Les forces aériennes de la Guerre de Sécession

La Guerre de Sécession fut le théâtre de nombreuses évolutions techniques dans l’art de la guerre, parmi celles-ci, on peut notamment compter les débuts de la guerre dans les airs. Les deux camps, dans le but d’obtenir des renseignements géographiques et relatifs aux forces ennemies, recoururent à l’usage de ballons aériens, créant ainsi d’une certaine façon les premières forces aériennes de l’histoire employées à grande échelle lors d’un conflit armé, menant à de nombreux épisodes jusqu’alors inédits dans les anales de l’art de la guerre.[1]

L’Union fut la première à s’intéresser à l’usage des ballons aériens dans le cadre d’opérations militaires. De la sorte, suite à des contacts avec Salmon Portland Chase, le Secrétaire au Trésor, le professeur Thaddeus Sobieski Coulincourt Lowe reçu une entrevue avec Abraham Lincoln à Washington le 11 juin 1861. Au cours de celle-ci Lowe parvint à convaincre le Président de l’importance de mettre en place une unité de ballons militaires au sein de l’armée de l’Union. La détermination de Lincoln devint totale quand, le 17 juin, Lowe réalisa une montée avec son ballon personnel, l’Enterprise, à quelques 500 pieds au dessus de Washington et recouru à un câble télégraphique le reliant au sol pour transmettre un message d’observation directement au Président qui en fut grandement impressionné. Quelques semaines plus tard, Lincoln nomma Lowe à la tête de l’Union Balloon Corps tout nouvellement créé. Mais ce corps, restait une organisation civile placée sous la supervision du Bureau des Ingénieurs Topographiques de l’Union et non pas une entité militaire.

To the President of the United States
Sir:

This point of observation commands an area nearly fifty miles in diameter. The city, with its girdle of encampments, presents a superb scene. I take great pleasure in sending you this first dispatch ever telegraphed from an aerial station, and in acknowledging my indebtedness to your encouragement for the opportunity of demonstrating the availability of the science of aeronautics in the military service of this country.

T.S.C. Lowe

Le 28 août 1861, la premier ballon nordiste, le Union, fut achevé. Mais à ce moment là, les ballons, pour être gonflé, nécessitait d’être connecté à des conduites de gaz, dont peu de ville disposait à cette époque. Par conséquent, ils ne pouvaient pas être transportés très loin et dans ce cas ci restaient à proximité de Washington. Le Union prendra du service pour la première fois le 24 septembre 1861, alors qu’il avait traversé le Potomac pour réaliser une observation au dessus de Arlington en Virginie. Au cours de celle-ci, Lowe, télégraphia les renseignements qu’il acquit aux troupes fédérales positionnées à Falls Church, il en résultat une première dans l’histoire de l’art de la guerre: des artilleurs ouvrirent le feu sur des cibles qu’ils ne voyaient pas, à plus ou moins 8 kilomètres. Cette action impressionna tant Simon Cameron, le Secrétaire à la Guerre, qu’il décida d’octroyer à Lowe les fonds nécessaires pour construire 6 ballons supplémentaires, l’Intrepid, Le Constitution, le United States, le Washington, le Eagle et l’Excelsior, faisant passer la flotte de ballon de l’Union à sept – ce qui sera son maximum au cours de la guerre -, ainsi que des générateurs d’hydrogène transportables pour pouvoir les gonfler n’importe où.

Mais au même moment où Lowe marquait les débuts de l’Union Balloon Corps sous sa direction, un autre aéronaute cherchait à louer ses services à l’Union, John LaMountain. Ne disposant pas de contacts politiques, celui-ci ne put faire valoir sa position auprès des autorités fédérales mais, le 5 juin, le général Butler, installé à Fort Monroe et ayant entendu parler de lui, décida de lui offrir sa chance. Ainsi, en juillet 1861, LaMountain réalisa deux montée en vol libre au dessus du fort avec son ballon l’Atlantic, de là, il fut en mesure d’apercevoir une grande partie des forces militaires sudistes présentes dans la Péninsule de Virginie, juste au nord de Fort Monroe. Ce faisant, LaMountain réalisa la première reconnaissance aérienne de la guerre et la première reconnaissance aérienne sans que le ballon ne soit relié au sol, contrairement ce que l’armée française réalisa avec ses propres ballons en 1794 et 1795.
Cependant, le 16 novembre, Il perdit son second ballon, le Saratoga, et ne disposant pas des moyens financiers de l’Union il chercha à acquérir une partie du matériel de l’Union Balloon Corps, faisant grandement croître la rivalité qui l’opposait déjà à Lowe. Finalement, se sera le général McClellan, un fervent soutien de Lowe, qui, le 2 février 1862, mettra fin à la querelle en interdisant LaMoutain de tout service pour le compte de l’armée fédérale.

Pendant ce temps, Lowe, de son côté, continua d’œuvrer pour le nord. Durant le mois d’avril il accompagna l’Armée du Potomac durant la campagne de la Péninsule. Ainsi, il fournit des renseignements aux forces fédérales lors du siège de Yorktown, de la progression de McClellan vers Richmond et des batailles de Seven Pines et de celle des Sept Jours. Au cours de cette campagne, Lowe emporta avec lui trois ballons et près de 150 hommes pour tous ce qui touchait au soutien logistique. Ce sera la campagne lors de laquelle L’Union Balloon Corps sera le plus actif. Plus tard, il participa également aux batailles de Fredericksburg, lors de laquelle il fournit des renseignements à l’Armée du Potomac toutes les heures, et de Chancellorsville.

L’éviction de McClellan marqua un coup dur à l’usage de ballons par l’Union, ceux-ci perdant leur principal soutien au sein du commandement militaire fédéral. Peu de temps après, le capitaine Cyrus Comstock fut désigné comme attaché militaire chargé de superviser l’Union Balloon Corps et très vite il ordonna d’importantes coupes budgétaires et, après plusieurs problèmes (manque d’argent et accusations de malversation), Lowe démissionna le 8 mai 1863. Finalement l’Union Balloon Corps fut dissout au mois d’août 1863, mettant fin à la force aérienne fédérale.

De son côté, la Confédération chercha elle aussi à se doter d’une force aérienne, mais en raison du manque de moyens et d’aéronautes expérimentés, le succès du Sud en la matière fut bien moins important.
Le premier ballon confédéré fut construit par le capitaine John Randolph Bryan qui fut également le premier aéronaute de la Confédération. Il effectua son premier vol le 13 avril 1862 au dessus de Yorktown et fut accueilli par des tirs d’artillerie infructueux des forces nordistes positionnées non loin. Les unités nordistes qui tentèrent de l’abattre devinrent ainsi les premières forces anti-aériennes de l’histoire. Bryan réussi à dresser rapidement une carte des positions fédérales, malgré la rotation importance de son ballon, et regagna le sol sain et sauf. Peu après il fut de nouveau appelé à monter au dessus de la ligne de front et alors que son ballon montait, un soldat confédéré se prit le pied dans la corde liant le ballon au sol. Il n’eut la vie sauve qu’au réflexe d’un autre soldat qui sectionna la corde rapidement, lâchant de la sorte le ballon dans les airs. Bryan parvint à faire redescendre une première fois son ballon alors qu’il survolait les lignes sudistes mais pensant avoir à faire à un espion yankee les hommes du 2ème régiment d’infanterie de Floride ouvrirent le feu, forçant l’infortuné capitaine à lâcher du lest pour aller retenter une descente plus loin. Finalement, Bryan parvint à rejoindre le sol sans casse aux alentours de Williamsburg près de la York River.

La Confédération ne tarda pas à se doter d’un second ballon, le Gazelle, construit à Savannah sous la direction du capitaine Langdon Cheeves. Manquant de matériaux, Cheeves eu recours à un assemblage de divers bouts de soie multicolores, donnant de la sorte un aspect des plus étranges au ballon. De là naquit la légende des robes de soies des dames de la Confédération.[2] Le ballon fut alors appelé à Richmond par le général Lee qui espérait l’utiliser pour effectuer une reconnaissance préalable à son offensive sur Gaines’ Mill durant la seconde partie de la campagne de la Péninsule. Mais alors que le ballon était transporté par le CSS Teaser sur la James River, ce dernier fut capturé avec sa cargaison par le USS Maratanza le 4 juillet 1862 suite à un retrait soudain de la marée.

Le troisième, et dernier, ballon du Sud fut l’œuvre de Charles Cevor, qui, à la demande du général Beauregard, construisit une ballon de soie similaire à celui de Cheeves. Il flotta à de nombreuses reprises au dessus de Richmond entre l’automne 1862 et le printemps 1863, s’assurant de la sorte de voir arriver toute menace fédérale sur la ville, jusqu’à ce que des vents violents ne l’emportent vers les lignes nordistes où il fut pris et détruit par les forces fédérales. Précisons que la Confédération ne disposa jamais de générateurs à hydrogène comme ceux de l’Union, ses ballons furent gonflés à l’air chaud, ce qui en freina grandement la capacité de déploiement.

Enfin, mentionnons également que l’Union eut recours à ce que l’on peut considérer comme le premier porte-aéronefs de l’histoire, le USS George Washington Park Curtis, une grande barge spécialement retapée afin qu’elle puisse servir de support mobile à un ballon. Il ne fut cependant utiliser qu’à quelque reprise sur le Potomac. D’autres innovation liées à l’apparition des ballons furent faites durant la guerre de sécession, comme l’usage de câbles télégraphiques aériens ou des drapeaux de signalisation pour communiquer avec le sol. Mais finalement, les généraux des deux camps furent incapables de saisir l’importance que les ballons pouvaient jouer dans l’art de la guerre et ne les utilisèrent jamais à plein escient avant de finalement les laisser complètement de côté dans le courant de l’année 1863.[3] Cependant, certain, comme le général Edward Porter Alexander, officier d’artillerie confédérée et premier pilote de la Gazelle, furent à même de saisir le rôle que pouvaient remplir les ballons, ce-dernier écrivit après la guerre: « I have never understood why the enemy abandoned the use of military balloons early in 1863, after having used them extensively up to that time. Even if the observers never saw anything, they would have been worth all they cost for the annoyance and delays they caused us in trying to keep our movements out of their sight. » En effet, parmi les innovations propres à cette guerre se trouvaient également les mesures de dissimilation des troupes et de leurs mouvements tel que l’interdiction de faire des feux de camps.

Au total l’Union Balloon Corps réalisa près de 3000 ascensions avec ses sept ballons et ce sans qu’un seul ne soit jamais atteint par les tirs de l’artillerie adverse, les ballons volant trop haut et se trouvant trop loin derrière les lignes pour que celles-ci puissent avoir la moindre efficacité.
Enfin, parmi les aéronautes de l’Union Balloon Corps qui aidèrent Lowe dans sa tâche, nous pouvons citer les noms de John Allen, Ebenezer Seaver, Joseph B. Starkweather, John Steiner, William Paulin et John R. Dickinson.

AC - Thaddeus S. C. Lowe

Thaddeus Sobieski Coulincourt Lowe

AC - Union balloon Intrepid being inflated during the Battle of Seven Pines

L’Intrepid en train d’être gonflé lors de la bataille de Seven Pines

AC - Thaddeus Lowe making an ascension on the balloon Intrepid during the Battle of Seven Pines

Thaddeus Lowe à bord de l’Intrepid lors de la bataille de Seven Pines

AC - Union balloon Intrepid being inflated with two hydrogen generator

Des générateurs d’hydrogène en train de gonfler l’Intrepid

Sans titre

Dessin représentant le George Washington Park Curtis sur le Potomac emportant le Washington en pleine observation

[1] L’armée française avait déjà fait usage de ballons d’observation lors des batailles de Fleurus (l’Entreprenant) et Mayence, en 1794 et 1795, mais bien qu’ils constituait un corps à part entière de l’armée française, le peu d’occasions lors desquels ils furent utilisés nous amènent à ne pas considérer cela comme une force aérienne à part entière. Ce corps fut finalement dissous en 1799.
Notons également que quelques sources mentionnent qu’en 1849, lors du siège de Venise, la marine autrichienne aurait eut recours à des ballons inhabités afin de les faire exploser au dessus de la ville pour qu’ils y servent de bombes. Mais parce que cela fut un évènement unique et de plus non couronné de succès, on ne peut pas non plus considérer cela comme une flotte aérienne.

[2] La légende veut que, confronté au manque de moyens, la Confédération fit appel aux dames du Sud pour qu’elles donnent leurs robes de soie afin de confectionner des ballons d’observation. Bien que cela témoigna d’un très bel esprit patriotique, ce n’est qu’une belle légende.

[3] Dans le cas du Sud, cette non-reconnaissance s’accompagna également d’une incapacité à en produire et à les exploiter en raison des faibles moyens à leur disposition.

3 réflexions au sujet de « Les forces aériennes de la Guerre de Sécession »

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