La campagne de Pennsylvanie

Après sa victoire tactique à Chancellorsville lors de la seconde campagne de la Rappahannock, l’Armée de Virginie du Nord se trouvait dans un état de confiance certain, un niveau qu’elle n’avait plus atteint depuis le lancement de la campagne du Maryland et le général Lee entendait bien exploiter cet état des choses pour frapper le Nord.[1]

De l’autre coté de la Rappahannock, l’Armée du Potomac était ébranlée psychologiquement mais pas vaincue, elle représentait toujours une masse plus importante que sa contrepartie sudiste et n’avait pas cédé le moindre pouce de terrain puisque les deux armées avaient repris leurs positions initiales autour de Falmouth et Fredericksburg. Par contre, Hooker, le commandant en chef de l’Armée du Potomac, avait, lui, complètement perdu pied. Celui-ci avait perdu sa volonté de combattre et craignait à présent d’entreprendre toute action pouvant le mener à une nouvelle défaite, si bien qu’il en était presque paralysé et allait, comme McClellan avant lui, se retrancher derrière de fausses raisons pour justifier son inaction, telles que  la supériorité numérique des forces adverses ou l’impréparation de ses propres troupes. A Washington, l’impact de la défaite fut également important, Lincoln fut ébranlé par la nouvelle de la défaite, se souciant de la réaction de la population à l’annonce de ce nouvel échec sur le théâtre de Virginie qui, rappelons le, était le plus important de tous sur le plan symbolique.[2]

Mais c’était assurément au Sud que la situation était la plus critique. Entre la fin de la seconde campagne de la Rappahannock et le début de celle de Pennsylvanie, Grant renouvela, au début du mois de mars, sa tentative de s’en prendre à Vicksburg après son échec du début de l’année. Mais cette fois, pour éviter de voir à nouveau ses lignes d’approvisionnement harcelées par la cavalerie sudiste, il opta pour une approche via la rive occidentale du Mississippi et comptait user des ressources se trouvant sur son passage pour approvisionner son armée. Dans le même temps, au mois d’avril, Banks mena, dans le sud de la Louisiane, une petite campagne contre les forces sudistes présentes dans la région avant de lui aussi partir assiéger l’autre place forte sudiste sur le Mississippi, Port Hudson, à partir de la fin mai. En contre partie, le commandant des forces sudistes en Louisiane, le général Richard Taylor se préparait à lancer à son tour une petite campagne de harcèlement contre les forces fédérales dans le but double de gêner celles gardant La Nouvelle Orléans et de pousser Banks à interrompre son siège. Toujours sur le théâtre du Mississippi, mais dans le Tennessee, craignant que Bragg n’envoie des renforts pour défendre Vicksburg, Rosecrans allait, à la fin juin, lancer une petite campagne contre la ligne défensive sudiste dans le but de les y tenir occupés.

Enfin, le long des côtes de Caroline du Sud, la marine de l’Union entama, au début du mois d’avril, les premières opérations contre le port de Charleston.
Dans l’ensemble, l’Union se lançait à ce moment dans des actions contre d’importants points stratégiques de la Confédération, démontrant la situation précaire dans laquelle celle-ci se trouvait et prouvant la nécessité d’une action majeure pour le sud.

Faisant face à ce contexte, Lee mit au point un plan d’action visant à justement renverser la vapeur et à, au minimum, améliorer la situation stratégique de la Confédération voire peut-être même à mettre un terme à la guerre. Se basant sur l’aura d’invincibilité entourant l’Armée de Virginie du Nord, Lee allait de nouveau chercher à envahir le territoire de l’Union. Ce faisant, il avait des objectifs sensiblement similaires à ceux qui avaient déjà animé sa première tentative de porter la guerre dans les états du Nord, lors de la campagne du Maryland l’année précédente. A savoir, soulager la pression exercée sur le nord de la Virginie où deux armées s’approvisionnaient abondamment depuis près d’un an et porter le fardeau dans les états du Nord où l’Armée de Virginie du Nord, en grand manque, pourrait s’approvisionner, couper les connections entre les grandes villes de la côte est et l’Ouest, renforcer politiquement les pacifistes du Nord et remettre à l’ordre du jour une éventuelle reconnaissance de la Confédération par les puissances européennes.[3] Mais il avait également pour volonté de forcer l’Union à redéployer des forces alors présentes sur le front du Mississippi dans le but d’y alléger la pression stratégique exercée sur le Sud. Lee estimait en effet qu’en menaçant Washington et les autres grandes villes du Nord-Est, Lincoln et Halleck seraient contraints de faire venir des renforts. Il escomptait principalement que cela forcerait Grant à interrompre sa campagne contre Vicksburg.[4] Lee se rendit à Richmond pour rencontrer le président de la Confédération, Jefferson Davis, pour lui soumettre sa proposition et demander son approbation. Son plan d’action consistait à déplacer l’ensemble de son armée, renforcée par les divisions de Longstreet et des recrues, depuis les abords de Fredericksburg vers la vallée de la Shenandoah et d’ensuite descendre celle-ci pour franchir le Potomac et entrer dans le Maryland à l’ouest des Blue Ridge Mountains et continuer vers la Pennsylvanie, remontant de la sorte la vallée de la Cumberland. Une fois arrivée là, l’armée confédérée aurait à livrer, et surtout à remporter, une bataille contre l’armée fédérale – qu’elle soit renforcée ou pas – tout en cherchant à la détruire complètement pour pouvoir ensuite fondre si besoin sur Washington et éventuellement d’autres villes du Nord, ce qui devrait porter un coup majeur à l’Union et à sa volonté de poursuivre la guerre.[5] Davis étudia également d’autres possibilités d’action stratégique mais fini par sanctionner la proposition de Lee, lui laissant les mains libres pour conduire sa campagne.[6]

Deux autres plans furent envisagés. Le premier, pensé par Longstreet, consistait à envoyer les deux divisions que Longstreet avait prises avec lui en Caroline du Nord quelques mois plus tôt dans le Tennessee pour y renforcer les troupes de Bragg, et si besoin y adjoindre une partie des troupes de Johnson, dans le but de prévaloir sur les forces fédérales de Rosecrans et potentiellement reprendre le Tennessee occidentale, le Kentucky, voire même pousser jusqu’en Ohio. Un tel développement aurait peut-être pu forcer Grant à se retirer des abords de Vicksburg mais sans pour autant le garantir. Le second plan, cette fois conceptualiser par James Sedon, le ministre confédéré de la guerre, prévoyant d’envoyer ces mêmes troupes directement à Vicksburg pour renforcer Johnson et Pemberton contre Grant et le forcer à se retirer avant de se porter sur le Tennessee et Rosecrans. Cependant, une fois informé de ces propositions, Lee vint en tempérer la potentialité. Premièrement, il craignait que l’Armée de Virginie du Nord, sans les deux divisions de Longstreet, ne soit pas assez forte pour contrer une nouvelle tentative de l’Armée du Potomac en Virginie. Deuxièmement, il estima qu’étant donné le piteux état des routes et voies de chemin de fer de la Confédération, l’avantage des lignes intérieures, dont celle-ci disposait en théorie, ne s’appliquait pas en pratique et qu’il faudrait dès lors plusieurs semaines aux troupes de Longstreet pour faire le voyage, risquant ainsi de laisser le temps aux fédéraux de potentiellement réaliser d’importants progrès. Cependant, Lee soutint au contraire qu’une fois le mois de juin arrivé, Grant ne pourrait se maintenir dans la région en raison de son climat particulier. De la sorte, le déploiement de renforts dans la région n’était, selon lui, pas nécessaire et l’effort de guerre devait être poussé dans autre direction.[7]

Dans le même temps, au Nord, Hooker avait le 13 mai, dans le but de contenter Lincoln, établit l’ébauche d’un plan d’action consistant à attaquer l’Armée de Virginie du Nord directement sur ses positions de Fredericksburg dans le but de contenter Lincoln. Cependant, le Président américain ne l’entendait pas de cette oreille et dans un premier temps ordonna à Hooker de tenir ses positions dans le nord de la Virginie avec pour objectif de défendre Washington.[8] Lincoln agit dans ce sens car il savait que l’Armée du Potomac traversait une crise de commandement et que lancer une nouvelle attaque dans cette situation aurait immanquablement conduit à un nouveau désastre. En effet, comme cela avait été le cas après la défaite de Fredericksburg, plusieurs officiers supérieurs communiquèrent directement avec le Président après Chancellorsville, court-circuitant Hooker, pour exprimer leurs insatisfactions envers le commandant en chef de l’Armée du Potomac et ses décisions. Sagement, Lincoln décida donc de régler la crise avant d’entreprendre toute nouvelle campagne.

L’Armée du Potomac, comme nous l’avons déjà dit restait une force conséquente, avoisinant les 90 000 hommes répartis en sept corps, tous fort de trois divisions sauf les 3ème et 12ème qui n’en comptaient que deux. Dans l’ensemble les différents corps étaient toujours sous les mêmes commandements que lors de la seconde campagne de la Rappahannock. La seule différence résidait dans le 2ème corps qui se trouvait à présent sous la direction du général Winfield Scott Hancock suite à la demande de Couch de se voir attribuer le commandement du département de la Susquehanna où il se trouva à la tête de la milice. Enfin, l’ensemble des unités de cavalerie restaient regroupées en une seule force dorénavant placée sous les ordres de Pleasonton et non plus de Stoneman à qui Hooker avait retiré son commandement, lui reprochant la défaite de Chancellorsville.[9] A ces troupes, il convient d’ajouter les troupes du 8ème corps présentes dans la vallée, à Winchester et Martinsburg, sous le commandement du général Robert Huston Milroy, et à Harpers Ferry sous celui du général William Henry French.

De l’autre côté, fraichement renforcé par le retour des deux divisions de l’aile de Longstreet et l’arrivée de recrues, Lee pouvait compter sur approximativement 70 000 hommes. Il décida donc, également pour compenser la perte de Jackson, de réorganiser l’Armée de Virginie du Nord en trois corps de trois divisions. Le 1er corps sous Longstreet, le 2ème sous Ewell, qui reprenait enfin du service après avoir été blessé lors de la bataille de Groveton, et le 3ème sous A.P. Hill. De plus, chaque division disposait d’un bataillon d’artillerie. La cavalerie, forte de six brigades, restait sous le commandement de Stuart, ce à quoi il faut ajouter la brigade indépendante du général John Daniel Imboden.[10]

Ce fut finalement Lee qui bougea le premier et ainsi saisi l’initiative stratégique. La crise de commandement au sommet de l’Armée du Potomac n’étant pas résolue, celle-ci resta jusqu’alors positionnée dans une attitude défensive. Ainsi le 3 juin, Lee fit partir dans un premier temps les 1er et 2ème corps, ainsi que la cavalerie, vers Culpeper où les derniers éléments arrivèrent dans le courant du 8 juin.[11] Rapidement informé du départ d’une partie de l’armée confédérée, Hooker décida le 5 juin de faire traverser la Rappahannock au corps de Sedgwick pour lui faire tester les positions sudistes autour de Fredericksburg. Hooker entendait ainsi chercher s’il était possible d’exploiter la situation. Mais le dernier corps confédéré présent, celui d’A.P. Hill, réalisa une démonstration en force suffisamment convaincante pour faire croire à Sedgwick que l’Armée de Virginie du Nord était toujours bien là.[12] Hooker, estimant que cela allait en contradiction avec les rapports de ses services de renseignements, décida d’envoyer la cavalerie de Pleasonton dans un raid de reconnaissance contre Culpeper le 9 juin.[13] Ce faisant, les cavaliers nordistes prirent par surprise leur contrepartie sudiste déclenchant de la sorte le plus grand engagement de cavalerie de la guerre lors de la bataille de Brandy Station.[14] Stuart, bien que pris au dépourvu s’avéra finalement capable de repousser la cavalerie fédérale qui se replia, estimant sa mission de reconnaissance menée à bien puisque Pleasonton pouvait maintenant confirmer que l’Armée de Virginie du Nord s’était mise en mouvement vers l’Ouest. Brandy Station ne fut pas sans conséquence sur la suite de la campagne. Stuart, qui avait déjà vu ses cavaliers se faire accrocher sévèrement lors de la bataille de Kelly’s Ford un peu moins de deux mois plus tôt par les cavaliers fédéraux – ce à quoi ils n’étaient pas habitués – fut pour le moins émoussé par ce nouvel affront qui fut relayé dans la presse sudiste qui lui reprocha son laxisme dans cette affaire. D’un caractère très orgueilleux, Stuart allait vouloir redorer son blason ce qui allait avoir d’importantes conséquences. De l’autre côté, le moral des cavaliers fédéraux était en hausse depuis Kelly’s Ford et la décision de Hooker de regrouper toute sa cavalerie en une seule force commençait à porter ses fruits, les cavaliers sudistes n’allaient plus jamais être capable de dominer le jeu sur le théâtre de Virginie comme ils l’avaient fait jusqu’alors.

Le 9 juin, Lee ordonna à Ewell de mettre son corps d’armée en mouvement vers la vallée de la Shenandoah via Chester’s Gap en direction de Front Royal. Lee profita de la connaissance que la majeure partie des hommes d’Ewell avaient déjà de cette vallée suite à la campagne qu’ils y avaient livrée sous le commandement de Jackson l’année précédente.[15]

Le 13 juin, maintenant certain que Lee dirigeait la majorité de ses forces vers la vallée, Hooker ordonna enfin à l’Armée du Potomac de faire mouvement à son tour vers Manassas. Précédemment, le commandant nordiste envisagea l’idée de profiter du départ de Lee pour partir vers le sud et attaquer Richmond mais une fois informé, Lincoln le lui interdit formellement estimant que l’objectif de l’Armée du Potomac devait être l’armée de Lee et non pas la capitale confédérée.[16] Ce faisant, et pour la première fois de la guerre, le Nord parvint à identifier le centre de gravité de la Confédération sur le front de Virginie et à enfin diriger ses moyens dans la bonne direction. Le même jour, A.P. Hill mit lui aussi son corps en marche à la suite du reste de l’Armée de Virginie du Nord.[17] Au même moment, Ewell arrivait aux abords de Winchester où le commandant de la garnison, le général Milroy avait dès le 10 juin rapporté ce qu’il qualifia d’important raid confédéré au sud de la ville et s’était donc vu intimer l’ordre de se replier sur Harpers Ferry. Cependant, Milroy s’avéra lent à réagir et fut, du 13 au 15 juin, attaqué par les éléments de tête du corps d’Ewell alors qu’il tentait de se replier.[18] Il résultat de cette seconde bataille de Winchester que Milroy perdit près du tiers de ses effectifs et que les autres forces fédérales présentes dans la vallée se replièrent sur Maryland Heights, sur la rive Nord du Potomac juste au dessus d’Harpers Ferry, ce qui livra l’ensemble de la vallée aux sudistes que précédaient la brigade de cavalerie du général Albert Gallatin Jenkins.[19]

A la date du 17 juin, l’armée fédérale avait atteint Manassas alors que celle de Lee était répartie sur près de 100 km. Le 2ème corps d’Ewell se trouvait aux abords de Hagerstown après avoir commencé à franchir le Potomac le 15 juin à Williamsport, le 1er corps de Longstreet gardait Snicker’s et Ashby’s Gap, protégeant ainsi la droite d’Ewell et les passes menant à la vallée de la Shenandoah et le 3ème corps de A.P. Hill fermait la marche à Culpeper.[20]

Entre le 17 et le 24 juin, trois combats de cavalerie se dérouleront à l’est des Blue Ridge Mountains, le 17 à Aldie, du 17 au 19 à Middleburg et le 21 à Upperville. L’objectif de ces combats étaient pour les cavaliers des deux camps d’une part de percer l’écran adverse dans le but de pouvoir reconnaitre la position des corps d’infanterie et d’autre part d’assurer l’imperméabilité de son propre écran pour prévenir une percée ennemie. A ce petit jeu, ni Pleasonton, ni Stuart ne s’imposèrent mais si les sudistes restèrent de la sorte dans l’ignorance de la position de l’Armée du Potomac, ce n’était pas le cas pour les nordistes dont les services de renseignements informèrent Hooker de la position des forces sudistes.[21]

Au soir du 24, l’ensemble des forces confédérées se trouvaient sur la rive nord du Potomac alors que, le même jour, Hooker ordonna à l’ensemble de ses corps d’armée de se mettre en mouvement vers Frederick. De façon assez surprenante mais non dépourvue de logique, Lincoln fut content d’apprendre que l’entièreté de l’Armée de Virginie du Nord se trouvaient maintenant au nord du Potomac, il estimait que cela rendait à l’Union l’occasion de détruire l’intégralité de l’armée de Lee alors qu’elle se trouvait éloignée de ses bases, occasion qu’avait laissé passer McClellan l’année précédente lors de la campagne du Maryland.[22]

Pendant ce temps, le 23 juin, Stuart avait enfin reçu l’autorisation qu’il attendait tant de la part de Lee, celle de prendre trois brigades de cavalerie pour se lancer dans un raid autour de l’armée fédérale, obtenant ainsi l’occasion de laver son honneur ternit par la bataille de Brandy Station.[23] La polémique existe toujours aujourd’hui pour savoir si Lee lui avait volontairement laissé une grande liberté de manœuvre ou si Stuart avait lui même prit cette liberté sans se soucier des ordres. Quoiqu’il en soi, le 25 juin, Stuart se lança dans un nouveau raid qui n’allait pas manquer d’impact sur la campagne. Il laissa les brigades de Beverly Holcombe Robertson et Jones en poste sur le versant oriental des Blue Ridge Mountains pour en garder Ashby’s Gap et Snicker’s Gap et prit celles de Hampton, W.H.F. Lee – commandée par le colonel John Randolph Chambliss suite à la blessure de Lee à Brandy Station – et Fitzhugh Lee pour partir vers l’Est, vers Manassas, avant de remonter vers le Nord afin de trouver un passage au travers du Potomac et de la sorte pénétrer dans le Maryland et la Pennsylvanie. Cependant, très vite les cavaliers sudistes se trouvèrent en difficulté, coincés entre d’une part plusieurs unités d’infanterie fédérales n’ayant pas encore traversé le Potomac et d’autre part le fleuve en lui-même où ils ne parvinrent pas à trouver un passage avant le 27 juin, un peu à l’ouest de Great Falls, à Seneca Creek.[24] Ils eurent même à livrer un rapide combat avec des soldats du 2ème corps fédéral près de Fairfax Court House le même jour. Par la suite, Stuart chevaucha sur la droite de la colonne fédérale et se retrouva de la sorte isolé de l’Armée de Virginie du Nord durant près d’une semaine et dès lors incapable de lui fournir des renseignements sur la position de l’Armée du Potomac et sa force.[25]

La menace que représentait l’invasion de l’Armée de Virginie du Nord força, le 9 juin, Lincoln a faire appel aux milices d’états dans le but de défendre la région au maximum. 33 000 hommes répondirent à l’appel sur les 100 000 qu’espérait le gouvernement fédéral, essentiellement depuis la Pennsylvanie et l’état de New York. Pour les intégrer, Halleck créa deux nouveaux départements, celui de Susquehanna et celui de la Monongahela. Le premier fut placé sous le commandement du général Couch et le second sous celui du général William Thomas Harbaugh Brooks. Les miliciens de Couch tentèrent vainement de ralentir la progression confédérée lors de la campagne. Une première fois à Greencastle lors d’une escarmouche contre lGreenes cavaliers de Jenkins qui progressaient à l’avant de la colonne sudiste. Le 26 juin, une partie des hommes de Couch livrèrent un autre rapide combat à Gettysburg contre la division d’Early qui avançait vers York et furent rapidement repoussés pour finalement se replier sur la rive nord de la Susquehanna en brûlant derrière eux le pont enjambant la rivière à Wrightsville.[26] Enfin, une autre partie de la milice se trouvait à Harrisburg où elle tenait en respect les cavaliers de Jenkins après avoir vainement tenté de les ralentir lors d’un engagement à Sporting Hill le 30 juin. Les miliciens livreront encore un dernier combat contre Stuart le 1er juillet à Carlisle, juste avant que celui-ci ne se désengage pour rejoindre le gros de l’armée confédérée à Gettysburg.

Dans l’ensemble, la progression sudiste s’avéra relativement dépourvue de difficultés et Lee n’avait pas manqué de fournir des ordres stricts à ses hommes. Celui-ci souhaitait à tout prix donner une bonne image de la Confédération et à ne pas s’aliéner la population locale. Ainsi, il interdit les pillages et autres actes malveillants à l’égard des civils. Cela n’empêcha pas les sudistes de compléter leurs approvisionnements en puisant dans les vastes ressources de la région mais ils le firent toujours en donnant des compensations, des billets et des reconnaissances de dettes confédérées même si tout cela allaient être sans valeur au final pour les nordistes. Le seul point sur lequel les sudistes fondirent sans compensation fut les propriétés publiques et les installations stratégiques. Ainsi, par exemple, lors de la prise de York, Early confisqua 28 000 dollars se trouvant dans les coffres de la ville. Les sudistes détruisirent également de nombreuses usines ou section de chemin de fer dans le but de gêner l’effort de guerre nordiste.[27]

Le 27 juin, impressionné par l’audace de Lee lors de sa progression en territoire fédéral, Hooker était toujours persuadé d’être en infériorité si bien qu’il décida d’imposer un ultimatum à Halleck. Soit celui-ci plaçait sous son commandement les différentes garnisons de la vallée de la Shenandoah qu’Halleck avait laissé à Maryland Heights dans le but de menacer les lignes de communications de Lee, soit il démissionnait. N’ayant pas encore réussi à résoudre la crise de commandement à la tête de l’Armée du Potomac et se souvenant que les appels incessants à des renforts en raison de la supposée supériorité numérique des forces ennemies avaient été la marque de fabrique de McClellan, Lincoln trancha finalement la question le 28 juin en acceptant la démission de Hooker et en plaçant à la tête de l’armée le général Meade qui céda son 5ème corps au général George Sykes.[28]

Le même jour, Stuart qui continuait à chevaucher vers le Nord captura 150 wagons de ravitaillement destiné à l’armée fédérale près de Rockville et les emmenèrent avec lui mais il n’avait toujours pas été en mesure de communiquer avec Lee si bien que celui-ci n’avait aucune connaissance de la position de l’armée fédérale. Jusqu’à ce moment, le commandant sudiste pensait les nordistes toujours sur la rive sud du Potomac. La faute du manque de renseignement ne revient pas uniquement à Stuart. Ce dernier n’avait pris avec lui que trois des six brigades de cavalerie, les trois autres et celle de Imboden étaient restées sous le commandement direct de Lee mais celui-ci ne les utilisa pas, certainement trop aveuglé par la confiance qu’il avait en Stuart.[29] Finalement, le 28 juin, l’un des éclaireurs de Longstreet, Henry Thomas Harrison, informa celui-ci de la véritable position de l’armée fédérale. Les 2ème, 3ème, 5ème et 6ème corps se trouvaient près de Frederick, les 1er et 11ème à Rohresville et le 12ème à Maryland Heights.[30]

A ce moment, les différents corps de l’Armée de Virginie du Nord étaient relativement dispersés à travers le sud de la Pennsylvanie. Longstreet et Hill étaient respectivement à Chambersburg et Greenwood alors qu’Ewell avait son corps dispersé entre York et Carlisle, les divisions de Rhodes et Johnson étaient à Carlisle et celle d’Early à York, à l’exception de la brigade de Gibbon qui était à Wrightsville. Ewell poursuivait jusqu’à présent vers Harrisburg qu’il avait pour mission de prendre. Les cavaliers de Jenkins se trouvaient eux sur la rive sud de la Susquehanna, en face de Harrisburg et ceux de Robertson et Jones gardaient toujours Ashby’s et Snicker’s Gap. La brigade indépendante de Imboden, elle, se trouvait à Hancock où elle coupait la ligne de chemin de fer du Baltimore & Ohio.[31]
Très vite, comprenant le danger, Lee fit parvenir des estafettes à ses différents commandants, leur ordonnant de se regrouper vers Cashtown pour se prémunir de la menace de voir ses forces isolées affronter l’Armée du Potomac. En conséquence, Ewell fut contraint de mettre un terme à sa progression vers Harrisburg qu’il ne prendrait jamais.[32] Lee ordonna également à ses subordonnés de ne pas engager de combat majeur tant que l’ensemble des troupes n’étaient pas rassemblées.[33]

Nouvellement aux commandes de l’Armée du Potomac, Meade ne se sentait dans un premier temps pas à la hauteur de la tâche. Sa première décision fut, le 29 juin, de rassembler ses forces derrière la Pipe Creek, estimant que l’armée confédérée étant en terrain ennemi, loin de ses bases, serait contrainte de prendre l’offensive. Meade jugea dès lors que c’était là la meilleure position défensive dans la région lui permettant de protéger Washington et Baltimore comme le lui avait intimé les instructions de Lincoln.[34]

Le 30 juin, les cavaliers de Stuart livrèrent un rapide combat de cavalerie à Hanover contre ceux de Kilpatrick qui, comme ceux de Gregg, parcouraient la droite de la colonne de progression fédérale dans le but de la protéger de la cavalerie sudiste. A cette occasion, Stuart apprit que la division d’Early était à York et décida de s’y rendre.[35]

Le même jour, Meade changea ses plans et décida de partir à la rencontre de Lee en ordonnant aux 1er et 11ème corps de progresser vers Gettysburg avec la division de cavalerie de Buford pour les devancer et au 3ème corps de marcher vers Emmitsburg.[36] L’objectif de ce déploiement était de sonder la région dans le but de trouver les forces confédérées. A son arrivée à Gettysburg, Buford apprit que ses éléments de tête avaient eu un bref accrochage avec ceux de la brigade du général James Johnston Pettigrew qui marchait lui aussi sur la ville dans le but de prendre possession d’une réserve de chaussures présente dans la ville et dont les hommes de l’Armée de Virginie du Nord avaient bien besoin. Pettigrew n’insista pas et se retira tout en rapportant l’évènement au commandant de sa division, le général Harry Heth, et à Hill. Aucun des deux n’avait encore été informé de la présence si proche des forces fédérales si bien, que pensant que c’était la milice qui tenait la ville, décidèrent d’en retenter la prise le lendemain mais cette fois avec la division complète de Heth.[37]

Très vite, Buford réalisa l’importance du terrain où il se trouvait. L’ensemble des routes de la région convergeaient toutes vers Gettysburg faisant de la ville un carrefour stratégiquement important. De plus, les collines présentes dans la région en faisait une zone aisément défendable ce que Buford ne manqua pas de remarquer également.[38] Ainsi, après avoir envoyé des éclaireurs pour reconnaitre la positions des forces confédérées, il décida de déployer sa division et de se préparer à repousser les troupes sudistes qui, pensait-il, allaient revenir le lendemain, tout en prévenant les deux corps d’infanterie le suivant de sa situation pour qu’ils viennent l’appuyer au plus vite.[39]

Figure 58: Progression des armées dans le Maryland et la Pennsylvanie

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Source: JESPEREN Hal, Gettysburg Campaign, June 3 – July 3, 1863, Cartography Services by Hal Jespersen.

A 5 heure du 1er juillet 1863, Heth mit sa division en marche depuis Cashtown vers Gettysburg suivi non loin derrière par celle de Pender. L’objectif de ce raid était double, non seulement les sudistes souhaitaient prendre possession de l’importante fabrique de chaussures de la ville mais plus important ils comptaient eux-aussi s’emparer du carrefour routier dont ils avaient également compris l’importance. Cependant, Lee avait initialement ordonné à tous ses commandants de ne pas s’engager dans des combats majeurs tant que l’ensemble de l’armée n’était pas regroupée, mais Heth, comme Hill, pensait la ville défendue par la milice et non par la cavalerie.[40] Aux alentours de 8 heure, les éléments avancés de Heth rencontrèrent les tirailleurs de Buford à Marsh Creek et continuèrent leur progression vers Gettysburg. Buford avait déployé ses deux brigades de façon à couper les trois voies d’accès vers la ville que pouvaient emprunter les confédérés. La première se trouvant sur McPherson Ridge et coupait la Chambersburg Pike qui venait de Cashtown et la seconde, plus au nord, coupait les Mummasburg et Carlisle Road depuis lesquelles Ewell avançait lui aussi. Les cavaliers fédéraux étaient bien retranchés et équipés de carabines à rechargement par la culasse qui leur permirent de compenser leur grande infériorité numérique. Cependant, faisant face à une pression de plus en plus accrue, Buford fut tout même contraint de faire venir sa deuxième brigade, qui n’avait pas encore été au contact, pour contrer l’avancée de Heth.[41]

Vers 10h30, le 1er corps de Reynolds arriva dans la zone et s’engagea immédiatement dans les combats. A ce moment, les cavaliers de Buford avait été contraint de reculer vers Seminary Ridge alors que les premiers éléments du corps d’Ewell étaient entré en contact avec les avants postes de Buford près de Heidlersburg.[42] Aux alentours de 11 heure, la division du général Jones Samuel Wadsworth releva les cavaliers fédéraux et contrattaqua pour reprendre McPherson Ridge. Au cours de ces combats, Reynolds fut atteint d’une balle et mourut sur le coup, le commandement du 1er corps revint alors à Doubleday. Au même moment, les troupes d’Ewell arrivaient sur le champ de bataille tout comme celles d’Howard qui se présentaient depuis le sud.[43]

Figure 59: Situation des combats du 1er juillet à 10h00

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, The Gettysburg Campaign, Situation at 1000 Hours, 1 July 1863, West Point: Department of History.

Howard laissa une division sur Cemetery Ridge, la jugeant importante stratégiquement et avança ses deux autres vers la droite du 1er corps pour affronter les troupes d’Ewell menée par la division de Rhodes qu’il parvint à stopper net.[44] Buford plaça lui ses deux brigades sur les flancs de la ligne fédérale.[45] Lee arriva sur le champ de bataille en début d’après midi et bien qu’il n’avait pas cherché à combattre à cet endroit se résolu à le faire puisque la bataille avait déjà commencé. Après avoir jaugé la situation, il donna l’autorisation à Hill et Ewell de pousser vers l’avant.[46] La pression sudiste sur les forces fédérales devint progressivement trop forte. A l’Est, Hill renouvela son attaque vers 2 heure avec la division de Heth suivie de celle de Pender tandis que de l’autre côté Ewell en fit de même en lançant la division d’Early, fraichement arrivée de York par la Harrisburg Road, sur le flanc droit d’Howard vers 3 heure. Les fédéraux commencèrent immanquablement à céder du terrain, Howard se replia en désordre vers la ville, exposant ainsi le flanc droit de Doubleday qui se replia lui de manière plus ordonnée peu après.[47] Hill ne poussa pas son corps plus loin que Seminary Ridge alors qu’Ewell pris la ville. Pendant ce temps, Howard réorganisa ses hommes autour de la division de Adolph von Steinwehr qu’il avait laissé sur Cemetery Hill. Très vite, les fédéraux établirent une solide ligne défensive sur ce point et Cemetery Ridge.[48]

Figure 60: Situation des combats du 1er juillet à 14h30

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, The Gettysburg Campaign, Situation at 1430 Hours, 1 July 1863, West Point: Department of History.

Un peu après 4 heure, Hancock arriva sur le champ de bataille après y avoir été dépêché par Meade avec pour mission d’y prendre le commandement des opérations. Il remarqua très vite que Culp’s Hill était d’une grande importance stratégique et y envoya le reste de la division de Wadsworth du 1er corps. Les deux autres divisions de Doubleday restèrent sur la gauche d’Howard, le long de Cemetery Ridge.[49] Pendant ce temps, Lee constata à son tour l’importance de Cemetery Hill et demanda à Ewell de la prendre « si possible ».[50] Cependant, Ewell jugea la chose impossible en raison de la forte présence fédérale sur cette colline sans le renfort de sa troisième division, celle de Johnson, qui n’arriva qu’à la nuit tombée. Ses deux autres divisions avaient déjà été fortement engagées dans les combats de la journée. Finalement, lorsqu’elle arriva, Ewell envoya Johnson prendre Culp’s Hill après qu’un rapport l’ai déclarée déserte. Mais, une fois sur place ce dernier découvrit la présence de la division de Wadsworth et se replia, mettant un terme aux combats de la première journée de la bataille de Gettysburg.[51]

Figure 61: Situation au terme des combats du 1er juillet

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, The Gettysburg Campaign, Situation at 1800 Hours, 1 July 1863, West Point: Department of History.

Au terme de ce premier jour, la situation était ambivalente. D’un côté, Lee s’était vu entrainer dans une bataille qu’il n’avait pas prévue, mais ses hommes avaient prévalus, ils avaient repoussé les fédéraux. Cependant, cette victoire était incomplète, les forces fédérales étaient parvenues à s’accrocher sur les hauteurs au sud de la ville et surtout les sudistes avaient, au cours de l’engagement, pu bénéficier de la supériorité numérique, environ 24 000 hommes contre 19 000. Seul deux des sept corps fédéraux avaient participé aux combats, Lee ignorait la position exacte des cinq autres en raison de l’absence de Stuart, bien qu’il se doutait qu’ils étaient en marche.
De l’autre côté, Meade arriva sur le champ de bataille tard dans la nuit et se résolu à livrer bataille à cet endroit bien qu’il ne l’avait pas prévu non plus. Mais Meade, bien que défait lors des premiers combats, avait plus de raisons que Lee de vouloir rester sur cette position. D’une part, il tenait les hauteurs et d’autre part, celles-ci formaient une courbe à l’intérieur de laquelle il disposait d’une ligne de communication aisée entre ses deux ailes lui permettant de déployer des renforts rapidement, là où Lee devait lui prendre beaucoup plus de temps pour en faire autant.[52]

Pendant la nuit, trois corps fédéraux arrivèrent, les 2ème, 3ème et 12ème, si bien qu’au matin du 2 juillet, la ligne fédérale formait un hameçon dont le crochet se trouvait sur Culp’s Hill et suivait les hauteurs jusqu’au pied de la colline de Little Round Top. Le 12ème corps de Slocum se trouvait sur Culp’s Hill, sur sa gauche, les unités restantes du 1er corps puis, au sommet de Cemetery Hill se trouvait toujours le 11ème corps de Howard, lui-même flanqué du 2ème corps de Hancock sur Cemetery Ridge et enfin le 3ème corps de Sickles à l’extrême gauche continuait le long de cette même crête jusqu’aux Round Top au sud. Les deux corps restants, le 5ème de Sykes et le 6ème de Sedgwick se trouvaient toujours quelques kilomètres en arrière.[53]
L’Armée de Virginie du Nord n’était pas au complet non plus, manquait encore la division de Pickett du 1er corps de Longstreet. Celui-ci avait disposé son corps à l’extrême droite de la ligne sudiste, dans la continuité de la crête de Seminary Ridge sur laquelle se trouvait le corps de Hill. Le dernier corps, celui d’Ewell, se trouvait pour sa part au nord, de part à d’autre de la ville de Gettysburg.[54]

Au matin du 2 juillet, Lee était résolu à livrer le combat aux fédéraux. Bien qu’il disposait d’autres options, se retirer, se redéployer sur la gauche fédérale pour trouver une position défensive entre l’armée nordiste et Washington que Meade serait contraint d’attaquer – solution qui avait la préférence de Longstreet – ou attendre que Meade l’attaque. Cependant, aucune de ces solutions ne convenait au commandant sudiste. Premièrement, la probabilité que Meade attaque était très faible. Il tenait un meilleur terrain et savait que Lee, loin de ses bases et avec des lignes de communications fébriles, ne pouvait se permettre d’attendre longtemps. Deuxièmement, Lee n’avait aucune raison de se replier au vu de la situation, la bataille avait été engagée et jusqu’à présent ses hommes avaient eu le dessus sur les nordistes. Enfin, la troisième solution qui constitue assurément l’une des grandes polémiques de la bataille de Gettysburg. Longstreet estimait qu’attaquer un ennemi supérieur en nombre, placé sur des hauteurs fortifiées, même à la hâte, était une mauvaise idée et que c’est cela qui avait déjà permit aux sudistes de remporter une telle victoire à Fredericksburg.[55] Mais Lee, aveuglé par la trop grande confiance qu’il avait en ses hommes pensa que les faire se redéployer après avoir remporté les combats de la veille leur porterait un coup au moral et qu’ils étaient de toute façon à même de faire l’impossible. Enfin, Lee était obnubilé par l’idée de détruire l’Armée du Potomac et ayant déjà laissé passer cette occasion par deux fois, lors de la bataille des Sept Jours et Chancellorsville il était résolu à faire ce qu’il fallait pour y parvenir cette fois. Lee allait donc se porter à l’attaque.

Après avoir consulté Ewell, qui estimait toujours Cemetery Hill et Culp’s Hill comme étant trop solidement défendues, Lee décida de porter le gros de son attaque contre la gauche fédérale. Pour ce faire, il décida de confier la tâche à Longstreet – bien que celui-ci n’ait pas manqué de signaler à Lee sa préférence pour une manœuvre sur le flanc gauche nordiste – en lui adjoignant la division d’Anderson du corps de Hill qui n’avait pas pris part aux combats du premier jour, car Longstreet n’avait que deux de ses trois divisions, celles de Hood et MacLaws.[56] Longstreet avait pour tâche d’attaquer vers le nord-est en remontant la Emmitsburg Road depuis ses positions dans la partie sud de Seminary Ridge. Pendant ce temps, Ewell devait de son côté mener de petites actions contre la droite et transformer celles-ci en attaques massives une fois que Meade aurait été contraint d’y prélever des renforts pour les déployer sur sa gauche et faire face à la menace de Longstreet. De la sorte, Lee espérait écraser les deux flancs de l’armée fédérale et la détruire pour de bon.[57] En agissant ainsi, Lee pensa anticiper la réaction de Meade. Il estima que comme Longstreet, Meade allait juger plus logique que l’armée sudiste manœuvre sur sa gauche pour, soit l’attaquer de flanc, soit se redéployer sur une position défensive plus favorable. Dès lors, une fois les hommes de Longstreet en mouvement, Meade devait, toujours selon Lee, croire la manœuvre en marche et s’en prémunir en prélevant des troupes sur sa droite ce qui devrait immanquablement donner à Ewell l’opportunité de prendre Culp’s Hill, qui était jusqu’à présent trop bien défendue, et d’écraser l’armée fédérale de flanc ou à revers. Mais pour une fois, Lee ne s’était pas montré à la hauteur de son habituel talent à l’esprit de son ennemi, Meade n’allait pas bouger.

Dans la matinée du 2 juillet, Sickles, insatisfait de la position de son corps dans la continuité de Cemetery Ridge, décida de son propre chef de se redéployer plus à l’ouest sur les petites hauteurs se trouvant près des lieux des dits de Devil’s Den, où se trouvait sa gauche devant les Round Top, Wheatfield et Peach Orchard, où se trouvait sa droite. Ce faisant, il rompit la continuité de la ligne fédérale et exposa son flanc droit à l’artillerie sudiste.[58] De l’autre côté, son flanc gauche était également exposé puisque les Round Top n’étaient pas occupés par les forces fédérales au moment où Longstreet lança son attaque vers 4 heure.[59] Contrairement à ce qui était prévu, Longstreet mena son attaque non pas vers le nord-est mais directement vers l’est. En raison de la nouvelle disposition de Sickles, nombre de ses officiers plaidèrent en faveur d’un retardement de l’attaque dans le but de se redéployer pour attaquer Sickles de flanc en passant par les Round Top. Cependant, d’une part parce qu’il avait déjà à deux reprises argumenté avec Lee pour promouvoir une manœuvre de flanc, ce à quoi le commandant sudiste s’était opposé. Et d’autre part, en raison de l’heure déjà tardive. Longstreet avait du pour rejoindre ses positions, prendre un détour afin de ne pas être repérer par un poste d’observation nordiste ce qui lui fit perdre la majeure partie de l’avant-midi.

Anderson avançait sur Cemetery Ridge, MacLaws sur Peach Orchard et Hood sur Devil’s Den. Vers 15 heure, les troupes de Sickles occupaient leurs nouvelles positions.[60] Lorsque Meade apprit la situation, il lui ordonna de reprendre sa position mais c’était déjà trop tard, les forces de Longstreet étaient déjà entrées en contact avec les hommes du 3ème corps.[61]

Pour sa part, Anderson ne fut pas en mesure de progresser contre le centre de la ligne fédérale mais plus au sud, les deux autres divisions sudistes, elles, y parvinrent. MacLaws s’empara de Peach Orchard et ce faisant coupa la connexion entre le corps de Sickles et celui d’Hancock dans la partie sud de la crête de Cemetery Ridge avec pour conséquence de menacer la droite de Hancock. Afin de combler la brèche ainsi créée, Meade fit dépêcher des renforts dans le secteur mais avant que ceux-ci n’arrivent, ce fut le 1st Minnesota Infantery Regiment qui seul, et au prix de très lourdes pertes, tint tête aux forces de Anderson fonçant vers la brèche, soit la brigade de Wilcox. Finalement, ceux-ci furent stoppés et la ligne fédérale résista en ce point grâce au sacrifice des hommes du Minnesota et à l’arrivée de renforts.[62]
Plus au sud, Hood parvint lui aussi à prendre possession de Devil’s Den et poursuivit sa progression vers les Round Top avec son aile droite. Mais là aussi, les fédéraux furent en mesure de déployer des troupes en urgence pour mettre un coup d’arrêt à la progression sudiste. Alors qu’il remarqua que Little Round n’était pas défendue, l’ingénieur en chef de l’Armée du Potomac, le général Gouverneur Kemble Warren, prit de sa propre autorité la décision de faire déployer une partie la 3ème brigade du 5ème corps de Sykes, sous le commandement du colonel Strong Vincent sur cette position. Alors que les forces fédérales atteignaient le sommet, celles de Hood en attaquaient la pente et progressaient vers le sommet où elles furent finalement arrêtées et contraintes de se retirer. Ici aussi, l’attaque sudiste venait d’être stoppée.[63]
Tout au long des engagements du 2 juillet, Meade fit déplacer judicieusement des forces dans le but de combler les brèches aux points de faiblesse de sa ligne. Cela donna finalement à Ewell, l’opportunité qu’il attendait pour lancer son attaque contre Culp’s Hill aux alentours de 18 heure, après un court mais intense duel d’artillerie, mais sans rencontrer de succès majeurs car la pression qu’il exerça ne fut finalement pas très forte. Seules quelques unités de la division de Johnson prirent possession de quelques tranchées au pied de la colline et la nuit vint mettre fin aux combats.[64]

Figure 62: Position des deux armées à l’aube des combats du 2 juillet

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, The Gettysburg Campaign, Situation at 1530 Hours, 2 July 1863, West Point: Department of History.

En deux occasions, l’attaque sudiste passa donc très près de réaliser une percée. Au sud de Cemetry Ridge, ce qui aurait permis de couper l’Armée du Potomac en deux et sur Little Round Top dont la prise aurait pu exposer l’ensemble de la ligne fédérale aux tirs de l’artillerie confédérée et à une attaque de flanc. Mais Meade et ses subordonnés s’avérèrent parfaitement à la hauteur et déployèrent des troupes aux moments opportuns pour tenir la ligne, usant des lignes intérieures qu’offraient le positionnement de l’armée fédérale.[65]
De l’autre côté, les attaques sudistes manquèrent, elles, de coordination, laissant aux nordistes l’opportunité de défendre leurs positions.[66]

Au terme de cette seconde journée de combat, les deux camps avaient perdu approximativement 9000 hommes chacun. Meade décida de tenir un conseil de guerre pour décider si l’Armée du Potomac devait ou non continuer le combat. La décision fut pratiquement unanime, pas question de se replier.[67]

De l’autre côté, Lee décida lui aussi, mais de sa seule autorité, de camper sur ses positions malgré l’échec du jour et de reprendre l’offensive dès le lendemain.

Figure 63: Situation au terme des combats du 2 juillet

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, The Gettysburg Campaign, Situation Evening, 2 July 1863, West Point: Department of History.

Au matin du 3 juillet, l’Armée de Virginie du Nord tenait toujours les mêmes positions que la veille au soir, seule la division de Pickett était arrivée et s’était positionnée dans la continuité de Seminary Ridge au sud du corps de A.P. Hill. Lee pouvait également compter sur l’arrivée des cavaliers de Stuart qui, après avoir assiégé Carlisle en vain le 1er juillet, se joignirent au gros des forces confédérées.
De l’autre côté, le dernier corps fédéral, le 6ème de Sedgwick, était lui aussi arrivé et était venu se placer sur l’extrême gauche de façon à défendre les Round Top.[68]

Lee, non ébranlé par l’échec de la veille, décida donc de renouveler son attaque. Partant du principe que Meade, pour défendre ses flancs, avait affaiblit le centre de sa ligne, Lee comptait porter le gros de son attaque sur ce point dans le but d’y briser la ligne fédérale et de la séparer en deux parties distinctes. Dans le même temps, les cavaliers sudistes auraient eux pour mission de lancer une attaque sur les arrières de l’Armée du Potomac afin de faire la liaison avec les éléments devant percer au centre. Enfin, Ewell devait également se préparer à contourner la droite fédérale au moment où l’attaque au centre effectuerait sa percée.[69]
Mais Meade n’allait pas se laisser surprendre, il avait deviné les intentions de son adversaire de frapper le centre.[70]

Les premiers combats de la journée éclatèrent au Nord, lorsque, vers 11 heure, les forces du 12ème corps de Slocum attaquèrent la division de Johnson au pied de Culp’s Hill pour reprendre le terrain perdu la veille au soir. Les sudistes furent repoussés, portant un premier coup au plan de Lee en compliquant la tâche de contournement d’Ewell.[71] Lee ne se dégonfla pas pour autant, il était résolu à tout faire pour mettre un terme à la bataille en ce 3 juillet. Il confia à Longstreet le soin de mener l’attaque avec la division de Pickett et celles de Trimble et Heth – reprise par Pettigrew suite à la blessure de ce dernier lors des combats du 1er juillet – du corps d’A.P. Hill. car ses deux autres divisions avaient été trop fortement affaiblies la veille.[72] l’objectif était simple, à la suite d’un intense bombardement d’artillerie dont le rôle était de dégarnir les rangs fédéraux, les 15 000 fantassins confédérés ainsi massés devraient monter à l’assaut de la ligne fédérale sur Cemetry Ridge en concentrant leur progression vers un point de ralliement symbolisé par un petit groupe d’arbre aujourd’hui nommé The Clump of Trees, se trouvant juste derrière un petit muret de pierre utilisé par les soldats fédéraux pour s’abriter. Cependant, pour ce faire les soldats sudistes allaient devoir au préalable traverser près de 1300 mètres en terrain découvert.[73]

Pendant que les 15000 fantassins attendaient sous le couvert des bois, l’artillerie confédérée massa 159 canons devant Seminary Ridge et ouvrit le feu sur les positions fédérales à 13 heure, initiant le plus grand engagement d’artillerie de la guerre, près de 300 canons se répondirent mutuellement durant deux heures.[74] De façon très intelligente, le commandant de l’artillerie fédérale, le général Henry Jackson Hunt, ordonna de progressivement réduire le feu de l’artillerie afin de donner l’impression que le bombardement sudiste fonctionnait et de la sorte hâter l’attaque de l’infanterie. La ruse fonctionna, d’autant que les sudistes ne se rendaient pas compte que leurs tirs étaient trop élevés et que la majorité des obus manquaient leurs cibles, ne causant que de légers dommages aux forces fédérales.[75] Croyant la situation tourner en faveur du Sud, le commandant de l’artillerie de Longstreet, le colonel Porter Alexander, demanda à Longstreet de lancer l’attaque tant qu’il disposait encore d’assez de munitions pour soutenir l’avancée de l’infanterie. Ainsi, vers 15 heure, deux heures après le début du bombardement, Longstreet ordonna à contrecœur le signal de l’attaque. Comme les jours précédents, celui-ci s’était opposé à Lee avant le début du bombardement, estimant une fois encore qu’attaquer les défenses fédérales de front était une mauvaise idée.[76]

Les 15000 soldats sudistes s’élancèrent alors dans ce que l’on nomme aujourd’hui la charge de Pickett, montant à l’assaut de Cemetery Ridge. L’artillerie fédérale ne tarda pas à rouvrir le feu sur les confédérés, causant des pertes importantes dans leurs rangs. Cependant, ceux-ci gardèrent leur organisation et poursuivirent leur progression vers la ligne fédérale.[77] Arrivé à deux cents mètres, ils eurent ensuite à subir les premiers tirs de mousquets de l’infanterie qui vinrent d’en face mais également des flancs où les unités fédérales s’étaient avancées en obliquant la ligne pour ouvrir le feu sur les sudistes. Subissant cette pression terriblement puissante, l’attaque sudiste progressa tout de même encore quelque peu lorsque la brigade du général Lewis Addison Armistead, de la division de Pickett, qui occupait la dernière ligne de la charge fut finalement la seule à s’avérer capable d’atteindre la ligne fédérale et à l’enfoncer de quelques mètres, marquant de la sorte ce que l’on nomme The High Water Mark of The Confederacy, c’est-à-dire le point le plus en avant dans le territoire de l’Union que les forces confédérées auront été capables d’atteindre au cours de la guerre.[78] Mais malgré leur courage et leur obstination, les sudistes ne furent guère capable de percer la ligne fédérale, loin de là, et les survivants se retirèrent dans le plus grand désordre.

La charge dura environ une demi heure et résultat en des pertes colossales pour l’Armée de Virginie du Nord. A peine la moitié des troupes engagées rejoignirent leurs lignes. La division de Pickett, qui avait eu à supporter le plus gros de la pression nordiste avait perdu les deux tiers de ses hommes, l’ensemble de ses généraux de brigades et ses colonels.[79] Pendant que la charge de Pickett se déroulait, les cavaliers de Stuart étaient, eux, entré en contact avec ceux de la division de Gregg à quelques kilomètres à l’est de Gettysburg, au croisement des Hanover et Low Dutch Roads.[80] Là encore, les sudistes furent incapables de s’imposer et Stuart du se retirer. Un autre combat impliquant des cavaliers éclata au sud du champ de bataille lorsque les cavaliers de la division de Kilpatrick vinrent tester les positions des troupes de Hood à l’est des Round Top où les nordistes furent aisément repoussés par l’infanterie confédérée.[81]

Figure 64: Position des deux armées à l’aube de la charge de Pickett

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, The Gettysburg Campaign, Situation at 1430 Hours and Pickett’s Charge, 3 July 1863, West Point: Department of History.

Constatant l’échec de son plan, Lee se rendit avec Longstreet au pied de Seminary Ridge pour réorganiser les troupes sudistes revenant de la charge dans le but de se préparer à une contre attaque fédérale, mais celle-ci ne vint pas au grand dam de Hancock qui souhaitait que les 5ème, 6ème et 12ème corps se portent à l’attaque dans leurs secteurs respectifs pour porter un dur coup à l’armée confédérée. Meade, pour sa part, se contentait aisément d’avoir repousser une fois encore une offensive de Lee et n’osa pas porter l’attaque de peur de perdre la victoire jusqu’ici acquise, laissant de la sorte passer une potentielle occasion de détruire l’Armée de Virginie du Nord. La troisième journée de la bataille prit ainsi fin alors que les deux armées se retrouvaient sur les positions qu’elles occupaient le matin même.

Le 4 juillet, finalement conscient de l’impossibilité de prendre les positions fédérales, et de surcroit avec les pertes en hommes et matériels subies lors des trois derniers jours, Lee décida donc de camper sur ses positions et d’y attendre Meade.[82] Mais celui-ci n’avait pas changé sa position depuis la vieille, pas question de risquer les gains acquis dans une attaque, si bien que le jour de la fête nationale américaine se résuma, sur le théâtre oriental, à une simple observation mutuelle. Mais Lee avait déjà décidé de se retirer, comme à Antietam, il était demeuré sur le terrain dans un geste de défiance, comme pour préserver l’honneur dû au vaincu, mais dans les faits avait déjà commencé, sous la protection des cavaliers de Imboden, à faire évacuer les wagons d’approvisionnement et les blessés transportables vers la Virginie afin que ceux-ci ne ralentissent pas le reste des troupes durant leur retraite.[83] Et le danger était réel. Avant de retrouver une relative sécurité en Virginie, les confédérés devaient encore franchir le Potomac pour échapper à l’armée éponyme. Les sudistes se mirent finalement en marche le 5 juillet dès l’aube, au plus grand désarroi de Lincoln qui espérait grandement que Meade détruise l’Armée de Virginie du Nord avant que celle-ci ne se retrouve sur la rive sud du fleuve. En clair, il voulait que Meade fasse ce que McClellan n’avait pas fait un an plus tôt à Antietam. Le même jour, Meade envoya le 6ème de Sedgwick en reconnaissance à la poursuite des confédérés et engagea brièvement l’arrière garde du corps d’Ewell à Granite Hill. A la suite de cela, Meade interrompit la progression de ses troupes et l’Armée de Virginie du Nord, franchit la South Mountain via Cashtown et Monterey Pass avant de continuer vers Hagerstown et Williamsport.

Mais Meade n’exerçait guère une pression importante sur la colonne sudiste en retraite. Alors que les forces confédérées partaient vers le Sud, les cavaliers fédéraux se lancèrent à leur poursuite. Le 6 juillet, alors que le gros de l’infanterie fédérale était toujours à Gettysburg, la brigade de Kilpatrick repoussa les brigades de cavaliers sudistes de Chambliss et de Robertson dans Hagerstown avant que l’arrivée du gros des forces de Stuart ne les repousse avec l’aide de quelques unités d’infanterie.[84] Le lendemain, les cavaliers de Imboden bloquèrent ceux de Buford aux abords de Middletown alors qu’ils avançaient vers Williamsport. Le même jour, une partie des forces de Buford livra un autre combat rapide contre une petite force sudiste de la brigade de Jones.[85] Le lendemain, le 8 juillet, un autre engagement eut lieu à Boonsboro au cours duquel les cavaliers sudistes tinrent à nouveau leurs opposants fédéraux en respect.[86] La pression fédérale n’était donc pas forte et le seul écran fournit par les cavaliers sudistes suffit à la contrer en tout point afin d’empêcher la cavalerie fédérale de couper la retraite de l’Armée de Virginie du Nord vers le Potomac.

La principale menace pour Lee viendra finalement des troupes de French qui étaient resté stationnées près de Frederick après leur évacuation de la vallée de la Shenandoah dans le but de menacer les lignes de communications sudistes. Celui-ci décida, le 3 juillet, de lancer un raid contre le pont de Falling Waters que ses hommes détruisirent, bloquant de la sorte les sudistes sur la rive nord du Potomac, lequel avait été grossi par les intenses pluies s’étant abattues sur la région depuis le 4 juillet.[87] Arrivé sur place le 11 juillet et conscient du danger que représentait le fait de pouvoir être attaqué alors qu’il était dos au fleuve, Lee se retrancha près de Williamsburg pendant que ses hommes du génie construisaient un nouveau pont de fortune à partir de matériaux récupérés ça et là, y compris sur des constructions nordistes. Meade, qui avait quitté Gettysburg le 7 juillet en concentrant au préalable ses forces à Frederick, arriva en position aux abords des positions sudistes le 12 juillet mais ne se lança pas immédiatement à l’attaque. Il commença par réunir un nouveau conseil de guerre pour définir avec ses généraux la marche à suivre. Fallait-il ou non attaquer les sudistes et si oui comment? Un évènement en particulier devait jouer un rôle dans leur prise de décision. Lee prit le soin de laisser derrière lui un faux déserteur dans le but de désinformer les fédéraux. Celui-ci déclara à ses interrogateurs que l’Armée de Virginie du Nord était encore solide et bien retranchée. Meade et ses généraux arrivèrent donc à la conclusion que la prudence s’imposait et ne bougèrent pas le 13.[88] C’est finalement le 14 juillet que l’Armée du Potomac avança prudemment vers les lignes confédérées pour finalement découvrir qu’ils n’étaient plus là, seul restait l’arrière garde de la division de Henry Heth qui livra un combat de retardement contre les cavaliers de Buford et Kilpatrick au cours duquel le général Pettigrew fut mortellement blessé. Lee avait réussi à échapper à la dangereuse situation dans laquelle il se trouvait. La nouvelle fut un véritable choc pour Lincoln qui depuis le 4 juillet recevait les nouvelles journalières de la situation dans le Maryland dans l’espoir d’apprendre la destruction de Lee et de son armée. En lieu et place, il apprit que celle-ci s’était échappée et allait être en mesure de poursuivre les combats, rallongeant d’autant la durée de la guerre.[89]
L’armée fédérale se lança bien dans une tentative de poursuite dans la vallée de la Shenandoah mais sans résultat. Le 16 juillet, les cavaliers nordistes de Gregg approchèrent Sheperdstown où ceux de Fitzhugh Lee et des colonels Chambliss et Milton Ferguson – qui prit le commandement de la brigade de Jenkins quand celui-ci fut blessé le 2 juillet – l’attaquèrent dans le but de protéger les passages à gué se situant dans la région, forçant les fédéraux à se retirer.[90] Meade décida finalement de traverser le Potomac à l’est des Blue Ridge Mountains, via Harpers Ferry et Berlin les 17 et 18 juillet et le 23 envoya le 3ème corps, nouvellement placé sous le commandement de French suite à la blessure de Sickles à Gettysburg, intercepter la colonne sudiste à Front Royal en passant par Manassas Gap. Là il dut livrer bataille contre un régiment d’infanterie sudiste qui recula dans un premier temps jusqu’à ce que la division de Rodes vint en renfort et force l’arrêt de la progression fédérale. Durant la nuit, les confédérés continuèrent leur retraite et entrèrent dans la vallée de la Luray où les fédéraux, qui prirent Front Royal le 24, ne pourraient plus les inquiéter sans risquer de s’enfoncer en territoire ennemi, ce que Meade voulait éviter au vu de l’état de son armée.[91]

Figure 65: Retraite confédérée et poursuite fédérale entre les 5 et 14 juillet

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Source: JESPEREN Hal, Gettysburg Campaign, Retreat: July 5 – 14, 1863, Cartography Services by Hal Jespersen.

La campagne de Pennsylvanie résultat donc en un échec pour la Confédération qui y engagea une quantité importante de ses forces et ses pertes furent lourdes. L’Armée de Virginie du Nord perdit environ 28 000 hommes, approximativement un tiers de ses effectifs. De nombreux officiers d’importances, colonels et généraux, furent aussi perdus. De l’autre côté, l’Union subit elle aussi des pertes conséquentes, environ 23 000 hommes, un peu plus d’un quart des éléments de l’Armée du Potomac.[92]

Théoriquement bon, le plan d’action général de Lee laissait un point d’ombre dans sa réalisation. Le commandant sudiste devait trouver un terrain favorable pour y livrer une bataille défensive qui lui donnerait également l’occasion de détruire son opposante. Ainsi, si la partie stratégique de la campagne avait été bien établie à l’avance, sa dimension tactique, à savoir comment mettre concrètement en œuvre la bataille décisive avait été laissée à plus tard, Lee devant, au moment opportun, trouver la meilleure solution disponible. Mais alors que le déplacement de l’Armée de Virginie du Nord se déroula, à quelques exceptions près, sans accros, la partie tactique commença à lui échapper lorsque les combats éclatèrent à Gettysburg le 1er juillet sans qu’il ne l’ai prévu car il manquait de renseignements sur les positions ennemies et qu’il ne prit pas les mesures nécessaires pour les obtenir. A partir de là, il se laissa absorber dans la bataille, sacrifiant des objectifs stratégiques à des succès tactiques avec pour conséquence qu’il abandonna son plan général pour livrer bataille à un endroit qui ne lui était pas favorable, échouant donc dans la partie de son plan qui demandait justement qu’il soit au sommet de son art et qui n’avait pas été préparée à l’avance. Les conséquences furent importantes, Lee ne fut jamais en mesure de se désengager et livra une bataille qu’il ne pouvait pas gagner, condamnant l’ensemble de sa campagne. Celle-ci marque donc, dans son exécution, l’un des points les plus bas du commandement de Lee au cours de la guerre.
Un point convient également d’être abordé ici, le rôle de Stuart. Certes celui-ci fut également loin d’être à son maximum lors de cette campagne mais il reste néanmoins que trop de critiques lui sont portées quand à sa responsabilité dans la défaite. Sans vouloir ici chercher à résoudre la question de l’ambiguïté ou non de l’ordre de Lee à Stuart, laissons cela à des historiens spécialisés, il convient tout de même de faire le point sur la réaction de Lee face à la situation. Stuart, une fois parti dans son raid autour de l’armée fédérale, se trouva coupé du gros de l’armée et dans l’impossibilité de communiquer avec elle quant à la force et la position des unités fédérales. Mais en était-il vraiment capable? Stuart ne fut jamais en mesure de percer l’écran assurer par les cavaliers fédéraux entre lui et l’infanterie fédérale non pas parce qu’il ne le voulait pas mais parce que ceux-ci n’avait plus rien avoir avec les cavaliers qu’il avait affronté durant les deux premières années de la guerre comme l’avaient déjà montré les batailles de Kelly’s Ford et Brandy Station, ils étaient bien mieux commandés, plus compétents et par conséquent en mesure de bloquer les actions sudistes. On reprocha donc à Stuart d’avoir laissé Lee aveugle et dans l’impossibilité de savoir où se trouvaient les forces ennemies et avec quel niveau de puissance et bien entendu, sa décision de manœuvrer sur la droite de la ligne de progression fédérale à jouer un rôle dans cela. Mais Lee disposait encore sous son commandement de quatre brigades de cavalerie, Imboden, Jenkins, Jones et Robertson, avec lesquels il était en contact mais ne jugea pas nécessaire d’y avoir recours pour combler le vide que Stuart avait laissé en partant dans son raid.[93] Aussi, la faute en incombe plus à Lee qu’à Stuart, c’est lui qui autorisa le départ des cavaliers, qui accorda une confiance presque aveugle à leur commandant et qui en définitive était responsable de l’engagement de l’ensemble de l’armée dans la bataille de Gettysburg.
De l’autre côté, Meade se montra parfaitement à la hauteur et accomplit la double mission qui était la sienne, protéger Washington et Baltimore tout en chassant les confédérés de Pennsylvanie et du Maryland après les avoir vaincu lors d’une bataille d’importance.[94] Ce qu’il fit. Au cours de la campagne et de la bataille, il fut totalement en mesure de lire dans l’esprit de son adversaire, ce dont cette fois Lee avait été incapable, tout en gérant la partie tactique. Il déplaça ses forces aux bons endroits, aux bons moments et fut donc en mesure de contrer toutes les actions confédérées aux cours de la bataille. Il manqua probablement d’audace en n’osant pas s’en prendre plus agressivement aux sudistes, particulièrement lorsqu’ils étaient affaiblis à la suite de la charge de Pickett et surtout durant leur retraite et leur retranchement à Williamsport. Mais ce que venait d’accomplir Meade n’était pas anodin, il venait de battre Lee, le général qui avait successivement vaincu, à tout le moins tactiquement, quatre généraux nordistes. Aussi il n’est pas tellement étonnant que Meade ait choisi la prudence pour se prémunir d’un revers qui lui aurait fait perdre tous les avantages acquis jusqu’à présent. Néanmoins, il reste indéniable que ce choix permit à l’Armée de Virginie du Nord de s’échapper, ce qui allait lui permettre de continuer les combats, au grand dam de Lincoln et Halleck. Il n’est toutefois pas possible de garantir qu’une attitude plus agressive du commandant nordiste aurait effectivement pu détruire l’armée de Lee, et si elle en avait été capable cela aurait été immanquablement au prix de lourdes pertes alors que les deux camps avaient déjà beaucoup souffert lors des trois jours de la bataille.[95] De plus, jamais au cours de la campagne ni le Président, ni le général en chef n’envisagèrent la possibilité de retirer en tout ou partie la garnison fédérale de Washington dans le but de renforcer l’Armée du Potomac, ce qui à Williamsport aurait peut-être pu faire la différence puisque comme l’Armée de Virginie du Nord, l’armée fédérale était grandement désorganisée et en manque de moyens après la bataille de Gettysburg.[96]

Sur la scène internationale, cette campagne eut également une grande conséquence, l’impossibilité pour les puissances européennes, France et Royaume-Uni en tête, de reconnaitre la Confédération et cette opportunité ne devait plus jamais se représenter au cours de la guerre. En effet, pour pouvoir convaincre les européens de les reconnaitre comme nation indépendante, le Sud nécessitait une victoire majeure prouvant sa capacité à défendre sa souveraineté. Mais avec la défaite de Gettysburg et l’échec de la campagne de Pennsylvanie, cette possibilité disparaissait.
Mais c’était sur le plan national que l’impact était le plus important. La Confédération avait misé sur le succès de cette campagne pour se sortir d’une mauvaise passe, il s’agissait d’une part de débloquer la situation à l’Est mais également d’inverser la vapeur à l’Ouest où les deux dernières positions sudistes sur le Mississippi, Port Hudson et Vicksburg, étaient mises sous pression par les forces fédérales tout comme le principal port du Sud, Charleston. Mais le déploiement de l’Armée de Virginie du Nord en territoire nordiste n’eut finalement aucun impact majeur sur le front de l’Ouest puisque le 4 juillet, soit le lendemain de la bataille de Gettysburg, le général Pemberton, commandant les forces sudistes à Vicksburg, ordonna la reddition de la ville au général Grant, entrainant le 9 juillet l’évacuation de Port Hudson avec pour conséquence majeure de céder l’intégralité du fleuve au contrôle de l’Union et donc de couper la Confédération en deux. Au Nord, l’ambiance était à l’exact opposé. Les deux récentes victoires ainsi engendrées par l’Union donnèrent un coup de boutoir majeur au moral de la population nordiste qui en célébra les nouvelles dans les rues de Washington.[97]

Autre conséquence de ces succès, auréolé de sa victoire sur le Mississippi, Grant allait bientôt être promu au rang de commandant en chef de toutes les forces militaires de l’Union par Lincoln et allait lui-même venir prendre le commandement direct de l’Armée du Potomac et lancer une nouvelle campagne contre Lee et l’Armée de Virginie du Nord, entamant de la sorte la troisième et dernière phase stratégique de la guerre. Mais avant cela quelques petites campagnes devaient encore se dérouler sur le théâtre de Virginie, à commencer par celle de Bristoe.

[1] James McPHERSON, op.cit., page 706.

[2] John KEEGAN, op.cit., page 202.

[3] James McPHERSON, op.cit., page 708.

[4] Idem, page 709.

[5] ARTHUR Billy, BALLARD Ted, Gettysburg Staff Ride Book, Washington: Center of Military History, United States Army, Staff Ride Guide, 2004, p.2.

[6] James McPHERSON, op.cit., page 709.

[7] Idem, page 708.

[8] John KEEGAN, op.cit., page 202.

[9] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 2.

[10] Idem, page 31.

[11] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 396.

[12] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 2.

[13] Ibid.

[14] Ce fut d’ailleurs l’un des rares combats de cavalerie de la guerre lors duquel les cavaliers se battirent à cheval, utilisant leurs sabres. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Brandy Station, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[15] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 397.

[16] John KEEGAN, op.cit., page 204.

[17] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 2.

[18] Idem, page 4.

[19] FLOYD Dale E., LOWE David W., Second Winchester, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[20] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 4.

[21] Ibid.

[22] James McPHERSON, op.cit., page 713.

[23] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 4.

[24] Idem, page 5. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 400.

[25] James McPHERSON, op.cit., page 711.

[26] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 4.

[27] James McPHERSON, op.cit., page 711.

[28]John KEEGAN, op.cit., pages 205-206.

[29] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 5.

[30] James McPHERSON, op.cit., page 715.

[31] Idem, pages 714-715.

[32] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 5.

[33] REARDON Carol, VOSSLER Tom, The Gettysburg Campaign, June-July 1863, Washington: Center of Military History, 2013, page 17.

[34] John KEEGAN, op.cit., page 207.

[35] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 7.

[36] Idem, pages 5-7.

[37] Idem page 7.

[38] John KEEGAN, op.cit., page 208.

[39] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 403.

[40] James McPHERSON, op.cit., page 715.

[41] John KEEGAN, op.cit., page 208.

[42] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 7.

[43] James McPHERSON, op.cit., page 716.

[44] Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., page 25.

[45] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 9.

[46] Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., page 26.

[47] Ibid.

[48] Ibid.

[49] Ibid.

[50] Nous ne nous engagerons pas ici dans la polémique concernant la faisabilité pour Ewell de prendre Cemetery Hill qui ne sera probablement jamais résolue et ce qui importe finalement plus ici est bien la finalité des faits plus que tout autre possibilité uchronique aussi important qu’ait put être le changement apporté à l’histoire. Pour plus d’information sur ce sujet, se rapporter à des ouvrages spécialisés.

[51] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., pages 9-10.

[52] James McPHERSON, op.cit., page 717.

[53] Ibid. ; Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., page 31.

[54] John KEEGAN, op.cit., page 209.

[55] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 407.

[56] James McPHERSON, op.cit., page 720.

[57] Ibid.

[58] James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 121.

[59] Seul un poste d’observation fédéral se trouvait sur Little Round Top à ce moment.

[60] Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., page 34.

[61] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 721.

[62] Idem, page 723.

[63] Idem, pages 722-723. ; Lors des combats au sommet de Little Round Top, un autre régiment fédéral se distingua particulièrement, le 20th Maine Infantery Regiment, commandé par le colonel Joshua Lawrence Chamberlain, qui résista à la dure pression exercée par les forces sudistes alors qu’il occupait l’extrême gauche de l’intégralité de la ligne fédérale. Arrivé à court de munition, Chamberlain donna l’ordre audacieux de lancer une charge à la baïonnette qui désarçonna la progression sudiste et mit un terme au combat dans ce secteur.

[64] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 12. ; Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., page 44.

[65] Il est intéressant de remarquer que la désobéissance de Sickles concernant le positionnement de son corps, a fort probablement joué un grand rôle dans l’échec confédéré à se rendre maitre des Round Top et par conséquent a venir à bout de l’aile gauche fédérale. En effet, en se portant en avant, Sickles a également pris par surprise les sudistes les forçant à livrer des rudes combats pour ouvrir la voie vers les Round Top. Combats qui permirent également de gagner le temps nécessaire pour faire venir des renforts pour défendre ces positions. En conclusion, bien qu’il mit en difficulté le centre de la ligne fédérale, Sickles, probablement sans l’anticipé lui-même, aida grandement à en défendre l’aile gauche.

[66] James McPHERSON, op.cit., page 724.

[67] John KEEGAN, op.cit., page 211.

[68] James McPHERSON, op.cit., page 724.

[69] Ibid.

[70] John KEEGAN, op.cit., page 211.

[71] James McPHERSON, op.cit., page 725.

[72] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 12.

[73] John KEEGAN, op.cit., page 213.

[74] James McPHERSON, op.cit., page 725.

[75] John KEEGAN, op.cit., page 213.

[76] James McPHERSON, op.cit., page 726.

[77] Ibid.

[78] John KEEGAN, op.cit., page 215.

[79] James McPHERSON, op.cit., page 726.

[80] Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., page 56.

[81] Idem, page 57.

[82] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., p. 420.

[83] James McPHERSON, op.cit., page 729. ; Les autres, près de 7000 blessés jugés intransportables, furent laissés sur place et pris en charge par les services médicaux nordistes.

[84] Ibid.

[85] FLOYD Dale E., LOWE David W., Williamsport, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[86] FLOYD Dale E., LOWE David W., Boonsboro, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[87] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 12.

[88] Idem, page 14. ; Précisons que la majorité des généraux de l’Armée du Potomac ayant un caractère offensif  avaient soit été blessés soit tués au cours de la bataille, il n’étaient donc pas présent au conseil ce qui explique également l’attitude prudente des fédéraux.

[89] James McPHERSON, op.cit., page 731.

[90] FLOYD Dale E., LOWE David W., Williamsport, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[91] FLOYD Dale E., LOWE David W., Manassas Gap, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[92] James McPHERSON, op.cit., page 729. ; Gettysburg est, encore à ce jour, la plus grande bataille à avoir jamais été livrée sur le continent américain.

[93] Billy ARTHUR, Ted BALLARD, op.cit., page 5.

[94] Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., page 60.

[95] James McPHERSON, op.cit., page 731.

[96] Carol REARDON, Tom VOSSLER, op.cit., pages 59-60.

[97] James McPHERSON, op.cit., page 728.

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