La seconde campagne de la vallée de la Shenandoah

Après sa prise de commandement, Grant avait donc établi un plan d’ensemble pour tous les théâtres, y compris dans la vallée de la Shenandoah. Cette vallée était d’une grande importance pour la Confédération. Premièrement, elle fournissait une grande quantité de vivres aux forces sudistes, particulièrement à l’Armée de Virginie du Nord dont Grant avait fait son objectif prioritaire. Deuxièmement, la vallée représentait un pistolet pointé en permanence sur Washington, une voie d’invasion naturelle que Lee avait déjà utilisé à deux reprises pour porter la guerre au nord de la ligne Mason-Dixon et Grant entendait bien neutraliser cet avantage stratégique. Troisièmement, tout au nord de la vallée passaient la Baltimore and Ohio Railroad et le Chesapeake and Ohio Canal, les deux principales voies d’approvisionnement des ressources du Midwest vers la capitale fédérale que les sudistes avaient très souvent perturbées par le passé et leur protection était une autre nécessité.

Après la retraite de Gettysburg, Lee avait refranchi le Potomac et avait rejoint la Virginie en passant par la vallée avec une partie des forces fédérales sur ses arrières qui l’occupèrent dans sa partie nord. Depuis lors, rien d’important ne s’était déroulé dans ce secteur à l’exception d’une série d’escarmouches sans conséquence qui avait vu les troupes des deux camps y prendre position.[1]

La stratégie fédérale globale pour le printemps 1864 prévoyait que les troupes présentes en Virginie Occidentale et dans la vallée se lancent à la conquête de celle-ci afin de priver le sud des avantages que leur prodiguait la région en plus d’y attirer le plus de troupes confédérées possibles qui ne pourraient dès lors pas aider Lee à affronter l’Armée du Potomac.
De l’autre côté, les objectifs sudistes étaient tout simplement opposés, maintenir le contrôle de la vallée et ce avec le moins d’hommes possibles afin de renforcer l’Armée de Virginie du Nord.

La campagne à venir se déroulant durant la même période que celle de l’Overland, nous ne reviendrons pas sur la situation des autres théâtres, celle-ci étant la toujours la même.

Coté fédéral, la vallée dépendait des forces du district de Virginie Occidentale qui se trouvait sous les ordres du général Franz Sigel et qui, avant le début de la campagne, avait sous ses ordres environ 24 000 hommes répartis en trois détachements et un quartier général à Cumberland dans le Maryland. Le premier, qui était en réalité une somme de petits détachements dispersés sur plusieurs positions défensives, protégeait la Baltimore and Ohio Railroad et le Chesapeake and Ohio Canal. Les deux autres étaient eux positionnés en Virginie Occidentale, près de Charleston. Le premier se trouvait sous les ordres du général George Crook et comptait approximativement 3500 fantassins et le second était commandé par le général William Woods Averell avec environ 3000 cavaliers. Se doutant que Grant appellerait au lancement d’une nouvelle campagne, Sigel décida de réduire la taille des garnisons afin de disposer d’un véritable troisième détachement pouvant la conduire.[2]

Côté sudiste, jusqu’en février 1864, les forces confédérées se limitaient aux quelques 3000 hommes de la brigade du district de la vallée commandée par le général John Daniel Imboden avec pour mission de surveiller les activités fédérales et si possible gêner les approvisionnements de Washington. A cela il convient d’ajouter la présence dans les zones occupées des partisans pro-sudistes qui menaient des raids de guérilla sur les arrières des forces nordistes. Citons particulièrement les hommes du lieutenant-colonel John Singleton Mosby et du capitaine John McNeil. En février, Jefferson Davis décida d’envoyer le général Breckinridge prendre le commandement du département de Virginie Occidentale dont dépendait le district de la vallée afin d’en assurer la défense contre l’offensive fédérale qu’anticipaient les sudistes. Au total, les forces confédérées dans la région s’élevaient à plus ou moins 8000 hommes auxquels il faut ajouter les 4500 cavaliers du général John Hunt Morgan qui furent rappelés du Tennessee.[3]

Le plan de Grant donnait des instructions claires à Sigel. Il devait lever une force de 9500 hommes et la positionner à Beverly sous les ordres du général Edward Otho Cresap Ord. Dans le même temps, les troupes de Crook et Averell devaient lancer un raid en Virginie Occidentale afin de couper la Virginia and Tennessee Railroad et détruire quelques objectifs économiques mineurs avant de faire leur jonction avec les troupes de Ord remontant la vallée quelque part aux abords de Staunton avant de continuer vers Lynchburg afin d’y couper les voies d’approvisionnement de l’Armée de Virginie du Nord et de Richmond.[4]
A la mi avril, Ord, mécontent de Sigel, demanda à être réassigné, ce que Grant lui accorda. Sigel décida alors d’assurer lui même le commandement direct de ses troupes. A ce moment, il avait déjà réorganisé la structure de son département désormais composé de cinq divisions. Les deux directement sous ses ordres, une d’infanterie et une de cavalerie, environ 7000 hommes sous les commandements respectifs des généraux Jeremiah Cutler Sullivan et Julius Stahel. Les deux divisions présentes en Virginie Occidentale étaient celles de Crook et Averell positionnées à Gauley Bridge et Logan Court House, un total de 10 000 hommes. Enfin, la dernière, principalement positionnée à Harpers Ferry et en d’autres points défensifs clés, assurait la protection des Baltimore and Ohio Railroad et Chesapeake and Ohio Canal.

Le 17 avril, Grant modifia quelque peu les instructions de Sigel. Plutôt que de partir vers le sud jusqu’à Lynchburg, Il ne devait pas s’aventurer plus loin que Winchester afin de réaliser une diversion attirant le plus de sudistes possibles dans le nord de la vallée et ainsi ouvrir des possibilités aux forces de Crook dans le sud pour atteindre leurs objectifs.[5]

Le 29 avril, Sigel se mit en marche en quittant Martinsburg, où se trouvaient ses deux divisions, et atteignit Winchester le 2 mai. Très vite informé, Imboden fit prévenir Breckinridge et rassembla ses troupes alors éparpillées en plusieurs points à Mount Crawford avant de les mettre en marche vers Woodstock.
Alors que Sigel arrivait à Winchester, Crook se mit lui aussi en branle, imité trois jours plus tard par Averell.
Faisant face à cette double menace, Breckinridge décida de concentrer ses forces à Staunton pour faire face à Sigel, laissant les cavaliers de Morgan et du général Albert Gallatin Jenkins pour affronter Crook et Averell. Ces derniers progressaient dans le sud de la Virginie Occidentale vers la vallée.

Le 9 mai, Crook atteignit Cloyd’s Mountain où l’attendaient les quelques 2400 hommes du général William Edmonson Jones et de Jenkins avec lesquels il engagea le combat qui lui permit de prendre la ville, blesser mortellement Jenkins et repousser les sudistes au delà de New River Bridge.[6] Crook continua sa progression jusqu’à Dublin, le quartier général de Breckinridge, où il détruisit dépôts et voies de chemin de fer. Mais apprenant qu’une large force confédérée se trouvait dans la région, Crook préféra se replier sur Union en Virginie Occidentale.
Le 10 mai, les cavaliers de Averell entrèrent en contact avec les 4500 hommes de Morgan près de Cove Mountain. Ne pouvant forcer le passage de la cluse qui leur aurait permis d’entrer dans la vallée, les fédéraux se replièrent, Averell préférant éviter l’engagement sans le soutien de Crook avec lequel il chercha à faire sa jonction.[7] Après ne pas l’avoir trouvé à Dublin, il le rejoignit finalement le 15 mai à Union avant de continuer ensemble leur retraite jusqu’à Meadow’s Bluff, harcelés par les cavaliers sudistes.[8]
Bien que la diversion de Sigel avait permis d’attirer beaucoup de forces confédérées loin de Crook et Averell, ceux-ci n’avaient pas été en mesure d’entrer dans la vallée et n’avaient infligé que des dégâts mineurs aux sudistes.[9]

Dans la vallée, Sigel quitta Winchester le 9 mai et atteignit Woodstock le 11 où la découverte de télégrammes destinés à Imboden l’informèrent que Breckinridge se trouvait à Staunton et bien qu’il n’était pas sensé aller plus loin au sud pour le moment, il vit là l’opportunité de détruire les forces confédérées de la vallée et ainsi gagner la gloire qui lui manquait.[10]
Le 14, il quitta Woodstock, avança vers Staunton et entra en contact avec les troupes de Breckinridge à New Market qui lui infligèrent une défaite cinglante, le forçant à se replier jusqu’à Cedar Creek qu’il atteignit le 17 mai. Au cours de la bataille, les nordistes perdirent environ 800 hommes contre 500 pour les sudistes.[11]

La première conséquence des retraites de Crook et Sigel fut d’assurer, au moins pour un temps, le contrôle sudiste de la vallée et dès lors de leur permettre de redéployer certaines troupes en des points où elles pouvaient être plus utiles. Breckinridge parti pour la Virginie afin de rejoindre Lee alors engagé face à Grant à Spotsylvania. Morgan se mit en route pour le Tennessee dans le but de gêner les forces d’occupation fédérales dans cet état et au Kentucky. Seul restait dans la vallée les troupes de Imboden et de Jones pour protéger la Virginia and Tennessee Railroad.

Figure 94: Actions et mouvements des belligérants dans la vallée entre le 29 avril et le 17 mai

1

Source: BLUHM Raymond K. Jr., The Shenandoah Valley Campaign, March-November 1864, Washington: Center of Military History United States Army, 2014, pp. 16-17.

De l’autre côté, les fédéraux effectuèrent aussi quelques modifications. La principale fut le remplacement de Sigel par le général David Hunter le 19 mai. Celui-ci disposait d’instructions différentes de celles de Sigel. Là où ce dernier ne devait faire qu’une diversion en faveur de Crook, Hunter devait lui mener l’action principale en conquérant la vallée avec le soutien de Crook qui devait le rejoindre pour prendre Staunton et détruire les carrefours ferroviaires de Charlottesville, Gordonsville et Lynchburg pour couper les approvisionnements de l’Armée de Virginie du Nord et toujours empêcher que celle-ci ne reçoivent des renforts depuis la vallée.[12]
Hunter, pour des raisons politiques, ne put se débarrasser de Sigel qu’il affecta au commandement de sa division de réserve. Il reçut également des renforts qui amenèrent ses forces à environ 8500 hommes. Crook fut lui aussi renforcé et rééquipé en plus de recevoir de nouvelles instructions lui indiquant qu’il devait maintenant rejoindre le gros des troupes pour aider à la conquête de la vallée quelque part près de Staunton.

Dès le 23 mai, Hunter fit mettre en branle ses troupes jusqu’à Woodstock puis avança à nouveau jusqu’à Cedar Creek le 26 et New Market le 29. A chaque arrêt, les nordistes envoyèrent des expéditions collecter de quoi approvisionner leurs forces, les lignes de communications étant fébriles peu de ressources les atteignaient depuis leur base d’approvisionnement à Martinsburg.[13] Alerté par cette apparente nouvelle offensive fédérale, les sudistes de Jones furent redéployés depuis les abords de Wytheville où ils gardaient la Virginia and Tennessee Railroad jusqu’aux alentours de Staunton pour y aider Imboden à repousser les nordistes.
Le 2 juin, Hunter se trouvait à Harrisonburg où il espérait retrouver Crook. Mais celui-ci, qui avait quitté Lewisburg le 30 mai, ne progressait que lentement, gêné par la guérilla pro-sudiste du général John McCausland et du colonel William Lowther Jackson qui le harcelait sans cesse.
Le 4 juin, Jones arriva à Mount Crawford où il rejoignit Imboden pour se préparer à attaquer Hunter, estimant qu’avec seulement 4500 hommes ils ne pouvaient se permettre d’attendre que Crook arrive pour renforcer Hunter et permettre aux fédéraux de totaliser près de 20 000 hommes.

Mais Hunter ne comptait pas leur abandonner l’initiative et accepta le plan de l’un de ses conseillers, bifurquer vers Port Republic en quittant la Valley Pike pour y franchir la Shenandoah avant de marcher vers Waynesboro où il pourrait couper la voie ferrée avant de marcher sur Staunton. Cela permettrait aux fédéraux d’éviter d’attaquer les positions défensives sudistes derrière la North River au sud de Harrisonburg sur la Valley Pike.[14]

Tôt au matin du 4 juin, Hunter remit ses forces en marche vers Port Republic. Seul une petite force de cavalerie avança vers Mount Crawford pour y mener une diversion. Imboden s’installa sur une position défensive directement en travers de la route de Hunter à Mount Meridian alors que Jones barrait toujours la Valley Pike.

Le 5 juin, les fédéraux reprirent la route et engagèrent un combat d’avant garde avec les hommes de Imboden qu’ils repoussèrent jusqu’à Piedmont où Jones était hâtivement venu se positionner pour établir une nouvelle position défensive et se prépara à affronter Hunter et ses hommes.[15] Très vite les deux forces engagèrent le combat à Piedmont et les fédéraux mirent les sudistes en retraite. Ceux-ci évitèrent une déroute grâce à une action d’arrière garde qui arrêta net la poursuite des cavaliers fédéraux. Jones fut tué au cours des combats et remplacé par le général John Crawford Vaughn, les sudistes perdant 650 hommes et près d’un millier de prisonniers contre environ 800 nordistes. Avec cette victoire, Hunter venait de remporter la plus grande victoire fédérale dans la vallée depuis le début de la guerre et surtout il venait d’ouvrir la route vers Staunton et la prise de contrôle complète de la vallée.[16]
Le 6 juin, les nordistes entrèrent sans combat dans la ville où ils s’arrêtèrent et furent rejoint par les troupes de Crook le 8 juin.[17]

La nouvelle de la défaite de Piedmont poussa Lee à renvoyer Breckinridge et ses 2100 hommes vers la vallée dès le 7 juin afin dans un premier temps de protéger Charlottesville en prenant position à Rockfish Gap. Vaughn et Imboden se positionnèrent eux en avant garde à Waynesboro.[18]

Grant attendait de Hunter qu’il marche sur Charlottesville et Gordonsville en passant par Waynesboro pour y faire sa jonction avec les cavaliers de Sheridan. Mais en apprenant que les sudistes y avaient reçu des renforts que ses renseignements lui indiquaient être importants, Hunter préféra opter pour une autre route et ainsi éviter une confrontation à Rockfish Gap où les confédérés pourraient user de l’étroitesse du passage pour annihiler en partie la supériorité numérique fédérale. Mais ces renforts conséquents n’étaient autres que les 2100 hommes de Breckinridge qui, combinés aux forces restantes de Vaughn et Imboden, n’avoisinaient qu’un total de 5000 hommes, moins du tiers de ce dont disposait Hunter.[19]

Le 10 juin, les fédéraux reprirent donc leur marche mais vers le sud, sur la Valley Pike afin de progresser vers Lynchburg en passant par Lexington, Buchanan et Liberty. Dans le but de maintenir en place les forces tenant Rockfish Gap, Hunter envoya les cavaliers nouvellement placés sous les ordres du général Alfred Napoléon Alexander Duffié y faire faire une démonstration de force. Confiant cette tâche à un petit détachement, Duffié prit le reste et franchit les Blue Ridge Mountains à Tye River Gap afin de menacer Lynchburg par le Nord et coupa par la même occasion la Charlottesville and Lynchburg Railroad à hauteur de Arrington Station.[20] Pendant ce temps, sur la Valley Pike, les cavaliers de Averell, soutenus par les troupes de Crook, ouvraient la route en repoussant les cavaliers sudistes des forces de guérilla harcelant la tête de la colonne fédérale.

Le 11 juin, alors que Sheridan livrait bataille à Hampton à Trevilian Station, les nordistes prirent Lexington où ils incendièrent l’Institut Militaire de Virginie et la maison du gouverneur en représailles aux incessantes actions de guérilla dont les forces fédérales étaient victimes de la part de la population locale.[21] La principale conséquence des ces harcèlements fut de perturber les approvisionnement qui ne parvenaient pas à rejoindre les troupes de Hunter. Celui-ci décida donc de s’arrêter à Lexington dans l’espoir de reconditionner ses forces et exploiter les ressources disponibles dans la région.

Le 12, Hunter rappela les cavaliers de Duffié auprès de la force principale à Lexington afin de concentrer ses forces pour la poussée sur Lynchburg.
Le même jour, inquiet de la progression des nordistes et de leur large supériorité numérique, Lee prit la décision d’envoyer le corps de Early dans la vallée pour préserver ses voies d’approvisionnements dangereusement menacées et potentiellement porter une fois encore la guerre au Nord afin d’y attirer le plus de forces fédérales possibles et ainsi soulager la pression exercée par Grant.[22]

Le 13 juin, alors que Hunter campait toujours à Lexington, Early se mit en marche pour Charlottesville et campa pour la nuit à Auburn Mills. Le même jour, les cavaliers de Averell avancèrent jusqu’à Buchanan pour y sécuriser le pont enjambant la James vers lequel Hunter remit sa colonne en marche dès le lendemain, une fois Duffié et ses hommes arrivés. Au soir du 14, Early se trouvait à Gardiner’s Cross Roads et près de Trevilian Station le 15, alors que Hunter franchissait le pont à Buchanan après l’avoir réparé.[23]

Inquiet pour la sécurité de Lynchburg, Breckinridge y déplaça ses troupes, celles de Vaughn et d’Imboden où ils arrivèrent le 16 juin pour y trouver des blessés remobilisés en urgence, des miliciens locaux et même le général D.H. Hill. Une fois sur place, conscient de la difficulté de la tâche, Breckinridge fit prévenir Early de venir au plus vite pour l’aider à défendre la ville. Pendant ce temps, les cavaliers sudistes s’employèrent de leur mieux pour ralentir la progression des fédéraux en leur livrant de petites escarmouches à Buchanan, Bedford, New London et Old Quaker Meeting House. Le même jour, Early arrivait aux abords de Charlottesville et, agissant sans tarder, Early mobilisa tous les trains disponibles pour atteindre la ville avant que les fédéraux ne l’attaquent.[24]

Le 17, les forces fédérales se présentèrent aux abords de la ville sans l’attaquer. De l’autre côté, les premiers éléments de Early, les divisions de Ramseur et Gordon, arrivèrent elles aussi en début d’après midi et installèrent immédiatement des positions défensives.[25]

Le 18, alors que les derniers troupes de Early n’étaient pas encore sur place, Hunter fit avancer ses hommes vers Lynchburg une première fois sans succès. Crook tenta une autre attaque sur le flanc droit sudiste avec la même absence de résultat. Disposant maintenant de toutes ses forces grâce à l’arrivée de Rodes et constatant que les fédéraux ne se montraient que très peu enclin au combat, Early passa à son tour à l’attaque avant d’être repoussé au prix d’intenses combats. Quelque peu échaudé par l’assaut confédéré, Hunter choisit alors d’interrompre ses attaques jusqu’au lendemain. Mais arrivant à court de munitions et étant persuadé d’être inférieur en nombre alors que les forces en présence étaient à peu près égales, le commandant nordiste décida de se replier, ce qu’il fit dans la nuit du 17 au 18 en retournant à Liberty.[26]

Pour sa retraite, Hunter refranchit les Blue Ridge Mountains à Buford Gap. Une fois que Early se rendit compte de son départ, il entama une poursuite, essentiellement avec ses cavaliers sous les ordres du général Robert Ramson. les sudistes livrèrent plusieurs escarmouches avec les forces fédérales protégeant l’arrière de la colonne nordiste près de Liberty, Big Lick et Hanging Rock.[27] Pendant ce temps, les hommes de McCausland, dépassèrent les fédéraux en passant par Peaks of Otter afin de se positionner sur la Valley Pike et ainsi leur barrer la route vers le nord. Hunter, pesant la situation, prit la décision de continuer sa retraite en partant vers la Virginie Occidentale et mit le cap vers Salem où il arriva le 21.[28] Sa décision ne se basait pas sur la présence de McCausland qu’il aurait pu repousser assez facilement mais sur le fait qu’il craignait celle de Early. En effet, depuis sa position à Lynchburg celui-ci pouvait soit poursuivre les fédéraux en descendant la vallée pendant que les partisans pro-sudistes coupaient leurs approvisionnements et les ralentissaient ou utiliser la Charlottesville and Lynchburg Railroad pour doubler la colonne fédérale et ainsi se positionner à Staunton et leur couper la retraite et les lignes d’approvisionnement ou à Rockfish Gap pour les attaquer de flanc. Craignant particulièrement ces deux dernières options, Hunter décida d’éviter tout risque et de descendre la vallée de la Kanawha en Virginie Occidentale pour atteindre Charleston où se trouvait un dépôt d’approvisionnement, Early n’allant fort probablement pas se lancer à la poursuite dans cette région car cela laisserait la vallée sans protection. De plus, le sentiment pro-unioniste dans la vallée de la Kanawha étant beaucoup plus fort, la population locale représentait donc un risque bien moins important pour les nordistes que pour les sudistes. Une fois à Charleston le 30 juin après avoir franchi les Allegheny Mountains à Lewisburg, Hunter rejoignit la rivière Ohio en bateau pour arriver à Parkersburg qu’il atteignit le 4 juillet et y prit le train jusqu’à Cumberland où il arriva le 9 juillet, 21 jours après avoir quitté Lynchburg.[29]

De l’autre côté, Early ne chercha pas longtemps à poursuivre les fédéraux, comprenant d’une part que pénétrer en Virginie Occidentale ne lui présenterait pas un terrain favorable et d’autre part que la vallée de la Shenandoah était ouverte pour la conquête sudiste et la possibilité de menacer Washington que Grant avait justement privé d’une grande partie de sa garnison au début de l’année, ce qui était l’un des objectifs que lui avait confié Lee, il opta pour cette seconde option et laissa Hunter s’enfoncer en Virginie Occidentale.[30]

Figure 95: Actions et mouvements des belligérants dans la vallée entre le 21 mai et le 9 juillet

2

Source: BLUHM Raymond K. Jr., The Shenandoah Valley Campaign, March-November 1864, Washington: Center of Military History United States Army, 2014, pp. 24-25.

La campagne qui venait de s’achever dans la vallée donna des résultats mitigés pour les deux camps et bien que les sudistes avaient d’avantage de raison de la considérer comme un succès que les nordistes, ces derniers avaient tout de même obtenu quelques résultats utiles. En effet, Hunter, en menaçant sérieusement Lynchburg avait contraint Lee à réduire considérablement ses forces en envoyant Early et son corps dans la vallée. De plus, les soldats fédéraux avaient tout de même détruit de nombreux kilomètres de voies ferrées et d’autres infrastructures importantes, et bien que les dégâts furent réparés cela gêna tout de même les confédérés. Mais au delà de cela, les objectifs n’étaient pas atteints. Les sudistes avaient sauvés les carrefours de Charlottesville, Gordonsville et Lynchburg, préservant de la sorte les voies d’approvisionnement de Richmond et de l’Armée de Virginie du Nord qui pouvait continuer de tenir le siège que Grant essayait de mettre en place pour la détruire. Mais surtout, le résultat le plus important issu de la campagne fut de contraindre les fédéraux à évacuer la vallée de la Shenandoah – à l’exception des garnisons installées dans le nord pour défendre la Baltimore and Ohio Railroad et le Chesapeake and Ohio Canal – avec pour conséquence de laisser les sudistes maîtres du terrain et donc de ses ressources et de son importance stratégique. La voie vers Washington était ouverte et Early entendait bien saisir cette opportunité de réduire la pression sur Lee en poussant des troupes de l’Armée du Potomac à venir sauver la capitale fédérale. Il décida donc de descendre la vallée comme l’avait fait Jackson deux ans plus tôt et ce faisant entama la deuxième campagne du Maryland.


[1] BLUHM Raymond K. Jr., The Shenandoah Valley Campaign, March-November 1864, Washington: Center of Military History United States Army, 2014, p.11.

[2] Idem, pages 11-13.

[3] Idem, page 11.

[4] Idem, page 13.

[5] Ibid.

[6] FLOYD Dale E., LOWE David W., Cloyd’s Mountain, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[7] FLOYD Dale E., LOWE David W., Cove Mountain, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[8] Raymond BLUHM, op.cit., pages 14-15. ; POND George E., The Shenandoah Valley in 1864, New York: Charles Scribners’s Sons, 1883, p. 13.

[9] Shelby FOOTE, op.cit., pages 243-246.

[10] Raymond BLUHM, op.cit., page 15.

[11] Idem, pages 18-21. ; James McPHERSON, op.cit., page 795. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 247-250. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., New Market, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Lors de cette bataille, les confédérés, inférieurs en nombres, furent contraints de faire appel aux jeunes cadets de l’Institut Militaire de Virginie qui se signalèrent vaillamment aux prix de lourdes pertes.

[12] Raymond BLUHM, op.cit., page 21.

[13] George POND, op.cit., page 25.

[14] Raymond BLUHM, op.cit., page 23.

[15] Ibid.

[16] FLOYD Dale E., LOWE David W., Piedmont, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 26. ; James McPHERSON, op.cit., page 811.

[17] Shelby FOOTE, op.cit., page 302.

[18] idem, page 304. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 26. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 471.

[19] Raymond BLUHM, op.cit., page 27.

[20] George POND, op.cit., pages 30-31.

[21] James McPHERSON, op.cit., page 812.

[22] Raymond BLUHM, op.cit., pages 27-28.

[23] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 477.

[24] Raymond BLUHM, op.cit., page 29.

[25] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 477.

[26] Raymond BLUHM, op.cit., page 29. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Lynchburg, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; James McPHERSON, op.cit., page 813. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 445. ; John KEEGAN, op.cit., page 263.

[27] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 478.

[28] James McPHERSON, op.cit., page 812.

[29] Raymond BLUHM, op.cit., page 30. ; ANDERSON J. H., Grant’s Campaign in Virginia, May 1-June 30 1864, London: Hugh June Rees Ltd, 1908, p. 92.

[30] Shelby FOOTE, op.cit., pages 45-46. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 472.

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