De l’importance du passé pour comprendre l’actualité: le cas de l’euroscepticisme britannique

Il n’est pas fréquent qu’un sujet d’actualité de politique internationale nous offre l’opportunité d’aborder la Guerre de Sécession, mais depuis quelques jours/semaines, il en est un que pourtant personne n’a – à ma connaissance pour le moins – abordé: La menace britannique de quitter l’Europe.

Revenons sur les faits. On le voit depuis plusieurs mois – et cela a été confirmé par les dernières élections européennes -, un fort courant eurosceptique/europhobes traverse aujourd’hui l’Union Européenne et ce particulièrement au Royaume-Uni. Mais, surtout dans ce pays, ce mouvement se traduit par une poussée favorable à une sortie de l’Union Européenne, une poussée telle que le Premier Ministre britannique, David Cameron, qui je le rappelle est à la tête d’un gouvernement de coalition, se voit contraint d’être la voix de cette volonté de sortir de l’Europe politique, sous peine de voir les partis anti-européens lui ravir une partie de son électorat alors qu’il se trouve déjà dans une situation difficile sur la scène nationale. Alors, certes Mr. Cameron brandit cet argument comme une menace dans une logique de chantage/marchandage plus que dans une logique de conviction personnelle, mais les faits sont là, la menace britannique de quitter l’Europe n’a jamais été aussi forte. Et à ce titre, le dernier évènement politique en date, la nomination à la tête de la Commission Européenne de Jean-Claude Juncker, un fédéraliste convaincu, est un élément de parcours des plus révélateurs.

Comme nous le savons déjà[1], la Guerre de Sécession est née de la volonté de certain états du Sud des Etats-Unis de quitter l’Union qu’ils jugeaient trop fédéraliste et accordant trop de pouvoirs au gouvernement central au détriment des états. Or, et c’est là que réside le cœur de l’analyse, le Royaume-Uni adopte aujourd’hui une posture fort similaire. Nombre de citoyens et d’hommes politiques britanniques jugent l’Europe trop fédérale et s’oppose à tout renforcement des pouvoirs de Bruxelles qui se ferait au détriment de ceux des Etats-Membres.[2] Il en résulte que, comme aux Etats-Unis de 1860, certain voudraient mettre fin à cette Union dans le but de défendre la souveraineté des Etats, et dans le cas du Royaume-Uni, cela se traduit par une volonté de quitter l’Union.

Cependant, ne me faite pas dire ce que je n’ai pas dit, l’Union Européenne n’est pas à la veille de sa propre Guerre de Sécession, il n’est même pas sûr que le Royaume-Uni la quitte. Pour ma part, et ce n’est là qu’un avis personnel, il ne le fera pas.
L’idée que je défend ici est qu’il est de nombreuses similitudes entre l’état de l’Europe politique d’aujourd’hui et celui des Etats-Unis en 1860. Certes de nombreux facteurs divergent, c’est pourquoi l’issue ne sera fort probablement pas la même, mais ce serait néanmoins une erreur phénoménale de ne pas recourir aux expériences du passé pour mieux comprendre les évènements en cours dans notre présent et mieux préparer l’avenir.

Enfin – et à partir d’ici je ne suis plus analyste mais partisan -, l’histoire nous a montré qu’une Amérique fédérale a été progressivement plus puissante politiquement et économiquement qu’elle ne l’avait été auparavant et a fortiori qu’elle ne l’aurait jamais été dans une configuration confédérale. Or, c’est justement durant cette phase de prospérité que les Etats-Unis ont pu jouer progressivement un rôle de plus en plus accru sur la scène internationale et ont été capable d’y influencer les évènements et les évolutions en faveur de leurs intérêts. Aussi, je suis fermement convaincu que la voie de l’Europe comme acteur international de premier plan passe par le fédéralisme et le transfert et le renforcement des pouvoirs régaliens aux mains de Bruxelles, n’en déplaisent aux eurosceptiques/europhobes de tout poils.

Tout ceci pour dire et démontrer qu’il n’est jamais inutile de s’attacher à passer du temps à s’assurer que les gens connaissent bien le passé, il est une formidable source de compréhension du présent et de préparation du futur.

[1] Si plus d’informations sont nécessaires sur ce point, je vous invite à retourner lire les articles consacrer à l’analyse des causes de la guerre.

[2] Ces sentiments sont également partagés par de nombreux eurosceptiques/europhobes à travers toute l’Union Européenne.

2 réflexions au sujet de « De l’importance du passé pour comprendre l’actualité: le cas de l’euroscepticisme britannique »

  1. Je diverge sur pas mal de point de l’analyse mais le parallèle, ou plutôt « l’écho » historique n’exagérons rien – l’histoire europénne a sa propre dynamique très différente – est bien vu. Il y a en effet pour l’Europe un aspect « croisée des chemins » qui rappelle les Etats-Unis des années 1850.

  2. Ah oui , The Civil War nous rappelle bien des choses. Quand on regarde les images de cette Civil War , on remarque tout de suite qu’on peut faire le parallélisme, du point de vue technique , avec la guerre de 1914/18 : les fortifications d’Atlanta rappellent les tranchées de 1916 à Verdun , l’artillerie lourde type mortier »dictator » sur voie ferrée de 1862 avec le mortier de 320 de 1917 , les ballons d’observations pendant les opérations en Virginie avec les premiers avions de 1915, le premier sous-marin d’attaque de Hunley – vite récupéré par l’Amirauté anglaise en 1866 ! – la médecine aux armées , les voies ferrées , les cuirassiers à vapeur, les télécoms (télégraphe)…. Ne manquent que les véhicules terrestres automobiles , et…. les gaz.
    Ceci dit , outre les boucheries inutiles de ces guerres entre gens « civilisés » , ce qui me surprend dans ce parallélisme c’est que nous,européens, prenons le même chemin que les américains anglo-saxons , mais en sens inverse : 2500 ans de guerres et de rivalités en Europe pour faire une tentative d’Union ( on va y arriver , mais à petits pas TRES lents ) , alors que les Sudistes de la Confédération ont fait 4ans et 1/2 de guerre pour défaire l’Union… Mais surtout , ce qui a de paradoxal c’est que les circonstances ont obligé Jefferson Davis à être encore plus fédérateur et directif que Lincoln dans la conduite de la guerre , ce qui me fait dire que pour l’Europe sous la pression économique – qui est une autre forme de guerre, rappelons-le ! – ont en arrivera aussi à avoir une gouvernance confédérale du même style. Peut-être pas au même rythme , mais tout aussi sûrement, vu les circonstances actuelles…

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