La seconde campagne de la Rappahannock

Le désastre de la première campagne de la Rappahannock avait contraint l’Armée du Potomac à prendre ses quartiers d’hiver et Lincoln à remplacer Burnside par Joseph Hooker à la tête de cette dernière. Mais l’impact le plus important de la déroute fut la montée dans les états du Nord de sentiments anti-guerre fortement poussés par les démocrates nordistes, et également renforcés par l’entrée en vigueur le 1 janvier 1863 de la Déclaration d’Emancipation, à laquelle s’opposaient de nombreux nordistes jugeant que les buts de guerre ne devaient pas être changés, l’objectif devait rester la préservation de l’Union et non la poursuite d’une nouvelle mouture fédérale libérée de l’esclavage.[1] La pression sur le commandement nordiste était donc forte mais Hooker semblait bien y réagir, démontrant des aptitudes d’excellent gestionnaire. Les mesures que prit ce dernier permirent de remonter le moral des hommes de l’Armée du Potomac de manière significative mais il lui restait encore à prouver sur le terrain qu’il pouvait vaincre les sudistes.[2]

L’Armée de Virginie du Nord était toujours bien retranchée sur les hauteurs fortifiées au sud de Fredericksburg. Lee ne semblait pas avoir de plan d’action pour les semaines à venir, son armée manquait grandement de moyens et il préférait donc attendre sagement installé derrière ses défenses qui lui permettaient de tenir en respect une force presque deux fois plus grande et mieux équipée.[3] De son côté, Hooker était bien conscient qu’une attaque frontale était vouée à l’échec et, profitant de l’initiative stratégique que Lee ne semblait pas vouloir prendre, concocta un plan de manœuvre dans le but de forcer celui-ci à quitter sa position défensive pour venir livrer bataille là où il l’aurait choisi.[4]

Depuis le début de l’année 1863, la situation avait évolué sur les autres fronts.[5] Premièrement, le long des côtes de la Confédération, l’Union mena deux actions navales, l’une contre un petit fort défendant la côte géorgienne, Fort McAllister, et une autre contre le port de Charleston. Cette dernière était la première d’une série d’attaques qui allaient être menées contre la ville au cours de l’année 1863. Ces deux actions se soldèrent par des échecs. Par ailleurs, l’Union lança également à la fin du mois de décembre 1862 une opération amphibie dans le nord de la Caroline du Nord. Constatant que ce petit déploiement de force menaçait Richmond par le Sud, Lee fut contraint de détacher deux de ses divisions de l’Armée de Virginie du Nord, avec à leur tête Longstreet, dans le but de mener une campagne de contre-attaque qui commença en février et devait se terminer à la fin du mois de mai.
Deuxièmement, à l’Ouest du Mississippi, une petite force sudiste lança une première, en janvier, puis une seconde campagne dans le Missouri depuis l’Arkansas. Celle-ci sera finalement repoussée en Arkansas au début du mois de mai.
Troisièmement, sur le front du Mississippi, la campagne lancée par Rosecrans pour chasser les sudistes de Bragg hors du Tennessee Oriental fut brutalement arrêtée lors de la bataille de la Stone River au début du mois de janvier 1863. Dans le même temps, mais cette fois dans le Tennessee Occidental, la cavalerie confédérée de Forrest mena un raid dont le but était de ralentir la progression de Grant contre la position sudiste de Vicksburg en lui coupant ses voies d’approvisionnement. Et cela réussit car celui-ci fut contraint de repousser son attaque contre la ville d’une part parce qu’il avait compris qu’il ne pouvait garantir la sécurité de son approvisionnement par voie terrestre et d’autre part parce que les deux tentatives d’assauts directs de Sherman venaient d’être repoussées fin décembre et début janvier, démontrant ainsi la solidité des défenses de la ville. Grant commença finalement sa seconde approche contre Vicksburg à la fin du mois d’avril. Dans le même temps, et en parallèle de l’attaque de Grant, Nathaniel Banks mena également une petite campagne dans le golfe du Mississippi afin de tenter d’agir contre Port Hudson.
Enfin, pour être complet, mentionnons que l’Union mena également une petite campagne en Idaho contre une révolte des indiens Shoshones qui résultat en la bataille de la Bear River. 

Dans ce contexte, Hooker avait donc pour mission de trouver un moyen de vaincre l’armée sudiste et prendre Richmond tout en protégeant Washington car sur les autres fronts, la progression de l’Union avait été stoppée et l’opinion publique en plein doute poussait le gouvernement fédéral à nécessiter une victoire sur le front le plus symbolique. Pour ce faire, Hooker, qui comme nous l’avons dit ne souhaitait pas lancer une attaque de front contre les défenses de l’Armée de Virginie du Nord, entendait forcer Lee à se retirer de ses défenses. Son plan consistait en une série de manœuvres. Premièrement, la cavalerie du général Stoneman devait franchir la Rappahannock et la Rapidan en amont des défenses sudistes dans le but de venir se placer dans le dos de l’armée confédérée et en couper les lignes d’approvisionnement et de communication avec ses bases arrières.[6] Stoneman devait donc premièrement repousser la cavalerie de Stuart qui lui barrait la route avant de se diriger sur Gordonsville puis Hanover Junction pour piller les dépôts sudistes s’y trouvant et couper leurs lignes d’approvisionnement. Hooker espérait que cela forcerait Lee à quitter sa position pour venir défendre ces lignes ce qui lui permettrait de lancer le gros de ses forces à la poursuite des sudistes et ainsi les prendre en tenaille. Bien entendu, cela supposait que la cavalerie soit capable de tenir tête à l’attaque sudiste suffisamment longtemps pour que la tenaille ne soit pas brisée. Par ailleurs, dans le but de faciliter le passage de la cavalerie sur la rive sud de la Rappahannock, Hooker comptait recourir à une série de manœuvres aux abords des gués de la rivière bloqués par les défenses confédérées dans le but de produire des diversions.[7]

De son côté, Lee n’avait pas de plan d’action à proprement parler. En effet, son armée était fortement affaiblie par manque d’approvisionnement. L’hiver avait été rude et après plusieurs mois de raids de ravitaillement par deux armées majeures, la région n’avait plus grand chose à offrir. De plus, comme cela a déjà été mentionné, Lee avait été contraint de se séparer de deux divisions placées sous le commandement de Longstreet pour aller faire face à une action nordiste dans le nord de la Caroline du Nord, celles de Hood et Pickett appuyées par deux bataillons d’artillerie. Par conséquent, la ligne d’action choisie par le commandant confédérée fut de se tenir prêt à repousser toute tentative nordiste en attendant d’améliorer la situation de l’Armée de Virginie du Nord.[8]

Hooker apporta des modifications organisationnelles à l’Armée du Potomac. Premièrement, il abandonna le concept des grandes divisions pour en revenir à un système articulé autour des corps d’armée comme c’était le cas avant le commandement de Burnside. Hooker disposait donc de huit corps, tous, sauf un, fort de 3 divisions: le 1er corps de Reynolds, le 2ème de Couch, le 3ème de Sickles, le 5ème de Meade, le 6ème de Sedgwick, le 9ème de Smith, le 11ème de Howard et le 12ème de Slocum qui ne comptait que deux divisions.[9] Tous ces corps, sauf un, se trouvaient toujours dans la région où ils avaient passé l’hiver suite à l’échec de la première campagne de la Rappahannock, soit aux alentours de Falmouth, ils attendaient la reprise des hostilités. Le corps manquant était le 9ème qui avait été envoyé peu avant dans le Nord de la Caroline du Nord.[10]
Deuxièmement, Hooker avait donc réorganisé sa cavalerie pour la regrouper en une seule unité sous le commandement du général Stoneman positionnée au nord de Kelly’s Ford. Mais dans le même temps, il a également dispersé ses unités d’artillerie entre ses différents corps, ce qui allait avoir un impact négatif sur les combats à venir en empêchant l’Union de concentrer la puissance de son artillerie. Au total, Hooker disposait donc sous son commandement d’approximativement 120 000 hommes.[11]  

Comme nous l’avons déjà précisé, Longstreet avait été envoyé en Caroline du Nord avec deux divisions, celles de Pickett et de Hood. La conséquence de cela était que Lee ne disposait sous son commandement que d’une aile et demi, celle de Jackson fort de quatre divisions – respectivement de A.P. Hill, D.H. Hill (commandée par Robert Emmett Rodes car Hill était sur le point d’être transféré en Caroline du Nord), Trimble (commandée par Raleigh Edward Colston car Trimble se remettait toujours d’une blessure subie lors de la seconde bataille de Bull Run) et Early – et les deux divisions restantes de Longstreet, celles de MacLaws et d’Anderson.[12] Au total, l’Armée de Virginie du Nord comptait approximativement 60 000 hommes quand on prenait en compte la cavalerie de Stuart qui ne disposait que de trois brigades sur quatre, la dernière, de Grumble Jones, se trouvant toujours dans la vallée de la Shenandoah.[13]
Afin de prévenir toutes tentatives de traversée de la Rappahannock, Lee avait placé les forces à sa disposition de façon à bloquer tous les passages à gué entre Port Royal et United States Ford. L’aile de Jackson formait le flanc droit entre Port Royal et Hamilton’s Crossing et les divisions restantes de l’aile de Longstreet constituaient le flanc gauche avec la division de MacLaws à la gauche de Jackson jusqu’à Banks Ford et celle d’Anderson jusqu’à Mott’s Run. La cavalerie de Stuart couvrait, elle, les passages situés plus en amont.[14] Les brigades de Wade Hampton et W. H. L. Lee étant positionnées à Culpeper et celle de Fitzhugh Lee se trouvant près d’Amissville.[15]

Hooker avait initialement prévu de commencer à mettre son plan à exécution le 13 avril en envoyant Stoneman traverser les rivières comme prévu mais en raison de mauvaises conditions météorologiques la progression fédérale fut ralentie et Hooker contraint de postposer son attaque.[16] Les cavaliers campèrent donc aux alentours de Kelly’s Ford en attendant, ce qui entraina quelques escarmouches plus ou moins importantes avec les cavaliers sudistes présents sur l’autre rive de la Rappahannock. Le principal affrontement fut la bataille de Kelly’s Ford au cours de laquelle pour la première fois les cavaliers nordistes tinrent la dragée haute à leurs homologues sudistes lorsque la brigade du général William Woods Averell affronta celle de Fitzhugh Lee.[17]

Le délai ainsi imposé par la météo permis au commandant nordiste de concevoir une nouvelle mouture de son plan. Sans trop le changer, ces modifications améliorèrent le plan qui sur papier pouvait sembler très bon. Hooker ne comptait plus traverser Fredericksburg abandonnée par Lee qui serait parti vers le sud pour combattre la cavalerie, il comptait faire passer la plus grande partie de ses forces sur la rive sud de la Rappahannock en traversant en amont de la ville alors qu’une petite partie attaquerait les positions défensives sudistes de façon à essayer de les fixer sur cette position. Cela était en effet plus réaliste que de penser que Lee allait ainsi faire bouger toutes ses forces puissamment retranchées pour affronter la seule cavalerie laissant de la sorte les hauteurs de Marye’s Heights désertes.[18] Ainsi, si Lee quittait ses positions, il serait contraint de livrer combat en terrain ouvert, c’est-à-dire non fortifié, et s’il ne le faisait pas, les forces de Hooker ayant traversé la rivière en amont seraient en mesure de le prendre de flanc ou à revers annihilant de la sorte considérablement l’avantage des fortifications sudistes.        Néanmoins, Hooker n’envisageait pas réellement de se porter à l’attaque, il estimait que Lee serait contraint de bouger et si jamais il ne le faisait pas, celui-ci serait coupé de ses lignes d’approvisionnements et dès lors contraint d’attaquer pour les rouvrir, ce qui offrirait immanquablement une opportunité à Hooker d’user de sa supériorité numérique.

Hooker mit ses forces en action le 27 avril, lorsque les 5ème, 11ème et 12ème corps, les plus éloignés des lignes sudistes et par conséquent les moins visibles, se mirent en marche. Le 28, ce fut au tour des 1er et 6ème corps de se mettre en mouvement pour se préparer à traverser la Rappahannock un peu en aval de Fredericksburg. Enfin, le 29, les 5ème, 11ème et 12ème corps traversèrent la rivière à Kelly’s Ford avant de se séparer, Howard et Slocum traversant la Rapidan à Germana Ford et Meade un peu plus en aval à Ely’s Ford. Les 1er et 6ème corps traversèrent également à Fitzhugh’s Crossing et Franklin’s Crossing et établirent une tête de pont réalisant ainsi une diversion pour couvrir le mouvement des autres corps en amont.[19] Couch, dont le corps était à vue des sudistes, profita de la diversion créée par Sedgwick et Reynolds pour venir se placer avec son 2ème corps en face de Banks Ford sans traverser la rivière pour l’instant. A côté de cela, la cavalerie de Stoneman était comme prévu partie dans son grand mouvement de flanc, traversant la rivière à Kelly’s Ford, Morton Ford et Raccoon Ford. Le 3ème corps était, lui, resté en réserve en face de Fredericksburg.

Pendant ce temps, l’armée sudiste ne resta pas sans rien faire. Stuart repéra très tôt les mouvement fédéraux sur la gauche de Lee ainsi que ceux de la cavalerie de Stoneman. Il affecta la brigade de W.H.F. Lee à la poursuite de ce-dernier et avec le reste suivi le mouvement des fédéraux en parallèle, sur leur droite, jusqu’à Chancellorsville livrant au passage un court combat contre la brigade de cavalerie de Pleasonton – la seule que Hooker avait conservé avec lui – à Todd’s Tavern dans la matinée du 30 avril.[20] Lee, pour sa part, fut au début de la manœuvre fédérale largement dans le noir. Il recevait des rapports sur la présence de forces fédérales en amont de la rivière mais en ignorait le nombre, les mesures prises par Hooker pour maintenir le secret et la surprise de sa manœuvre avaient globalement bien fonctionnées.[21] Ce n’est qu’au matin du 29 que Lee comprit ce que Hooker avait en tête et choisi de déplacer les trois divisions de son flanc droit plus près de Fredericksburg, de façon à disposer d’une double ligne défensive. Il s’agissait des divisions de A.P. Hill, Rodes et Colston. Il envoya également la division d’Anderson précéder les fédéraux à Chancellorsville dans le double but d’occuper le terrain mais également de pouvoir se faire une idée des forces fédérales présentes dans le secteur. Mais Anderson préféra ne pas s’approprier ce terrain car il le jugeait trop difficile à défendre et se retira pour se retrancher à l’intersection des Turnpike et Mine Road, près de Zoan Church.[22]
Bien que son plan initial était de pousser ses forces jusqu’à Banks Ford pour en dégager la rive sud, Hooker ordonna à ses forces de s’arrêter près de Chancellorsville et d’attendre des renforts. Ces renforts, c’étaient deux divisions du 2ème corps de Couch – la troisième, celle de Gibbon, ayant été laissée en réserve près de Falmouth – qui devait initialement traverser la Rappahannock à Banks Ford mais se vit finalement intimé l’ordre de la traverser en amont à United States Ford tard au soir du 29 avril. Ainsi, le 30 avril vers 3 heure, Hooker disposait de trois corps à Chancellorsville et deux divisions un peu plus en arrière.[23]
Malgré tout, le plan de Hooker avait été dans le l’ensemble très bien exécuté malgré la complexité que cela représentait de coordonner les mouvements de diverses troupes de grandes importances dans une région relativement étendue et géographiquement complexe. De plus, Hooker était parvenu à prendre Lee de vitesse, de sorte que ce-dernier n’avait plus que trois solutions devant lui comme le souhaitait le commandant nordiste, se porter à l’attaque face à un ennemi supérieur en nombre, rester sur ses positions défensives en sachant qu’il serait pris en tenaille ou abandonner sa position et se replier. Pour Lee, aucune de ces solution n’était idéale et en ce point Hooker avait réussit un exploit.[24]

Figure 52: Mouvement de l’Armée du Potomac et situation au soir du 30 mai

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Chancellorsville Campaign, Situation Late 30 April and Movement Since 27 April 1863, West Point: Department of History.

Lee opta finalement pour l’attaque – quand bien même les principes traditionnels de la stratégie lui recommandaient plutôt de se replier – mais il faillait encore savoir qui attaquer. Après une reconnaissance rapide des forces ayant traversé en aval de Fredericksburg, il jugea d’une part qu’attaquer en ce point était voué à l’échec car bien que relativement peu nombreuses, ces forces disposaient d’un puissant soutien d’artillerie établit sur la rive nord de la rivière, sur les hauteurs de Strafford Heights et d’autre part parce qu’il savait que le gros des forces fédérales était à l’Ouest et représentait donc la plus grosse menace. Le commandant sudiste décida alors, le 1er mai, de se porter à l’attaque à l’Ouest, ne laissant que la division d’Early avec 30 canons et une brigade de la division d’Anderson – celle de Wilcox qui se plaça face à Gibbon à Banks Ford – pour défendre les hauteurs du sud de Fredericksburg. La tâche qu’il incombait donc à Early était de défendre les arrières de l’Armée de Virginie du Nord pendant que celles-ci affronteraient le gros des forces nordistes.[25]
Vers midi, les premiers éléments des forces de Lee entrèrent en contact avec celles de Hooker progressant vers l’est sur trois axes. Slocum se trouvait sur la gauche le long de la Orange Plank Road, faisant face à Anderson soutenu par Rodes et parvenant à les bloquer près de Tabernacle Church. Sykes, à la tête d’une division du 5ème corps de Meade, avançait au centre sur la Orange Turnpike, face à MacLaws qu’il parvint à repousser lors de combats près de Zoan Church. Enfin, sur la droite le long de la River Road, Meade progressait sans rencontrer de résistance avec ses deux autres divisions. Pendant ce temps, le 11ème corps d’Howard s’était lui arrêté à l’Ouest de Chancellorsville, près de Wilderness Church.[26] Dans cette région, un peu à l’est de la forêt de la Wilderness, le terrain était dégagé et favorable aux fédéraux qui pouvaient y utiliser leur artillerie. Mais plutôt que d’utiliser cet avantage, Hooker ordonna à ses commandants de corps de se replier vers leurs positions antérieures autour de Chancellorsville, dans la forêt sur les collines de Hazel Grove, où leur canons ne pourraient être d’aucune utilité en raison de la densité de la végétation. Bien sûr, cela entraina les protestations de nombreux officiers, mais rien n’y fit, d’une part Hooker avait commencé à flancher psychologiquement, il abandonnait l’initiative à son adversaire mais d’autre part, cela s’explique aussi par la volonté de Hooker de livrer une bataille défensive.[27] Pendant ce temps, Hooker avait également averti Sickles qu’il devait mettre son corps en marche, ainsi celui-ci franchit US Ford dans la matinée et arriva à Chancellorsville plus ou moins au même moment que les deux autres corps qui reculaient sur ce point. Couch, pour sa part, installa son corps d’armée à l’est de Chancellorsville dès son arrivée et n’en bougea pas.
L’idée initiale de pousser jusqu’à Banks Ford était bonne dans le sens où elle aurait réduit la distance entre les deux forces séparées de l’Armée du Potomac à un peu moins de 20 kilomètres en plus de déplacer les potentiels combats dans une zone ouverte contrairement à ce qui entourait Chancellorsville, une épaisse forêt qui allait jouer un rôle important dans les combats à venir. De plus, en se repliant sur Chancellorsville, Hooker a laissé passer une occasion d’exploiter la situation en poussant ses forces plus en avant pour prendre une meilleure position défensive que la Wilderness et d’où il aurait pu menacer les lignes d’approvisionnement sudistes sans le recours à sa cavalerie qui n’allait de toute façon être d’aucune aide lors de la campagne.

Figure 53: Mouvements et combats du 1 mai 1863

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Chancellorsville Campaign, Situation at Dark, 1 May 1863, West Point: Department of History.

Lee se rendit bien compte que Hooker lui abandonnait l’initiative stratégique et, alors que ses éléments avancés testaient les défenses fédérales bien retranchées derrière des abatis autour de Chancellorsville, il compris également qu’il lui fallait trouver un plan pour exploiter cette situation tout en sachant qu’il ne pouvait prendre d’assaut la ligne fédérale par le Sud ou par l’Est en raison de ces défenses, ni par le Nord car la gauche fédérale était ancrée sur la rive sud de la Rappahannock.[28] La solution viendra dans la soirée, lorsque Stuart vint lui signaler que la droite de la ligne nordiste n’était pas fortifiée, elle était « en l’air », et donc vulnérable à une attaque.[29] Le commandant sudiste tenait son opportunité et allait la saisir. Pour ce faire, il concocta son plan le plus audacieux de la guerre. Dès le lendemain, il allait envoyer toute l’aile de Jackson dans un vaste mouvement tournant autour de la droite fédérale, au travers des bois, pour que celui-ci puisse attaquer les fédéraux de flanc et à revers. Ce faisant, Lee allait violer un principe fondamental de la guerre, ne pas faire marcher une force devant une armée ennemie déployée et prête au combat. La cavalerie de Stuart ayant, elle, pour objectif de couvrir la progression de Jackson. Pendant ce temps, avec les forces restantes à sa disposition, les divisions d’Anderson et MacLaws, Lee tiendrait tête à l’ensemble des forces de Hooker présentes face à lui.[30] Ce plan était des plus incertain. Premièrement, Jackson allait devoir couvrir une longue distance sur des chemins difficiles, le tout sans se faire repérer. Mais surtout, Lee se trouvait dans une fâcheuse posture car déjà dominé en nombre dans un rapport de presque deux pour un en faveur des fédéraux, il divisait encore une fois ces forces, allant à l’encontre d’un autre des principes stratégiques les plus importants, la concentration des forces. Le plan de Lee aurait pu tourner au désastre si Hooker avait choisi de prendre l’offensive alors que l’Armée de Virginie du Nord était divisée et que Jackson était sans protection.[31] Mais Lee avait encore une fois sut lire dans l’esprit de son adversaire, Hooker n’allait rien faire.[32]

Vers 6 heure, au matin du 2 mai, Jackson mit son corps en marche comme prévu le long des Wellford Furnace et Brock Roads, vers l’Ouest, à travers la forêt de la Wilderness. Vers 9 heure, les cavaliers de la brigade d’Averell, que Hooker avait rappelé, repérèrent le mouvement de Jackson tout comme certaines unités du corps de Sickles.[33] Mais Hooker interpréta mal ces renseignements et cru que Jackson battait en retraite vers les dépôts de Gordonsville et Orange. En effet, la première partie du trajet de Jackson, la Wellford Furnace Road était orientée nord-sud et Jackson semblait se diriger vers le sud, Hooker en fut donc conforté dans ses croyances que les sudistes se repliaient[34].

Un peu après midi, des éléments du 3ème corps de Sickles signalèrent à ce-dernier la présence des troupes de Jackson passant devant les lignes fédérales, d’est en ouest. Sickles demanda et obtenu de Hooker la permission de lancer une reconnaissance en force vers Catherine’s Furnace avec deux de ses divisions. De plus ou moins gros accrochages éclatèrent dans cette zone, sur l’arrière garde de Jackson, mais sans grande importance. Premièrement parce que celui-ci poursuivi son itinéraire vers le sud, le long de la Wellford Furnace Road et deuxièmement, Sickles se satisfit très vite de voir les confédérés partir dans cette direction, pensant les avoir repoussés et n’insista donc pas plus, laissant Jackson continuer sa marche de flanc.[35] L’annonce par Sickles de la soi-disant retraite des sudistes conforta Hooker dans sa croyance, si bien qu’il ne pensa pas un instant qu’une menace pesait sur son flanc droit alors que Jackson progressait.[36] Et ce quand bien même, alors que les forces de Jackson se trouvaient sur les Plank et Brock Road, des piquets du 11ème corps d’Howard informèrent le commandant nordiste de la présence des sudistes au sud de sa position. En effet, Howard, d’une part parce que les informations qu’il avait reçues de Hooker faisait état de la retraite vers le sud des sudistes et parce qu’il estimait infranchissables les bois qui se trouvaient sur sa droite, ne positionna ses forces que face au sud, laissant sa droite sans protection.[37]

Jackson termina sa manœuvre vers 2h30. Cependant, en raison de sa minutie et parce que la nature très dense des bois dans lesquels il se trouvait gênait le déploiement des troupes en ligne de bataille[38], l’attaque sudiste ne commença qu’environ 3 heures plus tard, soit aux alentours de 17h30.[39] L’ensemble de ses forces tombèrent ainsi depuis l’Ouest, sur les troupes qui composaient le flanc droit du 11ème corps, sur une ligne de front d’environ trois kilomètres de large. Les fédéraux ne s’y attendaient pas du tout et n’étaient aucunement préparés à faire face à une attaque. La plus grande partie de ces unités étaient soit en train de se reposer soit de manger.[40] Les premières unités nordistes furent ainsi aisément mises en déroute. Seule la brigade du colonel Adolphus Buschbeck parvint à ralentir la progression sudiste pour un temps, mais une fois prise sur les flancs elle dut se replier elle aussi.[41] Néanmoins, d’une part grâce à ce petit répit, mais surtout parce que la ligne sudiste avait commencé à perdre sa cohésion en raison d’une progression trop rapide et dut donc s’arrêter pour se réorganiser, Hooker et Howard parvinrent à établir une ligne de défense à l’ouest de la Fairview Hill. Cette ligne avait dut être constituée dans l’urgence à partir d’éléments prélevés dans quatre corps différents.[42] Cela n’avait pas été une tâche facile car dans le même temps, Lee avait, de son côté, lui aussi lancé de petites actions contre la ligne fédérale lui faisant face avec les deux divisions qu’il lui restait afin de fixer un maximum de forces nordistes dans son secteur et ainsi soulager la charge pesant sur les épaules de Jackson.[43] Malgré tout, la nouvelle ligne fédérale qui se composait donc du corps de Meade sur la droite, ancré à la Rappahannock, et de celui de Sickles revenu de Catherine’s Furnace pour se placer à l’ouest de Fairview, tint bon alors que tombait la nuit. Cependant – et pour l’une des très rares occasions de la guerre – les combats ne cessèrent pas avec l’obscurité, des combats non-coordonnés éclatèrent ça et là pendant plusieurs heures avant de finalement pendre fin. Mais alors que ses forces avaient été initialement stoppées en début de nuit, Jackson ne voulait pas en rester là et tenait à couper la route de retraite de l’Armée du Potomac vers United States Ford.[44] Pour ce faire, il se rendit, avec un petit groupe d’hommes, en exploration à cheval à proximité des lignes ennemies afin de chercher une route le long de laquelle lancer une nouvelle attaque avant que les fédéraux ne puissent la sécuriser. Mais, alors que la petite troupe revenait vers les lignes sudistes, ils furent repérés par un groupe de fantassins confédérés qui les prirent par mégarde pour des cavaliers nordistes et ouvrirent donc le feu, blessant de la sorte Jackson d’une balle dans la main gauche et d’une autre dans l’épaule du même bras. Au prix de quelques péripéties, le général confédéré fut évacué vers l’arrière où il fut amputé de son bras gauche. Huit jours plus tard, le 10 mai 1863, alors qu’il avait bien récupéré de son amputation, Jackson succomba à une pneumonie.[45] A la suite de Jackson, ce fut A.P. Hill qui prit le commandement de l’aile de Jackson mais lui aussi fut blessé dans la soirée, si bien que ce fut Stuart qui assura finalement le commandement des ces troupes pour le reste de la bataille. Durant la nuit, Sickles lança une attaque depuis Hazel Grove dans le but de s’en prendre à la droite de l’aile de Jackson. Mais dans l’obscurité les fédéraux se perdirent et tombèrent au contact avec d’autres forces fédérales près de Fairview avant de finalement se replier sur leurs positions originelles, mettant, avec l’arrêt progressif des combats, un terme à la deuxième journée de la bataille.[46]

Figure 54: L’attaque de flanc de Jackson le 2 mai 1863

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Chancellorsville, Actions May 2, 1863, Cartography Services by Hal Jespersen.

A la fin de la seconde journée, Jackson n’avait pas été en mesure de faire sa jonction avec les troupes restées sous le commandement direct de Lee, si bien qu’au matin du troisième jour, l’Armée de Virginie du Nord restait divisée en trois parties, dont l’une se trouvait à environ une journée de marche. Hooker aurait donc pu tenir là une opportunité de porter un coup solide aux confédérés. La position de ses troupes était bonne, concentrée et disposant, avec l’arrivée du 1er corps de Reynolds depuis les abords de Fredericksburg durant la soirée, d’un avantage numérique de près de deux contre un. Sa position lui aurait même permis de prendre de flanc les deux forces sudistes présentes face à lui.[47] L’armée fédérale était déployée en deux parties connectées l’une à l’autre. Premièrement, les 2, 3 et 12ème corps, respectivement de Couch, Sickles et Slocum, étaient concentrés autour de Hazel Grove: Sickles tourné vers l’Ouest, Slocum vers le Sud et Couch vers l’Est. La seconde partie se constituait des 1, 5 et 11ème corps de Reynolds, Meade et Howard, et avait pour tâche de faire la jonction entre les trois premiers corps et la Rappahannock afin de protéger la route de retraite vers United States Ford. Ainsi, Howard dont les troupes avaient été regroupées durant la nuit, se trouvait sur la gauche de Couch, Meade sur la droite de Sickles et Reynolds sur la droite de Meade. Dans le même temps, les cavaliers de Fitzburg Lee se trouvaient au sud d’Ely’s Ford face à ceux d’Averell sur l’autre rive. Enfin, la division de cavalerie de Pleasonton se trouvait, elle, au milieu des corps de Meade, Reynolds et Howard.[48]

Figure 55: Situation au matin du 3 mai 1863

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Chancellorsville Campaign, Situation Early 3 May 1863, West Point: Department of History.

Hooker n’allait nullement chercher à reprendre l’initiative, il semblait déjà avoir abandonné tout espoir de vaincre les sudistes, et ordonna plutôt la préparation d’une nouvelle ligne défensive au nord de Chancellorsville, sur base des positions de Meade, Reynolds et Howard, en plus de retirer le corps de Sickles de Hazel Grove pour le repositionner près de Fairview dans le but de raccourcir sa ligne.[49] Faisant cela, il abandonna la colline la plus élevée de la zone aux confédérés – et qui était l’un des rares endroits de la forêt où l’artillerie pouvait être efficace – en plus de leur laisser également la possibilité d’utiliser la route reliant Downdall’s Tavern et Catherine’s Furnace pour regrouper les forces de Jackson, reprises par Stuart, et celles de Lee ou à tout le moins leur permettre de se soutenir mutuellement.[50] Très vite, un peu après 7 heure, Stuart fit déployer une cinquantaine de canons sur Hazel Grove et ouvrit le feu sur les fédéraux de Sickles et Slocum alors que ses fantassins et ceux de Lee attaquaient simultanément la ligne fédérale. Après plusieurs heures de combats acharnés dans les bois denses de la Wilderness, les troupes fédérales arrivant progressivement à cours de munitions commencèrent à reculer.[51]
Aux alentours de 9h30, Hooker, toujours incapable de lire la situation de la bataille et parce qu’il était déjà battu mentalement par Lee, ordonna la retraite de ses forces vers la seconde ligne défensive, permettant de la sorte la réunion effective de Stuart et Lee grâce à la Turnpike Road aux environs de 10 heure, et ce alors que les corps de Meade et Reynolds n’avaient pas encore été engagés et qu’ils étaient bien positionnés pour prendre les forces de Stuart en enfilade sur leur flanc gauche. De plus, le corps de Howard n’avait que très peu été engagé. Mais Hooker n’en fit rien.[52] De l’autre côté, les forces sudistes, celles de Lee comme de Stuart, avaient toutes été grandement impliquées dans les combats mais malgré leur épuisement, le commandant sudiste continua à pousser les fédéraux espérant compléter ce qui ressemblait de plus en plus à un succès.[53] Cependant, les combats commencèrent à baisser d’intensité lorsque les deux camps furent contrains de venir en aide aux troupes menacées par plusieurs incendies de forêts déclenchés par les obus.[54]

Alors qu’il pensait la fin de Hooker proche, Lee fut avertit que la division d’Early était en difficulté à Fredericksburg et nécessitait de recevoir des renforts. En effet, durant la nuit, Hooker avait fait parvenir à Sedgwick l’ordre de franchir la Rappahannock avec son 6ème corps et de repousser les forces confédérées se trouvant face à lui pour ensuite venir menacer les arrières de Lee.[55] Vers 5 heure, Sedgwick prit la ville après avoir aisément repoussé les quelques piquets la défendant et suivi son chemin vers Marye’s Heights contre laquelle il lança trois premiers assauts qu’Early parvint à repousser comme les confédérés l’avaient déjà fait au même endroit quatre mois plus tôt.[56] Pendant ce temps, Wilcox, toujours positionné au sud de Banks Ford prit sur lui de déplacer ses troupes pour venir renforcer la gauche d’Early. Il se permit ce mouvement car il était sûr que Gibbon, positionné en face sur l’autre rive de la Rappahannock, allait lui aussi déplacer ses troupes pour rejoindre Sedgwick.[57] Mais l’arrivée de Wilcox ne suffit pas, la quatrième vague de Sedgwick emporta les hauteurs de Marye’s Heights aux alentours de 10 heure.[58]
Informé de cela, Lee fut contraint de cesser son attaque contre Hooker, pour dépêcher la division de MacLaws, forte de quatre brigades pour venir au secours d’Early et Wilcox.[59] Sous la pression de Sedgwick, Early recula vers le Sud, via la Telegraph Road, abandonnant les hauteurs de Marye’s Heights et de Prospect Hill, alors que Wilcox se replia le long de la Plank Road, se plaçant entre le gros des forces sudistes près de Chancellorsville et les fédéraux pour les ralentir et ainsi permettre à Lee de se prémunir. Sedgwick suivi en effet Wilcox sur la Plank Road à partir de 14 heure, chargeant Gibbon de défendre les hauteurs de Marye’s Heights.[60] De plus, pour assurer ses arrières en cas de retraite anticipée, Il réclama qu’une nouvelle ligne de communication soit ouverte via Banks Ford dans le cas où les sudistes parviendraient à lui couper la route de Fredericksburg. Finalement, cela sera établi via Scott’s Ford avec un ponton.[61] La division de MacLaws arriva près de Salem Church vers 15 heure et s’y installa alors que Wilcox l’y rejoignit peu après. A 16 heure, les éléments de tête du corps de Sedgwick, la division du général William Thomas Harbaugh Brooks, arrivèrent à leur tour et celui-ci les engagea immédiatement dans l’action, sans prendre le temps de déployer tout son corps, probablement parce qu’il n’était pas au courant de la présence de renforts dépêchés depuis Chancellorsville.[62] En effet, par manque d’information Sedgwick pensa très certainement que Hooker était en train de combattre lui aussi dans son secteur, empêchant de la sorte Lee de venir à sa rencontre. Ainsi, l’attaque qui sembla dans un premier temps venir à bout des sudistes fut finalement repoussée grâce à la supériorité numérique des confédérés. Sedgwick engagea alors une seconde division, celle du général John Newton, mais aucun des belligérants ne prit l’avantage et les combats cessèrent avec la tombée de la nuit. MacLaws était ainsi parvenu à stopper la progression de Sedgwick et de la sorte à mettre sous contrôle la menace qui pesait sur les arrières de l’Armée de Virginie du Nord.[63]

Figure 56: Mouvements et Actions du 3 mai 1863

Sans titre

Source: JESPEREN Hal, Battle of Chancellorsville, Actions 10am-5pm, May 3, 1863, Cartography Services by Hal Jespersen.

Durant la nuit du 3 au 4 mai, Hooker renforça les défenses de ses positions. Lee, toujours aussi à même de lire le jeu de son adversaire, compris que Hooker n’avait toujours pas retrouvé ses esprits combatifs et décida donc de diviser une fois encore ses forces face à un ennemi supérieur en nombre.[64] Le commandant sudiste laissa les forces de Stuart, soit à peu près 25 000 hommes, sur place pour faire face aux 75 000 hommes de Hooker pendant qu’il prenait lui même la division d’Anderson pour de la sorte regrouper environ 21 000 hommes pour aller affronter Sedgwick qui en disposait de 19 000.[65] Stuart se redéploya plus à droite de sa position, au sud de la ligne défensive fédérale, pour ainsi pouvoir garder une ligne de communication ouverte avec Lee.
Durant la nuit, Sedgwick avait, comme prévu, établit une ligne de communication via Scott’s Ford qu’il plaça sous la protection d’une brigade du 2ème corps de Couch. Au matin, Hooker informa Sedgwick qu’il comptait attendre l’attaque de Lee et que lui était libre de se replier si la situation le demandait.[66] De l’autre côté, alors que Lee progressait vers Salem Church, Early reprit la route vers Fredericksburg et Gibbon, qui gardait les hauteurs de Marye’s Heights, se sachant en infériorité numérique se retira sur la ville. Voyant ainsi sa route de retraite par Fredericksburg coupée, Sedgwick fut contraint de placer ses forces en position défensive. Il les positionna en « u » orienté vers Nord, et donc vers Scott’s Ford pour en protéger l’accès, en s’assurant de couper la Plank Road et d’ainsi empêcher les forces confédérées de l’utiliser pour coordonner leurs attaques.[67]  Lee laissa la division de MacLaws à l’ouest de Salem Church, plaça Anderson au Sud et fit venir celle d’Early à l’Est. L’attaque ne commença qu’aux alentours de 5h30 de l’après-midi. Ce seront essentiellement les troupes d’Anderson et Early qui prirent d’assaut le corps de Sedgwick mais les attaques étant décousues et mal coordonnées, elles ne purent jamais être très efficaces et les combats cessèrent avec la tombée de la nuit sans grands résultats.[68] Durant toute la durée de la bataille de Salem Church, et sachant qu’elle avait cours, Hooker ne fit rien de son côté alors qu’il possédait toujours une supériorité numérique écrasante par rapport à Stuart.[69] Finalement Sedgwick se retira sur la rive nord de la Rappahannock grâce à la ligne de communication établie via Scott’s Ford. Gibbon l’imita le lendemain par les pontons de Fredericksburg qu’il retira derrière lui.[70]

Figure 57: Bataille de Salem Church et repli de l’Armée du Potomac

Sans titre

Source: JESPEREN Hal, Battle of Chancellorsville, Actions May 4-6, 1863, Cartography Services by Hal Jespersen.

N’ayant pu détruire le corps de Sedgwick, Lee se retourna et espérait pouvoir y arriver avec les forces de Hooker près de Chancellorsville. Pour ce faire, dans la matinée du 5 mai, il prit l’ensemble des forces confédérées présentes à Salem Church et les fit repartir vers l’Ouest pour se joindre aux forces de Stuart. Mais Hooker ne l’entendait pas de cette oreille, il allait se replier, et ce bien que la majorité de ses commandants de corps estimait qu’il fallait se porter à l’attaque.[71] La retraite commença le 6 au matin avec l’artillerie et se termina avec le 5ème corps de Meade en arrière-garde.[72] La manœuvre, bien que techniquement complexe fut parfaitement exécutée et prit Lee de surprise, celui-ci ne pût empêcher Hooker de s’échapper, voyant disparaitre ainsi une opportunité d’éliminer une importante partie de l’Armée du Potomac.[73]

Durant les jours qui suivirent la retraite fédérale, les diverses parties de la cavalerie nordiste revinrent vers le Nord graduellement par différents itinéraires, les derniers arrivant le 7 mai.[74] Dans l’ensemble, les cavaliers firent quelques dommages contre des voies ferrées ou des dépôts militaires mais sans avoir d’impact majeur sur la campagne dans son ensemble.[75] Initialement la mission de Stoneman était de couper les voies d’approvisionnement de Lee. Cependant, d’une part il avait envoyé la division d’Averell vers Gordonsville – avant que Hooker ne la rappelle – où elle campa longtemps, bloquée par la brigade de cavalerie de W.H.F. Lee envoyée par Stuart pour couvrir la progression des fédéraux. D’autre part, la division de Bufford s’était, elle, dispersée en Virginie en plusieurs détachements ne pouvant de la sorte avoir d’impacts majeurs et coordonnés contre les approvisionnements confédérés.

La seconde campagne de la Rappahannock se solda, à l’instar de la première, par une nette victoire tactique et psychologique de la Confédération. Cependant, contrairement à la première, la victoire sudiste ne fut pas aussi facile. A Fredericksburg, l’Armée de Virginie du Nord campa sur ses positions défensives et infligea à l’armée fédérale des pertes largement supérieures aux siennes. A l’opposé, durant la bataille de Chancellorsville[76], Lee prit l’initiative stratégique dès le second jour pour ne plus la lâcher. Il en résultat qu’il battit et repoussa l’Armée du Potomac mais au prix de lourdes pertes alors qu’il disposait déjà d’un nombre d’hommes inférieur. Son armée subit approximativement 14 000 pertes sur un total de près de 60 000 hommes, soit un taux de pertes de +/- 23%. Pour sa part, l’Armée du Potomac perdit près de 17 000 hommes sur un total de 120 000 et donc un taux de pertes de +/- 14%. La victoire sudiste couta donc cher et ce sans même préciser la perte de l’emblématique Stonewall Jackson.
Au final, l’issue de la bataille de Chancellorsville, et donc de la seconde campagne de la Rappahannock fut le fruit de deux éléments. D’une part le mauvais commandement de Hooker. Son plan était théoriquement bon et il avait été correctement mis en œuvre jusqu’à ce que Lee se lance dans la bataille. Il était parvenu à forcer Lee à quitter son excellente position défensive sur les hauteurs de Fredericksburg et à faire traverser la Rappahannock à sa grande armée en le prenant de vitesse, plaçant ainsi le commandant sudiste dans une situation où il était contraint d’agir conformément à ce que Hooker espérait. mais ce fut finalement au moment de combattre que Fighting Joe n’assura pas sa réputation en perdant sa combativité, en n’engageant pas l’ensemble de ses forces, laissant à Lee toute la latitude nécessaire pour donner le ton de la bataille, et en n’exploitant pas les opportunités qui se présentaient à lui, préférant s’en tenir à une attitude défensive. Il convient d’ajouter à cela la seule faille théorique du plan du commandant nordiste. En se privant de la quasi totalité de sa cavalerie, Hooker se rendit aveugle ne put jamais au cours de la bataille savoir où se trouvaient les forces sudistes et en quelle quantité, ce qui contribua fort probablement à le bloquer psychologiquement et à le contraindre à la défensive.
Et d’autre part l’excellence du commandant sudiste qui avait pour sa part fait preuve d’une grande maitrise stratégique en osant diviser ses troupes face à un adversaire supérieur en nombre à trois reprises, rompant de la sorte avec l’un des principes de base de la stratégie – se battre concentré et de surcroit face à un adversaire supérieur -, pour ainsi bénéficier à chaque fois d’une supériorité locale qui fit la différence et lui permit malgré le piège de Hooker de remporter la bataille et de repousser une fois encore l’offensive fédérale. En cela, il démontra encore une fois sa capacité à lire l’esprit de son adversaire car si Hooker n’avait pas perdu ses moyens, diviser ses forces de la sorte aurait été un risque énorme et probablement très couteux.
Ainsi, avec la victoire de Chancellorsville, la Confédération mit un terme à la nouvelle tentative nordiste de progresser sur le front de Virginie, apportant un succès vital sur le plan symbolique dans un contexte où les armées fédérales progressaient lentement mais surement sur les autres fronts et ce particulièrement contre Vicksburg, le verrou sudiste sur le fleuve Mississippi. Mais stratégiquement, la victoire de Chancellorsville n’apportait rien à la Confédération, l’armée fédérale avait été repoussée mais pas détruite et elle était retournée sur ses positions initiales, menaçant toujours autant Richmond. Ainsi, revigoré par ses deux récents succès tactiques et envieux d’emporter une victoire stratégique, Lee commença à reprendre foi dans la capacité de son armée meurtrie après l’échec de la campagne du Maryland et à réenvisager la possibilité de reprendre l’initiative stratégique pour porter la guerre au Nord, une fois encore dans le but d’y mettre un terme et de soulager la pression subie par la Confédération sur les autres théâtres d’opérations.


[1] James McPHERSON, op.cit., pages 649-650.

[2] Idem, page 639. ; Parmi ces mesures, citons notamment la création d’insignes particuliers différenciant les corps et les divisions de l’Armée du Potomac. Hooker améliora aussi grandement les conditions de vie des soldats en améliorant la nourriture, les hôpitaux et en instaurant un système de permission.

[3] Idem, page 698.

[4] Idem, pages 698-699.

[5] John KEEGAN, op.cit., page 196.

[6] ARTHUR Billy, BALLARD Ted, Chancellorsville Staff Ride Book, Washington: Center of Military History, United States Army, Staff Ride Guide, 2004, p.1.

[7] Ibid.

[8] James McPHERSON, op.cit., page 698. ; Mentionnons que le chef  du signal corps de l’Armée du Potomac, le général Daniel Adams Butterfield, tenta de duper Lee. Sachant que les confédérés étaient parvenu à percer le code des signaux de communications fédéraux, Butterfield adressa un faux message dans le but de tromper Lee. Celui-ci prétendait que la cavalerie de Stoneman allait se diriger vers la vallée de la Shenandoah afin d’en chasser la brigade de cavalerie de Grumble Jones après avoir attaquer la brigade de Fitzhugh Lee se trouvant sur son chemin. La tromperie fonctionna en partie, Lee fut dupé par le message et informa Jones de la menace mais ne prit cependant aucune mesure pour se préparer à contrer la cavalerie fédérale avec pour conséquence le fait que la tentative de Butterfield, bien que réussie, n’eut finalement aucun impact sur la campagne.

[9] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., pages 19-28.

[10] Techniquement, ce corps fut établit en commandement isolé et ne faisait plus réellement partie de l’Armée du Potomac, avec pour conséquence que Hooker ne disposait pas de huit mais de sept corps sous son commandement.

[11] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 1.

[12] BRYANT James K., The Chancellorsville Campaign: The Nation’s High Water Mark, Charleston: The History Press, 2009, p. 57.

[13]Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 1.

[14] Ibid.

[15] HOTCHKISS Jedediah, Confederate Military History, Vol. III, Atlanta: Confederate Publishing Company, 1899, p. 377.

[16] John KEEGAN, op.cit., page 187. ; Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 1.

[17] FLOYD Dale E., LOWE David W., Kelly’s Ford, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[18] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 1.

[19] Ibid. ; James McPHERSON, op.cit., page 699. ; WINEMAN Bradford A., The Chancellorsville Campaign: January-May 1863, Washington: Center of Military History, 2013, p. 15.

[20] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 2. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 378.

[21] Parmi ces mesures figurent l’occupation systématique de toutes les maisons se trouvant sur les routes empruntées par les fédéraux et la séquestration de leurs habitants pour s’assurer qu’aucun message ne soit délivré pour avertir les sudistes. On peut également citer le fait qu’Hooker décida de d’abord faire bouger les troupes qu’il s’avait hors de vue des confédérés.

[22] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 2. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., pages 114-115.

[23] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 2.

[24] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 699.

[25] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 2.

[26] Ibid.

[27] Idem, page 3. ; James McPHERSON, op.cit., page 700.

[28] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 3.

[29] Ibid.

[30] Ibid. ; James McPHERSON, op.cit., page 700.

[31] John KEEGAN, op.cit., page 197.

[32] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 3.

[33] Idem, page 4.

[34] James McPHERSON, op.cit., page 701.

[35] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 4.

[36] James McPHERSON, op.cit., page 704.

[37] Idem, page 705.

[38] Dans ce secteur, les bois de la Wilderness étaient tellement denses que de nombreux soldats sudistes avaient leurs uniformes en lambeau par la faute des ronces et des fourrés qu’ils avaient du traverser pour se mettre en ligne.

[39] James McPHERSON, op.cit., page 704.

[40] Le premier signe de l’attaque sudiste fut la traversée des positions nordistes par un grand nombre d’animaux sauvages fuyant au devant de la progression de troupes de Jackson.

[41] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 4.

[42] James McPHERSON, op.cit., page 704.

[43] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 4.

[44] Ibid.

[45] James McPHERSON, op.cit., page 704.

[46] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 4.

[47] Idem, page 5.

[48] James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., pages 114-115.

[49] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 5.

[50] Ibid.

[51] Ibid. ; Alors que les combats faisaient rage, un obus vint frapper le poteau sur lequel s’appuyait Hooker, le sonnant pour un temps bien qu’il ne fut pas blessé. Cependant, le commandant nordiste refusa de céder le commandement à son second, Couch dont le tempérament était plus combatif que celui de Hooker à ce moment de la bataille.

[52] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 5.

[53] Ibid.

[54]James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 706. ; De nombreux blessés nordistes et sudistes périrent dans ces incendies, faute d’avoir put être évacués à temps.

[55] James McPHERSON, op.cit., page 705.

[56] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 5.

[57] Wilcox remarqua que les hommes de Gibbon étaient en train de se rassembler et qu’il portait tout leurs parquetages, signe qu’ils allaient bouger. Un ponton avait d’ailleurs et jeté sur la rivière à cette fin.

[58] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 5. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Fredericksburg II, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[59] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 6.

[60] Ibid.

[61] Ibid.

[62] Ibid.

[63] James McPHERSON, op.cit., page 706.

[64] Ibid.

[65] Ibid.

[66] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 6.

[67] Ibid.

[68] FLOYD Dale E., LOWE David W., Salem Church, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[69]James McPHERSON, op.cit., page 706. ; Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 7.

[70] Idem, page 6.

[71] Idem, page 7. ; James McPHERSON, op.cit., page 706.

[72] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 7 ; Une crue de la Rappahannock faillit détruire les ponts alors que les fédéraux traversaient United States Ford.

[73] James McPHERSON, op.cit., page 707.

[74] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 7.

[75] Ibid. ; Certain cavaliers passèrent non loin de Richmond créant une petite panique dans la capitale confédérée.

[76] FLOYD Dale E., LOWE David W., Chancellorsville, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Parce qu’ils sont intimement liés les uns aux autres, nous considérons ici les combats ayant eu lieu près de Chancellorsville, Fredericksburg et Salem Church au début du mois de mai 1863 comme une seule bataille, celle de Chancellorsville, et non comme trois batailles distinctes.

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