La troisième campagne de la vallée de la Shenandoah

2.3.1.16. La troisième campagne de la vallée de la Shenandoah

Le succès de la campagne de Early pour menacer Washington et gêner les opérations de l’Armée du Potomac près de Richmond poussa les dirigeants unionistes à prendre au sérieux la menace que posait la vallée de la Shenandoah.
Le 31 juillet, Grant et Lincoln se rencontrèrent à Fort Monroe afin de discuter de cette problématique et surtout de mettre au point une stratégie pour la solutionner. La première décision fut de mettre un terme à la dispersion des moyens militaires présents dans la région. Durant la campagne précédente, Early avait traversé quatre départements militaires nordistes. Or, le manque de coordination entre ceux-ci avait tant été une gêne pour les fédéraux qu’une aide pour les confédérés qui cherchaient à s’approcher de la capitale.[1] Ainsi, les départements de Virginie Occidentale, du Milieu, de la Susquehanna et de Washington furent dissout et regroupés en la division militaire du Milieu. La seconde décision, tout aussi importante, fut de placer à la tête de celle-ci un commandant déterminé qui serait à même de faire ce qui était attendu de lui, sécuriser une fois pour toute la vallée. Malgré quelques critiques de Lincoln et Stanton, jugeant qu’il était trop jeune et pas assez expérimenté pour assumer de telles responsabilités, Grant choisit Sheridan pour le poste. Mais cela posa également un autre problème. Hunter, de part son ancienneté dans le grade, était supérieur à Sheridan et refusa de servir sous ses ordres. Grant accepta alors sa requête d’être relevé de son commandement, ce qui l’arrangeait plutôt bien puisqu’il n’avait plus confiance en lui suite à son échec dans la vallée quelques mois plus tôt.[2]

Pour mener à bien sa mission, Sheridan disposait sous ses ordres des 6ème et 19ème corps de Wright et Emory, des forces de l’Armée de Virginie Occidentale de Crook qui venait d’être renforcées et réorganisées et de son corps de cavalerie. Sheridan avait en effet fait venir avec lui dans le nord, les divisions de cavalerie de Wilson et Torbert, confiant le commandement de toute la cavalerie à ce dernier, Merrit le remplaçant à la tête de sa division. La troisième division de cavalerie étant sous les ordres de Averell. Dans le même temps, Crook réorganisa son infanterie en deux divisions, la première sous Thoburn et la seconde sous Duval. Enfin, une brigade d’artillerie sous les ordres du capitaine Henry Algernon du Pont complétait l’Armée de Virginie Occidentale.[3] Au total, Sheridan comptait environ 48 000 hommes sous ses ordres.

Côté confédéré, en plus des forces qu’il lui restait après sa campagne, soit les divisions d’infanterie de Gordon, Rodes, Ramseur et du général Gabriel Wharton – qui remplaçait Breckinridge rappelé en Virginie – et de cavalerie de Vaughn, Early, s’apprêtait à recevoir le renfort de deux divisions, celle d’infanterie de Kershaw et celle de cavalerie de Fitzhugh Lee, placées sous les ordres de Anderson, qui quittèrent Petersburg le 6 août.[4] Lee avait autorisé ce transfert une fois qu’il avait été informé du départ des cavaliers fédéraux car il avait correctement deviné qu’ils étaient envoyés accroitre le nombre de forces faisant face à Early. Ainsi, ce dernier pouvait compter sur approximativement 20 000 hommes.

Les objectifs des deux camps étaient simples. A Sheridan, Grant avait donné des instructions claires, d’une part attaquer sans relâche les forces de Early, comme il l’avait déjà lui-même fait contre Lee durant la campagne de l’Overland, pour les pousser hors de la vallée une bonne fois pour toute, voire même de les anéantir et d’autre part détruire toutes les infrastructures qui ne pouvaient être sécurisées afin que les sudistes ou les maquisards ne puissent s’en servir.
De l’autre côté, les ordres de Early étaient toujours les mêmes, poser la plus grande menace possible contre Washington et ses environs afin d’alléger au maximum la pression sur l’Armée de Virginie du Nord à Petersburg.

Le 5 août, Grant arriva à Monocacy Junction, où Hunter avait rassemblé les forces fédérales à la suite de la retraite hors de la vallée qui avait succédé la défaite de la seconde bataille de Kernstown. A ce moment, il ignorait la position des forces sudistes qui se trouvaient en fait à proximité de Bunker Hill et Darkersville, en Virginie Occidentale, où Early avait avancé suite à sa victoire.[5]

Le 6 août, Sheridan arriva à son tour à Monocacy Junction et prit effectivement le commandement. Grant ne tarda pas à insuffler un esprit offensif en son subordonné en lui ordonnant de se mettre en route sans attendre pour Halltown qui serait le point de départ de sa campagne contre Early.[6]

Le 10 août, alors que le 19ème corps et la division de cavalerie de Wilson n’étaient pas encore arrivés sur place, Sheridan décida de saisir l’initiative en frappant les sudistes que ses éclaireurs avaient depuis lors localisées. Il fit avancer le 6ème corps vers Charles Town et l’Armée de Virginie Occidentale vers Berryville afin de prendre en tenaille par le nord et par le sud les troupes de Early. Celui-ci repéra très vite le piège et se replia sur Fisher’s Hill avant que le piège fédéral ne se referme sur lui. Le 12, une fois sur place et bien installé, il fut rejoint par les deux divisions envoyées par Lee en renfort, Kershaw et Fitzhugh Lee, qu’il positionna près de Fort Royal. Une fois informé du repli des confédérés, Sheridan ne se dégonfla pas et fit avancer Wright et Crook près de Cedar Creek le 15 août.[7]

Cependant, deux éléments distincts le contraignirent finalement à la prudence. Premièrement, un rapport l’informa de mouvements de troupes en provenance de Petersburg près de Fort Royal, ce qui menaçait son flanc gauche en plus d’équilibrer le rapport de force entre les deux camps. Deuxièmement, un raid des partisans de Mosby qui attaquèrent un convoi d’approvisionnement fédéral près de Berryville, força Sheridan à se rendre compte que ses lignes de communications étaient trop allongées et trop peu défendues. Face à ce constat, le commandant nordiste décida de se replier sur Halltown. Toutefois, il le fit avec une grande prudence, ce qui lui prit presqu’une semaine, et ce alors que Early le suivait de près, les arrières fédéraux s’accrochant de façon régulière aux éléments avancés confédérés. Le 16 août, le lendemain du début du retrait fédéral, Fitzhugh Lee, avec sa division de cavalerie et une brigade d’infanterie fut engagea un combat avec les cavaliers de Merritt près de Cedarville avant que ceux-ci ne se retirent.[8] Les confédérés n’en restèrent pas là, Early essaya, en vain, de manœuvrer pour forcer les fédéraux au combat avant qu’ils n’atteignent les défenses de Halltown.
Le 21, les sudistes tentèrent une attaque maladroite contre la ville que les fédéraux repoussèrent sans trop de difficultés.[9] Au cours des trois jours qui suivirent, ils observèrent et testèrent à nouveau les positions nordistes sans y trouver de point faible.[10]

Comprenant que Sheridan n’allait pas quitter ses défenses volontairement et qu’il ne pouvait pas lui-même se porter à l’attaque, Early décida de chercher à l’y contraindre en l’attirant ailleurs. Le 25, il laissa Anderson devant Halltown avec la division de Kershaw et mit le reste de ses forces en route vers Sheperdstown et Williamsport afin d’une part de menacer les voies d’approvisionnement de Washington et d’autre part de faire croire qu’il allait franchir le Potomac une fois de plus. Il estimait que dans les deux cas, Sheridan serait obligé de bouger pour soit l’attaquer avant qu’il n’atteignent la Baltimore and Ohio Railroad et le Chesapeake and Ohio Canal, soit de se déplacer au nord du Potomac pour prendre une position défensive protégeant à la fois Washington et Baltimore.[11] Mais Sheridan n’en fit rien. Il envoya la division de cavalerie de Torbert à la recherche des positions sudistes. Celui-ci les trouva et les attaqua près de Sheperdstown. Au début, Torbert pensait avoir face à lui une petite force de cavalerie mais très vite les fantassins de Wharton se mêlèrent aux combats et les cavaliers nordistes n’eurent d’autre choix que de se replier au delà du Potomac.[12]

Le 26, les confédérés atteignirent Sheperdstown. Là, constatant que son plan avait échoué puisque Sheridan n’avait pas quitté ses positions, Early fut contraint de faire un choix. S’il continuait vers Williamsport, il prenait le risque de voir les fédéraux venir se placer entre lui et la vallée de façon à couper sa ligne de retraite et d’approvisionnement. De plus, Early savait que ses troupes n’étaient plus assez fortes pour pouvoir tenter de franchir le Potomac. L’autre solution qui s’offrait à lui était de se replier, d’accepter que son plan avait échoué, et aller prendre une position défensive plus au sud afin de protéger la vallée. Et c’est ce qu’il fit, en ordonnant à ses troupes de marcher vers Winchester pour y prendre des positions défensives sur la rive occidentale de l’Opequon Creek, le long de la Valley Pike au nord de Winchester. Sheridan fit avancer brièvement ses troupes sur Charles Town et Martinsburg avant de les ramener à Halltown.[13]

Le 29 août, les cavaliers de Merritt en patrouille près de l’Opequon Creek furent attaqués par les fantassins sudistes qui les repoussèrent vers Charles Town avant que les troupes de la division de Rickett n’arrivèrent à leur tour pour empêcher les confédérés d’aller plus loin.[14]

Le 3 septembre, Crook mit ses forces en route vers Berryville. Alors que les nordistes approchaient de la ville, les éléments de tête tombèrent sur les troupes de la division de Kershaw qui venaient de se mettre en route pour Petersburg où Lee les avaient rappelées suite à une avancée fédérale contre la voie ferrée reliant Petersburg à Wilmington, l’un des derniers ports de la Confédération n’ayant pas encore été neutralisé par le blocus de l’Union.[15] Lors de l’engagement qui s’en suivi, les fédéraux forcèrent les sudistes à se replier vers Winchester. Early fit alors intervenir l’ensemble de ses forces durant la nuit mais au matin, il trouva les positions nordistes trop bien défendues pour oser les attaquer.[16]
Au cours de deux semaines qui s’en suivirent, les actions des deux camps se limitèrent à des escarmouches, principalement du fait des cavaliers en patrouille, et à des manœuvres de l’infanterie.[17]

Le 14 septembre, Anderson se remit en marche vers Petersburg avec la division de Kershaw en passant par Fort Royal.[18] Le 16, Grant vint une nouvelle fois à la rencontre de Sheridan à Charles Town dans le but de l’inciter à prendre l’offensive mais celui-ci avait déjà commencer à mettre au point un plan d’action après avoir été informé du départ d’une division sudiste ce qui lui conférait une supériorité numérique nette.[19] Son plan consistait à concentrer sa poussée principale vers le flanc droit sudiste à Winchester depuis Berryville afin de prendre la Valley Pike et ainsi de couper la ligne de retraite confédérée. Cette poussée devait être le fait du 6ème corps qui ouvrirait la marche au 19ème et aux forces de Crook qui suivraient. Dans le même temps, une seconde poussée devrait être effectuée par la cavalerie depuis Martinsburg vers Stephenson’s Depot, au nord de Winchester.[20]

Le 19, les fédéraux passèrent à l’action. Au terme d’intenses combats très meurtriers, ils s’emparèrent de la ville en poussant les sudistes à se replier en bon ordre vers le sud. Cependant, ils échouèrent à couper la ligne de retraire confédérée, ceux-ci étant parvenu à maintenir la Valley Pike ouverte suffisamment longtemps pour permettre ce repli en bon ordre.[21] Sheridan arrêta ses fantassins au sud de la ville alors que ses cavaliers poursuivirent les sudistes jusqu’à Kernstown, ceux-ci prenant une nouvelle position défensive à Fisher’s Hill.[22] Le résultat de cette bataille de Opequon Creek marqua la première victoire importante de Sheridan aux commandes d’une force majeure et lui ouvrit la voie du reste de la vallée. Au total, les nordistes perdirent environ 5000 hommes contre 3900 pour les sudistes, dont de nombreux prisonniers. Bien que les pertes étaient lourdes pour le Nord, cela ne représentait qu’un huitième de forces de Sheridan alors que Early venait de perdre un quart des siennes.[23]
Parmi la liste des victimes se trouvait également Rodes dont la division tomba alors sous le commandement de Ramseur qui fut lui-même remplacé par le général John Pregram.[24]

Sheridan, fidèle à son tempérament réputé agressif, décida de maintenir la pression sur Early et dès le 20 fit avancer ses troupes vers les nouvelles positions confédérées. Comme pour la bataille précédente, il mit au point un plan qui devait permettre de couper leur retraite. Pendant que les 6ème et 19ème corps effectueraient des attaques de diversions contre le centre du dispositif de Early, Crook devrait se déplacer sans être détecté sur une position qui lui permettrait d’attaquer le flanc gauche par surprise. Enfin, Les cavaliers de Torbert devraient eux passer les Massanutten Mountains pour entrer dans la vallée de la Luray, progresser vers le sud et réentrer dans la vallée de la Shenandoah au sud des positions sudistes afin de couper leur route de retraite quelque part près de New Market.[25]

Dans l’après midi du 22, après avoir prit quelques positions en surplomb le 21, Crook lança comme prévu son attaque qui enfonça très vite les positions des confédérés qui se replièrent. Cependant, des pluies diluviennes et la tombée de la nuit empêchèrent une poursuite de l’infanterie fédérale. De plus, Torbert, inquiet de se retrouver isolé au milieu des lignes ennemies si jamais l’attaque principale échouait, avait préféré faire demi-tour alors qu’il faisait face à une position défensive sudiste dans le sud de la vallée de la Luray tenue par deux brigades de cavalerie de Fitzhugh Lee. Enfin, les cavaliers de Averell, plutôt que de poursuivre les fuyards, restèrent dans leur camp, ce qui énerva Sheridan qui le releva de son commandement et le remplaça par le colonel William Henry Powell.[26]
Par conséquent, une fois encore Sheridan mit Early en déroute mais sans être capable d’en finir avec ses troupes qui purent se replier et se réorganiser près de Harrisonburg où les fédéraux avancèrent finalement et entrèrent le 25, les sudistes préférant éviter le combat en se repliant plus au sud, près de Waynesboro, pour défendre Rockfish Gap, ouvrant ainsi la totalité de la vallée de la Shenandoah aux nordistes. Au total, au cours de la bataille de Fisher’s Hill, le Nord perdit environ 500 hommes et le Sud 1400.[27]

Maintenant convaincu que Early était battu et ne pourrait plus menacer Washington, Sheridan, conscient que ses lignes d’approvisionnement étaient dangereusement étendues dans une région où les sentiments pro-sudistes étaient forts et par conséquent les maquisards très actifs, décida qu’il lui était préférable de se rapprocher de ses bases. Avec l’accord de Grant, il envoya ses cavaliers ravager la vallée en détruisant toutes les infrastructures et les récoltes jusqu’à Waynesboro avant de se replier sur Winchester à partir du 6 octobre. Au cours de ses destructions, plusieurs accrochages eurent lieu entre les soldats nordistes et les partisans sudistes, provoquant de nombreuses exactions dans les deux camps.[28]

Faisant face à la situation difficile dans la vallée et en comprenant les risques pour ses propres forces, Lee décida de renvoyer la division de Kershaw auprès de Early. Une fois renforcé, celui-ci se mit en route sur les arrières des fédéraux qui reculaient vers le nord. Les cavaliers sudistes cherchèrent à harceler les nordistes mais le 9 octobre, Torbert fit faire demi-tour à ses hommes et mit les sudistes en déroute à Tom’s Brook.[29]

Le lendemain, Sheridan établit ses forces derrière la Cedar Creek avec la ferme intention de tenir cette ligne défensive. Le 12, le 6ème corps de Wright, maintenant jugé plus nécessaire dans la vallée, prit la route pour rejoindre l’Armée du Potomac. Cette nouvelle redonna de la vigueur à Early qui décida de repartir à l’offensive. Le 13, ses forces se trouvaient à quelques kilomètres au sud de la Cedar Creek. Les cavaliers de Torbert découvrirent la présence des sudistes lors d’un engagement avec Kershaw à Hupp’s Hill. Cette nouvelle alerta Sheridan qui décida de faire revenir Wright en le positionnant sur une position en réserve et de lui confier le commandement temporaire alors qu’il devait lui-même se rendre à Washington pour une conférence avec Stanton. Sheridan partit le 16 et prévint Wright de se tenir prêt pour une probable attaque confédérée. Evacuant assez vite sa réunion, il était de retour à Winchester le 18 pour y passer la nuit alors que Wright l’informa qu’il n’y avait rien à signaler face à sa ligne.[30]

Wright ignorait en fait tout de ce qui se tramait sur l’autre rive de la rivière. Ne pouvant plus compter sur la vallée, trop ravagée, pour lui fournir des approvisionnements vitaux, Early devait soit la quitter soit vaincre les nordistes. Il opta donc pour la deuxième solution et mit son plan d’action au point. Celui-ci prévoyait que la division de Kershaw attaque celle de Thoburn qui gardait la rivière pendant que celles de Gordon, Ramseur et Pegram la franchiraient sans être détecté par les fédéraux pour attaquer le camp du 19ème corps. Enfin, Wharton attaquerait lui aussi ce même corps mais de l’autre côté.[31] Dès l’aube du 19, l’assaut fut lancé et se déroula comme prévu, les nordistes refluant en tout point. Cependant, ils résistèrent tout de même suffisamment pour permettre aux troupes du 6ème corps de Wright, situées réserve pour se préparer à recevoir le choc. Lorsque Sheridan, venu en urgence de Winchester dans une chevauchée éreintée, arriva sur les lieux, il découvrit ses troupes en pleine débandade, la victoire semblant appartenir aux sudistes. Mais c’est alors que le commandant nordiste connu l’un de ses plus grands moments. Usant de tout son charisme et de son courage, et rallia à lui les fuyards et mit en place une ligne défensive avec les troupes de Wright qui retinrent les sudistes le temps que Emory regroupe les siennes. Alors que les fédéraux se remettaient du choc, les confédérés perdaient, eux, leur momentum et finalement Sheridan lança une contre-attaque foudroyante en fin d’après-midi. Celle-ci enfonça les lignes confédérées avant de les envoyer dans une déroute totale, les forces sudistes ayant perdu toute forme d’organisation. Sheridan arrêta ses fantassins, épuisés, sur la rive nord de la Cedar Creek mais ses cavaliers poursuivirent les confédérés jusqu’à Fisher’s Hill. Ceux-ci, ou du moins ce qui en restait, continuèrent leur fuite jusqu’à New Market.[32]
La bataille de Cedar Creek marqua l’un des succès les plus nets de la guerre, les fédéraux annihilant presque intégralement les forces de Early et ce bien que leurs pertes, avec environ 5500 hommes, furent bien plus importantes que celles des sudistes, près de 3000 hommes. C’est la dislocation intégrale de l’organisation structurelle et militaire des forces de Early qui expliquait cette quasi annihilation.[33]

Après avoir réorganisé et réapprovisionné ses troupes à Cedar Creek, Sheridan les repositionna début novembre sur une nouvelle position défensive près de Kernstown et envoya le 19ème corps de Emory à Petersburg pour y renforcer Grant.
Le 10 novembre, informé de cette nouvelle, Early fit ré-entrer ses hommes dans la vallée et avança vers la ligne fédérale. Mais d’une part parce que ses troupes n’avaient pas récupéré de la défaite de Cedar Creek et d’autre part parce que les défenses de Sheridan étaient trop puissantes, le commandant sudiste n’eut d’autre choix que de se replier. Les cavaliers des deux camps engagèrent tout de même un rapide combat à Cedarville avant que Torbert n’envoie ses hommes harceler la retraite confédérée qui ne menaceraient plus jamais le contrôle fédéral sur la vallée de la Shenandoah.[34]
Au cours des mois qui suivirent, l’hiver s’installant et comprenant qu’il était désormais vain de chercher quelque progrès que ce soit dans la vallée alors qu’il était lui-même en grande difficulté, Lee rappela à lui la quasi intégralité des forces de Early, ne laissant à celui-ci qu’environ un peu moins de deux milles d’hommes avec lesquels il mènera tout au plus quelques actions de guérilla en attendant l’hiver.[35] Au cours de celui-ci, Early installa ses quartiers  entre Staunton et Rockfish Gap jusqu’à ce que le 27 février, Sheridan mette en marche deux divisions de cavalerie, celle du général Thomas Devin, qui remplaçait Torbert, et celle de Custer, pour dévaster le sud de la vallée. Le 1er mars, ils arrivèrent à Staunton où ils entrèrent en contact avec les sudistes qui se replièrent sur Waynesboro afin de protéger Rockfish Gap et ainsi défendre ce point de passage stratégique à travers les Blue Ridge Mountain vers le reste de la Virginie. Le lendemain, les cavaliers fédéraux passèrent à l’attaque et enfoncèrent les positions défensives confédérées, les mettant en déroute complète et achevant la destruction des forces de Early qui se trouvait alors sans commandement. La voie vers Charlottesville était ouverte et Sheridan comptait bien l’emprunter pour rejoindre Grant à Petersburg et lancer l’assaut final contre l’Armée de Virginie du Nord comme le commandant chef nordiste le lui avait demandé le 21 février.[36]

La victoire nordiste, et surtout la débâcle des forces de Early, marqua la fin de la troisième, et dernière, campagne de la vallée de la Shenandoah. Les fédéraux en assurèrent le contrôle et détruisirent toutes les ressources et infrastructures qu’ils ne pouvaient pas emporter, Sheridan remplissant donc complètement les objectifs qui lui avaient été imposé. La conséquence de cela fut que la Confédération, et plus particulièrement l’Armée de Virginie du Nord de Lee, fut privée de ressources, essentiellement alimentaires, dont l’importance s’accroissait alors que les effets du blocus fédéral se faisait sentir de plus en plus. En outre, en perdant la possibilité d’utiliser la vallée, Lee vit également sa manœuvrabilité stratégique être grandement réduite, alors qu’il était déjà soumis à une intense pression de la part de l’Armée du Potomac à Petersburg.[37] Pour les fédéraux, la sécurisation de la vallée était une bonne nouvelle. Premièrement, cela ferma la porte à la voie d’invasion du Nord préférée de Lee et sécurisait Washington et ses voies d’approvisionnement. Deuxièmement, conséquence directe de la première, elle apporta de précieux points à Lincoln qui était alors engagé dans la course à l’élection présidentielle. Enfin, Grant pouvait maintenant concentrer ses efforts sur l’Armée de Virginie du Nord que la perte de la vallée avait affaiblie encore un peu plus. Le commandant nordiste était plus déterminé que jamais à en finir sur le théâtre de Virginie.[38]

Figure 97: La troisième campagne de la vallée de la Shenandoah

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Source: JESPEREN Hal, Shenandoah Campaigns of 1864, August-October 1864, Cartography Services by Hal Jespersen.

[1] Raymond BLUHM, op.cit., page 53.

[2] Idem, pages 40-41. ; James McPHERSON, op.cit., page 834. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 541-542.

[3] Raymond BLUHM, op.cit., page 41.

[4] Idem, page 42. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 540.

[5] Idem, page 542.

[6] Raymond BLUHM, op.cit., page 41. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 542-543.

[7] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 490. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 42.

[8] FLOYD Dale E., LOWE David W., Guard Hill, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[9] FLOYD Dale E., LOWE David W., Summit Point, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[10] Raymond BLUHM, op.cit., page 42. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 544-545. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 491-492.

[11] Raymond BLUHM, op.cit., page 42.

[12] Ibid. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 492.

[13] Raymond BLUHM, op.cit., page 43.

[14] Ibid. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Smithfield Crossing, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 493.

[15] James McPHERSON, op.cit., page 853.

[16] FLOYD Dale E., LOWE David W., Berryville, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Jedediah HOTCHKISS, op.cit., pages 493-494.

[17] Idem, page 495-496. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 43.

[18] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 496.

[19] Shelby FOOTE, op.cit., page 553.

[20] Raymond BLUHM, op.cit., pages 44-45.

[21] FLOYD Dale E., LOWE David W., Opequon, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[22] Raymond BLUHM, op.cit., pages 45-46.

[23] Côté sudiste, cette bataille est appelée troisième bataille de Winchester. ; James McPHERSON, op.cit., page 854. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 554-555.

[24] Jedediah HOTCHKISS, op.cit., page 497.

[25] Shelby FOOTE, op.cit., page 556. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 46.

[26] Idem, page 47. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 556-557.

[27] Idem, pages 557-558. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Fisher’s Hill, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; James McPHERSON, op.cit., page 854.

[28] Idem, page 855. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 47. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 563-564.

[29] FLOYD Dale E., LOWE David W., Tom’s Brook, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., page 564.

[30] Idem, page 565. ; Raymond BLUHM, op.cit., page 48. ; James McPHERSON, op.cit., page 856.

[31] Shelby FOOTE, op.cit., pages 565-567.

[32] James McPHERSON, op.cit., pages 856-857. ; Raymond BLUHM, op.cit., pages 48-51.

[33] FLOYD Dale E., LOWE David W., Cedar Creek, Washington: Civil War Sites Advisory Commission. ; Shelby FOOTE, op.cit., pages 567-572.

[34] Raymond BLUHM, op.cit., pages 51-52.

[35] Shelby FOOTE, op.cit., page 572.

[36] Idem, pages 804-809. ; FLOYD Dale E., LOWE David W., Waynesboro, Washington: Civil War Sites Advisory Commission.

[37] Raymond BLUHM, op.cit., page 53.

[38] John KEEGAN, op.cit., page 268.

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