La campagne de l’Overland

Le 9 mars, Ulysses Simpson Grant reçu le grade, plus usité au sein de l’armée américaine depuis George Washington, de Lieutenant Général, et la fonction de commandant en chef de toutes les forces militaires de l’Union, ce qui, espérait Lincoln, allait permettre au Nord d’ainsi disposer d’un leader offensif capable de porter le dernier coup à la Confédération. Cela devait marquer le passage symbolique de la deuxième à la troisième phase du conflit, celle de la guerre totale qui deviendrait effective dès le début du mois de mai avec le lancement de la campagne dite de l’Overland.

La nomination de Grant, un général venu du front de l’Ouest et réputé alcoolique ne manqua pas de susciter des réactions, aussi bien à Washington qu’au sein de l’Armée du Potomac. Lincoln voyait en lui un leader offensif et déterminé. Il avait pris les forts Henry et Donelson de manière remarquée au début de la guerre, fait face à des circonstances plus que difficile à Shiloh et pourtant récupéré la situation, trouvé le moyen, non sans mal, de finalement faire tomber Vicksburg et sauvé Chattanooga. Il était le héros du front de l’Ouest. Pour le Président, il n’avait plus à faire ses preuves. Mais pour d’autres, il lui restait à faire face à ce qui était alors perçu comme étant l’épreuve la plus difficile à surmonter, Robert Edward Lee et ses vétérans de l’Armée de Virginie du Nord.[1] En effet, beaucoup notaient que le vieux renard gris n’aurait jamais commit les mêmes erreurs que les précédents adversaires de Grant et que le déroulement le long du Mississippi aurait été tout autre si un Lee y avait évolué.[2]

Grant n’en avait globalement cure. Pour lui l’initiative stratégique appartenait au Nord sur tous les fronts et il entendait bien la saisir à pleine main en mettant en place un plan d’action à large échelle, courant simultanément sur tous les théâtres de la guerre avec pour objectif clair de détruire la force militaire du Sud et sa capacité de soutenir l’effort de guerre. Pour lui, même le meilleur leader militaire du monde ne pourrait sauver la Confédération si celle-ci ne disposait plus des moyens de se battre. Pour ce faire, Grant entendait appliquer deux principes. Premièrement, avoir recours au plus grand nombre de troupes possibles sur le plus de théâtres possibles et deuxièmement harceler l’ennemi sans cesse afin de le forcer à user ses ressources sans avoir le temps de les reconstituer et ainsi conduire le Sud à se trouver dans une situation d’impossibilité physique et matérielle de poursuivre la guerre.[3] Grant cherchait avant tout à mettre un terme aux actions déconnectées qui ne produisaient qu’au mieux des résultats locaux et limités dans le temps.[4] Plus concrètement, le plan de Grant prévoyait le passage à l’action de toutes les forces fédérales afin de prévenir l’utilisation des lignes intérieures de la Confédération par les forces sudistes pour renforcer les théâtres où elles seraient en difficulté. En Virginie, l’Armée du Potomac devait franchir la Rapidan et livrer bataille à celle de Virginie du Nord.[5] Dans la vallée de la Shenandoah, Sigel devait en garder l’entrée afin de défendre la voie d’invasion du Nord favorite de Lee et ainsi protéger Washington en plus de se tenir prêt à renforcer Meade si besoin après avoir marché sur Lynchburg et ainsi occupé toute la vallée.[6] Dans la Péninsule, Butler serait lui en charge de menacer les arrières de Lee en progressant vers Petersburg et Richmond avec l’Armée de la James.[7] A l’Ouest, Sherman, désormais à la tête de la Division militaire du Mississippi – soit le département regroupant les Armées du Cumberland, du Tennessee et de l’Ohio – devait livrer bataille à Johnston comme Meade le ferait à Lee, sans réserve, en plus de prendre Atlanta.[8] Enfin, les forces de Banks présentes dans le sud du Mississippi, l’Armée du Golfe, devaient, elles, agir contre la ville de Mobile pour neutraliser ce carrefour ferroviaire et empêcher le transfert des forces présentes dans l’Alabama vers les forces de Johnston. Au final, une fois leurs objectifs respectifs atteints, les deux principales forces nordistes, les Armées du Potomac et du Mississippi devaient effectuer leur jonction là où les tournures de la guerre en décideraient et de la sorte marquer l’anéantissement militaire du Sud pendant que trois autres forces périphériques devaient accentuer la pression sur les forces sudistes.[9] Grant ne révolutionna pas fondamentalement la stratégie militaire de l’Union, la seule nouveauté qu’il y apporta fut la coordination entre les théâtres mais cela allait avoir une grande importance. Même sans son leadership, les forces fédérales auraient plus que fort probablement attaqué les mêmes objectifs que ceux que le nouveau commandant en chef de l’Union leur attribua. L’Armée de Virginie du Nord était un objectif inévitable en raison de son importance stratégique et de celle de Richmond, la capitale confédérée. Atlanta, Mobile, Lynchburg et Petersburg étaient des carrefours ferroviaires importants dont la prise par les forces fédérales serait un coup dur pour les approvisionnements des forces sudistes.[10]

Figure 69: Le réseau ferroviaire des Etats Confédérés d’Amérique

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Southeastern United States: The American Civil War, Railroad of the Confederacy and Border States, West Point: Department of History.

Mais au cours de la campagne à venir tout ne se déroula pas exactement comme l’avait prévu le commandant nordiste. Premièrement, dans la Péninsule, Butler se lança à l’action trois jours après que Grant en eut fait de même et avança vers Richmond et Petersburg mais fut bloqué par les forces de Beauregard dans la petite péninsule de Bermuda Hundred d’où il ne bougera plus avant l’arrivé de l’Armée du Potomac à l’exception de quelques accrochages sans conséquences stratégiques. Toujours en Virginie mais le long de la Shenandoah, les forces de Sigel entrèrent dans la vallée et la descendirent pour marcher sur Lynchburg. Vaincu par le général John Cabell Breckinridge à New Market, Sigel fut remplacé par Hunter qui reprit l’offensive et s’imposa à Piedmont face à Jones avant d’être lui aussi vaincu par Early et repoussé en Virginie Occidentale, ouvrant la voie aux confédérés pour menacer Washington. Début mai, les forces de Crook et Averell se lancèrent dans un raid contre la Virginia and Tennessee Railroad dans le sud-ouest de la Virginie pour faire diversion en faveur de Sigel. Après avoir réussi à causer des dégâts, ils se retirèrent en Virginie Occidentale et rejoignirent ensuite Hunter à la fin du mois. Dans le même temps, les cavaliers de Imboden avaient eux cherchés à ralentir Sigel en attaquant un dépôt à Port Royal.
A l’Ouest, le même jour que Grant, Sherman se lança lui en Géorgie contre Atlanta et les troupes de Johnston. Ce faisant, il engagea une campagne de manœuvre entrecoupée de batailles mineures qui, en repoussant progressivement les confédérés, l’amena aux abords de Marietta, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest d’Atlanta. Pour leur part, entre la mi-mars et la mi-avril, les forces de Banks, aidées par la flotte de l’amiral David Dixon Porter, lancèrent une expédition pour remonter la Red River en Louisiane mais après une progression relativement facile, furent stoppées par les confédérés de Richard Scott Taylor à Shreveport qui les forcèrent à se replier sur leurs positions initiales. Parallèlement, le 16ème corps du général Andrew Jackson Smith mena un raid contre le Fort de Russy près du confluant du Mississippi et de la Red River avant de se joindre à  la campagne. Les navires de la flotte fluviale fédérale livrèrent plusieurs combats dans la région du Mississippi et de ses affluents dans le cadre de cette campagne. Ce faisant, Banks, qui avait lancé cette expédition avant que la stratégie globale de Grant ne soit mise en place, ne fut pas disponible pour avancer vers Mobile. Au mois d’avril, les forces fédérales du département d’Arkansas du général Steele tentèrent d’effectuer leur jonction avec les forces de Banks mais furent bloquées à Camden dans le sud de l’Arkansas par manque d’approvisionnement et furent contraintes de se replier sous la pression confédérée. A la suite de cela, au mois de mai les cavaliers sudistes du général Joseph O’Shelby lancèrent un raid dans le nord de l’Arkansas. Début juin, les troupes fédérales de Smith déclenchèrent une expédition depuis Vicksburg vers le sud de l’Arkansas pour gêner les forces sudistes du général John Sappington Marmaduke présentes dans la région.
Au Missouri, le général Egbert Benson Brown, lança une force à la poursuite des troupes de William Quantrill dans le contexte de la guerre civile interne de l’état.
Dans le cadre du blocus, une expédition fédérale, initiée depuis Key West s’empara de Tampa en Floride. En Caroline du Nord, fin avril début mai, les confédérés du général Robert Frederick Hoke menèrent une opération terrestre et navale contre les forces fédérales présentes à Plymouth qu’ils capturèrent, les fédéraux abandonnant également Washington pour se replier sur New Berne et la défendre. Les sudistes furent un peu plus tard défaits devant la ville et ensuite rappelés au nord pour se joindre aux forces de Beauregard défendant Petersburg.
Enfin, sur différents théâtres, des actions de cavalerie furent menées par les deux camps. Au mois de mars et avril, Forrest mena deux actions contre des garnisons fédérales, l’une au Tennessee, l’autre au Kentucky, au cours desquelles les cavaliers sudistes usèrent de leur mobilité pour gêner les fédéraux sans leur causer une contrainte à long terme. Dans la même période, les hommes de Mosby menèrent une série de huit raids en Virginie et Virginie Occidentale. Début juin, Forrest défit dans le nord du Mississippi une force fédérale envoyée pour le neutraliser après qu’il ait mené un nouveau raid au Tennessee. Mi-avril, les cavaliers du général John McAllister Schofield menèrent eux aussi un raid mais contre les sudistes dans le Tennessee Oriental. Enfin, à la mi-juin, Morgan et ses cavaliers déclenchèrent un raid au Kentucky que les troupes d’occupation fédérale du général Stephen Gano Burdridge parvinrent à repousser.[11]

L’une des décisions majeures de Grant dans le but de mettre en œuvre son plan d’action était de réduire le nombre de troupes postées en garnison à des endroits où elles ne combattaient pas en plus de refocaliser les autres contre des objectifs communs plutôt que contre des buts éparpillés. Ainsi, Grant ramena le ratio d’hommes en garnison et d’hommes au  front de un pour un à un pour deux.[12] L’exemple le plus marquant de cela fut de retirer les unités de garnison de Washington, des hommes normalement attribués à la défense de la capitale avec de l’artillerie lourde et n’ayant jamais vu le feu pour en faire des unités d’infanterie au sein de l’Armée du Potomac. Ces hommes n’étaient pas les seuls à ne pas demeurer dans la capitale, Grant, bien que maintenant à la tête de l’ensemble des forces fédérales n’allait pas non  plus y rester, estimant que sa place était sur le terrain, avec l’Armée du Potomac. Cette décision de Grant, bien que cela n’allait pas lui faciliter la tâche de coordonner les différentes campagnes, était due à sa volonté de se détacher des problématiques politiciennes de la capitale, telles que les réceptions mondaines et surtout les intrigues politiques. Il laissa donc le soin à Halleck de demeurer sur place comme chef de l’état major, le sachant bien plus à même que lui pour livrer ce genre de combat.[13] L’Armée du Potomac restait cependant sous le commandement direct de Meade mais dans les faits, la présence de Grant allait avoir pour impact inévitable de la placer sous les ordres de celui-ci. Meade jouira assurément d’une certaine latitude dans la gestion tactique de la campagne à venir mais plus celle qu’il avait pu posséder par le passé et certainement pas celle qu’un commandant d’armée devait avoir.[14]

De par sa présence sur ce théâtre, il était évident que la Virginie serait pour Grant le principal point d’attention et comme pour le reste, il échafauda un plan d’action. L’armée de Lee était installée depuis la fin de la seconde campagne de Virginie du Nord derrière la Rapidan, entre Rapidan Station et la Mine Run, soit sur une ligne défensive d’environ 30 kilomètres. Durant tout l’hiver, les confédérés avaient travaillé à renforcer leurs positions, rendant un assaut frontal par-delà la rivière presque suicidaire pour les nordistes. Dès lors, Grant arriva à la conclusion qu’il lui fallait pousser Lee à livrer bataille sur un terrain plus ouvert, en traversant la rivière en amont ou en aval de façon à se retrouver sur les flancs ou les arrières des sudistes, les forçant de la sorte à quitter leurs fortifications pour faire face à la menace qui pèserait ainsi soit sur eux, soit sur Richmond.[15]
Mais il restait encore à savoir par où faire transiter l’immense Armée du Potomac et son train d’approvisionnement non moins grand sur la rive sud de la Rapidan. Premièrement, il y avait la solution occidentale, à gauche des lignes sudistes. Cette région offrait l’avantage d’être plus ouverte, donnant la possibilité aux fédéraux d’user pleinement de leur supériorité numérique. De plus, la présence dans ce secteur de la Orange and Alexandria Railroad offrait l’avantage de disposer d’une ligne de communication vers les zones déjà contrôlées par le Nord, à condition toutefois de pouvoir la maintenir ouverte malgré les inévitables attaques dont elle serait victime. De plus, autre problème de ce plan, une telle manœuvre laisserait la voie vers Washington ouverte, l’Armée de Virginie du Nord se trouvant de la sorte entre celle du Potomac et la capitale fédérale. Grant n’osa donc pas envisager ce plan plus en avant, sachant très bien que Lincoln serait opposé à l’idée de laisser Washington exposée, et ce de surcroit après que les unités chargées de sa défense eurent été redéployées.[16]
Il restait donc à Grant la solution orientale, plus précisément dans la région se trouvant entre le confluent de la Mine Run et de la Rapidan et celui de celle-ci avec la Rappahannock. Cette solution offrait l’avantage de protéger la capitale, de permettre aux forces fédérales, installées aux alentours de Culpeper Court House et Brandy Station de réduire la distance à parcourir avant d’entrer au contact des sudistes et de fournir des lignes de communications navigables.[17] Mais un problème de taille demeurait, la Wilderness, cette dense forêt qui avait déjà couté si cher aux nordistes lors de la campagne de la Rappahannock et de la bataille de Chancellorsville qui en avait résulté un an plus tôt. Comme alors, cette région favorisait les sudistes en empêchant l’attaquant de déployer toutes ses forces en lignes de bataille et en rendant presque inutile la puissance de feu de l’artillerie. Mais pour Grant, il existait une solution à ce problème. L’Armée du Potomac devait se déplacer à grande vitesse, franchir la rivière, traverser la forêt et se retrouver de la sorte en terrain ouvert au sud de la Wilderness, prêt à menacer le flanc droit sudiste avant que ceux-ci n’aient eu le temps de réagir.[18]

Mais une fois encore, Lee fut en mesure de prédire les actions de son adversaire, comprenant qu’il allait choisir de manœuvrer sur sa droite. Le 2 mai, il réunit une grande partie de ses officiers commandants au sommet de Clark’s Mountain et leur expliqua ce qui allait se passer. Les fédéraux allaient traverser la Rappahannock à Kelly’s Ford et la Rapidan à Germana Ford, entrant de la sorte dans la Wilderness et marchant vers le sud. Lee entendait laisser les nordistes franchir la rivière avant de lâcher ses forces sur leur flanc droit alors qu’ils seraient en marche. En les frappant fort, Lee espérait les repousser par-delà la rivière, stoppant net cette nouvelle offensive fédérale et ce faisant gagnant un temps précieux.[19] Car c’était là l’objectif à plus large échelle de la Confédération, gagner du temps. En effet, Davis, conscient de l’état d’affaiblissement des forces militaires sudistes estima, à raison, que le Sud, devait se résoudre à une posture défensive et chercher à stopper les attaques fédérales dans le but de tenir le coup jusqu’aux élections présidentielles devant se tenir au Nord à la fin de l’année. Le Président confédéré et nombre de ses compatriotes espéraient que les nordistes verraient le coût de la guerre devenir trop élevé et éliraient un nouveau président, et dès lors un nouveau gouvernement favorable à la paix.[20] Mais Davis, contrairement à Lincoln, avait gardé le contrôle géostratégique de la guerre entre ses mains plutôt que de le confier à un autre, plus à même de gérer ce genre de questions. En conséquence, il n’avait pas établi de stratégie défensive pour l’ensemble des théâtres. La seule décision concrète qu’il prit fut de faire confiance à Lee lorsque celui-ci lui annonça que les renseignements qu’il avait pu assembler indiquaient qu’en Virginie, les opérations fédérales se dérouleraient en trois actions, l’une dans la vallée de la Shenandoah, l’autre contre la capitale depuis la Péninsule et la dernière contre l’Armée de Virginie du Nord par-delà la Rapidan. Encore une fois, Lee vu juste et transmit ses conseils au Président afin que celui-ci pare les menaces ainsi posées. Bien entendu, il écouta son subordonné et ordonna que les forces de Beauregard, présentes près de Charleston soient redéployées de façon à défendre Richmond et que celles de Breckinridge, positionnées dans les sud-ouest de la Virginie soient chargées de faire face à la menace nordiste dans la vallée.[21] Pour ce faire, Breckinridge reçut l’instruction de rassembler les différentes petites forces éparpillées dans la région.[22]

Les campagnes précédentes avaient laissés des traces sur les deux armées, particulièrement la bataille de Gettysburg. L’Armée du Potomac y avait vu ses 1er et 4ème corps être tellement touchés que ceux-ci avaient du être démantelé et ses unités redistribuées au sein des cinq autres corps. En plus de cela, alors que Grant s’apprêtait à déclencher son attaque contre Bragg aux abords de Chattanooga à la fin de l’année précédente, les 11ème et 12ème corps y avaient été déployés ne laissant Meade qu’avec trois corps d’infanterie, les 2ème, 5ème et 6ème et son corps de cavalerie. Le 2ème était toujours sous les ordres de Hancock avec quatre divisions, le 5ème sous celui de Warren avec quatre divisions et le 6ème sous Sedgwick avec trois divisions. A cela, il convient d’ajouter le 9ème de Burnside, fort de trois divisions, qui pour des raisons purement administratives ne se trouvait pas sous les ordres de Meade mais dépendait directement de Grant.[23] Dans les faits cependant, ce corps restera en permanence avec l’Armée du Potomac. Enfin, seul changement apporté depuis la campagne précédente, la cavalerie fédérale ne se trouvait plus sous les ordres de Pleasonton mais sous ceux du général Philip Henry Sheridan, un proche de Grant que celui-ci fit venir de l’ouest. En effet, Grant se montra très critique envers la gestion de la cavalerie jusqu’alors sur le théâtre de Virginie et voulait amener un commandant plus offensif à ce poste. La cavalerie se composait toujours de trois divisions. Au total, l’Armée du Potomac comptait approximativement 120 000 hommes.[24]

De l’autre côté, l’Armée de Virginie du Nord avait elle aussi subit les coûts des campagnes précédentes et comme l’armée de Meade, avait été amputée d’une grande partie de ses forces lorsque Longstreet partit avec le 1er corps pour l’Ouest et la campagne de Bragg à Chickamauga et Chattanooga. Mais alors qu’une nouvelle menace planait en Virginie depuis le début de l’année 1864, Lee obtint de Davis que ce corps soit ramené sous son commandement. Dès lors, l’Armée de Virginie du Nord comptait trois corps, respectivement sous Longstreet, avec deux divisions, Ewell et A.P. Hill, ces deux derniers comptant trois divisions. Ajouter à cela les trois divisions de cavalerie du corps de Stuart et Lee comptait dans ses rangs environ 61 000 hommes, soit la moitié de l’armée se trouvant juste en face, sur la rive nord de la Rapidan.[25]

Un problème de taille attendait seulement les deux camps. A l’entame de la guerre, le Nord comme le Sud avaient établi des contrats d’engagement de trois ans pour les volontaires prenant les armes or, comme une nouvelle campagne devait s’engager, ces contrats devaient eux arriver à expiration. Mais ces hommes étaient ceux qui avaient fait toutes les campagnes, c’étaient les vétérans, des hommes expérimentés dont personne ne voulait se passer pour les actions à venir. Au Nord, la décision fut prise de chercher à favoriser leur réenrôlement en mettant en place une politique incitative comprenant plusieurs avantages, aussi bien financiers que faisant appel à la fierté de ces hommes: primes, droit de porter un chevron spécial, permission de trente jours et la possibilité pour les régiments dans lesquels plus des trois quart des membres resignaient de ne pas être dissout.[26] Au total, près de 130 000 hommes se réengagèrent mais au sein de l’Armée du Potomac, ils ne furent qu’un peu plus de 26 000. Environ autant firent le choix de retourner à la vie civile, laissant le problème de leur remplacement par des unités inexpérimentées.[27] Au sein de toutes les forces de l’Union, ce furent au final 100 000 hommes qui rentrèrent chez eux.[28]
Au sud, le même problème rencontra une issue très différente. Le congrès confédéré avait prévu de passer une loi prolongeant l’engagement des vétérans arrivant au terme de leur contrat mais dans la grande majorité des cas, ceux-ci précédèrent leurs dirigeants en resignant avant même la fin de leur période.[29] Cette différence de comportement entre les soldats nordistes et sudistes pouvant être expliquée par la perception que ces derniers avaient de leur lutte, ils se battaient pour leur indépendance et ce sur leur propre terre, soit un incitatif majeur pour convaincre ces hommes de continuer le combat.

C’est finalement un peu après minuit, le 4 mai, que les cavaliers de Sheridan, respectivement les divisions de généraux David McMurtrie Gregg et James Harrison Wilson, franchirent Ely’s et Germana Ford afin d’ouvrir la voie aux forces fédérales, Grant venait de lancer sa campagne en faisant traverser la Rapidan à l’Armée du Potomac. Dans le même temps, les ingénieurs fédéraux établirent des pontons près de ces deux gués et à Culpeper Mine Run.[30] Derrière la cavalerie, suivait l’infanterie. Le 2ème corps de Hancock traversa à Ely’s Ford avant d’effectuer une première halte près de Chancellorsville, le 5ème de Warren passa lui par Germana Ford en prenant la Germana Plank Road et s’arrêta à Wilderness Tavern, au croisement avec la Orange Turnpike. Enfin, le 6ème corps de Sedgwick fermait la marche en suivant la même route que Warren. Bien qu’allant à l’encontre d’une progression rapide hors de la forêt, la décision de faire une halte fut rendue nécessaire par la nécessité d’attendre les pièces d’artillerie et le train d’approvisionnement dont la traversée de la Rapidan s’avéra plus lente que prévu dans le plan du général Andrew Atkinson Humphreys, le chef d’état major de Meade qui fut en charge de la planification du passage de la rivière.[31]
Jusque là, à cette exception près, tout se passa bien pour les fédéraux dont les troupes avaient passé la rivière sans rencontrer d’opposition de la part des confédérés.[32] Confiant, Grant fit prévenir Burnside de quitter Rappahannock Station pour passer la Rapidan à Germana Ford au plus vite. Mais la progression fédérale n’était pas finie, les autres corps devaient encore se frayer un chemin hors de la forêt. Hancock devait poursuivre vers le sud-ouest, vers Todd’s Tavern, puis passer sur la Catharpin Road vers Shady Grove Church et mettre son corps en ligne de façon à ce que son flanc droit fasse sa jonction avec le corps de Warren à Parker’s Store. Enfin, Sedgwick devait pour sa part atteindre Wilderness Tavern, se plaçant lui-même à la droite de Warren. Ce faisant, l’Armée du Potomac établirait une ligne défensive faisant face à l’ouest, direction depuis laquelle Lee risquait d’arriver. Pour le début d’après-midi du 5 mai, les unités fédérales devaient être en position et être prêtes à poursuivre leur route dès le lendemain matin pour enfin être en terrain découvert, hors de la Wilderness.[33] En choisissant un tel dispositif, Grant entendait servir un double intérêt. D’une part s’assurer que les trois corps seraient en permanence suffisamment proche les uns des autres pour se soutenir en cas de problème et d’autre part couvrir toutes les routes par lesquelles Lee ou lui même pouvaient éventuellement se porter à l’attaque, la Orange Turnpike, la Orange Plank Road et la Shady Grove Church Road. Grant se prépara donc à cette éventualité quand bien même il s’attendait à ce que Lee se replie vers le sud pour établir une nouvelle ligne défensive.[34] Signe qu’il ne pensait pas à voir Lee venir à lui, il autorisa Sheridan à préparer un raid. Celui-ci avait espéré trouver les cavaliers sudistes de Stuart sur la rive sud de la Rapidan et fut déçu d’apprendre qu’ils se trouvaient près de Fredericksburg. Il demanda donc à Grant l’autorisation de prendre une partie de ses troupes pour aller leur livrer bataille. Grant et Meade acceptèrent et Sheridan s’apprêta à partir avec deux de ses trois divisions vers l’est pour y rencontrer les cavaliers de Stuart dès le lendemain même si cela voulait dire que l’Armée du Potomac n’avait plus à sa disposition qu’une seule division de cavalerie pour reconnaitre les positions et mouvements d’éventuelles forces confédérées qui s’approcheraient.[35] Sheridan prit avec lui dans un premier temps la division de Gregg et fut rejoint par celle du général Alfred Thomas Archimedes Torbert plus tard, laissant avec l’infanterie celle de Wilson et ce alors que Stuart n’était déjà plus là où Sheridan le pensait.

Depuis la hauteur de Clark’s Mountain, la manœuvre des forces fédérales n’échappa pas aux sudistes et conformément à son plan, Lee les laissa s’enfoncer dans la Wilderness avant de lancer ses troupes à l’attaque. Ewell reçu pour instructions de mettre son corps en mouvement sur la Orange Turnpike, vers l’est, alors que celles de Hill lui ordonnait d’en faire de même sur la Orange Plank Road, parallèlement à Ewell. Seule ombre au tableau de la contre-attaque sudiste, le corps de Longstreet avait une plus grande distance à parcourir avant de pouvoir se joindre aux combats.[36] Lorsque celui-ci avait été réassigné à l’Armée de Virginie du Nord, Lee avait décidé de le positionner aux abords de Gordonsville dans l’éventualité où Grant aurait choisit de franchir la Rapidan en amont des positions confédérées.[37] Dans le même ordre d’idée, Hill ne disposait que de deux de ses trois divisions, celle d’Anderson ayant été laissée à Orange pour garder le passage de Rapidan Station.
Ewell, dont la distance à parcourir était la plus courte, devait adapter sa vitesse de progression à celle de Hill afin que les deux corps frappent les fédéraux de façon coordonnée. Pendant ce temps, Longstreet devait lui arriver au plus vite et venir attaquer les fédéraux sur leur gauche. Dès le matin du 4 mai, aux alentours de 9 heure, les différents corps sudistes commencèrent leur progression et s’arrêtèrent à la tombée de la nuit. Ewell stoppa à Locust Grove, Hill aux alentours de Verdiersville et Longstreet à Brock’s Bridge sur la North Anna.[38] Pour sa part, Stuart, une fois informé de l’offensive fédérale, décida de faire faire demi-tour à ses cavaliers afin de venir se placer sur la droite de la ligne confédérée pour en protéger le flanc et se trouver en bonne position pour pouvoir reconnaitre les positions fédérales dès le lendemain. Il ne laissa que quelques troupes à Fitzhugh Lee au sud de Fredericksburg.[39]

Jusqu’ici, tout se passait donc bien pour les sudistes également. Le plan de Lee prévoyait de laisser les fédéraux entrer dans la Wilderness pour les y frapper de plein fouet et ceux-ci s’y trouvaient. Ewell et Hill devaient engager le combat dès le lendemain pour les y fixer et Longstreet, qui n’était plus qu’à une journée de marche viendrait comme prévu sur leur gauche et leur asséner un coup potentiellement aussi puissant que celui de Jackson un an plus tôt dans cette même forêt, poussant Grant à refranchir la Rapidan.[40]

Figure 70: Mouvement des deux armées vers la Wilderness le 4 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Overland Campaign, Movement to the Wilderness, May 4, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Tôt au matin du 5 mai, les cavaliers sudistes de Stuart et nordistes de Wilson échangèrent quelques coups de feu un peu à l’est de Verdiersville, près de Parker’s Store, le long de la Orange Plank Road. Cette petite escarmouche déclencha la bataille de la Wilderness, mais surtout servit de sonnerie d’avertissement pour les forces fédérales de l’arrivée des sudistes.[41] A peu près au même moment, les forces de la division du général Charles Griffin du corps de Warren entamèrent une progression vers l’ouest sur la Orange Turnpike, soit dans la direction d’Ewell pour protéger le flanc du 5ème corps alors qu’il devait manœuvrer vers le sud.[42] Pendant ce temps, Hill progressait toujours comme prévu mais en ayant perdu le contact avec les troupes de Ewell en raison d’un écartement entre les deux routes au moment où celles-ci entraient dans la forêt. La conséquence de cela était donc que Ewell ne pourrait disposer du soutien de Hill face à Warren alors que Lee voulait éviter que la bataille devienne trop intense tant que Longstreet n’était pas arrivé.[43] Ewell donna des instructions allant en ce sens à ses commandants de divisions, mais la bataille allait éclater malgré tout.

Vers 7 heure, Griffin signala la présence de Ewell face à lui et fit remonter l’information vers Meade qui ordonna à Warren de se lancer à l’attaque avec l’ensemble de son corps. Comprenant que les sudistes devaient également venir par la deuxième route, il fit prévenir Hancock, qui après avoir remis son corps en marche tôt le matin arrivait comme prévu aux abords de Todd’s Tavern, de remonter vers le Nord sur la Brock Road.[44] Ewell, une fois les forces fédérales en vue, fit placer deux divisions de part et d’autre de la route, Johnson à gauche et Rodes à droite et celle de Early en soutien. Tous avaient pour instructions de se replier lentement si la pression fédérale augmentait. Warren, de son côté, cherchait à attaquer avec tout ce qu’il avait, mais la densité de la forêt ralentit considérablement ses efforts et à l’approche de midi, il dut se résoudre à attaquer avec les unités ayant pris leur position, soit la division de Griffin et une partie de celle de Wadsworth sur la gauche du premier alors que Crawford cherchait toujours à se frayer un chemin pour se joindre au flanc gauche de Wadsworth et que la division du général John Cleveland Robinson était en soutien des deux premiers.[45]
Vers midi, Griffin entra en contact avec une brigade avancée de Johnson aux abords de Saunders Field et la repoussa, causant une désorganisation dans la division sudiste, juste avant que Early ne contre-attaque et repousse les fédéraux. Au même moment, Wadsworth fit de même contre Rodes et là ce fut le général John Brown Gordon, de la division d’Early, qui se chargea de repousser les nordistes qui se replièrent dans la confusion.[46]
Vers 3 heure, Ewell, ayant repoussé les attaques fédérales, maintint ses divisions en place alors que Warren, assez durement touché, en fit de même. Une fois les fédéraux repoussés, les combats dans ce secteur perdirent en intensité mais ne cessèrent pas avant la fin de la journée.[47] Ce furent les troupes du 6ème corps de Sedgwick qui avancèrent alors sur celles d’Ewell en tentant d’en contourner le flanc gauche mais se heurtèrent à la division de Early avec laquelle ils échangèrent de sporadiques combats jusqu’au soir.

Alors que les combats entre Ewell et Warren cessaient progressivement, Hill entama lui aussi un engagement contre les fédéraux sur la Orange Plank Road. Sachant une partie des forces nordistes plus au sud, Hill voulu prendre l’intersection de la Brock Road et de la Plank Road afin d’isoler le corps de Hancock du reste de l’Armée du Potomac. Comprenant le danger, Meade chercha à y déployer des forces, mais avec Hancock trop loin, Warren occupé contre Ewell, seules restaient les forces de Sedgwick qui avaient tout même encore besoin de temps pour arriver sur les lieux. Dans un premier temps, avant que la division de tête de Sedgwick, celle du général George William Getty, arrive sur place vers 3 heure, ce fut le 5ème régiment de cavalerie de New York qui ralentit les sudistes de façon in extremis.[48] Lorsqu’il arriva sur place, Getty fit déployer sa propre garde rapprochée afin de duper les sudistes en leur faisant croire qu’une force plus importante occupait le carrefour, le temps de gagner suffisamment de temps pour ses fantassins d’arriver.[49] Une fois Hancock arrivé, aux alentours de 4 heure, il opta pour l’offensive mais ici encore la Wilderness ralentit les efforts fédéraux en les empêchant d’aligner correctement les différentes divisions pour l’attaque. Celle-ci devait être menée par la division de Getty, sensée être soutenue à droite par celle du général David Bell Birney et à gauche par celle du général Gershom Mott. Le général John Gibbon devant se trouver en réserve. Enfin, afin de protéger ses arrières d’une éventuellement arrivée de Longstreet, Hancock laissa le général Francis Channing Barlow sur la Brock Road.
Une fois l’attaque lancée, à peu près au moment où les combats perdaient en intensité au nord, vers 15h30, elle fut décousue, la coordination des forces fédérales étant rendue difficile par la densité de la végétation. Hill, largement inférieur en nombre, fut forcé à se replier en certains points.[50] Au fur et à mesure des combats, Hancock fut en mesure d’aligner de plus en plus d’hommes face aux fédéraux mais sans pouvoir renverser Hill qui tint bon. De plus, la baisse d’intensité des combats au Nord permit à Meade de déployer la division de Wadsworth afin de l’envoyer frapper la gauche de Hill mais celui-ci ne fut pas en mesure de le faire avant l’arrivée de la nuit.[51] Les combats cessèrent finalement avec l’arrivée de celle-ci et Lee fut soulagé de voir que sa ligne avait tenu. Le reste du corps de Sedgwick arriva progressivement au cours de l’après midi et, après quelques combats avec le corps de Ewell, commença à se placer dans le but de pouvoir participer à l’attaque du lendemain que Grant prévoyait également de son côté, alors que celui de Burnside se mit également en chemin.
La nuit fut moralement difficile pour beaucoup des hommes ayant combattu en ce jour. D’une part parce qu’ils eurent à passer la nuit à l’endroit même où ils se trouvaient lorsque l’obscurité mit fin aux combats, sans aucune forme de confort, et d’autre part parce qu’ils eurent à endurer les cris des blessés abandonnés entre les lignes durant les affrontements et qui furent pris dans les feux déclenchés par la sécheresse et les combats.

Un premier enseignement majeur sorti de cette première journée de bataille. Le plan initial de Grant prévoyait de sortir au plus vite de la forêt mais une fois informé de l’arrivée du corps de Ewell et Hill, il n’hésita pas à changer ses plans pour se lancer sans ménagement dans le combat. Cela démontra qu’il était bien décidé à livrer une campagne dont le but était de frapper durement l’Armée de Virginie du Nord, quel qu’en soit le prix et pas une campagne de manœuvre.[52]
Au terme de cette première journée de la bataille, les deux camps avaient des raisons d’être satisfait de l’engagement. Côté nordiste, les fédéraux avaient été en mesure de défendre les deux carrefours clés dont ils avaient besoin pour poursuivre leur route vers la sortie de la forêt même si celle-ci avait déjà causé ses premiers effets en les gênant lors de leurs attaques. Mais surtout, ils s’étaient mis en position pour lancer une offensive majeure dès le lendemain.
Côté sudiste, les confédérés, bien que n’ayant pas pu prendre ces carrefours qui leur auraient permis de scinder l’Armée du Potomac, avaient tout de même pu maintenir les fédéraux dans la forêt où, avec l’arrivée du corps de Longstreet, ils pourraient les frapper au deuxième jour.[53]
Grant prévoyait de concentrer ses principaux efforts sur la droite confédérée, contre le corps de Hill avec les troupes de Hancock renforcées des divisions de Wadsworth et Getty et soutenue par le corps de Burnside une fois celui-ci arrivé dans la matinée – à l’exception d’une division laissée à Germana Ford – qui devait se jeter sur le flanc gauche de Hill. Pendant ce temps, Sedgwick et Warren devraient tenir Ewell occupé afin de l’empêcher de renforcer Hill. Grant n’oubliait pas la présence possible de Longstreet, aussi il informa Hancock de rester attentif.[54]
De l’autre côté, Lee comptait frapper dans le même secteur. Il informa Longstreet de venir se placer derrière Hill et celui-ci devait se déplacer vers le nord pour faire sa jonction avec Ewell et fermer la brèche entre les deux corps. Une fois en place, Longstreet mènerait l’attaque sur la gauche fédérale avec ses deux divisions et celle d’Anderson pendant que les deux autres corps attaqueraient également les troupes présentes face à eux.[55]

Figure 71: Actions du premier jour de la bataille de la Wilderness

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Source: JESPEREN Hal, Battle of the Wilderness, Actions May 5, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le 6 mai à 5 heure du matin, les forces fédérales entamèrent les hostilités. Grant déclencha son offensive tôt le matin afin d’être sûr de ne pas laisser à Lee la moindre chance de saisir l’initiative. Hancock fut le premier à frapper contre les divisions de Hill, celles de Heth et du général Cadmus Marcelus Wilcox, avec le soutien de la division de Wadsworth du corps de Warren qui frappa sur le flanc gauche sudiste depuis le nord. Le résultat de l’attaque fédérale se fit très vite sentir et les sudistes se replièrent mais sans céder, reculant progressivement.[56] C’est à ce moment là que la décision de Hill, la veille au soir, de laisser ses hommes se reposer là où ils s’étaient arrêtés sans se repositionner pour occuper un emplacement plus facilement défendable et sans fortifier quelque peu celui-ci, prit toute son importance. Une fois l’attaque fédérale lancée, les sudistes n’étaient absolument pas dans les meilleures conditions pour y faire face et cela accéléra leur retraite. Heureusement pour eux, la pression fédérale n’était pas encore trop importante et ce qui aurait pu être une déroute fut plutôt un repli maitrisé. La raison de cela est à trouver dans la volonté de Hancock de ne pas perdre de temps comme la veille pour déployer ses forces en une seule ligne et d’opter pour une formation en profondeur, sur trois lignes avec pour conséquence de ne pouvoir user de sa supériorité numérique. Seul avantage, ce dispositif lui permettait de remplacer rapidement les unités épuisées.[57] Aussi lente soit-elle, la progression fédérale menaçait l’ensemble de l’Armée de Virginie du Nord. Les forces de Hancock approchaient de Tapp Farm, au croisement de la Orange Plank Road et de la Parker’s Store Road.[58] La prise de ce carrefour clé serait un coup dur pour les sudistes car elle permettrait de réaliser une coupure entre les corps de Hill et Ewell, menaçant de les détruire séparément.[59]

Alors que les hommes du 2ème corps cherchaient à donner le coup de grâce à Hill, Hancock était de plus en plus énervé de ne pas voir apparaitre les troupes de Burnside. Le plan initial prévoyait en effet que celui-ci se joigne à l’attaque en passant dans l’espace entre les deux corps sudistes pour frapper Hill sur son flanc gauche, et ce avec plus de force que les troupes épuisées des combats de la veille de Wadsworth ne pouvaient le faire. Mais Burnside se perdit en chemin et passa finalement la majeure partie de la journée à faire errer son corps dans les bois de la Wilderness sans parvenir à trouver les sudistes et à les engager.[60]

La situation devenait critique pour Lee qui, vers 8 heure, fit évacuer ses wagons d’approvisionnement et devait gagner du temps pour défendre Tapp Farm et le carrefour avoisinant en attendant les renforts du corps de Longstreet sans quoi son armée faisait face au péril d’une possible destruction. Vers 9 heure, cette chance lui fut offerte par un bataillon d’artillerie qui profita de la clairière entourant la ferme pour infliger de lourdes pertes aux fédéraux et à les forcer à s’arrêter pour reformer leurs lignes.[61] C’est exactement le moment que choisit Longstreet pour faire son apparition. Celui-ci déploya la division du général Joseph Brevord Kershaw au sud de la Orange Plank Road et celle du général Charles William Field au nord. Les combats continuèrent pendant une heure, mais vers 10 heure, les hommes de Longstreet parvinrent à mettre une halte à l’offensive fédérale.[62] Une fois celle-ci stoppée et Longstreet installé face à Hancock, Lee fit redéployé le corps de Hill dans l’espace entre les deux corps et fit ainsi sa jonction avec les troupes de Ewell, comme il l’avait prévu depuis la veille.

Pendant que l’action principale se déroulait au sud, les troupes de Ewell étaient elles aussi attaquées par les corps de Sedgwick et Warren mais, mieux retranchés et soumis à une pression beaucoup moins forte, les sudistes ne cédèrent pas un pouce de terrain et repoussèrent leurs assaillants tout au long de la journée. Ce n’était de toute façon pas là l’objectif de Grant. Celui-ci n’avait en effet prévu les attaques des 5ème et 6ème corps que dans le but d’empêcher Ewell de déployer des renforts au sud pour aider Hill qui était la cible principale.[63]

Hancock arrêté, l’initiative pouvait maintenant être prise par les sudistes. Depuis la veille au soir, Lee n’avait attendu qu’une chose, l’arrivée de Longstreet pour déclencher une attaque contre l’Armée du Potomac et cette option s’offrait maintenant à lui. Les forces confédérées étaient maintenant toutes réunies en une seule ligne solidement retranchée – Hill ayant bien compris qu’il ne lui fallait pas recommettre la même erreur que la veille. De l’autre côté, la situation des nordistes était elle bien moins sécurisée. Premièrement l’incapacité de Burnside à faire sa jonction avec le corps de Hancock laissait un vaste espace entre ce dernier et les deux autres corps plus au nord, ceux de Warren et Sedgwick, en plus de laisser la division de Wadsworth exposée et être décimée par les hommes de Longstreet. Deuxièmement, aucun des deux flancs de l’Armée du Potomac n’étaient solidement retranchés, une situation qui avait déjà couté cher aux fédéraux dans cette même forêt un an plus tôt.[64]

Depuis la veille, Hancock avait maintenu la division de Barlow sur la Brock Road afin de prévenir une attaque de flanc de Longstreet. Mais maintenant que celui-ci était apparu ailleurs, il n’avait pas pris la décision de la déplacer, pensant la division de Pickett présente quelque part dans les environs alors que celle-ci se trouvait en réalité aux abords de Richmond. Cette conviction des fédéraux fut renforcée lorsque les cavaliers de Wilson et Stuart s’affrontèrent bruyamment au croisement de la Brock Road et de la Catharpin Road avec pour conséquence que Barlow, s’attendant à être attaquée par une importante force, demanda à Hancock de lui fournir des renforts, ce qu’il fit en lui faisant parvenir deux brigades. Finalement, Wilson ne livra qu’une escarmouche sans succès, ne parvenant pas à percer l’écran que les cavaliers sudistes exerçaient sur les préparatifs en cours du côté de Longstreet.[65] Cet épisode, bien que peu important, fut le plus notable des nombreux accrochages ayant opposé les cavaliers des deux camps, chacun essayant tour à tour de percer, sans succès, l’écran de l’adversaire. De plus, notons que la majorité de la cavalerie fédérale ne joua aucun rôle dans la bataille car emmenée vers l’est par Sheridan dans un raid inutile.
Une fois encore, la connaissance du terrain dont disposait les confédérés allait être mise à profit pour déclencher une attaque dévastatrice. Les combats de la journée avait amené Hancock vers l’avant, de sorte que Barlow protégeait le flanc gauche contre toute force venant de la Brock Road mais sans plus, le reste étant ouvert et Longstreet allait l’exploiter grâce à la découverte par le général Martin Luther Smith, l’ingénieur en chef de l’armée sudiste, du remblais d’une voie ferrée inachevée et n’apparaissant pas sur les cartes des belligérants derrière laquelle une partie des forces de Longstreet, quatre brigades commandées par le lieutenant colonel Gilbert Moxley Sorrel, manœuvrèrent à l’abri des regards pour venir se placer sur le flanc de Hancock, là où Barlow n’était d’aucune utilité.[66]

Figure 72: Actions du deuxième jour de la bataille de la Wilderness jusqu’au déclenchement de l’attaque de Sorrel

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Source: HOGAN David W. Jr., The Overland Campaign. Washington, DC: United States Army Center of Military History, 2014, pp. 24-25.

L’assaut fut déclenché à 11 heure et très vite, prise par surprise sur leur flanc, les forces fédérales se replièrent devant la vague sudiste et durent reculer – quoi qu’en bon ordre –  jusqu’à la Brock Road. Une fois arrivé à ce point, vers 14 heure, l’attaque confédérée commença à s’essouffler et les fédéraux à se réorganiser pour faire face à un nouvel assaut.[67] C’est à ce moment là que le sort frappa les confédérés de plein fouet.[68] Comme Jackson dans cette même forêt un an plus tôt, Longstreet venait de conduire une attaque de flanc surprise et désarçonnante contre les fédéraux et comme Jackson, Longstreet fut atteint par les balles de ses propres hommes dans la confusion de la bataille.[69] Lee décida de prendre lui-même le commandement des troupes de Longstreet et une fois celle-ci réorganisée de lancer une nouvelle attaque contre les forces de Hancock, avec pour objectif l’intersection des Brock et Plank Road afin de créer une brèche dans la ligne fédérale.[70]
Finalement déclenchée vers 16h30, presque trois heures après que l’attaque de Longstreet s’essouffla, et alors qu’un incendie touchait une partie des positions fédérales, cette nouvelle attaque se heurta aux défenses nordistes établies le long de la route depuis la veille et renforcée pendant le répit imposé par la réorganisation des troupes sudistes et ne put aller plus loin, la nuit mettant un terme aux intenses combats de la journée dans ce secteur.[71]
En fin d’après midi, Burnside parvint enfin à s’orienter et vint placer son corps dans l’espace au milieu de la ligne nordiste, face aux nouvelles positions de Hill qu’il attaqua fébrilement alors que l’attaque de Longstreet était en cours avant d’être aisément repoussé.[72]

Mais alors que l’activité s’estompait progressivement à une extrémité de la ligne, elle devait réapparaitre à l’autre. Au cours de la journée les corps de Sedgwick et Warren avaient attaqué Ewell dans le but de le maintenir en place, incapable de soutenir Hill mis sous pression par Hancock. Mais, trop sûr de ne pas être attaqué, que Ewell allait rester à l’abri de ses défenses, Sedgwick, qui tenait l’extrême droite de la ligne fédérale n’avait pas prit la peine de fortifier son flanc. Cela n’échappa pas aux éclaireurs de Gordon qui, dès le début de l’après midi chercha à obtenir l’autorisation de Early et Ewell de lancer une attaque en ce point. Initialement positionné à la droite de la ligne de Ewell, Gordon avait le matin même été ramené à l’extrême gauche afin d’être réunit avec le reste de la division de Early. Jusqu’ici ces derniers avaient refusé, craignant que Burnside, dont les sudistes ignoraient à ce moment la position – tout comme les nordistes -, n’apparaisse alors et saisisse l’opportunité de frapper une proie facile.[73] Mais à la fin de la journée, avec la position de Burnside connue, au centre de la ligne fédérale, plus rien ne s’opposait à l’attaque de Gordon, surtout lorsque Lee lui-même vint au quartier général de Ewell pour voir si une telle chose était possible.

Vers 18 heure, Gordon pu enfin lâcher ses forces et celles de la brigade du général Robert Daniel Johnston sur le flanc de Sedgwick et parvint à les faire reculer sur un peu plus d’un kilomètre, atteignant même les abords de la Germana Plank Road, infligeant des pertes substantielles aux fédéraux et semant un début de panique au quartier général de Grant, à Lacy Meadow, que celui-ci s’empressa de dissiper, survivant de la sorte à ce qui avait emporté Hooker lors de la bataille de Chancellorsville. Cependant, trop peu soutenue et trop tardive, l’attaque de Gordon ne put enfoncer la ligne fédérale de façon décisive et vers 19 heure Sedgwick fut en mesure de reformer une nouvelle ligne un peu plus loin, parallèlement à la Orange Turnpike et en travers de la Germana Plank Road et mit ainsi un terme à cette seconde manœuvre de flanc des confédérés.[74]

L’attaque de Gordon démontra tout de même un point important, l’Armée de Virginie du Nord venait de manquer une opportunité de détruire celle du Potomac ou à tout le moins de lui porter un coup majeur. En effet, si elle avait été lancée plus tôt, en concomitance avec celle de Longstreet à l’autre extrémité de la ligne, l’impact pour les forces nordistes, enfoncées sur leurs deux flancs aurait été potentiellement dévastateur. Bien sûr rien ne dit que cela aurait pu mener à l’anéantissement de l’Armée du Potomac, c’est là un scénario extrême, mais il est certain que celle-ci aurait été beaucoup plus lourdement frappée qu’elle ne le fut, laissant ouvert un grand champ des possibles sur ce qu’aurait pu être la suite de la campagne. Les causes de cette occasion manquée sont à chercher dans l’organisation même de l’Armée de Virginie du Nord, plus que jamais devenue dépendante de son commandant en chef, Lee. A l’époque où celui-ci pouvait compter sur deux lieutenants compétents pour le seconder, Jackson et Longstreet, l’armée de Lee ne manquait pas ce genre d’opportunité. Mais en ce jour, Lee dut, jusqu’à l’arrivée salvatrice de Longstreet, compter sur Hill et Ewell. Le premier en grande difficulté, Lee fut contraint de concentrer son attention sur celui-ci, laissant Ewell avec une forte autonomie et bien qu’il fit, au cours de la bataille, tout ce qui lui avait été demandé, il se montra incapable d’en faire plus, incapable de s’apercevoir qu’une opportunité existait et de la saisir. Indubitablement, ni Lee, ni Longstreet, ni Jackson n’aurait manqué pareille chance, mais aucun des trois n’était présent. Le temps et les affres de la guerre commençaient à faire sentir leur poids sur l’Armée de Virginie du Nord et cela allait empirer au cours du reste de la campagne, la perte de Longstreet étant un coup terrible de plus.

Figure 73: Actions du deuxième jour de la bataille de la Wilderness en fin de journée

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Source: JESPEREN Hal, Battle of the Wilderness, Actions 2-6PM, May 6, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

La première journée de la bataille, celle du 5 mai, avait été marquée par les manœuvres et les violents combats emplis de confusion qui posèrent le décor pour la seconde journée, lors de laquelle les deux camps prévoyait de frapper l’adversaire. Le 6 mai, les deux belligérants saisirent tour à tour l’initiative et lancèrent des attaques dévastatrices contre l’adversaire, les nordistes d’abord et les sudistes ensuite, sans qu’aucun ne put prendre un avantage décisif car une fois la journée arrivée à son terme, les positions des deux camps n’avait que très peu bougé par rapport à celle du matin. La seule différence était qu’elles étaient maintenant bien mieux retranchées.
Au total les pertes de la bataille de la Wilderness s’élevaient à environ 17 000 hommes pour le Nord contre environ 10 000 pour le Sud.[75]

La Wilderness était une victoire tactique pour Lee, il avait réussi à bloquer l’Armée du Potomac tout en lui infligeant plus de pertes, la forçant à livrer bataille sur le terrain qu’il avait choisi. Mais le commandant sudiste n’avait pourtant aucune raison de jubiler, il avait bien compris que Grant n’en resterait pas là et que les effets de cette victoire ne se ferait pas sentir au plan stratégique, c’est-à-dire à l’échelle de la campagne. Et justement, de son côté Grant était bien conscient qu’il n’avait pas gagné la bataille et qu’il ne pouvait pas espérer réattaquer la ligne sudiste, bien retranchée. Cependant, pour le commandant nordiste, cela ne représentait pas un problème, il n’avait jamais espérer détruire l’Armée de Virginie du Nord en une seule bataille mais bien de lui livrer une campagne harassante, émaillée de plusieurs batailles acharnées devant mener les sudistes à l’épuisement et la Wilderness ne devait être que la première d’une longue liste.[76] D’ailleurs, les nordistes avaient réussi à maintenir leur contrôle sur la Brock Road, la route menant droit vers le sud, vers la sortie de la forêt et Richmond, la voie restait donc ouverte pour Grant qui pouvait poursuivre son plan.

Durant la journée du 7 mai, alors que les deux armées se faisaient face sans qu’aucun n’ose monter à l’assaut des positions adverses, Grant décida de préparer un nouveau plan. Le général nordiste choisi de saisir l’initiative stratégique en faisant faire un vaste mouvement de flanc à son armée, la faisant manœuvrer sur la droite des sudistes afin d’aller prendre possession de la petite ville de Spotsylvania, située à environ vingt kilomètres, et surtout de son carrefour majeur qui permettrait de couper la route de Richmond à l’Armée de Virginie du Nord et forcerait Lee à l’attaquer afin de rouvrir la route de la capitale, conférant de la sorte aux nordistes l’avantage de la défense qui, couplé à leur supériorité numérique pourrait être fatal aux confédérés. Pour ce faire, Grant disposait d’un avantage majeur, le contrôle des routes de la Wilderness menant vers le sud que Hancock était parvenu à préserver lors des combats du 6 mai.[77]

Le plan de Grant prévoyait que les cavaliers de Gregg et Torbert ouvrent la route dès le soir du 7 mai en prenant le contrôle des intersections clés de la Brock Road et de la Catharpin Road près de Todd’s Tavern et du Corbin’s Bridge, le pont enjambant la Po River sur la Catharpin Road entre Todd’s Tavern et Shady Grove Church.[78] De la sorte, la cavalerie devait s’assurer de maintenir la route ouverte pour le 5ème corps de Warren qui devait se désengager de ses positions à la faveur de la nuit tombée, vers 20 heure, passer derrière le corps de Hancock et être la première force d’infanterie de la manœuvre fédérale. L’objectif étant donc de saisir Spotsylvania avant les sudistes et tenir la position jusqu’à l’arrivée des autres corps qui lui emboiteraient le pas. Le 2ème corps devait lui aussi venir par la Brock Road tandis que les 6ème et 9ème devait utiliser respectivement la Orange Turnpike et la Orange Plank Road jusqu’à Chancellorsville avant de prendre la Catharpin Road en passant par Alrich et Piney Branch Church avant d’atteindre la Brock Road à Todd’s Tavern et de suivre la route jusqu’à Spotsylvania.[79] Cette seconde colonne devait être précédée par la division de cavalerie de Wilson.[80]

Maintenant habitués à devoir se replier derrière une rivière après chaque défaite tactique infligée par Lee, les hommes de l’Armée du Potomac s’attendait à ce que le scénario se répète une fois l’ordre de lever le camp reçu. Comme ses prédécesseurs, Grant avait vu son offensive être stoppée et il ne semblait il n’y avoir aucune autre issue possible pour eux. Ainsi, lorsqu’ils se rendirent compte que Grant les emmenait vers le sud, plutôt que de franchir la Rapidan ou la Rappahannock, la joie s’empara des fédéraux et progressa tel une vague le long des colonnes, la rumeur se répandant. Pour la première fois, un commandant de l’Armée du Potomac ne s’avouait pas vaincu après une seule défaite. Pour la première fois un commandant de l’Armée du Potomac avait foi en la valeur combative de ses hommes et cela les emplis de joie. Afin de dissimuler au maximum la manœuvre en cours, Grant eut même à donner des instructions pour faire cesser les chants et les cris.[81]

Dans la soirée du 7 mai, les cavaliers fédéraux prirent comme prévu Corbin’s Bridge et Todd’s Tavern après avoir chassé rapidement les cavaliers sudistes mais plutôt que de poursuivre leur progression vers le sud, s’arrêtèrent là pour la nuit. La conséquence de cela fut que le 5ème corps, une fois arrivé à Todd’s Tavern fut considérablement ralenti dans sa progression, et ce alors qu’à ce même moment Lee, toujours aussi à même d’anticiper les actions de ses adversaires, avait commencé à contrer la manœuvre fédérale.[82] Une autre conséquence de cette décision de la cavalerie fédérale émergea. Lorsque Meade arriva à Todd’s Tavern vers minuit et s’aperçu de la situation, il en fut très énervé et n’hésita pas à le faire savoir à Sheridan après avoir ordonné à Gregg et au général Wesley Merrit – qui avait pris le commandement des troupes de Torbert, celui-ci étant malade – de se remettre en route respectivement vers Corbin’s Bridge et Block House d’où ils pourraient bloquer les sudistes venant de Shady Grove Church. Meade envoya également la division de Wilson prendre possession de Spotsylvania.

Dans la soirée du 8 mai, une dispute virulente éclata entre les deux hommes dont les vues sur le rôle de la cavalerie divergeaient complètement, Meade estimant qu’elle devait être les yeux de l’infanterie en protégeant la progression de celle-ci et en éclairant les positions adverses et la nature du terrain alors que l’autre pensait qu’elle devait être une force d’attaque à grande mobilité. Cette discussion, plus qu’animée, força Grant à trancher et il le fit en faveur de Sheridan en l’autorisant à lancer un raid avec l’ensemble de la cavalerie de l’Armée du Potomac dans le but de détruire la cavalerie confédérée mais causant de la sorte un problème majeur, l’infanterie ne disposerait plus dans les jours à venir des précieux renseignements que pouvait fournir la cavalerie alors que les sudistes, qui laissèrent des cavaliers à Lee, en seraient parfaitement capables. La décision de Grant s’explique par deux raisons. D’une part, il appréciait la mentalité agressive d’une telle proposition et d’autre part il comprit que cela permettrait de séparer les deux hommes qui ne s’entendait pas du tout.[83]

Lors de la journée du 7 mai, divers rapports informèrent Lee de mouvements de l’artillerie fédérale et des trains d’approvisionnement vers l’est et celui-ci, conscient que cela voulait dire que Grant allait bouger décida de se prémunir contre la possibilité de le voir partir vers le sud. En effet, à ce moment Lee ne pouvait pas encore savoir si les fédéraux allaient se replier ou poursuivre leur offensive vers Richmond. Conscient que si Grant optait pour cette deuxième solution, celui-ci disposerait d’un avantage de vitesse indéniable grâce à la Brock Road alors que les sudistes auraient à faire un long détour via les Parker’s Store et Shady Grove Church Roads pour atteindre Spotsylvania, Lee ordonna à Pendleton, le chef de son artillerie, de tracer une voie au travers de la Wilderness parallèlement à la Brock Road entre Tapp Farm et Shady Grove Church afin d’être prêt à faire la course avec l’Armée du Potomac vers Spotsylvania que Lee avait compris être l’objectif de Grant s’il ne se repliait pas.[84]
Alors que la journée avançait, de plus en plus de rapport faisaient état de mouvement dans le camp fédéral si bien que Lee donna l’ordre à Anderson, désormais à la tête du 1er corps de Longstreet en remplacement de celui-ci, d’emprunter la route de Pendleton pour faire mouvement vers le sud ouvrant ainsi la course entre les deux armées. Ce faisant, Lee prenait le risque de diviser ses forces car si Grant ne se repliait pas mais attaquait alors que Anderson était parti, les conséquences auraient pu être catastrophique. Mais Lee n’avait pas d’autres choix, il savait qu’il ne pouvait pas perdre la course et que même avec la route de Pendleton les fédéraux garderaient l’avantage d’une route plus courte et plus praticable.[85] Anderson se mit en route vers 21 heure, les deux autres corps de Ewell et Early, qui remplaçait Hill trop malade pour conserver le commandement de son corps, devaient lui emboiter le pas une fois qu’ils jugeraient la situation propice. La progression sudiste était précédée par la cavalerie de Stuart dont trois des six brigades couvraient l’infanterie alors que les trois autres, celles du général Thomas Lafayette Rosser de la division de Hampton et celles de la division de Fitzhugh Lee, furent, elles, envoyées gêner la progression fédérale. Rosser fut envoyé prendre Spotsylvania si possible pendant que Fitzhugh Lee déploya ses troupes près de Todd’s Tavern où ils rencontra l’armée fédéral qu’il ralentit tout au long de la nuit tout en se repliant progressivement le long de la Brock Road durant la matinée, une fois l’avancée fédérale ayant repris. Pour ce faire, les cavaliers sudistes abattirent des arbres en travers de la route et en harcelèrent la tête de la colonne nordiste.[86]

Figure 74: Mouvement vers Spotsylvania Court House, 7 et 8 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, May 7-8, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Dans un premier temps, Fitzhugh Lee n’eut à faire face qu’aux cavaliers de Merrit mais très vite la pression monta et les sudistes furent contraints de reculer et établirent une ligne défensive en travers de la Brock Road un peu au sud de Aslop, sur Laurel Hill.[87] Ne parvenant pas à s’imposer seul face aux cavaliers retranchés de Fitzhugh Lee, les fédéraux eurent à faire appel aux fantassins du 5ème corps qui les suivaient sur la route.[88]
Vers 9 heure, les premiers éléments du corps de Warren, la première brigade de la division de Robinson, montèrent à l’attaque de la position sudiste afin d’ouvrir la voie vers Spotsylvania. Cependant, une fois arrivé à quelques dizaines de mètres des défenses sudistes ce furent les fantassins du 1er corps d’Anderson qui les accueillirent par un feu nourri qui brisa l’élan des forces fédérales. Plus précisément, il s’agissait des deux premières brigades de la division de Kershaw. En effet, comprenant que la montée progressive de la pression fédérale signifiait que l’infanterie n’était plus très loin et qu’il ne pourrait plus tenir ses positions très longtemps, Fitzhugh Lee envoya un messager à Anderson, l’urgeant de presser le pas. Et celui-ci ne traina pas, faisant même mettre ses hommes au pas de course afin d’atteindre Laurel Hill avant les fédéraux, gagnant ainsi la course entre les deux armées pour le carrefour de Spotsylvania de seulement quelques minutes.[89] Une fois sa première brigade repoussée, Robinson envoya ses deux autres l’une après l’autre et toute deux furent repoussées comme la première. Warren, conscient que l’affaire était une course de vitesse avait refusé à Robinson de prendre le temps de mettre ses trois brigades en ligne pour les lancer dans une attaque commune forçant Robinson à les envoyer l’une après l’autre, les exposant de la sorte à la destruction. Et le résultat de ces attaques fut tellement dévastateur pour la division de Robinson que celle-ci fut dissoute et ses éléments redistribués dans le reste du 5ème corps.[90]

Dans le même temps, les cavaliers fédéraux de Wilson arrivèrent à Spotsylvania depuis la Fredericksburg Road vers 8 heure et empêchèrent les hommes de Rosser de s’y installer. Wilson tenta d’envoyer la brigade du colonel John Baillie McIntosh prendre les cavaliers de Fitzhugh Lee à revers mais alors que des informations faisaient état de l’arrivée de l’infanterie fédérale et qu’il venait de recevoir l’ordre de Sheridan de se replier, Wilson reprit la Fredericksburg Road dans l’autre sens et abandonna le carrefour de Spotsylvania aux confédérés. L’ordre de Sheridan fut émis très vite après que celui-ci eut été informé de l’intervention de Meade vis-à-vis de ses cavaliers durant la nuit, Sheridan craignant que la division de Wilson ne soit de la sorte isolée et exposée à une destruction certaine.[91]

Alors que Warren réorganisait ses troupes pour lancer un nouvel assaut contre les forces sudistes, Anderson vit arriver les premiers éléments de celles de Field et les déploya sur la gauche de ses deux brigades présentes sur Laurel Hill. Il fit également déployer les deux autres de Kershaw vers Spotsylvania pour s’assurer que les cavaliers de Wilson n’y resterait pas. Une fois l’information confirmée que les cavaliers fédéraux s’étaient retirés de la ville, Anderson fit revenir ses brigades et ce furent les cavaliers de Stuart qui les remplacèrent pour défendre le carrefour.[92] Pendant ce temps, l’arrivée des brigades de Field permit de repousser la seconde attaque de Warren que celui-ci dirigea sur la gauche sudiste en espérant flanquer ces derniers. La même scène se produisit un peu plus tard sur la droite cette fois, où ce furent les deux brigades de Kershaw revenant de Spotsylvania qui, à peine installées sur la droite de la ligne confédérée, repoussèrent la troisième et dernière tentative de Warren.[93] Une fois arrivé sur place vers 14h30, Lee comprit très vite l’importance de tenir cette position à tout prix et fit prévenir Ewell de presser le pas afin de venir renforcer la ligne car de l’autre côté le corps de Warren était certes durement touché par ses trois déroutes consécutives mais celui de Sedgwick venait lui d’arriver sur les lieux et se préparait à déclencher sa propre attaque. Celle-ci fut lancée vers 17h contre la droite sudiste, alors que la division de tête d’Ewell était déjà présente sur place et repoussa cette quatrième et dernière attaque fédérale.[94]

Tout au long de la journée et à mesure qu’elles arrivaient sur place, les différentes unités des deux camps s’empressèrent de fortifier leurs positions de sorte qu’au soir deux puissantes lignes de fortifications défendues chacune par deux corps se faisaient face. Côté sudiste, les 1er et 2ème corps de Anderson et Ewell tenaient la ligne alors que le 3ème de Early était toujours sur la route. En face, les 5ème et 6ème de Warren et Sedgwick en faisaient de même en attendant les 2ème et 9ème corps de Hancock et Burnside respectivement sur la Brock Road à hauteur de Todd’s Tavern et à Alrich.

Durant la journée, alors que les combats se déroulaient au sud sur Laurell Hill, le corps de Early réalisa une approche vers Todd’s Tavern que tenaient les troupes de Hancock depuis midi. Après un court combat Early décida de ne pas pousser plus, comprenant qu’il ne pourrait pas repousser Hancock et de la sorte s’interposer entre lui et Warren. Car c’était là ce que Early avait en tête, isoler le 5ème corps fédéral afin de l’exposer à une possible destruction par les troupes de Anderson.

Figure 75: Combats sur Laurel Hill le 8 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Actions May 8, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le 9 mai, les forces s’étant affrontées la veille se faisaient toujours face. Côté confédéré, Anderson tenait Laurel Hill, sa gauche ancrée à la Po River, et avait Ewell à sa droite. Celui-ci avait établi ses positions sur des hauteurs qui l’obligèrent à adapter une ligne défensive en forme de saillant qui reçu le nom de Mule Shoe. Bien que conscient que ce saillant offrait une possibilité d’attaque aisée aux fédéraux en plus de réduire la puissance de leur tirs en les dispersant dans trois directions, les ingénieurs sudistes étaient arrivés à la conclusion que laisser ces hauteurs aux nordistes leur aurait offert un plus grand avantage encore.[95] Early pour sa part arrivait par la Catharpin Road et la Shady Grove Church.[96]
Côté fédéral, Warren et Sedgwick n’avaient pas bougé, consolidant leurs défenses face aux sudistes alors que les deux autres corps, Hancock et Burnside, arrivaient respectivement par la Brock Road vers la droite de Warren et la Fredericksburg Road à l’extrême gauche fédérale.[97] Tout au long de la journée, les deux camps établirent leurs défenses, installant de solides réseaux de fortifications de part et d’autre.[98]

Durant la matinée, Burnside franchit le pont de la Fredericksburg Road enjambant la Ny River et envoya la division de Wilcox en pointe vers Spotsylvania mais celle-ci fut dans un premier temps ralentie par les cavaliers de Fitzhugh Lee avant d’être stoppée par les troupes du corps de Early arrivées un peu plus tôt pour étendre la droite confédérée de façon à couvrir les accès au nœud routier de Spotsylvania.[99]
De l’autre côté, Hancock, descendant la Brock Road vers la droite de Warren reçu pour instruction de Grant de se diriger vers la gauche sudiste pour tenter de les frapper sur le flanc. Dans l’après midi, il fit franchir la Po River à trois de ses divisions, laissant celle de Mott en soutien à Burnside et Sedgwick. Alerté par cette menace sur sa gauche, Lee fit dépêcher les divisions du général William Mahone et Heth depuis les fortifications de Early sur la droite pour faire face à cette nouvelle menace fédérale.[100] Cependant, Hancock n’attaqua pas immédiatement, le plan de Grant appelant à une attaque générale le long de toute la ligne tout en frappant les deux flancs sudistes, le 2ème corps ne bougea ce jour-là que pour se mettre en position pour le lendemain, réalisant là une erreur qui avertit Lee de la menace et lui permit de s’en prémunir. Au moment où Hancock avançait, Heth et Mahone étaient trop loin pour pouvoir l’arrêter avant qu’il ne se retrouve sur le flanc de Anderson. Mais l’arrêt des nordistes, alors que la journée touchait à sa fin, laissa le temps à Lee de renforcer ce secteur.[101] Les deux divisions sudistes arrivèrent en position à la nuit tombante et fortifièrent leurs lignes, de sorte qu’au matin du 10 mai Hancock ferait face à de solides défenses en plus de voir son propre flanc être menacé par la division de Heth. Mahone s’installa directement sur la gauche de Anderson, juste au sud du Block House Bridge, couvrant de la sorte l’accès au carrefour de la Block House depuis la Shady Grove Church Road alors que Heth effectua une plus longue marche afin d’aller prendre position près de Waite’s Shop au croisement de cette même route avec la Catharpin Road et c’est depuis cette position qu’il se trouvait sur la droite du 2ème corps de Hancock.[102] Les cavaliers de la division de Hampton aidèrent également à ralentir Hancock au cours de sa manœuvre.

Au cours de la journée, alors que les deux camps renforçaient leurs fortifications au centre, des tireurs sudistes harcelèrent les fédéraux en visant toutes les cibles potentielles. Parmi celles-ci, et comme victime la plus notable, fut Sedgwick qui mourut sur le coup et ce fut Horatio Gouverneur Wright qui le remplaça à la tête du 6ème corps.[103]

Figure 76: Mouvements et positionnements des troupes le 9 mai

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Situation 4 PM,  May 9, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

La veille, la discussion plus qu’animée entre Meade et Sheridan avait conduit Grant à autoriser le chef de la cavalerie fédérale à se lancer dans un raid avec l’ensemble de son corps. Ainsi, Sheridan ne perdit pas de temps et se mit en marche le 9, avant même le lever du soleil.[104] Son objectif était simple, progresser vers Richmond en mettant Stuart au défi de l’affronter et ce afin de détruire la cavalerie de ce dernier. Partant des positions fédérales, Sheridan chevaucha vers l’est, vers Fredericksburg via Aslop, pour prendre la Telegraph Road qui devait l’amener vers le Sud. Au soir du 9 mai, les éléments de tête, la division de Merrit, avaient établi une tête de pont sur la rive sud de la North Anna River alors que le reste se trouvait sur l’autre rive.[105]
En prévention, les gardes présents à Beaver Dam Station, un important dépôt de vivres et de matériel de l’Armée de Virginie du Nord, décidèrent de détruire les stocks, craignant de les voir tomber entre les mains des fédéraux.[106]

Le même jour, Stuart accepta le défi de Sheridan et se lança à sa poursuite mais pas avec l’ensemble de ses hommes, prenant trois brigades avec lui, les deux de la division de Fitzhugh Lee et la brigade du général James Byron Gordon et laissant le reste à Lee sous le commandement de Hampton. Les forces en présence étaient très déséquilibrées, Stuart ne comptant qu’environ 4500 cavaliers contre les quelques 12 000 de Sheridan.[107] Cependant, conscient qu’il ne pouvait pas laisser ce dernier parcourir la Virginie impunément, il dut se résoudre à la poursuite, mais pas n’importe comment. Un engagement direct avec les fédéraux lui étant logiquement inenvisageable, Stuart décida de laisser Sheridan s’approcher de la capitale confédérée afin de pouvoir compter sur la garnison de la ville pour égaler au maximum le rapport de force et de la sorte accroitre ses chances.[108] Dans un premier temps, Stuart ne pouvait même pas être sûr que Richmond était bien l’objectif des cavaliers fédéraux et, devant se prémunir d’une attaque contre les arrières de l’Armée de Virginie du Nord à Spotsylvania, il se contenta de suivre la colonne fédérale sans la dépasser, livrant seulement quelques petites escarmouches sur les arrières des fédéraux. La plus importante se déroulant juste après le passage de la Ta River. Au soir du 9 mai, Stuart s’arrêta lui aussi sur la rive nord de la North Anna, non loin du campement fédéral.[109]

Au matin du 10 mai, Hancock s’aperçu de l’ampleur des défenses sudistes face à lui et informa Grant qu’il lui semblait plus prudent d’abandonner toute action frontale contre la gauche confédérée et de soit retirer ses divisions sur la rive nord de la Po River ou manœuvrer une fois de plus de flanc, ce qu’il commença à faire en envoyant la division de Barlow vers l’est. Grant approuva les recommandations de Hancock mais opta pour la mise en place d’un nouveau plan d’action. Partant du constat que Lee avait du déployer des forces depuis un point de sa ligne pour contrer la manœuvre de Hancock, le commandant nordiste arriva à la conclusion que le centre des défenses confédérées offrait la plus grande possibilité de percée. Son plan prévoyait donc de lancer les 2ème, 5ème et 6ème corps dans une attaque combinée contre Anderson et Ewell pendant que Burnside manœuvrerait pour se placer sur la droite de Early et attaquer le flanc de celui-ci, en plus d’être positionner sur les arrières de Anderson et Ewell si ceux-ci étaient repoussés comme prévu.[110]
Hancock commença donc à faire refranchir la rivière aux divisions de Gibbon et Birney en fin d’avant midi. Pendant ce temps, la division de Barlow fut quant-à-elle laissée sur la rive sud afin de maintenir les forces confédérées en place pour les empêcher de renforcer le reste de la ligne. Vers 14 heure, Heth envoya sa division attaquer Barlow, forçant celui-ci à se replier. De l’autre côté, Burnside ne fit pas bouger son corps avant 18 heure, se satisfaisant de pouvoir tenir ses positions face à ce qu’il croyait être une force largement supérieure à la sienne.[111]

Initialement prévue comme une attaque simultanée devant être lancée à 17 heure, l’attaque fédérale fut déclenchée vers 16 heure à la demande de Warren qui obtint l’accord de Meade pour monter à l’assaut de Laurel Hill. A ce moment, les deux divisions de Hancock n’étaient pas encore en position, le franchissement de la Po River s’avérant être un désastre organisationnel et Wright n’était pas prêt. Warren envoya donc ses hommes et une partie de ceux de Hancock contre les mêmes positions qu’il avait déjà échoué à prendre deux jours plus tôt et fut repoussé d’une façon toute aussi fracassante que la première fois, échouant à menacer sensiblement les positions confédérées.[112] Vers 17 heure, Mott avança à son tour sa division vers la pointe nord du Mule Shoe mais l’artillerie sudiste postée sur les hauteurs réagit très vite en ouvrant le feu sur les nordistes avançant en terrain découvert et ceux-ci se replièrent en subissant de lourdes pertes, à tel point que la division fut démantelée et ses unités dispersées au sein du reste du 2ème corps trois jours plus tard.[113] Ce fut ensuite au tour du 6ème corps de tenter sa chance. Wright chargea l’un de ses commandants de division, le général David Allen Russel de préparer une attaque contre les positions de Ewell sur la partie ouest du Mule Shoe. Russel délégua lui-même cette tâche au colonel Emory Upton en lui confiant douze régiments. Celui-ci décida de mener une attaque non-conventionnelle. Plaçant ses troupes en quatre lignes de trois régiments et attribuant à chacune un objectif clair. Devant charger au travers d’un vaste terrain ouvert sans s’arrêter avant d’avoir atteint les fortifications confédérées, la première ligne ne devait pas tirer mais utiliser les baillonettes et son élan pour pousser les sudistes hors de leur retranchement et ainsi  créer une brèche dans leurs positions que les trois autres vagues devraient élargir.[114] Lancée vers 18h30, l’attaque de Upton fut un succès partiel. Comme prévu les attaquants parvinrent à créer une brèche dans la ligne sudiste en repoussant les troupes de la division du général George Pierce Doles. Cependant, n’ayant disposé d’aucun soutien de la part du reste du corps de Wright, les fédéraux furent finalement repoussés par les renforts dépêchés sur place par les sudistes mais non sans avoir permis de tirer de nombreux enseignements de cette attaque.[115]
Pendant que Upton attaquait le Mule Shoe, de l’autre côté de la ligne de front, Burnside mit enfin ses forces en mouvement en faisant avancer timidement la division du général Thomas Greely Stevenson qui fit demi-tour une fois que les sudistes affichèrent leur intention de résister mettant de la sorte un terme à la participation du 9ème corps aux actions du jour.[116]
Un peu plus tard, vers 19 heure, quelques éléments du corps de Hancock avancèrent brièvement vers Laurel Hill mais furent eux aussi repoussés avec la même aisance que Warren un peu plus tôt.[117]

Finalement, les actions du 10 mai se conclurent sur un échec quasi complet pour les nordistes qui ne furent absolument pas en mesure de menacer de façon critique les positions confédérées. L’attaque de Upton avait certes montré un succès relatif mais à aucun moment elle n’avait risqué de faire vaciller les sudistes. Initiée avec l’échec de Hancock de prendre Lee par surprise sur sa gauche la veille, les attaques fédérales avaient ensuite été lancée une à une, sans soutien, laissant tout le soin aux sudistes de les repousser. La seule raison d’optimisme de Grant était donc les enseignements tirés de l’attaque de Upton qu’il avait bien l’intention de reproduire mais cette fois avec un corps d’infanterie entier.

Figure 77: Actions du 10 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Actions May 10, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Plus loin au sud, Sheridan remit ses forces en route le matin du 10 mai en faisant traverser la North Anna aux deux divisions qui ne l’avaient pas fait la veille avant de continuer sa progression vers le sud. De l’autre côté, Stuart, maintenant certain que les fédéraux marchaient vers Richmond et pas sur les arrières de Lee, décida qu’il lui fallait les bloquer avant qu’ils n’atteignent la capitale confédérée. Pour se faire, il envoya la division de Fitzhugh Lee vers l’est pour rejoindre la Telegraph Road et ainsi utiliser cet axe pour doubler la colonne fédérale et prendre une position défensive quelque part au nord Richmond. Pendant ce temps, lui-même garda avec lui la brigade de Gordon avec laquelle il suivit la route empruntée par Sheridan et harcela les arrières de celui-ci tout au long de la journée. Un message fut également envoyé à Richmond afin de prévenir Bragg, en charge de la garnison de la ville, de se préparer à défendre Richmond ou à venir lui prêter main forte. A la nuit tombante, les fédéraux s’arrêtèrent pour la nuit un peu après avoir passé la South Anna à Ground Squirrel Bridge avec Gordon non loin derrière. De l’autre côté, les cavaliers de Fitzhugh Lee se trouvaient non loin de Hanover Junction où Stuart les rejoignit et leur donna pour instruction de se reposer avant de reprendre leur progression à la première heure.[118]

Le 11 mai, Grant commença a établir son plan d’attaque pour le lendemain. Conscient qu’il aurait besoin de déplacer les corps de Hancock et Burnside mais surtout qu’il lui faudrait disposer de plusieurs heures de jour afin d’obtenir des résultats probants, il abandonna l’idée de se lancer à l’attaquer en ce jour et opta pour le lendemain. Son plan prévoyait une attaque générale contre l’ensemble de la ligne confédérée par les quatre corps à disposition. Cependant, le fer de lance de l’offensive devait être porté par Hancock qui lancerait ses hommes contre la face nord du Mule Shoe en usant de la tactique utilisée par Upton et ce dans le but de créer une brèche dans les positions sudistes qui diviserait l’Armée de Virginie du Nord en deux ailes qui pourraient être écrasée séparément. Dans le but de cette attaque, en milieu d’après midi, Hancock commença à déplacer ses hommes de la droite de Warren jusqu’à la gauche de Wright, se plaçant ainsi là où se trouvait la division de Mott la veille. Burnside fit lui aussi mouvement pour se déplacer un peu au nord de ses positions actuelles afin de se retrouver sur la gauche de Hancock. Ce n’est qu’un peu après minuit que les différentes divisions fédérales furent toutes en position, l’attaque étant prévue pour 4 heure.[119]

Les fédéraux allaient disposer d’un coup de chance dans leur attaque. Lorsqu’ils avaient choisi de défendre les hauteurs du Mule Shoe, Lee et Ewell avaient également décidé d’y installer une forte concentration d’artillerie pour en renforcer la défense. La division de Mott put aisément se rendre compte de l’effectivité de la chose. Mais le 11 mai, Grant envoya son train d’approvisionnement vers la base de Belle Plain afin de les y faire remplir de vivres et munitions pour ses hommes. Côté confédéré, cela fut interprété comme le début de la retraite fédérale vers Fredericksburg et Lee, voulant tenter de frapper une dernière fois les fédéraux dans leur repli, désengagea ses canons du Mule Shoe afin de les tenir prêts à bouger. Ainsi, quand les fédéraux monteraient à l’attaque le 12 mai, ils ne seraient pas accueillis par un puissant barrage d’artillerie.[120]

Dès le matin du 11 mai, à la première heure, Fitzhugh Lee avait remis ses deux brigades en route et passa la South Anna au lever du soleil. A peu près au même moment, les nordistes se remirent eux aussi en marche toujours avec Gordon sur leurs arrières. Vers 8 heure, Stuart arriva à l’endroit qu’il avait choisi pour intercepter la colonne fédérale, le croisement de la Moutain Road et la Telegraph Road, près de Yellow Tavern. Vers 11 heure, les cavaliers fédéraux arrivèrent à leur tour sur les lieux mais ce ne fut qu’à 14 heure que Sheridan déclencha son attaque contre les défenses installées par Fitzhugh Lee. Durant l’après midi, alors que les combats faisaient rage, Sheridan fut informé que Bragg s’approchait depuis Richmond avec quelque 4000 hommes. Vers 16 heure, une nouvelle attaque fédérale mis les sudistes en difficulté et au plus fort des combats Stuart fut mortellement blessé. Fitzhugh Lee prit le commandement mais ne fut en mesure de maintenir sa ligne et la route de Richmond, la Brook Turnpike, était ouverte. A la tombée de la nuit, Sheridan désengagea ses forces et commença à les mettre en route vers l’est, non pas dans le but de prendre Richmond mais pour passer devant la ville en chemin vers Butler et l’Armée de la James. Sheridan décida de ne pas prendre la capitale confédérée, d’une part parce que les troupes de Bragg étaient maintenant en position derrière les défenses de la ville et d’autre part parce qu’il était conscient qu’il ne serait pas en mesure de la tenir pour longtemps.[121]

Durant la nuit du 11 au 12 mai, Hancock termina de déplacer ses forces, manœuvre qui arriva à son terme dans les premières heures du 12. Les fédéraux eurent à marcher durant la majeure partie de la nuit et ce sous une pluie fine, si bien que lorsqu’ils arrivèrent en position nombre d’entre eux étaient détrempés et avaient froid. Initialement prévue pour 4 heure, l’attaque connu un délai d’une demie heure en raison du manque de clarté, ce fut donc à 4h30 que la première division de Hancock, celle de Barlow avança vers le Mule Shoe suivie par les trois autres. Comme Upton deux jours plus tôt, les fédéraux chargèrent en masse et ne s’arrêtèrent pas pour tirer avant d’avoir atteint la portion de la ligne confédérée tenue par la division de Johnson. Barlow s’abattit sur le East Angle, celle de Birney se trouvant à la droite de Barlow. Mott pour sa part eut à combler la brèche entre ses deux divisions tandis que Gibbon attaqua lui à la gauche de Barlow.[122] Le résultat du premier impact fut un succès pour les nordistes. Au cours de la première demi heure de combat, près de 2500 confédérés furent tués ou capturés tout comme 20 des 22 canons ramenés en urgence pour défendre la position. Johnson lui même tomba aux mains des nordistes alors que les restes de sa division refluèrent en désordre vers le sud.[123]
Pendant que Hancock attaquait le Mule Shoe par le Nord, Burnside lui en fit autant par l’est mais sans rencontrer le même succès, les hommes de Wilcox du corps de Early les arrêtant net. Pour sa part, Rodes refusa la ligne sur son flanc droit afin de parer à l’effondrement de Johnson à sa droite qui menaçait toute sa ligne.[124] Pour Lee, cela fut une double bonne nouvelle car bien que ses défenses étaient enfoncées au centre, ses flancs étaient toujours solides et il lui restait maintenant à contenir Hancock pour mettre un terme à l’attaque fédérale et rétablir sa ligne.
Alors que Lee prépara sa contre-attaque avec la division de Gordon qui se trouvait à la base du Mule Shoe, l’offensive fédérale commença à perdre son tempo et son organisation, les unités se mélangeant dans une brèche qui ne pouvait être élargie. Ainsi, lorsque les hommes de Gordon leur tombèrent dessus aidés par les restes de la division de Johnson tout juste réorganisées et les unités de flanc de Rodes et Wilcox, les fédéraux étaient complètement incapables de résister et furent brutalement repoussés vers les tranchées du East Angle où ils se retranchèrent et établirent la ligne d’arrêt de la contre-offensive de Gordon.[125]

Vers 6 heure, alors que Gordon et Hancock s’accrochaient violement, Wright lança son corps contre Rodes sur la partie occidentale du Mule Shoe. Bien que les confédérés furent en mesure de résister et de tenir leur ligne, la pression du 6ème corps était telle que Rodes urgea Lee de lui envoyer des renforts. Le commandant sudiste, qui dans le but de renforcer la contre attaque de Gordon avait fait faire mouvement aux hommes de Mahone depuis leurs positions à l’extrême gauche, décida de leur faire changer quelque peu leur route pour aller prêter main forte à Rodes, les éléments de tête de Mahone arrivant juste à temps pour prévenir une percée fédérale et rétablir la ligne défensive sudiste.[126] Ce fut alors que commença l’engagement le plus violent, le plus horrible et le plus acharné de la guerre, à l’endroit qui depuis lors est connu sous le nom de Bloody Angle. Durant près de 20 longues heures, les soldats des deux camps s’affrontèrent, le plus souvent au corps à corps de part et d’autre des parapets, dans une furie et une frénésie guerrière des plus féroces, les hommes s’entretuant plus par réflexe que par principe, la mort des hommes d’en face étant devenue une fin en soit plus que la victoire contre l’ennemi. Pour ne rien arranger, la pluie se mêla à l’affaire embourbant le terrain au point d’engloutir les morts et les blessés, parfois même les vivants, piétinés par les combattants.[127] Si d’habitude ce genre de combat ne durait que quelques minutes, ici il dura de nombreuses heures, aucun des deux camps ne voulant rompre la lutte.[128]
De l’autre côté du Mule Shoe, les hommes de Hancock s’accrochèrent eux aussi avec les sudistes tout au long de la journée dans de terribles combats.

Vers 9 heure, alors que les combats faisaient rage sur le Mule Shoe, Warren se lança à son tour à l’attaque, mais très vite l’artillerie de Anderson ouvra le feu et stoppa net les hommes du 5ème corps qui retournèrent vers leurs positions initiales sans insister. Lee put ainsi prélever deux brigades afin de fournir du renfort à Ewell dont les hommes combattant sur le Mule Shoe arrivaient à leur point de rupture, physiquement mais surtout psychologiquement et nerveusement.[129] Cependant, bien que conscient que les hommes pouvaient lâcher à tout instant, Ewell et Lee ne pouvaient pas encore autoriser le repli, la nouvelle ligne défensive au sud du Mule Shoe, dont Lee avait lancé la construction au même moment que la contre attaque de Gordon, n’étant pas prête.
Toute la journée les combats continuèrent jusqu’à ce qu’à minuit l’ordre fut donné de retirer les unités une par une de l’ensemble du Mule Shoe pour leur faire prendre position un peu au nord de la Brock Road, les derniers éléments y arrivant un peu avant l’aube. De l’autre côté, complètement épuisés, les fédéraux ne poursuivirent pas, les hommes étant tout aussi touchés, physiquement et psychologiquement que les sudistes.[130]

Figure 78: Actions du 12 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Actions May 12, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Finalement, au terme de cette terrible journée les résultats étaient mitigés pour les deux camps. Côté nordiste, les fédéraux avaient fait de nombreux prisonniers et infligés de lourdes pertes aux sudistes en plus de les repousser et de prendre le contrôle des hauteurs du Mule Shoe – qu’ils abandonnèrent néanmoins dès le lendemain pour rejoindre leurs positions initiales. Tout cela fut au prix de pertes très lourdes et surtout l’objectif réel, détruire l’Armée de Virginie du Nord, ou à tout le moins d’ouvrir la route de Richmond en lui infligeant un terrible coup ne fut pas atteint. De l’autre côté, les confédérés parvinrent à maintenir l’unité de leur ligne défensive mais au prix de pertes tout aussi lourdes. Mais à un niveau plus large, le ratio des pertes par rapport à la taille de l’armée était en faveur du Nord, les sudistes ayant perdu en ce jour environ 15% des forces qu’ils comptaient au début de la campagne – en incluant les prisonniers de la division de Johnson – contre approximativement 7% du même ratio côté fédéral.[131] Il est estimé que les pertes fédérales dans le seul Bloody Angle furent de 9000 hommes contre 8000 pour les sudistes. Enfin, depuis le début de la campagne, une semaine plus tôt, l’Armée de Virginie du Nord avait perdu 20 de ses 57 commandants de corps, de division ou de brigade soit des pertes difficilement remplaçables en terme de leadership alors que de l’autre côté l’Armée du Potomac n’en avait perdu que 10 de ses 68.[132]

Plus loin, aux abords de Richmond le matin du 12, Sheridan et ses cavaliers étaient en route vers Meadow Bridge où ils entendaient passer la Chickahominy une première fois dans leur route vers Mechanicsville et Gaines’s Mill. Mais une fois arrivé là, Sheridan découvrit que les cavaliers sudistes avaient déjà détruit le pont ou du moins partiellement, les pluies de la veille ayant éteint le feu qui le consumait. Mettant les hommes de la brigade de Merrit au travail immédiatement, Sheridan apprit que les cavaliers de Fitzhugh Lee et la garnison de Richmond de Bragg convergeaient vers lui. Afin de faire face à cette double menace et de gagner du temps, Sheridan chargea Wilson et Gregg de contenir les sudistes. Il ne s’en suivit rien de plus qu’une succession de petites escarmouches et après avoir traversé le pont, les nordistes passèrent la nuit près de Gaines’s Mill. Le 13 au soir, ils atteignirent Bottom’s Bridge où ils refranchirent la Chickahominy vers le sud cette fois et enfin, le 14, ils traversèrent la James River à Haxall’s Landing pour rejoindre Butler et l’Armée de la James.[133]
Les résultats du raid de Sheridan sont quelques peu mitigés. D’une part les cavaliers nordistes infligèrent de lourds dégâts aux rations et aux infrastructures confédérées mais rien d’irréversible. Ils capturèrent également quelques 300 sudistes en plus de libérer environ 400 prisonniers nordistes et d’infliger des pertes à la cavalerie de Lee à Yellow Tavern dont celle de Stuart. Mais au delà de cela, le raid nordiste n’infligea aucun dégât stratégique à la Confédération mais eut par contre comme conséquence négative pour l’Union de laisser Grant sans cavalerie, ce qui le priva de renseignements qui auraient pu lui être utile lors des combats de Spotsylvania et que celui-ci eut à payer cher en hommes. Enfin, Sheridan se satisfit d’avoir privé le Sud de Stuart mais il n’avait pas atteint son objectif déclaré, détruire la cavalerie sudiste, celle-ci restant une force non négligeable et Hampton, qui succéda à Stuart, était lui aussi un très bon officier de cavalerie.

Figure 79: Le premier raid de cavalerie de Sheridan en Virginie

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Source: JESPEREN Hal, Sheridan’s Richmond Raid, May 9-14, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le 13 mai, aucune des deux armées présentes à Spotsylvania ne bougea, préférant panser ses plaies après les terribles combats de la veille. Cependant, Grant ne resta pas inactif et chercha à échafauder un plan pour de nouveau essayer de briser le statu quo entre les deux forces. Pour ce faire, il décida de concentrer ses efforts sur la droite sudiste et ordonna donc à Warren de déplacer son corps à l’extrême droite fédérale, à gauche de Burnside durant la nuit du 13 au 14 mai. Le corps de Wright devant lui aussi bouger pour se placer à la gauche du 5ème corps. De la sorte, Grant espérait attaquer un point faible du dispositif sudiste en les prenant par surprise. Mais le terrain détrempé et les troupes fatiguées des deux corps fédéraux n’arrivèrent pas en position avant 6 heure et durent passer la majeure partie de la journée à réorganiser leurs forces, si bien que Grant annula l’attaque. Pendant ce temps, Lee, pour contrer la menace fit déplacer le 1er corps de Anderson pour étendre sa droite jusqu’à la Po River près de Snell’s Bridge, couvrant de la sorte la nouvelle menace fédérale.[134]

Figure 80: Mouvements des 13 et 14 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Movements May 13-14, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Grant ne se laissa pas abattre et décida de faire faire demi tour au 6ème corps afin de l’envoyer le 18 à l’aube attaquer les nouvelles positions sudistes à la base du Mule Shoe avec le soutien du 2ème corps de Hancock. Comme prévu, le 18 avant l’aube les fédéraux réoccupèrent à la faveur de l’obscurité les hauteurs du Mule Shoe et montèrent ensuite à l’attaque du 2ème corps de Ewell. Mais premièrement, les cavaliers sudistes avaient suivi toute l’action, ôtant tout espoir de surprise pour les fédéraux et deuxièmement, la nouvelle ligne sudiste dans ce secteur était formidablement fortifiée et disposait de 29 pièces d’artillerie qui firent des ravages dans les rangs nordistes. Ainsi, cette nouvelle attaque fédérale contre des fortifications de campagne sudistes se soldat par un échec, les nordistes n’atteignant la ligne confédérée qu’en de rares points avant d’être repoussés avec de lourdes pertes, quelques 2000 hommes. Vers 10 heure, tout était fini. Burnside avança comme prévu vers les lignes sudistes présentes face à lui pour faire diversion mais n’insista pas et rejoignit ses positions sans tarder.[135]

Avec ce nouvel échec, Grant fut obligé d’accepter que les positions confédérées autour de Spotsylvania étaient trop solidement défendues. Il avait essayé de les attaquer de front et n’avait fait que frapper un mur, il avait essayé de contourner chacun des deux flancs, en vain à chaque fois. Le commandant nordiste était donc maintenant contraint de chercher à livrer bataille ailleurs et pour cela il lui fallait tenter une fois encore de prendre Lee de vitesse. Mais cette fois il envisagea la chose autrement, il comptait envoyer le corps de Hancock, isolé au devant de la progression fédérale pour l’utiliser comme appât et attirer Lee dans un piège, espérant que le commandant sudiste ne saurait résister à la tentation de détruire un corps fédéral entier, offrant la possibilité aux trois autres corps de frapper les sudistes hors de leurs fortifications. Pour ce faire, le 18, Grant fit replacer le 6ème corps à la gauche de Warren et le 9ème encore à gauche Le 2ème corps, lui, fut déplacé derrière Warren, sur la rive orientale de la Ny River afin d’être prêt à prendre la route dès le lendemain soir.[136]

Figure 81: Mouvements des 17 et 18 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Spotsylvania Court House, Movements May 17-18, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le 19, informé des manœuvres en cours dans le camp fédéral, Lee ne savait pas encore si cela voulait dire que les nordistes se repliaient ou s’ils se préparaient à manœuvrer une nouvelle fois vers le sud, auquel cas il devait se préparer à contrer la menace. Afin d’en savoir plus et de potentiellement porter un coup à l’Armée du Potomac, le commandant sudiste ordonna à Ewell d’envoyer une reconnaissance vers la droite fédérale. Mais, soucieux de préserver ses troupes, Ewell demanda l’autorisation de ne pas attaquer de front mais de flanc, ce que Lee approuva. Dans l’après midi, Ewell se mit en marche, précédé par deux brigades de cavalerie. Les sudistes contournèrent ainsi le flanc fédéral jusqu’à Harris Farm où ils rencontrèrent la toute nouvelle division du corps de Hancock, celle du général Robert Ogden Tyler avec laquelle ils livrèrent un combat de presque deux heures avant de se replier pour rejoindre leurs fortifications à la tombée de la nuit, mettant un terme à la bataille de Spotsylvania.[137]

Le 14 mai, l’Armée du Potomac commença à recevoir les premiers éléments des quelques 30 000 renforts envoyés par Washington en une dizaine de jours, de quoi combler les pertes encourues depuis le début de la campagne. Ces troupes étaient composées en grande partie de nouvelles recrues mais également de forces jusqu’alors attribuées à la garnison de Washington. De l’autre côté, Lee comptait également sur des renforts. Six brigades profitèrent de l’inaction de Butler près de Richmond pour quitter les forces de Beauregard tout comme deux en firent de même dans la vallée de la Shenandoah face à Sigel. Au total cela représentait environ 8000 hommes. Cela démontra l’échec de ces deux campagnes périphériques dans le plan géostratégique de Grant. Pour les deux camps, ces renforts permirent de compenser environ la moitié des pertes subies depuis le début de la campagne. Pour le Nord, il convient d’ajouter que les premiers des 31 régiments dont les dates d’enrôlement arrivaient à terme commenceraient à quitter l’Armée du Potomac.[138]

Ainsi, alors que la bataille de Spotsylvania touchait à sa fin, Grant comptait dans ses rangs environ 56 000 hommes auxquels il convient d’ajouter les 12 000 cavaliers de Sheridan. Depuis début mai, Grant avait perdu environ 32 000 hommes dans les combats – dont 18 000 à Spotsylvania -, 4000 suite à des maladies et environ 14 000 par désertion et fin d’enrôlement. De l’autre côté, Lee avait perdu environ 18 000 hommes sur le même laps de temps – dont 12 000 à Spotsylvania -, ramenant ses forces à environ 50 000 en comptant les renforts prévus.[139]

Arrivé auprès de l’Armée de la James le 14 mai, les cavaliers de Sheridan se reposèrent là durant quatre jours avant de finalement reprendre la route le 18 pour rejoindre le reste de l’Armée du Potomac. La progression de Sheridan fut ralentie par les pluies et les routes détrempées mais à aucun moment les confédérés ne cherchèrent à le gêner. La seule difficulté qu’eurent à affronter les cavaliers fédéraux fut la reconstruction du pont enjambant la Pamunkey River près de White House qu’ils franchirent finalement les 22 et 23 mai avant de rejoindre le reste de l’Armée du Potomac sur la rive nord de la North Anna près de Hanover Junction le 24 mai en passant par King William Courthouse.[140]

La reconnaissance de Ewell, et le dispositif nordiste qu’elle avait révélé, terminèrent de convaincre Lee que Grant allait une fois encore tenter de contourner sa droite dans une course de vitesse vers le sud. Le commandant sudiste n’hésita donc plus et décida qu’il lui fallait précéder les nordistes en allant prendre une nouvelle position défensive autour de Hanover Junction, sur la rive sud de la North Anna, point où se rejoignaient deux lignes de chemin de fer en provenance de Richmond, la Virginia Central Railroad et la Fredericksburg and Potomac Railroad qui étaient des axes le reliant à ses deux bases d’approvisionnement, Richmond et Staunton ainsi qu’une connexion vers Lynchburg, carrefour ferroviaire connectant la Virginie au Tennessee et aux Carolines.[141]

Le 20 mai dans la soirée, Hancock mit son 2ème corps en marche vers Guinea Station pour entamer sa marche de 54 kilomètres vers Hanover Junction en usant de la Mattaponi River pour couvrir son flanc droit. Le lendemain matin, 6 heure après Hancock, Lee fit partir Ewell le long de la Telegraph Road pour atteindre le même objectif que les fédéraux à la seule différence que disposant des lignes intérieures, les sudistes n’avaient que 40 kilomètres à parcourir. Toujours dans la matinée, les quelques cavaliers fédéraux de Torbert n’ayant pas accompagné Sheridan dans son raid et ouvrant la voie devant Hancock chassèrent leurs équivalents sudistes hors de Guinea Station avant de les poursuivre en vain. Plus tard dans la journée, les fédéraux tombèrent sur des éléments de la division de Pickett, qui était en route pour rejoindre les forces confédérées à Spotsylvania mais n’avait pas encore été informée des manœuvres en cours. Cet incident jeta le trouble au sein de l’état-major nordiste. Grant, croyant le 2ème corps maintenant trop exposé par l’arrivée de renforts sudistes et privé d’une trop grande partie de sa cavalerie pour connaitre la position de Lee, ordonna à Hancock de s’arrêter pour permettre aux autres corps de le rejoindre. Le même jour au soir, les corps fédéraux de Warren et Burnside et confédéré de Anderson se mirent eux aussi en route. Anderson suivi le même chemin que Ewell alors que les nordistes eurent recours à deux routes différentes. Derrière, en guise d’arrière garde les deux belligérants laissèrent un corps chacun, le 6ème de Wright pour le Nord et le 3ème de Hill – tout juste revenu aux commandes – pour le Sud. Finalement, Wright se mit en mouvement le soir même imité par Hill durant la nuit.[142]

Au soir du 21, Hancock atteignit Milford Station où il passa la nuit après avoir rapidement fortifié ses positions dans le cas d’une attaque confédérée.[143] Warren pour sa part se trouvait à Madison’s Ordinary et Ewell à Mud Tavern. Le 22 au matin les premiers éléments de Ewell atteignirent la North Anna qu’ils franchirent à Chesterfield Bridge et commencèrent à y établir une ligne défensive. Au même moment, Anderson se trouvait aux abords de Golansville et Hill près de Chilesburg. Côté fédéral, Burnside se situait pour sa part à New Bethel Church, Wright à Madison’s Ordinary et Warren, qui avait divisé sa colonne en deux, avait des troupes à Harris’ Store et Saint Margaret’s Church. Hancock pour sa part passa une partie de la journée inactif, le plan de Grant d’utiliser le 2ème corps comme appât ayant échoué, celui-ci préféra faire repasser Warren en tête de la progression fédérale. Vers midi, Anderson arriva à son tour et vint occuper les positions de Ewell qui se décala alors vers l’aval. Le dernier corps confédéré, celui de Hill arriva à son tour le matin du 23 mai et Lee lui fit défendre la gauche de la ligne sudiste en l’installant près de Anderson Station.[144]

Figure 82: Mouvements vers la North Anna

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Source: JESPEREN Hal, Grant’s Overland Campaign, Wilderness to North Anna, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Bien qu’ils avaient disposé de lignes intérieures plus courtes et de meilleure qualité, les confédérés n’avaient gagné cette nouvelle course que de peu. La raison de cela est à trouver dans le chef de Lee qui voulu reposer ses hommes au maximum avant de les jeter dans une nouvelle bataille après un peu plus de deux semaines de combats presque incessants. Toujours dans cette optique, il ne leur fit pas immédiatement construire des fortifications pour défendre leurs nouvelles positions.[145] Mais les fédéraux n’étaient pas très loin derrière. Au cours de la journée du 23, Hancock arriva aux abords de la North Anna en passant par Poor House et Chesterfield Station avant d’avancer vers Chesterfield Bridge. Burnside rejoignit la même route en passant par Wright’s Tavern et vint se présenter devant Ox Ford. Warren et Wright descendirent tout deux la Telegraph Road, bifurquant à Mount Camel vers Jericho Mills.

Au cours de la journée, alors que les pièces d’artilleries sudistes ouvraient le feu sur les colonnes fédérales arrivant par la Telegraph Road, Lee fut informé qu’une autre force fédérale s’apprêtait à franchir la rivière en amont de Jericho Mills. Le commandant sudiste décida d’aller inspecter les lieux en personne et concluant que cela n’était qu’une feinte et que les nordistes allaient concentrer leurs efforts plus en aval décida de laisser les hommes de Hill se reposer près de Anderson Station. Mais une fois revenu à son quartier général vers 4h30, un autre rapport l’informa que le 5ème corps avait effectivement franchi la North Anna en aval, mais pas autant en aval que Lee ne le pensait, à Jericho Mills. Voyant son flanc gauche menacé, il fit mettre Hill en marche pour aller contrer cette menace, la division de Wilcox en tête suivie par Heth et Mahone.[146]

Après une série d’accrochages plus ou moins violents, les nordistes parvinrent à s’assurer une tête de pont sur la rive sud de la rivière en repoussant les assauts sudistes. Alors que les combats prenaient fin dans ce secteur, Hancock avança lui vers les positions confédérées près de Chesterfield Bridge. Là, les sudistes s’étaient établis de part et d’autre de la North Anna, disposant de la sorte d’une tête de pont sur la rive nord nommée Henegan Redoubt du nom du colonel John Henegan qui y commandait les troupes. Hancock attaqua soudainement et s’empara de la tête de pont sans grande résistance, les sudistes refluant par delà la rivière.[147]

Cette double attaque fédérale permit à Lee de se rendre compte de l’impossibilité de tenir une ligne défensive directement sur la rive sud de la rivière – et ce d’autant plus que la seule partie de la rive sud a être plus élevée que de l’autre côté se trouvait à Ox Ford – et de comprendre le plan de son adversaire, Grant allait l’attaquer sur ses deux flancs simultanément, tout en essayant de les contourner pour se retrouver sur les arrières de l’armée sudiste.[148] Pour faire face à cette nouvelle menace, et après avoir tenu une réunion d’état major, Lee échafauda son plan. Premièrement, il fit reculer la ligne qui tenait la rivière près de Chesterfield Bridge de quelques centaines de mètres afin d’occuper les hauteurs au sud de Fox House et y plaça le corps de Anderson. Deuxièmement, il fit tenir la gauche de sa ligne par le corps de Hill entre la North Anna à hauteur de Ox Ford, et la Little River. Enfin, il plaça le corps de Ewell en réserve à la droite de Anderson. Lee ayant placé les 1er et 2ème corps en échelon de façon à refuser la ligne. Les divisions de renfort, celles de Breckinridge et de Pickett, furent également placées en réserve, prêtes à intervenir là où ce serait nécessaire. La division de Breckinridge resta indépendante alors que celle de Pickett fut rendue au 1er corps de Anderson. De la sorte, Lee positionna ses forces en un « V » inversé dont les deux bras fortifièrent leurs postions. Le plan de Lee était d’attendre que les fédéraux franchissent la rivière sur ses deux flancs avant de lancer ses unités de réserve contre les forces fédérales divisées, dont chaque unité de flancs devait franchir par deux fois une rivière avant d’être en mesure de prêter main forte à l’autre extrémité de la ligne fédérale alors que les sudistes pouvaient eux compter sur des lignes intérieures très courtes pour en faire autant. Lee tendait donc un piège à son adversaire, piège qui s’il se déroulait bien, pourrait détruire l’Armée du Potomac ou à tout le moins lui porter un terrible coup.[149]

Du côté fédéral, Grant avait donc lui aussi son plan d’action. Les 5ème et 6ème corps avanceraient vers la gauche sudiste, Warren droit sur les lignes confédérées et Wright à sa droite de façon à tourner leur flanc. Dans le même temps, Burnside attaquerait lui à Ox Ford pour y franchir la rivière pendant que Hancock en ferait de même à Chesterfield Bridge contre la droite.[150]

Figure 83: Actions du 23 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of North Anna, Actions May 23, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

A 8 heure le 24 mai, l’avancée fédérale se mit en branle, Warren d’abord le long de la Virginia Central Railroad vers le sud-ouest et Hancock par delà la rivière. Sur chacun des flancs les nordistes avancèrent sans rencontrer de résistance de la part des confédérés, ce qui ne manqua pas de les étonner et de les contraindre à avancer avec précaution. A ce moment, Grant et Meade pensèrent alors Lee en retraite et envoyèrent Burnside contre Ox Ford pour faire la jonction entre les deux ailes et poursuivre les confédérés. Cependant Burnside ne se lança pas à corps perdu et envoya la division du général Thomas Leonidas Crittenden franchir la rivière en amont à Quarle’s Mill afin de flanquer les quelques forces sudistes présentes à Ox Ford que les fédéraux pensaient être une arrière garde. A 14 heure, les premiers éléments de Crittenden se trouvèrent sur la rive sud de la North Anna et firent mouvement vers le sud mais la traversée du reste de la division ne fut achevée que vers 18 heure. Mais alors que celles-ci poursuivaient le franchissement, la brigade de tête du général James Hewlett Ledlie attaqua la division de Mahone qui défendait Ox Ford et se fit tailler en pièce avant d’être repoussée.[151]

Alors que la journée avançait et que les fédéraux en faisaient autant sans avoir encore rencontré les sudistes, le piège de Lee se refermait sur l’Armée du Potomac. Mais c’est alors que le poids de la guerre et l’épuisement de cette campagne acharnée se fit sentir au plus haut de la hiérarchie de l’Armée de Virginie du Nord. Lee tomba d’épuisement et fut atteint de fièvre et de délire, si bien qu’il ne fut pas en mesure de donner l’ordre de l’attaque au moment crucial. Pire encore, aucun des trois commandants de corps sudistes n’étaient aptes à prendre la relève. Quelques que soient leurs qualités, Hill, Ewell et Anderson n’étaient pas des Jackson, Longstreet ou Stuart et encore moins Lee. Le piège sudiste ne se referma donc pas sur les fédéraux qui ne l’appréhendèrent qu’en fin de journée après que les hommes de Hancock entrèrent en contact avec ceux de Rodes près de Doswell House. Une fois conscient de la menace, Grant fit annuler les attaques de tous ses corps qui s’arrêtèrent et se retranchèrent.[152]

Figure 84: Actions du 24 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of North Anna, Actions May 24, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Le même jour, Grant récupéra la cavalerie de Sheridan. Il est intéressant de noter que si les fédéraux avaient pu disposer de ces troupes, de rapides actions de reconnaissance de leur part au sud de la North Anna auraient très vite permis de déceler les positions des forces sudistes et donc de se prémunir contre le piège de Lee. Si celui-ci n’avait pas failli au moment crucial, l’absence de la quasi intégralité des cavaliers de Sheridan aurait pu coûter cher à l’Armée du Potomac.
Toujours le 24, Fitzhugh Lee attaqua le dépôt fédéral de Fort Pocahontas à Wilson’s Wharf sur la rive nord de la James que défendaient les troupes du général Edward Augustus Wild mais fut repoussé et se retira vers le nord pour rejoindre le reste de l’armée confédérée.[153]

Quoiqu’il en soit, le piège n’avait pas fonctionné et le 25 mai les deux armées campèrent sur leurs positions, derrière leurs fortifications. Grant ne fit pas immédiatement refranchir la rivière à ses troupes et les laissa là où elles se trouvaient, Hancock face au flanc droit sudiste au sud de la North Anna, Wright et Warren face au flanc gauche sur la même rive et Burnside face au centre de part et d’autre de la rivière. Bien que toujours dans une position délicate, les forces fédérales étaient dans une meilleure situation que la veille. Premièrement elles étaient maintenant retranchées derrière des fortifications qui réduisaient leur vulnérabilité et deuxièmement Grant avait fait établir des pontons en plusieurs points de la rivière afin d’en faciliter la traversée et ainsi accélérer tout mouvement de troupes d’un flanc à l’autre en cas de difficulté d’un côté ou de l’autre.[154] Grant espérait que Lee lancerait tout de même ses forces à l’attaque et bien que son positionnement n’était pas en sa faveur, il espérait que ces précautions lui offriraient une possibilité d’exploiter une ouverture qui lui permettrait de porter un coup aux sudistes. Grant n’était pas du genre à se replier mais plutôt à accepter le combat même si les chances étaient en sa défaveur et ce jour là il montra à nouveau ce trait de caractère en vain, les sudistes n’attaquèrent pas et la journée toucha à sa fin. Le commandant nordiste se résolu à l’idée de changer d’approche et fit replier ses hommes sur la rive nord de la North Anna le 26 mai afin de mettre en branle une nouvelle manœuvre de flanc pour encore une fois essayer d’amener Lee à lui livrer bataille.[155]

Figure 85: Positions des deux armées au soir du 25 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of North Anna, Positions May 25-26, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Afin de couvrir le repli de ses hommes, Grant fit conduire une série de manœuvres de diversion face aux lignes sudistes. La principale action fut l’envoi d’une division de cavalerie, celle de Wilson, traverser la North Anna en amont. Bien qu’en soit cela ne menaçait en rien les confédérés et n’apportait rien aux fédéraux mais eut de l’importance car cela convaincu Lee que Grant allait cette fois manœuvrer sur sa gauche de façon à progresser vers Richmond tout en coupant la Virginia Central Railroad qui reliait l’Armée de Virginie du Nord à la vallée de la Shenandoah et fournissait une grande partie de leurs approvisionnements aux forces confédérées. En la coupant, Grant gênait fortement le commandant sudiste. Mais celui-ci se trompait, Grant allait une fois de plus partir sur sa droite, comptant sur Hunter, qu’il venait d’envoyer prendre le commandement des forces fédérales dans la vallée en remplacement de Sigel, et sur le départ d’une partie des forces de Breckinridge, pour couper la Virginia Central Railroad et fermer l’accès de la vallée aux sudistes. Une deuxième raison poussait Grant à de nouveau manœuvrer sur la droite sudiste, la défense de sa ligne de communication qui le reliait à sa nouvelle base d’approvisionnement établie à Port Royal sur la Rappahannock le 22 mai.[156]

Au final, la bataille de la North Anna fut plutôt une série d’escarmouches entre des forces de plus ou moins grande ampleur avant que ce qui devait être une bataille majeure ne soit annulée aux derniers instants. Contrairement aux terribles combats qui avaient marqués les journées des deux camps depuis le début de la campagne, la North Anna représenta une pause ou à tout le moins un ralentissement de l’intensité comme le montra le tableau des pertes, environ 2000 hommes pour le Nord contre 1000 pour le Sud.[157] Mais le principal enseignement de la bataille fut de finalement montrer que Lee n’était pas infaillible, sa santé l’avait trahi à un moment qui aurait pu être crucial et l’Armée de Virginie du Nord ne disposait de personne à même d’enfiler les bottes du commandant en chef. Côté nordiste, ne sachant rien de la crise de commandement qui touchait les forces confédérés, Grant pensa que l’inaction sudiste était la preuve de l’épuisement de leurs forces et qu’il lui était possible de remporter la victoire décisive qu’il cherchait.[158]

Le 27 mai, Grant mit ses forces en marche avec pour objectif de franchir la Pamunkey River quelque part au nord de Richmond pour pouvoir menacer la ville tout en profitant de cette même rivière pour protéger le flanc gauche de ses forces au cours de leur progression. Les 5ème et 6ème corps ouvrirent la marche, respectivement suivi par les 9ème et 2ème corps. A la tombée de la nuit, Wright se trouvait aux alentours d’un carrefour un peu à l’est de Hanover Court House sur la rive occidentale de la rivière, Warren près de Mangohick Church, Hancock à Concord Church et Burnside à un carrefour un peu au nord de la position de Warren. Afin de raccourcir ses lignes de communications, Grant fit une nouvelle fois déplacer sa base d’approvisionnement, de Port Royal à White House.[159]

Côté confédéré, Lee réagit très vite au départ des fédéraux et disposait une fois encore de l’avantage des lignes intérieures pour manœuvrer. Anderson et Ewell, remplacé par Early car tombé malade, furent les premiers à se mettre en route, très vite suivi par Hill le même jour et le soir venu les deux premiers corps se situaient un peu au nord de Yellow Tavern et le troisième à Ashland. Depuis ces positions, Lee pouvait parer toute manœuvre fédérale tant qu’il ne savait pas exactement où ceux-ci se dirigeaient.[160] Dans la journée, deux petits engagements de cavalerie eurent lieu aux abords de la Panunkey, à Dabney’s Ferry et Crump’s Creek.

Le lendemain, 28 mai, la progression fédérale reprit sa marche. Wright, Hancock et Warren traversèrent la Pamunkey. Les deux premiers à Nelson’s Bridge et le troisième à Hanovertown et faisaient mouvement vers le sud-ouest alors que Burnside se trouvait toujours sur l’autre rive, aux abords de Mangohick Church.
La réaction de Lee fut immédiate. Premièrement, dans le but de chercher à en savoir plus sur les intentions fédérales dont un rapport l’informa de la présence sur la rive sud de la rivière, il envoya les cavaliers de Hampton vers Hanovertown afin de déceler si la traversée n’était le fait que de la cavalerie ou si l’infanterie suivait. Alors qu’ils se trouvaient aux alentours de Haw’s Shop, les sudistes entrèrent en contact avec les hommes de Gregg auxquels ils livrèrent un combat de cavalerie, le plus important depuis Brandy Station.[161] Après un combat disputé et avoir révélé la présence d’éléments des 2ème et 5ème corps fédéraux, les hommes de Hampton se replièrent. Lee était maintenant sûr que les nordistes progressaient vers Richmond. La seule inconnue restait de savoir si Grant allait tenter de franchir la Totopotomoy Creek ou s’il allait la contourner par l’ouest. Deuxièmement, en réaction à ce qu’il venait d’apprendre, il déplaça ses corps d’infanterie vers le sud-est, de façon à couvrir les accès à la capitale confédérée. La ligne défensive sudiste s’établit donc derrière la Totopotomoy Creek entre Atlee’s Station et Bethesda Church. Hill fut placé à la gauche des positions sudistes de façon à défendre la route vers Atlee’s Station, Anderson plaça ses forces à angle droit entre la rivière et la route orientée nord-sud près de Pole Green Church avec Early qui continuait sa ligne vers le sud et formant ainsi l’extrême droite confédérée qui couvrait les Shady Grove et Old Church Roads. Enfin, la division indépendante de Breckinridge faisait la jonction entre Hill et Anderson en défendant le passage de la Atlee’s Station Road sur la rive sud de la Totopotomoy Creek.[162]

Le 29 mai, les différents corps nordistes avancèrent prudemment vers la rivière à la recherche des lignes sudistes. Wright se trouvait sur la droite, face à Hill et Breckinridge, Hancock tenait  le centre face à Anderson et Warren formait  la gauche, par delà la rivière aux abords de Bethesda Church, face à Early. Enfin, le 9ème corps de Burnside se trouvait en réserve de Warren. A la fin de la journée, les fédéraux occupaient donc une fois encore une position de part et d’autre d’une rivière, les plaçant de nouveau dans une situation à risque car les sudistes se trouvaient alors dans la possibilité de séparer les deux ailes fédérales et de les détruire l’une après l’autre.[163]

Figure 86: Mouvements des deux armées du 27 au 29 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Overland Campaign, Movements May 27-29, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Ce ne fut que le 30 mai que les sudistes apprirent que les 5ème et 9ème corps avaient franchi la rivière mais la première pensée de Lee ne fut pas qu’une opportunité s’offrait à lui mais plutôt que la menace contre Richmond n’avait jamais été aussi grande. Car cela voulait dire que Grant se trouvait dans la possibilité de lancer aisément une nouvelle manœuvre vers le sud, vers la James River. Or, s’il atteignait cette rivière, mais surtout s’il la faisait franchir à son armée, il pourrait être en mesure de couper les lignes d’approvisionnements de la capitale et de l’Armée de Virginie du Nord en provenance du sud, des Carolines et de Géorgie, ce qui voudrait dire que Lee et ses hommes seraient isolés, assiégés. Les fédéraux avaient manqué cette opportunité deux ans plus tôt lorsque McClellan proposa cette solution qui fut rejetée par Washington alors que celui-ci venait d’être sans cesse repousser au cours de la deuxième phase de la campagne de la Péninsule. Mais cette fois, c’était Grant qui était au sommet de la hiérarchie militaire de l’Union et Lincoln, qui était lui au sommet de la hiérarchie politique, avait pleine confiance en lui. Deux autres nouvelles vinrent conforter Lee dans ses craintes. Premièrement, il apprit que Grant avait commencé à déplacer sa base d’approvisionnement à White House, indiquant qu’il comptait bien rester dans la région de la James. Deuxièmement, il fut informé qu’un corps d’armée fédéral, le 18ème du général William Farrar Smith, avait quitté les positions de l’Armée de la James près de Bermuda Hundred le 28 mai afin de rejoindre l’Armée du Potomac. Les premiers éléments de ce corps débarquèrent à White House le 30 mai et Lee vit très vite que depuis ce point, les renforts fédéraux seraient en mesure de marcher sur le carrefour de Cold Harbor d’où, en contrôlant les routes ils seraient en mesure de menacer le flanc droit et les arrières des forces sudistes ou de partir droit sur Richmond.[164]
Bien conscient de ce risque, Lee décida de profiter de l’avantage que lui offrait la disposition des forces fédérales pour les attaquer en espérant pouvoir sauver la situation qui lui semblait de plus en plus désespérée. Il ordonna donc à Early d’emmener son corps dans une attaque contre le flanc gauche nordiste avec celui de Anderson en soutien. Le contact entre les deux forces se produisit près de Bethesda Church et se solda par une victoire tactique des nordistes qui furent en mesure de maintenir leurs positions après qu’une contre attaque eut repoussé les forces sudistes qui les avaient initialement poussé à la retraite. Au final, Early, qui n’avait pas été assez déterminé dans son attaque car il n’avait envoyé ses divisions qu’une par une plutôt que d’un seul bloc, fut contraint de réoccuper ses positions initiales.[165]
Dans le même temps, à l’autre bout de la ligne, Wright et Hancock envoyèrent tous deux des éléments tester les défenses sudistes derrière la Totopotomoy Creek sans rencontrer de résultats probants et après des échanges plus ou moins violents se retirèrent sur leurs positions initiales, n’ayant trouvé aucune position offrant une chance d’être attaquée.[166]

Devant la nouvelle menace fédérale, Lee eut tôt fait de se rendre compte qu’il ne pouvait pas prélever des troupes dans les corps alors sous son commandement sans risquer de les affaiblir et d’offrir une opportunité aux fédéraux toujours présents face à sa ligne défensive. Il envoya donc un message à Davis l’urgeant de lui faire parvenir des renforts depuis les forces de Beauregard en arguant du fait que celui-ci pouvait à présent se passer d’une partie des ses hommes puisque Butler en avait lui-même laissé partir. Ainsi la division de Hoke se mit en route le jour même par rail.[167]

Figure 87: Mouvements et actions des 29 et 30 mai 1864

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Source: JESPEREN Hal, Overland Campaign, Movements May 29, Actions May 30, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Durant la soirée du 30, Grant dessina son nouveau plan d’action. Une fois encore, il allait faire manœuvrer son armée sur la droite sudiste mais cette fois sur une courte distance. Son objectif était le carrefour de Cold Harbor où il pourrait faire sa jonction avec les forces de Smith et d’où, s’il bougeait ses forces assez vite pour que Lee ne s’en aperçoivent que trop tard, attaquer le flanc droit confédéré qui, prit par surprise et par le nombre, serait écrasé. Grant espérait que la courte distance à parcourir rendrait possible la surprise mais une fois encore Lee avait deviné les intentions de son adversaire. Comprenant l’importance de Cold Harbor comme carrefour stratégique et surtout pour contrer la menace du 18ème corps qui arrivait droit dessus, Lee envoya les cavaliers de Fitzhugh Lee se positionner à Old Church avec pour instruction de défendre Cold Harbor contre toute force fédérale qui approcherait. De l’autre côté, Grant donna un ordre similaire à Sheridan, prendre et défendre Cold Harbor jusqu’à l’arrivée de l’infanterie de Wright qui se mit en marche depuis la droite de la ligne fédérale en passant derrière les autres corps à la tombée de la nuit. Le 31 mai, les cavaliers des deux armées s’affrontèrent à Old Church durant toute la journée, chacun des deux camps espérant l’arrivée de l’infanterie qui se fit attendre. Ce furent finalement les éléments de tête de Hoke qui arrivèrent les premiers. Pensant alors la relève assurée, Fitzhugh Lee fit replier ses cavaliers mais mal interprétant ce repli, les fantassins sudistes se replièrent également, laissant le carrefour de Cold Harbor à Sheridan qui l’occupa.[168]
Dans un premier temps, informé de l’arrivée du reste de la division de Hoke, Sheridan se retira de Cold Harbor, jugeant ne pas pouvoir défendre la position, mais Grant lui ordonna de s’y repositionner, ce qu’il fit et à la nuit tombante le carrefour était aux mains des nordistes qui y établirent de rapides fortifications de campagne.[169]

Le 1er juin au matin, Sheridan reçut l’attaque des hommes de Hoke et d’Anderson que Lee envoya reprendre le carrefour la veille au soir, puisqu’il était alors évident que Grant était en mouvement, et attaquer les forces fédérales devant arriver une par une. Mais les assauts confédérés manquèrent de puissance et les cavaliers nordistes, aidé de leur carabine à répétition furent en mesure de repousser les attaques jusqu’à l’arrivée du 6ème corps vers 10 heure. Une fois en place, Wright commença à retrancher ses troupes et Anderson en fit autant.[170]
Dans l’après midi, la ligne fédérale s’étendait de Cold Harbor à Polly Hundley Corner, sur la rive nord de la Totopotomoy Creek en passant par Bethesda Church et Pole Green Church et était tenue du sud au nord par Wright, Smith, Warren, Burnside et Hancock. De l’autre côté, les sudistes étaient eux établis face aux nordistes entre New Cold Harbor et Atlee’s Station, ayant ainsi chaque flanc ancré sur une rivière, la Chickahominy à droite et la Totopotomoy à gauche. Anderson défendait le flanc droit, Early le centre et Hill, qui avait déplacé son corps sur les anciennes positions d’Anderson la veille, tenait la gauche.
En fin de journée, Wright et Smith lancèrent une attaque contre les positions de Anderson qui n’avait pas encore eu le temps de les fortifier correctement. L’attaque fédérale fut finalement repoussée mais au prix de lourdes pertes dans les deux camps, Anderson ayant du envoyer ses forces placées en réserve pour empêcher les fédéraux d’exploiter une brèche.[171]

Figure 88: Positions des deux armées le 1er juin 1864

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Source: JESPEREN Hal, Overland Campaign, Positions afternoon, June 1, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Prenant conscience grâce à cette attaque que la gauche sudiste était fébrile, Grant et Meade s’accordèrent pour décider de lancer une nouvelle offensive en ce point dès le lendemain. Mais pour renforcer l’attaque, Hancock reçu pour instruction de quitter la droite fédérale pour rejoindre l’extrême gauche à la tombée de la nuit afin d’être en place le 2 juin à l’aube.[172] De l’autre côté, comprenant que son flanc n’était pas assez solide, Lee fit déplacer la division de Breckinridge à la droite de Anderson et se prépara également à déployer deux des trois divisions de Hill à droite de Breckinridge dès le lendemain alors que la troisième se placerait elle à la gauche de Early.

Au matin du 2 juin, les fédéraux auraient donc normalement dû lancer une attaque massive avec les 2ème, 6ème et 18ème corps mais l’épuisement de la campagne se fit sentir dans les rangs nordistes. Premièrement, les hommes étaient fatigués physiquement si bien que cette marche de nuit ne put se faire avec la vitesse nécessaire. Deuxièmement, ils étaient épuisés mentalement, ce qui causa un manque de concentration qui leur fit prendre la mauvaise route et donc gaspiller du temps. Quoiqu’il en soit, aux premières lueurs du jour, seuls les éléments de tête du 2ème corps se trouvaient à Cold Harbor. Dans un premier temps, Grant décida donc de reculer l’heure de l’attaque à 17 heure avant de finalement la postposer au lendemain.[173]

Le délai ainsi offert aux sudistes allait s’avérer très couteux pour les fédéraux. Premièrement, cela permit à Lee d’achever le déplacement de ses dernières unités – Breckinridge et les deux divisions de Hill – le long de sa ligne défensive. Deuxièmement, il lança de petites attaques ciblées afin de s’emparer de positions défensives naturelles afin de renforcer ses défenses. Breckinridge s’empara de Turkey Hill sur la droite et la dernière division de Hill avança sur la Old Church Road au nord de Bethesda Church sur la gauche. Enfin, probablement le point le plus important, tout au long de la journée, les sudistes s’attelèrent à renforcer leurs fortifications sur l’ensemble de la ligne.[174]
Alors que côté sudiste Lee était satisfait à juste titre de sa préparation pour la probable bataille du lendemain, Grant n’avait lui aucune raison valable de l’être. Premièrement les délais rencontré dans la planification de son attaque depuis la veille aurait dû l’alerter sur l’opportunité de renforcement des fortifications par son adversaire qui lui avait déjà fait le coup plus d’une fois au cours de cette campagne. Deuxièmement, bien que ses hommes avaient pu se reposer un peu, ils n’étaient pour la plupart pas encore remis physiquement et moralement du mois qui venait de s’écouler. Un élément révélateur de cet état d’esprit se déroula dans de nombreuses unités. Les hommes écrivirent leur noms sur de petits papiers qu’ils cousirent sur leurs uniformes afin que leurs cadavres puissent être identifiés. Contrairement à ce que Grant pensait, le moral des hommes de l’Armée du Potomac n’était pas bon et certainement pas supérieur à celui des confédérés. Enfin, la préparation tactique de l’assaut fut, à l’exception de l’heure de déclenchement, inexistante, les différents commandants de corps ayant reçu une totale latitude à ce niveau et ce sans aucune coordination entre eux.[175]

Le 3 juin à l’aube, les trois corps fédéraux montèrent à l’assaut des fortifications sudistes. Derrière celles-ci, les confédérés étaient prêts et le firent très vite sentir à leurs ennemis. Dès les premiers instants de l’attaque, un feu nourri de canons et de mousquets s’abattit sur les fantassins nordistes, les taillant en pièces et mettant une halte rapide à leur avance sur la quasi intégralité de la ligne avant qu’ils ne se replient sur leurs positions initiales. Dans l’ensemble, l’attaque ne dura pas plus d’une heure. Seul succès mineur, Barlow effectua une petite percée dans les lignes de Breckinridge avant que Hill ne l’en évacue avec l’aide de la réserve.
Une fois informé que l’attaque avait été repoussée, Grant ordonna son renouvellement à plusieurs reprises mais sans succès, si bien qu’en début d’après-midi, il se résolu à annuler l’offensive. Plusieurs raisons expliquent l’impossibilité pour les fédéraux de remonter à l’attaque. Premièrement, les commandants de corps refusèrent d’avancer tant qu’ils n’avaient pas l’assurance de voir leur flancs être sécurisés et se renvoyèrent la balle. Deuxièmement, après le choc du premier assaut, les soldats fédéraux n’étaient pas enclin à avancer n’importe comment et préférèrent éviter les tirs le plus possible tout en eux-mêmes n’ouvrant le feu que de loin. Les artilleurs des deux camps passèrent également l’avant midi à s’échanger des politesses sans grand résultat. Au final les fédéraux perdirent environ 7000 hommes, la grande majorité dans l’attaque initiale, contre un maximum de 1500 pour les confédérés.[176] Grant déclara plus tard, qu’il ne regretta aucune attaque plus que celle de ce 3 juin 1864.

Figure 89: Positions des deux armées le 3 juin 1864

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Source: JESPEREN Hal, Battle of Cold Harbor, Actions June 3, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

Après le choc de Cold Harbor, les deux camps campèrent sur leurs positions durant plusieurs jours. Côté sudiste, Lee était satisfait de sa ligne défensive et en ayant prouvé la solidité n’avait aucune raison de la quitter. De l’autre côté, Grant faisait face à un dilemme. D’une part, il ne pouvait tenter une autre attaque contre les fortifications sudistes, et ce pour trois raisons. La première était presque évidente, il venait d’y subir un cuisant échec et rien ne pouvait laisser penser qu’une même attaque se solderait par un résultat différent.
La seconde, malgré les lourdes pertes subies par l’Armée du Potomac depuis le début de la campagne, n’avait pas encore été un facteur et apparu au lendemain de l’échec de Cold Harbor. Depuis la Wilderness, les fédéraux avaient perdu approximativement deux fois plus d’hommes que les sudistes dans une série d’attaque contre des positions défensives. Mais à Cold Harbor, ce ratio devint très lourd pour les nordistes qui perdirent environ cinq fois plus d’hommes que leurs adversaires. Or, bien que l’Union disposait d’un réservoir d’hommes pouvant être appelé sous les drapeaux, cet avantage connaissant un ralentissement durant cette phase de la guerre, tous les renforts disponibles, c’est-à-dire ceux entrainés et prêts au combat, avaient été envoyés aux différentes armées nordistes, si bien qu’aucune autre troupe ne serait prête avant plusieurs mois et donc que chaque homme perdu par Grant ne serait tout simplement pas remplacé. La conséquence était claire, le commandant nordiste ne pouvait plus espérer lancer des attaques aussi couteuses tout en étant certain de maintenir sa supériorité numérique.[177]
Enfin, la troisième raison tenait à l’état psychologique des hommes de l’Armée du Potomac. Comme le montra l’attaque de Cold Harbor, et surtout la soudaineté avec laquelle elle arriva à son terme, les soldats fédéraux refusant de poursuivre le carnage. Les nordistes n’étaient plus enclin à accepter des attaques suicidaires basées sur soit des tactiques inappropriées à la nouvelle forme de guerre qui faisait son apparition en Virginie soit à l’incompétence des officiers supérieurs comme cela avait souvent été le cas depuis le début de la campagne.[178]
D’autre part, Grant, coincé entre la Chickahominy et la Totopotomoy ne pouvait pas non plus se permettre d’effectuer un déplacement rapide sur une courte distance car cela ne ferait que déplacer le problème. Là où il se trouvait, les rivières l’empêchaient de prendre de flanc les confédérés en ralentissant toute manœuvre nordiste  . Or même s’il franchissait la Chickahominy, Grant serait de nouveau bloqué de la même manière par la James.[179]

Enfin, Grant ne pouvait pas opter pour une troisième solution, ne  pas bouger et assiéger les sudistes car d’où ils se trouvaient, les fédéraux ne pouvaient pas couper les approvisionnements de Richmond et de l’Armée de Virginie du Nord puisque les deux artères ferroviaires alimentant les sudistes étaient toujours ouvertes et les échecs rencontrés par les forces de Butler dans la Péninsule et de Hunter dans la vallée de la Shenandoah ne laissaient entrevoir aucune ouverture de ce côté pour couper ces voies ferrées et isoler la ville.

Grant dût donc se résoudre à opter pour la deuxième solution mais sur une distance plus grande. Il ne s’agissait donc pas d’un replacement tactique mais bien d’une nouvelle manœuvre stratégique sur la droite confédérée. Le plan de Grant prévoyait de faire traverser la Chickahominy puis la James afin d’incorporer les forces de Butler et de prendre le nœud ferroviaire de Petersburg, coupant la voie d’approvisionnement sud de Richmond en plus de progresser vers le nord pour couper l’approvisionnement par la James et la Richmond and Danville Railroad. Trois chemin de fer se rejoignait à Petersburg avant de continuer vers la capitale confédérée, la Lynchburg and Petersburg Railroad, la Weldon and Petersburg Railroad et la Norfolk and Petersburg Railroad. Dans le même temps les cavaliers de Sheridan partiraient eux pour le nord-ouest afin d’aller couper la Virginia Central Railroad sur plusieurs kilomètres en direction de Gordonsville et de rejoindre Hunter, qui avait repris la marche dans la vallée de la Shenandoah, quelque part près de Charlottesville pour l’aider à la conquérir pour de bon.[180] Ce nouveau raid confié à Sheridan avait également pour objectif de réaliser une diversion qui attirerait sans doute une grande partie de la cavalerie confédérée et priverait Lee d’une source de renseignements majeure sur les mouvement de l’infanterie fédérale.[181]
Avec ce plan, en coupant toutes les voies de ravitaillements de la cité, Grant espérait amener Lee dans une situation où trois choix s’offriraient à lui. Abandonner la capitale sudiste aux fédéraux car devenue indéfendable, y être assiéger et lentement mais surement voir ses forces s’affamer au point de ne plus pouvoir combattre et être contraint à la reddition ou attaquer les forces nordistes qui disposeraient au minimum de la supériorité numérique si elles n’avaient pas déjà eu le temps d’établir des fortifications de campagne qui augmenteraient considérablement leurs chances de victoire. En d’autres termes, accorder à Grant la bataille en terrain ouvert qu’il cherchait depuis le franchissement de la Rapidan un mois pus tôt.[182] D’une certain manière, cette nouvelle manœuvre marqua un changement dans l’approche stratégique de Grant. Plutôt que de s’en prendre directement à l’armée ennemie, il comptait s’en prendre à ses approvisionnements afin de l’affaiblir puisqu’elle restait trop forte pour être détruite de façon directe.[183]

Le 5 juin, Grant donna ses ordres à Sheridan.[184] Le même jour, il informa Meade de la suite des opérations et lui fit établir une ligne défensive, derrière celle alors tenue par les forces fédérales afin de couvrir la manœuvre à venir et la protéger contre une attaque sudiste. Enfin, il envoya l’un de ses aides de camps, Horace Porter, porter un message à Butler afin de l’informer et de lui donner ses instructions alors qu’un deuxième, Cyrus Comstock, fut chargé de trouver l’endroit où établir un ponton sur la James.[185] Le 27 mai, Grant avait fait prévenir le commandant de sa brigade d’ingénieur, le général Henry Washington Benham, qui se trouvait à Washington, de déplacer ses troupes et ses ponton à Fort Monroe.[186]
Grant avait donc prit sa décision, il lui restait maintenant à en préparer les détails organisationnels. Le commandant nordiste était bien conscient qu’un risque majeur se dressait sur son chemin, la traversée d’une rivière en faisant face à un ennemi n’était jamais une chose aisée mais cette fois il devait le faire deux fois dont l’une, la James, était très large et donc plus risquée. Grant devait dès lors minutieusement préparer son plan pour ne pas perdre de temps. Il lui fallait être hors de portée de Lee avant que celui-ci n’attaque les fédéraux en pleine manœuvre et ne saisissent l’opportunité de les frapper corps après corps voire peut-être de détruire l’Armée du Potomac. En d’autres termes, Grant devait « voler une marche » à Lee, ce qu’il avait échoué à faire à quatre reprises depuis le début de la campagne.[187]

Mais des craintes apparurent à Washington vis-à-vis de ce plan, particulièrement en la personne de Halleck qui estima dangereux de manœuvrer de façon à ne laisser aucune force entre Lee et la capitale fédérale car cela risquerait d’ouvrir la porte à une action sudiste dans cette direction, surtout alors que Grant avait fortement réduit la garnison de la ville. Mais le commandant nordiste s’empressa de dissiper ces craintes en faisant savoir qu’il mettrait une pression suffisante sur l’Armée de Virginie du Nord pour que Lee ne puisse se passer d’aucune de ses troupes. Cependant, les évènements allaient très vite donner tort à Grant. Le 6 juin, Lee fut informé de la victoire de Hunter à la bataille de Piedmont dans la vallée de la Shenandoah. Comprenant très vite que la défaite des forces sudistes laissait planer une grande menace sur ses approvisionnements, Lee fut contraint de renvoyer les deux brigades de Breckinridge dans la région afin d’y contenir l’avancée fédérale avant qu’elle n’atteigne Lynchburg, l’autre nœud routier majeur de Virginie par lequel passait la Orange and Alexandria Railroad avant de croiser la Virginia Central Railroad à Gordonsville, la Lynchburg and Petersburg Railroad, la Virginia and Tennessee Railroad et la James. Ainsi, le 7 juin à l’aube, Breckinridge se mit en marche, bien déterminé à une fois encore infliger un cinglant revers aux nordistes.[188]

Le même jour, Sheridan, qui avait rassemblé les divisions de Torbert et Gregg, environ 8000 hommes, à New Castle Ferry pour y traverser la Panunkey, se mit en route pour la vallée avec pour premier objectif la Virginia Central Railroad. Sans tarder, Lee fut informé du départ de Sheridan et en comprit le but, aussi il se résolu à lancer Hampton et l’ensemble de ses cavaliers, environ 5000 hommes, à la poursuite dès le 9 juin afin d’empêcher les cavaliers nordistes d’atteindre la vallée.[189]
Les hommes des deux camps progressèrent parallèlement les uns des autres. Le 8 juin, Sheridan avait atteint Pole Cat Station. Au soir du 9, il se trouvait à environ 10 kilomètres au nord-ouest de Chilesburg alors que Hampton était Frederick’s Hall Station. Le même jour, toujours dans le but de préparer le mouvement de son armée, Grant fit aussi déplacer sa base d’approvisionnement depuis White House jusqu’à City Point, sur la rive sud de la James.

Le 10 juin au soir, ayant correctement deviné où Sheridan entendait frapper la Virginia Central Railroad, Hampton occupait une ligne défensive entre Louisa Court House où se trouvait la division de Fitzhugh Lee et Trevilian Station où se trouvait sa propre division alors que les fédéraux se trouvaient eux à Clayton’s Store. Le choix de la région de Trevilian Station était relativement logique pour Sheridan qui au cours de sa progression usa le plus longtemps possible de la North Anna pour protéger son flanc gauche avant de fondre sur la voie ferrée confédérée, quelque part entre Gordonsville et Louisa Court House, une fois que ses forces auraient dépassé l’amont de la rivière. De l’autre côté, Hampton usa de la même rivière pour couvrir son flanc droit en progressant le long de la ligne de chemin de fer tout en profitant des lignes intérieures pour devancer son adversaire dans la zone qu’il supposait être la cible des fédéraux. Les cavaliers sudistes profitèrent également du fait qu’ils étaient plus légers que leurs adversaires pour se déplacer d’autant plus vite.[190]

Le 11 juin, les cavaliers des deux camps engagèrent un combat qui tourna très vite en une mêlée confuse au terme de laquelle les deux divisions sudistes furent séparées et repoussées près de leurs points de départ avec Sheridan entre les deux. Au matin du 12, Fitzhugh Lee contourna les lignes fédérales pour faire sa jonction avec Hampton, comprenant que les fédéraux allaient chercher à pousser vers Gordonsville pour tenter d’ouvrir la voie vers la vallée de la Shenandoah. Plusieurs attaques contre les positions sudistes furent repoussées au cours de la journée et finalement, après avoir détruit le peu qu’il pouvait de voie ferrée, Sheridan avoua son échec et décida de rejoindre l’Armée de Potomac qu’il atteignit 9 jours plus tard après avoir suivi la même route qu’à l’aller. Ce faisant, Sheridan abandonna par la même occasion sa mission de rejoindre Hunter dans sa quête de Lynchburg. Lors de la bataille de Trevilian Station, l’engagement de cavalerie le plus meurtrier de la guerre, les nordistes perdirent environ 1500 hommes contre près de 1000 pour les sudistes qui avait réussi à prévenir une grosse menace contre les forces confédérées défendant la vallée.[191]

Figure 90: La deuxième campagne de cavalerie de Sheridan en Virginie

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Source: JESPEREN Hal, Sheridan’s Raid to Trevilian Station, Movements June 7-10, 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

La nouvelle de la défaite de Sheridan et de l’abandon de son plan de rejoindre Hunter ne fut qu’un demi soulagement pour Lee qui venait de recevoir un autre rapport venant de la vallée, celle là beaucoup moins favorable aux sudistes. Hunter avait tout de même reçu du renfort, les troupes de Averell et Crook jusqu’alors présentes en Virginie Occidentale, de l’autre côté des Allegheny Mountains pour y combattre la guérilla pro-sudiste. Le résultat de cet ajout de force amena Hunter à commander environ 20 000 hommes, soit bien plus que la maigre force de Breckinridge de plus ou moins 3000 hommes qui lui barraient le chemin près de Charlottesville.[192] Lee fut donc contraint de préparer le départ d’une partie conséquente de ses propres forces afin de prévenir cette nouvelle menace contre sa ligne d’approvisionnement. Ainsi, ce fut vers l’ancien corps de Jackson, celui même qui avait déjà été le héros de la première campagne de la vallée de la Shenandoah que Lee tourna son regard et décida donc d’envoyer Early dans la région pour contrer Hunter. Lee entrevit même là une possibilité de mettre un coup d’arrêt à la campagne de Grant contre Richmond en le forçant à revenir vers le Nord pour défendre Washington ainsi menacée par une invasion depuis la vallée qui à deux reprises avait déjà servi de voie d’invasion du Nord par le commandant sudiste. Et même si toutes les forces de Grant n’étaient pas rappelées vers le Nord, Lee estimait qu’il serait en mesure de faire face à celles restantes pour les forcer à se retirer des abords de la capitale. Sa décision prise, le 12 juin, il donna ses instructions à Early qui devait partir dès le lendemain.[193] Lee était bien conscient que se séparer de l’un de ses trois corps réduisait considérablement ses forces et le plaçait dans une situation précaire, et ce alors que des rumeurs d’un nouveau déplacement de l’Armée du Potomac se faisaient entendre, mais c’était un risque nécessaire à prendre.

Ces rumeurs n’étaient pas infondées, loin de là. Le même jour, le 18ème corps de Smith fut le premier à quitter les lignes fédérales et embarqua à White House pour rejoindre Bermuda Hundred en bateau. Dans le même temps, les cavaliers de Wilson prirent position à Long Bridge sur la Chickahominy, où ils établirent un rapide ponton pour remplacer le pont détruit, et ouvrir la route au 5ème corps de Warren qui progressa jusqu’à Riddell’s Shop pour y établir une position défensive afin de protéger le flanc des autres forces fédérales et amener Lee à croire que l’Armée du Potomac se déplaçait entre la Chickahominy et la James, pas au delà. Le 9ème corps pour sa part se mit en direction de White House puis obliqua vers le sud pour se rapprocher de la Chickahominy. Enfin, les 2ème et 6ème corps se retirèrent eux vers la nouvelle ligne défensive que Meade avait fait préparer.
De l’autre côté, le soir, les confédérés ouvrirent leur habituel feu d’artillerie contre les positions fédérales afin de s’assurer que les nordistes n’avaient pas bougé. Cependant, cette fois la réponse fut moins appuyée que d’habitude ce qui mit la puce à l’oreille du commandant sudiste.[194]

Le 13 au matin, alors que Early prit la route de vallée, Lee envoya des tirailleurs de ses deux autres corps reconnaitre les positions fédérales et s’aperçu très vite qu’ils n’y étaient plus. Pensant, comme le voulait Grant, que l’Armée du Potomac se replaçait au sud de la Chickahominy, Lee fit traverser la rivière à ses hommes et les envoya vers Riddell’s Shop.
Pendant ce temps, les fédéraux continuèrent leur avance vers la James. Le 2ème corps traversa lui aussi à Long Bridge avant de passer dans le dos du 5ème corps et atteignit la James à Wilcox’s Landing alors que les 6ème et 9ème corps en firent de même à Jones Bridge, plus à l’est, avant de marcher vers Charles City Court House.

Le 14, Lee ordonna à ses forces de continuer vers Riddell’s Shop mais ils n’y trouvèrent personne. Warren était parti et Lee ne connaissait pas la position des forces fédérales. Privé de sa cavalerie – à l’exception des deux brigades de W.H.F. Lee – qui venait à peine de se remettre en route après Trevilian Station, Lee manquait cruellement de renseignements. A ce moment deux options se présentaient à lui, rester entre la Chickahominy et la James pour protéger Richmond où se diriger en vitesse vers Petersburg pour défendre le carrefour ferroviaire dans le cas ou Grant serait en train de franchir le fleuve. Mais ne sachant pas où se trouvaient les forces fédérales, Lee était contraint d’attendre qu’ils réapparaissent. Il positionna donc une ligne défensive entre Glendale et Malvern Hill d’où il pouvait défendre Richmond et Drewry’s Bluff dans le cas où il devrait traverser la James en urgence pour venir aider Beauregard alors que l’Armée du Potomac attaquerait.
De leur côté, les nordistes ne perdaient pas de temps. Le 2ème corps commença à franchir la James par transport à Wilcox’s Landing alors que d’autres attendaient la fin de la construction du ponton établit en aval de City Point.[195] Le même jour, Smith arriva à bermuda Hundred.[196]

Le 15, le 2ème corps était intégralement sur la rive sud et le train d’approvisionnement ainsi que le 9ème corps passèrent le ponton. Sans perdre de temps, Hancock se mit, avec le 18ème corps et les cavaliers du général August Valentine Kautz de l’Armée de la James, en marche vers Petersburg. Smith emmena ses hommes vers Point of Rocks avant de leur faire traverser la James sur un ponton pour avancer vers la ville par le Nord pendant que Hancock arrivait lui de l’est depuis son point d’accostage sur la rive sud du fleuve. Mais les deux corps connurent des délais qui eurent pour conséquence que les premières forces à avancer vers la ville, le corps de Smith avec Hancock quelques kilomètres derrière lui, ne le firent qu’à partir de 19 heure. Très vite, la ligne sudiste – appelée la Dimmock Line du nom de son constructeur – puissamment fortifiée mais peu défendue par les 2 200 hommes du général Henry Alexander Wise, fut rapidement prise par les fédéraux, les confédérés se repliant derrière la Harrison’s Creek. Mais plutôt que de pousser pour prendre la ville qui était à portée de main, les nordistes hésitèrent et la nuit tombant, la rumeur de renforts sudistes enflant et pensant la bataille déjà gagnée puisque les fortifications étaient prises, décidèrent d’en rester là. Sans encore le savoir, les fédéraux venaient là de perdre l’opportunité de prendre Petersburg sans plus de combat. Beauregard usa de ce répit pour commencer la construction d’une nouvelle ligne défensive et, dans la nuit, Lee se prépara à faire mettre en marche des renforts. Premièrement, il renvoya la division de Hoke rejoindre Beauregard. Enfin, il se prépara à dépêcher la division de Pickett, suivie de celle de Field, qui en chemin furent cependant redirigées vers la Howlett Line, la ligne défensive se trouvant face aux forces de Butler dans la petite péninsule de Bermuda Hundred que Beauregard avait fait évacuer afin de redéployer les troupes du général Bushrod Rust Johnson sur les défenses de Petersburg.[197]

Le 16 juin, Hill tint seul la ligne sudiste à l’est de Richmond avec la dernière division de Anderson pendant que les autres se dirigeaient vers le sud. Dans le même temps, les fédéraux de Burnside et Warren avançaient vers Petersburg, les forces de Wright étaient pour la plupart en route vers Bermuda Hundred et le reste derrière Warren vers Petersburg. En effet, le matin, l’une des divisions du 6ème corps traversa sur le ponton alors que les deux autres embarquèrent dans des transports à Wilcox’s Landing pour rejoindre directement Bermuda Hundred après que le 5ème corps eut franchit la rivière avec ces mêmes transports. Mais ne disposant pas de ces informations et Beauregard incapable de les lui fournir, Lee, ne sachant toujours pas sur quelle rive de la James se trouvait le gros de l’Armée du Potomac, ne pouvait pas encore prendre le risque de faire faire mouvement à Hill. Les fédéraux ne poussèrent pas plus vers Petersburg ce jour-là mais pour le lendemain, la menace sur Beauregard qui, en regroupant toutes ses forces plus quelques unes venues de la garnison de Richmond, comptait environ 14 000 hommes face aux quelques 80 000 de Grant, devenait presque insoutenable. Comme la veille, ce fut d’une part la désorganisation et d’autre part la crainte de voir les forces sudistes leur tomber dessus alors que toutes les forces n’étaient pas encore réunies qui retint les fédéraux, les empêchant de saisir la ville qui leur tendait pourtant les bras.[198]

Figure 91: Mouvements de Cold Harbor à Petersburg

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Eastern Virginia, 1864, Movements to the James River, 12-16 june 1864, West Point: Department of History.

Mais finalement, le 17, les nordistes ne montèrent toujours pas à l’assaut avec détermination. Warren avança mais alors qu’il aurait pu flanquer la droite de Beauregard, dont il ignorait la position, se contenta de repousser des tirailleurs qui harcelaient sa ligne. Burnside avança lui aussi timidement au centre mais fut repoussé alors que Hancock, dont le corps était sous le commandement de Birney en raison de la réouverture de sa blessure de Gettysburg, resta inactif. Dans le même temps, Butler avait profité du retrait des confédérés de la Howlett Line pour l’occuper et avancer jusqu’à Port Walthall Junction mais très vite, Pickett et Field  repoussèrent les nordistes et reprirent la ligne sans que les forces de Wright, qui débarquaient seulement, ne puissent rien y faire. A la tombée de la nuit, Burnside et Birney firent une nouvelle tentative contre le centre de la ligne sudiste de Petersburg et après un premier succès qui leur permit de s’emparer d’une partie des fortifications, furent stoppés bien que pas repoussés et la nuit tombante, Meade mit un terme à l’offensive.[199] Durant la nuit, Beauregard se replia sur sa nouvelle ligne défensive enfin terminée et informa Lee que l’ensemble de l’Armée du Potomac était sur la rive sud de la James. Enfin sûr de l’objectif de son adversaire, Lee ne perdit pas de temps et donna des instructions pour déplacer l’ensemble de ses forces vers Petersburg, à l’exception d’une division, celle de Pickett, qu’il maintint sur la Howlett Line face à Butler.[200]
Le même jour, après avoir parfaitement accompli leur mission qui était de fournir un écran impénétrable pour masquer aux sudistes les opérations fédérales, les cavaliers de Wilson traversèrent eux aussi via la ponton que les ingénieurs fédéraux démontèrent dès le lendemain.

Le 18, Meade fit, tôt au matin, avancer ses hommes vers la Dimmock Line qu’ils trouvèrent abandonnée. Poursuivant leur progression après s’être réorganisé, les fédéraux trouvèrent la nouvelle ligne défensive de Beauregard et l’attaquèrent en début d’après-midi seulement pour être accueillis et repoussés sèchement par les forces de Anderson tout juste arrivées sur place alors que Hill n’arriverait lui qu’à la tombée de la nuit. Devant ce qui commençait à ressembler à un nouveau Cold Harbor, les soldats fédéraux se montrèrent très vite retissant à remonter à l’attaque. Seul un régiment de recrues du Maine obéit aux ordres et attaqua pour seulement être taillé en pièce par les défenseurs. Conscient de l’état des troupes, physiquement et moralement, et de l’échec de leur tentative de prendre Lee de vitesse à Petersburg, Meade et Grant arrivèrent à la conclusion qu’il fallait se résoudre à établir le siège et laisser les troupes se reposer et se réorganiser. Mais Richmond n’était pas encore coupée de tout, les fédéraux allaient encore devoir travailler dur avant de mettre la ville et l’Armée de Virginie du Nord à genoux.[201]

Figure 92: Actions du 18 juin 1864 contre les défenses confédérée de Petersburg

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Source: UNITED STATES MILITARY ACADEMY, Eastern Virginia, 1864, Siege of Petersburg, federal attacks, 18 June 1864, West Point: Department of History.

Tôt dans la campagne, après avoir compris que Grant n’était pas du même acabit que ses précédents adversaires et ne repasserait pas la Rapidan à moins d’y être amené par la force, Lee s’était entretenu avec Early et lui avait annoncé que si l’Armée du Potomac atteignait la James, la confrontation entre les deux armées tournerait immanquablement en un siège, les nordistes se retrouvant aux abords de Richmond avec la possibilité d’en couper les approvisionnements alors que les sudistes seraient eux contraints de défendre la ville, la capitale de la Confédération ne pouvant être abandonnée pour des raisons politiques et symboliques. Et avec cette nouvelle manœuvre de l’armée fédérale, c’était bien là que la situation en était arrivée. Pour la première fois depuis le début mai, Grant avait été capable de prendre Lee de vitesse après avoir échoué à le faire à quatre reprises, le commandant sudiste ayant à chaque fois deviné et contré les plans nordistes. Mais cette fois, Lee ne put rien faire, privé d’une trop grande partie de sa cavalerie, il fut incapable de deviner les intentions de son adversaire et prit entre la défense de deux cibles potentielles de part et d’autres de la zone, Richmond et Petersburg, il ne put prendre le moindre risque sans être sûr de l’objectif de Grant, ce qui explique pourquoi il a mit tant de temps avant de franchir la James, arrivant juste à temps pour sauver la situation mais bien trop tard pour exploiter toute possibilité de frapper l’Armée du Potomac en pleine manœuvre alors qu’elle devait traverser deux rivières de taille importantes. Et justement c’est probablement là que se trouvait la pièce maitresse du plan de Grant. En envoyant Sheridan dans un raid contre la Virginia Central Railroad, il s’assura que Lee serait contraint de se passer d’une grande partie de sa cavalerie et bien que les cavaliers nordistes furent vaincus et repoussés sans pouvoir détruire sensiblement la voie ferrée ni rejoindre la vallée, l’objectif le plus important de ce raid fut donc atteint.[202] Pour le reste, les cavaliers de Wilson assurèrent parfaitement l’écran que ceux W.H.F. Lee, trop peu nombreux, ne purent percer. Cependant, alors que la première partie de son plan, amener ses forces sur la rive sud de la James, se déroula à la perfection comme il l’avait déjà fait dans sa campagne contre Vicksburg, entre autre grâce à la performance des troupes du génie fédéral, la seconde, foncer sur Petersburg et en prendre le contrôle, ne se passa aussi bien. Grant, peut-être trop sûr de lui et de la qualité de ses subalternes, se mit en rentrait et laissa le commandement des opérations à ces derniers qui ne furent pas capables de saisir Petersburg alors que la ville était à peine défendue, en tout cas par trop peu de forces pour pouvoir être tenue, parce qu’ils perdirent trop de temps et furent trop prudents au moment crucial, sans doute échaudés et épuisés par l’horreur des batailles livrées lors du mois et demi écoulé, particulièrement celles du Bloody Angle de Cold Harbor. La conséquence de cela fut de laisser du temps à Lee, en profitant des lignes intérieures, pour amener in extremis l’ensemble de ses forces à Petersburg pour défendre la ville et surtout les lignes d’approvisionnements de la ville et de l’Armée de Virginie du Nord. Avec la décision de Grant, le 18 juin, d’établir le siège de la ville, prit fin la campagne de l’Overland et commença celle que nous nommerons de l’Appomattox, la dernière du théâtre de Virginie.

La campagne de l’Overland apporta plusieurs enseignements, aussi bien sur le déroulement du conflit que sur l’évolution de l’art de la guerre en général. Les combats incessants que se livrèrent les deux armées marquèrent de façon claire la transition entre les tactiques des guerres napoléoniennes vers celles qui seront amenées à leur paroxysme avec la Première Guerre Mondiale, pour la première fois ces changements devenaient indéniables. Parmi ceux-ci, notons l’occurrence de combats quasi permanents, les belligérants ne se séparant que brièvement pour recommencer un peu plus loin avec la conséquence de toucher durement le moral et même la santé psychologique des hommes, cela marqua la fin de l’idée de la bataille décisive. Notons également le recours systématique aux fortifications de campagne afin de se protéger de la puissance de feu de l’adversaire et augmenter ses propres défenses avec pour conséquence d’ouvrir l’ère des guerres de tranchées avec ses bombardements, ses tireurs d’élite, ses conditions de vie difficiles, son no man’s land, ses assauts meurtriers, ses nouvelles tactiques et technologies et finalement son immobilisme.[203]
Pour ce qui relève de l’évolution du cours de la guerre elle même, cette campagne permit, certes avec un coût très élevé, à Grant de s’imposer stratégiquement en conquérant l’espace entre la Rapidan et Richmond – près de 130 kilomètres -, espace qui, entrecoupé de nombreuses rivières coulant d’ouest en est et de régions fortifiées, favorisait la défense. En un mois et demi, Grant s’assura donc de ne plus avoir à batailler pour franchir ces écueils et donc priver la Confédération d’une solide zone tampon, réalisant là l’une des plus importantes conquête territoriale stratégique de la guerre, et immobilisant pour de bon l’Armée de Virginie du Nord qui, à maintes reprises fit trembler l’Union même s’il le fit sans pour autant être capable de la défaire tactiquement, toutes les batailles ayant finit en une impasse favorable aux sudistes.[204] Lors de sa campagne de la Péninsule, l’usage de la prépondérance navale de l’Union avait permit à McClellan de réaliser la même progression que Grant mais sans avoir eu à livrer autant de combats acharnés. Cependant, l’apport de la lutte incessante que les deux armées se livrèrent en ce printemps 1864 se révèlera déterminant pour la suite des hostilités. Lorsqu’il arriva devant Richmond, McClellan faisait face à une force en pleine possession de ses moyens et qui le repoussa sans peine jusqu’à son point de départ. Grant devant les portes de la même ville fit lui face à une armée épuisée et plus à même de l’attaquer, devant se résoudre à une position défensive qui devait inéluctablement l’amener à sa destruction. La différence entre les deux réside donc dans la violence des combats livrés pour en arriver là, une violence nécessaire d’un point de vue stratégique.
Cette progression se fit donc au prix de très lourdes pertes. Alors qu’elle avait commencé la campagne avec quelques 120 000 hommes, l’Armée du Potomac la termina avec approximativement 85 000. Cependant, l’impact fut plus lourd encore qu’il n’y parait car de nombreuses recrues furent incorporées pour combler les pertes. Au total ce furent 65 000 hommes qui furent tués, blessés, capturés ou portés disparus, plus de la moitié des effectifs de départ, soit l’équivalent des trois cinquièmes des pertes encourues par l’Armée du Potomac entre le début de la guerre et le déclenchement de cette campagne, faisant de celle-ci la plus terrible de la guerre.[205] Bien entendu, cela eut des conséquences. Premièrement, l’Armée du Potomac en était fortement désorganisée car les pertes touchaient autant les hommes de troupes que les officiers, les vétérans que les recrues. De plus, nous l’avons déjà mentionné, l’état psychologique des survivants était fortement atteint, à tel point que les ingénieurs qui accueillirent les fantassins nordistes sur le ponton de la James furent frappés de voir leur état de désaffection, aussi bien physique que moral, aussi bien individuel que collectif. L’Armée du Potomac qui s’enterra à Petersburg n’était plus la force combattante qui était entrée dans la Wilderness un mois plus tôt. Désorganisée et démoralisée, elle n’était plus apte au combat. Rien d’étonnant à ce qu’à la fin elle n’ait plus été capable de continuer le combat, les hommes refusant même à deux reprises de monter à l’attaque contre les fortifications sans que leurs officiers ne puissent rien y faire. Au final, même Grant, pourtant déterminé à se battre sans relâche, du se rendre à l’évidence et accepter de stabiliser le front en attendant une ouverture.[206] Enfin, relayés par la presse, ces chiffres eurent un gros impact au Nord, de nombreuses voix s’élevant contre Grant, jugeant sa stratégie bien trop meurtrière et l’accusant de mener une guerre d’attrition au mépris de la vie de ses hommes.[207] Pourtant, rien n’est moins vrai. Tout au long de la campagne, Grant chercha à affronter Lee en terrain découvert afin de pouvoir user de sa supériorité numérique pour écraser l’armée confédérée, la détruire une bonne fois pour toute. Certes pour en arriver là il était prêt, plus que ses prédécesseurs, à accepter de lourdes pertes, mais à aucun moment il n’avait été dans ses intentions de mener une telle stratégie. C’est en fait Lee qui l’y contraignit en devançant chacune de ses manœuvres et en établissant de solides fortifications en travers du chemin des fédéraux, les bloquant et les obligeant systématiquement à l’attaquer.[208] Ce faisant, Lee parvint à tenir en respect une force deux fois supérieure à la sienne et mettre en place cette fameuse stratégie d’usure qu’il cherchait dans l’espoir d’influer sur l’élection présidentielle à venir. Car le Sud, désormais trop faible pour pouvoir espérer gagner la guerre par les armes, en était venu à espérer une paix négociée à la suite de l’élection d’un gouvernement nordiste favorable à la paix. Mais pour ce faire, il lui fallait compter sur les troupes qu’il lui restait. Car Lee ne pouvait plus compter sur l’arrivée de troupes fraiches. Une stratégie défensive était donc toute indiquée pour infliger de lourdes et, en apparence, inutiles pertes aux fédéraux tout en en subissant le moins possible. En cela, Lee réussit son coup mais pas comme il l’aurait espéré. Premièrement, ses pertes furent tout de même très lourdes, 35 000 hommes environ, un peu plus de la moitié de ce dont il disposait sur la Rapidan avec les mêmes conséquences que pour les fédéraux.[209] Deuxièmement, il dut, tout au long de la campagne accepter de perdre du terrain dont l’importance stratégique pour la Confédération a déjà été présentée, si bien qu’il ne pouvait désormais plus reculer et ne pouvait plus espérer repousser son adversaire. Pour le Sud, la situation devenait donc désespérée mais la guerre était encore loin d’être finie, les confédérés pouvant encore se battre pour repousser l’inévitable échéance.

Figure 93: Campagne de l’Overland

Untitled

Source: JESPEREN Hal, Grant’s Overland Campaign, May-June 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

[1] FOOTE Shelby, The Civil War: A Narative Volume III: Red River to Appomattox, New York: Random House, 1974, pp. 11-12.

[2] Idem, page 12.

[3] Idem, pages 13-14. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 141. ; Selon certain théoricien tel que James S. Schneider, Cela marqua l’exemple type de l’apparition de l’art opérationnel.

[4] James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 792.

[5] Shelby FOOTE, op.cit., page 13.

[6] Idem, pages 18-19.

[7] Idem, page 19.

[8] Idem, pages 16-17.

[9] James McPHERSON, op.cit., page 792. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 15.

[10] Idem, page 17.

[11] FREDRIKSEN John C., Civil War Almanac, New York: Checkmark Books, 2008,  pp. 404-458.

[12] Shelby FOOTE, op.cit., pages 14-15.

[13] KING Curtis S., ROBERTSON William G., CLAY Steven E., Staff Ride Handbook for the Overland Campaign, Virginia, 4 May to 15 June 1864: A Study in Operational-Level Command, Second Edition, Combat Studies Institute Press: Fort Leavenworth, 2009, p. 42. ; HOGAN David W. Jr., The Overland Campaign. Washington, DC: United States Army Center of Military History, 2014, p 9.

[14]John KEEGAN, op.cit., page 252. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 42-43. ; Meade présenta à Grant sa démission de la tête de l’Armée du Potomac, estimant que celui-ci préfèrerait  nommer l’un de ses proches du théâtre de l’Ouest à ce poste, mais d’une part pour ne pas trop chambouler les hommes de cette armée et d’autres part parce qu’il fut impressionné par l’attitude de Meade, Grant choisit de le maintenir à son poste.

[15]Shelby FOOTE, op.cit., page 133.

[16]Shelby FOOTE, op.cit., pages 133-134. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 47. ; David HOGAN, op.cit., page 12.

[17] Grant déplacera d’ailleurs sa base d’approvisionnement à Belle Plain une fois la Rapidan franchie et la campagne lancée.

[18]Shelby FOOTE, op.cit., pages 134-135. ; James McPHERSON, op.cit., page 795. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 47-48.

[19]Shelby FOOTE, op.cit., pages 143-144. ; James McPHERSON, op.cit., page 795. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 48.

[20]Shelby FOOTE, op.cit., page 125. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 45. ; James McPHERSON, op.cit., page 791. ; David HOGAN, op.cit., page 13.

[21]Shelby FOOTE, op.cit., pages 121. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 45.

[22] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 457.

[23] En effet, Burnside, étant plus ancien dans le grade que Meade, ne pouvait pas être le subordonné de ce-dernier. Cette situation demeura jusqu’au 24 mai, date à laquelle Burnside accepta de se placer sous les ordres de Meade. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., p. 42. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 127/133.

[24] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 42-43. ; Wilderness-Spotsylvania, Washington: Center of Military History, United States Army, Staff Ride  Briefing Book, page 37.

[25] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 45-46. ; Wilderness-Spotsylvania, Staff Ride Briefing Book, op.cit., page 38.

[26] De toutes ces mesures, cette dernière fut la plus efficace car elle mettait une pression sociale sur les hommes qui ne voulaient de la sorte pas décevoir les hommes avec lesquels ils avaient servis.

[27] Shelby FOOTE, op.cit., pages 127-139. ; James McPHERSON, op.cit., page 790.

[28] James McPHERSON, op.cit., page 790.

[29] James McPHERSON, op.cit., page 789.

[30] Shelby FOOTE, op.cit., page 146.

[31] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 49.

[32] Shelby FOOTE, op.cit., page 147. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 48-49.

[33] Shelby FOOTE, op.cit., pages 148-149. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 49.

[34] Shelby FOOTE, op.cit., page 150.

[35] Idem, page 148.

[36] Idem, pages 150-151.

[37] Idem, page 122.

[38] Idem, page 151.

[39] Idem, page 152.

[40] James McPHERSON, op.cit., page 795.

[41] Shelby FOOTE, op.cit., pages 153-154.

[42] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 49.

[43] Shelby FOOTE, op.cit., page 154.

[44] Idem, pages 157-158. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 49.

[45] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 50-51.

[46] Idem, page51. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 155.

[47] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 50-51. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 155-156.

[48] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 52.

[49] David HOGAN, op.cit., page 19.

[50] Shelby FOOTE, op.cit., pages 161-162.

[51] Idem, page 162-163.

[52] Idem, pages 157-158.

[53] James McPHERSON, op.cit., page 795.

[54] Shelby FOOTE, op.cit., page 164.

[55] Idem, page 165.

[56] Idem, pages 167-168.

[57] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 54.

[58] Cette position est également connue sous le nom de Widow’s Tapp

[59] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 55. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 168.

[60] Shelby FOOTE, op.cit., pages 167-168.

[61] Idem, pages 168-169. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 54.

[62] Shelby FOOTE, op.cit., pages 169-171.

[63] Idem, page 167.

[64] Shelby FOOTE, op.cit., pages 171-172.

[65] Idem, page 173-174.

[66] Idem, pages 175-176. ; David HOGAN, op.cit., page 23.

[67] Shelby FOOTE, op.cit., pages 176-178.

[68] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 56-57.

[69] Shelby FOOTE, op.cit., pages 178-179.

[70] Idem, page 180.

[71] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 57. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 180-181.

[72] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 441.

[73] Shelby FOOTE, op.cit., page 173.

[74] Idem, page 181-182. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 57.

[75] James McPHERSON, op.cit., pages 796-797. ; John KEEGAN, op.cit., page 254. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Wilderness, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[76] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 58. ; David HOGAN, op.cit., page 26.

[77] Ibid.

[78] Shelby FOOTE, op.cit., pages 198-199.

[79] Idem, page 179. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 443-444. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 58.

[80] Shelby FOOTE, op.cit., pages 198-199.

[81] Idem, pages 190-191. ; James McPHERSON, op.cit., pages 797-800.

[82] Shelby FOOTE, op.cit., page 199. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 59.

[83] Ibid. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 224.

[84] Idem, pages 191-192. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 59-60. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 445.

[85] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 60. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 192-194.

[86] Idem, page 194-195.

[87] Idem, page 195-196.

[88] Idem, page 199. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 446. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 59-60.

[89] Ibid. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 195-196.

[90] Idem, page 200. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 60.

[91] Shelby FOOTE, op.cit., page 199.

[92] Idem, page 196-197.

[93] Idem, page 197.

[94] Ibid. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 60-61.

[95] David HOGAN, op.cit., pages 29-30.

[96] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 61.

[97] Ibid. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 202.

[98] Idem, pages 203-204.

[99] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 447.

[100] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 61.

[101] James McPHERSON, op.cit., page 800.

[102] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 448. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 204-205.

[103] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 61. ; L’ironie de l’histoire veut que juste avant d’être atteint par un tireur d’élite confédéré, Sedgwick haranguait ses hommes à ne pas avoir peur de ces tirs, la distance entre les deux lignes étant trop grande pour que les sudistes puissent toucher leur cibles.

[104] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 447.

[105] Shelby FOOTE, op.cit., pages 224-225.

[106] Idem, page 225.

[107] Idem, page 226.

[108] Idem, page 227.

[109] Idem, page 225-227. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 76-77.

[110] Idem, page 62. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 205-206.

[111] Ibid. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 62-63.

[112] Idem, page 63. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 207.

[113] Idem, page 209.

[114] John KEEGAN, op.cit., page 258.

[115] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 63-64. ; James McPHERSON, op.cit., page 801. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 208-210.

[116] Idem, page 207.

[117] Idem, page 210.

[118] Idem, page 227-229. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 77.

[119] Shelby FOOTE, op.cit., pages 211-212.

[120] Idem, pages 213-215. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 65.

[121] Idem, pages 77-78. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 229-232. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Yellow Tavern, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[122] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 66.

[123] Shelby FOOTE, op.cit., pages 217.

[124] Idem, page 219.

[125] Idem, pages 218-219.; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 66. ; James McPHERSON, op.cit., pages 801-802.

[126] Shelby FOOTE, op.cit., pages 219-220.

[127] Idem, pages 221-222. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 66-67.

[128] De nombreux témoignages et rapports raconte l’horreur et la violence des combats du Bloody Angle.

[129] Shelby FOOTE, op.cit., page 222. ; Les combats entre Wright, Hancock et Ewell furent si atroce que pour la première fois de l’histoire furent documentés des cas de ruptures psychologique comme les combats de tranchées de la Première Guerre Mondiale en produiront tant.

[130] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 66-67. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 222-223.

[131] Idem, page 223.

[132] Ibid. ; James McPHERSON, op.cit., page 805.

[133] Shelby FOOTE, op.cit., pages 232-234. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 79.

[134] Idem, page 67. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 236.

[135] Idem, page 236-237 ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 67.

[136] Shelby FOOTE, op.cit., pages 238-239.

[137] Idem, page 239-240. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 68. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Spotsylvania Court House, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[138] James McPHERSON, op.cit., pages 804-805. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 240. ; John KEEGAN, op.cit., page 258.

[139] James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., page 156. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., page 801. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 240-241.

[140] Idem, page 234. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 79.

[141] Idem, page 69. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 241-242. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 458-459.

[142] Shelby FOOTE, op.cit., page 265. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 68-69.

[143] Idem, page 70.

[144] Shelby FOOTE, op.cit., page 266.

[145] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 71.

[146] Shelby FOOTE, op.cit., page 267.

[147] Idem, pages 267-268. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 71.

[148] David HOGAN, op.cit., page 50.

[149] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 72-73. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 272-273.

[150] Idem, pages 269-270. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 73.

[151] Idem, page 74. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 271.

[152] Idem, pages 273-275. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 74-75.

[153] FLOYD Dale E., LOWE David W., Wilson’s Wharf, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[154] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 75. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 274-275.

[155] Idem, page 275. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 75.

[156] Idem, page 69. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 275. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 458.

[157] FLOYD Dale E., LOWE David W., North Anna, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[158] Shelby FOOTE, op.cit., page 276. ; John KEEGAN, op.cit., pages 258-259. ; James McPHERSON, op.cit., page 805.

[159] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 79-80.

[160] Idem, page 280. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 276-277.

[161] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 81. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Haw’s Shop, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[162] Shelby FOOTE, op.cit., pages 277-278. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 80-81.

[163] Idem, page 81.

[164] Idem, pages 82-83. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 279-280.

[165] Idem, page 279. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 81.

[166] Idem, page 82. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Totopotomoy Creek, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[167] Shelby FOOTE, op.cit., page 280.

[168] FLOYD Dale E., LOWE David W., Old Church, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[169] Shelby FOOTE, op.cit., pages 280-282. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 83.

[170] Idem, page 83. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 283-285.

[171] Idem, pages 285-286. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 83-84.

[172] Idem, page 84.

[173]Ibid. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 288.

[174]Idem, pages 287-288. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 84-85.

[175]Idem, page 85. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 289-290.

[176]Idem, pages 290-293. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 85. ; John KEEGAN, op.cit., pages 262-263. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Cold Harbor, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[177] Shelby FOOTE, op.cit., pages 299-300.

[178] Idem, page 294-295. ; James McPHERSON, op.cit., page 810.

[179] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 86.

[180] Idem, page 87. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 300.

[181] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 87.

[182] Shelby FOOTE, op.cit., page 301.

[183] David HOGAN, op.cit., page 67.

[184] John FREDRIKSEN , op.cit., page 450.

[185] Shelby FOOTE, op.cit., page 303. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 87.

[186] David HOGAN, op.cit., page 57.

[187] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 87.

[188] Shelby FOOTE, op.cit., page 304.

[189] Ibid.

[190] Idem, page 307.

[191] Idem, page 307-309. ; James McPHERSON, op.cit., page 813. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Trevilian Station, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[192] Shelby FOOTE, op.cit., pages 305/309.

[193] Idem, page 211.

[194] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., page 88.

[195] Ce ponton fut une prouesse d’ingénierie de la part des fédéraux qui le complétèrent en 7 heures en lui construisant depuis les deux rives de la James sur une distance de près de 700 mètres. Ce fut le ponton le plus long et le plus complexe de la guerre en raison de la variation du niveau de la rivière qui pouvait changé d’un peu plus d’un mètre.

[196] Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 88-89. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 475. ; James McPHERSON, Atlas of the Civil War, op.cit., pages 159-161. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 313-316.

[197] Idem, pages 427-434. ; Curtis KING, William ROBERTSON, Steven CLAY, op.cit., pages 89-91.

[198] Shelby FOOTE, op.cit., pages 434-435. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 475.

[199] Idem, pages 435-437.

[200] Idem, page 438.

[201] Idem, pages 438-442. ; James McPHERSON, La Guerre de Sécession, op.cit., pages 815-816.

[202] David HOGAN, op.cit., pages 69-70.

[203] James Keegan remarque d’ailleurs que c’est d’abord des hommes de troupes qu’est venue l’habitude de creuser pour se fournir une meilleure protection et que la grande majorité des officiers de l’époque n’avaient jusqu’alors jamais envisager cette méthode. Mais à l’été 1864, dans l’Armée de Virginie du Nord, et dans une moindre mesure dans celle du Potomac, la pratique était devenue automatique. ; John KEEGAN, op.cit., page 257.

[204] Idem, page 267. ; James McPHERSON, op.cit., page 818.

[205] Idem, page 817. ; John KEEGAN, op.cit., page 266.

[206] James McPHERSON, op.cit., page 817

[207] Idem, pages 817-818.

[208] John KEEGAN, op.cit., pages 258-259.

[209] James McPHERSON, op.cit., page 818.

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