La campagne de la Rappahannock

Avec l’échec confédéré lors de la campagne du Maryland, l’Armée de Virginie du Nord fut contrainte de se replier dans la vallée de la Shenandoah. Mais alors qu’il tenait l’opportunité de détruire l’armée ennemie, McClellan ne pénétra pas en Virginie avant le 1er novembre en marchant vers Warrenton. Pour contrer cette manœuvre, Lee déplaça l’aile de Longstreet pour la positionner entre les forces fédérales et Richmond alors que celle de Jackson demeura dans la vallée, menaçant le flanc droit des troupes nordistes. Ne souhaitant une fois encore pas prendre de risque, McClellan stoppa son avance alors qu’il se trouvait près de Rectortown.[1]

Finalement exaspéré par l’inaction de son général, Lincoln décida de le remplacer par Burnside, le 7 novembre 1862, à la tête de l’Armée du Potomac.[2] La pression sur celui-ci était forte. Non seulement il ne se sentait pas apte pour ce poste, mais en plus, avec l’approche des élections législatives fédérales de mi-mandat, le gouvernement – composé de membres du Parti Républicain -, cherchait à porter un coup dur à la Confédération pour convaincre l’opinion publique que la guerre était en train d’être gagnée. De plus, estimant l’armée de Lee en piteux état suite à la défaite d’Antietam, Lincoln voulait qu’elle soit attaquée avant de s’être réorganisée. De son côté, Lee espérait bien prendre ses quartiers d’hiver dans le nord de la Virginie et y restructurer ses troupes.[3]

Burnside, lui, ne pouvait donc pas se permettre de laisser passer l’hiver, il devait agir vite. Le 9 novembre, soit deux jours après sa nomination, il proposa un plan d’action à Halleck et au général Montgomery Cunningham Meigs, le quartier maitre général de l’Union[4], que Lincoln approuva le 14 novembre, ouvrant de la sorte la voie à une nouvelle campagne sur le front de Virginie.[5]

A ce moment précis, sur les autres fronts, la situation tournait globalement à l’avantage de l’Union. Sur le front du Mississippi, les forces sudistes du général Bragg lancées à la conquête du Kentucky furent finalement repoussées hors de cet état durant le mois d’octobre et retournèrent dans le Tennessee Oriental avant de prendre position dans l’ouest de l’état. Les forces fédérales de Rosecrans s’apprêtaient à les attaquer pour reprendre le contrôle du Tennessee occidental. Par ailleurs, dans le même temps que la retraite des forces de Bragg, Grant prit des mesures, via ses subordonnés, pour chasser les forces confédérées des généraux Price et Van Dorn hors du Tennessee. Ceux-ci se retirèrent dans le nord du Mississippi suite à leurs défaites à Iuka et Corinth fin septembre et début octobre. Enfin, avec le gros de ces forces, Grant se préparait à lancer une première campagne contre la ville de Vicksburg alors que la cavalerie sudiste de Forrest, de son côté, allait entamer une série de raids dans le Tennessee pour gêner les lignes d’approvisionnement fédérales. Globalement, sur ce front, l’Union avait mit fin à la tentative sudiste de reprendre l’initiative stratégique et, forte de celle-ci, allait chercher à recommencer sa marche en avant, le long du fleuve Mississippi. Au delà de ce fleuve, en Arkansas, les forces unionistes engagées contre leurs équivalentes sudistes dans la « guerre du Missouri » repoussèrent encore une fois les forces ennemies suite à la campagne de Prairie Grove fin novembre, début décembre. Le long des côtes de la Confédération, l’Union mena deux petites actions au cours du mois d’octobre, l’une en Floride le long de la St-John’s River et l’autre près de la Nouvelle-Orléans pour en sécuriser les alentours. Toutes deux furent des succès nordistes. Mais, dans le même temps, la Confédération lança, au Texas, une contre-attaque pour reprendre le contrôle de Galveston qui était tombée aux mains des fédéraux quelques mois plus tôt, et y parvint. Enfin, la guerre contre les sioux avait globalement pris fin, la majeure partie des clans indiens ayant déposé les armes suite à la bataille de Wood Lake fin septembre.

Plusieurs possibilités s’offraient à Burnside. Il pouvait chercher à prendre le contrôle de la vallée de la Shenandoah en en chassant les forces de Jackson. Il pouvait également progresser vers Richmond en longeant la voie de chemin de fer de la Orange and Alexandria Railroad pour pénétrer en Virginie. Mais à la place, il choisit de concentrer ses forces dans les alentours de Warrenton et de faire mouvement rapidement vers Fredericksburg comme le prévoyait un plan initialement imaginé par McClellan. Cela présentait un avantage important. La marine de l’Union ayant la suprématie des flots, celle-ci pouvait garantir la sécurité d’une ligne d’approvisionnement navale descendant le Potomac jusqu’à Aquia Creek, où serait installée la base fédérale, et d’où le chemin de fer la Richmond Fredericksburg Potomac Railroad prendrait la relève pour les 21 kilomètres restants, à l’abri sur la rive nord de la Rappahannock. La route terrestre passant dans les terres était, elle, vulnérable à des raids confédérés, particulièrement par les troupes de Jackson qui se trouvaient toujours dans la vallée de la Shenandoah et qui de là pouvait aisément couper les voies d’approvisionnement, et ce de plus en plus aisément à mesure que l’Armée du Potomac progressait vers le sud.[6] Mais ce plan comprenait également un inconvénient de taille. Il nécessitait de franchir plusieurs rivières avant d’atteindre Richmond, dont la Rappahannock, alors que l’Armée du Potomac devait se déplacer en vitesse si elle voulait empêcher sa rivale de regrouper ses forces.[7] Pour régler ce problème, Burnside prévit de recourir à des pontons afin de construire des ponts flottants puisque les sudistes avaient pris les mesures nécessaires pour détruire les ponts. Ces pontons devaient être assemblés à Aquia Creek, Falmouth et Belle Plain à partir des éléments détachés qui seraient livrés par les services d’intendance de l’Union et sous la gestion d’Halleck lui même.[8]

Pour sa part, Lee espérait passer l’hiver et continuer à reconstituer ses forces durement éprouvées par la campagne du Maryland, mais il se devait également de se tenir prêt à contrer toutes actions nordistes. Pour ce faire, il avait une fois encore divisé son armée en deux après la bataille d’Antietam, l’aile de Jackson étant resté dans la vallée de la Shenandoah et celle de Longstreet s’étant déployée aux abords de Culpeper afin de contrôler les routes menant de Washington à Richmond.

Burnside disposait sous son commandement de 110 000 hommes répartis en trois grandes divisions de deux corps qui eux-mêmes comptaient trois divisions: la grande division de droite de Sumner (le 2ème corps de Couch et le 9ème corps du général Orlando Bolivar Wilcox), la grande division centrale de Hooker (le 3ème corps du général George Stoneman et le 5ème du général Daniel Butterfield) et la grande division de gauche de Franklin (le 1st corps de Reynolds et le 6ème corps de Smith). A cela, il convient d’ajouter les 11ème  et 12ème corps de Sigel et Slocum qui, respectivement, se positionnèrent aux alentours de Fairfax Court House et Harpers Ferry. De plus, alors que McClellan avait choisi lors de la campagne précédente, et pour la première fois, de regrouper toutes ses unités de cavalerie en une seule comme le faisait l’Armée de Virginie du Nord, Burnside annula cette décision en réattribuant une unité de cavalerie à chaque grande division.[9] Pour ce qui concerne l’artillerie, l’armée fédérale disposait d’approximativement 150 canons.

Lee, pour sa part, pouvait compter sur un total d’approximativement 75 000 hommes répartis en deux ailes de cinq (Longstreet) et quatre divisions (Jackson). La cavalerie de Stuart restant jointe à l’aile de ce-dernier.[10] De plus, afin de renforcer sa puissance de feu, Lee fit venir de Richmond et Gordonsville des canons lourds par voie de chemin de fer.[11]

Le 14 novembre, Burnside mit ses forces en marche, d’abord vers Culpeper pour masquer son plan à Lee puis, le 16, une fois à Warrenton, tourna vers l’est pour atteindre Falmouth dans laquelle les éléments de tête de la grande division de Sumner entrèrent le 17 novembre, dans l’espoir de traverser la Rappahannock avant que Lee n’aie eu le temps de se déplacer pour lui barrer la route.[12] Mais si l’armée fédérale avait progressé vite, ce n’était pas le cas des pontons nécessaires à la traversée dont les premiers n’arrivèrent qu’une semaine plus tard, à partir du 25 novembre, laissant le temps à Lee, dont l’aile de Longstreet avait suivi tout le mouvement depuis la rive sud de la Rappahannock, de concentrer la majorité de ses forces face à l’Armée du Potomac coincée de l’autre côté et surtout de considérablement fortifier sa position.[13] Longstreet était arrivé le 21 et Jackson le 30 novembre.[14] Une fois encore, Lee espérait que Burnside, voyant de la sorte que l’ouverture dont il disposait pour attaquer les deux ailes de l’Armée de Virginie du Nord séparément s’était fermée, en resterait là et qu’il pourrait passer l’hiver sur ses retranchements.[15] Mais Burnside n’avait pas vraiment le choix, il subissait toujours une importante pression depuis Washington pour se lancer à l’attaque.

Figure 47: Mouvement des deux armées dans le nord de la Virginie

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY,  Fredericksburg Campaign, Situation 19 November 1862 and Movements Since 10 October, West Point: Department of History.

En étalant ses forces sur la rive septentrionale de la rivière, Burnside espérait brouiller les cartes de Lee en ne lui laissant pas la chance de deviner d’où viendrait l’attaque. Trois possibilités s’offraient au général nordiste pour franchir la Rappahannock. A l’ouest de Fredericksburg via Ely’s Ford et à l’est via Skincker’s Neck et Port Royal. Enfin, il pouvait choisir de traverser à Fredericksburg même. Mais comprenant le risque, Lee avait déjà déplacé quelques forces à ces endroits, respectivement la brigade de cavalerie de Wade Hampton, la division d’Early et celle de D.H. Hill. La brigade de cavalerie de Fitzhugh Lee se trouvant à la droite de Hill alors que la troisième brigade de cavalerie sudiste de William Henry Fitzhugh Lee était demeurée près de Fredericksburg.[16] La dernière brigade de cavalerie sudiste, celle du général William Edmondson « Grumble » Jones avait elle été laissée dans la vallée de la Shenandoah pour en garantir la sécurité. Ces déploiements avaient pour but de prévenir toutes traversées fédérales de la rivière. Le gros des forces, lui, était resté concentré près de Fredericksburg, ne réalisant donc pas les espoirs de Burnside de voir l’Armée de Virginie du Nord se déployer en une fine ligne défensive facilement brisable avec un assaut massif concentré sur Fredericksburg. Car c’était bien là qu’il entendait frapper, ne cherchant pas un instant à adapter son plan à la situation.[17]

Figure 48: La disposition des troupes à la veille de la bataille de Fredericksburg

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Source: BALLARD Ted, Battle of Fredericksburg, Washington: Center of Military History, United States Army, Staff Ride Guide, 2004, p 6.

Burnside commença à franchir la rivière le 10 décembre, soit près de 20 jours après que ses premiers éléments soient arrivés à Falmouth, en déployant trois régiments de la brigade du général Norman Jonathan Hall dans la ville après les avoir fait traverser en barque afin de la sécuriser, alors que les troupes du génie construisaient les pontons. Ils eurent pour cela à livrer des combats de rue contre la brigade du général William Barksdale laissée sur place par Lee. Trois de ces pontons menaient directement à Fredericksburg et trois autres se situaient un peu plus en aval de la ville.[18] Lee avait préféré ne laisser dans la ville que peu de forces et installer ses défenses sur les hauteurs au sud de la ville, en retrait du fleuve, afin de les éloigner de la puissance de feu de l’artillerie fédérale installée sur les hauteurs de Strafford Heights, situées sur la rive septentrionale de la rivière. De plus, le fait de n’opposer qu’une résistance relative aux forces fédérales dans la ville permis à Lee de créer un appel d’air afin de s’assurer que Burnside continuerait sa progression vers ce que Lee savait-être une excellente position défensive depuis laquelle il pouvait porter un coup dur à l’Union.[19] Le 12 décembre au soir, le transfert de l’Armée du Potomac sur la rive sud était terminé.[20] Le temps nécessaire à Burnside pour franchir la Rappahannock permis aisément à Lee de faire revenir les quelques forces de Jackson placées en aval et en amont aux abords de Fredericksburg, où elles arrivèrent au matin du 13, pour une bataille qui semblait maintenant inévitable.[21]

Burnside prévit une attaque en deux points, la grande division de Franklin fut chargée de traversée la rivière via les pontons placés en aval afin d’attaquer la droite confédérée tenue par l’aile de Jackson sur Prospect Hill avec Stuart à sa droite jusqu’à la Rappahannock. Franklin avait décidé de placer le corps de Reynolds sur sa droite et celui de Smith sur sa gauche. Dans le même temps, les deux autres grandes divisions fédérales, Sumner avec Hooker en soutien, devaient attaquer les forces de Longstreet sur Marye’s Heights afin de les tenir occupées sur place et d’éventuellement lancer une attaque de plus grande envergure si jamais une ouverture se présentait ou si la grande division de Franklin parvenait à enfoncer le flanc droit sudiste comme le prévoyait Burnside.[22] Pour le Sud, la stratégie adoptée était défensive, Lee entendait tenir les hauteurs et repousser l’attaque fédérale. Pour ce faire, il avait placé ses forces de façon à ce que sa droite et sa gauche s’ancrent dans la Rappahannock pour prévenir toute manœuvre de flanc. Longstreet tenait la gauche avec, de gauche à droite, les divisions d’Anderson, MacLaws, Ransom, Pickett et Hood. Les trois du milieu se trouvant les unes derrière les autres, protégées dans une route encaissée renforcée d’un muret de pierre. Jackson, pour sa part, tenait la droite en trois lignes sur Prospect Hill. La première était défendue par la division d’A.P. Hill et la cavalerie de Stuart, la seconde se constituait des divisions de Early et Taliaferro prêtes à venir renforcer toute brèche dans la première ligne et la troisième était tenue par la division de D.H. Hill.

L’attaque viendra donc d’abord de la grande division de Franklin qui, à  8h30, lancera la division de Meade vers les forces de Jackson, au niveau de la brigade du général Gregg, avec les divisions Doubleday et Gibbon respectivement en réserve et sur sa droite. Dans un premier temps, Meade fera fléchir la ligne confédérée, au niveau des Hamilton Heights, vers 11 heure alors que Doubleday repoussa une attaque de Stuart sur sa droite. Mais sans soutien appuyé du reste des forces de Franklin[23], Meade fut finalement repoussé vers 3 heure par les forces d’Early et une partie de celles de Hood venue en renfort. Jackson fera mine de lancer une contre attaque, mais une fois ses hommes sortis du couvert des bois, ils seront accueillis par un intense barrage de l’artillerie fédérale si bien que Jackson ne cherchera pas à pousser plus loin.[24] De son côté, et malgré les ordres de Burnside, Franklin n’insistera pas non plus et se contentera de tenir sa ligne. A la décharge de Franklin il convient d’ajouter que celui-ci était contraint d’affecter une grande partie de ses forces à la défense des pontons afin de s’assurer le contrôle de ceux-ci. En effet, si les confédérés étaient parvenu à en prendre possession, ils auraient isolé les forces de Franklin sur la rive sud de la rivière, les condamnant à une inévitable destruction.

Figure 49: L’attaque de Franklin sur Hamilton Heights

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Fredericksburg Overview: December 13, 1862, Cartography Services by Hal Jespersen.

Pendant ce temps, de l’autre côté, ce qui ne devait être que des actions visant à maintenir les forces de Longstreet en place, tourna en une série d’attaque par brigades isolées sans grand effet. D’autant que les assauts se faisaient contre le point le plus solide de toute la ligne confédérée, derrière un muret de pierre sur Marye’s Heights. Les unités fédérales devaient en plus traverser un terrain découvert d’approximativement 800 mètres sous le feu de l’artillerie confédérée.[25] Sumner fut le premier à y lancer ses forces à partir de 11 heure, ce furent dans l’ordre les divisions de French, Hancock, Howard et Samuel David Sturgis qui prirent d’assaut l’aile de Longstreet. Vers 1h30, Hooker lui succéda en lançant à son tour sa grande division à l’assaut de Marye’s Heights. Ce fut la brigade de Samuel Sprigg Carroll de la division de Amiel Weeks Whipple qui fut la première, alors même que Burnside cherchait à persuader Franklin de renouveler son attaque contre l’aile de Jackson sur la droite confédérée.[26] Mais ayant déjà bien compris qu’il ne le ferait pas, Lee avait décidé de déplacer la division de Pickett et une brigade de Hood du centre de la ligne sudiste pour renforcer les positions de  Longstreet sur Marye’s Heights.[27] Vers 2h30, les divisions de Griffin et Humphrey succédèrent à celle du général George Sykes mais furent tour à tour repoussées. A l’approche de la tombée de la nuit, le général George Washington Getty se porta à son tour à l’attaque sans plus de résultats et finalement l’obscurité mit un terme à la bataille de Fredericksburg.[28] Au total ce furent 14 vagues fédérales qui vinrent s’écraser sur le muret de pierre de Marye’s Heights. Le lendemain, Burnside souhaitait renouveler l’attaque mais en fut dissuader par ses officiers commandant, Sumner, Hooker et Franklin, bien conscients que la position sudiste ne pouvait pas être prise sans subir des pertes colossales. Les deux armées se firent ainsi face durant la journée du 14 sans engager le combat et le soir, Burnside fit retraverser la Rappahannock à l’ensemble de ses troupes et quitta le champ de bataille. Lee fit l’erreur de le laisser retraverser la rivière sans l’attaquer alors que s’il l’avait fait, les nordistes auraient été contraints de se battre dos à la rivière ce qui aurait rendu toute retraite difficile, si pas impossible.[29]

Figure 50: L’attaque de Sumner sur Marye’s Heights

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Source: JESPERSEN Hal, Fredericksburg: Sumner’s Assault, Cartography Services by Hal Jespersen.

Figure 51: L’attaque de Hooker sur Marye’s Heights

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Source: JESPERSEN Hal, Fredericksburg: Hooker’s Assault, Cartography Services by Hal Jespersen.

L’armée du Potomac ne se replia pout autant pas vers Washington. Se doutant que Lee ne quitterait pas sa position défensive, Burnside choisit de demeurer aux alentours de Falmouth jusqu’au 20 janvier, date à laquelle suite à des conditions météorologiques clémentes il décida de lancer ses troupes dans un vaste mouvement tournant autour de la gauche sudiste, via un passage au nord de Chancellorsville. Mais si la météo avait été bonne jusqu’alors, ce ne fut plus le cas à partir de la nuit du 20. D’intenses précipitations commencèrent à s’abattre sur la Virginie et le sol en fut tellement détrempé que les chemins devinrent boueux et impraticables. Dans ces conditions, l’armée fédérale ne put progresser que très lentement et Burnside eut à se résoudre à l’évidence, sa tentative avait échoué car quand bien même il aurait réussi faire franchir la rivière à ses hommes, Lee aurait lui aussi disposé de tout le temps nécessaire pour déplacer sa propre armée et bloquer à nouveau la route de Richmond.[30]

Devant ce nouvel échec cuisant, Lincoln pris la décision de retirer son commandement à Burnside en laissant celui-ci démissionner et le remplaça par Hooker. Dans le même temps, Sumner et Franklin se virent également retirer leurs commandements.[31]

La défaite fédérale à Fredericksburg fut on ne peut plus claire, les sudistes ne reculèrent pas d’un pouce et infligèrent des pertes importantes à l’Armée du Potomac. Ce fut sur Marye’s Heights que les pertes fédérales furent les plus importantes, avec près de 7000 pertes sur les quelques 13 000 subies lors de la bataille, soit un total proche de celui d’Antietam. De leur côté, les sudistes subirent des pertes relativement acceptables, de l’ordre de 5000 hommes. Burnside avait fait l’erreur de céder à la pression politique et d’attaquer en un point où les sudistes disposaient d’une supériorité majeure, il en résultat un véritable désastre tactique pour l’Union. Mais plus que les pertes humaines, ce fut l’impact psychologique d’une défaite indiscutable qui fut l’élément le plus important du coup ainsi porté au Nord. Des rumeurs de coup d’état commencèrent à se faire entendre à Washington et bien que rien ne se produisit, la bataille de Fredericksburg fut assurément un moment difficile pour le Nord. Avec cette défaite, c’était également une nouvelle campagne qui échouait sur le front de Virginie, malgré la victoire d’Antietam qui ne put donc être exploitée, contraignant les forces fédérales à attendre la fin de l’hiver pour retenter quoique ce soit, alors même que la population se montrait de moins en moins encline à accepter les coûts de la guerre, et ce malgré le fait que sur l’autre front principal, celui du Mississippi, la situation nordiste était beaucoup plus favorable même si pas assez rapide aux yeux de certains.[32] L’Union reprendra l’initiative stratégique, que Lee ne semblait plus oser prendre après la campagne du Maryland,  lorsque Hooker se lancera à son tour à l’attaque contre l’Armée de Virginie du Nord lors de la seconde campagne de la Rappahannock.[33]


[1] DRAPER John William, History of  the American Civil War, Vol. 2, New York: Harpers and Brothers Publishers, 1868, p. 468.

[2] James McPHERSON, op.cit., page 621.

[3] Idem, page 622.

[4] Ce terme désigne l’officier le plus haut gradé en charge de l’organisation des transports et de l’approvisionnement de l’armée américaine.

[5] BALLARD Ted, Battle of Fredericksburg, Washington: Center of Military History, United States Army, Staff Ride Guide, 2004, p1.

[6] James McPHERSON, op.cit., page 621.

[7] Ted BALLARD, op.cit., page 1.

[8] Ibid. ; John KEEGAN, op.cit., page 187.

[9] Ted BALLARD, op.cit., pages 14-23.

[10] Idem, pages 24-29

[11] VIGO-ROUISSILLON François-Paul, Puissance Militaire des Etats-Unis d’Amérique d’après la Guerre de Sécession, 1861-1865, Paris: Librairie Militaire, 1866, p. 282.

[12] Ted BALLARD, op.cit., page 1.

[13] En plus de l’établissement de fortifications, Lee, en bon ingénieur qu’il était, fit tracer une route reliant les deux extrémités de son armée afin d’en faciliter les communications. De plus, la position sudiste pouvait même être approvisionnée grâce à la ligne de chemin de fer du Richmond – Potomac qui avait été prolongée pour l’occasion afin de pouvoir desservir au mieux les batteries d’artillerie.

[14] Ted BALLARD, op.cit., pages 1 – 2.

[15] James McPHERSON, op.cit., page 622.

[16] Ted BALLARD, op.cit., page 2. ; Burnside décida également de franchir la Rappahannock à Fredericksburg car il pensait que la majeure partie des forces sudistes se trouvait face à Port Royal, ses services de renseignements ayant échoué à lui fournir une vision correcte de la situation.

[17] James McPHERSON, op.cit., page 622.

[18] Ibid.

[19] LECOMTE Ferdinand, Guerre de Sécession, Esquisse des évènements militaires et politiques des Etats-Unis de 1861 à 1865, Tome II, Paris: CH. Tanera, 1866, p. 28.

[20] Les soldats nordistes se livrèrent à un pillage en règle de Fredericksburg une fois les troupes sudistes chassées de la ville. ; Ted BALLARD, op.cit., page 2.

[21] John KEEGAN, op.cit., page 187.

[22] Ted BALLARD, op.cit., pages 2-3. ; James McPHERSON, op.cit., page 623.

[23] Seul la division de Reynolds s’était déployé derrière les trois divisions avancées mais sans prendre part aux combats. Une fois Meade repoussé, Reynolds se replia lui aussi.

[24] Ted BALLARD, op.cit., page 3.

[25] Ibid.

[26] Ibid.

[27] Ibid.

[28] Ibid.

[29] Idem, pages 3-4.

[30] James McPHERSON, op.cit., page 622.

[31] LECOMTE Ferdinand, op.cit., page 39.

[32] Cela démontre une fois encore que l’importance médiatique et psychologique du front de Virginie éclipsait les succès acquis sur d’autres théâtres d’opérations.

[33] Nous ne traiterons pas, dans ce chapitre, des actions menées par Longstreet dans le nord de la Caroline du Nord et le sud de la Virginie entre les mois de mars et mai 1863, ceux-ci relevant plus des opérations de blocus des côtes bien que ce soit des troupes habituellement affectées au front de Virginie qui y prirent part.  Nous y reviendrons plus en détail par la suite.

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