSON, op.cit., page 574.

[27] ARTHUR Billy, BALLARD Ted, op.cit, p. 8.

[28] FLOYD Dale E., LOWE David W., Rappahannock Station, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[29] Pope avait pourtant été informé de ce mouvement par ses éclaireurs, mais il l’interpréta mal et cru que Jackson se dirigeait vers la vallée de la Shenandoah.

[30] James McPHERSON, op.cit., page 575.

[31] FLOYD Dale E., LOWE David W., Manassas Station, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[32] ARTHUR Billy, BALLARD Ted, op.cit, p. 12.

[33] FLOYD Dale E., LOWE David W., Thoroughfare Gap, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[34] Cet engagement fut la consécration de la « Iron Brigade », une unité entièrement composée de soldats de l’Indianna et du Wisconsin qui au cours de la bataille de Groveton – et de plusieurs autres engagements au cours de la guerre – se comporta de manière exemplaire malgré la férocité des combats et des pertes subies. A la fin de la guerre, elle était l’unité nordiste comptant le plus fort pourcentage de pertes, honneur partagé au Sud par la « Stonewall Brigade » qu’elle affronta en ce jour du 28 août 1862, pour son baptême du feu, et qu’elle devait retrouver en plusieurs occasions par la suite.

[35] James McPHERSON, op.cit., page 577.

[36] LANGELLIER John P., Second Manassas, 1862: Robert E. Lee’s Greatest Victory, Oxford: Osprey  Publishing, 2002, p. 57.

[37] Ibid.

[38] Idem, page 58.

[39] GREENE Wilson A., The second battle of Manassas, Fort Washington: U.S. National Park Service and Eastern National, 2006, p. 27.

[40] John HENNESSY, op.cit., p. 226.

[41] Précisons que Reno commandait à la fois le IXème corps et la deuxième division de celui-ci personnellement.

[42] Wilson A. GREENE, op.cit., p. 29.

[43] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit, p. 16.

[44] John HENNESSY, op.cit., p. 230.

[45] Wilson A. GREENE, op.cit., p. 32.

[46] Idem, page 33.

[47] John P. LANGELLIER, op.cit., p. 62.

[48] Wilson A. GREENE, op.cit., p. 36.

[49] Idem, page 39.

[50] Idem, page 40.

[51] Certaines sources rapportent que les combats furent si rudes qu’une fois arriver à cours de minutions, les hommes de Stafford, situés sur la gauche de la division de Starke, jetèrent des pierres sur les soldats nordiste que ceux-ci renvoyèrent. La légende veut même que les fédéraux se débarrassèrent de leurs armes encore chargées pour renvoyer les pierres lancées par leurs opposants.

[52] Wilson A. GREENE, op.cit., pp. 41 – 43.

[53] Idem, page 43.

[54] John HENNESSY, op.cit., pp. 263 – 265.

[55] Ibid.

[56] Wilson A. GREENE, op.cit., p. 47.

[57] Wilson A. GREENE, op.cit., pp. 49 – 52.

[58] Wilson A. GREENE, op.cit., p. 52.

[59] ARTHUR Billy, BALLARD Ted, op.cit, p. 20.

[60] Notons que durant la bataille, les généraux Kearny et Stevens furent tués. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Chantilly, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[61] ARTHUR Billy, BALLARD Ted, op.cit, p. 22.

[62] James McPHERSON, op.cit., page 580.

[63] Ibid.

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